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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 00:47

SANS OUVRIR LE BONHOMME

 

1.
Nous n'abandonnons pas facilement. Nous nous accrochons aux promesses de l'être comme le mourant qui fait ouvrir sa fenêtre :

 

"C'est drôle, est-ce pas : les mourants
Font toujours ouvrir leur fenêtre,
Jaloux de leur part de printemps !"
(Tristan Corbière, Un jeune qui s'en va)

 

2.
"Serait-il mort de chic, de boire, ou de phtisie ?...
Ou, peut-être, après tout : de rien...
                                                             ou bien de Moi."
(Tristan Corbière, Pauvre garçon)

 

En français, on meurt de la main de quelqu'un, on meurt sur l'ordre de quelqu'un, on meurt à cause de quelqu'un, mais on ne meurt pas de quelqu'un, on meurt de quelque chose.

 

3.
Les choses permettent d'établir entre les autres et nous une distance nécessaire et efficace. La propriété privée est un rempart contre la dissolution de l'individu dans la collectivité.

 

4.
"Dors sous le tabernacle, ô Figure de cire !
                 Triple Châsse vierge et martyre,
                 Derrière un verre, sous le plomb,
Et dans les siècles des siècles... Comme c'est long !"
(Tristan Corbière, Grand opéra, 1er Acte (Vêpres))

 

La durée, ce dont nous ne sommes qu'une parenthèse, n'a  de sens pour nous qu'abstraitement; sinon, sans doute deviendrions-nous fous, illico.

 

5.
Le doute est une réaction à l'intrusion de la durée dans la parenthèse, un vertige devant le texte incompréhensible qui fait éclater nos petites phrases.

 

6.
"Je ne fais que me damner, moi,
En serinant mes sérénades..."
(Tristan Corbière, Portes et fenêtres)

 

La damnation, c'est de ne pas trouver d'utilité à ce que nous faisons. Celui qui s'intéressait à l'être, on en a fait un philosophe ; celui qui s'intéressait au rythme, au trait, au son de l'être, on en a fait un artiste. Et on les a priés de produire.

 

7.
Malheureux le philosophe de profession auquel on demandera d'expliciter le lien entre la prière et la damnation.

 

8.
Si nous nous intéressons tant à l'être, jusqu'à nous fasciner, c'est que nous en espérons quelque chose. Mais nous avons beau gratter le faucon, l'or ne se montre jamais :

 

"Comme je revendrais ma dépouille à Satan
S'il me tentait avec un petit Revenant..."
(Tristan Corbière, Le poète contumace)

 

9.
L'essentiel n'est pas qu'il existe ; l'essentiel, c'est d'y croire.

 

10.
"Sans ouvrir le bonhomme, et se chercher dedans."
(Tristan Corbière, Décourageux)

 

L'être ne s'incarne pas. L'être n'est que promesse. En nous, les organes. Rien d'autre. Et c'est fort heureux de n'être pas obligé d'ouvrir le bonhomme pour se chercher dedans.

 

11.
Le talent est une fatigue surmontée.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 août 2013

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 18:34

1ère BAC PRO HISTOIRE
 

SUJET D'ETUDE 1 : LE MONDE OUVRIER EN FRANCE
Situation 1 : Jean Jaurès et la grève de Carmaux, 1892.
cf Histoire-Géographie, Nathan Technique, collection "Le monde en marche", 2010, p.14-15.

 

1) doc 1 : Chronologie.

 

a) Quel a été l'événement déclencheur de la grève de Carmaux ?
b) Combien de temps cette grève a-t-elle duré ?
c) Quel en fut le bénéfice pour les ouvriers de Carmaux ? Pour Jean Jaurès ?

 

2) Doc 2 : Les protagonistes.

 

a) Qui est le Baron Reille ?
b) Qui est Jean Jaurès ? Dans quel milieu évolue-t-il ?

 

3) doc 3 : "Le Petit Parisien" du 10 octobre 1892.

 

a) Quelle est la nature de ce document ?
b) Quel en est, à votre avis, l'intérêt ?

 

4) doc 4 : La condamnation de la grève.

 

a) Quelle est la nature de ce document ?
b) Relevez les termes dépréciatifs employés par le Baron Reille ? Qu'en concluez-vous ?
c) Quelle est la principale crainte exprimée par le discours du baron Reille  ?

