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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 01:05

NANARD LÂCHERAIT-IL SARKOZY ?

 

D'après ce que je comprends de ce que l'on dit sur la chaîne d'information LCI, dans l'affaire du fameux "arbitrage" à 400 millions d'euros, Bernard Tapie admet que Nicolas Sarkozy a donné son feu vert, on dit même, toujours sur LCI, que Bernard Tapie aurait eu à l'époque "ses entrées à l'Elysée". La véritable cible de cette affaire me semble être moins Bernard Tapie que Nicolas Sarkozy. Il est vrai que l'ancien président ne s'était pas vanté dans les médias d'une amitié - doit-on dire "accointance" ? - si "curieuse" et que la révélation de liens entre l'ancien ministre "de gauche" (tendance fric à) et le petit homme énervé a pour but d'éviter le retour de l'ancien champion d'une droite par ailleurs passablement ridiculisée par de récentes querelles d'égos surdimensionnés.
Quant au FMI, après la dégringolade Strauss-Kahn, l'aveu d'une certaine légéreté, sinon sottise, dans son appréciation de la crise grecque, et le rôle de Christine Lagarde dans le fameux arbitrage en faveur de Tapie, il se ternit vite, son blason, au FMI.
Vu d'ici, d'en bas, tout ce petit monde grenouillant a de plus en plus l'air d'une compagnie de guignols que l'on agite devant nos yeux, afin de nous distraire sans doute.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 juin 2013 

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 05:34

CORRUPTION DES ORACLES

 

1.
Qu'est-ce que l'Histoire ? - La reconquête d'un territoire qui s'effrite sous nos pas, et dont, à grand peine, nous extirpons quelques vérités et beaucoup de mensonges.

 

2.
Perdre son honneur, c'est rompre le contrat qui nous liait à celui que nous pensions être nous.

 

3.
"les chameaux somnambules des nuages vides"
(Garcia Lorca, Norme et paradis des Noirs)

 

La nuit, je zieute aux vitres brisées du château silence les chameaux somnambules des nuage vides, qui, traversant un même désert, passent par la même aiguille.

 

4.
L'écho est l'illusion de l'antériorité, comme le reflet est l'illusion de la source et le langage est l'illusion du référent, les signes agitant ces ombres que nous suivons aveuglément et auxquelles nous donnons corps.

 

5.
Des fois, les philosophes, ils emploient un tel jargon fermé à double tour (de cochon) qu'on a l'impression que si jamais on arrive à la comprendre, leur prose de tête d'oeuf, on percera les arcanes, c'est certain, d'Aldebert de Saint-Frigegonde. Cherchez pas, cet Aldebert-là est si secret que même Umberto Eco n'en fait mention nulle part, ni dans Souvenances saumonées, ni dans Bagatelles et autres Epiphanies. D'après ce que je sais, Aldebert de Saint-Frigegonde est l'auteur d'une oeuvre invisible rédigée à l'encre sympathique. Plus occulte que ça, c'est les grands fonds. Bref, tout ça pour dire que, des fois, les philosophes,  tout ça qu'ils causent alambiqué, c'est juste pour en arriver à la conclusion que ah tiens, c'est donc pour ça que Spock a les oreilles en pointe ! Fichtre ! Diable ! et tessons d'bouteille !

 

6.
Il était si vieux qu'ils étaient tous nés, tous ceux qui le portèrent en terre.

 

7.
Prenez donc de la nuit dans une tasse blanche,
Trempez-y le croissant d'une lune dorée,
Puis vous vous laverez les mains dans de l'aurore ;
C'est ainsi qu'il faut quand on est géant bien né,
C'est ainsi qu'il convient d'entamer la journée.

