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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 15:20

OASIS PAROLES TROUS ET ARABESQUES

 

Dans Oasis Paroles, de Nadège Moyart, il y a des pages trouées, il y a des pages percées. Les trous, ça fait comme une constellation de trous dans la blancheur cassée du papier. Les pages percées présentent des arabesques élégantes. Ces élégances qui traversent le papier portent des noms d'oueds : "Oued el Beïda", "Oued Amerbouh", "Oued Tourhach", "Oued Ferkla", d'autres encore. Un oued, c'est une rivière, une courbe dans un paysage, une ligne de vie.

 

Nadège Moyart est une jeune artiste lilloise. Elle compose des livres d'artistes. D'un séjour au Maroc, elle a rapporté un reportage graphique et assez de rêverie pour nourrir l'ogre d'un livre. Je dis que les livres sont des ogres car ils avalent nos syllabes. Nadège Moyart a troué l'ogre, percé l'ogre, donné un autre sens à l'ogre. Le livre n'est plus un pensum, un assène-vérités, une collection d'exemples, mais un objet, un bel objet, un signifiant superbe.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 juillet 2013

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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 14:20

IL EN EST DE MÊME DES CERCLES DE VIDE

 

1.
L'Histoire, un abcès que l'on ne cesse de vider et qui ne cesse de se remplir.

 

2.
Le passé, une lèpre, qui grignote l'absolument tout.

 

3.
A force de se replier sur soi, on finit par se hanter, par se remplir de son propre fantôme.

 

4.
"Et bien qu'ayant pâti de la méchanceté lors de la funeste trempée des morveux..."
(Gérard Demarcq-Morin, Le Sceptre de Pharaon, Editions du Géant, 2010, p.113)

 

Je cite ce fragment pour le pouvoir évocateur de l'expression "trempée des morveux" : je rêvasse... Une bande de sales gosses trempés dans l'eau d'une rivière, d'une bassine, d'un bain, et qui grimacent, et qui invectivent, se cabrent, rechignent, grognent, échevelés, énervés, rétifs.

 

5.
"Sous cette croûte d'os et de peau, qui est ma tête"
(Antonin Artaud, Le Pèse-nerfs, in "L'Ombilic des Limbes", Poésie/Gallimard, p.96)

 

Le sensible perçu par son matériau. Les conversations qui tissent le social sont les échanges des croûtes d'os et de peau entre elles. D'où l'emploi d'expressions telles que "casser la croûte", "n'avoir plus que la peau sur les os", "de peau et d'os", "s'encroûter", et autres sans doute que je ne connais pas ou qui m'échappent.

 

6.
"Quand je parle des cubes de vide il faut savoir que ces cubes n'ont pas de contours nets, géométriquement froids mais plutôt beurrés d'un beurre transparent et léger"
(Charles-Mézence Briseul, Travail 8 ou 9 in "Ivar Ch'Vavar & camarades Le Jardin ouvrier 1995-2003", Flammarion, 2008, p.192).

 

Il en est de même des cercles de vide il faut savoir que ces cercles n'ont pas de courbures nettes, géométriquement froides mais plutôt trempées dans un café aussi noir que peut l'être un café lorsqu'il n'est pas troublé par du lait ou par l'apparition soudaine de son arrière grand-tante.

 

6.
Où ai-je lu que selon Merleau-Ponty, je cite de mémoire, "naître, c'est naître du monde tout autant que naître au monde" ? C'est là le principe de l'appartenir : nous sommes d'une communauté et nous nous devons à cette communauté. L'Histoire est la déclinaison de toutes les attitudes possibles de l'individu envers cette double donnée, envers les mots-outils qui l'inscrivent dans une histoire particulière, un ordre des choses.

 

7.
Vivre, c'est apprendre à se désintoxiquer de toute passion. Sinon, elles nous emportent, les passions, elles nous chavirent, nous naufragent, nous sombrent.

