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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 08:57

TOUT NOUS SERT

 

"Si vous faites naufrage, Elisa, tout nous sert,
Agitez ces mouchoirs sur un îlot désert."
(Stéphane Mallarmé, Autres dons de nouvel an)

 

1.
"le poète sent ses cheveux
grandir et se multiplier."
(Artaud, La nuit opère)

 

Sauf s'il est chauve.
Ceci dit, il peut toujours sourire.
Pour ce qui est de ceux d'entre les poétiques chevelus qui  les ont crûs et multipliés, leurs cheveux , ce que vous pouvez faire, Madame, c'est lui flanquer des racines et le planter au bord de l'étang qu'il y a derrière chez vous. Comme ça, ça vous fera toujours un chouette saule pleureur. Et avec les droits d'auteur, vous vous achéterez des cacahuètes. Ou des carottes. Ou des coin-coins ; ça distrait.

 

2.
L'historien ? Un tracassé des traces.

 

3.
Il se levait pont-levis. Dès son retour dans le monde lucide, il se fermait.

 

4.
Celui qui dit que Eve s'est bien fichu de sa pomme, à Adam, est un sexiste peut-être, ou un amateur de jeu de mots. Il y eut aussi, dans une planche du Boule et Bill de Roba, cette pancarte d'une manifestation féministe qui disait : "L'Adam dure depuis trop longtemps."

 

5.
"L'aurore se jeta sur la lampe angélique."
(Mallarmé, Don du poëme)

 

Vous trouvez pas qu'il y a comme du goulu dans ce vers-là ?

 

6.
"Chevauchant tristement en geignant du latin"
(Mallarmé, Le sonneur)

 

Un pleurnichant cavalier qui récite ses déclinaisons.

 

7.
"Abolie, et son aile affreuse dans les larmes
Du bassin, aboli, qui mire les alarmes,
Des or nus fustigeant l'espace cramoisi"
(Mallarmé, Hérodiade [La Nourrice])

 

Euh... Si elle est "abolie", Machine, comment peut-elle tremper son "aile affreuse" dans les "larmes du bassin" qu'est "aboli" lui aussi ? Déjà qu'un bassin qui ouine, c'est pas courant, c'est même assez curieux, mais si le bassin pleurant et la propriétaire de cette "aile affreuse" sont tous deux frappés d'abolition, on ne s'étonne donc plus que tout ce tintouin là "mire les alarmes", celui du lecteur qui appelle au secours.

 

Note : Peut-être qu'un universitaire distingué possède les clés étymologiques, intertextuelles, psychanalytiques, ou autres, de l'énigme. J'en suis point si sûr. Remarquez que c'est marrant quand même, surtout qu'après, le Mallarmé, il évoque "Des ors nus fustigeant l'espace cramoisi". Evidemment, le cramoisi de l'espace, c'est un problème ça, le cramoisi de l'espace. Remarquez j'aime bien quand même : j'imagine assez des fouets jaillis de jarbouins en or pur (ne lésinons pas) pour le frapper, "l'espace cramoisi" : "Tiens, prends ça, espèce d'espace cramoisi !" qu'ils disent, les jarbouins, en or pur. C'est qu'c'est méchant, ça, le jarbouin.

 

7.
Entendu récemment à la radio un penseur sachant penser sans son peigne dire que, lorsqu'il lisait des romans policiers, il avait souvent l'impression de perdre son temps. C'est vrai que j'ai du mal à visualiser l'auteur de "Spéculative Déconfiture" se gondolant aux récits des aventures du commissaire San-Antonio et du difficilement contournable Bérurier. Ou plutôt je l'imagine très bien plongé, avec pincettes et masque à gaz, dans Baise-ball à La Baule ou Concerto pour porte-jarretelles, ou Une banane dans l'oreille, ou La vie privée de Walter Klozett : il se hérisse du poil des pieds jusqu'au siège de son agitation neuronale ; il pâlit comme une lettre de Sartre oubliée dans une poche et livrée au réel tournoyant d'un tambour de machine à laver ; il tremble, il suffoque et rejette le livre honni (soit qui mal y) en borborygmant des imprécations en latin classique, en grec ancien, en Comte-Sponville, et en bonne et due forme car il a fait ses humanités. Ceci dit, j'écris ça, mais si ça se trouve, y a pas plus fana de Sana que cézigue cogitif. Enfin, chais pas ; ça m'étonnerait, mais chais pas.

