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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 12:00

QU'ON FAIT RIEN QU'A

 

1.
Contraire : Souvent le contraire de ce que vous croyez, sinon toute conversation devient impossible.

 

2.
"Une telle série d'objets, étagée comme un flux, doit nécessairement en voir une autre lui succéder comme étant le reflux." (Michel Leiris, Aurora, p.62)
Je suis certain que, sans guillemets, ni italiques, ni mention de la source, on pourrait insérer cette phrase dans une nouvelle édition de Logique du sens de Gilles Deleuze, et que personne, ou quasi, ne s'apercevrait de l'ajout.

 

3.
J'aime composer des brefs. Par goût de la légéreté. Pourtant je me trouve parfois si lourd, que je me demande comment font les pondeurs de pavés pour ne pas s'écrouler sous le poids de leur vanité.

 

4.
"Extrême autrui" : C'est le titre d'un recueil d'Etienne Paulin paru aux Editions Henry. Beau titre. On dirait bien la paraphrase de "parfait étranger". Me fait penser à cette copine partie avec un Breton éleveur de porcs. Elle m'avait promis de ses nouvelles. Mais nada, que couic, que grouik. L'ex traîne aux truies.

 

5.
"à cette heure saturée de jaune qui hésite entre le rêve et ses écailles" (Etienne Paulin, Extrême autrui, Editions Henry, 2012, p.64).
"qui hésite entre le rêve et ses écailles" : Ce qui induit que la chair du poisson n'est que songe et que ce sont les écailles du réel qui nous nourrissent, les écailles du monstre persistant qui happe par bouchées nous autres, ses parasites.

 

6.
Le temps est le festin d'un ogre dont, génération après génération, les serviteurs s'épuisent à la tâche.

 

7.
"Langage non : tangage."
(Etienne Paulin, Extrême autrui, p.61)
Qu'on tangue, qu'on fait rien qu'à, rien de plus certain, en fait on regarde tomber les autres jusqu'à nous-mêmes.

 

8.
"Tu as de l'allure, toi ; reprends du mensonge, du mensonge sale qu'on ébrèche."
(Etienne Paulin, Extrême Autrui, p.24)
"reprendre du mensonge" :
"- Vous reprendrez bien une louche de mensonge ?" dit le politique au journaliste.

 

9.
"Né fou, né fou"
(Etienne Paulin, Extrême autrui, p.93)
Chinoiserie on dirait. Quelque plat à baguettes. Ou alors le nom d'un moine.

 

10.
Tu es oublieux du monde et de ses affaires,
C'est-à-dire que de rien tu n'as rien à faire.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 mai 2013

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 07:50

D'AUTANT PLUS QU'ILS SE MOQUENT DE NOUS
En parcourant La Maison de Claudine, de Colette.

 

1.
A homme lunatique, femme énervée.

 

2.
Le vent est sans colère, mais il est très consciencieux.

 

3.
Ironie est le nom de celle-là pour qui travaille le destin. Sinon, ce serait purement gratuit.

 

4.
"Droite, éclatante, comme une rose épineuse"
(Colette, La Petite Bouilloux)
Une farouche, une beauté à pas s'en approcher, l'oeil noir, le cheveu batailleur, une franchise qui passe, une franche farouche quoi, de ces êtres dont parfois plus tard, en y repensant, on se demande ce qu'ils ont bien pu devenir, et si l'âpreté supposée de leur caractère ne leur a pas valu bien des jours de tourment. Et puis on soupire, et on replie son journal.

 

5.
A force de bouffonner, on finit biffé.

 

6.
Ce n'est pas en lançant des pierres que l'on élève un mur.

 

7.
Le vent dévêt, ne laisse que squelettes, met le néant à nu.

 

8.
"car sa fierté de belle créature"
(Colette, La petite Bouilloux)
La fierté sied à la singularité de la beauté. Une beauté humble tient de l'oxymore.

