Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 18:58

NOTES 51 A 61 SUR LES STATUES
Brefs en lisant Les Statues (Dessins de Ferry - Scénario de Pombal - Couleurs de Monic, Le Lombard, 1997)

 

51.
Si ça se trouve, nous ne tombons amoureux que de copies. Mais comme alors cela signifie que nous sommes nous-mêmes des copies, cela est dans l'ordre des choses. En outre, cela explique l'importance de la reproduction dans nos si rationnelles sociétés.

 

52.
Poignardé par son propre bras en était le modèle, l'auguste meurt entre deux Laïos.

 

53.
Un autre sphinx posé sur la boîte d'une Pandore en papier mâché.

 

54.
Et puis un autre sphinx encore faisant face aux ténèbres d'une autre statue, le visage fermé farouche d'une vieille femme.

 

55.
Un colosse de pierre. Le temps lui a abîmé la jambe. Le colosse de pierre a été taillé pour soutenir une voûte. Le temps lui a abîmé la jambe et la voûte est donc vouée à l'écroulement.

 

56.
Planche 41 : Annonce du dernier coup.

 

57.
On a beau dire La vie est un songe, tout n'est qu'illusion, nothing is real, il n'en reste pas moins qu'il est rare que l'on puisse dire : "Le reste de la journée se passait comme dans un rêve..." (cf planche 42).

 

58.
Les revoilà sur la flotte, avec un drôle d'instrument à consulter, qu'on dirait un instrument de musique, qu'ils ont tiré, si je comprends bien, d'une boîte bleue.

 

59.
Ce n'est pas l'instrument qui jacte directement, c'est une fée, une fée apparue dans une sorte de nuée étoilée. Elle a comme des plumes aux épaules. Ou sont-ce des feuilles ?

 

60.
La boucle de la légende s'est nouée à nouveau. Le temps a refermé ses ailes de dragon.

 

61.
Ses ailes de dragon. Je ne crois pas si bien dire. C'est que toutes les femmes de cette dynastie finissent par cracher dans la soupe en attendant les concurrents.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er août 2013

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LA BANDE DESSINEE
commenter cet article
30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 08:06

NOTES 1 A 9 SUR L'IRLANDE A BICYCLETTE
Brefs en lisant L'Irlande à bicyclette, de Johann Sfar et Tanquerelle (Editions Delcourt, 2006).

 

1.
Il y a un homme qui cauchemarde. Les bandes dessinées de Joann Sfar, des orinies, des songes dessinés (ici par Tanquerelle). Le récit du rêve intitulé "L'Irlande à Bicyclette" commence donc par un cauchemar. Une mise en abyme du cauchemar dans le songe, qui est lui-même une mise en abyme de l'autre en soi.

 

2.
Le professeur Bell est persuadé que ses cauchemars lui sont envoyés par un de ses ennemis. L'illusion comme malédiction. Le cauchemar comme sort jeté. Le réel complote contre la conscience.

 

3.
Lorsque le professeur Bell s'est "viandé sur le pavé"; heureusement, sa pipe ne s'est pas cassée. Lui non plus. D'ailleurs, la pipe fumait encore.

 

4.
Le sol, parfois, un miroir. Il fait des traits qu'on dirait un spectre d'herbe, grise, en noires épines. "Il n'est pas tranquille."

 

5.
Fou furieux furax professeur s'efforçant de fracasser la cafetière d'un de ses étudiants : c'est ainsi que Bell apparaît à la planche 5.

 

6.
La planche 6 est pleine de fumée. Fumigène et hallucinée.

 

7.
Evidemment, quand on part en Irlande, il n'est pas étonnant d'avoir un fantôme sur son porte-bagages. Il vaut d'ailleurs mieux emporter son propre fantôme. C'est tout de même plus discret. Après tout, le fantôme est un être personnel, un être intime, dont on peut supposer qu'il connaît vos secrets.

 

8.
Le fantôme découvre des cadavres. C'est un spectre révélateur. C'est même leur truc, aux spectres, de révéler. Les fantômes, c'est rien qu'des balances. Et si ça se trouve, des fois, ils mentent aussi bien que s'ils étaient encore vivants. Sans compter les fantômes corbeaux et les spectres usurpateurs.