 

Note : J'ai pris ici le parti de Cioran. Je ne cite pas de nom. J'évite. Après tout, que savons-nous des gens que nous moquons ? Et puis il est intéressant tout de même, des fois.

 

Note bis : Mon petit doigt, i m'conte comme ça que faut pas trop scrupuler, cause que feraient ces augustes pour ta pomme ? Rien. Que t'es rien pour eux. En tant qu'individu, puis en tant que scribe. C'est pas tant le regretté Frédéric Dard qu'ils lisent avec pincettes et masque à gaz que tes brefs, ironies, drolatismes et fantaisies spéculatives, si encore ils les lisaient. Mais macache. I sont bien plus tourmentés par leur signature dans Le Monde et le tirage de leur dernière composition française que par ce que tu scribes, cogites et penses, t'es con, Houzeau, ou quoi ?

 

7.
On dit que Molière était mauvais dans les rôles tragiques, qu'il récitait les vers d'une façon si ridicule que la légende veut que certaines représentations se fussent terminées par abondance de projectiles lancés sur la troupe. On représente souvent Molière et ses comédiens déclamant les vers tragiques en les scandant exagérément, allongeant démesurément certaines syllabes, marquant trop les accents toniques, et soulignant bien trop les effets. Bref, du temps même de Molière, il semble que cette façon de faire passait déjà pour ridicule. Eh bien, figurez-vous qu'il y en a qui veulent remettre ce ridicule au goût du jour. Entendu récemment sur France Musique un je ne sais qui  se moquer d'une lecture faite jadis par Jean Vilar d'un poème de Mallarmé. Invité à faire la même lecture, le gaillard moquant lut le texte en l'assenant, la métrique, en les marquant, les accents qu'c'en devenait contondant, en roulant les "r" me semble-t-il rapport à ce qu'on dit que jadis on roulait les "r" plus que maintenant, ce qui est certes intéressant dans la compréhension de l'histoire de la langue, mais qui, pour nos oreilles actuelles, sonne bizarre, zarbi, lourd et relou. Déjà que Mallarmé, c'est pas trop compréhensible (à vrai dire, je pense que pour bien des textes, c'est n'importe quoi, mais c'est mal vu de le dire, ça), mais là, consternant ce fut. Lent, pompeux, prétentieux, prétentiard, péteux, pédant, cuistre, écoeurant d'esprit de sérieux, concon, cucul, nunuche, musique de chambre, prout discret du violoncelliste couvert par le ouin-ouin-ouin-lan-lan du violon. Après, le sinistre nous gratifia de deux "tombeaux" composés par sa suffisance pour des musiciens récemment disparus. Affligeant.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 juillet 2013

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 19:21

AUTRES MIETTES DU MÊME TON

 

"Un poirier qui porte des pommes est un autre arbre."
(Henri Michaux, Principes d'enfant)

 

1.
Qui je fus ? Mais ne fus que fumée.

 

2.
Même cané, il ricanait encore.

 

3.
Il avait des états d'âme tellement nombreux qu'il ne se comptait plus.

 

4.
- Oh dis c'est
Beau
L'Odyssée
Oh qu'c'est beau...

 

- Oh dis ô Mère-grand
C'est-y vrai que le grand Homère
Même que dicunt Homerum caecum fuisse
C'est-y vrai dis qu'on peut dire que le grand Homère
Qu'on dit qu'il était miro absolu
Est le père de toute littérature ?

 

- C'est pas toi qui l'as dit
Vu qu'çui qui l'a dit
C'est avant toi petit Houzeau
Le grand Queneau.

