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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 22:44

CHAQUE ÂNE A SON PANIER

 

1.

Dans « L'Autre » (conte de Borges) le narrateur face à l'eau grise d'un fleuve pense au temps ; d'l'Héraclite lui coule dans la tête.

 

2.

J'ouvre « Le Livre de sable », de Borges, je lis cette phrase : « L'autre se mit à rire. » Les fictions se fichent de nous.

 

3.

Parfois, j'ai un peu d'mal avec ma solitude et mon chien malade, mais j'me console, ça pourrait être pire, j'pourrais vivre avec quelqu'un.

 

4.

Un jour (lointain j'espère) on me r'trouvera mort (le cœur sans doute) et puis j'irai vous casser les pieds.

 

5.

Dans « Le Hussard sur le toit », Angelo en embuscade - « heureux comme un roi » note Giono - plongeant dans ses pensées, ne frappe donc pas.

 

cf Jean Giono, « Le Hussard sur le toit », folio plus n°1, p.129.

 

6.

On ne peut pas être et ne pas avoir été, sinon euh…

 

7.

Zut, des fois, elle se dit qu'elle en a marre de nourrir son député, qu'la prochaine fois, elle votera pas.

 

8.

Je me demande si, parfois, à Sainte-Hélène, Napoléon pensait que « l'on n'est jamais si bien servi que par soi-même ».

 

9.

Les politiques aiment leurs électeurs sans doute autant qu'un marionnettiste aime son guignol.

 

10.

Méfiez-vous des mots, ils finissent toujours par vous faire dire ce que vous n'auriez même pas murmuré.

 

11.

« Non que l'âge soit un avantage, mais il rejoue toujours à la fin la même scène encore et encore, comme dans une histoire de fous. »

(Charles Bukowski traduit par Léon Mercadet, « Un homme très populaire » in « Contes de la folie ordinaire »)

 

12.

« Elle disait de son stupide mari en montrant ses deux enfants : « Voilà tout ce que j'ai pu en tirer. »

(Henri de Régnier)

 

13.

« On sent que cet infini cache sous ses fards une indifférence quasi spirituelle, de poudre d'escampette »

(Paul Dewalhens, « En scène pour suivre » in « Cymbalum Mundi », La Dryade, 1970)

 

14.

Bien sûr, très âgé, il était plein de répétitif, de théâtre rayé, Hamlet bègue, logicien bloqué des rouages.

 

15.

J'espère que près de ma mort, je ne me mettrai pas à croasser.

 

16.

« Chaque âme a son secret... » ; moi aussi j'ai un âne.

 

17.

« Les secrets de mon âme », un paquet de bonbons arlequins.

 

18.

Existe-t-il un morceau de musique intitulé « Sentimentale guimauve » ? J'y mettrai sons froissés, kling et klang et tuyau de poêle.

 

19.

Je me demande de quelle couleur est l'âme des tourmentés, et si elle finit par prendre la forme d'un couteau de boucher.

 

20.

Non, monsieur Houzeau, Yaudepoëlle n'est pas le nom d'un idiot de village que, moqueur, l'on tutoie.

 

21.

Zut des fois pense à la nuit de son âme, qu'il y a une banane dedans et qu'elle la mange. Du coup, nuit noire, dodo.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 18 mai 2016.

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 08:12

PUISQU'IL EST MAINTENANT

 

1.

Les gens, faut qu'ils se fascinent, qu'ils se hantent, se légendent, qu'ils aient le sentiment de frôler l'impossible.

 

2.

« Il n'y avait ni portes ni fenêtres, mais une rangée de fentes verticales et étroites. A l'aide d'une loupe, je cherchais à voir le minotaure. »

(Borges traduit par Françoise Rosset, « There are more things » in « Le Livre de sable »)

 

« ni portes ni fenêtres, mais une rangée de fentes verticales et étroites »... C'est peut-être la pluie. Vérifions si ça mouille.

 

3.

« Sa grande plainte vague / Il l'a prise au malheur »

(André Gill, « (Oh n'avoir pas trouvé même... ) » in « Album zutique »)

 

Venant du vent, une grande plainte vague. J'en connais qui se bouchent les oreilles, pour pas qu'ça les entête, le loup de l'air.

 

4.

« Arrêtez de gaspiller des millions dans des guerres stupides. Investissez dans l'éducation. »

(Jeffrey Sachs, propos entendu sur France Culture, « Rue des Ecoles » du dimanche 15 mai 2016)

 

C'est vrai ça. Investissez dans l'éducation. Qu'on se massacre entre gens cultivés. Je dis ça, je provoque, mais franchement, vous y croyez, vous, à la paix du monde ?

 

5.

Sont marrants avec leur éducation. C'est pas d'l'éducation qu'i nous faut, c'est du boulot, du sonnant, du trébuchant.

 

6.

« Angelo décoiffa une autre bouteille de vin. »

(Jean Giono, « Le Hussard sur le toit »)

 

Une bouteille de vin, si ça se décoiffe, c'est que le pinard, c'est du chevelu. Qu'on en décoiffe une autre, et on aura mal aux cheveux.

 

7.

