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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 03:51

ET CETTE NOBLESSE D'ACTEUR

 

1.
Selon Pascal Quignard citant Tchouang-tseu, "à quoi donc l'homme s'imagine qu'il ressemble ?"

 

Je ne sais si les animaux ont cette faculté de s'imaginer autrement qu'ils sont. Les humains ont ce ridicule, et cette noblesse d'acteur.

 

2.
Selon Pascal Quignard, que sont les bêtes "avant même d'êtres désirantes" ?

 

De purs fantasmes. Puis elles dévorent. De même, les autres sont des rêves d'autres, avant qu'ils referment sur vous la puissance de leurs mâchoires, le cercle de leurs mots, la providence de leur bienveillance.

 

3.
Lisant Quignard, je tombe sur l'expression "moi universel". Voilà bien le genre de "moi" qui me hérisse. La seule chose que j'ai de commun avec les autres, c'est justement de me demander ce que j'ai de commun avec les autres. Je n'aime pas me sentir tube digestif propulsé par deux jambes et remuant mes bras pour attraper des choses.

 

4.
Si le monde était plein de gens qui ont réellement des raisons valables de se plaindre, nous serions de bien étranges seigneurs.

 

5.
Pascal Quignard pose la question suivante : "Comment Hu-Tzi fit-il fuir la sorcière ?"

 

Moi, j'en sais fichtre rien. D'autant plus que je n'ai pas compris la réponse donnée par Quignard à cette énigme. Je suppose que Hu-Tzi a fait fuir la sorcière en lui montrant l'avenir des humains, et plus particulièrement les épouvantes du XXème siècle. Elle a dû penser qu'un réel aussi férocement inventif se passerait désormais de ses services et a dû s'envoler vers d'autres temps.

 

6.
Belle notation de Pascal Quignard sur "l'endeuillé" qui "voit soudain derrière la vitre de l'autobus, le mort." Qui rappelle aussi le beau "Sous le sable" de François Ozon. Qui rappelle nos rêves d'anciennes maisons. Qui rappelle que ni la mort ni la douleur ne sont des illusions.

 

7.
Peut-être que ce que nous trouvons dans le visage de l'autre, c'est une preuve de ce "moi universel". Il peut certes me fasciner, jamais il ne me retient. Ce moi-là est tout en mâchoire et en gouffre.

 

8.
Existe-t-il une culture où il est dans les règles que l'on assassine celui-là même qui vous a sauvé la vie ? Le bon sens, et la foi en ce dieu du droit naturel, nous feraient dire que cela paraît peu probable. Mais le bon sens et le droit naturel sont si illusoires.

 

9.
Quelle expression utilise Pascal Quignard pour désigner Marie D'Enghein ?

 

Il écrit qu'elle est "plus belle qu'elle-même". Je ne sais d'où vient cette expression puissante qui souligne qu'être humain, c'est être plus que soi-même, c'est tendre à être plus que soi-même, c'est ne pas se résoudre à n'être que soi-même.

 

10.
Selon Pascal Quignard, que se passe-t-il "dès qu'on cherche le perdu" ?

 

Il apparaît. L'essence du perdu est spectrale. Sinon, il se dissout dans l'oubli.

 

11.
Je retiens du dernier paragraphe du chapitre XLIV ("Hu Tzi") des Paradisiaques de Pascal Quignard l'expression "mélancoliques errants". Je conçois la mélancolie comme l'art de refuser d'être affairé. Aussi le mélancolique est-il un expert du "J'aimerais mieux pas", qui fait son malheur et son ivresse.

 

12.
Ne fréquentez pas trop les autres : ils finissent par jalouser jusqu'à votre médiocrité.

 

13.
Je ne passe guère de jour sans me rappeler l'épithète de "cynique" dont, il y a quelques années, me gratifia un inspecteur d'académie. Ce qui prouve aussi que je suis rancunier.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 septembre 2013

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 11:03

ET POURQUOI DONC QUE JE POURRAIS PAS PRENDRE DES PHOTOS AVEC CETTE BANANE ?

 

1.
Lorsque le dragon a jeté sa flamme, il disparaît. On dit alors qu'il n'existe pas.

 

2.
Certains, ce ne sont pas leurs mains qui jouent, mais les cartes qui remuent leurs mains. Parfois, ils finissent manchots.

 

3.
Ne pas penser, c'est laisser le vent grignoter sa cervelle.

 

4.
"Sur la mer, que j'aimais comme si elle"
(Rimbaud, Alchimie du Verbe)

 

Sur la houle et ses goules chantantes
La flotte où beugle le troupeau des vents la
Mer derrière la mer d'autres châteaux
Que je n'irai pas voir ça m'ennuie déjà ce que
        j'aimais du temps où j'écrivais ce   que

J'aimais c'était écrire le mot "mer"
Comme si je la connaissais comme
Si je l'avais parcourue mais jamais
Elle m'est très étrangère absolument.

 

5.
"Jeanne d'Arc et ses anges, Hadewijch et ses tourniquets de béguines."
(Pascal Quignard, Les Paradisiaques, chapitre XXVII)

 

Jeanne, à chaque fois que j'écris le prénom Jeanne,
              je pense à ce titre d'un roman que je n'ai pas lu
             Jeanne aux chiens

D'Arc, c'est drôle, que la flèche de Dieu ait eu ce nom
Et des voix pour lui jacter étrange, en stéréo Jeanne d'Arc,
             en quadriphonie genre Pink Floyd de l'album aux vaches

Ses anges en vieux français, je les imagines flottants, ses
Anges en armures avec des paperoles calligraphiées
             leur sortant de la bouche et se déroulant autour de la tête de
            Jeanne la  verte, puisque René Char lui a donné cette couleur.

Hadewijch, je ne sais pas qui c'est ; Pascal Quignard a ce talent de
             ressusciter les ombres, d'à nouveau les faire errer par ce monde,

Et leurs visions alors de nouveau nos visions
Ses yeux, que voyaient-ils ? Ses lèvres, que murmuraient- elles ? Des
Tourniquets, en voilà un mot de manège, de tournis, de vertige,
             un mot  de flammes et de neige, un mot

De passage - vers où ? Peut-être le Rempart des
Béguines qui est le titre d'un roman ; celui-là je l'ai lu ; il y a du Racine
             dedans.

 

6.
Promis, dès que j'aurai récupéré mes titres de noblesse, je me fais peindre un blason, avec un âne dessus, et un canard, pour l'ironie.