 

8.
"- C'est cette lettre qui vous rend soucieux, monsieur le directeur ? lui demandai-je, sans comprendre qu'elle putasse motivasse sa rognasse.
Il disasse qu'ouisse, ce dont je fus un tantisoit abasourdi."
(San-Antonio/Frédéric Dard, baise-ball à la baule, Fleuve Noir n°102, p.22)

 

Que l'on ait pu, dans ce qu'il est convenu d'appeler de la littérature de genre, écrire d'aussi épatantes formules, voilà qui console de la grisaille de la plupart des bouquins dits sérieux, goncourables, présentables, listables, fréquentables, convenables, prêtables, empruntables qu'on lit pas vu que généralement, ils vous tombent des mains entre la page 8 et la page 12.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 juillet 2013

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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 12:44

OASIS APPROCHE

 

Les livres tant de livres de mots de mots de mots de pages. Au bout de quelques milliers de pages au bout de tant de bouquins lus feuilletés relus pas finis abandonnés délaissés oubliés et qui ressurgissent au bout de tant de phrases parfois grises si grises si plates si conventionnelles vient l'heureuse tentation du livre singulier : Oasis Paroles, de Nadège MOYART, 2012. Je vais en reparler. C'est important. Moderne. Contemporain.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 juillet 2013

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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 09:03

EAUX CONCAVES

 

1.
Dans "Le Guide des 100 polars incontournables", de Hélène Amalric (Librio n°871), j'apprends que Pierre Boileau et Thomas Narcejac ont "ressuscité Arsène Lupin dans les années 1970." Dans cet autre monde, celui de la fiction, la puissance des vivants est si forte qu'elle a le pouvoir de la résurrection.

 

2.
L'oeil sans doute peut ressusciter. Des morts agissent encore. Des morts que nous pensons vivants ; des vivants que nous pensons morts.

 

3.
Dans "Le Jet de Sang" (Antonin Artaud, L'Ombilic des Limbes, Poésie/Gallimard, p.81), il y a un corps de maquerelle qui "apparaît absolument nu et hideux sous le corsage et la jupe qui deviennent comme du verre." La nudité précède ici la révélation de la transparence.

 

4.
Août 1991 : Lors de la tentative du putsch fomenté par la ligne dure de l'armée, Boris Eltsine fut providentiel en ce que sa présence sur le terrain permit à la foule de faire pression sur les conducteurs des chars et de les convaincre de ne pas obéir aux ordres des officiers putschistes. On peut penser que ce coup d'éclat lui a  permis de l'emporter en popularité sur Gorbatchev et ainsi, une fois arrivé au pouvoir, de se débarrasser du parti communiste soviétique. Idée romanesque : un service secret met sur pied un complot dont l'échec programmé permettra de mettre en évidence le rôle "providentiel" d'une personnalité politique. Ecrivant cela, je me souviens que Mario Monicelli, dans son film "Nous voulons les colonels" (1973) l'a exploitée, cette idée, sur le ton de la satire.

 

5.
Dans le film "Oublier Palerme" de Francesco Rosi (1990), il est question d'un homme politique américain qui se montre favorable à la dépénalisation de la drogue. Il résume son point de vue dans l'argument suivant que je cite de mémoire : "Il s'agit de transformer un problème de criminalité organisée en question de santé publique." Ce que tend à démontrer le film, c'est que l'organisation du trafic de stupéfiants n'est pas qu'une question de sécurité publique, mais un paramètre de la gestion géopolitique du monde (thèse que l'on rencontre aussi dans le film "Le Cousin", d'Alain Corneau, 1997).

 

6.
"Mais les antiques nuits sont de profondes jarres
D'eau concave."
(Jorge Luis Borges, "Manuscrit trouvé dans un livre de Joseph Conrad", in Oeuvre poétique 1925-1965, mise en vers français par Ibarra, Poésie/Gallimard).

 

L'eau qu'on lit. L'eau qui déforme. L'eau dont l'oeil déchiffre les reflets. Ce que l'on appelle vérité, c'est cette "eau concave" qui répartit ses énigmes dans la profondeur des jarres et le lointain des nuits.

 

7.
Dans la France de ce début d'été 2013, on évoque assez souvent l'éventuel retour aux affaires de Nicolas Sarkozy. Il est cependant possible que "l'Affaire Tapie" empêche ce retour. A moins que cela ne soit pas suffisant. Il est probable que c'est sur la question insoluble du chômage que se joueront les prochaines présidentielles. Une aggravation favoriserait l'opposant Sarkozy. Les révélations de l'Affaire Tapie et une stabilisation durable du nombre de demandeurs d'emploi devraient compromettre le retour de l'ancien président.