Quand on se rend compte qu'on a oublié quelque chose, on se dit Où ai-je donc la tête ? En général, on la r'trouve sur ses épaules.

 

8.

« La fortune aux larges ailes, la fortune par erreur m'ayant emporté avec les autres vers son pays joyeux »

(Henri Michaux, « Chant de mort »)

 

Si la fortune a de larges ailes, c'est pour s'envoler loin, loin, loin. Et nous, nous restons là, là, là.

 

9.

S'il y a des chants de mort, il y a aussi des chants de vie ; c't'un medley qu'on vit.

 

10.

S'il y a un Dieu caché, il doit l'être dans l'évidence.

 

11.

« J'ai aimé, un temps, des êtres flexibles et frais, aux cheveux étincelants, aux belles boucles. »

(Henry Fagne, « Madame Plaisir », in « De plante et de fantôme », Espaces, 1967)

 

On aime, « un temps, des êtres flexibles et frais » pour finir – alors il n'est plus temps - parmi des êtres raides et pourrissants.

 

12.

« La mer aujourd'hui,

est pareille à une cour de caserne vide. »

(Ernst Moerman, « Océan »)

 

Si la mer, des fois, a l'air d'une « cour de caserne vide », on y voit quand même des panaches sans ralliez-vous, des naseaux sans cheval.

 

13.

Le réel est plein de choses dont il faut sans cesse s'occuper. Des fois qu'on s'ennuierait, qu'on tomberait dans l'ontologie.

 

14.

« Dans les larmes nous voyions l'immense escalier des siècles »

(Henri Michaux, « Avenir »)

 

Si dans les larmes on voit des escaliers, c'est qu'il y a des maisons autour et des yeux qui pleurent dedans.

 

15.

« Dans ma petite tête, j'ai mort plusieurs fois déjà dans ma vie ! Mort ? La mort ? »

(Jean-Pierre Verheggen, « Ça n'langage que moi », Gallimard, 2015)

 

Avoir la mort plus qu'être mort, qu'avant d'être définitivement titulaire de son poste au cimetière, on l'a déjà la mort, auxiliaire, intérimaire, intermittente du funèbre.

 

16.

« A l'heure où les souris d'hôtel

ajustent leur cagoule

- au cœur scintillant de la ville mythique - »

(Marcel Havrenne, « La vieille blessure »)

 

Quand « les souris d'hôtel ajustent leur cagoule », le cœur de la ville scintille noir dans un passage, roman noir pour une nuit blanche.

 

La souris d'hôtel a enfilé son ombre « au cœur scintillant de la ville ». A mon avis, le diamant a croqué la souris.

 

17.

« jamais il n'était ni ne sera, puisqu'il est maintenant »

(Parménide traduit par Riniéri, « Le Poème »)

 

Dans l'genre éternel présent de la conscience, le temps, bouffeur de passé, tutoyeur de futur, bref, bricoleur d'abstractions.

 

18.

Il n'est que par ses indices. Insaisissable, incessant, ainsi nous saisit-il. L'être, le passage de Fantômas que nul n'a vu pourtant.

 

19.

Le réel est plein de choses dont il faut sans cesse s'occuper. I sait pas se débrouiller seul, le réel. C'est un enfant très très très âgé.

 

20.

Ah j'en aurai écrit des tas de petites choses ! Si petites que les éléphants de la critique passeront dessus sans même les voir.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 15 mai 2016.

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Published by PATRICE HOUZEAU
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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 12:53

C'EST CALCULER QUI COMPTE

 

1.

Parfois on s'dit : Mais pourquoi donc les autorités ont-elles pris cette décision ? Des fois, c'est la corruption, ma chère, la corruption.

 

2.

#Centenaire de la bataille de Verdun : Qu'ont donc à y voir l'industrie du disque et le Top 50 ?

 

3.

Et si dans la préhistoire, certains, en peignant sur les parois, n'avaient pas eu d'autre but que de faire rire leurs contemporains ?

 

4.

« L'homme oublie qu'il est un mort qui converse avec des morts. »

(Borges traduit par Françoise Rosset, « There are more things » in « Le Livre de sable »)

 

« L'homme oublie qu'il est un mort », ce qui ne l'empêche pas de s'enterrer dans un trou ou de jouer les bons vivants hein comme si.

 

5.

« Impuissance, puissance des autres. »

(Henri Michaux, « Animaux fantastiques »)

 

6.

« Or, le matin entrant comme un casseur de vitres »

(Charles Frémine in « Dizains réalistes », XLIX)

 

7.

Et d'où c't'idée d'serpent ondulant dans l'saxo ?

 

8.

« puis, sifflant doucement mes chiens imaginaires,

je suis reparti seul, un caillou dans les doigts. »

(Arthur Haulot, in « Espaces », De Rache, 1967)

 

Quand on en est à siffler ses « chiens imaginaires », faut pas s'étonner d'être attaqué par un loup invisible.

 

9.

Reparti seul la nuit lui trouant les orbites

Sous ses pieds le chemin se perdit et bouffa

L'bouffon on en r'trouva quelques épars dans l'herbe.

 

10.

