Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 14:16

LES ROJES
Un poème by Patrice Houjeau

 

Les rojes je dis les rojes parce que j'ai un défaut de prononciation depuis que j'a trébuché dans l'jardin et vlan le nez dans les rojiers Les
Rojes c'est intimidant ça comme sujet les rojes déjà à cause des épines que
Je dis moi que ça pique ça les épines même que le poète il dit comme ça que si les rojes elles avaient pas d'épines, eh bien il y en aurait plus depuis longtemps des rojes, je veux dire des rojes à épines, sinon remarquez qu'il y a des rojes sans,
Les rojes on les appelle comme ça car il y en a des blanches, des rouges, des jaunes, des orangées, il y en a même des alchimiques, mais je sais pas trop ce que ça veut dire, et même aussi des vampiriques qui se nourrissent de sang séché
Les rojes voyez y en a de tout poil si j'oje dire et sans rire il y en a des duveteuses des poil-aux-pattes comme si elles s'étaient pas épilées, alors déjà qu'elles ont des épines et qu'elles font si bien les belles éphémères que
Les rojes c'est quand même bien féminin, je dis, que, du coup, ça doit être pour ça qu'on en offre à nos chéries, des rojes, comme si on leur offrait des mires de flore, pour s'y voir dedans.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 juillet 2013  

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES
commenter cet article
23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 02:30

UN NAÏF ET TROIS MEDIEVALES DONT DEUX ENFERS

 

1.
"Paysage avec singes, du Douanier Rousseau" (couverture de Histoires naturelles, de Jules Renard, Librio n°134, 2004). On dirait que les têtes des singes - il y en a trois - jouent à cache-cache avec nous. On n'en voit vraiment qu'une, qui nous regarde, masque blanc sur fond de poil noir, on dirait un visage humain. Les deux autres sont en partie masquées par des sphères oranges. On en voit un aussi, de singe, suspendu à une branche. Il nous regarde. Il a l'air du pauvre christ, et l'oiseau sur la branche, en gilet rouge et chemise gris pâle, nous zieute aussi. Il y a des feuilles et des plantes partout, derrières lesquelles se couche, ou se lève, un soleil orange foncé, rouge fruit. Tout ça nous regarde, aussi mystérieusement et mélancoliquement qu'un jouet d'enfant.

 

2.
Peut-être que le réel est bourré de têtes invisibles qui jouent à cache-cache avec nos regards. Dans les visages des autres, les traits des morts. Si ça se trouve, nous croisons la Reine Margot tous les matins, et nous ne la reconnaissons pas.

 

3.
Dans L'Enfer de Hans Memling (XVème s.), il y a un diable, le Diable lui-même peut-être, qui danse sur les corps des humains plongés dans la gueule des enfers. Le ventre de ce diable, c'est une face, dont le torse, les jambes à pattes griffues, les bras à ergots, et la tête à oreilles de cochon en sont donc l'émanation.

 

4.
Dans "Excision de la pierre de folie" de Jérôme Bosch (1462-1516), les soigneurs ont l'air aussi fous que le patient. Il y en a un - c'est celui qui incise - il porte un entonnoir sur la tête ; il y a aussi une femme, la tête appuyée sur la main droite dont le bras repose sur une table qu'on dirait un champignon géant. Elle a l'air mélancolique et porte un bouquin sur la tête. J'ai l'impression qu'il s'agit d'un livre, mais si ça se trouve, c'est pas un livre, mais un petit coffre rouge. En tout cas, ce n'est pas un paquet de chips, ni une pipe. Le patient porte une chemise blanche (dirait-on chemise ou tunique ou je ne sais quoi ?) ; près de lui, un moine on dirait, un religieux en noir tient un discours (on voit qu'il cause parce qu'il agite la main). Si ça se trouve, il cause pas (que fait-il alors ? c'est-y pas qu'il chasserait les mouches ?). Il tient un objet dont j'ai bien l'impression qu'il se situe au centre du cercle que forme la peinture (en tout cas, dans le bouquin, cette peinture forme un cercle, un genre de médaillon voyez, ce qui me fait penser à Henri Michaux et à son "cas de folie circulaire", et j'ajoute qu'il est curieux que le cercle, qui est un exemple de perfection spéculative, figure aussi le cercle de la folie dans lequel on s'enferme ou le cercle de la sorcellerie qu'on a du mal à en sortir dit-on). Le patient a les yeux ouverts. C'est une scène extérieure. A droite, il y a un chemin, et dans le fond il y a d'la ville. L'objet du moine, je ne sais pas ce que c'est. On dirait de l'étain.