 

8.
"Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde."
(Baudelaire, Le Mort joyeux)

 

Etrange image puisque le requin évoque la prédation, la dévoration plus que l'oubli. Sans doute le poète veut-il signifier ici que l'oubli peut être un milieu aussi naturel que l'onde pour le requin. Qu'il est même une condition, l'oubli, celui de notre tranquillité. Je ne sais pas pour vous, mais moi, j'ai souvent l'impression de ne pas me faire assez oublier.

 

9.
"- C'est vrai, dit Jim Wedderburn, mais il n'y a sans doute pas pensé."
(Jacques Roubaud, L'Exil d'Hortense, Edition de poche, Points n°P224, p.86)

 

La vérité est ce à quoi on ne pense qu'en partie. On ne peut penser toute la vérité, ou alors dans une diachronie (le dossier, le livre, le cours). L'intuition, elle, est une synchronie. Comme la révélation. La vérité est un testament ; la révélation une épiphanie.

 

10.
"On y accédait par un escalier recouvert d'un épais tapis qui étouffait le bruit des pas."
(Gérard Demarcq-Morin, Le Sceptre de Pharaon, Editions du Géant, 2010, p.308)

 

Dans les tapis se cachent les minuscules étouffeurs, ils courent après les bruits pour les escamoter. Ils n'y arrivent jamais tout à fait, même si, parfois, on s'y tromperait.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 juillet 2013 

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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 04:28

JONGLER D'LA LUNE

 

1.
"Je sens vibrer en moi toutes les passions"
(Baudelaire, La Musique)

 

Je sens chais pas quoi tout l'temps vivre qu'c'est je
Sens bien que c'est étrange un peu tout de même vivre
Vibrer des cordes à de drôles d'instruments que j'sens

En quoi qu'ils sont faits tous ces instruments que j'sens
En mes oreilles sifflépercutent sifflépercutent
En moi ils sillonnent & fuséfizzent & tchouchouckent
Toutes les vaches en moi les regardent passer
Les vaches floues et leurs
Passions aussi passions que mes organes.

 

2.
"En rouvrant mes yeux pleins de flammes"
(Baudelaire, Rêve parisien, II)

 

Eh bé té, je me suis brûlé...

 

3.
Jongler dans la lune : Imaginer des solutions alambiquées pour des problèmes qui semblent insolubles.

 

4.
"(...) les lieues
Qui séparent mes bras des immensités bleues."
(Baudelaire, "Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne")

 

Les lieues pour les franchir macache
Les lieues qui me séparent de toi
Qui me séparent les bras de toi
Mes bras tout séparés alors mes bras
Mes bras i brassent l'air au d'ssus d'ma pomme
Mes bras qu'on dirait des zoziaux à dix doigts
Mes bras qu'j'ai peur qu'on les plombe
Mes bras loin de moi cor plus loin de toi qu'i y a comme
Des immensités entre toi et mes bras Aux
Immensités on dirait qu'ils veulent s'agripper
Mes bras aux immensités
Bleues qu'ils veulent s'accrocher pis les tirer les
Immensités comme on tire sur une nappe qu'les
Immensités alors elles valdingueraient les
Immensités qu'on la verrait la table à Dieu toute vide.

 

5.
"Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !"
(Baudelaire, La Chevelure)

 

Longtemps et quand je dis
Longtemps c'est même
Toujours que ma paluche ma pouliche que
Ma main dans ce poil que tu balances avec nonchalance
Dans ta crinière lourde mon élégante à deux jambes
Sèmera de quoi te faire scalper
Le rubis pas croyable le scarabée de bonglore
La perle aussi fine que l'aiguille du bondir
Et le saphir et le serpent en zébrures d'agour
Afin ma sardinelle mon argentine mon escarpée
Afin qu'à mon désir en forme de brochet
Tu ne sois jamais aussi rétive que l'anguille et
Jamais aussi sourde que sa roche.