 

9.
"C'est curieux de voir le temps..."
(Colette, Ma mère et les livres)
Oui, voir le temps, cela doit être curieux. Il est pourtant devant notre nez, l'invisible.

 

10.
Nous n'avons jamais que des preuves du temps. Et des épreuves.

 

11.
"Vous ne pensiez pas qu'un chat mangeât des fraises ?"
(Colette, Ma mère et les bêtes)

Mais si, il suffit d'y penser. Je ne vois pas ce qui pourrait empêcher qu'un chat mangeât des fraises. J'ai bien connu un chien qui mangeait des pommes et une tête à claques qui se prenait des tartes. Ce qui serait plus curieux, c'est qu'une fraise mangeât un chat. J'imagine l'ultime miaou de détresse d'un pauvre matou enfoncé dans l'énorme muqueuse rouge et sucrée.

 

12.
Ecidemment, je ris à l'avance de ce que quelque universitaire imbibé de psychanalyse pourrait écrire du bref précédent.

 

13.
"Tu es assez intelligente pour garder pour toi ce que tu comprendras trop..."
(Colette, Ma mère et les livres)
Du reste, le réel n'aime guère que l'on en sache trop. Après, je suis assez certain qu'il cherche à nous éliminer.

 

14.
Le temps travaille toujours pour nous. Il finit par nous dispenser.

 

15.
"Beaux livres que je lisais, beaux livres que je ne lisais pas..."
(Colette, Ma mère et les livres)

 

16.
"des cheveux à la chien qu'on a coupés"
(Colette, Ybanez est mort) :
Il s'agit des cheveux des adolescentes, des cheveux de minettes.

 

17.
On devrait donner le nom de Colette à un miracle.

 

18.
Rire, c'est défier le néant.

 

19.
Rire, c'est fatalement se moquer d'un imbécile. Quand bien même il serait à mille lieues de nous, quand bien même nous ne nous l'aurions jamais rencontré, et dont nous ne saurions absolument rien, en riant, nous flanquons une gifle à cet imbécile là quelque part. C'est ce que ne comprennent pas les politiques. C'est que nous rions d'eux, d'autant plus qu'ils se moquent de nous.

 

20.
J'aimerais mourir dans un éclat de rire. Et l'on dira : "Ah tiens, il est mort comme il n'a pas vécu."

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 mai 2013

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 20:53

ET TOUT VA COMME HIER

 

"Et tout va comme hier"
(Laforgue, Guitare)

 

"Et tout va comme hier"
Bin oui sauf accident &
L'on dit que ça roule &
Comme d'hab que ça va &
Quand on pense à ça qui
Tisse nos jours on voit
Tiens que vivre revient
A se créer des déjàs et
Routines habitudes tout
Un tas d'obligations et
De plis puis essayer de
S'y tenir jusqu'au bout
Jusqu'au couperet final

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 mai 2013

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 07:48

MÊME PAS MÊME PAS
 

"Néant, Néant ! Adieu chaudes nuits de septembre"
(Jules Laforgue, Guitare)

 

"Néant, Néant ! Adieu"
Le néant en fait c'est
L'adieu aux choses car
Sinon le néant kwakssé
Le néant hein? kwakssé
Même pas son nom c'est
& c'est du même pas le
Néant du même pas rien
Du même pas même pas &
Les choses c'est quoi?
Les choses ne sont pas
Leur nom jamais et les
Noms des choses drôles
Qu'ils sont les noms i
Zont ni chair ni os et
Se servent de nos becs
Pour se répandre et se
Le bouffer le monde de
Drôles de vampires les
Noms je vous le dis.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 mai 2013

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 06:23

VALSEZ CE SOIR

 

"Vous qui valsez ce soir, fière et fine mondaine"
(Jules Laforgue, Guitare)

 