 

5.
"L'Enfer" de Pol de Limbourg (XVème siècle, cf les "Très Riches Heures du duc de Berry"), dans une flamme gigantesque que crache un gigantesque belzébuth à cornes et couronne, des corps humains sont projetés au ciel par le souffle formidable. Il y a un côté bateleur de foire cracheur de feu dans cette représentation. L'Enfer, une foire à flammes. Ce qui me fait penser au mot "barbecue" (barbequiou). C'est la saison ; on est en été. Je n'ai jamais trop participé à des barbecues. Probablement que plus jamais de ma vie je ne participerai à un barbecue. Ou alors si je ne peux faire autrement. Pareil pour toutes les autres sortes de repas qu'on prend entre amis ou collègues. Cela m'a toujours plus ou moins ennuyé, et je suis de bien trop piètre compagnie pour que l'on souhaite ma présence. Il n'y a que ceux qui me connaissent mal qui pensent que je suis sinon de bonne compagnie, du moins de compagnie acceptable.  Alors bon, un jour, je me suis rendu compte que ce genre de sociabilités me nuisait plus qu'autre chose. J'en ai pris mon parti et depuis je m'abstiens.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 juillet 2013

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES
commenter cet article
22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 07:13

JE VEUX JOUER DU POEME COMME ON JOUE DU JAZZ
En écoutant Sweet Dreams par Terez Montcalm, Close Your Eyes par Anne Ducros, I Walk The Line par Norah Jones & Joel Harrison, Dear Prudence par Tok Tok Tok (si si) et le très beau My Favorite Things de Youn Sun Nah.

 

1.
"Quel oeil ne serait pas trompé comme le mien ?"
(Racine, Phèdre, IV, 2, vers 1036 [Thésée])

 

Quel éberluant que le réel qu'on est tout
Oeil abusé des fois de c'qu'on nous montre  
Ne pas se fier à tout ce qu'on nous téloche s'y fier ce
Serait se fier au sourire du loup 
Pas tout vrai tout ça qu'on en est tout
Trompé trempé dans la sauce à mensonges
Comme çui-là qui y croit tiens à ce que lui conte
Le politique lequel pense souvent
Mien quand il dit tien.

 

2.
"Croit-on que dans ses flancs un monstre m'ait porté ?"
(Racine, Phèdre, II, 2, vers 520 [Hippolyte])

 

Croit-on que je barloie mes cornes
On me croit sans doute enloulouté garou ou
Que sais-je diable-à-vents ou que
Dans ma cervelle un sphinx se promène comme en
Ses appartements un grand yeu tout unique Les
Flancs de ma mère de la pyramide peut-être ou
Un démon distrait m'aurait oublié là
Monstre bricolé comme pour rire ou qu'on
M'ait déficelé d'un très antique sarcophage et
Porté au jour pour se moquer de l'humaine perfection.

 

Note : Zavez vu, Houzeau, i pique des trucs à Baudelaire.

 

3.
Des fois à Dunkerque à Calais à Boulogne les mouettes des fois vous achetez un paquet d'frites avec de la mayonnaise ou du vinaigre dessus que les mouettes elles passent et pis qu'il y en a une qui vous et pan chie sur les frites qu'alors vous vous dites qu'les poètes i disent rien que des menteries.

 

4.
"Ma honte ne peut plus soutenir votre vue ;
Et je vais..."
(Racine, Phèdre, II, 5, vers 669-70 [Hippolyte])

 

Ma confusion qu'j'en bafouille verdi
Honte sur ma pomme qu'elle se rabougrisse
Ne peut plus faire grand chose
Peut plus que reconnaître
Plus que m'absenter car peux plus souvent
Soutenir le regard à vous autres
Votre habile manière de perdre du temps votre
Vue si humaine condition si qu'on est des gens bien
Et si bienveillante que j'ai pas d'argent pour
Je me reste tout seul avec ma langue et ne
Vais vous voir que parce que et étant donné que.