 

6.
"Et que le Temps, injurieux vieillard,
Chaque jour frotte avec son aile rude..."
(Baudelaire, Un Fantôme, IV)

 

Et que le Temps passe
Et que le Temps passe
Et que le Temps passe
Injurieux ronchonneux scrogneugneux
Vieillard sans face ni fesses
Vieillard qu'est plus qu'un chiffon qui
Chaque jour le chiffon tout répandu dans l'air
Chaque jour le chiffon i
Frotte frotte frotte fait rien qu'à frotter
Avec son aile là qui bat la mesure
Rude raide la mesure
Et que le Temps passe
Et que le Temps passe
Et que le Temps passe.

 

7.
"Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire"
(Baudelaire, "Que diras-tu ce soir...")

 

Que balbutieras-tu ? quoi qu'tu
Diras ? tu diras quoi hein ? je m'le demande
Tu diras cor bien des sottises
Ce soir comme tous les soirs
Ce soir qu'tu rentreras jonglé d'la lune
Ce soir qu'tu rentreras d'chasse-spleen tangué
Pauvre lustucru pauvre mariole bien marri
Pauvre chahuté charlot enfariné fantoche
Âme balançant sa flaque d'une oreille l'autre
Solitaire comme un oeil de cyclope
Solitaire comme une selle de vélo
Solitaire comme un couac dans une harmonie
Solitaire comme un zigue sans sa puce.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 juillet 2013 

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 16:58

PLUMETIS GRIVERIES ET GRONGOGOGNES

 

1.
"L'araignée y fera ses toiles,
Et la vipère ses petits"
(Baudelaire, Sépulture)

 

L'araignée la vive arpenteuse hop a filé dessous
Y reste sous le meuble loin du talon
Fera sa toile au plafond plus tard quand
Ses gens à la maison feront dodo les
Toiles magnifiques qu'elle fera alors dans les ténèbres
Et le serpent quoi qu'il fait le serpent ?
La froide foudre la
Vipère celle là aussi elle file dessous
Ses bottines à la fille trottinaient très vifs de
Petits chais pas quoi chutaient dans la nuit.

 

Note : Je me demande si l'araignée tisse la nuit. Si ça se trouve, l'araignée, la nuit, elle dort, et c'est le jour qu'elle les fignole, ses pièges à mouches et ses éléments de gothique décor.

 

2.
Mon amie Elise me dit :
- Qu'est-ce qu'une harpe ? De la pluie attrapée au lasso.

 

3.
Elise m'apprend l'existence du mot "plumetis" qui désigne cette neige de petits duvets blanchâtres que le vent échappe aux feuillages. Elle m'apprend aussi que l'on appelle "collants plumetis" ces collants parsemés de petits points blancs ou noirs que l'on voit parfois aux jambes des filles.

 

4.
"Dans la maison du mort les enfants poursuivaient
jusqu'aux recoins de l'ombre le serpent des sables."
(Garcia Lorca, Monde, in "Odes", traduit par André Belamich)

 

Dans la maison du mort c'est qu'elle est
La maison du mort encore au mort même si elle est
La maison du mort déjà pleine de vivants
Les enfants du mort ou les enfants de ses enfants
Poursuivaient la foudre
Jusqu'aux recoins jusqu'aux coutures des ombres
Poursuivaient l'éclair poursuivaient l'invisible
Poursuivaient la longue langue
Poursuivaient la tête dressée
Poursuivaient comment étaient-ils ces enfants qui
Poursuivaient comment s'y prenaient-ils
Poursuivaient-ils en faisant du tapage
Poursuivaient-ils le serpent avec des armes blanches
Poursuivaient-ils dans un silence de neige
Poursuivaient-ils le général débarqué
Poursuivaient-ils l'assassin persistant
Poursuivaient-ils l'avant-garde des serpents
Le serpent reparti peut-être retourné dans ses sables.

 

Note : Ces deux vers de Garcia Lorca traduits en français par André Belamich m'évoquent facilement une maison nombreuse en recoins où un drame vient de se produire, et se caractérisent pour moi par une vision surréaliste à la Luis Bunuel plus que par une volonté de faire symbole. C'est donc surtout par l'atmosphère d'étrangeté condensée que ces deux vers ont retenu mon oeil. On peut y lire cependant une prémonition de la guerre civile.