 

7.
"Le droit chemin vont cheminant
tant que li jorz vet declinant,
et vienent au Pont de l'Espee
aprés none vers la vespree."
(Chrétien de Troyes, Lancelot ou le chevalier de la charrette, vers 3003 à 3006)

 

Le droit chemin les chevaliers dessus le
Droit chemin les chevaliers les chevaliers dessus le droit
Chemin les chevaliers
Vont les chevaliers vont
Cheminant car s'il n'est point droit c'est qu'il est courbe
Tant droit est qu'ils ne peuvent se tromper
Que vers là-bas ils vont assurément
Li chevaliers hardi et franc dans le
Jorz qui bleuït évidemment car il
Vet sur le droit chemin qu'est bien long tout de même
Déclinant donc li jorz le temps est bleu
Et voilà qu'ils arrivent car sinon ils ne verraient rien
Vienent les chevaliers hardis et francs
Au lieu dit le roman est une somme de lieux dits
Pont voilà donc qu'ils vont passer
De lieu dit en lieu à dire de là où l'on est les vers 3003 à 3006
L'Espee les attend et l'on est
Après il doit faire presque nuit
None presque nuit, non ?
Vers le Pont de L'Espee la voilà arrivée
La troupe des chevaliers c'est la
Vespree ils sont dans le bleu les Anciens.

 

9.
C'est parce que nous nous connaissons mal que nous persistons.

 

10.
Dans La Dent creuse, de Pétillon, pourquoi le photographe qui voulait photographier l'arrivée de la ministre Joëlle Jacon-Delaphobe ne peut-il "faire des photos avec cette banane" ?

 

Je ne peux répondre à cette question sans trahir un secret. Si vous voulez le savoir, il faut lire La Dent creuse, de Pétillon. Absolument. Aux éditions Albin Michel.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 septembre 2013

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 18:12

PLEIN DE NULLES PARTS

 

1.
"Mais ?... Il y a quelqu'un dans ce sac !"
(in Pétillon, La Dent creuse)

 

C'est comme ça, les sacs, des fois, on croit qu'il n'y a personne dedans, et puis il y a quelqu'un. Et des fois, ce quelqu'un s'appelle Tour - ce qui, j'en conviens, n'est pas courant comme nom - et même qu'il est plusieurs. De là l'expression : avoir plus d'un Tour dans son sac.

 

2.
En écrivant mes drolatismes, j'écoute un album du vieux Gentle Giant, un morceau bien bizarre qui s'appelle Alucard. A un moment, ils ont ralenti la bande on dirait ça fait comme de ces voix qui s'étirent dans les films fantastiques. J'aime bien aussi le morceau suivant (Isn't it quiet and cold ?), avec son violon qu'on dirait qu'il ironise, et puis les pizzicati qui accompagnent le texte. C'est bien, Gentle Giant. On en parle jamais, de Gentle Giant, même pas sur France Musique, tandis qu'on nous saoule avec des stupidités sonores (rap, slam, chanson française pour militant socialiste et/ou professeur de français ignorant, world music, pipeau jazz) et du blabla et du blabla et du blabla que des fois je me dis les gens ça doit être ça des tubes digestifs qui blablatent, blablatent, blablatent, et se reproduisent, ah les gouffres.

 

3.
Les gens, c'est pas compliqué, ils blablatent tant et plus que quand ils en ont marre de blablater, ils se mettent sur la gueule, et ils appellent cela l'Histoire.

 

4.
Quelqu'un m'a dit récemment (je cite de mémoire) : "Tu écris en partant des mots des autres comme si tu avais peur de partir de tes propres mots, de puiser dans tes racines." Racines ? Quelles racines ? Je n'ai pas d'autre racines que celles de la langue que j'emploie pour rêver. Mes racines, elles sont dans la bouche de l'autre.

 

5.
"et écoutant avec anxiété les moindres bruits de la nuit"
(Gaston Leroux, Le Parfum de la Dame en noir)

 

Et sous les ombres et leurs stellaires complices
Ecoutant remuer, glisser, bruisser les feuilles
Avec les herbes qui se froissent cette
Anxiété qu'on a quand on ne sait pas
Les traits que va prendre l'inconnu les
Moindres sons qu'on perçoit les
Bruits dans les loges
De la nuit on les guette les épie car c'est de
La chose pleine de choses la
Nuit qui passe lent manteau le long des murs.

 

6.
"Rouletabille raisonne plus qu'il ne regarde."
(Gaston Leroux, Le Parfum de la Dame en noir)

 

Dans une chambre noire qu'il réfléchit, Rouletabille. Une chambre noire où il scrute les images qu'il a engrangées, ce qui, par exemple lui permet de dire : "il y a quelque chose qui me manque dans la marche de Darzac, pour que je reconnaisse la marche de Larsan; mais quoi ?..." (Le Parfum de la Dame en noir, Le Livre de Poche policier n°587, p.332).

 

7.
"Il rêve qu'il est couché sur un nid de reptiles"
(Continuations de Perceval, traduit par Foucher et Ortais)

 

Il dort et puisqu'il dort il
Rêve il a l'esprit dans l'ailleurs de sa tête rêve
Qu'il est au pied d'une forteresse haute et sombre
Couché qu'il est sur les branches tranchées
Sur les branches qui tenaient des épées
Les branches tranchées par les chevaliers
Un nid de branches sans oiseaux un
Nid de branches qui remuent
De branches qui s'agitent et glissent
Reptiles dans le noeud d'une foudre.

 

8.
"Le long de la vigne, m'étant appuyé du pied à une gargouille"
(Rimbaud, Nocturne vulgaire)

 

Le temps a la main qui se dérobe
Long menteur charlatan aux enluminures mortes
De vos paroles il fait moulin et agite
La soif dans vos veines la faim dans vos salives la
Vigne on y chasse les serpents
M'étant trompé d'horloge je restai
Appuyé avec mon sac grouillant
Du regard je suivai l'étrangère son
Pied flottait son cou l'emportait
A la cime des arbres
Une foudre stoppée éclairait la
Gargouille qui me rappela le nom des saints.

 

9.
"- Euh... C'est que vous avez l'air de sortir de nulle part...
- Le monde n'est-il pas plein de nulles parts ?" répondit la jeune femme apparue, mytérieusement style, dans la brume et les ruines du château.

 

Faire suivre un adverbe du mot "genre" ou "style" est un tic provisoire du langage actuel. Les jeunes gens n'ayant rien d'autre à dire que ce que les médias leur font dire, la moindre trouvaille linguistique prononcée par une pin-up de la téléréalité est pour eux pain bénit. Remarquez qu'il en a toujours été ainsi : on apprend en imitant. 