 

5.
Il pleura comme un veau des larmes de crocodile.

 

6.
Les étoiles... on croit qu'elles sont là, et puis elles y sont pas... elles se foutent de nous...

 

7.
Dans ma peau y a mézigue, et ça m'étonne des fois.

 

8.
"Et sur quoi jugez-vous que j'en perds la mémoire,
Prince ? Aurais-je perdu tout le soin de ma gloire ?"
(Racine, Phèdre, II, 5, vers 665-66 [Phèdre à Hippolyte])

 

Et sur quoi comptez-vous ?
Sur vos doigts ? Vous n'en avez plus. Eh bien oui
Quoi, vous, des doigts, vous n'en avez plus.
Jugez qu'à force de vous ronger les ongles,
Vous avez fini par vous manger les doigts. Même
Que ça vous fera les pieds vu que
J'en ai soupé de vous mettre en garde. C'est que je
Perds patience aussi... Et sur
La mémoire non plus pouvez-plus compter... Votre
Mémoire, elle vous joue des tours ; franchement,
Prince, rendez-vous compte un peu :
Aurais-je pu imaginer, aurais-
Je pu penser que vous vous seriez
Perdu dans votre propre palais ?
Tout entier perdu, éparpillé, que
Le temps que ça a pris, le
Soin que ça a pris de vous rassembler puis
De vous recoller, c'est fou ça !
Ma patience, je vous le redis, a des limites, et de ma
Gloire alors, vous vous en fichez bien, hein ?

 

8.
Le trompettiste la trompa tellement qu'elle le trépana de la trompe.

 

9.
J'ai beau la regarder avec attention, la scruter, l'épier la nuit, je ne vois jamais l'ombre d'un sourire se dessiner sur la lune. A croire qu'elle nous fait la gueule. D'ailleurs, la plupart du temps, elle nous tourne le dos.

 

10.
En fait, je vais vous dire... Toutes les nuits, le Dieu Hypnos fait descendre au bout d'une ficelle un genre de cercle jaune, qu'il balance, imperceptiblement balance devant nos yeux, balance d'une imperceptible gauche à une imperceptible droite, en nous murmurant des choses imperceptibles et ainsi, imperceptiblement, Hypnos nous fascine.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 juillet 2013

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 03:26

MIETTES D'UN TON IRONIQUE

 

"Quand aura passé la grande éponge, eh ! bien, sans doute que je n'y serai plus, c'est pourquoi j'y prends plaisir maintenant"
(Henri Michaux, Qui je fus, VIII)

 

1.
Il tanguait tant qu'il tomba dans l'étang tant plouf !

 

2.
Son sang ne fit qu'un tour dans son sac - vu qu'sacs nous sommes.

 

3.
Il amena la conversation et sa belle-soeur qui était muette.

 

4.
Je me regarde dans le miroir lequel me le rend bien.

 

5.
Big bang Ah l'infernal pet

 

6.
Il tourna vers son compagnon son visage et les sept tentacules qui lui sortaient du ventre.

 

7.
Il consacre tout son temps libre à se demander ce qu'il pourrait bien faire s'il avait plus de temps.

 

8.
Il gravit le grand escalier et tomba dans le vide.

 

9.
Sans doute ne gagnons nous souvent que ce que nous nous acharnons à perdre.

 

10.
Les voix off dans les films américains : on croirait des fois que c'est le fantôme de Jim Morrison qui récite des poèmes. En tout cas, j'ai cette impression. Bien entendu, je ne pige pas une broque d'amerloque.

 

11.
Elle secoua la tête et le cocotier d'où se détacha une noix de qui lui fendit le crâne.

 

12.
Après moi, il y aura toujours autant de mauvaise littérature qu'avant moi et que de mon temps. C'est plutôt rassurant. Je n'ai pas fini d'être bon, ni arrogant.

 

13.
Il ne répondit que parce que des mots lui sortirent de la bouche. Sinon, vous pensez bien...

 

14.
Il prépara longtemps sa vengeance et la plupart de ses repas puisque désormais il était aussi seul qu'un éléphant dans un troupeau d'huîtres.