 

5.
Deux quatrains en gue

 

Gant le grumeau groyu gomme un groignu qui gromble
Est un goic trouste et dit de grognes et de gronges
La gueurle du grimoire aigré de griverie
Malgré pas plus de grive - et ni givre et ni rire (1)

 

En lui scribe agacé (2) du grouillard de son guêtre
En lui le grill du gonce au gruisant grongogogne
En lui les longues langues des gongs - quelle angoisse !
Qu'elle fait grincer grind (3) la gueurle du grimoire.

 

(1) Surtout pas !
(2) "Ah ! Gâteau ! dit Agatha agacée grimaçante".
(3) A faire grincer, mais point trop, mais tout de même, rapport à ce que je l'ai placé au centre du vers, cet adverbe.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 juillet 2013

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 09:02

LES INTERMINABLES

Les interminables pluies de l'automne
pilonnent les jardins nus. le silence
et la boue recouvrent les sentiers de
la nécropole. Les morts sont mouillés
(Lucien Suel, Tout partout III, cité in
Ivar Ch'Vavar & camarades Le Jardin
ouvrier 1995-2003, Flammarion 2008,
p.133).

 

Les interminables & les interminables
Interminables forcément les pluies et
Pluies et pluies pluies pluies pluies
De l'automne les pluies pluies pluies
Interminables & interminables sont de
L'automne les pluies interminables et
De l'automne les pluies qui pilonnent
Pilonnent vaches songes visages aussi
Pilonnent les haies les pylones aussi
Les jardins aussi nus qu'des yeux les
Jardins nus aussi nus qu'épouvantails
Nus quand le vent les fout à poil les
Jardins nus auxquels s'frotte la boue
Le silence est plein de pluie y a pas
Le silence y a la boue où elle floque
Et la boue la boue où floque la pluie
Et tout est de boue et de silence qui
Recouvrent tout tout partout et aussi
Les sentiers menant au tout partout &
Les sentiers tout partout sont pleins
De la nécropole des osses & des osses
Les morts ches osses frecs tout frecs
Sont ches osses les morts car i pleut
Mouillés mouillés mouillés mouillés i
Sont ces osses d'partout la nécropole

Note : Je sais pas si le vent les met
A poil les épouvantails pas si facile
Peut-être que les vêtements accrochés
Qu'ils doivent être à la croix d'bois
Les vêtements & qu'l'épouvantail doit
Y tenir aussi le bonhomme à sa croix.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 juillet 2013

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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 03:09

DU BROUILLARD SE DISSIPANT
En feuilletant Poésies III, Federico Garcia Lorca, Poésie/Gallimard n°30. Citations entre guillemets. 

 

1.
"avec la ville endormie dans sa gorge."

 

C'est surtout au niveau du clocher que ça doit bloquer.

 

2.
"la gourmandise de l'herbe"

 

C'est qu'elle est gourmande, la verte, goulue des fois, faut le voir pour le croire les passants qu'elle glope, et les cavaliers donc, chevaux et sabres au clair.

 

3.
"les fausses coupes, le poison et la tête de mort des théâtres."

 

Les fausses coupes aux fausses amitiés
Le poison que l'on verse dans les mots
Et la tête de mort qui se promène partout
Des théâtres aux maisons vides où l'on attend.

 

4.
"Par les gorges surgissaient
tous les défunts du brouillard."
(Chant pour Notre-Dame à la barque)

 

Par les gorges ils revinrent ils
Surgissaient du passé des éventrés
Tous les défunts tous les sans nom
Du brouillard une scène de cauchemar
Du brouillard les morts revenants
Du brouillard une légion perdue
Par les gorges ils revinrent ils
Surgissaient sous les paupières de l'historien
Tous les défunts tous les effarés
Du brouillard une scène de cauchemar
Du brouillard et de sa lune morte
Du brouillard se dissipant.