"Valsez ce soir" Valsez, valsez donc,
Valsez ce soir, demain tour de reins,
Ou pas tour de reins, après tout j'en
Sais rien, ça dépend, ça dépend, mais
Valsez, valsez donc valsez ce soir Ce
Valsez ce soir dans quelque fantaisie
Gothique cela pourrait être l'ordre à
Une compagnie de squelettes donné par
Quelque prince des ténèbres Alors pas
Question de tour de reins Ceci dit je
Sais pas à la réflexion pourraient se
Tourner les reins aussi bien que nous
Vifs les macchabées qui tournent sous
La terre & quand ça danse chez eux je
Me demande quand ça valse macabre les
Décharnés ne risquent-ils pas d'semer
Quelque os sous la piste i faut qu'ça
Soit bien accroché tout ça sinon gare
A la dislocation à la démantibulation
A la dispersion d'tous ces osses là i
S'retrouvent partout aux quatre coins
Des ténèbres dans tous les trous dans
Tous les sols et sous-sols je vois ça
Gros comme un corbillard qu'ces osses
S'retrouvent partout Alors de savants
Paléontologues archéologues quand ils
Les trouvent i zen tirent des fois de
Ces conclusions que ça leur fait fort
Se tordre la rotule & se gondoler les
Souterrains qu'alors s'disent qu'l'os
Du majeur de l'index il se colle dans
L'oeil le pointu cherchant que pas ça
Du tout c'est l'histoire qu'en fait i
A eu un grand helter-skelter au cours
D'la dernière java qu'à un moment ils
Se sont télescopés et entrechoqués et
Littéralement entrés les uns dans les
Autres qu'ils se sont intervertis des
Vertèbres machins et mâchoires & qu'i
Y a eu big mic-mac de macchabées qu'i
Repartaient avec des côtes en trop ou
D'la clavicule en moins et le surplus
Ils le semaient en retournant coucher
Leur carcasse au fond des boîtes où i
Faut bien qu'on les mette queque part
Tous ceux là qui furent qui sont plus

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 mai 2013

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 08:55

VIPERI-VIPERA
Brefs en lisant Aurora, de Michel Leiris, et en en piquant de p'tits bouts, surtout dans les pages 60, 61, et même 62 (Gallimard, collection "L'Imaginaire").

 

1.
"tendre un poing de cendre" : Être brûlé avant d'avoir flambé. Le français courant, celui qui court de bouche en bouche, dit "être grillé", "se griller tout seul".
Remarque : On ne peut pas jucher un faucon sur un poing de cendre ; il se casse la gueule, et après, i vous arrache les yeux. D'où l'expression hélas si peu usitée: Poing de cendre, faucon tombe.
Variation métaphysique : Tendre un poing de cendre vers un Dieu de fumée.

 

2.
"l'acier définitif": surtout si l'on se scrache dessus.

 

3.
"couperet" : coupe raide.

 

4.
"cette fuite des couleurs" : Imaginez ça que soudain on ne voit plus qu'en noir et blanc, que dans un tourbillon de plus en plus rapide, les couleurs soient happées, attrapées, aspirées comme dans une chasse d'eau, ou quelque aspirateur à couleurs de je ne sais quelle engeance extra-terrestre.

 

5.
"mortier des pesanteurs stagnantes" : Poum, pèse.

 

6.
"des troupeaux de tombeaux" : Menés, les nuits de pleine lune, par un berger à capuche et gueule d'ombre, serrant dans le squelette de sa main une grande faux luisante sur la pochette d'un disque de hard rock, et puis gardés par quelque black dog des ténèbres, bien sûr, évidemment, les troupeaux de tombeaux...

 

7.
"plus sûrement que n'importe quelle horloge" : La mort qui, quelque soit l'heure, est fatalement exacte au rendez-vous.