 

5.
Je veux scriber vif 
Veux faire rythmique et
Jouer à le faire sortir du bois le loup
Du swing je veux jouer du
Poème comme on fait jaillir un saxophone
Comme on fait se balader un piano comme
On fait soleil d'une batterie comme on
Joue pour le plaisir comme on dit
Du drôle du to be or not to bop comme on joue du
Jazz et tant mieux si bizarre un peu qu'ça sonne.

 

Note : "to be or not to bop" : ça a dû être fait mille et une fois, c'te formule, bah tant pis.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 juillet 2013 

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans CONTREVERS
commenter cet article
22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 04:51

OU QUI JETTE SA MAIN AVEC SON COUP DE DES

 

1.
"Je ne sais comment je dure,
Car mon dolent coeur fond d'ire"
(Christine de Pisan, Rondeau)

 

Je me fais fort fifre flûte
Ne fais cependant que tintouin et
Sais bien que mon marteau n'est que vent
Comment qu'ils font les autres
Je leur envie leur pure
Dure façon d'être
Car mézigue je n'affronte guère
Mon habitude est de ne pas et
Dolent indolent je demeure dans mon
Coeur comme le lièvre du sonnet qui dort au
Fond d'un pâté je ne suis
D'ire qu'en mon logis au dehors je souris bêtement.

 

2.
"Sots lunatiques, sots étourdis, sots sages,
Sots de villes, de châteaux, de villages,
Sots"
(Pierre Gringore, "Cri" in "Moyen-Age - XVIème", Darcos, Robert, Tartayre, Hachette collection "Perspectives et confrontations", 1987, p.178)

 

Sots y en a des seaux de sots y en a des
Lunatiques des plume-la-lune des jongle-la-lune et
Sots y en a des seaux de sots y en a des
Etourdis des perd-ses-clés des perd-sa-tête et
Sots y en a des seaux de sots y en a des
Sages qui disent ne lisez pas Houzeau c'est un sot.

 

Sots y en a des seaux de sots y a des sots
De monts et de vaux de bourgs et d'oies sots de 
Villes agités remués énervés encombrés sots
De tout poil plume couleur dieu sots de 
Châteaux qui regardent tout de haut sots
De partout d'ici et de là-bas sots de
Villages sots jolis sots fieffés sots coiffés ou pas,

 

Sots de toute façon et voués au grand saut.

 

3.
"De toute mer tout long et large espace"
(Maurice Scève, Délie, 259)

 

De l'étrangeté de ce vers du jeu ancien
Toute mer comme un large espace la
Mer abstraite vidée de ses vagues on dirait
Tout moderne que ça sonne cette évocation du
Long et du large qu'on dit Au large
Et que les humains y vont Au
Large et qu'il l'élargit dans la tête cet
Espace où nous sommes entre toute mer.

 

4.
"Pipeur ou hasardeur de dés,
Tailleur de faux coins et te brûles"
(François Villon, Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie)

 

Pipeur donc truqueur tricheur trompeur
Ou qui jette sa main avec son coup de dés
Hasardeur de châteaux en Espagne et
De mirifiques mirapolis jeteur de 
Dés qu'une main invisible hop escamote
Tailleur dans l'étoffe des songes
De beaux habits en tissu de promesse
Faux-monnayeur car monnaie se disait aussi
Coins que ça se dit encore en anglais ça coins
Et money veut dire argent encore
Te faut-il courir vite si tu ne
Brûles d'amour pour pandore et polichinelle.

 

Note : Tailler dans l'étoffe des songes de beaux habits en tissu de promesse, ah j'en suis fiérot d'avoir trouvé ça que j'espère que quelque politique cultivé la mettra habilement, cette formule, dans un discours et mon nom aussi, tant qu'on y sera.