 

10.
"Mais heureusement, j'en ai toujours sur moi."
(Pétillon, La Dent creuse)

 

Qu'est-ce donc que Jack Palmer a "heureusement toujours sur lui" ? Des idées sans doute, peut-être aussi des masques pour se masquer (ça peut être utile dans ses aventures). A-t-il dans ses vastes poches des univers dépliables où promener son imperméable d'enquêteur ?  Vous avez remarqué que les enquêteurs des fictions policières sont souvent porteurs d'un imperméable, comme si la pluie, pour effacer quelque indice peut-être, tombait à chaque fois qu'ils sortaient. De ce fait, il en a toujours sur lui, des indices. C'est en tout cas ce qu'il affirme dans l'épisode de ses aventures intitulé "La Dent creuse".

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 septembre 2013

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 11:17

J'AI BIEN ENVIE DE

 

1.
"Ville monstrueuse, nuit sans fin !"
(Rimbaud, Enfance, V)

 

Ville des tentacules s'y déploieraient
Monstrueuse avec des yeux monstres
Nuit d'encre avec des taches de clair dedans
Sans jambes qui flottent et palpitent la
Fin des rues on s'y noue, s'y étrangle.

 

Note : La crise économique fait se côtoyer une misère de plus en plus palpable et les prospérités restantes. Dans les établissements, quelque chose de malsain se prépare. Assez doucement encore, la France glisse vers la surveillance généralisée que légitimeront bientôt les nécessités de sécurité publique. Celui qui vient des patelins tranquilles entre les champs et demeure quelques jours dans la médiocrité d'une grande ville ressent vite cette macération, ce lent aiguisement des couteaux. Mais bof, peut-être que je me goure, après tout, l'état critique n'est-il pas la norme de toute activité ?

 

Note sur la note : J'ai l'air Cassandre comme ça, mais faut pas faire attention. Dans le fond, je m'en fous. C'est juste de l'humeur, et l'envie déjà de revenir chez moi. Du coup, qui veut noyer sa ville l'accuse d'être chienne.

 

2.
"Bécot mit introduction linguistique ?"
(Louise Rennison, Bouquet final en forme d'hilaritude)

 

Bécot ça veut dire d'la mouille la lèvre
Mit c'est qu'le réel c'est tout du mit avec mit mais
Introduction qu'il y faut blabla préparatoire, du
Linguistique, because rapport avec la langue.

 

3.
"pour un esprit de l'autre monde"
(in Pascal Quignard, Les Paradisiaques)

 

Pour quoi donc que je me prends des fois
Un autre plus que moi un
Esprit supérieur - quelle blague !
De si peu je suis capable
L'autre monde celui de la science le vrai
Monde m'échappe ; je reste parmi les ânes.

 

4.
"De tes noirs Poèmes, - Jongleur !"
(Rimbaud, Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs, V)

 

De hachures et de griffes
Tes petits monstres très
Noirs en rangs serrés sur la page en
Poèmes bouche ouverte et langue inconnue
Jongleur d'autres, ce vrac d'étrange.

 

5.
"Perceval salue la pucelle dont il se souvient qu'elle riait"
(Perceval ou le Roman du Graal, Chrétien de Troyes traduit par Foucher et Ortais)

 

Perceval quel nom tranche-pays ! Il
Salue car il est bien poli Perceval
La jeune fille qu'on dit
Pucelle au Moyen-Age et, la saluant, celle
Dont le visage le hanterait peut-être
Il a en mémoire qu'elle est bien jolie il
Se peut qu'elle soit vilaine je n'en sais rien il se
Souvient - ô belle bouche et dents blanches ! -
Qu'elle claire rivière d'éclats
Riait puisque le passé est plein de rires
         sans doute que le  passé se moque de nous.

 

6.
J'ai bien envie de

 

J'ai fort envie de vous envoyer au vent
Bien envie de vous ravaler dans la vallée loin
Envie de vous valdinguer de vous vouer au vide
De vous virer de mon souvenir.

 

7.
"Où, rimant au milieu des ombres fantastiques"
(Rimbaud, Ma Bohème)

 

Où, parmi les trous et tous les ouh ouh
Rimant parmi les trous d'ombre et les sombres coucous
Au lieu dit sinon si pas dit nulle part au
Milieu de ce qui est dit et dont ne sait rien sauf que
Des routes traversent ces
Ombres - il y en a une on dirait Perceval sur son cheval -
Fantastiques - une autre on dirait une main vers vous venant.

 

8.
"que personne ne peut passer avec l'espoir d'en retourner"
(in Perceval ou le Roman du Graal, Chrétien de Troyes traduit par Foucher et Ortais)

 

C'est là l'essence de tous nos instants, autant de frontières que nous passons, sans espoir de pouvoir les passer à nouveau. Ainsi nous traversons le temps, cette zone habitée entre deux no man's land.

 

9.
Qu'est-ce que le temps des chevaliers ? C'est le temps périlleux, comme s'ils avaient eu vocation, les chevaliers des romans, de prendre sur eux et le péril du monde, et le péril des temps.

 

10.
"Toi qui planes avec l'Albatros des tempêtes"
(Tristan Corbière, Litanie du sommeil)

 

Toi, mon pote l'agité d'mon bocal
Qui scribes des fantaisies pour on n'sait qui, qui
Planes d'envergure
Avec des ombres qui te tirent la langue
L'Albatros ce s'rait-y pas un peu ton blason
Des fois ? Mais dis, sans rire, les
Tempêtes, c'est pas pour toi, l'ami, t'es frileux assez non ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 septembre 2013

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 09:23

DESCENDI IN HORTUM MEUM

 

1.
"Un monsieur en linge arrangeait sa manche"
(Tristan Corbière, Duel aux camélias)

 

Un quidam donc fut décapité un
Monsieur, on lui coupa la tête
En un éclair de fer ce fut fait son
Linge habille maintenant un cadavre sans tête
Arrangeait-il bien ses affaires je sais pas
Sa femme qui est-elle je sais pas la
Manche passe entre deux.

 

2.
"As-tu vu s'étirer l'oeil des Lazzaroni ?"
(Tristan Corbière, Litanie du sommeil)

 

As-tu vu as
Tu dans l'oeil l'as-tu as-tu
Vu l'as-tu vu leur oeil
S'étirer se répandre se gondoler
L'oeil aux autres sur les autres déversé l'oeil
Des longs porteurs d'oeil des carnavaleux des
Lazzaroni des pêche-au-ciel des ambivalents ?