 

8.
L'événement n'a pas d'heure.

 

9.
Même chose façon Char : Pour ceux qui disséquèrent les horloges dans les maisons aux fenêtres d'officiants du fatal, les événements n'avaient pas d'heure. D'autres mimaient l'invisible soeur et actionnaient la porte des herbes. Comme on le devine, tout était prêt pour une récolte d'ossements sans pré ; ses dents d'ailleurs claquaient, à celui-là dont l'artisan recueilli se demande pourquoi il n'en a pas parlé tantôt, et vendu la peau de l'ours avant d'avoir bu l'eau sobre du chagrin (1)

 

Note (1) : Il est évident que la dernière partie de cette proposition est une allusion très claire aux militants qui eurent à regretter de ne pas avoir plus tôt revendu au marché aux puces leur carte du Parti Communiste Français ("la peau de l'ours") et qui ne prirent conscience que bien tard de la nature profondément oppressive du régime soviétique. Quant à l'eau, elle est sobre par définition, cela va de soi.

 

10.
"lettre à cachet rouge signée par un vampire secret" : Cette ligne porte à rêver. Je ne la cite que pour l'image induite de la calligraphie élégante déployée sur le papier et son "vampire secret". Du reste, ce n'est pas parce que l'on sait que les vampires n'existent pas qu'ils n'existent pas. Pochette surprise le réel, avec du paradoxe dedans.

 

11.
"découverts à coups de coupes" : J'aime bien cette multiplication des cous. Ce qui me fait penser à mes années de lycée, et aux cous des filles de devant que je reluquais assidu, cous où frisottaient quelques cheveux blonds, et puis les tresses tombant sur des nuques brunes, tout ça écoutant vaguement, se concentrant vaguement, pensant à autre chose des fois, assis là devant des "passeurs de savoir" comme disent les prétentieux, et qui des fois, passaient, effectivement, et pas si chassants que ça (sans déconner, je suis addict à l'allitératif).

 

12.
"la morsure des bagues" : Des fois, les fées, pour s'amuser font des blagues à bagues de vipères stupéfiées, euh... si j'écrivais "à bagues de vipères de la stupeur", ça fait plus énigmatique, non ? Bon, bref, elles offrent l'air de rien (la frimousse sympatoche d'une gentille cousine, ou encore la tête de ménage d'une marraine bienveillante) de petites bagues fantaisies faites de vipères rapetissées à la baguette magique (vipéri-vipéra, riquiqui tu deviendras !). Au bout de quelques jours, les vipères se déstupéfient (vipéri-vipéra, mardi tu t'animeras) et mordent les doigts des gamines, et comme dit la tante Helmuth (une ancienne Walkyrie) : "Et si t'as pas d'antidote, te voilà toute tote ! Ach !"

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 mai 2013

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 01:31

LA MORT ATTEND ANTIGONE
Notes sur une page de l'Antigone de Sophocle dans une traduction de Paul Mazon revue par Jean Irigoin (cf Le Livre de Poche, "Classiques de Poche", n°6909, p.26-27).

 

1.
"La mort attend Antigone" : dont la beauté est irrémédiablement liée à cette mort, et à tous les discours qui la mettent en jeu, cette mort et cette beauté.

 

2.
"Savoir mieux que les devins" : Ce qui n'est pas difficile. Les antiques, dit-on, croyaient les devins. Que croyaient-ils au juste, sinon au masque cousu de syllabes qui recouvre le visage vide de l'énigme ?

 

3.
"exhaler la fureur" : Métaphore, celle du dragon, de la bête furieuse. Ecrire, c'est donner au Diable une nouvelle langue à apprendre, un nouveau jargon au dragon.

 

4.
"quoi que je fasse" : Humble quoi que je fasse, qui rappelle combien nous sommes miniscules dans l'infini de l'espace.

 

5.
"se créer des peines pour soi" : Se créer des obligations envers les autres revient souvent à se créer des peines pour soi. C'est d'ailleurs à la peine que l'on se donne que l'on passe pour quelqu'un de bien ou pas. C'est fatigant.

 

6.
"aller chercher un époux dans les Enfers" : de façon ironique, vulgaire, grossière, triviale, irrespectueuse, de mauvaise mélancolie, c'est, pour une jeune vierge, mourir.

