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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 08:31

DES NOMS DE DIEU EN LISANT CIORAN

 

1.
Les brefs de Cioran relèvent du luxe de
La pensée évidemment ce sont pensées de
Bien nourri de blasé Pour qui n'a pas à
Manger n'a pas de toit pas de travail à
Quoi peuvent bien lui servir toutes ces
Aigreries déversées en ce beau français
Des classiques Il y a du Misanthrope de
Molière dans les brefs de Cioran il y a
Du seigneur qui crache dans la soupe Ce
Crachat est certes élégant mais souvent

Est-il si dérisoire face aux combats de
L'Histoire face aux luttes des peuples.

 

Ce que je dis vaut peut-être pour toute
Philosophie exceptée la philosophie des
Droits celle qu'on dit politique et qui
Prépare si précisément les peuples à la
Tyrannie de tous par tous.

 

2.
J'apprécie l'emploi de la forme s'échiner

Que Cioran utilise dans cette proposition
"l'homme s'est échiné à croire" C'est que
La croyance ne va pas sans combat ni duel
De l'être avec l'être sans combat ni duel
De la conscience avec la conscience Qu'il
Est féroce lutteur lorsqu'il est question
De défendre des symboles qu'il est subtil
Alors l'humain à légitimer sa violence et
Qu'elle s'acharne & s'échine & se déchire
La si inventive si féroce humanité jouant
Dieu contre Dieu Dieu contre tous et même
Dieu contre soi.

 

3.
Je comprends Cioran comme celui qui est
Entré dans la chambre si bien gardée de
Dieu a constaté qu'elle était vide puis
En est ressorti dans un rire spéculatif
Dont il n'a pas cessé de nous détailler
Les éclats.

 

4.
Si j'écris si volontiers en vers justifiés
C'est que cette forme prouve assez que nos
Pensées ne procèdent que de l'habileté que
Nous avons à manier notre langue Qu'est-ce
Que Dieu ? Un jeu de mots Qu'est-ce que la
Religion ? Un exercice de virtuosité.

 

5.
Ne pouvant apporter d'autre preuve que
L'évidence que cela est nous concluons
Aisément que cela n'est pas ce qui est
Tout aussi douteux.

 

6.
Si c'est par le Logos que l'Être s'est fait
Chair faut-il en conclure que la langue est
Une entité omnipotente Dieu s'agite-t-il en
Nos bouches ? Et nous autres beaux parleurs
Ne serions-nous que les manifestations d'un
Langage inconnu ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 avril 2013

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 21:45

BOUTS D'CHANTS ET NOTES EN LISANT GAINSBOURG

 

1.
La chanson Les capotes anglaises de Serge Gainsbourg est une chanson de môme à malice, çarçon on pense, ça pourrait être une fille aussi, ce serait marrant, chantée par une lolita qui susurrerait :
"Je souffle dans les capotes anglaises
ça fait des jolis ballons"
Ne vous alarmez pas. Ce bref n'est pas pervers. Des gamins et gamines qui soufflent dans des capotes pour en faire des ballons qu'ensuite ils font éclater, à moins qu'ils les lâchent et que ces dérisoires zeppelins zigzaguent un instant dans l'air, voilà un grand classique de l'humour potache. Honni soit qui mal y pense.

 

2.
"Dans tous les petits coins perdus" (Serge Gainsbourg, Omnibus) : la cambrousse, c'est soit coin perdu soit trou paumé... une drôle de géométrie... un drôle de gruyère.

 

3.
J'ai dans la tête Mystery train
Ce train là m'entraîne

Tant que je me chope Fever
Et tous les tubes d'Elvis Forever.

 

4.
Je sais pas où
Ils usent d'un truc
D'un suc
Je crois de crapaud ouh
La ! c'est fort comme à
Tomber dans le coma
Qu'on t'croit tout mort
Qu'tu l'es pas encore
T'es encore en vie
T'es juste zombie.