 

3.
"Mon amour, à moi, n'aime pas qu'on l'aime"
(Tristan Corbière, A une camarade)

 

Mon papiltant sonne tout creux mon
Amour couine sa vide cornemuse mon amour
A ma pomme c'est dur comme du
Moi ça résiste pas aux complications ça
N'aime pas qu'on l'empêche de regarder la télé
Pas qu'on l'embête quand il écoute du jazz pas
Qu'on le laisse tout seul non plus c'est qu'il
L'aime son toutou et sa maison autour.

 

4.
"né pour faire signe mystérieusement"
(Pascal Quignard, Les Paradisiaques)

Né qu'on est qu'on se demande pourquoi
Pour faire durer l'humain machin
Faire coucou au néant faire
Signe sur une page qu'existe pas
Mystérieusement comme s'il y avait du mystère.

Note : L'absurde n'est pas mystérieux. Le mystère étant un effet de sens, il n'y a même rien de moins mystérieux que l'absurde.

 

5.
"le passé plus mouvant"
(Pascal Quignard, Les Paradisiaques)

 

Quignard a raison : le passé est mouvant comme reflet à la surface d'une eau sombre.

 

6.
"Cet ego n'est qu'un faux self"
(Pascal Quignard, Les paradisiaques)

Cet os à moi cet
Ego là qu'on se bâtit dessus l'égo
N'est qu'un effet de sens
Qu'un truc pour s'accorder à nos verbes
Faux il sonne y a qu'à regarder les autres ces
Self je me sers.

 

7.
Voce a donné voits a donné voi(x)
(en lisant le Synopsis de phonétique historique de Henri Bonnard)

 

Voce prononcez voké
A bien donné de la voix (puisqu'on le dit)
Donné de la gorge tranchée des Anciens
Voits prononcez voïts(e) voïtes-vous guincher ma mie
A moi le don du n'importe quoi (j'aime bien)
Donné d'la voïte donc et du plaïdzir aussi la
Voix qu'on a et voilà.

 

8.
"Confucius, tenant sa robe dans ses mains "
(Pascal Quignard, Les Paradisaques)

 

Franchement, quand on visualise, quel drôle de début de phrase !

 

9.
"Descendi in hortum meum."
(in Pascal Quignard, Les Paradisiaques)

 

Descendi pis j'armonti pas
In là qu'y a des fleurs pis des insectes le
Hortum qu'ça s'appelle j'y suis mort et le
Meum cadaver i nourrit les vers.

 

Note : Pour les futurs latinistes, je traduis que ça veut dire : "Je suis descendu dans mon jardin". N'en déplaise à certains qui voudraient bien, au nom d'un égalitarisme par le bas, réduire à quasi nib l'étude linguistique de nos origines gréco-latines, des lecteurs de langues anciennes, il en faudrait sans doute un peu plus dans nos lycées. Un peu plus, en tout cas, que des ânonnants en chinois, car apprendre le chinois, je sais pas, mais, moi, je trouve ça bizarre, et même un peu - comment dire sans choquer ? - un peu trop participatif, non ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 septembre 2013

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 15:56

GRAINES D'OMBRE
En lisant les pages 7 à 16 du recueil de nouvelles "Les Ecuries d'Augias", d'Agatha Christie traduit par Monique Thies, Club des Masques n°72.

 

1) Pourquoi est-ce "toujours comme ça" ?

 

Parce que, sans doute, il ne peut en être autrement. Le ça est essentiellement problématique.

 

2) Sur quelle propriété du langage Agatha Christie met-elle l'accent dans le second paragraphe de la page 8 ?

 

Les mots, des fois, i masquent, les mots ; ils embrouillent, ils font du réel non plus un problème que l'on éclaircit en en précisant les paramètres, mais un flou plus ou moins artistique dans lequel les politiques sont passés maîtres. Notons d'ailleurs que les plus habiles de ces embrouilleurs réussissent à masquer la réalité en présentant de façon très ordonnée les paramètres d'un problème mal posé. C'est ainsi qu'ils rassurent leurs électeurs et donnent du blé à moudre à leurs contradicteurs. J'en viens à m'en demander si c'est encore de la politique, ou si ce ne serait pas plutôt de l'art conceptuel.

 

3) Page 9, quel est, selon l'auteur, le "symbole du climat anglais" ?

 

C'est cet habit dont on affubla l'inspecteur Columbo, encore que, curieusement, on n'imagine guère Columbo sous la pluie, et que, pour ma part, j'associe plus l'homme logique sous le soleil que dans la brume et la pluie. Ceci dit, je n'associe pas toujours la pluie avec la brume. Il est des pluies nettes comme les traits d'un visage et qui tombent en plein jour sur la clarté des roses et des prés.

 

4) Qu'a-t-il donc "eu l'occasion de parcourir", Hercule Poirot, d'après ce qu'il dit ?

 

Le monde des pages dans lesquelles il apparaît. Et rien de plus. Et encore... puisque, quand on y songe, les lettres ne voyagent pas dans la page. Elles sont ancrées dans leur encre, les lettres.

 

5) D'après la page 11, comment peut-on attaquer un journal ?

 

Avec un poisson évidemment. On agite le poisson devant le journal, le menaçant ainsi de n'être plus qu'un torchon. On peut aussi agiter des carottes, mais ça risque de faire venir quelque âne de passage, cependant que le poisson peut faire venir un chat, ou un premier avril fantôme.

 

6) Quel type de fantôme passa sur son visage las, à Ferrier ?

 

Un fantôme mi-figue mi-raisin, ce qui est rare et dont je ne comprends d'ailleurs pas en quoi ce genre de fantôme consiste, si tant est qu'un être aussi inconsistant qu'un fantôme puisse consister en autre chose que matière à rire, ou à rêver.

 

7) Et dans la première phrase de la page 13, quoi donc reparaît "sur les traits las du Premier Ministre" ?

 

Le même fantôme dis donc, mais "pâle", pâle comme un cheval.

 

8) Est-ce que monsieur Poirot peut "faire des miracles" ?

 

Le miracle, c'est que Hercule Poirot soit. La fiction est une preuve de l'humain. Le masque révèle la figure.

 

9) Qu'est-ce donc qui, "comme Poirot descendait l'escalier, vint au-devant de lui ?"