 

5) doc 5 : La victoire des ouvriers.

 

a) Qui est l'auteur de cet article ? A quel moment des événements se situe cette prise de position ?
b) Quel principe l'auteur de l'article défend-il ?
c) En quoi, selon Jean Jaurès, la victoire des ouvriers de Carmaux a-t-elle une portée nationale ?

 

Bilan : Vous présenterez les événements de Carmaux (déclenchement de la grève, déroulement, conséquences).  Vous insisterez particulièrement sur l'influence et le sens des interventions de Jean Jaurès.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 août 2010

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 04:51

MELANGES A MADEMOISELLE M

 

1.
L'étonnante, et que je ne connais point Mademoiselle M, m'a récemment communiqué ces lignes que je vous livre, car j'en aime la rythmique allitérante.

 

"son geôlier épris d'ivraie et d'orge
aime en songe et jamais ne dit vrai
mensonger le souffle sur sa gorge
qui longe l'ivresse de ses plaies

 

et ronge l'ivraie, lange une ronce
ce lâche l'ensonge, l'a dénudé
vibrer de bonheur pour une once
de mensonge, c'est toujours vibrer"

(Mademoiselle M)

 

Note : Certes, cette poésie fait sens. On peut y deviner un constat relativement amer : la relation amoureuse est basée sur une illusion, et celui, celle que nous aimons est essentiellement une représentation. Mais ce qui importe, c'est le jeu des syllabes, la jonglerie des sonorités ("géôlier" / "orge" / "songe" ; "ivraie" / "ne dit vrai" / "ivresse"). C'est cette musique que je trouve intéressante, qui passe presque le sens - d'autant que la relation amoureuse et ses péripéties qui vont du grotesque au tragique sera, je vous le prédis, l'un des thèmes de la rentrée littéraire 2013, comme elle le fut en 1999, en 1983, en 1978, en 1967, et bien souvent aussi avant, car, évidemment, l'amour, eh bien, l'amour, quel merveilleux souci ! Et, gageant que qui ne se soucie trépasse - du reste, qui se soucie trop trépasse aussi - à mon avis, c'est pas prêt de s'arrêter. De plus, Mademoiselle M pratique l'art du bref. Elle a bien raison. Il faut vraiment être naïf pour croire que les gens qui achètent nos livres les lisent. Ou alors, c'est qu'ils ont du temps à perdre.

 

2.
Sous le titre "Histoire d'une Juliette", un autre texte de Mademoiselle M.

 

"dans l'angle coupé au montage
Montague coupera la langue à cette trainée

 

elle tire
trainée de souffre en souffrances
elle tire la langue en silence
et s'élance

 

étire la langue en mots alanguis
"ch'expire" souffle-t-elle à bout

 

expiation en mots étirés

saboter le tournage
pour se tirer"

(Mademoiselle M, Histoire d'une Juliette)

 

Note : Très bon, et un peu énigmatique. Mais je me soucie peu du sens en poésie ; il faut surtout que ça swingue... Surtout que les poètes disent à peu près n'importe quoi, et écrivent rarement comme ils vivent (sinon ils seraient bien fous, allez!). J'aime bien le chiasme "coupera la langue à cette traînée" / "Trainée de souffre en souffrances elle tire la langue en silence".

 

Allez, je contreverse :

 

"Ch'expire" souffle-t-elle à bout"
(Mademoiselle M, Histoire d'une Juliette)

 

Ch'expire car chuis toute déchantée
Souffle-t-elle en poussant ses soupirs
T'en as tant que ça de soupirs poussés
Elle répond ah oui alors et qu'ils repoussent
A foison qu'c'est comme un lierre d'un
Bout à l'autre du mur.

 

3.
"Vers l'aine

 

Les sangles oblongues des violences d'hommes
Blessent mon cœur d'une blancheur aphone"

(Mademoiselle M)

 

Les poilus zont de drôles de moeurs zont des
Sangles des fouets des cuirs des latex
Oblongues leurs cervelles que
Des bêtes grondantes y poussent leurs phallus Les
Violences c'est quand même un paquet de monde
D'hommes de femmes d'enfants torturés ils
Blessent la vue on veut plus les voir
Mon oeil ne tolère plus que d'la comédie mon
Coeur ne bat que pour les romances
D'une bonne poilade voilà ce dont j'ai envie la
Blancheur de la neige ou de la nappe d'été et
Aphone le reste s'il vous plaît bouclez-la.   

