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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 17:00

NI SI PAS NI PAS TANT NI TANT BIEN
Brefs en jetant un oeil par ci, un oeil par là, et un autre aussi dans La nuit remue, de Henri Michaux, La bibliothèque Gallimard n°90. Citations entre guillemets.

 

1.
"En sortant, je m'égarai."

 

Du coup, je ne m'y retrouvais plus. J'étais pourtant bien là il y a un instant, non ?

 

2.
"Je resterai là jusqu'à ma mort."

 

Et plus, si affinités.

 

3.
"Je pensais, n'est-ce pas"

 

Hein que je pensais, je pensais, non ?

 

4.
"Oh ! l'eau, toutes ces eaux par le monde entier !"

 

Des fois, je me dis qu'elles complotent longuement, et qu'un jour, elles se réuniront. Et nous finirons noyés.

 

5.
"Le pianiste aux yeux de frite"

 

Qui, à chaque fois qu'il donne un concert se demande si, ce soir encore, elle va prendre, la mayonnaise.

 

6.
"tout être devenait trop vulnérable"

 

C'est-à-dire que tout être devenait ce qu'il est.

 

7.
"Maintenant, ça ne m'arrivera plus."

 

Maintenant, non, mais plus tard ?

 

8.
"L'âme adore nager."

 

Mais le corps, ça dépend. Donc des fois y a des noyades.

 

9.
"avec une pareille toupie, on ne peut dormir."

 

C'est depuis que j'ai entendu dire que le temps était circulaire, et que tout donc, que tout donc, tout donc revenait sans cesse à l'infini. Je ne sais pas pourquoi mais depuis ça me fait un drôle de fracas dans la comprenette.

 

10.
Du reste, je pose la question : L'infini, d'accord, mais à quelle vitesse ? Autrement dit, quand est-ce qu'il commence l'éternel retour ? A moins que nous revivions sans cesse le même monde, notre monde à nous, perso, synchronie dont nous sommes les fantômes.

 

11.
"Quand je l'aperçois, je me gratte avec."

 

Mais parfois, elle n'est pas là, elle est partie se promener, avec ses cinq doigts.

 

12.
"un silence opaque"

 

Le genre de silence où l'on n'y voit goutte, où l'on n'y comprend goutte, le genre de silence qui suit l'exposé d'un problème insoluble. Un silence consterné. Avant les cris et les évanouissements. Un silence d'aveugle.

 

13.
"Il fut tout de suite trop tard."

 

Le trop tard, des fois on a à peine le temps de le voir arriver. Mais même quand on le voit arriver, si c'est vraiment un trop tard, il sera plus fort que nous, et nous ne pourrons rien faire pour l'éviter. Il arrive même que l'on ne fasse rien.

 

14.
"Alors, je me mis à sortir de mon crâne"

 

Ce qui me valut cette appréciation : Cet homme n'existe que par son imagination.

 

15.
"on veut voir la personne cachée."

 

Et c'est là que la porte du placard se referme sur nous, et qu'on disparaît.

 

16.
"Il y avait là des yeux grimpeurs"

 

Ce sont ces yeux là qui vous regardent dans les arbres. Ou des collines, puisque les collines ont des yeux. Quant aux murs, ce sont les oreilles qui y grimpent et s'y incrustent.

 

17.
"Quand vous me verrez,
Allez,
Ce n'est pas moi."

 

Ce n'est d'ailleurs jamais moi. Et vous non plus d'ailleurs.

 

18.
"... Petite chose et qui se meurt."

 

Qu'il doit se dire, Dieu, quand il regarde l'humanité.

 

19.
"Ni si pas, ni pas tant, ni tant bien"

 

Et pourtant...

 

20.
"sans jamais arriver à s'échapper"

 

C'est qu'on a bien du mal à s'éviter les soucis que cause notre propre compagnie.

 

21.
"Savon parfait"

 

Euh mieux vaudrait pas... un savon parfait nous effacerait, à tout coup.