 

Certainement pas un tigre, car il est rare de croiser des tigres dans les escaliers londoniens. Je ne dis pas que cela est impossible, mais cela me semble peu probable. Par contre, ce sont des cheveux qui, sans doute, vinrent au-devant de lui, des cheveux avec quelqu'un dessous. Sinon, c'est qu'il s'agit d'une moumoute fantôme, d'une spectrale perruque flottant dans l'air, l'esprit d'une concierge.

 

10) Qu'a-t-elle "craint depuis des années" celle qui "vint au-devant de lui" ?

 

Elle a eu peur depuis des années de l'ombre qui soudain surgit en pleine lumière pour vous planter sa graine d'ombre dans le coeur.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 septembre 2013

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 09:27

CE QUE REVELE L'OBSCUR
Notes sur le poème "Le Crépuscule du soir", de Baudelaire, pièce XCV du recueil Les Fleurs du mal.

 

1.
"LE CREPUSCULE DU SOIR

 

Au sujet du titre, quelle remarque pouvez-vous faire ?

 

Le titre "crépuscule du soir" induit qu'il y a un crépuscule du matin. Ce qui ne nous étonne point, qu'il y ait crépuscule au point du jour comme il y a crépuscule au point du soir. Et quand il y a point, il y a tricoti-tricota.

 

2.
"Voici le soir charmant, ami du criminel ;
Il vient comme un complice, à pas de loup ; le ciel
Se ferme lentement comme une grande alcôve,
Et l'homme impatient se change en bête fauve."
(vers 1-4)

 

a) Quelle atmosphère induit le premier vers ?

 

L'apparente opposition entre "soir charmant" et "ami du criminel" se réduit dans l'alliance poétique - comprenez créatrice d'atmosphère - de l'enchantement - puisque le soir est plein de charmes - et du mystère - puisque le soir est assez vivant pour être "ami du criminel" et même qu'au vers 2, "il vient comme un complice, à pas de loup".

 

b) Comment se ferme-t-il, le ciel ?

 

Comme une grande bouche, une immense bouche, une bouche infinie, celle de je ne sais dieu, qui se "ferme lentement" et quand elle sera fermée définitivement, ce sera la grande nuit éternelle de la fin des mondes.
Sinon, il "se ferme lentement comme une grande alcôve", mais l'humain n'y dort point, puisqu'il est "impatient", et un poil loup-garou sans doute, vu qu'il "se change en bête fauve."

 

3.
"Ô soir, aimable soir, désiré par celui
Dont les bras, sans mentir, peuvent dire : Aujourd'hui
Nous avons travaillé ! - C'est le soir qui soulage
Les esprits que dévore une douleur sauvage,
Le savant obstiné dont le front s'alourdit,
Et l'ouvrier courbé qui regagne son lit."
(vers 5-10)

 

a) Par qui est-il "désiré", le soir ?

 

Par la tête et les jambes.

 

b) Quel réseau de connotations pouvez-vous relever dans ces six vers ?

 

L'occupation fait désirer le soir, le rend "aimable". L'occupation par le travail (cf "aujourd'hui nous avons travaillé" ; "le savant obstiné" ; "l'ouvrier courbé") mais aussi celle de la douleur, qui obsède (cf "les esprits que dévore une douleur sauvage").

 

c) Analysez le rythme du vers 6.

 

Ce vers confirme le rythme ternaire initié au vers 5 et qui domine d'ailleurs ces six vers :
"Ô soir, / aimable soir, / désiré / par celui
Dont les bras, / sans mentir, / peuvent di- / -re : Aujourd'hui
Nous avons / travaillé ! / - C'est le soir / qui soulage
Les esprits / que dévo - / - re une douleur / sauvage,
Le savant / obstiné / dont le front / s'alourdit,
Et l'ouvri- / -er courbé / qui rega - / -gne son lit."

On peut y noter aussi, dans ce vers 6, l'assonance "i / ui" qui marque les accents 6, 9 et 12 de l'alexandrin ("sans mentir,/ peuvent di - / -re : Aujourd'hui"). Plainte de l'exténué peut-être. Ou alors, c'est le cri de celui qui pousse des "i", la nuit, dans les soupirs. Notons cette bizarrerie de faire parler des "bras". Des bras qui parlent, voilà qui épate. Peut faire penser aux tatouages qui sont, si l'on veut, jactances de peau. Mais tout de même, des bras qui causent, c'est bien curieux.

 

4.
"Cependant des démons malsains dans l'atmosphère
S'éveillent lourdement, comme des gens d'affaire,
Et cognent en volant les volets et l'auvent."
(vers 11-13)

 

En quoi les vers 11 à 13 sont-ils remarquables ?

 

Enigmatiques, ces trois vers, qui, dans le paysage familier des gens fatigués, introduit l'onirie de "démons malsains", le sifflement de leur forme indistincte ("cependant" ; "malsains dans l'atmosphère" ; "s'éveillent"), perturbent la régularité du rythme ternaire (cf l'épithète "malsains" qui empêche de marquer la césure après le mot "démons"), font penser à ces chauve-souris du spleen, cf Les Fleurs du mal, pièce LXXVIII :
"Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se gognant la tête à des plafonds pourris"
(Spleen, vers 5-8)
Ce qui fait que si ces trois vers sont énigmatiques, il sont comiques aussi, évoquant la maladresse supposée des chauve-souris, lesquelles n'y voient goutte et sont comparées à des "qui s'éveillent lourdement gens d'affaire".

 

5.
"Et cognent en volant les volets et l'auvent.
A travers les lueurs que tourmente le vent"
(vers 13-14)

 

Analysez les sonorités des vers 13 et 14.

 

L'assonance "o" qui parcourt le vers 13, comme une sorte d'écho aux coups que font les "démons malsains" en se cognant partout, l'alternance des consonnes "l" et "v" ("volant" ; "volets" ; "l'auvent" ; "à travers les lueurs" ; "le vent"), l'assonance "an" ("en volant" ; "auvent" ; "tourmente le vent"), le léger écho de la consonne "t" ("travers", "tourmente"), la modulation "travers / lueurs" : autant de traits d'une scène de nuit, une rue sombre et pleine de vent, aux lumières flottantes, aux esprits flottants.

 

6.
"A travers les lueurs que tourmente le vent
La Prostitution s'allume dans les rues ;
Comme une fourmilière elle ouvre ses issues ;
Partout elle se fraye un occulte chemin,
Ainsi que l'ennemi qui tente un coup de main ;
Elle remue au sein de la cité de fange
Comme un ver qui dérobe à l'Homme ce qu'il mange."
(vers 14 à 20)

 

Quoi donc qui "s'allume dans les rues" ?

