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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 08:55

LA SI BELLE CORSAGE ET RAGOUGNASSES

 

1.
"Comme on se tapait d'immenses parcours avec l'idiot et la si belle, j'ai traversé toute la campagne de Rochester et par tous les temps..."

(Céline, Mort à crédit, folio n°1692, p.251)

 

Comme on voyagea tant pérégrina
On se tapait du lieu du trou du bout du bout
D'immenses parcours des boucles tours et détours
Avec l'idiot le perdrions-nous ?
Et la si belle avec ses grands yeux et ses petits pieds
La si belle grands yeux et petits pieds suffisent à la
Si belle déjà que si on écrit petits yeux et grands pieds la
Si belle on sent déjà qu'elle serait tarte assez la
Si belle elle ferait dans l'antiphrase alors peut-être la
Si belle Remarquez qu'on en pourrait trouver de la
Si belle à petits carreaux et grandes tatanes de la
Si belle basketteuse de la
Si belle sportive de la kangourou à yeux doux de la
Si belle danseuse musculeuse voltigeuse vertigineuse
Si belle grande sauterelle magnifique y a pas de loi
J'ai traversé moi l'angliche bled
Toute la campagne la cambrousse rousse et verte
De Rochester que diable allait-il faire à Rochester ?
Et par toutes les pluies cinglantes
Et par tous les soleils cuisants
Tous les temps j'vous dis à s'y user.

 

2.
"Aux épaules, le corsage en soie il fait des lignes, des détours, des réussites de la viande, qui sont des images atroces, des douceurs qui vous écrabouillent..."
(Céline, Mort à crédit, p.250)

 

Aux épaules - là le narrateur évoque le haut d'une fille
Le corsage en soie - ça se précise et se raffine
Il fait des lignes - ça se dessine aussi que ça fait
Des détours façon dessin abstrait qu'l'oeil s'y perd
Des réussites de la viande - lucide quand même l'oeil
De la viande - ça vous pose son voyeur ça un peu
De la viande - ah le coquin ! le tarabuste ! le turlupin !
Qui sont des images atroces - forcément les
Images, on rentre pas dedans, inaccessibles les
Images, un autre monde, parallèle, que pour l'oeil !
Des douceurs - eh oui, mais pas touche !
Qui vous écrabouillent - comme quoi la beauté, que des
Qui vous écrabouillent - vous flanquent du froid les
Qui vous écrabouillent - vous mettent en désir les
Qui vous écrabouillent que vous en avez mal aux.

 

3.
"Je connaissais toutes les ragougnasses, toutes les manières de faire "revenir". C'est un genre extrêmement commode..."
(Céline, Mort à crédit, p.410)

 

Je connaissais - c'est le célinien qui cause
Toutes les ragougnasses - Ah le frichti ! ragoûts et fricots,
Ragougnasses - le suffixe à saucer
Ragougnasses - assez le bout d'pain fricotant dans
Toutes les sauces qu'on imagine
Toutes les manières à patates, carottes, haricots, navets,
De faire "revenir" l'arlequin et ses lardons
C'est un genre de canaille cuisine
Extrêmement qu'à le réchauffer meilleur c'est
Commode donc c'te boufftance à revenances.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 juillet 2013

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 16:29

ET PROFONDE ET PARTOUT

 

"Peu de gens réfléchissent comme il y a de l'eau, et profonde et partout."
(Henri Michaux, Encore un malheureux)

 

Peu de gens - ça fait pas foule
Réfléchissent - eh oh le prétentieux qui dit que
Peu de gens réfléchissent, et qu'il en est, tiens, de ces
Peu de gens, ces happy few de la comprenette qui
Réfléchissent comme l'eau qui
Réfléchissent comme les miroirs
Comme il y a de l'eau, - ô monde humide
Comme il y a de l'eau - que d'eau ! que d'eau !
Comme il disait l'autre "Que d'eau ! Que d'eau !"
Et profonde, que dedans on dit qu'c'est plein de monstres
Et partout - partout des monstres donc.