 

22.
"aucune apparence de pluie"

 

C'est pour ça que tout semblait sec, si sec, aussi sec qu'un hareng saur qui au bout d'une ficelle très lentement se balance.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 juillet 2013

 

 

 

 

 

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 07:03

FANFARE D'LA VOIX ETRANGE
Pour piano vif, tambour persistant, et violon dodo.

 

1.
"Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore."
(Mallarmé, Sonnet en yx)

 

Ses purs ongles très longs - c'est une griffue
Ses purs ongles très longs - aux lèvres rouge sang
Ses purs ongles très longs - et à l'oeil noir
Dédiant très haut - c'est une sorcière à un rituel
Trés haut qu'elle lève ses longs bras et d'ses ongles
Leur onyx nix nix nix qu'elles disaient les saxonnes
L'Angoisse - ce serait son nom à la griffue ?
l'Angoisse, ce minuit - oui ça fait sabbat y a pas d'doute
Ce minuit c'est donc la sorcière de minuit, qui
Soutient, lampadophore - soutient un lampadaire
Lampadophore c'est plutôt porte-flambeau
Lampadophore, mais lampadaire m'amuse
Maint rêve vespéral c'est qu'on plane faut croire
Maint rêve vespéral dans le cosmos qu'on patauge
Maint rêve vespéral et qu'c'est le soir donc
Brûlé par le Phénix çui-là là, l'oiseau de feu
Le Phénix le ressuscité d'ses cendres bin cézigue
Phénix i fait rien qu'à ficher l'feu à chaque ressuscitance

Que ça fait un d'ces binz à chaque fois
Que ne recueille-t-on ses cendres quand il est éteint
Pas de problèmes pas d'histoires hop ! dans la
Cinéraire amphore comme on les met toutes dans cette
Amphore là leurs cendres aux macchabées cramés.

 

2.
"Que la mort triomphait dans cette voix étrange !"
(Mallarmé, Le tombeau d'Edgar Poe)

 

Que la camarde la blafarde la cauchemare
Que la mort triomphait triomphe triomphera
Que la mort remporte toujours tous les os
Que la mort triomphait dans les nouvelles d'Edgar Poe
Dans cette voix étrange qui fit jaser les corbeaux
Que la mort triomphait et la littérature
Que la mort triomphait cela est certain
Que la mort triomphait certain comme la peur d'un enfant
Que la mort triomphait nous vivons avec
Que la mort triomphait nous en faisons des chansons
Que la mort triomphait quelle belle fanfare
Que la mort triomphait fanfare pour morts-vivants
Que la mort triomphait et le Diable en rit encore.

 

3.
"La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres."
(Mallarmé, Brise marine)

 

La chair ça qui assotte
La chair l'étalée partout
La chair la demanderesse elle
Est triste la chair d'la viande qui passe son temps
Hélas ! qu'il dit le poète
"Hélas !" Tu parles Charles
Hélas tu dis ! bah vaut mieux un
Hélas que marmaille qui braille
Et j'ai lu tous les livres c'est qu'ils se répètent
Tous les livres plus ou moins
Tous les livres surtout ceux qu'on ne lit pas
Tous les livres moi je lis peu ça m'endort...
Les livres moi ça m'endort
Les livres sauf Céline et San-Antonio
Les livres moi ça m'endort
Les livres d'ailleurs vous même qui lisez des
Livres et me lisez je sens bien que vous piquez du nez. 

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 juillet 2013

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 07:55

ET DU LOUP Y EN A PLUS

 

"Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris.
Alors, il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer"
(Alfred de Vigny, La mort du Loup)

 