 

C'est "La Prostitution". Une entité fourmillante, la "Prostitution", hyperactive, souterraine, tentaculaire (cf "elle ouvre ses issues" et  puis "elle remue"), sournoise et secrète (cf "elle se fraye un occulte chemin"), adverse et inhumaine, animale (cf "fourmilière", un "ennemi qui tente un coup de main" ; "un ver qui dérobe à l'Homme ce qu'il mange"), et glauque qui grouille "au sein de la cité de fange". Le mot sans doute désigne le commerce du sexe, mais c'est aussi la matière même de la nuit humaine qui est ainsi révélée.

 

7.
"On entend çà et là les cuisines siffler,
Les théâtres glapir, les orchestres ronfler ;
Les tables d'hôte, dont le jeu fait les délices,
S'emplissent de catins et d'escrocs, leurs complices,
Et les voleurs qui n'ont ni trêve ni merci,
Vont bientôt commencer leur travail, eux aussi,
Et forcer doucement les portes et les caisses
Pour vivre quelques jours et vêtir leurs maîtresses."
(vers 21-28)

 

a) En quoi le rythme des vers 21 et 22 est-il intéressant ?

 

Rythme ternaire. Les finales des mots "cuisines", "théâtres", "orchestres" soulignent l'attaque des infinitifs "siffler", "glapir", ronfler". Cette houle régulière suggère les modulations des sons dans l'air, modulations que traduisent aussi assonances et redoublements de sons : "On / ronfler" ; "entend" ; "çà et là ; théâtres glapir ; " ; "cuisines siffler / glapir". Jeu d'échos traversé par la neutralité de l'article "les" et ponctué par la rime "siffler / ronfler".

 

b) De quoi "s'emplissent les tables d'hôte" ?

 

Les tables d'hôte s'emplissent de la rime "délices / s'emplissent / complices". Le vers se fait ainsi susurrant, traînant et allusif.

 

c) Pour quelle raison, selon le narrateur baudelairien, les voleurs volent-ils ?

 

Je dis narrateur baudelairien, et non Baudelaire : la poésie est une fiction à laquelle le poète prend part et où la pensée ne peut, par définition, qu'être subjective. Ici, les raisons qu'il donne aux actions des voleurs vont de soi puisqu'il s'agit de vivre et vêtir. Du reste, le vol est un "travail" lui aussi, un travail qui demande assez de maîtrise pour "forcer doucement les portes et les caisses".

 

8.
"Recueille-toi, mon âme, en ce grave moment,
Et ferme ton oreille à ce rugissement."
(vers 29-30)

 

Que veut-il qu'elle fasse, son âme ?

 

Qu'elle se "recueille" - quel drôle de verbe français, qui suppose que l'on se reprenne soi-même, que l'on se rentre en dedans, que l'on se ferme son oreille, que l'on se coquillage - d'autant qu'en l'occurence, tout se condense dans l'intensité de la métaphore. Le paysage nocturne rugit et ce rugissement répond à la métamorphose de l'homme du vers 4, l'impatient qui se change en bête fauve.

 

9.
"C'est l'heure où les douleurs des malades s'aigrissent !
La sombre Nuit les prend à la gorge ; ils finissent
Leur destinée et vont vers le gouffre commun ;
L'hôpital se remplit de leurs soupirs. - Plus d'un
Ne viendra plus chercher la soupe parfumée,
Au coin du feu, le soir, auprès d'une âme aimée."
(vers 31 à 36)

 

a) Que permet au narrateur la décision qu'il prend de se recueillir ?

 

En fermant l'oreille au rugissement de la bête fauve qui tracasse la caboche de l'humain "impatient", ainsi qu'aux grondements, glapissements et sifflements de l'humaine bestialité, qui semble l'appeler à sortir de chez lui pour se mêler à la Prostitution qui court les rues, le narrateur n'en médite pas moins pour autant, mais ce sont maintenant les mourants qui occupent sa pensée. La Nuit dès lors devient l'étrangleuse des malades (cf "La sombre Nuit les prend à la gorge"), celle qui aigrit les douleurs et remplit "le gouffre commun".

 

b) En quoi l'expression "gouffre commun" est-elle particulièrement signifiante ?

 

En rappelant que la mort est le lot de tous, l'expression rend plus mélancolique encore la lucidité du discours, puisque le narrateur signifie ainsi qu'il est, lui aussi, voué au gouffre.

 

c) Quel est le tableau évoqué par les vers 35 et 36 ?

 

Les vers 35 et 36 décrivent l'univers réconfortant du foyer, celui que l'on retrouve, en filigrane, sur le ton du regret, dans la pièce C des Fleurs du mal :
"Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
Certes, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s'égoutter les neiges de l'hiver"
(vers 4 à 14)

 

10.
"Encore la plupart n'ont-ils jamais connu
La douceur du foyer et n'ont jamais vécu !"
(vers 37-38)

 

Quel effet produisent les deux derniers vers du poème ?

 

Ces deux derniers vers expriment la pitié du narrateur pour les déclassés, les exclus, les hors-la-vie, les spectres vivants des rues, ceux qui vivent sans vivre, les stagnants, ce que le marxisme appelle le "lumpenproletariat" (le "prolétariat en haillons"), ceux qui sont à la marge de la marge. Ils achèvent ainsi une méditation sur la mélancolie du soir qui tombe sur la ville, mais aussi sur ce gouffre des âmes que, paradoxalement, cette obscurité éclaire.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 septembre 2013.

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 06:29

A QUOI SELON CIORAN
Brefs en lisant "Le mauvais démiurge" (cf Cioran, Pensées étranglées, Folio Sagesses, 2013).

 

1.
A quoi, selon Cioran, l'homme n'incline-t-il pas ?

 

Je ne sais à quoi il n'est pas enclin, le si multidirectionnel humain, qu'en tout cas, il incline aisément à la choucroute, mais avec une technique inégalée. Y a que les insectes pour être aussi efficaces.

 

2.
A la fin du premier paragraphe du texte Le mauvais démiurge, quelle question concernant le statut ontologique de l'humain Cioran se pose-t-il ?

 

Il se demande si l'humain ne serait pas un bête coincé dans sa synchronie, un voué à l'Eternel Retour, sisyphé, prométhéisé, qu'on invoque de l'ailleurs en faisant tourner des tables parallèles, là, de l'autre côté de la glace sans tain.