 

9.
Le fantôme qui accompagne le Professeur Bell de Sfar et Tanquerelle : une grande bouche d'ombre qu'on dirait un long Ah muet promenant un linceul vert percé de deux trous pour ses yeux de ténèbres. C'est d'ailleurs un fantôme que l'on peut avoir dans le nez, et puis qui vous sort par les narines. Je me demande si les lecteurs actuels comprennent encore ces expressions : "avoir quelqu'un dans le nez" ; "avoir quelqu'un ou quelque chose qui vous sort par les narines", ce qui signifie dans les deux cas que l'on ne peut supporter quelqu'un ou quelque chose. Par ailleurs, je le trouve très sympathique, le spectre vert de Bell, mais il y a peu de chances qu'il me rentre dans le nez pour voir ce qui me hante. J'ai renoncé depuis longtemps à être un personnage de bande dessinée.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juillet 2013

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LA BANDE DESSINEE
commenter cet article
30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 07:36

NOTES 10 A 19 SUR L'IRLANDE A BICYCLETTE
 

Brefs en lisant L'Irlande à bicyclette, de Johann Sfar et Tanquerelle (Editions Delcourt, 2006).

 

10.
Je me demande si un fantôme peut se mettre en bouteille. Sous forme liquide s'entend. Et s'il est buvable et si c'est le cas, quelle est sa teneur en alcool. Cela doit dépendre sans doute de son origine et de son ex-mode de vie.

 

Note : Le fantôme qui accompagne le professeur Bell, mis en bouteille, il constituerait une liqueur verte. Ce qui n'est pas sans évoquer.

 

11.
La question que pose la planche 10, c'est de savoir si un corps peut contenir plusieurs âmes. La tradition veut qu'il y ait une seule âme par corps. C'est là une vue essentialiste de l'âme. Je penche moi pour la pluralité des âmes dans un seul corps. Ainsi, ces âmes passant notre existence à se quereller, se chamailler, se rabibocher, se prendre en grippe, se comploter, s'illusionner, s'adorer, se déchirer l'une l'autre, cela explique bien des choses, n'est-il pas ?

 

12.
On ne peut pas rentrer dans la peau de l'ours avant de l'avoir vue sauter d'arbre en arbre. C'est là une vérité griffue, poilue, dentue et solidement accrochée aux branches.

 

13.
Tout passe à travers les fantômes. C'est que la terre tourne. Il se peut donc que l'on shloupsât et bonkât. Et c'est normal, un linceul n'est pas un parachute.

 

14.
Evidemment, la pluie traverse les spectres. Sinon, cela ferait comme des trouées dans la pluie. Ce ne sont pas les fantômes qui font des trous, c'est le vent, le vent trouant, le vent gouffrant, le vent qui tente de nous retourner la peau comme un gant.

 

15.
"Pain rassis", "bouffe rance", "bière tiède", il ne manquerait plus que des morts-vivants.

 

16.
Un Blam ! Blam ! Blam ! a pour but de blâmer définitivement, radicalement, ontologiquement, les morts qui ont eu l'outrecuidance d'outre-tombe de se prendre pour des vivants.

 

17.
Le cimetière de la planche 16 m'a tout l'air circulaire. C'est que la terre tourne.

 

18.
Au centre de la planche 17, Eliphas évoque les banshees, les "délicieuses banshees couvertes de taches de rousseur." Ce serait-y pas une allusion à la Banshee qui accompagne Corto Maltese dans Les Celtiques, de Hugo Pratt ?

 

Note :
- Qui est Eliphas ?
- Je ne vous le dirai pas. Vous n'avez qu'à acheter l'album.

 

19.
Planche 18, le professeur Bell soulève une dalle mystérieuse. Ce qui explique que, lorsque l'on n'y arrive pas, à la soulever, la dalle mystérieuse, l'on s'exclame "Que dalle ! et puis mystère et vert fantôme !" C'est une tradition, voyez, d'autant plus ancienne que je viens de l'inventer.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juillet 2013

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LA BANDE DESSINEE
commenter cet article
30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 01:22

NOTES 20 A 30 SUR L'IRLANDE A BICYCLETTE
Brefs en lisant L'Irlande à bicyclette, de Johann Sfar et Tanquerelle (Editions Delcourt, 2006).

 

20.
Quand il nocke nocke nocke à la porte des "lutins d'Irlande", Le professeur Bell est incliné d'la tête, vers la gauche.