Le Loup comme d'hab' se pointe au bar de la plage
Vient et s'assied et commande un croque-monsieur
Les deux jambes croisées et l'allure noble
Dressées ses oreilles écoutent tout c'qu'on dit
Le Loup n'est guère apprécié en public
Le Loup est même plutôt persona non grata et
Le loup tout à coup s'inquiète ; c'est qu'on s'agite...
Par leurs ongles ses deux jambes car
Le Loup a lourdé ses quatres pattes pour deux jambes
Par leurs ongles ses deux jambes se tendent
Crochus encore les ongles, bien lacérants,
Dans le sable elles sont peut-être un peu
Enfoncées mais promptes à la détente.
Il s'est jugé perdu quand il les vit arriver
Puisqu'il y en avait tant, armés, et qui venaient vers lui
Etait surpris le Loup car il l'avait obtenue,
Sa retraite ; il pensa qu'on la lui avait
Coupée sans doute la main qu'il avait naguère tendue
Coupée pour quelque plainte tard venue
Coupée pour quelque échéance électorale
Et tous ses chemins sauvages lui revinrent en mémoire
Tous ses chemins de peur et de moutons égorgés
Pris il serait il ne pouvait plus s'ensauver
Alors, il a jeté son cigarillo,
Alors, il a saisi l'occasion
Dans sa gueule brûlante enfourna le croque-monsieur
Du chien qu'c'est tout ça se dit-il et
Le plus hardi ce fut lui encore qui fila
La gorge pleine de grondements vers la
Pantelante compagnie de pandores à pétoires
Pantelante mais nombreuse
Et n'a pas desserré les dents malgré la mitraille
Ses mâchoires de fer il ne les a pas ouvertes closes
Ses mâchoires de fer quand il mourut closes
Ses mâchoires de fer et du Loup y en a plus
Ses mâchoires de fer restées closes vous y croyez vous ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 juillet 2013

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 02:14

FLOTTE ALORS

 

"Je m'accoudais à mon reflet puis je n'y étais
plus. La lune s'est levée à l'ouest au nord
même des tours. Comme dans ma bouche flotte
mon dentier."
(Louis-François Delisse, Mon corps mis à nu, in "Ivar Ch'Vavar & camarades, Le Jardin ouvrier 1995-2003", Flammarion, 2008, p.135).

 

Je m'accoudais pour regarder quoi
Je m'accoudais pour regarder mon verre
Je m'accoudais parce qu'il fallait bien que
Je m'accoudasse quelque part sinon
A mon reflet qui dansait dans mon verre
A mon reflet qui se tordait dans mon verre
A mon reflet qui se noyait dans mon verre
Puis je n'y étais plus dans le bar
Puis je n'y étais plus j'étais sous la pluie
Puis je n'y étais plus sous la pluie
Puis je n'y étais plus la pluie tombait toute seule
La lune s'est levée mais moi je n'y étais plus
La lune s'est levée il y avait des reflets
La lune s'est levée dans le bar des reflets et sous
La lune les flaques aussi faisaient dans le reflet
A l'ouest je n'y étais plus non plus et
Au nord bin dame je n'y étais plus
Même des tours très hautes on n'me voyait plus
Comme dans ma bouche il n'y avait plus de langue
Comme dans ma langue il n'y avait plus de mots
Flotte alors dit une ombre plaisante car moi
Mon dentier s'était dissous et tout ce qui autour de
Mon dentier avait coutume de s'agiter dissous itou
Mon dentier maintenant il s'interroge
Mon dentier comment se fait-il qu'il me dit qu'il
Flotte encore qu'il ait cette sensation de flotter de flotter
Dans ma bouche laquelle a l'air de dire des mots
Comme si j'y étais encore
Comme si j'étais revenu Pourtant
Même des tours très hautes nul n'a rien vu
Même des tours très hautes en tout cas n'a rien dit
Au nord j'y suis pas encore non
A l'ouest j'y suis pas encore non non
La lune s'est levée et j'y suis pas non non non
Puis, je n'y étais plus vous dis-je
Je n'y étais plus puisque
Je m'accoudais à mon reflet et que
Mon reflet, il a disparu.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 juillet 2013

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 00:47

JE N'IRAI PAS A SANTIAGO

 

1.
"Assassiné par le ciel,
entre les formes qui vont vers le serpent
et les formes qui cherchent le cristal,
je laisserai pousser mes cheveux."
(Federico Garcia Lorca, traduit par Pierre Darmangeat, Retour de promenade in "Poète à New-York")