 

8.
La politique est l'art de corrompre les oracles.

 

9.
Doutant de tout, bientôt il ne douta plus de rien, et se fit frondeur.

 

10.
Nous faisons dire aux Anciens ce que nous pensons du présent, et nous étonnons qu'ils ne soient pas d'accord avec nous.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 juin 2013

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 04:54

LA PLUIE SE MOQUE DE NOUS

 

1.
Lorsqu'on a pris l'habitude de porter du cristal de cheveux, il devient impossible de se les tirer en se lamentant. Alors, on se les masse doucement, sous la pluie, doucement, et, pour peu que l'on soit adroit, l'on en tire de jolies mélodies.

 

2.
"dans les coins de petits crânes"
(Garcia Lorca, Paysage de la foule qui vomit)

 

Chaque jour, nous balayons dans les coins les petits crânes apparus dans la nuit, et qui témoignent de batailles acharnées et secrètes pour la possession de territoires dont nous ignorons l'immensité.

 

3.
Rire de foudre, esprit de sel, langue d'intelligence : il était du tonnerre ; il passait avec les pluies.

 

4.
"un autre mangé par les fourmilières"
(Garcia Lorca, L'Enfant Stanton)

 

Une très belle femme qui prend conscience de son empire sur l'imaginaire des autres humains, ou devient tragique et imbécile, ou devient amusante et aussi ironique que l'intelligence.

 

5.
Carole, dit-on, parle plusieurs langues, mais c'est toujours la même qu'elle me tire quand je songe à ses syllabes.

 

6.
La pluie se moque de nous : elle tombe, tombe, tombe en rideaux, et jamais d'autre spectacle que celui de la pluie qui tombe, tombe, tombe en rideaux.

 

7.
Exister, c'est faire et refaire avec une infinité de micro-variations. Pour échapper à l'ennui, on se crée des événements. Cela va parfois jusqu'au tracas, et ce tracas va parfois jusqu'au trépas.

 

8.
Le monde est plein de femmes nues joliment habillées.

 

9.
La clé des chansons s'envole avec sa porte.

 

10.
Les gens me reprochent ce que d'autres gens disent de moi.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 juin 2013

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 18:55

LUNE, EAU SONORE

 

1.
"Lune, eau sonore"
(Baudelaire, Le Jet d'eau)

 

Le surréalisme a la beauté du diable et fréquente les écailles.

 

2.
"éclaboussé l'air de lueurs et de sang"
(Baudelaire, Duellum)

 

C'est dans les éclairs qu'il apparaît, toujours, le spectre sanglant. Et comme la pluie le dégouline, le sang se mêle aux rigoles d'eau qui serpentent sur le sol. Du coup, on voit des crapauds sautiller une croix rouge sur le dos.

 

3.
"Deux guerriers ont couru l'un sur l'autre ; leurs armes
Ont éclaboussé l'air de lueurs et de sang.
Ces jeux, ces cliquetis du fer sont les vacarmes
D'une jeunesse en proie à l'amour vagissant."
(Baudelaire, Duellum)

 

Deux guerriers... gueule contre gueule... ah les carapaces ! luisants scarabées... Sont déjà pleins de sang les furieux !... Lueurs... le soleil les éclate !...  le pinceau y sabre à larges traits clairs, du tourment dans la mâchoire, de la noire flamme... l'oeil aigu, d'la ponctuation plein la tronche !... fer qui frappe... Fracas, vacarmes, bam-bam blang, cris, gueulantes, bong bong, gerbes, dégueulis, tripes, odeurs, merde et sang... la jeunesse en proie...