 

4.
Sous le titre "Simagrées", cet autre envoi, qui me fait douter de l'identité de ma correspondante : cf "On me croit soucieux / Je ne suis que sioux". Ce soucieux-là me soucie, voyez-vous... Serais-je manipulé ? Ou cette Mademoiselle M-là se mire-t-elle aisément en mâle ? Mais peut-être que honni soit qui mâle la pense.

 

"A l'employeur
ma tête de fossoyeur
ne sait jamais si m'agrée.

 

Dedans cogne
"Si m'agrée ?
Si m'agrée?"
Dehors trogne.

 

On me croit soucieux,
je ne suis que sioux
Eux, eux, ont l'angoisse simiesque

 

Des simagrées si s'agréent,
si sacrés. Moi sauvage ?

 

Dans ces cas là on dit sauvetage."

(Mademoiselle M, Simagrées)

 

Note : J'aime beaucoup "Dedans cogne / Si m'agrée ? / Si m'agrée / Dehors trogne." Allez zou, je contreverse :

 

Dedans mon porte-dents ça
Cogne j'ai le spectre muppet batteur
Si m'agrée c'est quoi ces simagrées si
M'agrée que j'me grommelle
Si m'agrée magret d'canard oui si
M'agrée le soleil est tout aigrelet
Dehors je m'en vas
Trogne à renfrogne en fumer une de simagrée.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 août 2013

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 02:40

AH QUE N'A T'ON DIT SUR AKHENATON
Tout ça inspiré par quelques vers de Tristan Corbière.

 

1.
Dans le poème Bohême de chic, le je dis (même si c'est dimanche) sur le ton impératif qui n'admet d'imperméable que s'il pleut :

"Ne m'offrez pas un trône !
A moi tout seul je fris"
(Tristan Corbière, Bohême de chic cité dans Al Médicis et Don Goncourt, "Le Joker et les dix huit petits cochons contre Sisi impératrice, ratrice, ratrice, ratrice, trice, trice, trice" (1), p.432)

 

C'est donc que le narrateur est tout à fait oeuf, ou poisson pané, mais s'il n'est pas né, c'est qu'il est donc oeuf (CQFD), et s'il frit sur un trône, c'est donc que ce trône est une poêle, sinon ça n'aurait pas de sens puisqu'en plus, nous savons, de source bien informée, qu'il s'a royalement brouillé avec son sceptre.

 

(1) : Que n'a t'on à ce titre long coupé l'écho ?

 

2.
Dans le poème Féminin singulier, le je dis (même si c'est lundi) sur le ton impératif qui ne prend de parapluie que lorsqu'il va à Londres (et comme jamais il n'y va, il a souvent les cheveux mouillés) :

 

"Fais-nous sauter, pantins nous payons les décors !"
(Tristan Corbière, Féminin singulier, cité dans Al Médicis et Don Goncourt, "Marie-Chouette et les sept plats froids de la vengeance", p.432).

 

Les pantins paient pour les péripatéticiennes à répliques. C'étaient là les moeurs d'une époque révolue, où les gens avaient bien mal aux dents, où des jaloux à barbe se battaient en duel pour des questions d'honneur et quelques poils de cul, où il n'y avait pas encore de rock n' roll qu'on devait s'ennuyer ferme, même que pour trouver des galettes d'Elvis et des Ray-ban, laisse tomber, autant jouer Mystery Train sur un troupeau de cloches à vaches.

 

3.
"Mort, il aimait le jour et dédaigna de geindre."
(Décourageux)

 

Quand on est mort, si on aime le jour, c'est qu'on s'est fait fantômé quelque part. Si, en outre(-tombe), on "dédaigne de geindre", on risque pas de se faire remarquer en tant que fantôme, car un fantôme, ça geint, gémit, grince, se glisse, s'agite le linceul, fait flotter son oreille coupée dans le couloir, ou sa tête tranchée, ou sa cervelle coulante, ou son petit doigt m'a dit... non, vraiment, si on dédaigne tout ça, on risque pas de rentrer dans la légende ; c'est par sur nous que les scribes broderont des fantastiques ; c'est pas nous qui ferons frémir la jeune fille et pâlir le cousin ; c'est pas nous qu'on sera le personnage du conte de l'aïeule. On sera comme si on n'était pas là. A peine un reflet fugace, un bref frisson, un ferme donc la porte, il y a un courant d'air.