 

Assassiné après tout ça pourrait arriver
Assassiné par un perdu de passage ou
Assassiné par une égarée si ça se trouve ou
Par le ciel assassiné genre foudroyé
Entre les formes des arbres
Qui vont vers - déjà je les entends siffler
Qui vont vers le serpent, ondulent comme du
Serpent dans l'air, ondulent comme du
Serpent dans l'eau, entre les formes qui sifflent
Et les formes qui se mirent,
Qui cherchent le cristal dans le fleuve, assassiné
Je laisserai pousser mes ongles assassiné
Je laisserai pousser mes vers assassiné
Je laisserai mes os pousser à travers ma peau et
Je laisserai pousser les champignons des ténèbres et
Mes cheveux aussi pousseront pousseront pousseront.

 

2.
Je dis mes textes à voix haute. Je les redis, les répète, pour l'oreille dans ma tête, pour celle du lecteur. J'ai de la gueule dans la voix. Je gueule pas pourtant. Je veux pas ameuter les voisins, inquiéter le chien, faire fuir les chats. Puis, en plus, comme il y a toujours du son dans la maison, des répliques des musiques, du rythme, je les balance, mes séquences, sur de l'improbable.

 

3.
Si seulement j'avais un château, un manoir, une maison de maître, quelque chose qui ait un peu d'allure et que je pourrais décemment hanter.

 

4.
"Quand viendra la pleine lune j'irai à Santiago de Cuba,
j'irai à Santiago,
dans une calèche d'eau noire.
J'irai à Santiago"
(Federico Garcia Lorca, traduit par Pierre Darmangeat, Chant nègre de Cuba in "Poète à New-York").

 

Quand viendra la pousse-au-crime
Quand viendra la buveuse de lait
Quand viendra la marraine des orties
La pleine lune la monnaie de la nuit
J'irai à Santiago mais non je n'irai pas
A Santiago je n'irai pas je ne vais jamais
A Santiago je n'irai pas
A Santiago ni à Santiago
De Cuba ni à Santiago du Chili
J'irai à Santiago de nulle part
J'irai à Santiago de mes fantômes
Dans une calèche j'irai sous la lune
D'eau noire avec des chevaux d'encre
J'irai à Santiago mais non je n'irai pas.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 juillet 2013

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 22:18

RELIQUE

 

                       "une feuille et
un os de nous, auront longuement plané

entre les dents de blé du vent."
(Aloÿse Kilky, Justification de l'injustifiable, "Grave I" in Ivar Ch'vavar & camarades, Le Jardin ouvrier 1995-2003, Flammarion, 2008, p.276).

 

Une feuille c'est ce qui reste de nous aussi
Une feuille un faire-part ah il est mort lui
Et un os de nous faut bien contenter l'chien
Un os de nous c'est le moins pour sa majesté
Un os qu'est-ce qu'un os pour les Enfers eux
Un os à ronger un os pour se souvenir et eux
Un os ça leur fait bout d'gras & une bavette
De nous ainsi ils se souviendront les autres
De nous ainsi ils diront tant tant tant tant
Une feuille et un os la carte & la tête d'os
Auront longuement plané les feuilles planent
Longuement même des fois ça dépend du vent &
Entre les dents du loup de l'invisible un os
Entre les dents du loup un os qui fut à nous
Entre les dents un os entre les dents de blé
De blé voyez l'tableau un grand champ de blé
Du vent dedans du vent dedans ses dents dans
Du vent ses dents d'os dans du vent de blé &
Du vent du vent du vent poursuivant le vent.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 juillet 2013

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 21:36

RIEN DE CE QUI EST HUMAIN ETC ETC
Citations et bribes de Baudelaire, sur lesquelles je sessionne complaisamment.

 

1.
"Leurs yeux, d'où"

 

Leurs yeux, leurs grands
Yeux, des corps y défilent
D'où tombent parfois des têtes tranchées.