 

5.
"Pies, corbeaux, nous ont les yeux cavés"
(François Villon, L'Epitaphe Villon)

 

Pies, pis les pies, pis les pies, pis une pluie de
Corbeaux s'abattit sur nos abattis
Nous agonirent nous percèrent nous crevèrent nous
Ont tant plu dessus épluchés que
Les lèvres nous en furent mangées et nos
Yeux becquetés nos nez percés et tout
Cavés de partout nous fondîmes dans la boue.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 juillet 2013

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans CONTREVERS
commenter cet article
21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 08:46

ECHOS AU SPECTRE D'ARGENT

 

"Spectre d'argent aux franges qui frémissent"
(Federico Garcia Lorca)

 

1.
"Spectre d'argent".
Spectre, c'est tout fantôme ça, et fantasme donc, façon poule... j'allusionne ici le féminin qui s'déballe... "ma poule" dit-on affectivement aussi... les maris disent ça à leur femme des fois... disent plutôt "ma cocotte", voire "ma cocotte en sucre" cause que "ma poule" ça fait un peu déplacé... les pères à leur fille plutôt... la poule c'est aussi la p'tite femme, la poulette... "On dirait des poules, hein ?" qu'elle dit Claudine, assez lucidement et un peu mélancolique, en contemplant les collègues du genre féminin qui, derrière la vitre, entre deux cours, se déliaient la bavarde... "éternel féminin", foutaise évidemment... "d'argent"... le flouze, fric, monnaie, pèze, blé, en voilà du bien plus solide... ah c'qu'on s'en paie alors de "l'éternel féminin"... "spectre d'argent"... ça me fait penser à l'expression "spectre à la balle d'argent"... que peut-on tuer avec une balle d'argent ?... Vampire qu'elle répond la légende... de l'éternel encore... ça me fait plus penser au western, à la bande dessinée, à une aventure du lieutenant Blueberry... Euh, le vrai titre, ce serait pas plutôt "Le Spectre aux balles d'or" ? ou quelque chose comme ça... à vrai dire, je m'en fiche, ça pourrait être aussi bien "Le Spectre à la cravate à pois" ou "Le Spectre à nez d'clown", j'ai pas vraiment lu... J'ai dû feuilleter ça il y a quelques années... attention, c'est très bien, le Lieutenant Blueberry, tout bien dessiné, bien scénarisé, dialogué, mais j'ai pas vraiment la patience... j'ai pas souvent la patience de lire... ça m'endort vite... je me souviens il me semble y a un personnage efflanqué sur la couverture non ? Hirsute... en haillons... dépenaillé (c'est bien comme ça qu'on dit ?)... sur la défensive me semble... avec un fusil... une Winchester je suppose cause qu'à part le Colt, je connais que Winchester comme marque de flingue du temps des westerns d'il y a longtemps...  tout ça dans la poussière... et si exister, c'était fréquenter la poussière des spectres ? je me dis ça du coup que ça rime à rien. A la radio ça cause du spiritisme... bah, ça, la culture de la betterave, la discographie de Tino Rossi, ou l'usage du bec de gaz dans les mythologies nordiques, peu importe au fond.

 