 

21.
Dans la lumière verte, les lutins sont tout ridés. Tout vieux. Tout moches. C'est pour ça sans doute qu'on n'en voit jamais, de lutins. Zont trop honte d'être si moches. Du coup, on a inventé les nains d'jardin.

 

22.
Planche 21, Ophélia, elle est toute coulante. Elle est croulante sans l'air d'être jeune. C'est que la terre tourne.

 

23.
Le professeur Bell a de longues mains, pour se saisir de l'irréel.

 

24.
Planche 23, les têtes de morts ont l'air de contempler la scène macabre qui vient de se dérouler sous leurs yeux. Il y en a certaines, elles ont l'air d'en être toutes retournées. En fait, moi, je pense qu'elles s'en fichent. Elles se disent que le nombre des vivants diminue et que donc le nombre des morts augmente. C'est d'ailleurs une loi qui ne souffre aucune réciprocité.

 

25.
Ossour, c'est sûr, est tout en rogne ; c'est pour ça qu'Ossour, tout comme un sourd, cogne.

 

26.
En général, quand on perd un ami, une amie, on gagne un fantôme, du même sexe que celui ou celle que l'on a perdu. C'est un échange, une compensation onirique. Le professeur Bell, lui, il se retrouve tout seul - y a bien un ange, mais il reste de pierre -, et son fantôme, et son poteau, de lui s'éloignent.

 

27.
Le surnaturel est plein de chevaliers avec lances, armures, panaches, heaumes illustrés de dragons, blasons et destriers  ardents, noirs, caparaçonnés, alambiqués, miniaturés, casés et onomatopéiques. C'est drôle, cette manie du médiéval de s'inviter dans la contemporanéité. En même temps, c'est décoratif, les chevaliers ; ça produit toujours son effet.

 

28.
Planche 27 : "d'un coup au milieu de rien." Et pis big et bang, clique et claque, Zig et Puce, Quick et Flupke, Tic et Tac, Us and Them, Me and You, et tous les matins du monde qui jamais ne pouet pouet.

 

29.
Je me demande quelle est la probabilité pour qu'un amas nuageux avec drache puisse donner la parfaite illusion d'un château dans le ciel avec cavaliers volants en approche, et tours merveilleuses, et créneaux, meurtrières, donjons, tout le médiéval toutim. Puis qu'on voie ça en compagnie d'un linceul jactant, alors là, la probabilité, ça fait longtemps qu'elle mange les pissenlits de la spéculation par la racine carrée.

 

30.
Hypothèse induite par Eliphas : Si la grosse pluie devient un lac suspendu au ciel, normal donc que s'y reflètent des ailleurs. C'est un genre de mirage. Et si le professeur Bell y est aussi lui-même, c'est que le professeur Bell aussi est un mirage.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juillet 2013

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LA BANDE DESSINEE
commenter cet article
30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 00:04

NOTES 31 A 38 SUR L'IRLANDE A BICYCLETTE
Brefs en lisant L'Irlande à bicyclette, de Johann Sfar et Tanquerelle (Editions Delcourt, 2006).

 

31.
Planche 30, le fantôme est enveloppant, sirotant, brolo-brolant.

 

32.
Manger son thon à l'huile à même la boîte, c'est un peu comme profaner une sépulture. Cela ne se fait pas. Pas étonnant qu'elle en est choquée, la fille dévêtue qui fume une longue pipe et porte un ruban au cou. Cela ne se fait pas, c'est tout.

 

33.
Il faut bien avaler le petit navire pour que ça produise son effet elficologique. C'est ainsi que l'on invoque l'Irlande et que soudain, il n'est plus seul.

 

34.
Elle a la chevelure rousse cascadante, ondulante, flamboyante, avec un visage malin, mignon, frimousse. Elle est légère comme l'armure d'une fée cavalière.

 

35.
Le professeur Bell n'est pas aimé des dieux. Il est trop cynique, trop revanchard, trop jaloux, trop imprévisible, trop fantôme à ombre de fantôme, trop regard qui fait peur, trop positiviste et puis impulsif, si impulsif.

 

36.
Curieux comme elle est vert d'eau la fille de Petrus Barbygère. On la dirait pastel, nénuphar en robe lilas, la nana que ça ferait un refrain amusant ça lilas, la nana.