 

2.
"venus ici comme un détail du hasard, repartant inaperçus vers d'autres landes."
(Henri Michaux, Dessins commentés)

 

Venus ici, les forains radicaux
Comme si je l'avais voulu ou
Comme si quelqu'un l'avait voulu
Comme si une adolescente tourmentée l'avait voulu
Un truc du film étrange ça l'adolescente tourmentée
Un détail du hasard peut-être ils sont venus
Du hasard et y repartent avec leurs yeux fixes
Repartant donc sur leurs chevaux de fumée
Repartant donc ceux que l'on pressent
Repartant donc les transparents les
Inaperçus les étonnants voyageurs
Vers d'autres passés d'autres yeux fixes
D'autres landes j'aime ce mot landes
Landes avec sa longue syllabe qui étire
Landes qui suggère l'horizontal venteux
Landes aux autres chevaux.

 

3.
"Il suffit parfois d'un rien. Mon sang tourne en poison et je deviens dur comme du béton."
(Henri Michaux, Bétonné)

 

Il suffit, car tout ce qui est finit par suffire
Parfois ça prend du temps et on meurt très vieux,
D'un rien pour tuer un chien
D'un rien pour tuer un loup.
Mon Dieu, le monde est plein de
Sang, c'est une balle de
Sang, une boule de
Sang, une tête de
Sang qui
Tourne tourne tourne dans l'espace
En son oreille a coulé le
Poison c'est dans Hamlet c't'affaire
Et je me dis qu'est-ce donc qu'on lui a dit
Et je deviens ce rien qui commence à suffire
Dur d'oreille même - ça quand on vieillit...
Dur comme du pain dur que sur un mur picore la poule
Dur comme un qui ne veut pas entendre
Dur comme du béton, et aussi suffisant.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 juillet 2013

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 15:25

TOI QUE TOI QUI TOI OU ?

 

1.
"Toi que je ne sais où atteindre et qui ne liras pas ce livre"
(Henri Michaux, Amours)

 

Toi que toi qui toi où ?
Je ne sais plus toi où tu es rendue
tu es passée mademoiselle ailleurs
Où atteindre ce toi qui n'a pas voulu attendre
Et qui n'a plus d'yeux maintenant Tu
Ne liras pas ce livre d'ailleurs il n'existe pas.

 

2.
"mais maintenant ils deviennent filants"
(Henri Michaux, Persécution)

 

Mais maintenant - il y a, quel que soit le maintenant, un
Mais, un mais persistant, un mais, mais mes ennemis, un
Ils sont là autour de la maison, qui
Deviennent ces ombres, ces roses, ces yeux
Filants dans des visages qui se dispersent dans l'air.

 

3.
"à peine s'est-il émerveillé de se voir penser toute cette série"
(Henri Michaux, L'éther)

 

A peine est-il qu'à peine
S'est-il l'être c'est de l'action sur l'être s'est-il
Emerveillé d'être cette pensée
De se voir penser dans le visage des humains
Toute cette série d'humains se regardant l'un l'autre.

 

4.
L'être, c'est du faire être.

 

5.
Je regarde dans la boîte à clips Vanessa Paradis danser dans  L'incendie, qui est une jolie chanson, et je me dis que c'est marrant de s'appeler Paradis et de danser ainsi dans les flammes.

 

6.
"Mais derrière le mur de ses paroles,
C'est un grand sourd."
(Henri Michaux, Homme de lettres)

 

Ce qui vaut pour moi. De même, derrière chaque visage, je pense souvent qu'il n'y a qu'un grand vide ; derrière chaque vivant, une mort qui attend ; derrière chaque geste, une grande vanité. Derrière chaque être un n'être pas qui est sa seule vérité.

 

7.
Peut-être ne vivons-nous que pour faire être cette illusion de l'être en soi qui fait la carrière des philosophes et la consolation des bonnes volontés.

 

8.
Derrière le ça qui est, la peau des choses, il y a Le Horla, celui qui n'est même pas là.

 

9.
Il n'est pas douteux que cela soit. Et pourtant, cela n'est que pour nous.

 

Il n'est pas et il est...
Douteux tout de même...
Que cela soit je le vois bien !
Et pourtant cela n'est que
Cela n'est pas et
Cela est
Pour nous c'est du pareil au même
Pour nous il s'agit de faire comme si cela était.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 juillet 2013

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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 04:05

UN OEIL DANS UNE LARME
Fantaisie en lisant Tristesses de la lune, de Baudelaire.