2.
"franges qui frémissent".
"franges" d'une veste peut-être... Western... le "Spectre d'argent aux franges qui frémissent" (premier vers du premier sonnet de la suite intitulée Sonnets - au pluriel - de Federico Garcia Lorca traduit par André Belamich) ... je l'ai dit précédemment que ça me rappelle la couverture d'un album cartonné (je dis cartonné je mesure pas, je veux dire assez solide pour qu'elle puisse pas se déchirer la couverture, juste s'abîmer les coins)... les albums, des collections d'images... les franges qui frémissent, c'est qu'il y a du frémissant vent non ? du frémissant vent pour de palpitantes aventures, le vent des fictions. C'est-y pas l'essence de l'art ça d'être un ensemble de fictions ? non, je suis con... l'architecture, c'est un art aussi et c'est pas si fictionnel, c'est même tout à fait réellement hideux, des fois, l'architecture... remarquez, moi, à part ce que l'on appelle "maisons de maîtres", le bâtiment, je m'en fous, ça ne me fait ni chaud ni froid... J'exagère car il y a de belles choses tout de même... Le Lycée Gustave Eiffel à Armentières, voyez, c'est pas du tout neuf, eh bien j'aime bien, je trouve ça beau et mélancolique, à part les bâtiments des cours, qui font comme de longs couloirs superposés et pis qui tournent, qui dédalent et vont je ne sais où, zavez comme des maisons un peu partout qu'on en a fait des bâtiments administratifs... c'est pas mal... ou alors plus moderne... y a des lycées maintenant, ils ont de grandes baies vitrées que ça fait classe quand on passe devant... et puis des structures aérodynamiques, qu'on dirait des bateaux, des avions, des phares, des scoubidous, ou alors de gros choux ratés effondrés... donc, c'est pas que de la fiction, l'humain, c'est surtout du sang, l'humain... du réel surtout avec de la fiction dedans... qu'on croit que c'est sa justification, au réel, la fiction, qu'on croit qu'en le dénonçant, le réel, avec la fiction, qu'on va le changer, le réel, qu'en fin de compte ça donne qu'on justifie le réel par sa dénonciation... Moi, je vous dis, le réel, des fois, i devrait porter plainte contre les poètes, pour diffamation.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 juillet 2013

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article
20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 09:47

VERS L'ANGLICHE BARAGOUIN

 

Y en a qui wantent qu'les cours bientôt dans les french universités se fassent en angliche baragouin. Vu que les universités sont déjà pleines d'enseignants qui maîtrisent à peine leur discipline, si en plus, ils doivent transmettre le peu qu'ils savent dans une langue qu'ils ne maîtrisent que parce qu'ils l'ont écrit sur leur CV, les étudiants, dont beaucoup speakent l'anglais aussi bien que frites en cornet, risquent de point piger grand chose à la béchamel.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 juillet 2013

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans ACTUALITES
commenter cet article
19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 18:20

APHORISME A AMSTERDAM ET AUTRES DOIGTS

 

1.
"Entre les conneries de l'Empire et l'emprise des cons,
entrent à peine les doigts d'un fou. Le temps de tous les fermer
sauf le majeur."
(Mélissa Perianez, Aphorisme à Amsterdam)

 

Entre nous
Les gens des fois i sont étranges i font des
Conneries de quoi faire rire
De nos pommes chez les martiens.
L'Empire de nous autres c'est tragi-comique
Et mieux vaut en rire qu'en pleurer ;
L'emprise qu'ça a sur nous tout de même...
Des autres on peut pas s'en passer, même aussi
Cons que concombres dans un colloque, ils
Entrent dans nos vies les autres...
A peine qu'on s'aperçoit qu'on est pas seul, à
Peine qu'on a perdu sa première chemise que
Les autres se pointent vous en r'fourguer une Vos
Doigts alors faut qu'ils servent
D'un coup vous v'là social sociétal utile encombré
Fou qui voudrait s'en départir
Le pourrissoir l'attend... Le
Temps faut pas le perdre ; y a les autres
De leurs yeux d'autres ils vous reluquent
Tous, même les aveugles et ceux qui sont loin,
Les autres ils vous reluquent, toujours. A la
Fermer alors votre boîte à corbeaux vous vous décidez
Sauf que vous avez quelqu'un dans
Le tonneau qui vous le tient dressé Quoi donc ? Le
Majeur des doigts d'honneur.  

 

2.
Trempe, tracas, tintouin qu'il nous flanque le temps.

 

3.
Les vampires ne s'acclimatent pas du tout à la clarté. Ce n'est que lorsque le jour a achevé son déclin, que ça se déclenche chez eux, la nécessité de s'agiter afin de trouver du sang frais.

 

4.
En danse je suis poutre. Tout déhanchement rythmique me fait grotesque. Le climat des boîtes des nuits ne me convient guère.

 

5.
"Sans voir s'elle était blonde... Il adorait la lune"
(Tristan Corbière, Décourageux)

 

Sans frites, que la mayonnaise est triste ; je vais
Voir s'il reste du maquereau froid. Je ne sais
S'elle a laissé du maquereau dans le frigo ; elle
Etait affamée hier soir, ma
Blonde... ah effectivement, elle l'a boulotté.
Il reste quoi ? Un quignon. Un coq
Adorait une pendule c'est dans une chanson
La mayonnaise et un bout de pain ; la
Lune qui mâchouille les ténèbres : quel festin !