 

Note : Je me permets de rappeler ici que se trancher l'oreille n'est pas le meilleur moyen d'arrêter de fumer.

 

4.
"- Je vois rouge... Ah oui, c'est juste : on s'égorge -"
(Duel aux camélias)

 

Comme il passait devant un pré, il vit rouge... Ah oui, c'est juste : on s'égorge - se dit-il. C'étaient deux jaloux à barbe qui battaient le fer pendant qu'ils étaient chauds.

 

"J'ai fait des ricochets sur son coeur en tempête."
(Pauvre garçon)

 

Ce spectacle le détourna des ricochets de son coeur, car il était tout ricochant, ricochetant, chetant, tant, tant ce matin-là qu'il avait dû s'essorer le navire, la tempête l'ayant secoué comme prunier en écume.

"J'entends comme un bruit de crécelle..."
(Heures)

 

"Je suis encor, ma Très-Chère,
Serpent comme le Serpent"
(Vendetta)

 

La crécelle entendue dès l'aube, et qui disait Serpent comme le Serpent, et ah que n'a t'on que n'a-t-on dit sur Akhenaton, le mit en route. Puis un des jaloux ayant signé furax à l'avant-bras de l'autre, le duel s'arrêta. Tout ricochant, ricochetant, chetant, tant, il reprit sa route, en méditant des saignements rouges sur fond vert.

 

5.
"L'oeil tué n'est pas mort"
(Cris d'aveugle)

 

Non, il n'est pas mort, l'oeil tué, il flotte encore, il mire encore, il reluque encore, entre deux os invisibles ; il passe dans une écharpe de brume - c'est plus discret - ; il n'est pas dans sa poche, vous pouvez m'en croire. Par contre, il cherche ses lèvres, et son cerveau, lesquels planent ailleurs. C'est du reste la raison pour laquelle il est si peu de fantômes. Ils ont du mal à se rassembler, à reprendre leurs esprits, ils sont tout éparpillés, dépareillés, déparés, ils se cherchent. Une fois qu'ils sont de nouveau maîtres d'eux mêmes, recollés, ressoudés - mais cela prend du temps - ils se trouvent une bonne petite synchronie dans un château en Ecosse, une villa des mystères, une demeure dans la lande, le cerveau d'un scribe, et ils refont leur mort.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 août 2013

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 19:26

Bac Pro 1ère HISTOIRE

 

Avant-Propos.
Les questionnaires divers et variés, qui occuperont désormais cette section, sont basés sur des documents publiés. Aussi, par respect du droit d'auteur, je ne ferai pas ici figurer ces documents. Je me contenterai d'en préciser les références.
D'autre part, ces questionnaires sont évidemment perfectibles, et, au regard de l'art d'enseigner (puisqu'enseigner relève d'un art, et non d'une science),  ils ne sont qu'un outil, parmi d'autres, et en eux-mêmes ne suffisent pas à répondre à des problématiques pour lesquelles il n'existe pas de réponse exhaustive et définitive.
Enfin, je rappelle que ces questionnaires sont destinés à un public de lycéens professionnels. N'en déplaise à certains promoteurs du "niveau qui monte" (et autres angélismes), il n'est absolument pas réaliste de croire que - et ceci pour la majorité des filières professionnelles - l'on obtiendra des réponses aussi complètes que celles que l'on est en droit d'espérer dans des classes de lycée général.

 

SUJET D'ETUDE 1
 

Le monde ouvrier en France (Des débuts de la "grande industrie" aux Trente Glorieuses).

 

I) Le monde ouvrier : mutations, évolutions.
 

Analyse de documents / cours. cf Histoire-Géographie, Nathan Technique, coll. "Le monde en marche", 2010, Collectif, p.12-13).

 

doc 1 : Les ouvriers des forges

a) Quelle est la nature de ce document ?
b) Que nous apprend l'analyse  de ce document ?

 

doc 2 : Les fendeurs d'ardoise

a) Quelle est la nature de ce document ?
b) Quel en est, à votre avis, l'intérêt historiographique ?