 

15.
Il avala et sa salive et la couleuvre.

 

16.
- Ah mon cher, une langue de bois superbe, une de ces langues de bois à y tailler des pipeaux de gala, de vrais pipeaux de campagne électorale !

 

17.
"Il roule par la brume, ancien et traverse"
(Stéphane Mallarmé, L'azur)

 

Il roule par la brume, ancien et traverse

Les eaux du port... Quoi donc ? Té, le Vaisseau Fantôme...

 

18.
Avez-vous remarqué que c'est en montant dans l'échelle sociale que l'on fait son trou.

 

19.
Il était tellement virtuose qu'il aurait pu planter ses mains sur le clavier et aller fumer une clope dans les coulisses.

 

20.
Comme j'étais sorti seul avec ma femme, je m'aperçus que nous étions deux.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 juillet 2013

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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 10:12

DU NIAGARA

 

Le Niagara, c'est de l'eau qui relie les lacs Erié (Etats-Unis) et Ontario (Canada).

 

Le coulant courant chutant
Niagara - quel beau nom on dirait un titre
C'est le nom d'un dieu peut-être un dieu chutant que
De Dieu son nom c'est sans doute peut-être De
L'eau en tout cas le Niagara
Qui file argente si vif si vif et vivifie et
Relie des bouts de terre à d'autres bouts
Les yeux je pense i s'y serpentent aux
Lacs avec des morts dedans dans le lac
Erié des réglés pour compte chais pas Aux
Etats-Unis y a des bandits comme partout
Et dans le lac
Ontario y-a-t-y des morts des poissons le
Canada ça doit être beau chais pas j'irai pas.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 juillet 2013

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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 19:00

AU BAS DE LA RIVIERE

 

1.
"l'ondine niaise dans sa robe bruyante"
(Rimbaud, Métropolitain)

 

L'ondine celle qui flic-flac-floc la
Niaise celle qui peut pas s'empêcher de s'ébrouer
A façon de chien mouillé
La chérie qui passe dans sa
Robe qu'i paraît qu'c'est jamais la même mais
Bruyante toujours et glougloutante sotte.

 

Note : Rimbaud précise qu'elle est, "l'ondine niaise à la robe bruyante, au bas de la rivière". A croire qu'elle est, Didine, tombée d'son lit.

 

2.
"Un envol de pigeons écarlates tonne autour de ma pensée."
(Rimbaud, Vies)

 

Un froufrou d'rourous d'rourourous un
Envol de piafs quoi
De chie-en-l'air de
Pigeons de mouettes de zarbelles cendrées ou
Ecarlates et bleues et jaunes et vertes
Tonne font des feux d'artifice avec des piafs ici et
Autour de la grand place à ténèbres
De la ville gouffre à
Ma fenêtre j'ai vous savez quoi la
Pensée pleine d'rourous d'rourourous siffle-pétants.

 

3.
"Si qu'on s'baigne jamais deux fois dans l'même fleuve, c'est donc qu'on peut pas s'tremper non plus deux fois dans la même ondine", qu'il se dit le faune en batifolant dans la flore et les pâtis paniques semés d'animaux d'une élégance fabuleuse.

 

Note : Ce qui est en italiques, ce sont deux bribes collées ensemble et pompées à Rimbaud. Voilà.

 

4.
"aux confins du monde et de la Cimmérie, patrie de l'ombre et des tourbillons."
(Rimbaud, Une saison en enfer,"Je devins un opéra fabuleux...")

 

Aux confins qu'on suspecte pas
Confins si fins qu'ça n'a pas d'fin
Du bout du bout du bout du
Monde qu'c'est foutu là
Et que si c'est ça, p't'être qu'on en r'vient pas
De la lointaine de
La légendaire à force qu'on s'imagine
Cimmérie qu'i dit Arthur chais pas qu'est-ce Une
Patrie paraît où vaut mieux aller avec un max
De lampes et lampions cause que
L'ombre y serait omni
Et pas que l'ombre qu'il y aurait aussi
Des tempêtes de noir des
Tourbillons à vous estourbir pis finir ion pas moins.