 

3.
A mon avis, la camarde, elle se balade derrière une "plaque de dissimulation", comme on appelle cela dans le Kaamelott d'Alexandre Astier. C'est pour ça qu'elle nous si vive saisit des fois des parmi nous.

 

4.
Page 12, comment, selon Cioran, aura-t-il vécu celui qui ne se demande que trop rarement si des fois, au départ, y aurait pas eu comme un vice de forme dans l'invention de l'existant ?

 

En gusse qui marche et rêve, ce qui fait qu'il ne voit pas qu'il est monté sur le toit et que dans le vide il va.

 

5.
Page 12, quelle hypothèse concernant l'honorabilité de Dieu Cioran fait-il ?

 

Je sais pas moi, mais il est vrai que quand on est un Dieu bien élevé, on s'amuse pas avec des petits bouts d'os et de chair qu'on fait tenir ensemble tant bien que mal, et qu'on agite dans tous les sens. Ce qui me fait penser que Notre Père est bien jeune. Les Dieux respectables créent des mondes parfaits, qu'ils peuvent contempler, sans personne dessus, ni chat, ni chien, ni molécule, ni loulou, ni louloute, ni rien que le mouvement des lignes et les grands vents stellaires. (1)

 

(1) : J'aime bien l'idée de "grands vents stellaires". Ne me demandez pas de définir, ni même si ça existe, je suis bien incapable de vous le dire, c'est rien que pour la musique et l'image de grandes nappes de poussières d'étoiles se déplaçant dans l'espace temps à la surface de mondes déserts.

 

6.
Page 13, selon Cioran, quoi donc fut "néfaste au mal" et quelle conclusion en tire-t-il ?

 

Evidemment, le bien est un mal pour le mal, cependant que le mal pour le mal n'est pas un bien. Et le bien pour le bien, quoi qu'est-ce ? - Une naïveté.

 

7.
Page 13, qu'est-ce donc qui, selon Cioran, "a épuisé le christianisme et compromis le dieu..." ?

 

De toute façon, les religions sont une manière d'épuiser l'humain, et s'il ne s'épuise pas assez vite, il y a toujours des illustres pour initier une guerre du Bien contre le Mal, ce qui fait beaucoup de victimes, de discours, de coups fourrés, de saloperies, et de profits sur les ventes d'armes. Ou alors, on accuse son peuple d'avoir la rage et on essaie de le noyer dans son propre sang.

 

8.
C'est par la dérision qu'Alexandre Astier, dans son excellent Kaamelott, a réactivé le mythe du Roi Arthur. Et au-delà de cette réactivation cocasse, peu à peu, Arthur, Lancelot, Guenièvre, Perceval, apparurent de moins en moins cocasses et de plus en plus méditants, jusqu'à la fascination. Qu'est-ce que le graal ? C'est la coupe de toutes les fascinations, la forme de toutes les géométries, le visage de tous les visages.

 

9.
Page 14, à quoi Cioran réduit-il "le démon" ?

 

A un ange qui fait des histoires.

 

10.
Page 16, quel reproche fait Cioran aux "athées, qui manient si volontiers l'invective" ?

 

A force de le définir, cet être qui n'existe pas, on finit par se dire que Dieu est une sorte d'oncle d'Amérique, qui, de toute façon, ne reviendra pas, et dont on se dit qu'il vaut mieux ne pas croire qu'il existât. Ou alors, on conteste à Dieu sa présence dans l'escalier comme s'il était le concierge de l'infini, et l'on affirme qu'il n'y a personne dans l'escalier, puisqu'il n'y a pas d'escalier. Bon, Dieu, c'est du dit, et comme c'est dit, c'est fait, tant pis.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er septembre 2013.

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 04:29

GRATIN ALL'SOLE
Notes sur le "Soneto a Napoli" de Tristan Corbière (cf "Les Amours jaunes", Le Livre de Poche n°16083, p.154, je précise pour les notes érudites de Christian Angelet qui m'ont permis de rêvasser sur des bases sérieuses, non mais tout de même).

 

1.
                         "Soneto a Napoli

                         ALL'SOLE, ALL'LUNA
ALL'SABATO, ALL'CANONICO E TUTTI QUANTI
                         - CON PULCINELLA -"
(Soneto a Napoli, titre)

 

De quoi ça a l'air, je vous demande un peu ?

 

Hein, je vous demande un peu, de quoi ça a l'air, ce titre en italien, que j'ai bien l'impression que c'est pas du vrai, que ça sonne comme du vrai, mais que macache ! c'est tout du fake, de l'artefake. En tout cas, c'est un sonnet qui s'annonce, net qui s'annonce, net qui s'annonce ! (j'ai de l'offenbach clamant caboche ce matin) (1) Et même du sonnet multidirectionnel, si j'en crois la dédicace macaronique - c'est-à-dire en italien bricolo, n'allez pas y voir de la xénophobie - qui signifie, d'après ce que je lis dans la note de Christian Angelet en bas de la page 154 : "au soleil, à la lune, au samedi, au chanoine (2) et tutti quanti, avec Polichinelle." Et c'est bien comme ça que je l'entends. Autant dédier ses fantaisies aux vraies muses plutôt qu'à des gens qui pourraient en profiter pour vous demander quelque chose. (3)

 

Notes :
(1) "Tant pis pour toi, il faut dormir", qu'elle me répond la fille d'la chanson Chacun fait c'qui lui plait. Vous vous souvenez de ce truc chanté/parlé, une sorte de rap assez bien fait, amusant, du début des années 80, par le groupe Chagrin d'Amour. Marrant comme ça vous traîne longtemps en tête, certaines phrases...
(2) : "canonico / chanoine" : ça se tient, que ça vient du latin chrétien canonicus, qu'en français, le [k] initial s'est chuinté dans le  XIIème siècle, et que le [k] final a lâché l'affaire bien avant ou me trompje. Le Dictionnaire historique de la langue française (celui d'Alain Rey aux éditions Robert) donne canonie en 1080, chanuine vers 1121, puis chanoine vers 1165.
(3) C'est ça l'astuce, dédier à des objets (sa tasse, son lit, sa bibliothèque, son étang à canards), à des animaux (son toutou, ses ronrons, ses coincoins dans l'étang) ou à des morts (Le Grand Machin, l'Immortel Bidule, la Magnifique Chose), mais pas à des vivants, malheureux ! ça les attire. (4)

(4) ça n'a rien à voir, mais quelqu'un m'a affirmé que l'on pouvait recycler de l'huile pour faire pousser des arbres (!). J'imagine les arbres fritiers, dis qu'ça va donner, et les pancartes :
- Interdiction absolue de manger des frites devant les arbres (ça les énerve)
- Attention arbres bouillants.
A mon avis, c'est pas en recyclant de l'huile qu'on fait pousser des oliviers. (5)
(5) Ceci dit, peut-être je me goure. Le réel est si baroque.