 

37.
Le professeur Bell a unilatéralement remonté le temps. Il n'est donc plus synchrone avec son état civil.

 

38.
Le professeur Bell maintenant est plus petit que lui-même. C'est drôle comme il me fait penser au Little Nemo de Winsor McCay. On dirait qu'il va rêver.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juillet 2013

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LA BANDE DESSINEE
commenter cet article
29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 22:15

NOTES 39 A 47 SUR L'IRLANDE A BICYCLETTE
Brefs en lisant L'Irlande à bicyclette, de Johann Sfar et Tanquerelle (Editions Delcourt, 2006).

 

39.
Le professeur Bell n'a plus d'hallucinations. C'est qu'il est lui-même hallucinant.

 

40.
Un gamin dans les rues, surtout s'il a plu, ça va des fois de splatch ! à baf ! Heureusement qu'il ne peut faire usage d'une arme à feu, il risquerait bien de descendre le livreur de charbon, et le ciel, et quelques passants, et le lecteur, ce témoin si bavard puisqu'il vit, le lecteur, dans ce monde réel où l'on parle des êtres de fiction avec autant de sérieux qu'un physicien précise que la physique quantique et la théorie de la relativité générale sont incompatibles.

 

41.
Planche 40, le fantôme, i fairytale (en français de série B, il fairytelle "e"-deux "l"-"e"), ce qui est normal pour un fantôme. Le spin doctor storytells (ouh là, je m'avance d ans le rosbif, attention que des chats et des chiens ne me tombent point sur la tête) et le fantôme i fait dans le fairy tale ; tout est dans l'ordre ; on nous raconte que des conteries.

 

42.
Vouloir un "sommeil sans rêves", c'est vouloir un poisson sans arêtes, une sirène sans chanson, un dieu sans paroles, un orage sans éclairs, un éclair sans café, un café sans sucre, un truc que noir quoi.

 

43.
Le rêve est la matière première de la conscience. C'est une éponge à absorber les illusions.

 

44.
Il a le naseau fumant, Little Nemo/Professeur Bell, il a le naseau fumant et complot en tête.

 

45.
Il embauche une sorte de banshee (selon les critères d'Eliphas énoncés à la planche 17, - "délicieuse et couverte de taches de rousseur").

 

46.
Dans les vieilles histoires épouvantables, il est courant que le commanditaire d'un assassinat se fasse porter la tête de son ennemi. Vous imaginez ça, des vivants circulent en ville avec des têtes coupées dans des boîtes, - et dans des cartons à chapeau, c'est possible ça ? - à moins qu'il existât une sorte de carton spécial, de carton à tête tranchée.

 

47.
Donc l'histoire finit par une tête coupée, je ne vous dis pas laquelle, vous n'avez qu'à acheter l'album "L'Irlande à Bicyclette", tome 5 des aventures du "Professeur Bell", par Joann Sfar et Tanquerelle, aux Editions Delcourt, 2006.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juillet 2013

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LA BANDE DESSINEE
commenter cet article
29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 21:14

A MOINS QUE TOUT

 

1.
Peut-on imaginer une biographie qui commencerait par l'incipit suivant : "Mon père, tu es l'alcoolique le plus élégant que j'ai jamais connu." A mon avis, ça m'étonnerait.

 

2.
Je pense qu'à l'approche de la mort, la consolation de l'art ne sert à rien. On s'en fiche bien alors de Rembrandt. Ce qui compte peut-être, c'est l'Autre, celui, celle que l'on a toujours aimé(e), avec qui on a partagé sa vie. Mais même de l'Autre, je n'en suis pas si sûr. C'est sans doute pour ça que l'on a inventé Dieu, pour que les mourants ne meurent pas en disant : quelle connerie !

 

3.
Un seul être manque au fantôme, lui-même.

 

4.
Moins je vois de gens, mieux je me supporte.

 

5.
A ce niveau là, c'était plus une gueule de bois, mais une gueule de cendres.

 

6.
Avant que je ne sais plus qui affirmât qu'un dessinateur devait savoir croquer la chute du couvreur avant qu'il se fracassât au sol, je suppose que l'on a pu dire qu'un dessinateur devait savoir croquer la chute de la tortue avant qu'elle fracassât la tête d'Eschyle, et, à l'origine, qu'un dessinateur devait savoir croquer la chute de l'Ange avant qu'il tombât ouille in the houille, ouille in the hell. 