 

5.
"Tout se fit ombre et aquarium ardent."
(Rimbaud, Bottom)

 

Tout donc tourbillonna s'fit toupie folle
Se virevolta vertigina quel vertigo qu'ça
Fit caracola dadas et jockeys pêle-mêlés
Ombre tout se fit pêtés-mêlés j'vous dis
Et liquide qu'des calamars s'éprirent des chevelures
Aquarium ombre et aquarium baiser
Ardent de l'algue d'la tentacule au noyé qui descend.

 

Note : Ce noyé descend vient tout droit, bien sûr, de son Bateau ivre, à l'Arthur Rimbaud, "où, flottaison blême / Et ravie, un noyé pensif parfois descend".

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 juillet 2013

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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 14:31

CHUINTE-CONSCIENCE

 

1.
L'araignée se divise en huit pattes pour mieux régner sur sa toile.

 

2.
"Cette angoisse comme un élastique qui se retend et vous saute soudain à la gorge"
(Antonin Artaud, L'Art et la Mort, in "L'Ombilic des Limbes", Poésie/Gallimard, p.133)

 

Cette boule noire qui rebondit d'partout
Angoisse gueule de chienne qui lâche plus
Comme un chwark
Un chuinte-conscience un
Elastique qui se retend dans l'espace
Qui se retend dans le cercle dans l'espace
Se retend dans le centre dans le cercle dans l'espace
Retend tant tant tant, tant tant tant, tant tant tant
Et dzwiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimmm
Vous tchaque vous tacle vous racle
Saute au pif
Soudain que vous voilà autocinoche
A donf le black dans la caboche
La gorge alors la gorge alors la
Gorge s'empare d'une main invisible.

 

3.
"Avec moi dieu-le-chien..."
(Antonin Artaud, L'Ombilic des Limbes, p.55)

 

Artaud se trompe. Si Dieu était un chien, nos prières se finiraient par ouah ouah. Au moins. Non, si Dieu n'est pas autre chose que son nom, Dieu est sans doute cet enfant solitaire, dont parle Samuel Beckett cité par Ludovic Janvier (Beckett par lui-même, Ecrivains de toujours, p.100), et qui se met en plusieurs, deux trois, pour être ensemble, et parler ensemble, dans la nuit. Depuis le temps qu'il est solitaire, il s'a répliqué plus que "deux trois", Dieu, et ça fait du monde maintenant, forcément, ça fait même le monde.

 

4.
Des fois, c'est marrant ; voilà les débuts des six premiers vers du poème Globules incandescents de Jean de Bosschère :

 

Souvent dans la crevasse
d'une phrase
Caïman

 

La surprise
Prendra le voyageur
Viande crue

 

Comme quoi i faut faire attention à où l'on met son oeil.

 

5.
"Dieu, c'est le nom du fauteur d'écoute"
(Ludovic Janvier, Beckett par lui-même, Ecrivains de toujours n°83, p.76)

 

Dieu ce signifiant dont le référent est le nom lui-même
C'est que pas seulement un signifié Dieu
Le réel de Dieu est dans sa syllabe que son
Nom soit effacé et Dieu s'efface de toute réalité
Du diable où cela nous entraîne qu'en plus il est
Fauteur Dieu qui n'a pour nous
D'écoute que s'il descend jusque dans nos oreilles

 

Dieu ne serait alors qu'une sorte de dragon
C'est pourtant plus qu'un lance-flammes Dieu
Le réel de Dieu est aussi dans les oeuvres humaines
Nom de Dieu nous disons bien c'est qu'c'est à cause
Du nom de Dieu aussi que l'humain tant fut
Fauteur et tant combattant et tant miséricordieux
D'écoute attentive comme de souverain mépris.

 

Note : Euh... (Note de l'Auteur qui se rend bien compte que flanquer du spéculatif dans du contrevers donne pas un résultat évident, et que même ce serait un peu lourdingue que ça l'étonnerait pas).