 

6.
Il peignait des croûtes qui ne lui rapportaient guère que quelques croûtons. Ses vaches se firent de plus en plus maigres dans des prés de plus en plus étriqués contemplant des trains où bientôt il n'y eut plus personne.

 

7.
"La Nature au réveil - réveil de déchaînée -"
(Tristan Corbière, Le poète contumace)

 

La goulue gallinace a pour
Nature de goulaffrer tout c'qu'elle trouve
Au réveil elle goulaffre crapauds et crustacés Au
Réveil elle goulaffre gaufres et fifres Au
Réveil elle goulaffre goulaches et gouaches
De tout elle fait grande goulaffrerie puis
Déchaînée elle déchire quelques humains c'est qu'la
Déchaînée goulue galinace
De leurs pauvres yeux d'humains ils la voient pas au
Réveil goulaffrer didines dindons dondons Au
Réveil goulaffrer pot au feu pot aux roses pot au mac
Au réveil goulaffrer veau vache cochon couvée Ah
Nature comme tu es diverse, et nombreuse
La foule des choses que nous ignorons !

 

8.
Des fois je me sens comme un lion dans un camembert coulant.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 juillet 2013

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans CONTREVERS
commenter cet article
19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 08:32

CHACALITUDE

 

C'est la couverture de l'édition de poche du recueil de nouvelles "Les Ecuries d'Augias", d'Agatha Christie, collection Club des Masques n°72, 1974. Une étoile que ça fait. Une étoile de verre brisé. Au centre, un trou. Dans le trou autre chose sombre avec du vert, je veux dire la couleur verte. Autour du trou, toutes les branches de l'étoile, de longues lignes qui fêlent. Et puis du sang aussi, que la personne qui l'a reçue, la balle, elle devait être, dans les derniers temps de sa vivance, devant ce verre, debout probable à songer peut-être au roquefort ou à pouet-pouet Marinette (on suppose que le cadavre est au pied de la glace, du miroir, de la vitrine et qu'il ne songe plus à grand chose du coup). Du sang donc qui glisse lentement le long du verre, même que ça fait une croix avec les fêlures. Tout ça baigne dans du bleu pâle. Derrière la vitre, de profil, le dieu Anubis, - c'est bien Anubis qu'il s'appelle le Dieu Chacal des Egyptiens antiques, non ? si c'est pas Anubis, détrompez-moi ; remarquez qu'il pourrait tout aussi bien s'appeler Casimir, Pâtacrêpe, Fantômax, Judox ou même Parallélogramme que ça changerait rien, vu que de son blaze, au funeste diviniteux, je m'en tamponne le crocodile sacré du Nil avec une patte de coquillard verni. Il a fin long museau, et l'oeil style, amandin, les oreilles de pierre, puis on lui voit le haut des bras, nu, costaud ; sur les épaules, une drôle de chape bleue. Bleu pâle je disais le fond ; bleu brumeux aussi, bleu granuleux, bleu fumeux, que ça doit sentir le renfermé peut-être bien là derrière. On y distingue un abat-jour posé sur un guéridon et je ne sais quoi qui pendouille, vertical, étoffé, une sans tête peut-être statue, ou un en toge spectral ; à droite, la partie gauche du haut d'une porte.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 juillet 2013

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES
commenter cet article
19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 07:30

PORTRAIT DE L'ARTISTE EN VIEIL HERON

 

Il est long du pif, emmanché d'un long cou, héron ridé. Il fume une longue et fine pipe dont le fourneau repose sur son genou gauche. C'est qu'il est installé, l'artiste, comme s'il venait de chuter de sa longueur sur la rondeur de la boule terre, et qu'il se relevait, la paupière fataliste, le cheveu éméché sous le sac rouge qui le coiffe. Il est tout fripé, l'héron ridé, du tissu rouge sur la peau, montantes bottes souples, tout plein de plis partout. Il s'appuie sur son bras droit, pour s'en relever on dirait, de la chute, ou du somme. Son bras gauche, on le voit pas tellement, on voit une manche rougeâtre, informe, tout ça maigre, efflanqué, fatigué, sur fond de beige marron sale, avec de la suie qui lui sort des narines. Menton fuyant, sourcil hautement arqué, l'oreille longue, une toile d'araignée dans un coin, et de l'écriture sur le mur, je lis :

 

"Peut-être un poëte à-peu-près
S'amusant à prendre le frais
Au large de l'humaine piste."