 

5.
"Tout au long des rues infinies"

 

On va infiniment dans ces rues là, forcément, infiniment, qu'on s'en rend même pas compte peut-être, et que les rues infinies toujours reviennent, en boucle, serpents circulaires, et que l'on croise infiniment les mêmes visages, les mêmes gens infinis, que l'on ne reconnaît infiniment pas.

 

6.
"et nous vécûmes cent ans dans un couteau."
(Paysage avec deux tombes et un chien assyrien)

 

Et nous nous regardions dans sa lame.

 

7.
Le titre "Paysage avec deux tombes et un chien assyrien" est singulièrement évocateur. Paysage crépusculaire sans doute, ou écrasé de soleil. Paysage de terre sèche, sombre, illunée. Et dans cette lune, l'ombre d'un chien, plus immense, le fantôme d'un hurlement.

 

8.
"nous verrons la résurrection des papillons disséqués"
(Ville sans sommeil)

 

Et aussi de très anciens entomologistes en redingote, barbe, lorgnon, filet à papillon, poussière pourchassant de la poussière.

 

9.
"Mais ce ne sont pas les morts qui dansent,
j'en suis sûr."
(Danse de la mort)

 

Mais dans ces maisons claires
Ce ne sont pas des squelettes ce
Ne sont pas des revenants ce ne
Sont pas des pourrissants
Pas des agités des vers pas
Les cadavres pas les
Morts qui au son des chansons
Qui au son des syllabes masquées
Dansent dans ces maisons claires
J'en sais quelque chose je 
Suis parmi eux et j'en suis aussi
Sûr que la perte de mon ombre.

 

10.
Et, au bout du bras du cavalier, le sabre au clair soudain s'effrita, tomba en poussière et se fit sable. Ainsi des mots qui retournent en poussière aussi bien que les bouches. Charges, sabres, syllabes, lèvres, tête, armée, poussière, poussière, sable.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 juillet 2013

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 21:49

GONG ! GONG !

 

1.
"Et, la nuit, il fallait entendre les coups de pattes des chameaux quand ils essayaient de franchir les écluses, gong ! gong ! sur le métal et les madriers !"
(Henri Michaux, Intervention)

 

Et la nuit, de ses noyaux fleurissent des fantasmes
Il fallait toujours que j'écoute me fallait
Entendre les coups de pattes des bêtes
Des chameaux car comme le narrateur à Michaux
Chameaux je lâchais parfois dans le décor
Quand ils essayaient les chameaux
De franchir s'obstinant aux obstacles
Les écluses par exemple
Gong ! que ça faisait
Gong ! gong ! que ça faisait
Gong ! que de gongs dans la nuit oblongue
Gong ! car je la faisais oblongue la nuit
Gong ! gong ! gong ! gong ! pour me désennuyer tiens
Gong ! gong ! au douxième gong ça s'arrêtait
Sur le métal ça sifflait mince alors
Et les madriers sifflaient aussi mince je m'endormais.

 

2.
"vous apercevez le long cortège des amants qui recherchent les amantes et le long cortège des amantes qui recherchent les amants, et un désir"
(Henri Michaux, Vers la sérénité)

 

Vous apercevez à force de boire à la terrasse
Le long cortège des corps et des têtes
Des amants si bien affublés affables très fins
Qui recherchent de leurs yeux affûtés
Les amantes si bien faites si frimousses très fines
Et le long cortège des corps et des têtes
Des amantes certaines portent des haches
Qui recherchent de leurs yeux aiguisés
Les amants certains portent des couteaux
Et un désir qui agite partout ses grosses lèvres.

 

3.
"J'ai parfois rendez-vous avec une ancienne amie."
(Henri Michaux, Mes propriétés)

 

J'ai parfois rendez-vous dans un lieu
Rendez-vous dans un lieu ni loin ni près
Avec une ancienne amie ni jeune ni vieille
J'ai parfois rendez-vous dans un lieu
Rendez-vous dans un lieu ni là ni ici
Avec une ancienne amie sans chair ni os
J'ai parfois rendez-vous je m'y rends d'ailleurs
Rendez-vous car je n'aime pas rester seul
Avec une ancienne amie qui a le bon goût cette
Ancienne amie de ne pas venir.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 juillet 2013

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 20:36

AGATHERIES
En scrutant Agatha Christie, traduit par Juliette Pary, Le Secret de Chimneys, Club des Masques n°218.