 

Ce soir - le soir,  il y a du bleu, et de
La lune, laquelle est un caillou, un caillou qui
Rêve, comme c'est curieux...
Avec plus de paresse - paresseux en plus, le caillou,
Ainsi qu'une beauté - un beau caillou donc, cercle lisse
Sur de nombreux coussins - nuages, nuées, nébulosités
Qui d'une main distraite - oups ! le verre a chu !
Et légère - des fois elle s'envole...
Caresse, et des fois elle revient...
Avant de s'endormir - au dodo ma jolie
Le contour de ses seins - ah tiens donc...

 

Sur le dos satiné - c'est doux si doux dis donc
Des molles avalanches - il le prépare bien, le mot
Avalanches, ce mot molles, qui suspend le rythme, puis
Avalanches précipite le vers ;
Mourante, - faut rien exagérer...
Elle se livre - c'est donc une "belle d'abandon"
Aux longues pâmoisons - et qui prend son temps
Et promène ses yeux - avec la laisse de son regard
Sur les visions blanches - l'oeil crée sa réalité...
Visions blanches - la lune voit passer les vapeurs
Blanches - des trains pour les vaches sélénites,
Blanches vapeurs des visions d'antan
Qui montent dans l'azur - comme des fantômes ou
Comme des floraisons - ça doit être la saison.

 

Quand parfois sur ce globe - revenons sur terre
En sa langueur oisive - la lune est une branleuse
Elle laisse filer une larme - pis qui ouine en secret ;
Furtive cependant, la larme, comme l'allitération -
Un poète pieux, en quoi donc croit-il ?
Ennemi du sommeil, et pourquoi veille-t-il ?

 

Dans le creux de sa main - hop ! il l'attrape, il la
Prend cette larme pâle - on dirait une image de conte -
Aux reflets irisés, un oeil dans une larme donc...
Comme un fragment d'opale, la lune pleure des pierres
Et la met dans son coeur - comment fait-il ça ?
Loin des yeux car faut pas qu'ils voient ça les yeux
Du soleil ; il serait trop jaloux, le
Soleil ; c'est un secret entre la lune et nous.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er juillet 2013

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 08:36

DIX PRESQUE RIENS AVEC LE CAFE DU MATIN
Sur des bribes, des miettes, des p'tits bouts de La nuit remue, de Henri Michaux, La Bibliothèque Gallimard n°90.

 

"Collés à sa manière,
Marchant grenu,
Ecrivant rompu"
(Henri Michaux, Marchant grenu)

 

1.
"c'est d'être seul"

 

C'est ennuyeux
D'être sans personne
Seul quoi on n'a plus à tuer que du temps.

 

2.
"j'ai parfois rendez-vous"

 

J'ai de ces idées
Parfois je me fixe à moi-même
Un rendez-vous auquel je ne me rends pas, évidemment.

 

3.
"Et puis dans l'espace"

 

Et nous allâmes par monts et par vaux
Puis dans les déserts et sur les mers puis
Dans des fusées nous fusâmes dans
L'espace où nous disparûmes.

 

4.
"Fini, maintenant j'interviendrai."

 

Fini me dis-je souvent les bras croisés
Maintenant c'est décidé
J'interviendrai ce qui fait rire l'ombre de mon cheval
Fini depuis longtemps
Maintenant squelette dans un ailleurs où plus jamais
J'interviendrai plus jamais.

 

5.
"les yeux d'encre"

 

Les mirettes noires Ces grands
Yeux noirs vaut mieux pas espérer y tremper
D'encre sa plume sous peine de longue peine.

 

6.
"la plus inquiétante"

 

La demoiselle qui passe dans la rue la
Plus jolie si elle se retourne sur vous elle peut être

Inquiétante surtout une hache à la main.

 

7.
"ce rythme net et multiple"

 

Ce branle-bas de boum boum
Rythme de tchac tchak dzim dzim tom tom
Net et précis comme un attentat
Et précis comme un coup de couteau
Précis ah tiens on a tué le batteur...