 

4.
"Souvent, à la clarté rouge d'un réverbère
Dont le vent bat la flamme et tourmente le verre,
Au coeur d'un vieux faubourg, labyrinthe fangeux
Où l'humanité grouille en ferments orageux"
(Baudelaire, Le Vin des chiffonniers)

 

Clarté rouge... ça rappelle les lanternes des bordels... les attelages, les portes cochères, les pavés mouillés, les réverbères... le passé nous balance ses miroirs... à la faveur du vent... comme quoi souvent on y pense à ça, que le vent nous r'passe des choses, des visages, des faces, des ombres, des silhouettes, des paroles perdues, images anciennes, d'la ritournelle hantée... Comme je m'endors à l'église... Comme il est barbant ce prêtre... du verre tourmenté aussi... Le diable est au clocher... vieux Rimbaud, tu nous en a refourgué des spectres... ils dansent pendus dans ma tête... regardez, les vitraux se gondolent... on dirait que les Saints vont parler !... Et Jésus comme il s'anamorphose !... Attention aux éclats ! Aux griffes ! Aux becs et ongles ! Quelle gueule noire, Seigneur ! Et ces clartés rouges aux ardentes fentes ! Des faubourgs en dégoulinent ! en labyrinthe fangeux ! On y voit, au milieu des flammes et des paperoles de latin, les vivants et les nus s'y tordre... c'est d'l'humain tout grouillant... bouches ouvertes sur des abîmes... leurs cris ne sont pas leurs cris... on dirait qu'ils sortent de tuyaux d'orgues... et de la terre, d'où montent des lueurs, des éclairs, des orages, que la paix soit avec vous... Et avec votre Esprit.

 

5.
"J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts"
(Baudelaire, La Chevelure)

 

Là-bas... ah bah c'est trop loin !... plein de sève paraît-il !...hommes, arbres, femmes, décors, tout magnifique, tout transcendant tellement c'est beau ! A ne pas croire ! Quelle chance on a de voir tout ça ! ça vaut quand même le coup d'économiser ! Et puis de supporter schnocks et pétasses... L'ardeur des climats ! C'est ça qu'on veut ! et d'la couleur ! et d'l'historique ! du dépaysement ! qu'on n'est pas que des gueux ! Et ces vêtements ! comme ils sont beaux ! Et ces tresses, comme elles sont fortes ! Et ces cheveux, comme ils sont noirs ! houle ! houlà, on nous enlève, on nous ravit, on vogue sur la mer d'ébène, d'ivoire, du bleu des yeux des idiotes dans les chansons, du vert des palmiers peints sur les papiers peints, du glauque des antiques ! On est tout ébloui qu'on croit rêver, que le temps existe pas ! Ah si quand même ! faut rentrer à l'hôtel ! envoyer des cartes postales ! et puis ces voiles, ces rameurs, ces flammes, ces mâts, ces prouts ! pour la tortore, c'est pas ça quand même, on aurait dû se méfier...

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 juin 2013

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 06:46

UN ELEPHANT SUR UN DE A COUDRE
Les citations des poèmes de Federico Garcia Lorca sont tirées de "Poésies III 1926-1936", Poésie/Gallimard.

 

1.
Ayant perdu la clé du miroir, je ne pus désormais accéder à mon imaginaire qu'en le brisant.

 

2.
Et le chevalier s'élança dans les angles et s'y déchiqueta.

 

3.
Pour composer une ode calamar, il faut se munir de poulpes que l'on prendra bien soin d'aiguiser avant de les tremper dans l'encre de la seiche.

 

4.
Je suis de si mauvaise compagnie que je ne m'invite plus guère. Il n'y a plus que mon chien qui me demande de l'accompagner.

 

5.
Ce que fit le blues, c'est de hanter, hanter la ritournelle jusqu'à l'exorcisme.

 

6.
J'aime à parler le rideau. C'est une langue qui tombe quand il le faut.

 

7.
Depuis que je vis avec des arbres, je vois bien qu'ils s'enracinent, qu'ils s'incrustent, qu'ils me traitent en vieille branche, et qu'ils rassemblent leurs compagnies d'oiseaux pour je ne sais quel débarquement.

 

8.
Je me demande parfois si l'on ne passe pas sa vie à écoper son âme, c'est-à-dire à la vider de son corps. Chacun sa manière, mais tous finissent barques vides englouties par la boue, dévorées par le temps.