Giclé en morceaux viandé brisé frité trempé

Tout épars de l'os puis se rassemble et s'en va

Avec tout son squelette et son nom oublié.

 

11.

A force de bouffer du bouffon, on finit par vomir du calembour. Mais ce n'est pas parce qu'on bouffe du curé qu'on vomit Dieu.

 

12.

« Si sa trigonométrie est fausse, un jour, il gicle en morceaux sous la roue d'une auto ou la paisible roue d'un moulin oublié. »

(Henry Fagne, « Une vie de rat » in « De plante et de fantôme », Espaces, 1967)

 

13.

« L'oreille tendue, Fanny et Jean recueillirent le petit rire étranglé et malheureux de Jane. »

(Colette, « La Seconde »)

 

Quelle bonne action que de recueillir « un petit rire étranglé et malheureux » ! Il y en a tant de par le monde de petits rires étranglés !

 

14.

« L’œil sur la fenêtre ouverte, elle guettait l'approche du soir et ne voulait pas que l'ombre la surprît. »

(Colette, « Le Toutounier »)

 

Quand on a « l’œil sur la fenêtre ouverte », faut gaffer, des fois qu'il s'envolerait, et tout le reste du corps avec.

 

15.

« Il me faut trouver une maison où les gens sont encore vivants »

(Jean Giono, « Le Hussard sur le toit » [Angelo])

 

« Il me faut trouver une maison où les gens sont encore vivants » se dit le fantôme affamé d'exotisme.

 

16.

« Comment s'appelle cet endroit ? demanda Angelo.

- Ça ne s'appelle pas, dit l'homme, du moins j'en sais rien. C'est chez nous. »

(Jean Giono, « Le Hussard sur le toit »)

 

Il y a des lieux qui ne s'appellent pas. Jamais ils ne vous répondent et n'ont pas d'autre nom que votre ombre. Ce sont des lieux non-dits.

 

17.

Ecrire, ce n'est rien. C'est calculer qui compte.

 

18.

« Vous pigez, ou bien s'il faut vous graisser la pensarde ? »

(San-Antonio, « Passez-moi la Joconde »)

 

L'expression « graisser la pensarde » suppose qu'des fois ça grince, la pensarde, a s'ouvre mal, a fermente dans sa nuit, a s'rouille.

 

19.

Nous vivons avec nos fantômes comme s'ils n'étaient pas là. Du coup, quand ils se manifestent, forcément, on s'épouvante.

 

20.

L'inconscient s'agite-t-il comme une araignée dans sa toile ? Comme un fantôme dans la plante ? Une voix dans la Sibylle ?

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 15 mai 2016.

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 23:03

 

DANS SA PROPRE GUEULE

 

1.

Toute puissance des entités mathématiques, qui, pourtant, n'existent pas. Dieu est géomètre.

 

2.

Sans la raison, le réel se jetterait dans sa propre gueule.

 

3.

Soi-disant avalé par les enfers, son valet Sganarelle, dont les gages sont à ce jour impayés, pense plutôt que Dom Juan a filé à l'anglaise.

 

4.

Le réel est traversé de cervelles qui se prennent mutuellement la tête.

 

5.

L'homme à tête de chou a peur de l'obscurité ; il dit qu'elle est pleine de bruissements et d'insectes à têtes de mort.

 

6.

Y a des humains, et tous les autres vivants, à cornes, à becs, à dents, pis y a d'la mort dans mon assiette qu'des fois c'est drôlement bon.

 

7.

La valeur d'l'individu, la manière dont il débat et s'débat dans l'panier d'crabes et d'contraintes qu'les autres vous flanquent.

 

8.

Je suis optimiste : l'humain restera l'humain, et c'est pour cela qu'il disparaîtra.

 

9.

Qu'la culture supprime la violence, tiens, la métamorphose, la politise, lui donne un prix, l'esthétise, la rend utile, la supprime pas.

 

10.

Ah qu'est-ce qu'ils se mettent dis donc, coups et coups bas, dans l'dos les couteaux. Natürlich, font du sport, zimitent la guerre.

 

11.

Enseigner, des fois, ça m'étonnerait pas qu'ça relève plus de la gestion d'l'ignorance qu'de la maîtrise d'une discipline.

 

12.

Faire réaliser aux élèves la maquette d'un camp romain ne relève pas de l'enseignement du latin mais du maquettisme.

 

13.

I mûrissent, les mômes, à l'école, apprennent jour après jour à accepter fatigue, horaires, contraintes et tout l'absurde de tout.

 

14.

Qu'on forme des citoyens, tu crois toi, qu'on forme au mieux qu'des électeurs, des contribuables, des assurés.

 

15.

Perso, pourvu qu'ils connaissent leur métier, m'en tamponne le coquillard de ce que pensent mon plombier, mon boucher, mon boulanger.

 

16.

L'humain aimant ce qui est beau et rare accorde plus de prix à la grosseur d'un diamant qu'au destin d'un peuple.

 

17.

Moins bavard et plus subtil, moins de moi que j'causerais, moins dans l'sentencieux que j's'rais ; je ferais de la physique.

 

18.

« il y a des ouatures qui veulent vous mordre »

(Raymond Queneau, « Les entrailles de la terre »)

 

19.