 

8.
"tant de mystères"

 

Tant de bizarreries dans ce monde
De choses qu'on pige pas de
Mystères à commencer par sa pomme.

 

9.
"se plier serait une folie"

 

Se cocotter l'âme se
Plier et aller sur une flaque ce
Serait imprudent on risque
Une noyade carabinée c'est pure
Folie et mieux vaut rester attachée au cahier.

 

10.
"et tout ira bien"

 

Et vous verrez
Tout se passera au mieux tout
Ira tout droit maintenant tout droit et bel et
Bien il n'y a plus qu'à le refermer votre cercueil.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 juin 2013

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 23:51

TROIS DECALAGES

 

1.
"Elle cesse de jacter, soudain inquiète en me voyant le regard à cent mille années-lumières d'ici."
(San-Antonio / Frédéric Dard, Plein les moustaches, Fleuve noir n°123, p.168)

 

Elle si déblatéreuse sans
Cesse causeuse diseuse raconteuse
De tout un tas de
Jacter cesse
Soudain lèvres ouvertes ô quenottes
Inquiète se trouble la belle
En zieutant que je
Me divague l'âme comme si
Voyant des anges faire du vélo au plafond
Le mec voyez il a le
Regard qui part en barque
A l'horizon qu'il file son regard à
Cent mille
Mille mille même qu'il fait de l'écho genre
Années-lumières dans une galette du Floyd
D'ici à ce qu'il s'évapore en un vlouf de fumée...

 

2.
"- Vous êtes un bédit bolisson, cher Herr !"
(San-Antonio / Frédéric Dard, Plein les moustaches, p.99)

 

Vous me dit-elle je relève
Etes-vous me dites-vous
Un drôle de ach comment dit-on
Bédit quoi qu'est-ce que ce bédit
Bolisson ah vous êtes saxonne lui fis-je
Cher moi me voilà cher
Herr Herr qu'elle me dit la bien en chair.

 

3.
"Y a décalage, comme le dessin et les couleurs sur les vieilles images."
(San-Antonio / Frédéric Dard, Plein les moustaches, p.70)

 

Y a de l'entre chien et loup des fois
A la tombée du jour un
Décalage entre les ombres et les gens
Comme si le réel ne s'adhérait plus
Le réel comme s'il n'était plus si étanche
Dessin sur la feuille avec fantôme derrière
Et on dirait même que
Les lignes elles bougent les lignes leurs
Couleurs elles ont l'air de vouloir se sauver
Sur le papier elles glissent
Les couleurs imperceptiblement
Vieilles taches d'autres jours sur les
Images aux ombres sans plus personne.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juin 2013

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 16:40

QU'NOUS SOMMES QU'A TOMBER

 

1.
"Inépuisable puits de sottise et de fautes !"
(Baudelaire, Danse macabre)

 

Inépuisable l'humain le diable en voit pas l'bout
Puits dans lequel il se mire en tirant la langue
De son image le diable en rit encore sac à
Sottise aussi qui parlons tant
Et ne pensons pas ce que nous disons
De nous donc le diable désespère tant de
Fautes et si peu de logique.

 

2.
"Et tes yeux attirants comme ceux d'un portrait"
(Baudelaire, L'Amour du mensonge)

 

Et tu étais alors dans un grand lourd portrait
Tes mirettes vastes comme le passé
Yeux qui m'fascinent spirales de prunelle
Attirants qu'ils furent là tes yeux
Comme phares dans la nuit
Ceux là qui dit-on fascinent le lapin
D'un coup il regarde sa mort arriver ton
Portrait fit idem s'décrocha me tomba sur la cruche.

 

3.
"Ainsi, quand je serai perdu dans la mémoire"
(Baudelaire, Le Flacon)

 

Ainsi flottant sans osses ni chair
Quand fantôme
Je m'ferai passe-murailles inaperçu je
Serai paumé de vue vu que je n'serai plus
Perdu dans le je n'sais où à vous autres
Dans le sac à passé dans
La dédalie d'la 
Mémoire no man's land au vent.