 

7.
"Le venin du serpent est son fidèle compagnon"
(Henri Michaux, Contre !)

 

Le venin qu'on en trouve partout du
Venin que le réel est une poche à venin sans blague
Du venin rien souvent qu'en paroles que du
Serpent de tous les jours du certes pas si grave il
Est quand même là le venin avec sa brave tête et
Son air de pas y toucher son air d'ami
Fidèle son air de je te dis ça c'est pour toi son air de bon
Compagnon qu'on est tous pareils.

 

8.
Plus j'avance dans l'existence, plus je suis sensible aux bobos. Je vas crever bisounours. C'est ridicule.

 

9.
Fut-il un temps de lente pluie, et de lente tortue tombant sur la lenteur têtue d'un dramaturge endormi ?

 

10.
J'aurais aimé être le Professeur Bell de Joann Sfar et de Tanquerelle dans L'Irlande à bicyclette. Outre que l'Irlande a réussi à s'imposer en tant que zone mythique du monde, il est que ce bonhomme tout à fait cinoque, et plein de fantômes, a ma sympathie. En écrivant cela, j'ai conscience de mômer. Evidemment que j'môme. Suivent dans ma tête des imprécations contre les augustes à diplômes qui écrivent d'ineptes traités sur le niveau qui monte, la nécessité de la mixité sociale (quelle horreur !) ou l'économie solidaire (oxymore ou plénoasme ?), que je vous demande s'ils ne môment pas eux, qu'en plus ils sont dangereux, et que, tapant sur mon clavier, je me dis que certes, y en a des qui tentent de faire croire à l'opinion publique que le niveau de culture générale des nouvelles générations monte alors que j'en ai pas vraiment l'impression, moi, que ça monte, mais que si ça se trouve, ça monte quand même ; que la mixité sociale, c'est pas si mal, même si, moi, moins je vois les gens, mieux je me supporte, et que l'économie solidaire, c'est un progrès par rapport à ces banques si rapaces, dans le genre que j'ai vu ce matin, lundi 29 juillet 2013 sur une chaîne d'infos continues de la télé, qu'aux Etats-Unis, une brave américaine rentrant de vacances dans son américain home, sweet home, constate que sa serrure a été changée et qu'on a l'a vidé, son home, de quasi tous les meubles, qu'elle apprend ensuite que c'est une erreur, que c'est la maison du voisin qui aurait dû être légalement cambriolée, que cette brave américaine, elle se tourne alors vers la banque en question (The First National Bank,i paraît, qu'ils ont dit à la télé, que moi, déjà, The First National Bank comme nom, ça me fait rire tant ça fait prétentieux), vers la banque en question alors qu'elle se tourne, notre victime, que first et nationalement, la banque, elle l'envoie sur les roses, notre américaine, qu'elle apprend même que certains de ses biens ont déjà été vendus, et qu'il paraît même que c'est tout juste si ses interlocuteurs bancaires ne la soupçonnent de je ne sais quelle tentative d'escroquerie, qu'elle en est pour ses frais, notre brave américaine, qu'il lui faudrait sans doute un avocat comme on en voit au cinéma (intelligent, malin comme en songe, volontaire et désintéressé) pour qu'on reconnaisse son bon droit et la dédommage. A moins évidemment que tout ça soit du storytelling.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juillet 2013

 

Repost 0
28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 17:49

DU PAPILLON DANS LA CERVELLE

 

1.
Un chien circulaire est un être parfaitement cynique. Du reste, je pense assez que le cynisme consiste à faire comme le requin, des ronds dans l'eau.

 

2.
Des fois, les pianos font comme des flaques, qu'on en a les oreilles qui traînent dedans, que ça fait des éclaboussures de lumière.

 

3.
Y en a, ils ont des offres sombres, comme s'ils faisaient commerce d'ombres, comme s'ils spéculaient sur les spectres.

 

4.
Le pronominal s'ermiter est précieux. Il faut savoir s'ermiter surtout lorsque l'on est chez les autres. Quand on est seul chez soi, dans le désert, c'est facile, mais s'ermiter en société, voilà du grand art.

 

5.
Saucisse, tu te nommes Saucisse, et sur cette saucisse, je bâtirai ma choucroute.

 

Note : Celui qui ajoute "et en vérité, je vous le dis, les humains n'ont pas fini de pédaler dedans", n'est qu'un mécréant.