Il y a du vent plein ma tête... ça m'dit des mots... j'les comprends pas tous.

 

20.

Y a des singes... i m'font des grimaces ! J'leur réplique comme au miroir... y a qu'moi qui les vois ; i m'jettent des ombres.

 

21.

J'ai pas d'ouature ; l'espace m'circule pas ; les grandes villes et leur trop d'autres avec tous leurs yeux m'attrapent pas.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 13 mai 2016.

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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 22:35

MAIS QUE FAIT LE REEL ?

 

1.

Il va comme flairant le réel, l'être, et le nez en l'air affairé dans le réel qui s'en fout.

 

2.

Normandie. Transformisme. « Madame B…, c'est moi ! » a déclaré récemment un homme de lettres, dont, par égard pour une famille honorablement connue à Rouen, nous tairons le nom.

 

3.

Ecoute… écoute... dans l'évier tombent par à-coups des dicunt, dicunt Homerum, dicunt Homerum caecum, fuisse, fuisse : latin de cuisine.

 

4.

Scandale à Trézène : En l'absence de son mari, elle jette son dévolu sur son beau-fils, lequel meurt dans un accident de dragon.

 

5.

Zut se dit des fois que le monde est aussi délétère que si elle l'avait imaginé.

 

6.

Le 49.3 est à la démocratie ce que la guillotine fut à la justice : un mal nécessaire et un moyen de couper court, de trancher dans le vif.

 

7.

S'il veulent éviter le recours au 49.3, nos députés devraient limiter le nombre de leurs propositions d'amendements à l'essentiel.

 

8.

Provoquer le recours au 49.3 en multipliant jusqu'à la caricature les propositions d'amendements n'est qu'hypocrisie démocratique.

 

9.

Si la conquête spatiale a fait tant de progrès, c'est sans nul doute grâce au désir inconscient d'envoyer balader les autres.

 

10.

Zut, des fois, elle pense que si tout le monde était muet, on s'entendrait mieux.

 

11.

Les scandales dans les abattoirs... Certains ont l'air de soudain comprendre que la vie est violente, et même assez désespérante.

 

12.

Un nombre si élevé de Français djihadistes, une claque pour le pédagogisme, non ?

 

Un nombre si élevé de Français djihadistes, sans compter leurs sympathisants, plus ou moins muets, en attente.

 

13.

Anne Queffélec sur France Culture : « C'est du temps, la musique, un autre temps, en même temps. »

 

cf « A Voix Nue » : France Culture, le jeudi 12 mai 2016.

 

14.

Elle le trompait avec un marabout ; « bout de ficelle » ne pouvait-il plus que répéter, le mari jaloux, meurtrier et désormais veuf.

 

15.

Les linguistes réformistes devraient pourtant se souvenir que c'est l'usage qui fait la langue et non les aréopages pointus.

 

16.

Certains sont bêtes à pleurer ; d'autres ne pleurent même plus.

 

17.

Prague. Un certain Gregor Samsa s'est, semble-t-il, métamorphosé en cloporte énorme. Je pose donc la question : Mais que fait le réel ?

 

18.

Le problème, c'est que l'on obéit quelquefois au doigt d'un manchot et à l’œil d'un borgne.

 

19.

Aulide (Grèce antique). Rumeur : un certain Agamemnon s'apprêterait, sous un prétexte religieux, à faire assassiner sa fille Iphigénie.

 

20.

Les protagonistes des faits divers alignés par Félix Fénéon ne pouvaient se douter que cent ans plus tard, on en parlerait encore.

 

21.

« Le valet Silot installa, à Neuilly, chez son maître absent une femme amusante, puis disparut, emportant tout, sauf elle. »

(Félix Fénéon, « Nouvelles en trois lignes »)

 

22.

Landes. Marquée à vie : elle tente d'empoisonner son mari et devient l'héroïne d'un roman de François Mauriac.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 12 mai 2016.

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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 00:47

OUI J'ECRIS N'IMPORTE QUOI

 

1.

« J'ai quinze ans, et l'ennui du latin pluvieux ! »

(Germain Nouveau, in « Dizains réalistes », XXXII)

 

(Menteur ! Ah que j'suis menteur alors ! Pouah !)

 

Je regarde par la fenêtre. Il pleut des caecum fuisse des tu quoque mi fili i filent en déclinaisons verticales ; jadis, souvent je rêvassais en cours.

 

2.

Le latin n'est plus à la mode ; j'espère pourtant que l'on continue à enseigner le sens de l'expression « Si vis pacem, para bellum. »

 

Faudrait pas oublier qu'la France vend beaucoup beaucoup beaucoup d'armes ; ça sert aussi à payer les traitements des profs à poils longs.

 

Les profs à poils longs : là, j'exagère. Je veux dire les gentils profs anti-armement, antimilitaristes, les rêveurs quoi.

 

Bon, les armes qu'on vend, elles finissent un peu par être utilisées contre nous en c'moment ; des fois, faut donc y aller aussi, au charbon sanglant.

 

3.

J'ai fait sévère (j'exagère ! c'est pas des vers) car ne suis point si clément tine tine c'est la cloche qui sonne Ah lâche poire !