 

2.
"Il n'est pas de Samedi,
Qui n'ait soleil à midi ;
Femme ou fille soleillant,
Qui n'ait midi sans amant !..."
(Soneto a Napoli, premier quatrain)

 

Et ça, de quoi ça a l'air ?

 

L'air d'un air de chanson. Le présent de vérité générale prend souvent cet air-là. Ici, il commence par traduire un dicton italien: Non c'è sabato senza sole, non c'è donna senz'a amore.Dicton qu'il reformule et brouille ensuite, avec ce drôle de participe qu'est "soleillant". Je suppose que ça peut signifier "qui rayonne". Et il est vrai que l'on n'aime jamais que ce qui est aimable.

 

3.
"Lune, Bouc, Curé cafard
Qui n'ait tricorne cornard !
- Corne au front et corne au seuil
Préserve du mauvais oeil. -"
(Soneto a Napoli, second quatrain)

 

A quoi servent les majuscules du premier vers de ce second quatrain ?

 

Les voilà caractères, pantomimés, ombres chinées d'encre, la "Lune", le "Bouc", le "Curé cafard", et coiffés donc ! d'un drôle de galurin qui leur sert bien à se préserver du mauvais oeil, tout cocus, les coquins, cornards qu'ils semblent être.

 

4.
"... L'Ombilic du jour filant
Son macaroni brûlant,
Avec la tarentela :

 

Lucia, Maz' Aniello,
Santa-Pia, Diavolo,
- CON PULCINELLA. -

        (Mergelina-Venerdi, aprile 15.)
(Soneto a Napoli, les tercets)

 

Et ça encore, de quoi ça a l'air ?

 

On dirait qu'elle joue de la guitare, de l'endiablée mandoline, la strophe... Le sens importe moins qu'ici le son, car je me demande ce qu'il veut dire par cet "Ombilic du jour filant son macaroni brûlant". Par contre, la rythmique est évidente :
"L'Ombilic du jour / filant
Son macaroni / brûlant".
Remarquez que je cherche pas à le gloser, l'Ombilic du jour qui file son macaroni brûlant, que moi ça me fait penser à des pâtes au gratin, et puis c'est tout, que par contre il reprend les "i" et les "an" du premier quatrain, puis qu'ensuite il y fait entrer le "a" dans sa danse, qu'il la nomme même, cette danse, "tarentela", la danse qu'on dit qu'on danse quand on est piqué par la tarentule, ou qu'on danse pour pas être piqué par, je sais pas. Enfin, ça danse, avec du "a", puis du "o", et du "i-a" même, et des noms tirés d'opéras, qui est leur grande spécialité, aux musiciens italiens, tout ça, con Pulcinella, tout ça bien polichinelle, tout fantoche, filé fromage du gratin dont je vous causa tantôt.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er septembre 2013.

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 03:48

LES DEBUTS DE L'INSOLENCE
Questions et réponses sur le poème "Mon Dieu", de Henri Michaux (cf Henri Michaux, La nuit remue, La bibliothèque Gallimard n°90, p.240)

 

GRAND A : QUESTIONS.

 

1) Qu'il y eut-il un jour ?
2) Que lui-a-t-on fait ?
3) Qu'est-il devenu ?
4) Que lui a-t-on fait encore ?
5) Qu'est-il alors devenu ?
6) Et pourquoi le narrateur veut-il qu'on le "comprenne bien" ?
7) Quel est l'intérêt de l'anaphore "et" ?
8) Quel type de phrase domine la seconde strophe ?
9) A quoi, dans cette seconde strophe, Dieu est-il comparé ?
10) Dans quelle mesure l'adverbe "insolemment" peut-il être considéré comme ironique ?

 

GRAND B : REPONSES.

 

1.
Il y eut un jour que je ne sais pas ce qu'il y eut. Mais il y eut, ça me semble évident.

 

2.
Il y eut qu'il ne fut plus ce qu'il était, et ce qu'il était, bien malin qui peut le dire. Mais il était, ça me semble évident.

 

3.
Il y eut qu'il devint, et ce qu'il est devenu, bien malin qui peut le préciser. Mais il est devenu, ça me semble évident.

 

4.
Il y eut qu'il ne fut plus non plus ce qu'il était devenu. Mais il persistait tout de même à être, ça me semble évident.

 

5.
Il y eut qu'il devint nombreux aussi, et multiplié, et attroupé, et des griffes lui poussèrent, et lui poussèrent aussi des dents.

 

6.
Si le narrateur veut qu'on le "comprenne bien", c'est que c'est un naïf qui pense qu'il y a réellement quelque chose à comprendre, alors que ça se comprend tout seul, sans nous, que ça se promène, et s'amplifie, et se murmure de bouche en bouche, et se joue sans nous, et se joue de nous, qu'il n'y a rien d'évident, c'est évident.

 

7.
Et c'est que les "et" enchaînent les choses les unes aux autres comme si elles avaient un lien entre elles, les choses, alors qu'elles ne sont que du et, que du et, que du et il mit son manteau, et il sortit acheter du pain, et la voiture le faucha, et voilà qu'on l'enterre, et c'est bien dommage, c'est évident. Si on m'avait dit... jamais je n'aurais pensé... ça n'arrive pas qu'aux autres... on croit que... c'est évident.

 

8.
Un type de phrase qui donne à penser qu'il y en a qui sont étonnés que ça soit si évident.

 

9.
Dieu est incomparable. Et même insolemment incomparable. Il faut tout de même une sacrée dose d'inconscience pour vouloir comparer Dieu à de la gomme, à du papier de verre, à du vide-cervelle, à de la cuiller à ramasser les yeux crevés et les dents tombées.

 

10.
Là aussi, et encore une fois, il faut être tout de même sacrément insolent pour demander en quoi il est ironique ici, l'adverbe "insolemment", alors que, dès le début, comme on l'a vu, l'insolence fut, qui se fit chair, et souffla dans la poussière, et ça fit de grands mouvements d'êtres bruissants, d'êtres mouvants, d'êtres à syllabes, que ça en fit, des histoires.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 août 2013

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