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 juillet 2013

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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 08:18

TANDIS QUE JE BARAGOUINE

 

1.
"Nous ne sommes pas habitués à des assassinats dans ces murs !"
(Agatha Christie traduit par Juliette Pary, Le Secret de Chimneys)

 

Nous non nous
Ne pratiquons pas l'homicide
Sommes pas des adeptes du bouillon d'onze heures
Habitués non vaiment pas
A enterrer dans le parc aux arbres centenaires
Des gens qu'on aurait occis les
Assassinats c'est pas notre style
Dans ces murs des assassinats non
Ces murs n'ont pas de morts sur la conscience ces
Murs peuvent dormir sur toutes leurs oreilles.

 

2.
"puis j'ai compris que ma fille était un poisson"
(Garcia Lorca traduit par Pierre Darmangeat, Eglise abandonnée)

 

Puis alors que je baragouinais pour mes gencives
J'ai saisi l'éclair de lucidité qui passait par là
Compris alors que ma fille aux cheveux de sirène
Que ma fille aux yeux de sirène que
Ma fille aux dents de sirène que ma
Fille à queue de sirène
Etait et cela depuis légende
Un mange-marin dévore-matelot vide-vaisseau un
Poisson une Lorelei une serpente.

 

3.
"comme l'enfant solitaire qui se met en plusieurs, deux trois, pour être ensemble, et parler ensemble, dans la nuit."
(Samuel Beckett cité par Ludovic Janvier in Beckett par lui-même, Ecrivains de toujours, Seuil, p.100)

 

Comme il y en a qui se départagent
Comme il y en a qui se divisent
Comme il y en a qui se départent
Comme il y en a qui se millevisent
L'enfant solitaire çui-là dont le réel un peu s'estrange
Solitaire et pour qui les autres sont des vies rêvées
Solitaire et pour qui les autres sont à tenir
Solitaire et pour qui les autres sont des tubes
Qui tenteraient plus tard de l'entuber
Qui tenteraient plus tard de le fixer
Qui tenteraient plus tard de le griller ce
Solitaire qui se réplique se réitère se performe
Se met en plusieurs en compagnie
En société secrète en club privé en association
Deux trois qu'il est
Pour être rendu en nombre
Pour ne pas se perdre dans le cercle du seul
Ensemble qu'il est
Et pour parler ensemble ça il parle
Pour parler il parle il jacte et jongle et jure
Ensemble tous
Dans l'oeil ouvert sous
La lune quand lui et les siens la
Nuit ne dorment pas et complotent contre le jour.

 

4.
"Barque ancrée aux quatre coins de l'oeuvre"
(Ludovic Janvier, Beckett par lui-même, p.71)

 

Barque dispersée éparpillée débarquée
Ancrée par bouts par angles par coins
Aux quatre coins coincée entre les dents Aux
Quatre coins esquintée écartelée Aux quatre
Coins poinçonnée en pointillés en capilotade
De nocher point de fleuve non plus point
L'oeuvre dans sa langue un jour on la lit plus.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 juillet 2013

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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 03:03

JE PENSE A VOUS
Brefs sur des miettes picorées dans Les Fleurs du mal, de Baudelaire.

 

1.
"je pense à vous"

 

Je suis tout à mes pensées je
Pense c'est que je n'y suis plus
A vos trucs et machins je
Vous le dis en vérité je n'y suis plus, na.

 

2.
"deux grands yeux noirs"

 

Deux grandes mirettes à m'y noyer si ces deux
Grands flacons à reflets s'élargissant ces deux
Yeux se remplissaient d'eau et que
Noirs ils se faisaient à donf tout black.

 

3.
"sous tout soleil"

 

Sous toute luminance sous
Tout gaz brûlant en boule sous tout
Soleil des fois je m'arnonce et m'rendors.

 

4.
"quand je contemple"

 

Quand j'reluque la belle aujourd'hui
Je me fais des fois d'la filmographie et la
Contemple didine princesse c'te grande bringue.