 

doc 3: Le réglement intérieur de l'usine Schneider au Creusot

a) Quelle est la nature de ce document ?
b) Quelle est la durée d'une journée de travail ?
c) Comment cette journée est-elle divisée ? Quelle est la conséquence de cette organisation horaire ?

 

doc 4 : Le travail à la chaîne.

a) Quelle est la nature de ce document ?
b) Comment caractériseriez-vous le travail décrit dans le texte de Christiane Peyre ?

 

doc 5 : La dénonciation de la condition des OS en mai 1968.
a) A quoi s'oppose cette affiche ?

b) Ce document dénonce un aspect du travail évoqué dans le document 4. Lequel ?

Questions de cours :

1) Combien la France comptait-elle d'ouvriers avant la Révolution?
2) Combien la France en compte-t-elle en 1870 ?
3) Quel phénomène est illustré par cet accroissement des effectifs?
4) Comment appelle-t-on la méthode mise en place par l'Américain Taylor ?
5) En quoi consiste cette méthode ?
6) A quel moment peut-on parler en France "d'apogée des effectifs ouvriers" ?
7) Pourquoi les effectifs n'augmenteront plus ensuite puis décroîtront ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 août 2013

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 15:16

ET SI L'ON Y METTAIT DE LA COMETE
De quelques vers tirés des Derniers poèmes en vers et en prose de l'essentiel Max Jacob (Poésie/Gallimard).

 

"Dans l'étroite langueur de l'horizon fermé j'écoute le rauque corbeau, le geai précipité dont l'aboiement strident halète : c'est une comète de cris."
(Max Jacob, Dans le brouillard)

 

1.
"Un homme, homme perdu au milieu des arbres."
(Max Jacob, "Mystique", in Derniers poèmes)

 

Un bredouillant, un balbutiant, un désirant,
Homme plein de silence
Homme plein d'ombres
Perdu l'homme dans tous ces êtres au monde
Au regard de tous ces êtres au monde au
Milieu de tous ces êtres au monde il regarde
Des amazones et des amazons entre les
Arbres passer... passer... passer.

 

2.
"le fantôme blanc des années"
(Les rêves prophétiques)

 

Il doit avoir une bonne lessive et une machine à laver drôlement performante.

 

3.
"Volontiers je m'assieds à table."
(Confession de l'auteur)

 

Surtout si c'est devant mon assiette.

 

4.
"Dieu a les yeux clos."
(p.95)

 

Dès lors, bon sang mais c'est bien sûr, tout s'explique.

 

5.
"il nageait dans le futur"
(Moeurs littéraires)

 

Mais c'est au présent qu'il se noie.

 

6.
"en improvisant au piano
la valse lente et le tango."
(Un hospodar de Valachie...)

 

En longuement longuement
Improvisant sous la lune barbue
Au tagadoi tagadoi doum doum
Piano des musiques fantasques de 
La rythmique pour funambule de la
Valse qu'on y croit voir de la belle et d'la
Lente senorita tournoyer sous la
Et des couples aux yeux noirs sur
Le damier enchaîner les figures du
Tango sans fin des coeurs qui se désirent.

 

7.
"lorsque l'on porte un crâne opaque"
(Un hospodar de Valachie...)

 

Lorsqu'on va gronchant dans les rues que
L'on a le swing raplapla et lorsque l'on
Porte un coeur mourdreux
Un oeil de boeuf sous la mer un
Crâne qui se cogne houille aux poutres
Opaque qu'on se sent un encombrant qui marche.

 

8.
"Ombre de moi qui fus"
(La vraie jeunesse)

 

Je te reconnais à ton pied-de-nez ; déjà tu te fichais de moi.

 

9.
De la réponse jaillit diable de la boîte la question.

 

10.
"L'oeil égaré, les traits tirés"
(La mariée)

 

Quand j'ai l'oeil égaré, des fois, j'ai beau siffler, i revient pas. Quant à mes traits, que voulez-vous, ils baissent doucement le rideau.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 août 2013

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 10:27

VACILLES ET FUGACES
Sur des bouts de tirés d'une traduction d'un roman de Anne Perry, qui fait 444 pages, qu'il faudrait donc me payer pour que je lise ces 444 pages, car enfin 444 pages, c'est bien trop long, que je me demande ce que l'on peut bien raconter d'intéressant sur 444 pages, que déjà 44 pages de n'importe qui, ça me gave, qu'en général, je me limite à 4 pages, et même des fois à 4 paragraphes, vous me direz, pour passer le temps dans un train, moui... possible, enfin, moi ce que j'en dis, hein...