 

5.
T'es si belle
A damner
Un saint
Et si cruelle
Qu'on croirait
Satan en satin.

 

6.
"Si le passé est amnésique
Et le futur hypothétique
Le présent étant chimérique"
(Serge Gainsbourg, Enregistrement)

 

Que le passé soit amnésique, soit : on ne se souvient pas de tout. Le futur, par définition, est hypothétique. Mais qualifier le présent de chimérique, voilà du lucide, vu que le présent, c'est avant tout de l'illusion à l'oeuvre, du rêve en vrac.

 

7.
"Les murs d'enceinte
Du labyrinthe
S'entrouvrent sur
L'infini"
(Serge Gainsbourg, Valse de Melody)

 

Ces quatre vers fameux, quelle belle évocation de la bibliothèque infinie de Borges, tendant vers l'infini et qui n'est pourtant possible que dans les limites de la raison humaine. A moins que, l'humanité soudainement disparue, des ordinateurs ne continuassent à produire l'infini des variations de lettres et de signes qui composent toute littérature.

 

8.
Ce que chacun sait : à moins de gagner des millions en tant que parolier à succès, chanson d'amour ne vaut pas rôti au four, et ce n'est pas avec des refrains que l'on paie le médecin.

 

9.
T'es partie j'sais pas où
Avec j'sais pas qui
Tu me diras J'suis passée sous
Le métro Je reviens du paradis
Tu m'en diras tant

Tu m'en diras tant
Mais il ne fait pas assez mauvais temps
Pour qu'il me décorne le vent.

 

10.
Deux squelettes
Dans un bar de l'au-delà
Deux squelettes
Devant un verre de tord-tibia
Deux squelettes
A quoi peuvent-ils passer le néant ?
A jouer aux osselets, évidemment.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 avril 2013

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 03:46

CES MOUCHES EN VERS

 

1.
L'amour qu'on nous vend passe de carcasse en carcasse, une sorte de virus qu'on prend pour du consubstantiel, et qui finit d'ailleurs par faire figure d'essentiel, ou, en tout cas, d'alibi.

 

2.
"c'est le cas, par exemple, du célèbre fondateur du christianisme, lequel se tenait pour le Fils de Dieu et partant se sentait exempt de péché."
(Nietzsche, Humain, trop humain, 144, Le Livre de Poche, "Les Classiques de la Philosophie", n°4634, p.145).

 

Nietzsche évoque la figure du Christ comme celui qui se disant Fils de Dieu se croyait exempt de péché. Que le Christ se croyait lui-même prouve assez sa nature tautologique. Et son orgueil démesuré. L'orgueilleux est celui qui s'exempte. C'est d'ailleurs ce qui cause sa perte.

 

3.
"Faire de plusieurs cadavres en un instant
Un mort vivant"
(Serge Gainsbourg, Frankenstein)

 

Outre la tournure d'un beau classicisme, j'apprécie cette lucidité : de bouts épars du passé, nous bricolons quelque mannequin que nous appelons "Présent".

 

4.
Les politiques sont ces faibles (et ces fables) qui, selon l'expression de Nietzsche, "penchent à éterniser la convention acceptée une fois, la grâce qu'on leur a faite" de leur accorder notre confiance (cf Nietzsche, Le Voyageur et son ombre, 39).

 

5.
Au politique, ce n'est pas sa confiance qu'il convient d'accorder, mais sa défiance.

 

6.
"Je ne vois que toi
De mon hélicoptère"
(Serge Gainsbourg, Hélicoptère)

 

La narratrice de cette chanson dit bien que, malgré nos proximités, nous voyons nos amours de loin. Ce qui vaut mieux d'ailleurs, l'amour, s'il n'est pas solide assurance-solitude, peut s'avérer griffu, mordant, lacérant.