 

7.
Rébellion ouverte, seule dans la ville, sous l'orage taché de noir.

 

8.
"donner sa parole à la cité" : L'individu est lié à la cité par une parole que la modernité appelle conscience professionnelle.

 

9.
"et dans les plus petites choses, et dans ce qui est juste, dans ce qui ne l'est pas" : Quotidien encombrement de petits tas de choses, petites injustices, comptes minuscules, vrac de riquiquitudes, chantier perpétuel, ménage de nos jours.

 

10.
Dieu, à force de s'entendre dire qu'il est mort, a bien dû finir par le croire.

 

11.
Le passé, c'est des pas, c'est des pas, c'est des pas, c'est.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 mai 2013

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 04:33

NOTES SUR LE POEME "CIEL BROUILLÉ" DE BAUDELAIRE

 

CIEL BROUILLÉ

 

"On dirait ton regard d'une vapeur couvert ;
Ton oeil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert ?)
Alternativement tendre, rêveur, cruel,
Réfléchit l'indolence et la pâleur du ciel.

 

Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés,
Qui font se fondre en pleurs les coeurs ensorcelés,
Quand, agités d'un mal inconnu qui les tord,
Les nerfs trop éveillés raillent l'esprit qui dort.

 

Tu ressembles parfois à ces beaux horizons
Qu'allument les soleils des brumeuses saisons...
Comme tu resplendis, paysage mouillé
Qu'enflamment les rayons tombant d'un ciel brouillé !

 

O femme dangereuse, ô séduisants climats !
Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas,
Et saurai-je tirer de l'implacable hiver
Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer ?

 

(Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, pièce L.)

 

Notes :

 

1.
"Avoir le regard d'une vapeur couvert" : Être tout vaporeux de la mirette ; avoir l'oeil septentrion.

 

2.
"Avoir l'oeil mystérieux" : Evidemment, l'oeil mystérieux, ça épate toujours. En général, l'oculaire mystificateur, c'est en rapport avec une plastique agréable. Je songe à ces grands yeux en noir et blanc des film policiers américains, à ces actrices horizons.

 

3.
"Réfléchir l'indolence et la pâleur du ciel" : A ciel brouillé, miroir troublé. Le rythme ralenti et l'absence de couleur mêlent leurs langueurs, à la façon des ciels lents, des ciels de traîne, de ces grands ciels des tableaux.

 

4.
"Rappeler ces jours blancs" : Des jours blancs, des jours d'où le temps s'est comme évaporé. Des jours sans événement.

 

5.
"Qui font se fondre en pleurs les coeurs ensorcelés" : Echos ("font / se fondre" ; "pleurs / coeurs") ; rythme binaire et puis la sorcellerie du coeur, vaudou palpitant.

 

6.
"Être agité d'un mal inconnu" : La matière agitée d'un mal inconnu (ni ça ni on ne se connaissent eux-mêmes). La maladie du dieu unique, la multiplication des masques et figures, celle des créatures, l'humanité peut-être.

 

7.
Exister, c'est agiter du peut-être.

 

8.
"Les nerfs trop éveillés raillent l'esprit qui dort" : On est tout fantoche alors, guignol, tourne-en-rond, vide caboche et vite guibole.

 

9.
"Ressembler à de beaux horizons" : Je pense à l'expression "ouvrir des horizons" qui signifie inspirer, donner des idées, ouvrir des perspectives, voir différemment un fait, une question, un problème, avoir un oeil nouveau, un nouveau regard. Ici, la femme évoquée ouvre de nouveaux horizons au narrateur, des horizons brouillés, brumeux, des troubles.

 

10.
"les soleils des brumeuses saisons" : Effet visuel, superposition d'images mentales de brumes et de soleils. L'imaginaire agit par compilation.