 

9.
Et le big bang lança son éléphant sur la piste, et depuis, le voilà qu'il jongle, l'animal, avec une infinité de boules de toutes les couleurs.

 

10.
"Personne ne dort dans le ciel. Personne, personne."
(Garcia Lorca, Ville sans sommeil)

 

Et c'est heureux... vous vous imaginez alors tombant du lit ?

 

11.
Dieu, vous savez, il prend des somnifères, des pilules d'humain. Certains disent d'ailleurs qu'il est devenu tellement accro aux paradisiaques qu'il est devenu un gouffre à couleuvres.

 

12.
L'art du bref : un éléphant sur un dé à coudre.

 

13.
Je pense que certains ont écopé de leur âme comme on écope d'une peine.

 

14.
"parce que la moelle de la forêt pénétrera par les fentes"
(Garcia Lorca, Le Roi de Harlem)

 

Et avec elle, la sorcière moussue qui flanquera des champignons partout et dévorera, une à une et jusqu'à l'os, chacune des pièces.

 

15.
Pour ce qui est du verglas, c'est une langue qui, quoique cocasse, et malgré sa mélancolie, est un peu trop propice aux dérapages.

 

16.
Je suis assez persuadé qu'il y a des pianistes assassins, comme il y a de néfastes saxophonistes, et un complot chez les trombones.

 

17.
J'aime à me fausser compagnie, à me déserter. Je me laisse seul alors, dissipé parmi les autres visions.

 

18.
"cherchant parmi les angles vifs"
(Garcia Lorca, L'aurore)

 

Ce qu'on fait, chercher parmi les angles vifs la somme d'angles qui nous les arrondira. Parfois qu'on s'égratigne, qu'on s'écorche, qu'on s'éparpille, qu'on calcule de travers, qu'on se perd en conjectures.

 

19.
Lorsque je demandai à Alice si elle n'avait pas vu la clé du miroir, elle me répondit en anglais, et semble depuis avoir  perdu l'usage du français. De plus, elle ne tarda pas à transformer la pelouse en terrain de cricket. Elle a bien changé, Alice.

 

20.
"Dans la lune un poisson nageait."
(Garcia Lorca, Valse dans les branches)

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 juin 2013

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 21:08

TROISIEME OEIL

 

1.
J'aime bien l'atmosphère du poème Serres chaudes de Max Jacob (in Max Jacob, Derniers poèmes en vers et en prose, Poésie/Gallimard n°160). Les propositions se suivent sans que l'empire de la logique y fourre ses liens, ses bracelets, ses menottes. C'est aussi beau et aussi clair qu'un tableau de jungle douce fréquentée par une indienne et son divan. Ainsi, Sur la margelle du puits / la main se pose, et il y a ce vers qui donne à rêver : On a marché dans les feuillages tropicaux. Certes, le cadran solaire marque l'heure, et pourtant le narrateur se demande quelle heure est-il ? Il y a aussi l'ombre du saule qui frémit sur le voilier dans le port. Quel est donc ce lieu ? Quel est donc ce temps ? Quelle est cette princesse qui revient de l'hôpital ?

 

2.
"je me voudrais gothique et ne suis qu'en sabots."
(Max Jacob, Confession de l'auteur. - Son portrait en crabe)

 

Je vas donc vous danser une bourrée.

 

3.
"Encor le Dieu ! mais sans décor."
(Max Jacob, ... M'en détortille)

 

L'Eglise s'étant dissoute dans la lame d'un couteau dont le manche a été dérobé par quelque logique démon, il ne resta plus que Dieu, seul, nu, désert.

 

4.
"je vois le lys profond, la rose qui succombe"
(Max Jacob, Devant une colonne blanche d'église)

 

Comme on voit des choses dans les choses, miroirs qui s'ouvrent à l'infini sur d'autres miroirs, et des dames à la licorne dans les lys, et des morts parmi les roses.