 

1.
"que je ne pouvais pas ne pas l'être" (p.108)

 

En français, nous sommes ce que nous ne pouvons pas ne pas être. C'est ainsi que l'un d'entre nous débarrassa la table et finit par dire : je pense que ne puis pas ne pas être, et tant que j'y suis, j'essuie.

 

2.
"la tragédie nocturne" (p.109)

 

Entre deux comédies diurnes une tragédie nocturne ou entre deux tragédie diurnes une comédie nocturne ou entre deux tragédies diurnes une tragédie nocturne ou entre deux comédies diurnes deux comédies diurnes mais une seule par nuit, sinon on n'a plus l'temps.

 

3.
"C'est une farce stupide que quelqu'un m'a jouée !" (p.72)

 

qu'il dit Dieu à voix haute - mais pas en espagnol et pas en roulant les "r", mais en fronçant les sourcils et avec une voix du tonnerre - contemplant l'humanité de son grand oeil et regardant de l'autre le Diable qui en riait encore.

 

4.
"L'aube, dit-il avec un léger bâillement." (p.172)

 

En voilà un qui commence bien sa journée.

 

5.
"et le jeune homme était encore plus ahuri que la veille" (p.189)

 

Hola ! A ce rythme là, à la fin du roman, il va bavafouiller et l'auteur va faire dans l'expérimental genre Georges Pastisfort en son célébre Chute de la pomme tête à Newton, je cite : "é leuh... jeu, je noeud - le je, ce noeud (voix off lacanienne et sépulcrale) - hom, hom, hom - pourquoi aspirait-il ainsi des haches ? - meuh - et pourquoi maintenant une vache ? - été étale tant et plus que l'automne s'en vient - en corps, sinon fantôme, plus à Hurry (patelin trop peu connu pour être intéressant, mais assurément on y trouve des haches et des vaches) queue (et évidemment leurs queues, aux vaches, pas aux haches, soyons logiques) là v v v - cuicui - veille." [ce qui fait sens puisqu'en général le lecteur, lui, s'est endormi. Note à moi-même].

 

Note bis : Agatha Christie n'a pas cédé à la tentation expérimentale, mais, pleine de lucidité, ou d'ironie, la dernière phrase du Secret de Chimneys évoque les traités diplomatiques bienfaisants gages de la paix et de la prospérité des peuples.

 

5.
"Les lettres n'y étaient plus !" (p.63)

 

Et la page toute blanche.

 

6.
"Mais vous comprendrez que j'aie l'intention de reconquérir ces lettres !" (p.64)

 

Bravo ! Voilà un auteur méritant ! Tout prêt à aller les chercher, les lettres, une par une, et à les reflanquer sur la page, d'où elles n'auraient jamais dû s'échapper ; c'est qu'il ne faut jamais laisser un livre ouvert sans lecteur !

 

7.
"Je vois d'ici ce que c'est, et..." (p.31)

 

De toute façon, c'est toujours d'ici que nous voyons ; même rendus là-bas, c'est d'ici (ex-là-bas) que nous voyons ce que c'est. Le tout c'est d'en revenir. C'est alors que l'on peut dire : "Je vois d'ci ce que c'est, et moi, de ce genre de chose, j'en suis revenu."

 

8.
"Son visage devint plus grave encore" (p.79)

 

Si grave qu'on aurait pu y creuser une tombe.

 

9.
"celui dont vous voyez le corps m'a, de son vivant, très proprement dupé." (p.113)

 

Dans ces cas-là, faut vérifier que le mort est mort, que c'est pas un faux mort, qu'il joue pas la comédie pour après surgir dans le réel comme une mauvaise surprise.

 

10.
"Anthony, sidéré, le regarda partir." (p.144)

 

Alexandrin ! allons, une suite :

 

Anthony, sidéré, le regarda partir.
Il ne s'attendait pas à le voir revenir,
Aussi, ôtant son masque il apparut bonhomme
Sans yeux sans nez sans pieds sans cheveux et sans pomme.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 juillet 2013

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