 

Note : Drôle de chose que les yeux. Ils divisent le réel en autant de regards. Ils prouvent qu'il y a des autres, qu'ils sont là les autres, les corps des autres, les corps qui défilent et puis qui tombent, et alors les yeux, les yeux qui s'ouvrent dans la terre, gobent leurs têtes coupées, à ces corps qui marchent, marchent, marchent, n'en finissent plus.

 

2.
"Je trône dans l'azur"

 

Je avec ma tronche de sphinx agacé
Trône sur un tas d'énigmes idiotes
Dans un vague coin du monde où
L'azur laisse traîner un bout de bleu.

 

3.
"Sa raison s'en alla"

 

Sa comprenette prit vapeur sa
Raison vira fromage blanc
S'en alla sans plus ni clés ni porte s'en
Alla ayant brouillé tous les masques.

 

4.
Sa raison s'en alla et ne revint jamais que pour signifier son congé.

 

5.
"Tout le chaos roula dans cette intelligence"
(Baudelaire, Châtiment de l'orgueil)

 

Tout ça pêle-mêle pêle-mêle pêle-mêle
Le cerveau bouilli hibou idiot
Chaos de coqs à l'âne bouillie de sons
Roula sa toupie pis tout pis tout pis tout tourna drôle
Dans sa cervelle elle en fit tant
Cette toupie, que son
Intelligence tomba en confetti.

 

6.
"ce soleil de glace"

 

Ce - voilà déjà que ça siffle, le vent, le vent,
Soleil - et que ça siffle encore, qu'ça tourbillonne
De - là ça ne siffle plus ça mord - partout d'la
Glace - et qu'ça siffle derechef !

 

7.
Un rien m'encombre et je suis vite décontenancé. L'ombre de mon cheval suffit à m'en faire tomber.

 

8.
"Avec ses vêtements ondoyants et nacrés,
Même quand elle marche on croirait qu'elle danse,
Comme ces longs serpents que les jongleurs sacrés
Au bout de leurs bâtons agitent en cadence."
(Baudelaire, Les Fleurs du mal, pièce XXVII)

 

"Avec ses vêtements" - elle n'est point à poil donc
"ondoyants et nacrés," - plein les yeux qu'on en prend
"Même quand elle marche" - tap tap tap tap
"on croirait qu'elle danse" - ça doit être un mannequin
"Comme ces longs serpents" - je vois d'ici la longiligne
"que les jongleurs sacrés" - oxymore ! oxymore !
"jongleurs sacrés" - oxymore vous dis-je ! quelle idée
"jongleurs sacrés" de mêler le saltimbanque aux
"sacrés" machins qu'on trouve dans les temples
"Au bout de leurs bâtons" quoi? Les serpents longs qu'ils
"agitent" qui ? Les jongleurs sacrés
"agitent en cadence" - dentales et régularité du rythme !
"agitent en cadence" - retenez bien la leçon !
"agitent en cadence" - c'est admirable !
"agitent en cadence" - à mettre en musique !

 

9.
La fameuse phrase selon laquelle rien de ce qui est humain ne saurait m'être étranger est bien prétentieuse. Et sotte aussi. Car enfin, c'est bien au contraire parce quetout ce qui est humain nous est humainement étranger que c'est intéressant. Sinon, à quoi bon s'intéresser à ce qui nous serait si familier, si connu et disons-le, si trivial ?

 

10.
Y a des fois, le train, il a du retard indéterminé, cause "accident de personne" - admirez l'euphémisme - y a des fois où on apprend des trucs et des machins à plus trop traîner en ville, et qu'on se rentre alors, deux trois rhums dans le cornet, puis qu'on se dit.

 

11.
Des fois j'suis découragé.

 

Des jours comme ça à être que c'qu'on est des
Fois on se sent tout médiocre pas essentiel
J'suis tout bras tombés alors
Découragé heureusement y a les autres pareils.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 juillet 2013

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 20:24

DU RENARD ET ET DE SES RAISINS

 

"Certain renard gascon, d'autres disent normand,
Mourant presque de faim, vit au haut d'une treille
        Des raisins mûrs apparemment
        Et couverts d'une peau vermeille.
Le galant en eût fait volontiers son repas ;
        Mais, comme il n'y pouvait atteindre :
"Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour les goujats."