 

5.
"Oh ! je voudrais m'étirer comme un arbre."
(Max Jacob, La Terre)

 

Ainsi, je me dénouerai, je me délierai les feuillées, puis je m'élancerai dans la plaine, à l'appel de la forêt.

 

6.
"Moi je ne vois le printemps que par un télescope, un microscope."
(Max Jacob, Les Saisons)

 

Quelle idée aussi d'aller passer avril sur Mars.

 

7.
"Aujourd'hui, je ne vois les villes que comme un dessin à la plume ou un rideau de fils noirs."
(Max Jacob, Aujourd'hui je ne vois les villes...)

 

C'est ainsi que l'on regarde avec son troisième oeil, celui du dessinateur, celui qui se représente, se figure, s'illustre, se dépayse.

 

8.
"le moment du vide ! et Dieu reviendra."
(Max Jacob, Ballade du perpétuel miracle)

 

C'est qu'il a horreur du vide aussi, le Créateur ! Faut le remplir tout ce vide à deux pattes qui s'agite et soliloque ses paniques.

 

9.
Et l'atmosphère de La Folie de Roland, épatant poème sur le fieffé fou qui, comme s'il était un géant, Roland, géant de vent, va

 

"Arrachant les forêts et dépeçant les lions,
enjambant les détroits et soulevant les dunes"

 

ne recouvre la raison "qu'au pays de Lune / et sur les ailes d'un griffon", comme si c'était aussi par l'absurde que l'on y accédait de nouveau, au sens, malgré "le démon et cent mille affaires", rapport à ce qu'il est, le monde, si affairé.

 

10.
"Hivers des fleuves lents allés"
(Max Jacob, A la Vierge de Saint-Benoît-Sur-Loire)

 

Le rythme de ce vers, binaire et cependant empêché, ralenti par l'initiale de l'adjectif "lents", par la liaison pas si évidente "lents allés". J'y lis comme un départ, ce qui me va comme un gant, moi qui ne bouge de chez moi que pour mieux me départir.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 juin 2013

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 16:43

ENIEME REFORME DES RETRAITES

 

Enième réforme des retraites à venir : à force d'appuyer toujours un peu plus sur la pédale fiscale pour, dans un esprit d'équité et de justice, sauver le système par répartition, vous verrez qu'il n'y aura bientôt plus rien à répartir d'autre qu'un nombre incalculable de circulaires pondues par des têtes d'oeuf.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 juin 2013

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 15:59

FATRASIE AUX NOIRS DADAS

 

"La nuit venait de tomber et ma chambre était prise entre deux autres où l'on dormait."
(Henri Michaux, Crier)

 

La chevauchée la
Nuit en silence les noirs dadas
Venait de r'passer son jeans, la nuit, d'zipper les noirs dadas
De tomber la chemise bleu pétrole qu'elle venait de, la nuit
Tomber comme tombent les ombres
Et filent les chevilles blanches et les noirs dadas
Ma nuit comme elle file ma
Chambre est ouverte elle
Etait pleine d'autre ma chambre de noirs dadas
Prise de flottants voiles dans l'air
Entre deux horizons perdus
Deux emberlificotées diagonales les
Autres me regardaient masques et noirs dadas
Où l'on ne voyait briller où
L'on ne voyait briller quand on
Dormait qu'une seule étoile parmi les noirs dadas.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 juin 2013

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 14:57

UNE CAVALERIE DE CRAPAUDS

 

1.
"Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux"
(Baudelaire, Spleen "J'ai plus de souvenirs...")

 

Sans doute je finirai comme... parmi mes énigmes... fatigué d'avoir rien trouvé, tout raté... et l'on dira dans mon dos : "Ah le con !..."