 

5.
"le gouffre de tes yeux"

 

Le trou que ça fait ça c'te
Gouffre ma pâle âme étale
De tes mirances y a plus rien
Tes mirances gobées qu'elles sont tes
Yeux gobés et le reste aussi y a plus qu'os.

 

6.
"et soupirs de la flûte"

 

Et v'là l'temps des pipeaux des
Soupirs qu'on s'en refile en rafales
De la regrettance de n'être que soi de
La chanson qui ne pleure que pour point plaire
Flûte alors on se dit et on boit un coup.

 

7.
"Ses bruits de chaînes et d'ossements"

 

Ses bruits ça en fait du fracas ses
Bruits quand on y songe quel tintouin
De kling-klings plein les couloirs de
Chaînes traînant une âme en peine
Et de ouh-ouh ululants pis
D'ossements frottant suaire.

 

8.
"des chimères absentes"

 

Des rêveries des songeries des fantasmes
Chimères on en a plein les coulisses
Absentes les cousines foin du réel.

 

9.
"au coeur des citadins"

 

Au coin d'leur tête au
Coeur i zont des fois
Des yeux de vache dans un pré lointain les
Citadins enfin certains.

 

10.
"C'était un palais infini"

 

C'était la bibliothèque
Un palais des signes un
Palais des chimères chiffrées
Infini réservoir d'épatances à découvrir.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 juillet 2013 

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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 13:38

ALLER A HURRIE

 

1.
"Je le mets sur la table, je le tasse et l'étouffe"
(Henri Michaux, Mes Occupations)

 

Je le jarque je
Le jure que je le jarque je le
Mets dans le mais le pourtant l'aussi je le mets
Sur le grill avec les autres saucisses
La langue je la jerke sur la
Table je l'assiette je la fourche je la coutelle
Je prends après le museau je
Le démasque je le
Tasse groin
Et j'y ajoute la vinaigrette et les frites et
L'étouffe dans mon grand noir je l'étouffe moi.

 

2.
"Il y a haine en moi, forte et de date ancienne"
(Henri Michaux, Je suis gong)

 

Il y a que
Y a que et
A que je suis pas content jamais
Haine grommelle gronderie gorgongogne
En gong en langue longue de gong
Moi grimaçant gargouillant grognassant
Forte est ma moutarde
Et depuis longtemps qu'elle m'est au pif montée
De vous je suis lassé et mes souliers aussi
Date-toi date-toi ô grand obsolète
Ancienne est ta moustache et ta barbe ahurie.

 

3.
Seul. Et après, tous les autres mots.

 

4.
Aller à Hurrie, c'est ne pas savoir où l'on va, comme un qui voudrait se rendre dans ce village où il y a une église sans clocher, où il y a une boucherie sans os, où il y a un troupeau sans vaches, et une seule et longue longue longue rue sans maisons. Aller à Hurrie, c'est aller au bout de sa langue, et s'apercevoir qu'il n'y a plus personne derrière, ni Dieu, ni gens, que du passé, du sursis.

 

5.
"Se détachent petit à petit les sentiments"
(Henri Michaux, A mort)

 

Se passent les heures le temps de nous se passe se
Détachent les feuilles pour que d'autres viennent
Petit à petit voilà une expression que je n'aime guère
Petit pourquoi petit ?
A tout prendre je veux du grand le
Petit n'est pas ma mesure
Les sentiments tout de même c'est vrai que
Petit à petit se détachent les sentiments
Se détachent les yeux
Se détachent les lèvres
Se détachent les craquelures des corps et
Les sentiments tombent dans les oreilles sourdes
Les sentiments dans les oreilles sourdes de la terre.