 

4.
"Comme un tambour qui bat la charge !"
(Baudelaire, L'Héautontimorouménos)

 

Comme un temps Comme
Un temps comme un temps
Tambour tête qui roule tambour tête
Qui roule sanglant le temps
Bat dans les tempes c'est du jadis
La grande roue rouge roue rouge roue rouge
Charge d'une cavalerie de décapités.

 

5.
"Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté"
(Baudelaire, A une passante)

 

Un de chair
Eclair qu'nous sommes qu'à tomber
Puis syncope blanche
La chute du corps la
Nuit comme nous elle si
Fugitive la
Beauté dans un regard.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juin 2013

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 16:29

J'ECRIS DE PETITES CHOSES

 

1.
"Les Ombres - retiennent leur souffle -"
(Emily Dickinson, traduit par Claire Malroux)

 

Les passantes en silence
Ombres ombres le long des murs
Retiennent-elles dans
Leur petite tête d'ombre assez d'été, pour, dans un
Souffle, nous flamber, saucisses à néant ?

 

2.
"une chose autre que la chose"
(Clément Rosset, Le réel et son double)

 

Une bricole arrive, une chance, une tuile, d'la
Chose ; être réel c'est être en affaire avec les choses
Autre chose aussi vu
Que toute chose en ramène d'autres de
La tribu des choses toujours quelque
Chose se ramène et le rameute tout ça tout ci et
Une dans l'autre à l'emberlificote ;
Chose pointe son masque c'est elle et c'est
Autre chose vu
Que ça vous fait des noeuds dans la conscience
La bouillie des choses qui s'étale
Chose pieuvre et qui vous titille l'affectif.

 

3.
"Je veux que la nuit demeure sans yeux"
(Garcia Lorca, Gacela de la terrible présence)

 

Je regarde la nuit en face des trous je
Veux voir les éclairs frapper le ciel
Que la nuit se coupe en deux que
La nuit révèle son spectre blanc que la
Nuit montre ses yeux cachés La
Demeure des ombres est toute secouée
Sans cesse elle recoud ses paupières ses
Yeux non ses yeux nul ne doit les voir.

 

4.
"J'ai bafouillé des vagues raisons..."
(Céline, Mort à crédit)

 

J'ai eu des rêves océaniques des fois
Bafouillé des écumes dans mon sommeil à la vue
Des vénus se titillant le coquillage dans des
Vagues bleues, vertes, glauques comme d'antiques
Raisons échangées sous des masques.

 

5.
Le passé un sac le
Passé avec une corde d'occident
Un lien, la naissance du christ et dans ce
Sac, plein d'osses pis des congelés mammouths.

 

Le passé un sac le
Passé - fossiles, des grottes aussi à mains peintes
Un sac tout noir d'abord puis après
Sac d'antiques masques et yeux blancs.

 

Le passé un sac le
Passé - bibliothèques et testaments
Un tas de ruines géométries et spéculations,
Sac à conquêtes à tragédies.

 

Le passé un sac le
Passé depuis le temps
Un bien gros sac maintenant
Sac où glissent les morts tous les morts. 

 

6.
J'écris de petites choses.

 

J'écris à la petite plume
De petites choses de
Petites énigmes à clé de verre des
Choses qui passent le temps.

 

J'écris à la petite plume
De courtes fantaises de
Petites rêveries des sans importance
Choses des pieds-de-nez à l'utile.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juin 2013

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 08:13

GRAND OEIL AILES DE CORBEAU TROU NOIR

 

1.
"Et le soleil, le soir, ruisselant et superbe,
Qui, derrière la vitre où se brisait sa gerbe,
Semblait, grand oeil ouvert dans le ciel curieux,
Contempler nos dîners longs et silencieux"
(Baudelaire, Les Fleurs du mal, pièce XCIX)

 