 

6.
Faire moche est un privilège esthétique du ciel.

 

7.
Je trouve sain et réconfortant qu'il y ait des associations qui aident nos contemporains à affronter certaines chienneries de l'existence. Je regrette simplement qu'il y ait tellement d'humains dedans.

 

8.
Réponse du sieur Patrice Houzeau à Dame Elise Antoine qui demandait :
"- Et donc, avant d'avoir le crâne fracassé par une tortue échappée d'un aigle, il a eu le temps, Eschyle, d'être un fondateur du théâtre grec ?
- En même temps, une tortue, ça va pas vite..."

 

9.
Victor Hugo est éminemment romantique, l'homme du "Le Laid, c'est le Beau". Ou est-ce "Le Beau, c'est le Laid" ? Ou "Je suis sot, mais point laid" ? Ou "Dans mon lait, il y a un seau" ? - eh bien, Victor Hugo, plus il est grand, plus il rapetisse.

 

Note : Victor Hugo, ne l'oublions pas est aussi l'auteur de la célèbre blague, tant de fois reprise, selon laquelle si l'on veut fermer une prison, y a qu'à ouvrir une école. Ce qui est curieux puisqu'il serait plus rentable de faire bâtir les écoles par les prisonniers.

 

10.
Trois façons de considérer l'humain :
1) comme un être de raison, un esprit, une conscience, une éthique, un animal politique ;
2) comme un être de coeur, un noeud d'affects, un pris de langage, un animal social, une morale ;
3) comme un tube digestif perspicace.

 

Le pragmatisme consiste à se prévaloir alternativement de ces trois anthropométries en tenant compte du lieu et du moment, du poids de votre interlocuteur, et de l'utilité que vous en avez.

 

11.
Il me semble parfois que je suis pris de langage comme on est pris de boisson.

 

12.
Si une chenille me rentre dans l'oreille, est-ce que j'aurai du papillon dans la cervelle ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 juillet 2013.

Repost 0
28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 03:41

C'T'A CAUSE DU RHUM BLANC

 

"J'ai toujours toute gagné
Mais ça n'm'a rien donné."
(C. Monfette, R. Charlebois, Miss Pepsi)

 

1.
La nuit si bleue ; on dirait une peau.

 

2.
Je suppose que l'on peut éprouver grande fatigue à n'être pas.

 

3.
Il faut faire face à ses faucheux, ne pas les laisser s'insinuer dans vos pensées et flanquer leurs longues pattes partout, et leurs longs bras, et leurs diplômes, et leurs amants et leurs maîtresses, et leurs associations, il faut leur donner un mur pour qu'ils puissent s'étourdir au soleil puis, quand c'est le moment, donner un coup de balai sur ce mur, et ils s'effondrent avec leurs longues pattes, leurs longs bras, leurs amants, leurs maîtresses, leurs associations, et tout cet humanisme dont ils se prévalent pour vous mépriser.

 

4.
"Que me veux-tu donc, femme trois fois fille ?...
Moi qui te croyais un si bon enfant !"
(Tristan Corbière, A une camarade)

 

Que barlonges-tu dans ta barbe que
Me maudis-tu que me noises-tu que me
Veux-tu de quel vaudou me veux-tu envenimer
Tu barlonges je le vois bien pis tu baroyes aussi
Donc me voilà mal parti mal à être cornu que la
Femme-là, elle rit de moi (l'a bien raison)
Trois heures que j'picole c'est pas la première
Fois ma foi mais c'est mal fait pour mon foie que la
Fille-là, elle rit de moi (j'suis plus en état)
Moi je chante du Johnny (1) (ça me fait rire)
Qui n'est pas plus bête qu'un autre Moi je
Te barlonge itou et je l'écris que je
Croyais en l'amitié du prunier (2) et qu'il y a
Un air de quoi qu'j'ai l'air qui m'trotte dans la tête

Si moqueur merle qu'ça me siffle si
Bon sang mais c'est bien sûr, c'est un
Enfant c't'homme-là, pis un ivrogne.

 

Post-Scriptum: On pourra trouver un poil trop lyrique ce contrevers. C't'à cause du rhum blanc. Et pis tant pis. J'suis pas si amusant. Même si y a pas d'raison que je l'soye pas plus. Mais bon, faut croire que, des fois, j'ai du fantôme à moudre.