 

7.
Evoquant les professeurs de lycée, Nietzsche évoque ceux "dont l'aspect seul dépose une couche de poussière sur un bon auteur." (Humain, trop humain, 266). A vrai dire, cette poussière est celle des salles de classe. C'est une drôle de contrainte que d'aller, à heures fixes, s'enfermer avec d'autres amoureux de la servitude ordinaire, afin de s'enthousiasmer pour des écrits qui ne nous concernent que parce qu'on nous le dit.

 

8.
Admirable fermeté de la présidence Hollande qui affirme ne plus payer de rançon pour ses otages. Les médias, en ce mois d'avril 2013, ne cessent de souligner la rupture qu'il y a entre cette fermeté et la faiblesse sarkozyenne qui consistait à négocier des montants. La fermeté de François Hollande semble porter ses fruits. Mais cette fermeté est-elle si réelle ? Et si l'on nous mentait ? Ce ne serait qu'une fois de plus, et les politiques me semblent avoir fait du mensonge l'un des beaux arts.

 

9.
"Quoi ça reptile en haut lieu"
(Serge Gainsbourg, Scènes de manager)

 

J'aime bien cette promotion du reptile à la classe de verbe d'action, d'affaire d'état, de commerce des puissants, impersonnel comme il se doit, efficace comme l'assassin anonyme.

 

10.
Les tragiques, normalement, à chaque fois qu'ils ouvrent la bouche, des nuées de mouches en devraient sortir. C'est le génie des Grecs, de Racine, de Shakespeare, d'avoir métamorphosé ces nuées étouffantes en poème admirable, ces mouches en vers.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 avril 2013

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 15:49

QUOI QU'ON FASSE FATALITAS
Notes sur quelques vers extraits des chansons de Claude Nougaro et sur deux fragments de Cioran tirés du recueil "De l'inconvénient d'être né", édition de poche, folio essais n°80.

 

1.
Militaire, on apprend à ne pas aller trop vite, à économiser des forces qui se révéleront indispensables le moment venu. Il en est de même pour l'écriture. Il faut apprendre à se hâter lentement, à prendre le temps de retourner sa langue, à la saisir des deux côtés.

 

2.
Les "clartés fabuleuses" (où ai-je lu cette expression ?) justifient leur lointain par les fables dont nous les affublons.

 

3.
Dans "De l'inconvénient d'être né", p.9, "Il existe une connaissance...", Cioran évoque un type de connaissance qui réunissant dans le même oeil passé, présent, et incertitude, fait du "connaissant" un "vivant et un non vivant". Ainsi la boîte au chat zombie est-elle faite du matériau même de la conscience. C'est que seul le vivant peut affirmer que sa vie n'est pas une vie.

 

4.
"C'est ainsi que parlait sans un mot" (Claude Nougaro, Paris Mai) : Parfois de lèvres closes les paroles.

 

5.
"Ah tu verras tu verras" (Claude Nougaro, Tu verras) : La toile du monde, tissée de regards croisés.

 

6.
Le bref précédent m'évoque un dessin en noir et blanc vu autrefois. Un personnage tout en noir, façon Fantômas - je me demande toujours s'il y a un accent circonflexe sur Fantômas; c'est sans doute là le premier de ses mystères - à gauche, un coin de maison ; à droite un autre coin. Le personnage semble vouloir se glisser dans une rue tendue de fils. Au milieu de la rue, une jeune fille, souriante, avec un fichu, des boucles brunes, un bouquet dans les bras, à moins que ce ne fût un petit chat avec une tête de qu'est-ce que je fais là. Plus je me remémore ce dessin, plus il me semble qu'il est, en partie tout au moins, le fruit de mon imagination. Pourtant, j'en reconnais le style, c'est la merveilleuse ligne claire de Jean Ache.

 

7.
"Dont les Dieux méditèrent" (Claude Nougaro, Mater) : A dieu songeur, humain sceptique. Je ne sais pas trop ce que je dis là mais je pressens qu'il y a là quelque chose, forcément quelque chose, et s'il n'y a rien, eh bien, tant pis.