 

2.
"Et sa chaude poitrine est une douce tombe"
(Baudelaire, L'Ame du vin)

 

Dans le poème, il s'agit du vin qui, passant par "le gosier d'un homme usé par ses travaux" - un homme - tombe dans le corps, par métonymie, ici : la poitrine, le coeur du bonhomme. Donnant la parole au picrate, le poète en fait donc de l'être vif, du mouvement animé de la conscience humaine, comme si nous pouvions les contrôler, les choses, comme si nous pouvions maîtriser le dragon alcool, comme si nous n'étions pas voués à l'humaine solitude, mais à la fraternité des objets.

 

3.
"Tes beaux yeux sont las, pauvre amante !
Reste longtemps, sans les rouvrir,
Dans cette pose nonchalante
Où t'a surprise le plaisir."
(Baudelaire, Le Jet d'eau)

 

Bon pour une anthologie de l'érotisme soft et chic, ces quatre octosyllabes. Illustrés par une encre, une aquarelle, une sanguine, je vois ça très bien, et l'amante dénudée et la ligne claire sur le papier, la rousse chevelure, les seins lourds, le gris-bleu des cernes, la blancheur des chairs... Certes, on n'entendra pas "dans la cour le jet d'eau qui jase", mais on l'imaginera, ce qui est tout aussi épatant... Il suffira de la clarté d'une fenêtre, de quelques ombres feuillues, d'une perspective sur une place, une cour, le parc d'un hôtel particulier, dans un autre temps, dans le blanc d'un autre soleil.

 

4.
"Beaux yeux, versez sur moi vos charmantes ténèbres !"
(Baudelaire, Les Yeux de Berthe)

 

La mélodie bien sûr ! Y a pas à dire, la ittérature, c'est l'art de dire... A quoi ça tient ? Le rythme binaire de l'hémistiche "Beaux yeux / versez / sur moi", la discrète allitération qui siffle ("versez sur"), l'écho de la labiale ("moi", "charmantes"), l'oxymore des "charmantes ténèbres"... Une marée muette d'ombre, celle de son regard, et puis le moi, envahi, inondé, enténébré, puisque nous ne sommes que par les ténèbres de l'autre.

 

5.
"Blessé par le mystère et par l'absurdité !"
(Baudelaire, Les Sept Vieillards)

 

Quand on y songe, la vie est assez absurde et nous ne pouvons jamais que composer avec les circonstances de cet absurde. On s'y cogne facilement, au sphinx, et facilement qu'aux rébus on paume son latin. Comment répondre ? A moins d'être physicien, ou concrétement utile, par autant de mystère et d'absurdité. C'est ainsi qu'on se sphinge et que l'on éloigne les absurdes voyageurs, ou qu'on les dévore.

 

6.
"Dans ton crâne où vivait l'immense Humanité"
(Baudelaire, Le Reniement de Saint-Pierre)

 

Etonnez-vous qu'après ça, ils attrapent la grosse tête, les prophètes !

 

7.
"Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues"
(Baudelaire, La Chevelure)

 

Un de mes vers préférés : l'abondante chevelure bleue promenée par un visage au sourire énigmatique, aux yeux brillants d'étoiles lointaines.
Vers qui, dans les mêmes Fleurs du Mal, fait écho au premier vers de la pièce XXIV : "Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne".

 

8.
Des fois, il faut bien le dire, je tousse comme si j'allais cracher une cavalerie de crapauds. Et dire que je n'ai pas plus de souvenirs que si j'avais mille ans...

 

9.
"Et tes yeux attirants comme ceux d'un portrait"
(Baudelaire, L'Amour du mensonge)

 

C'est dire la puissance de la représentation. On pourrait donc être aussi fasciné par le regard d'un tableau que par le regard d'une vivante. C'est que l'un fait penser à l'autre, et réciproquement.