 

4.

« J'ai du goût pour la flâne, et j'aime, par les rues »

(Germain Nouveau, in « Dizains réalistes », XIX)

 

J'ai du goût, thé au logis mais à thé comme une tasse, avec de la madeleine pour tremper dedans et laisser le passé me submerger la théière.

 

5.

Pour la flâne elle a du goût aussi Sissi (elle s'appelle Rolande) et aime par les rues se blanchir le visage (elle pâlit à cause du froid).

 

6.

« Ah vous dirais-je, maman,

Ce qui cause mon tourment ? »

(chanson enfantine)

 

Ah vous dirais-je ma mandibule, ma m'entraîne-patins (tintin, tiens tiens) stilal qui cause dins m'tiête et m'fait bin du tourment.

 

7.

Rien de plus ennuyeux que d'écrire sur la politique ; ça m'donne l'impression d'plancher sur une version latine.

 

8.

« Quoi ! je trouve, un matin que j'étais seule au monde,

Un cigare d'un rond au fond de ma profonde »

(Germain Nouveau, « Dizains réalistes », XXI)

 

Quoi Quoi Quoi Quoi

J'aime dire à voix haute

Quoi Quoi Quoi Quoi

Et pourquoi me direz-vous

Que j'aime dire à voix haute

Quoi Quoi Quoi Quoi

Pourquoi ?

Parce que que que que que.

 

9.

Je troue, vain, car j'suis l'troueur vain, le trouvère hein que j'étais, et quel trouvère ! Et j'ai tout perdu au fond d'ma profonde trouée.

 

10.

Dans la vie, je n'aurai pratiquement mené à peu près bien que ce qui m'intéresse. Du coup, vrai ! j'ai pas fait grand-chose.

 

11.

« Quand ces vers seraient aussi bons

Que le plus exquis des jambons,

Je les récuserais. »

(Paul Bourget, « Quand ces vers... » in « Album zutique »)

 

Moins sévère serai & aussi bon que l'plus exquis des jambons dieu qu'c'est bon un jambon frites mayonnaizzzzzzzzzz (notez note finale tenue)

 

12.

J'avoue que j'compose des notes et des brefs aussi tirés par les cheveux de la muse qu'un fil qu'en finit pas dans un dédale absurde.

 

13.

Toute proposition politique se mesure à l'aune du blablabla communauté des vivants blablabla.

 

14.

Un jour vous verrez i sera là l’Oeil Universel, l'omniprésent surveillant général et nous l'aurons démocratiquement élu, désiré, plébiscité.

 

15.

« La cuisine est très-propre et le pot-au-feu bout »

(Charles Cros, in « Dizains réalistes », XXXIII)

 

J'aime la cuisine, l'art du lard, omelette, blanquette, paupiette, le « pot-au-feu qui bout » ; je trouve ce vers réconfortant.

 

16.

Si j'mettais une trompe à m'fenêtre, et un œil dedans, j'verrais l'paysage par la trompe, l'paysage trompé et pis trempé quand i pleut.

 

17.

Oui j'écris n'importe quoi

Quoi quoi quoi quoi

J'aime écrire n'importe quoi

Quoi quoi quoi quoi

Et pourquoi me direz-vous

Que j'écris n'importe quoi

Quoi quoi quoi quoi

Pourquoi ?

Parce que que que que que

(poil aux yeux).

 

18.

J'ai longtemps accompagné mon ombre au piano de dedans ma tête. Dommage qu'elle chantait aussi faux qu'ma pomme.

 

19.

Zut, des fois, elle prend ma caboche pour un beuglant, un caf' conc' qu'ça finit enfumé, toute perdue dans les paroles.

 

20.

« Orphée alors chantait des blagues sur son luth ;

c'était l'époque où Chose inventait le mot « Zut ! »

(Germain Nouveau, in « Dizains réalistes », XL)

 

Or Or Or Je veux dire Ar Ar Ar Fais qu'des bêtises moi ah l'hors-champ T'es déblatéré blet sur ton lit tu luttes défait fiévreux zuté.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 9 mai 2016.

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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 12:16

SINON VOUS ETES MORT OU BIEN ?

 

1.

« Ce lieu me redit mieux les accents de sa voix »

(Corneille, « L'illusion comique », IV, 2 [Isabelle])

 

Ce lieu si je l'imagine, ce lieu, quelle face d'ailleurs aura-t-il ?

 

2.

Me dit grand pas chose, ce lieu, j'y ai jamais Quoi qu'il redit ? - Ah il y a de l'écho...

 

3.

Mieux vaut que jamais sans doute... d'ailleurs je me le souvent pour que ça rentre bien là dans ma dans ma dans ma hein ?

 

4.

De tant de du reste m'en moque il me reste sa voix elle passe en boucle sa voix en boucle sa voix dans ma tête sinon où voulez-vous ?

 

5.

« Rentrons pour évoquer des fantômes nouveaux. »

(Corneille, « L'illusion comique », IV, 10 [Alcandre])

 

Rentrons dit-il (quelle voix caverneuse ! Comme

Pour évoquer les ombres fumeuses)

Oyez oyez j'ai fantômes nouveaux

On ne peut les tâter mais ils sont beaux.