 

11.
"Resplendir comme un paysage mouillé" : La femme aimée est paysage, horizon mais pas net et précis ; son être est une brouille. Il est inflammable cependant ; son paraître au monde, tout pictural qu'il se fait, indolent, pâle, lent, pleine de "jours blancs, tièdes et voilés", mais vibrant d'une étrange lumière, une lumière de contraste que produisent les rayons qui tombent d'un ciel brouillé sur un paysage mouillé, une lumière d'éclaircie.

 

12.
"Tomber d'un ciel brouillé" : Ce sont des êtres brumeux qui tombent d'un ciel brouillé, des êtres pleins de peut-être, des êtres insensiblement se décalant.

 

13.
"Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer" : Opposition "plaisirs" / "glace", "fer". Opposition aussi entre l'hiver à venir, un paraître refroidi, neige et frimas, et le climat automnal qui mêle pluie et soleil ; opposition entre une femme qui serait plus froide et une femme d'arrière-saison ; opposition entre le tranchant de "la glace" et du "fer" et "les soleils des brumeuses saisons".

 

14.
Entendu hier, 1er mai 2013, Bernard Pivot défendre les ultra-brefs messages du tweet - pour leur rapidité, leur spontanéité, leur densité, la diversité de leurs thèmes - mais leur refuser le nom de littérature. Ce n'est peut-être pas de la grande littérature, en ce sens que les épars du tweet ne développent pas de longues et belles périodes censées penser et transformer le réel, mais certainement de la micro-littérature, et ce n'est déjà pas si mal. Si ça se trouve, Hamlet l'aurait tweeté son fameux "Être ou ne pas être, voilà la question."

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 mai 2013

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 19:55

NOTULE SUR DUELLUM PRECEDEE DE DIX AUTRES TRUCS
En parcourant Les Fleurs du mal de Baudelaire

 

1.
L'Idéal.
"Ce qu'il faut à ce coeur profond comme un abîme" :

 

Le genre de coeur que si vous vous penchez trop dessus, vous pouvez tomber d'dans, chuter d'dans, chuter, chuter, chuter, en vertu du principe que tout ce qui passe tombe et tout ce qui parle chute.

 

2.
Le Reniement de Saint-Pierre.
"une symphonie enivrante" :

 

La musique, à force, ça vous bourre le mou. Du coup, ça me fait penser à ces paroles de Michel Jonasz chantées par Françoise Hardy :

 

"J'écoute de la musique saoûle
A rouler par terre
Dans un night-club où déboule
Un funky d'enfer"

 

3.
Pièce XXV.
"Buveur du sang du monde" :

 

Je le piquerais bien cet hémistiche, pour le flanquer dans quelque ode vampirique :

 

Buveur du sang du monde, et gnak et gnak et gnak...

 

4.
Les "corbeaux lancinants" d'Un Voyage à Cythère : "Les Corbeaux Lancinants", ça en serait un ça, de chouette nom de groupe rock, un blaze dans le genre grinçant ou acide, façon "Mort Reconnaissant" (est-ce bien la traduction de Grateful Dead ?).

 

5.
Un Fantôme.
 

"Dans le présent le passé restauré": synchronie conservatoire.

 

6.
Bénédiction.
 

"Et les vastes éclairs de son esprit lucide" :

 

C'est l'homme électrique, c't'homme là, le gusse foudre, le type ampoule. Avec tant d'éclairs dans tant de lucidité, faut faire attention à pas s'électrocuter.

 

7.
Une Charogne.
 

"Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve" :

 

Un souffle sur une figure de sable.

 

8.
Qui vous loue s'apprête à vous prier. Il n'y a pas d'admiration gratuite. Aussi est-elle souvent feinte.

 

9.
De Profundis Clamavi.
 

"Où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème":

 

En v'là deux autres, tiens, d'Etranges Créatures Du Lac Noir, palmées atroce, pleines de dents, du glauque à nageoires.

10.
Danse macabre.
"Pourtant, qui n'a serré dans ses bras un squelette":

Perspicace comme un parasite de la perspicace planète, le Charles, ou alors hypersensible. Qui pense à son crâne attrape mal à la tête.