 

8.
Claude Nougaro est un des seuls chanteurs dont les textes peuvent se lire comme on lit des poèmes. De la chanson Sa Majesté le Jazz, ce vers :
"La trompette de Miles, épine de la lune"
Doré du cuivre et doré d'la lune. J'y crois voir, c'est-à-dire que je me figure dans ma tête que la mélodie quitte nonchalamment la trompette pour monter en ondulant vers la lune que son solo enveloppe d'un charme magique.

 

9.
Citer un poète, c'est tirer des vers du nez d'un masque invisible.

 

10.
"Il y a des sirènes" (Claude Nougaro, Splaouch !) : J'aime bien ce "il y a" qui déjà délie la sirène. C'est là la grande force poétique des humains qu'ils arrivent à faire d'un être aussi visqueux, gluant et et glauque à dents, le symbole d'une beauté certes féroce, certes fatale, mais si déliée, dit-on.

 

11.
"au temps lui-même..." (Cioran, "De l'inconvénient d'être né", p.89, Quiconque se voue à une oeuvre...) : Le songe humain, survivre au temps qui lui est imparti, au quoi qu'on fasse, fatalitas, passer sa propre promesse.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 avril 2013

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 11:37

EN SE FASCINANT POUR LA SAUTERELLE
En feuilletant "Seul dans la splendeur", choix de poèmes de John Keats traduits et présentés par Robert Davreu, édition de poche Points n°P2099, édition bilingue. Citations en italiques et entre guillemets. Citations de la traduction de Robert Davreu entre guillemets.

 

1.
A un moment, le narrateur d'un des poèmes dit qu'il a un paquet à se coltiner sous les nougats ("And I have many miles on foot to fare"), donc il marche, le gaillard, il va de l'avant, ce qui lui permet d'admirer la nature, puisque, comme il le dit : "La poésie de la terre ne meurt jamais" ("The Poetry of earth is never dead"). On lui souhaite donc de ne pas se faire attaquer en chemin, ni par ours, ni par loup, ni par loup-garou, ni par chien errant, ni par chat sauvage, ni par voyou des eaux et forêts, ni par battant la campagne, et de ne pas trop croiser de charognes. Bref, il hante la cambrousse, notre narrateur, et se fascine pour la sauterelle qui "prend la tête des fastes de l'été" ("That is the Grasshopper's. He takes the lead / In summer luxury"). Sinon, dans l'ailleurs d'un autre poème, il évoque, le narrateur, les serpents qui sifflent dans des roses (et quoi qu'ils sifflent, les serpents ? des airs vipérins sans doute, des chansons cruelles, des venimosités rythmiques) et puis, puisqu' - curieux à dire ça "et puis puisqu'", ih ih, j'le fais exprès ! - et puis donc, puisqu'on en est aux serpents, il évoque aussi Cléopâtre "en robe de reine" (à vrai dire, si elle était en pyjama, ça serait bien bizarre et la face du monde sans doute) et vipère au sein, la Cléopâtre (With the aspics at her breast), antique gothique sous un autre soleil.

 

2.
Des fois, le narrateur, y lui vient comme du languissement, de la langueur même qu'on dit en bon français, celui qui s'enseigne, avec de plus en plus de mal, dit-on, comme si le français n'était plus dans sa langue (Yet do I sometimes feel a languishment), et alors il lui vient des idées de filer en Italie, et de "[s'] asseoir sur une Alpe ainsi que sur un trône" ("To sit upon an Alp as on a throne") : de quoi se geler le postérieur et se cailler les bourses.