Encore dans le ciboulot... à deux pas c'était... quasi cambrousse... la "blanche maison"... l'immaculée baraque...  avec des chastetés de "Pomone de plâtre" et de "vieille Vénus"... Elles se montraient pas, les statues... se planquaient au bosquet... dans l'ombre feuillue leurs yeux sans yeux devinaient le visiteur... puis le soir... au dernier soleil... quand il ruisselait encore superbe... bavant d'or... s'écrasant les pinceaux aux vitres... tache de touches la toile... (1) "grand oeil ouvert dans le ciel curieux" qu'il dit Baudelaire... "grand oeil ouvert"... ça fait l'oeil à Suspiria... où y a une maison aussi, une grande demeure maudite... dans le ciel étrange l'oeil... l'oeil qui sait... l'oeil qui siffle son "Et le soleil, le soir, ruisselant et superbe"... bande-son... la terrible présence du grand autre... du tout autre... du curieux... celui qui cherche à savoir, à vérifier si, et le bien bizarre aussi... a l'air d'assister au repas des fantômes à contempler ainsi des dîners longs et silencieux... il s'étale... se vautre dans son infini couchant... se répand largement... s'épate du groin... se reflète le beau... le beau cierge, sur la nappe frugale... s'agit pas de se goinfrer, mais de faire tableau, de poser pour les yeux d'après... de faire scène, et même scène bénie... scène avec cierge... tableau de genre... intérieur austère un peu... austère et calme... à la Port-Royal... on voit bien tout ça, comme si c'était peint.

 

(1) : "On remarquera le rythme sautillant, pictural vif de cette séquence, et la définition qu'en passant, l'air de rien et le sourire aux lèvres, Patrice Houzeau donne de la peinture : "Tache de touches la toile", la toile comme une tache de touches, où l'oeil, cherchant sa synchronie, se perd, se spatialise, se répand." (François-Jacques de la Peignerie, Le bilboquet à tête de mou, essai sur l'oeuvre abondante de Patrice Houzeau, Université de Chardon-les-Orties, à paraître quand l'auteur aura retrouvé ses clés).

 

2.
"ailes de corbeau"... des choses souples battant l'air... l'air froid, les corbeaux, ça va bien avec l'hiver... les champs de bataille aussi où ils piquent... crèvent les yeux... déchirent les chairs... fouillent les poitrines... on entend des croassements... ça tournoie dans le ciel. Bel emblème pour coeur gothique.
Baudelaire dans "Brumes et pluies", évoque son "âme" qui "mieux qu'au temps du tiède renouveau / Ouvrira largement ses ailes de corbeau". Voyez un peu ça : le bonhomme Baudelaire déambulant dans Paris avec son âme en forme de corbeau. Peut-être alors que dans le secret de sa tête, il tournait en boucle ses croassements... qu'il croassait en secret, le Charles en marchant... qu'il se sentait tout corbeau, en secret, le Charles...

 

3.
"dormir son sommeil" : expression curieuse que l'on trouve dans la pièce C des Fleurs du mal :

 

"La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse"

 

"dormir son sommeil", c'est donc reposer en paix. Remarquez que "Et qui repose en paix sous une humble pelouse" aurait fait ses douze syllabes. C'est donc par souci de renouvellement expressif que Baudelaire a choisi ce joli "dormir son sommeil", surtout qu'en fait, c'est pas si la paix que ça, sa dernière demeure à la "servante au grand coeur" :

 

"Certes, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon  de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s'égoutter les neiges de l'hiver".
(Baudelaire, La servante au grand coeur...).

 

4.
"les savants austères"... rides, bouquins, yeux perçants, l'air grave de ceux qui savent et que si vous saviez ce qu'ils savent, eh bien, vous seriez bien étonnés... l'austérité sied au savant des poèmes comme aux ruines le lierre... On peut évidemment songer un professeur Nimbus, un savant frivole, espiègle, distrait... mais c'est plus pour la bande dessinée ça, ou les chansons... dans les poèmes, le savant, austère qu'il est, faustien, plein du poids du temps, courbé de s'être si échiné à comprendre des grimoires dont tout le monde se fiche, grave d'avoir si peu de temps, et disparaissant peu à peu dans l'ombre qui envahit sa bibliothèque.