11.
On peut, comme dans le sonnet Duellum de Baudelaire, comparer les amours de jeunesse à de féroces duels de "deux guerriers" qui, pour se friter, se contrer la tronche, "ont couru l'un sur l'autre", héros d'une épopée, furieux à "lueurs", "sang", "cliquetis du fer", "vacarme".
Puis après, si on ne tombe pas dans le trou (y en a qui), on se retrouve avec des "glaives brisés", qu'on est bien obligé, si l'on veut continuer à s'aimer, de remplacer par des "dents" et des "ongles acérés".
Bon, tout ça finit par virer venin, qu'on s'écharpe genre "chats-pards", - le chat-pard, c'est le serval, chat sauvage africain - qu'on s'enfonce s'défonce façon "onces", - fauve des monts d'Asie, l'once, un âpre grondant, çui-là aussi - et qu'on a "roulé" donc, la peau dans les ronces (les "onç onç", évidemment imitent les grognements des bestiaux amoureux).
Bref, nous voilà au bord du "gouffre"... Il est pas vide ! Fallait s'en douter, il est plein d'amis (c'est qu'on fut aimant dans le temps). On y va ou on n'y va-t-y pas ? Quoi qu't'penses, ma frangine, ô "amazone inhumaine" (qu'il dit Charles), ce s'rait pas un beau moyen "d'éterniser l'ardeur de notre haine" ?
"- Bof..." répond la beauté.
C'est vrai quoi. Il n'a qu'à y aller tout seul si ça lui chante.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er mai 2013

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 09:35

LE COEUR PYRAMIDE
En lisant Aurora de Michel Leiris (édition Gallimard, collection "L'Imaginaire"). Citations entre guillemets et, pour les plus ou moins exactes, en italiques.

 

1.
p.89. "le monde entier avec son cortège de lois et de points cardinaux" : Laissez passer sa majesté le Monde, et sa cour de lois et tous ses princes cardinaux, ordinaux, bestiaux et jette le rot.

 

2.
p.55. "à pas de loup s'avance midi" : Par habitude, réflexe, nécessité, à midi on a faim, et parfois, dit-on, une "faim de loup" ; c'est pour ça.

 

3.
p.106. Les arbres des routes, les câbles des regards les lèvent.

 

4.
p.61. "le coeur, pyramide" : pour quelle momie d'autre ?

 

5.
p.113. "une atmosphère d'idée plutôt qu'un syllogisme nettement délimité." C'est là le secret de la plupart des victoires du parti socialiste dans la France d'après 1981 : les gens votent plus pour une atmosphère d'idée - plus tolérante, plus sociale, plus juste, moins humainement féroce - que pour les redoutables syllogismes du libéralisme, qui les font parfois douter de la légitimité éthique de leurs élites. Puis ils s'aperçoivent que bonnet rose et bonnet bleu sont quasiment de la même farine et regrettent d'avoir préféré la copie à l'original.

 

6.
p.39. "Ce n'est qu'en fonction de moi-même et parce que je daigne accorder quelque attention à leur existence que les choses sont."

 

Le langage, le bouffon et le conseiller de chaque prince.

 

7.
p.84. "Craignant la mort, je détestais la vie" : dans laquelle on passe son temps à éviter toutes sortes de morts possibles, et où l'on a largement le temps de se rendre en compte que toute société est basée non sur l'éradication de la violence, mais sur sa gestion.

 

8.
p.89. "J'aiguisais doucement mes dents sur la meule immobile des dalles" : il a les dents aussi longues qu'un ministrable çui-là.

 

9.
p.114. "par un dieu mort, sans doute, mais néanmoins créée."
Et si effectivement nous avions usé de notre langue pour tuer non l'idée de Dieu mais Dieu lui-même, si nous l'avions étouffé de syllabes ?

 

10.
Dieu est une idée phénix : elle renaît sans cesse de ses cendres, d'autant plus qu'il ne manque jamais d'humains pour souffler sur ses braises.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er mai 2013

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