 

3.
Le narrateur aime bien se situer à l'écart et dans la grande ignorance des gens qui ne savent pas, sinon ils ne seraient pas ignorants, et pourraient briller en société, épater la donzelle et ébahir l'ahuri, comme le fait ordinairement le vulgaire universitaire de base ("Standing aloof in giant ignorance",ce qui veut dire qu'il se tient dans son coin et ne pipe mot). Soudain, il apprend qu'Homère était aveugle ("So wast thou blind !"), ce qui lui fait une belle jambe, et de beaux vers aussi.

 

4.
L'autre-là, il voyait des sourires dans le ciel, des sourires en plein même ("Full in the smile of the blue firmament"). Il devait prendre genre des pilules à voir des "sourires dans le firmament bleu", pas possible autrement. Du coup de tonnerre, qui ne manque pas de cogner le paysage plusieurs fois par an, et même des fois plusieurs fois dans la même semaine, que devait-il se dire, l'extatique, que le ciel ne souriait plus, mais qu'il engueulait la terre, qu'il lui passait un savon, genre, eh, la boule, j'vais t'tondre à ras, t'auras l'air fin. Remarquez qu'il ne met jamais vraiment ses menaces à exécution, l'autre à foudres, ce qui permet aux poètes de faire leur intéressant en flanquant des sourires aux cieux, des ailes aux chevaux et des hémisphères dans des chevelures.

 

5.
On trouve dans le poème "Bleu ! C'est la vie du ciel, le domaine" (Blue! 'Tis the life of heaven, the domain) cette suite d'infinitifs qui me plaisent bien : "enrager, écumer, bouillonner" ("rage, and foam, and fret") ; c'est à la flotte, l'eau océane, fluviale, et à celle des flaques, qu'ils s'appliquent, ces infinitifs, que je me dis qu'en effet, si un jour ça se mettait à chauffer vraiment pour la planète, patate chaude dans la bouche du géant à cheveux qu'il y a des paillettes dedans qu'on dirait des étoiles, alors, sans doute, ils se se mettraient à bouillir, bouillonner, glouglouter brûlant, que les poissons en seraient cuits, que les rivages en seraient cuits, et que nous-mêmes nous serions cuits, que les oiseaux du ciel tomberaient rôtis, et que les arbres, spontanément, s'enflammeraient. Et cette énigme aussi : "C'est comme si la rose se cueillait elle-même" ("It is as if the rose should pluck herself") puisqu'en fin de compte, l'effet rejoindrait la cause et la cause se confondrait avec l'effet.

 

Citations :
1.
"And I have many miles on foot to fare." ("Seul dans la splendeur", p.34)
"The Poetry of earth is never dead" (p.38)
"That is the Grasshopper's. He takes the lead / In summer luxury" (p.38).
"With the aspics at her breast" (p.78)

 

2
"Yet do I sometimes feel a languishment" (p.40)
"To sit upon an Alp as on a throne" (p.40)

 

3.
"Standing aloof in giant ignorance" (p.69)
"So wast thou blind !" (p.69)

 

4.
"Full in the smile of the blue firmament" (p.26)

 

5.
"Blue! 'Tis the life of heaven, the domain" (p.58)
"rage, and foam, and fret" (p.58)

"It is as if the rose should pluck herself" (p.104)

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 avril 2013

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 10:49

MEURS PAS ENCORE ON A ENCORE DU MONDE
Brefs en feuilletant l'époustouflant "Meurs pas, on a du monde" de Frédéric Dard/San-Antonio (édition de poche Fleuve Noir n°103). Citations entre guillemets.

 

1.
"une espèce de momie d'amour" (p.45) : se dit quand on s'est laissé emberlificoter par l'affectif. Momifié, embaumé, encombré d'son coeur. C'est embêtant.

 

2.
"Rien de plus mystérieux qu'une maison" (p.65) : surtout quand on la hante, on ne sait pas sur qui on va tomber, les vivants sont si étranges, à pousser des cris et des hurlements quand ils vous croisent dans les couloirs, où à s'évanouir comme si vous veniez d'une autre planète, alors que bon, tout de même, vous étiez là avant eux.