 

6.
"A tant refus secoue l'abeille manège son trou"
(Henri Michaux, Ra)

 

A tant barlons secoue la barle et neige
Neige neige neige la cerise du temps
A tant barlons secoue la barle et neige
Dans la rue toute noire avec des néons
A tant barlons puisque c'est l'époque
Dans la rue toute noire avec des passants
Des passants d'effaçures et de barlures
Des passants très srisés parpassés
Et donc passons nous aussi avec la
Barle qui nous rappelle que tout finit
Toujours par cette secousse du là
Cette barle d'une neige qui nous mange l'oeil.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 juillet 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans DE LA NUIT QUI REMUE
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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 09:16

MONADE SOUS LA LUNE BLÊME

 

1.
Entendu dans le film Breakfast Club (John Hughes, 1985) :
"Vous savez ce que j'ai fait pour être là aujourd'hui ? J'ai rien fait. Je n'avais rien d'autre de mieux à faire."

 

2.
"Banalité : dans la sphère où elle se cogne à elle-même, la monade va crevant."
(Ludovic Janvier, Beckett par lui-même, Ecrivains de toujours n°83, p.67)

 

Va crevant... c'est qu'le temps passe... nous fissure, nous lézarde, nous glisse lentement dans le sac... le mot monade... i fait touche philosophique... i sonne marrant presque ici... la petite boule de conscience toute flottante dans la sphère... toute pédalante dans la choucroute... et pis qui s'cogne... qui rebondit d'angle en angle, d'autre en autre... et qui toute lisse d'abord, se ride, se fripe, se dessèche raisin, s'agonit.

 

3.
Des fois, je suis pris d'extravagantes lenteurs. On dirait que le temps i court plus vite, ou que moi j'cours en vain après. La tortue m'a pris. Bonaparte s'est barré. Il est loin maintenant. Bonaparte est un toujours loin maintenant. Les bras m'en tombent ; j'ai les idées qui bleuissent, virent cafard mou. Je me décourage ; le réel est trop vif.

 

4.
"Il continue à retourner dans son esprit
Des labyrinthe, des calembours, des emblèmes."
(Jorge Luis Borges mis en vers français par Ibarra, Balthazar Gracian)

 

Il s'agite le cogitif de petits riens
Continue à pédaler dans la babiole
A fignoler l'aboli bibelot à
Retourner la rose pour en faire tomber des tigres
Dans sa tête c'est tout miniature jolie
Son esprit c'est d'la verbale enluminure son
Esprit c'est l'almanach des préciosités
Des dédales charmants des 
Labyrinthes à blasons
Des pirouettes des voltiges rimaillantes
Calembours bouts rimés métriques queues d'cerises
Des poésies p'tits fours mignardises des 
Emblèmes des lacs où mire-moire la lune blême.

 

Note : dans le poème Balthazar Gracian, Borges s'en prend à la poésie qui n'est que trouvailles, que labyrinthes, calembours, emblèmes, de la poésie qui n'est que cuistre voix alors que le réel est plein de "tonnerre" et "d'inexorable Vérité", de la poésie qui n'est que fignole précieux et fort peu de chose en regard de l'antique voix d'Homère, de la voix d'argent et de lune de Virgile, de l'atroce mythe d'Oedipe et de "Jésus qui se meurt sur un morceau de bois." Quoi que j'en pense, rien. Je m'amuse avec les deux vers que j'pique à Borges ; je n'ai pas lu Gracian.

 

5.
"Vous n'avez pas été touché par le lien secret qui unit Joy Division à Gustav Mahler."
(Dixit Christophe Bourseiller à Michka Assayas, sur France Musique, le jeudi 4 juillet 2013)

 

Vous, le rock critique émérite
N'avez pas été séduit par le vertige intellectuel
Pas été tenté par l'audace des rapprochements
Pas été touché par le lien - ne dit-on pas qu'on peut être
Touché par un lien surtout s'il est secret
Touché par ce que l'on noue soi-même
Touché par quelque coïncidence que l'on suscite
Qui unit les lancinances de Joy Division
Qui unit les lancinances pas joyeuses de Joy Division
A Gustav Mahler et sa sophistication orchestrale
Gustav Mahler si raffiné et Joy Division si obsédant
Gustav Mahler si précieux et Joy Division si couteau.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 juillet 2013

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