 

Il s'a tiré trituré le portrait, autocaricaturé, en échalas grotesque, face et vers, Tristan Corbière, et ça figure sur la couverture de l'édition du recueil "Les Amours jaunes", Le Livre de Poche n°16083.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 juillet 2013

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans TRISTAN CORBIERE EN POETE PUNK
commenter cet article
18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 13:59

LE SOLEIL N'ECLAIRE JAMAIS QUE LE JOUR

 

1.
Des fois y a des pluies quand on y songe qu'elles courent sur les vagues eh bien ça reste quand même de la pluie.

 

Note : l'idée de la pluie qui court sur les vagues, je l'ai lue dans une traduction du poème "Présence du corps" de Garcia Lorca.

 

2.
"Viens sur mon coeur, âme cruelle et sourde"
(Baudelaire, Le Léthé)

 

Viens t'en un peu
Sur c'que j'tiens comme couche sur
Mon badaboum et rataplan
Coeur viens t'en un peu
Âme qui loge dans la superbe
Cruelle qu't'es yeux qui griffent
Et moue et pas souvent marrante pis
Sourde comme bal muet.

 

3.
"Le sais-tu, oui ! pour moi voici des ans, voici"
(Mallarmé, Sonnet)

 

Le temps nous flanque sa trempe
Sais-tu, le temps nous dévisse
Tu pousses pis tu passes tu dis
Oui tu dis non tu ouines tu ris
Pour chamitter ça tu chamittes
Moi aussi je m'agite et joue avec
Voici un mort tu le connaissais non ?
Des morts encore ça passe le temps les
Ans sont pleins de morts voici la route
Voici tu tournes pis tu tombes, obligé !

 

4.
On ne repasse pas par son passé comme on repasse par sa chemise.

 

5.
Entendu ce matin la ministre de la culture, Aurélie Filippetti, citer Jean-Luc Godard : "La culture, c'est la règle et l'art, c'est l'exception." (cf Jean-Luc Godard in "Je vous salue Sarajevo", vidéo, 1993: "car il y a la règle et il y a l'exception. Il y a la culture qui est de la règle, et il y a l'exception, qui est de l'art").

 

Très belle lucidité qui rappelle que si les courants dominants peuvent phagocyter les tentatives originales, il n'est d'exception que parce qu'il y a règle. Il y a sans doute fort peu d'oeuvres exceptionnelles. Il y a surtout beaucoup de choses bien faites, des preuves de culture, des traces de civilisation.

 

6.
Le soleil n'éclaire jamais que le jour. Toute grille prétend coincer le phénomène dans une synchronie d'où il s'échappe au moment même où l'analyste pense l'avoir maîtrisé.

 

7.
Il est vrai que l'existence précède l'essence. Nous précédons tous notre cadavre.

 

8.
L'être : l'ensemble de tous les étants possibles moins l'étant réalisé. Je me demande si "effectif" ne conviendrait pas mieux. Ah tant pis, je vais manger du fromage.

 

9.
C'est toujours bien fait pour quelqu'un. C'est peut-être pour ça qu'on dit que le monde est mal fait.

 

10.
L'image se présente sous la forme d'un étant synchronique (tout est là devant nos yeux) qui laisse à l'oeil le soin de créer sa diachronie, de s'attarder à telle chose plutôt qu'à telle autre. La musique, elle, est un étant diachronique. Elle impose sa durée. Comme tous les arts diacroniques - comme la littérature par exemple - elle est donc essentiellement chronophage.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 juillet 2013

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article

Recherche