        Fit-il pas mieux que de se plaindre ?"
 

(Jean de La Fontaine, "Le renard et les raisins", Fables, Livre troisième)

 

Certain renard gascon, fier donc et de verbe haut
D'autres disent normand, qui saurait le dire,
Mourant presque de faim, le monde se partageant entre
Mourant de faim et mourant d'ennui, certain renard donc
Vit, car le monde est plein de regards qui vont
Au haut d'une treille par exemple
Au haut d'un arbre à corbeau perché
Au haut d'un long cou emmanché d'un long bec
Au haut d'un chauve une perruque et
Au haut d'une perruque la lune chauve elle aussi
Au haut de ce que vous voulez comme
Au bas de tout ce que le monde peut offrir
Au passant qui marche en regardant ses pieds
Au haut d'une treille en l'occurence, vit
Des raisins mûrs apparemment, cet
Apparemment étant la condition habituelle du réel
Et couverts les raisins
D'une peau vermeille assez pour attirer la patte
Vermeille assez pour attirer la dent
Vermeille assez pour finir dans un estomac
Le galant comprenez ici le coquin le fripon le vaurien
En eût fait volontiers bin tiens
Un repas surtout qu'il crevait de faim
Mais, ce mais complète habituellemment l'apparemment
Comme il n'y pouvait atteindre, - caramba !
"Ils sont trop verts" dit-il en mimant le dégoût
"Trop verts" en voilà une raison "trop
Verts" et pourtant si rouges, "trop verts
Et bon pour des goujats", na !
Fit-il On appelle cela mauvaise foi ce qu'il
Fit là le renard, ou orgueil, si l'on pense que
Pas mieux on ne pouvait dire, à moins
Que de se plaindre, ce qui passe souvent pour minable.

 

Note : On dira qu'en comparaison de l'admirable vivacité de La Fontaine, j'ai fait plus long, trop long. On aura raison. C'est qu'il s'agit là d'un hommage à l'un des plus clairs et à l'un des plus inventifs de nos auteurs, aussi n'est-ce là qu'une simple fantaisie.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 juillet 2013

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 10:25

TOUT N'ETAIT QUE PEUT-ÊTRE

 

1.
"Une lune terne transparaissait derrière un ciel déversant une neige maigre, malmenée par le vent."
(Gérard Demarcq-Morin, Le Sceptre de Pharaon, Editions du Géant, 2010, p.206).

 

Une lune terne - j'aurais pas pensé à l'épithète terne
Terne convient j'aurais mis morne ou torve ou pauvre
Terne donc le caillou à rêveries, marraine cabosse qui
Transparaissait - la lune, maigre téton des fois
Derrière un ciel vous mettez d'abord la lune
Derrière un ciel sombre que vous intercalez
Déversant ce ciel secouez le un peu pour qu'en tombe
Une neige maigre quelques poils de cul une neige
Malmenée par le vent vlouf-vlaf.

 

2.
"Le gars nous parla d'une créature aquatique, qu'il appelait la Wurle, une femme serpentine qui vivait telle une anguille dans les vasières et les ondes claires des moëres."
(Gérard Demarcq-Morin, Le Sceptre de Pharaon, p.117)

 

Le gars se mit à fabler
Nous parla de l'ailleurs, çui-là d'si proche, çui-là
D'une créature aquatique, d'une légende vivante,
Qu'il appelait la Wurle, qu'c'est déjà ondoyant du nom,
La Wurle, ça zigzague vif ça, à n'en pas douter,
Une femme serpentine, vouivre, dents de l'eau,
Qui vivait telle une anguille, fuyante donc,
Anguille pis femme, insaisissable je vous dis,
Dans les vasières, entre terre et eau donc,
Et les ondes claires - j'aime bien cette formule
Ondes claires, ça fait vivier où soudain, dans ces
Ondes claires, file un éclair de chair... dans les
Ondes claires des moëres, c'est près de Dunkerque.