 

10.
"Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges"
(Baudelaire, Les Phares)

 

Je trouve ce vers délicieusement psychédélique. Il m'évoque la section de cuivres que l'on entend dans le morceau Jugband Blues de Syd Barret sur le deuxième album de Pink Floyd - A Saucerful Of Secrets - fanfare qui va et vient, bizarre et truculente comme une fatrasie, par bribes, par échos, par estompes.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 juin 2013

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 09:16

LEZARD QUI PELE NE PLAIT AUX BELLES

 

1.
"Va, n'enfonçons pas la porte entr'ouverte
Sur un paradis déjà trop rendu !"
(Tristan Corbière, A une camarade)

 

Je me demande, quand l'Ange déchu cornu a laissé tomber le Père éternel, est-ce qu'il a, ainsi qu'on rend son tablier, rendu son paradis ?

 

2.
Son narrateur, au Corbière, il soliloque dans A une camarade sur ce qu'elle lui veut celle-là, femme trois fois fille... Que si c'est de l'amour, alors qu'on va tout droit à l'agitation du cherche, apporte, pille ! Surtout qu'il l'aima, naguère , sa belle, comme... un lézard qui pèle / Aime le rayon qui cuit son sommeil... façon intéressante ça, lézard qui pèle,de lui décrire son état d'ahurissement, au fasciné, sauf qu'en général le fasciné, sa fascination lui fait perdre la roupillance, à moins qu'il s'y soit habitué, à sa fascination, à son araignée du plafond qui lui file des amours, ce qui ne peut  se faire que loin, bien loin comme un bohémien et, justement, il tombe bien, ce bohémien, car le voilà qui dit :

 

"Mon amour, à moi, n'aime pas qu'on l'aime ;
Mendiant, il a peur d'être écouté...
C'est un lazzarone enfin, un bohême,
Déjeûnant de jeûne et de liberté."
(vers 9 à 12)

 

Une curiosité donc, son amour, curiosité, bibelot, bricole, du qui s'casse donc, et pis qu'on peut pas r'coller :

 

"Mais un bibelot cassé se recolle ;
Et lui, décollé, ne vaudra plus rien !..."
(vers 15-16)

 

C'est que la camaraderie avec une qu'on a désiré, c'est pas si facile sans doute, mais ce n'est pas ça qui m'intéresse... c'est plutôt l'assaut des répliques qu'il se balance dans le cornet que je trouve comique cinoche, ce :

 

"Que nous sommes-nous donc fait l'un à l'autre ?...
- Rien... - Peut-être alors que c'est pour cela"
(vers 21-22)

 

Pour cela, qu'ils se regardent en voleur, voleur et demi, fâchés complices, ennuyés amis... Admirez l'acteur ! L'auto-histrion ! L'Héhautontimorouménos dis donc, tonton, y a comme un os ! L'Autofictionneux ! Le Céphaloprogrammé ! Pendant c'temps-là, sa belle, elle mange des frites, elle boit d'la bière, rote et se gratte les fesses... Ah le comique ! Fort heureusement, y  a un fond de lucidité... celui des points de suspension :

 

"N'y croyons pas trop, chère mal-aimée...
- C'est toujours trop vrai, ces mensonges-là !"
(vers 31-32)

 

Ceci dit, ça soulage, ça vide. C'est même fait pour ; la nature quand même... Et si on prend ça au sérieux, pour éviter de s'en flanquer, du froid vertige au palpitant, faut vite refourguer aux puces ses chevelus romantiques, et se dire, comme çui-là qui cause à sa camarade, qu'elle est même pas là, que c'est à lui-même qu'il cause, ah le malade :

 

"Nous pourrons, au moins, ne pas nous maudire,
Si ça t'est égal - le quart d'heure après.
Si nous en mourons - ce sera de rire...
Moi qui l'aimais tant ton rire si frais !"
(vers 33 à 35)

 

Mais bien sûr, si neuf mois plus tard, l'enfant paraît, c'est déjà beaucoup moins bidonnant.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 juin 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans TRISTAN CORBIERE EN POETE PUNK
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