 

6.

« Rentrons pour évoquer des fantômes nouveaux. » Les anciens sont tout fripés, froissés, et nous en avons sucé tous les secrets.

 

7.

Rentrons, amis cornichons, rentrons ; retournons au bocal d'où nous nous n'aurions jamais dû sortir (du reste, comment avons-nous fait?)

 

8.

Pour agiter les corps, il faut d'abord agiter les langues. Parole de dom juan et de politique.

 

9.

Des fois faut pas trop taquiner l'fantôme et vouloir délier le passé comme on délie les langues ; ça peut finir par vous hanter, par plus vous quitter.

 

10.

Des fois ça vous colle à l'être comme un chewin-gum des ténèbres jeté par un esprit désinvolte.

 

11.

Des esprits nous turlupinent, nous tournent les guéridons et l'assoient sur une table planante, le savant, l'esprit fort qui, juché, lévitant, en l'air quoi, affirme que jamais on ne le fera croire à des choses pareilles.

 

12.

« Il est vrai que je rêve, et ne saurais résoudre »

(Corneille, « L'illusion comique », II, 2 [Matamore])

 

Il est vrai que me voilà frais ; je rêve me croyant éveillé et ne saurais résoudre rien ; toute ma sainte logique tombe en poudre.

 

13.

« Il est vrai que je rêve, et ne saurais résoudre » l'équation de l'être avec la clé des songes.

 

14.

L'être, je suppose, est ce qui échappe à l'équation qu'en fait j'en sais là-dessus pas plus qu'un poisson, un oignon, un balafon, un balcon.

 

15.

La liberté est dans la façon dont nous bâtissons nos prisons, dont nous gardons nos moutons, dont nous salons nos chansons.

 

16.

« Il est vrai que je rêve » dit la voix basse comme un orage calmé. « Il est vrai que je rêve » : sans doute la parole d'un dieu.

 

17

Vrai quoi donc qu'est vrai en ce monde semblant C'est ce que j'disais l'autre nuit à ma paupière.

 

18.

« Il est vrai que je rêve » me dis-je dans un éclair de lucidité aussitôt démenti par la puissance du songe.

 

19.

« D'un péril évité je tombe en un nouveau »

(Corneille, « L'illusion comique », IV, 7 [Clindor])

 

D'un péril, ma chère Cécile, évité (nous jouons aux dés) moi, je tombe sur un os très féroce en un nouveau et passe pour un veau.

 

20.

Quand je veux j'ai plus d'cheveux et vais chauve. Alors j'épouvante car je ne suis point chauve qui rit mais le fantôme du merlan.

 

Frit, ce merlan ; à cause de ses yeux, il a brûlé avec tous ses cheveux dans un incendie criminel allumé par un mari jaloux.

 

21.

Insolente agaçante énervante c'est donc ainsi vous faites du rififi quoi donc vous justifie dis-je l'autre nuit au fantôme de la tragédienne

 

22.

« Sinon, vous êtes mort. »

(Corneille, « L'illusion comique », II, 1 [Alcandre])

 

Sinon, vous êtes mort, n'est-ce pas ? C'est bien ce que je pensais quand je vous vis tout flottant dans l'escalier.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 8 mai 2016.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR L'ILLUSION
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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 10:07

JEANNE A DADA ET PUIS ZUT ALORS

 

1.

« Ah ! Comprendre le monde cette fois, ou jamais ! »

(Henri Michaux, « Le portrait de A. »)

 

Plutôt jamais qu'on l'comprend le monde, ou alors éclair révélateur, épiphanie, soudaine grâce, eurêka ultime - en revient-on au moins ?

 

2.

Je me demande combien de fois dans sa vie un quidam tout ce qu'il y a de plus quidam peut se dire : « Ah ! cette fois, ou jamais ! »

 

3.

Je me demande ce qu'un œil qui passerait la vitesse de la lumière verrait. J'saurai jamais cause j'suis poutre en physique.

 

4.

« Les livres lui ont donné quelques révélations. En voici une : les atomes. Les atomes, petits dieux. »

(Henri Michaux, « Le portrait de A. »)

 

Si les atomes sont de « petits dieux », alors l'univers ne cesse de grouiller d'infinies volontés, de scènes au fond de la mine d'or.

 

5.

L'univers, un regard infini constitué d'une infinité d'yeux… Oh quelle mouche alors !

 

6.

Zut vit dans la plus grande solitude du monde. C'est bien simple, sans moi, elle n'existerait tout simplement pas.

 

7.

Chacun de nous est un être dont nous nous efforçons de nous prouver à nous-mêmes qu'il existe hein ? quelque part…

 

8.

Le tombeau de Marie-Madeleine à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, en France, la fille aînée de l’Église.

 

9.

Marie-Madeleine et ce rêve que je fis « Ce n'est pas Marie-Madeleine qui te suit, c'est toi qui suis Marie-Madeleine » dit la voix.

 

10.

Et ce rêve encore de la jeune fille en noir et qui me parlait en souriant une langue que je ne comprenais pas.

 

11.