 

3.
"Tout n'était peut-être que chimères qui se composaient à l'aune de mon imagination."
(Gérard Demarcq-Morin, Le Sceptre de Pharaon, p.314)

 

Tout n'était peut-être j'entends
Tout n'était que peut-être
Que chimères que figures de fumée
Qui se composaient s'entremêlant se démêlant
Se composaient dans un grand tout ci tout ça
Se composaient de têtes de hasard d'yeux fuyants
Se composaient selon humeurs et circonstances
A l'aune de ma folle comprenette
De mon imagination qui me déborde d'la cafetière
Mon imagination des fois que s'en échappent de
Mon imagination de ces qui y a qu'moi pour les voir.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 juillet 2013

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 08:55

LA SI BELLE CORSAGE ET RAGOUGNASSES

 

1.
"Comme on se tapait d'immenses parcours avec l'idiot et la si belle, j'ai traversé toute la campagne de Rochester et par tous les temps..."

(Céline, Mort à crédit, folio n°1692, p.251)

 

Comme on voyagea tant pérégrina
On se tapait du lieu du trou du bout du bout
D'immenses parcours des boucles tours et détours
Avec l'idiot le perdrions-nous ?
Et la si belle avec ses grands yeux et ses petits pieds
La si belle grands yeux et petits pieds suffisent à la
Si belle déjà que si on écrit petits yeux et grands pieds la
Si belle on sent déjà qu'elle serait tarte assez la
Si belle elle ferait dans l'antiphrase alors peut-être la
Si belle Remarquez qu'on en pourrait trouver de la
Si belle à petits carreaux et grandes tatanes de la
Si belle basketteuse de la
Si belle sportive de la kangourou à yeux doux de la
Si belle danseuse musculeuse voltigeuse vertigineuse
Si belle grande sauterelle magnifique y a pas de loi
J'ai traversé moi l'angliche bled
Toute la campagne la cambrousse rousse et verte
De Rochester que diable allait-il faire à Rochester ?
Et par toutes les pluies cinglantes
Et par tous les soleils cuisants
Tous les temps j'vous dis à s'y user.

 

2.
"Aux épaules, le corsage en soie il fait des lignes, des détours, des réussites de la viande, qui sont des images atroces, des douceurs qui vous écrabouillent..."
(Céline, Mort à crédit, p.250)

 

Aux épaules - là le narrateur évoque le haut d'une fille
Le corsage en soie - ça se précise et se raffine
Il fait des lignes - ça se dessine aussi que ça fait
Des détours façon dessin abstrait qu'l'oeil s'y perd
Des réussites de la viande - lucide quand même l'oeil
De la viande - ça vous pose son voyeur ça un peu
De la viande - ah le coquin ! le tarabuste ! le turlupin !
Qui sont des images atroces - forcément les
Images, on rentre pas dedans, inaccessibles les
Images, un autre monde, parallèle, que pour l'oeil !
Des douceurs - eh oui, mais pas touche !
Qui vous écrabouillent - comme quoi la beauté, que des
Qui vous écrabouillent - vous flanquent du froid les
Qui vous écrabouillent - vous mettent en désir les
Qui vous écrabouillent que vous en avez mal aux.

 

3.
"Je connaissais toutes les ragougnasses, toutes les manières de faire "revenir". C'est un genre extrêmement commode..."
(Céline, Mort à crédit, p.410)

 

Je connaissais - c'est le célinien qui cause
Toutes les ragougnasses - Ah le frichti ! ragoûts et fricots,
Ragougnasses - le suffixe à saucer
Ragougnasses - assez le bout d'pain fricotant dans
Toutes les sauces qu'on imagine
Toutes les manières à patates, carottes, haricots, navets,
De faire "revenir" l'arlequin et ses lardons
C'est un genre de canaille cuisine
Extrêmement qu'à le réchauffer meilleur c'est
Commode donc c'te boufftance à revenances.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 juillet 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans CONTREVERS
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