 

1.
"Il allait rétorquer sèchement"

 

C'est qu'il l'avait sèche la rétorque. Et voyez, plus il se boissonnait, plus sa rétorque se désséchait, jusqu'à ce qu'on le rossât, d'abondance, et à plusieurs. Après, bien sûr, il allait mourir dans un coin.

 

2.
"Vous le connaissez bien ?"

 

Ah pardi, je le connais comme si je l'avais manqué de peu.

 

3.
"La tête lui tournait"

 

Ce qui n'était pas commode pour fixer son attention, puisqu'à peine s'apprêtait-il à donner le bonjour à la boulangère, qu'il le donnait au boucher, et à peine avait-il choisi la rue de droite, qu'il s'engageait dans la rue de gauche.

 

4.
"Jamais vous n'iriez imaginer de telles absurdités !"

 

Mais si  ! mais si !

 

5.
"Il avait envie de se prêter au jeu."

 

De se prêter seulement, et il espérait qu'on le rendît à lui-même avec quelque intérêt. Sinon, à quoi bon donner de sa personne ?

 

6.
"Ils restèrent tous trois silencieux."

 

D'autant plus que l'un était muet, l'autre sans voix, et le troisième aphone.

 

7.
"La chandelle posée sur la table vacilla."

 

La fille fofolle fugace fagoite et même fort fagoite la
Chandelle lui donnait une figure de cire verte
Posée sur un ample velours bleu de fugacité
Sur mon âme, fit-il, quelle est donc cette dame ?
La fille qui danse dessus moi, répondit la
Table, c'est Flarice Fabourette, et puis tout
Vacilla et tomba dans l'absurde à brouette.

 

8.
"Le jour commença à baisser"

 

Il fallait donc le remonter. Ce truc là prenait toute la nuit. Mais comme les armonteurs de jour n'avaient aucune mémoire, vu que c'étaient des automates, ce travail était purement mécanique. Chronos supervisait l'affaire en suçant quelques os.

 

9.
"Vous me paraissez tout chose !"

 

C'est que je me sens assez truc, et même machiné, et même chiné, et même né chais pas pourquoi.

 

10.
"Songez-vous à une personne ?"

 

Il avait l'esprit si vif et si changeant, qu'à peine lui avait-on demandé s'il songeait à une personne, que déjà il pensait à une autre, et, dans le temps même que j'ai pris à écrire cette phrase, déjà une troisième - fugacement - occupait  son esprit.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 août 2013

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 05:43

BYE BYE LES FEES
En millefeuilletant "Les Amours jaunes " de Tristan Corbière.

 

Note : Millefeuilleter, c'est parcourir un livre en mangeant un millefeuille. Eh bien, i faut pas faire, qu'on en fiche partout dans le chef d'oeuvre de la crème.

 

1.
"Insomnie, impalpable Bête !"
(Insomnie)
 

L'insomnie est comparée à une "impalpable Bête", une bête que l'on ne peut attraper, que l'on ne peut donc pas maîtriser, une imprévisible, une guetteuse.

 

"N'as-tu d'amour que dans la tête ?"
(Insomnie)

 

L'amour, une pure vision de l'esprit. Une folle-du-logis, qui secoue le cocotier qu'on a dans le bocal, une fantaisie, une fantasque, une girafe, une impossibilité dans la vie réelle. L'insomnie n'est pas une amoureuse. Au contraire, elle a un "mauvais oeil", elle maudit.

 

"Insomnie, impalpable Bête !
N'as-tu d'amour que dans la tête ?
Pour venir te pâmer à voir,
Sous ton mauvais oeil, l'homme mordre
Ses draps, et dans l'ennui se tordre !...
Sous ton oeil de diamant noir."
(Insomnie)

 

Quant à "l'oeil de diamant noir", il vous donne une drôle de mine.

 

2.
Dans le poème Paria, le narrateur déclare que puisque sa patrie est en terre, son os ira bien là tout seul. La patrie est donc faite de terre et est essentiellement une matière. Le poème fait du squelette un "os" ; la partie est prise pour le tout, en manière de plaisanterie sur la nature de l'humain. Qu'est-ce que l'humain ? - Un os.