Jeanne d'Arc, le Roi du ciel, le Roi de France, la résistante acharnée, le grand cataclop fantastique, ô hennissements !

 

12.

Avec Jeanne d'Arc, elle s'est mise, la France, dans l'entêtée caboche d'une jeune fille décidée.

 

13.

Jeanne d'Arc, dit-on, est née d'une prophétie, comme le Christ est né d'un livre. Story-telling du merveilleux.

 

14.

Qui peut affirmer que ses aïeux, à l'époque où Jehanne boutoit l'Anglois hors de France, n'étaient pas tout sauvageants en pays estrange ?

 

15.

Si la France est la « fille aînée de l’Église » et si Jeanne d'Arc est la « mère de la nation française », alors Jeanne est la mère de la fille aînée de l’Église.

 

16.

Je confirme que dire de Jeanne d'Arc qu'elle était une « tête brûlée » est de très mauvais goût.

 

17.

Jeanne d'Arc aujourd'hui si populaire, une consolation à la rapacité des banquiers, à la bêtise des ministres, à la pénible mondialisation.

 

18.

On rit encore du : « Jeanne, au secours » de Le Pen. Je n'ai pas ri, moi. Ce n'est pas rien sans doute que de battre le rappel des légendes.

 

19.

L'Angleterre, monarchie, célèbre encore la Reine Vierge, et la république française, la Pucelle d'Orléans qui, dit-on, était fille du peuple.

 

20.

Des fois Zut l'hallucine christ au combat, la brûlée pour la France, la vive Jeanne de nos enfances.

 

21.

Pis des fois Zut s'hallucine que nul ne pourra jamais venir à bout d'un pays qui s'est choisi pour héroïne une jeune fille à cheval.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 4 mai 2016.

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 20:59

COMME SI DE RIEN N'ÉTAIT OU ALORS

 

1.

« Toute rue est une caverne »

(Raymond Queneau, « Une facilité de pensée »)

 

Si « toute rue est une caverne », c'est que les villes sont des ensembles de cavernes, et sont donc creusées dans quelque montagne invisible.

 

2.

« Il a su pratiquer de si rusés détours »

(Corneille, « L'illusion comique », II, 8 [Lyse])

 

La ruse est l'art du détour, ne serait-ce que parce que la ligne droite est le plus court chemin du sot à la gueule du loup.

 

3.

C'est souvent par manque d'imagination que nous ne rusons pas et que nous nous retrouvons gros-jean comme devant.

 

4.

Plus le réel est complexe, plus il demande de ruses, ce qui ne le simplifie pas. Le monde est aux renards.

 

5.

Auparavant, une charge de cavalerie changeait la face du réel ; maintenant, il y faut moult ordinateurs, drones et satellites.

 

6.

« Et puis, de partout, on peut voir le ciel étoilé ; voilà un beau précipice. »

(Alain, « Voyages » in « Propos sur le bonheur »)

 

Si le ciel étoilé est un « beau précipice », c'est que, fort heureusement, ce monde est monté bien haut dans l'art de se changer les idées.

 

7.

Si le ciel étoilé est un « beau précipice », c'est donc que nos âmes ne montent pas au ciel mais y tombent en pluie d'étoiles filantes.

 

8.

Je pense que nous nous précipitons trop facilement les uns les autres dans le royaume des cieux, comme si de rien n'était.

 

9.

On dit que Prince a laissé des milliers de chansons inédites. Des milliers… Prince fut-il le Picasso du rock n' roll ?

 

J'exagère… C'est plutôt Frank Zappa le Picasso du rock, non ?

 

10.

Entendu sur France Inter que pour Prince, l'expression « Purple Rain » signifiait le mélange du rouge du sang et du bleu du ciel.

 

Cf « Very Good Trip » en hommage à Prince, Michka Assayas, France Inter, le dimanche 1er mai 2016.

 

11.

J'ai beaucoup aimé rock loustic et pop bizarre car j'y ai parfois perçu les échos des images surréalistes qui tant me fascinèrent.

 

12.

Rien de plus essentiel que la logique ; c'est d'elle que nous tirons toutes nos chimères.

 

13.

« Le réel, c'est quand on se cogne » ai-je entendu attribuer à Lacan. Le réel est donc contondant et la conscience essentiellement douloureuse.

 

14.

« Soupir d'harmonica qui pourrait délirer »

(Rimbaud, « Les chercheuses de poux »)

 

Qu'un harmonica soupire, soit… mais pour qu'il puisse délirer, il y faut une science, un art de la musique, du virtuose.

 

15.

« Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n'a pas de relations »

(Rimbaud, « Délires II » in « Une Saison en enfer »)

 

Des « voyages de découvertes dont on n'a pas de relations »... Il n'y avait peut-être rien à trouver, ou alors de lourds secrets…

 

16.

Les théoriciens du Grand Complot Mondial sont des gens assez sots pour s'imaginer que le réel tient compte de leur petite personne.

 

17.

C'est parce que Zut les sait tout aussi doués qu'elle-même de raison et de sensibilité que Zut les craint .

 

18.

Des fois, j'observe mon ombre, laquelle m'observe, et je sens bien que c'est à qui surprendra l'autre dans sa tentative.