 

5.
"Coucher auprès du ciel, comme les astrologues"... ce joli vers du poème Paysage :

 

"Je veux, pour composer chastement mes églogues,
Coucher auprès du ciel, comme les astrologues"
(Baudelaire, Paysage)

 

suppose des plus hautes tours, où des savants à barbe pointue regardent passer des croissants de lune. Je l'avais déjà écrit ça ; je ne m'en lasse pas ; j'ai beaucoup lu L'Etoile mystérieuse. D'une certaine manière, tous, nous couchons  auprès du ciel.. toujours... C'est que l'espace n'est pas si au-dessus de nous que ça, que c'est plutôt nous qu'on est en plein milieu, qu'on est même fait de cet espace, tissé de cet espace, espace nous-même, plein de vide où nous finissons par tomber comme tout un pan de chose happé par quelque trou noir.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 juin 2013

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 19:13

TOUOUT !

 

1.
Dans l'article "Elégie pour un fleuriste", j'évoque une chanson franglaise du groupe Il Etait Une Fois, une chanson dont le titre est A 6000 (We Don't Speak English). Je devais avoir du brumeux sur la planche à pensées, car ce n'est qu'en me levant ce matin que je pige le jeu de mots "A 6000 / Assimil". Marrant.

 

2.
"J'aime le son du Cor, le soir, au fond du bois" est un vers marrant. On le doit à Alfred de Vigny, le genre d'auteur que l'on ne lit plus guère que par hasard ou par obligation, ou par goût des vieilles lettres. Pas marrante en elle-même, c'te séquence rythmique, mais tellement citée et parodiée par ceux que l'on appelait jadis les chansonniers, lesquels, d'ailleurs et eux aussi, nous tombent dans les esgourdes guère plus que par hasard, que ça nous sourit alors, ce "J'aime le son du Cor, le soir, au fond des bois". Et puis, avec l'oreille de Spock qui se promène dans notre mental, on s'entend, à l'écoute de ce Cor-du-fond-des-bois, on s'entend dans la tête une sorte de touout lointain et mystérieux.

 

Ce vers donc, pas vraiment comique, puisque dans l'esprit du narrateur du poème à Vigny, ce Cor :

 

"Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois,
Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille
Et que le vent du nord porte de feuille en feuille."

 

Les pleurs de la biche aux abois, ça se comprend tout seul. On compatit en mangeant du fromage. Mais "l'adieu du chasseur", alors là, on voit pas, on voit plus. Allusionnerait-il quelque antique gréco-latine légende sur laquelle nos aïeux des études se sont fatigué les yeux, torturé les méninges, usé les culottes? Bon, toujours est-il qu'il fiche son camp, le chasseur, et comme il reviendra plus jamais, il souffle dans son Cor, comme ça, le soir, au fond des bois - notez au passage la musicalité de la suite "son" / "Cor" / "soirs" / "bois" ; n'est-il point que ça fait écho ? N'est-il point que ça fait songer à cet accordéon déchiré à Amsterdam qu'à Bruxelles Brel croyait entendre dans un cornet de frites  - il nous dit donc au revoir, le chasseur cependant qu'on en reprend, du fromage.

 

J'aime beaucoup le dernier vers de ce premier quatrain :

 

"Et que le vent du nord porte de feuille en feuille".

 

C'est mélancolique à noyer son camembert ; avec les yeux qui dans notre esprit font rien qu'à loucher sur les mamelles, on le voit bien souffler dans les feuillages, et, d'une branche l'autre, faire passer l'adieu corné, cornu, cornant du chasseur s'éloignant. C'est beau comme une illustration dans un premier prix de composition française.

 

Pour les amateurs de lacaneries, vous remarquerez qu'on peut lire aussi "porte(-)feuille" dans ce vers ; et puis, dites donc, la "feuille", en français populaire, c'est aussi le réceptacle du son, l'oreille, et, l'oreille, il souffle dedans, le vent. Et de quoi donc est-il la métaphore, ce vent ? Je vous le demande. Et ces échos qui parsèment le quatrain comme clous jetés sur la chaussée, je cite : "pleurs" ; "adieu" ; "chasseur" ; "accueille" ; "de feuille en feuille", quel sens donner à ce son ? Est-ce qu'elle serait point un peu humidifiée, la nature, toute larmoyée, larmoyante, lamentée, lamentante ? Avec un peu de virtuosité commentatrice, on doit pouvoir sortir de tout ça assez de n'importe quoi bien dit pour un bon quart d'heure dans un séminaire de Lettres Modernes.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 juin 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES
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