 

3.
"C'est tomber, sur mon âme !
           Bien bas !"
(Tristan Corbière, Gente dame)

 

Peut-on tomber sur son âme, comme on tombe sur son nez, ou sur ses fesses ?

 

4.
"L'heure est une larme."
(Corbière, Heures)

 

Est-ce que le temps pleure ? Prendrait-il des fois les humains pour des mouchoirs ?

 

5.
"A la pochade du bon Dieu !"
(Idylle coupée)

 

Splish ! Splash ! Frout-frout... swich-swich... C'est-y pas torché, l'univers ? C'est-y pas peint ?

 

6.
"- Vous vous engommerez après. -
(Déleuner de soleil)

 

Oui, parce qu'en attendant, il y a le bois à rentrer.

 

7.
"Et, tout bas, il vous dit, de murmure en murmures"
(Le Fils de Lamartine et de Graziella)

 

C'est long, ça, de "murmures en murmures" ! Y a intérêt à c'que ça soye intéressant !

 

8.
"Le souvenir qui hante"
(Libertà)

 

Nature hantante du souvenir. Il se glisse dans les corridors de votre tête. Il ulule, il houhoute où ? où ?  où qu't'es donc passé(e) ?

 

9.
"Laissons venir la Muse"
(Libertà)

 

On lui offrira un quartier de tarte.

 

10.
"Plus tard, tu colleras sur papier tes pensées"
(A un Juvénal de lait)

 

Les pensées, vaut mieux les fixer, sinon, elles filent comme des papillons, paroles en l'air, des airs de rien, - et dans le désert de rien, y a ni grand monde, ni grand chose - des sorcières à balais, des à l'anglaise, des hop là sont parties, bye bye les fées.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 août 2013

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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 08:26

NON-SENS ET PHILOSOPHIE POLITIQUE

En lisant quelques pages de La Dent creuse, de Pétillon et en écoutant philosopher la radio.

 

"Et si j'ai la clef, je pourrai savoir de quelle énigme il s'agit."
(Pétillon, "La Dent creuse", Edition de poche J'ai Lu BD, 1988, p.17 [Jack palmer])

 

1.
"Surmené ! Je vais épouser un type surmené !" s'écrie la ravissante de la page 10. Certes, en général, c'est après, par la suite, plus tard quand même, qu'ils sont surmenés, les types qu'on épouse.

 

2.
Evidemment, un passage secret, s'il n'est plus secret, il devient public. C'est embêtant car si, certes, on avait fort peu de chances de rencontrer celle que l'on aimerait rencontrer, par hasard, dans la rue, on risque tout de même de tomber sur Dugland-Duglond, ses soucis et/ou son envahissante sympathie.

 

3.
J'ai longtemps cru que la littérature, la grande littérature, la littérature dont on cause sérieusement, la littérature à thèses et colloques, recelait des énigmes dont les clés se trouvaient dans le jeu complexe des signifiés. Avec le temps, je le vois bien qu'il n'y a que couic de caché dans les mots, que ce ne sont que faits de langue, performances linguistiques, modes et travaux, virtuosités, saltimbanqueries, tours de force, jeux jolis, grognes gouleyantes, crapuleries rêveuses, séductrices élégances, trousseau de clés pour des énigmes de papier d'bonbon.

 

4.
Cette prison est une passoire ; même les barreaux s'en évadent.

 

5.
Je découvre dans La Dent creuse, qui n'est pas une dent, mais un album de bande dessinée, du pétillant Pétillon (celle-là, je suis sûr qu'on ne l'a jamais faite) que jadis, on employait des chanteuses wagnériennes pour garder les villas délaissées par leurs propriétaires. Et bien, c'était très bien de trouver une utilité sociale à des gens qui, quoique différents, n'en sont pas moins aussi aptes à vous les casser que les autres.

 

6.
La philosophie, un théâtre où l'on donne des rôles de bouffons à des consciences singulièrement aigues.

 

7.
Ce que l'on appelle "lutte des classes" n'est jamais que la récupération par le philosophico-politique de l'aspiration des individus au vivre mieux. Et, comme on l'a vu en Union soviétique, et dans les fameux "paradis socialistes" de sinistre mémoire, cette imposture de la lutte des classes a effectivement permis à une idéologie - l'idéologie communiste - de confisquer le pouvoir.