 

Notes :
(1) : Des fois, Johnny, il a des bonnes chansons. En tout cas, je ne mépriserai pas quelqu'un parce qu'il aime Johnny Halliday. C'est bien moins mauvais, Johnny, que certains chanteurs "à texte" pour classes moyennes.

 

(2) : "l'amitié du prunier" : ça fait un peu René Char, ou Ecole de Rochefort et tout le tintouin poétique dont tout le monde se fout (sauf les poètes qui ne se rendent pas toujours compte à quel point certains d'entre eux sont dérisoires). Je ne vous dirai pas quel vers j'avais d'abord écrit ; vous n'auriez pas fini de vous moquer.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 juillet 2013

Repost 0
28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 01:41

COMME UN CHÂTEAU A SON FANTÔME

 

1.
Quand on hoche la tête, on ne le fait ni trop souvent ni trop longtemps : le pantin a ses limites.

 

2.
Il m'arrive souvent de ruminer le passé. En français, on dit "ruminer le passé" pour signifier qu'un peu trop souvent, on évoque certaines périodes sur lesquelles la mémoire revient comme un saphir dans les sillons d'un disque rayé. On devrait dire ruminer son passé tant cette rumination est subjective. Enfin bref (c'est d'ailleurs ce que je fais), il m'arrive un peu trop souvent de ruminer le passé. Je me fais  alors l'effet d'un général ruminant ses batailles perdues. Ce qui est puéril et montre assez que j'ai eu jusqu'ici assez de prudence pour ne pas avoir à ruminer des événements pénibles. C'est là l'avantage d'un solide égoïsme ancré dans ma manière d'être comme le vaisseau fantôme dans sa légende.

 

3.
Certains parmi nous pensent qu'ils passent leur existence à délimiter un territoire où vivre, un trou où persister, un lieu où être. La fiction - et singulièrement la fiction poétique (quel est l'âne qui a dit qu'en poésie il n'y avait pas de narrateur ?) - ne cesse de proposer des espaces virtuels où l'être se projette aisément : la demeure de Malpertuis, les résidences proustiennes, les manoirs énigmatiques d'Agatha Christie, les chambres jaunes et mystérieuses, les hôtels simenoniens, la ville de Joyce, les Flandres étranges de Claude Simon, mais c'est surtout le théâtre classique qui se montre virtuose dans l'art de proposer palais et lieux d'être. Pas étonnant dès lors que l'on hante théâtres et opéras. Il faut cependant bien ancrer sa viande quelque part où l'on peut ranger ses livres et tout son théâtre.

 

4.
Au fort de l'hiver on peut rêver des chevaliers de neige. Au fort de l'été, des princes de sable. Dirions-nous que fées et sorcières se partagent le printemps et l'automne ?

 

5.
Il sortit de la pièce comme il était entré  : sans bras, sans jambes, sans tête, sans torse ni ventre. Visiblement, le rôle de L'Homme invisible lui allait comme un gant.

 

6.
Je ne sais pas pourquoi, à chaque fois que j'entends la formule : "Cela lui va comme un gant", j'ajoute mentalement à la main d'un assassin.

 

7.
C'est surtout dans la poésie lyrique qu'il y a un narrateur. Ou alors c'est que la plupart des poètes romantiques étaient fous à lier, et si c'est le cas, il est scandaleux qu'on donne ça à lire aux enfants des écoles !

 

8.
Les véritables yeux des créatures [Michaux, Les Yeux]. Ce sont ceux que l'on ne voit jamais qu'à la dérobée ou dans les cas limites de l'expérience humaine. Sinon, nous portons des yeux de circonstance, des yeux de politesse, des yeux supportables.

 

9.
Non mais sans blague, des fois je me demande si l'horreur n'est pas une donnée objective de la conscience alors que l'humour, qui en est l'antidote, serait une donnée subjective (Wagner est horrible ; Offenbach est merveilleusement humoristique). Autrement dit, cependant que l'humour est une production civilisationnelle, l'horreur passe toute singularité linguistique.

 

10.
Les météorites : des pierres échappées d'une île flottante, là-haut, dans l'espace.

 

11.
Il m'arrive de penser (si ! si !) qu'à chaque fois que je ferme les yeux, le réel produit des efforts surhumains pour persister à être, et même qu'il se raccroche à moi comme un château à son fantôme.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 juillet 2013

Repost 0

Recherche