 

19.

Zut, des fois, elle voit son ombre, petite peste en jupe noire, couettes noires et yeux noirs, lui tirer une langue noire, avant de détaler dans l'escampette des rues.

 

20.

Seule la spécialisation des professeurs permet un niveau élevé dans la maîtrise d'une matière. Le fourre-tout disciplinaire est une ânerie de technocrate.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 1er mai 2016.

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 18:07

INTRA-LUNAIRES

 

1.

Des fois y a du fou dans l'air

du non-dit dans l'désir

du trouble-raison du mêle-cœur.

 

2.

Dans le temps y a nos gueules

nos goulafreries nos féroces

et puis nos dents tombent.

 

3.

Plus un mot.

Pas un rot.

On entendrait une sardine soupirer dans sa boîte.

 

4.

Face à la faux faut êt' fou pour s'fendre la poire.

 

5.

« Un enfant pleure

une radio crie »

(Raymond Queneau, « Acoustique »)

 

Radio crie, télé beugle, baffles gueulent, coups pleuvent, mômes pleurent, tue-tête, cinoche permanent, grande cognerie humaine.

 

6.

A vaincre sans péril, on triomphe sans une égratignure.

 

7.

« Marchons sous la faveur des ombres de la nuit. »

(Corneille, « L'illusion comique », III, 7, [Matamore])

 

Marchons sous la grimace et

Sous la sphinge

La grand songe nous fait cette

Faveur : nous indiquer le Nord.

 

Des singes en nos

Ombres nous suivent ce sont singes

De parage à merveilles qui dans

La caboche agitent nos songes et la

Nuit nous grimacent.

 

8.

« Je les entends, fuyons. Le vent faisait ce bruit. »

(Corneille, « L'illusion comique », III, 7, [Matamore])

 

Le vent faisait ce bruit, agitant des chaînes invisibles, démarrant de grands vaisseaux de nuées, qu'ça vous secoue l'cocotier d'l'imaginaire.

 

9.

Si votre âme était plus hardie, elle jonglerait avec des couteaux, ceusses-là que, politiques, on s'colle entre les dents.

 

10.

Nous courons d'un spectacle à l'autre ; nous suivons nos yeux.

 

11.

« mais le roi de la planète ne donne pas audience à toutes ces choses. »

(Alain, « L'âme prophétique » in « Propos sur le bonheur »)

 

« Mais le roi de la planète ne donne pas audience à toutes ces choses» et les laisse sécréter en vous leurs venins.

 

12.

« Ami, tout est-il prêt ? Mais la reine s'avance. »

(Racine, « Phèdre », II, 5 [Hippolyte])

 

« Ami, tout est-il prêt ? Mais la reine s'avance. »

Mirez son nez hautain ; on dirait qu'a va pondre.

 

13.

« Mais revenons à la proie. »

(Henri Michaux, « Animaux fantastiques »)

 

« Mais revenons à la proie ». Du reste, l'ombre n'a pas attendu nos restes et a filé tout droit se fondre dans le crépuscule.

 

14.

« L'homme retrouve sa défaite : le quotidien. »

(Henri Michaux, « L'insoumis »)

 

« L'homme retrouve sa défaite : le quotidien », se recompose alors une bonne tête de chien.

 

15.

« Mais la mauvaise humeur nous lie, nous étouffe et nous étrangle »

(Alain, « Le sourire » in « Propos sur le bonheur »)

 

« La mauvaise humeur nous lie, nous étouffe et nous étrangle » ; nous nous sentons croître dans l'être tout un peuple d'angles.

 

16.

« Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi ? »

(Racine, « Phèdre », II, 2 [Hippolyte])

 

« Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi »

Qu'à peine je me vois tourner au coin d'moi-même ?

 

17.

« Par des spectres pareils à des corps animés »

(Corneille, « L'illusion comique », I, 2 [Alcandre])

 

Dites donc qu'on s'rait pas des fois manipulés

« Par des spectres pareils à des corps animés » ?

 

18.

« TRISSOTIN

J'ai cru jusques ici que c'était l'ignorance

Qui faisait les grands sots, et non pas la science.

 

CLITANDRE

Vous avez cru fort mal, et je vous suis garant

Qu'un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant. »

(Molière, « Les Femmes savantes », IV, 3)

 

« Qu'un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant » : c'est de n'avoir pas compris cette réplique du Clitandre de Molière que de doctes zozos firent des programmes d'enseignement général des LP des modèles de ridicule.

 

19.

« Ma foi, ma chère sœur, vision toute claire. »

(Molière, « Les Femmes savantes », II, 3 [Ariste])

 

« Ma foi, ma chère sœur, vision toute claire » :

Qu'est-ce que la terre sinon un œuf d'où sortent

Des milliards de vers agités et perspicaces.

 

20.

« La Lune : sur la lune je n'ai rien à dire »

(Raymond Queneau, « L'herbe : sur l'herbe... »)

 

Si je n'ai rien à dire sur la lune, c'est que je n'y suis pas ; ce qui ne m'empêchera jamais d'être dedans et d'y rester.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 1er mai 2016.

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