 

8.
Il est facile d'affirmer que le camp de concentration est l'expression la plus crue du capitalisme. C'est oublier que le nazisme fut d'abord un mouvement anticapitaliste autant qu'anticommuniste ; c'est ne pas tenir compte non plus du pragmatisme libéral qui permet à l'Etat d'adapter la puissance de son interventionnisme aux nécessités économiques ; c'est, en fin de compte, rêver l'humain, et il est que l'humanité est tout, sauf un rêve dont le philosophe pourrait sortir aussi facilement que l'on sort d'une mauvaise nuit.

 

9.
L'exemple de la Chine prouve que le libéralisme, dès qu'on laisse les gens entreprendre librement, peut s'adapter à bien des contraintes politiques. L'avenir nous dira qui, de l'omniprésent parti communiste chinois, et de ses abus de pouvoir, ou  du libéralisme économique, et de son nécessaire jeu démocratique, pésera le plus sur l'avenir de la seconde puissance mondiale.

 

10.
On me dira - il ne manque pas de professeurs de philosophie assez sots pour cela - que le jeu démocratique dont je parle avec bienveillance n'est souvent qu'une apparence de démocratie, qu'une mise en oeuvre de l'aliénation, qu'une exaltation de l'illusion de la liberté. Effectivement, le spectacle réitéré des politiques maniant angélisme, carotte, bâton, langue de bois, promesses intenables, pieux mensonges, sans parler de la puissance occulte des mafias, réseaux, lobbys et autres "milieux", semble donner raison aux rêveurs de "liberté réelle", aux scribes consciencieux (et, certes, ils en savent des choses) d'un authentique autant qu'hypothétique contrat social légitime. Mais qui peut interdire aux citoyens de choisir leur poison, d'autant qu'en l'occurrence, le remède philosophico-politique me paraît bien pire que le mal qu'il prétend guérir. Les politiques sont des menteurs, ils le savent et nous le savons. L'essentiel est qu'ils ne nous interdisent pas de le dire.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 août 2013     

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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 04:36

RISETTES ET SALAISONS
En lisant quelques pages de "L'énigme du clou chinois", de Robert Van Gulik, édition de poche 10/18 n°1723.

 

"Vois-tu, ma petite, je suis médecin et je suis toujours très occupé, dit le juge d'un ton défensif."
(Van Gulik, L'énigme du clou chinois, p.120)

 

1.
Quand tu fais des risettes à l'anaconda, il est rare qu'il ronronne.

 

2.
C'ti-lal, il s'a tant cuit la pomme à la bistoule, qu'elle en est toute pleine de carabistoules.

 

3.
Je suppose qu'en promenant un berger allemand, il peut arriver que l'on se sente dogmatique.

 

4.
Certains d'entre nous, "après avoir dîné au restaurant", après être allé au concert ou dans une soirée, ont l'air de filer "vers leur coin secret", comme des araignées.

 

5.
Je suppose que l'on fait des cadeaux aux gens pour se faire pardonner de les importuner par notre inévitable présence.

 

6.
S'il y a des gens que je n'apprécie guère, ce sont les gens.

 

7.
Je déteste être manipulé et me reproche facilement d'avoir l'air de manipuler. Je fais d'ailleurs débuter la manipulation au simple fait d'entretenir une relation qui ne soit pas strictement professionnelle. La gestion de la démocratie par les classes moyennes marque le triomphe de cette manipulation qui trouve sa plus hypocrite et flagrante manifestation dans cette convivialité, ce vivre ensemble, ce festif que l'on nous vend partout comme un sommet de l'art d'être humain et qui n'est que collection de faux semblants, et préparation à l'horreur collectiviste.

 

8.
La plupart du temps, nous avons "une chance sur mille" de rencontrer la personne que nous aimerions rencontrer par hasard dans la rue. Par contre, on ne manque jamais de tomber sur Dugland-Duglond qui vous saoule avec ses problèmes, ou avec son envahissante sympathie.

 

9.
Alors les deux lions en pierre bondirent de la page 120 et dévorèrent le lecteur endormi.

 

10.
On a beau dire, mais un Dieu universel, le dieu de tout le monde, eh bien, il finit par n'être plus le dieu de personne.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 août 2013

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