 

3.
"mais le coeur n'y est pas" (p.134) : ça fait hémistiche, ce bout de phrase. Ecrivons la suite :
Mais le coeur n'y est pas, on dirait qu't'es pas là.
C'est-y pas beau ? ça alexandrine-t-y pas comme il faut ?

 

4.
"- Si on allait bouffer, ma poule ?" (p.53) : y a de l'implicite dans cette question, du sous-entendu, de l'allusif, sinon de l'ironique. En effet, l'émetteur suggère-t-il que "la poule" en question ne ferait que picorer, alors même qu'il emploie le terme très familier, sinon vulgaire, de "bouffer". Suggère-t-il en outre que le repas ne serait pas constitué de poule au pot, ni poule au riz, ni coq au vin, ni aucun poulet, introduisant ainsi dans la requête "si on allait bouffer, ma poule ?" un interdit alimentaire frappant les gallinacés en particulier et peut-être bien tous les animaux de basse-cour en général, car les poules ne sont pas des mantes religieuses (ceci dit, je ne suis pas certain que, mais cela échappe à mes conséquences, et en plus je m'en tamponne le coquillard avec une patte de crocodile, lequel croque assez volontier tout ce qui passe à sa portée, poulet, veau, vache, cochon, bonhomme, bonne femme).

 

5.
"Faut franchement avoir de la Chantilly dans le caberluche, non ?" (p.35) : outre que ça chuinte plaisamment, cette expression san-antoniesque peut s'appliquer à chaque fois que l'on constate un dysfonctionnement du cogitif. Je me demande d'où sort le mot "caberluche" ? Est-ce une pure invention ou le mot a-t-il ses racines dans le Lyonnais, patrie de l'épatant et regretté Frédéric Dard ?

 

6.
"Un cri-plainte bourré d'infini désespoir." : Je relève page 101 cet épars en douze syllabes, un alexandrin en règle, avec son rythme ternaire, et son malaise existentiel à la Musset. C'est beau et universel ; c'est terrible aussi.

 

7.
"Son ton est bourré de sincérité." (p.127)

 

Le sincère emplit le thon. Celui qui ment a nez long, mais celui qui dit vrai aussi. Dans les lexiques l'Histoire et tous ses nez, ses gusses, ses négus, ses négoces. C'est le thon qui dit vrai dans l'océan des mots. C'est pour ça qu'on pêche, et la pêche au thon, c'est bon, avec de la mayonnaise. La tomate aussi. J'entends sur France Musique dans l'excellente émission du matin présentée par l'excellent Christophe Bourseiller que jadis, il existait en Bretagne une Notre-Dame de la Haine. Les gens allaient dans c't'église prier pour faire mourir quelqu'un. C'est Jean Teulé qui explique ça. C'est-y vrai ? T'y pas ? Je sais pas. C'est marrant en tout cas. Vous me direz que vous voyez pas le rapport entre la sincérité du thon et Notre-Dame de la Haine. Je vous rassure, moi non plus.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 avril 2013

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 10:02

FOISONNER DES CELLULES
Vrac de notes à propos de "Meurs pas, on a
du monde" de Frédéric Dard/San-Antonio,
édition de poche Fleuve Noir n°103.

 

"foisonner des cellules" expression que je
Trouve dans San-Antonio Meurs pas, on a du
monde est le titre de l'oeuvre page 113 je
Cite "Tu foisonnes des cellules c'est bien
ça" j'ai supprimé la ponctuation Pourquoi?
Parce que Vous l'y recollerez si besoin un
Sac à expressions la san-antonienne oeuvre
Foisonner des cellules c'est cogiter dru &
Vif & efficace j'imagine Frédéric Dard les
Alignant toutes ces expressions comme il a
Dû en effet foisonner des cellules souvent
Quotidiennement quand il mijotait tous ces
Bouquins est-ce vrai qu'il a un jour parlé
De son travail en comparant le giga nombre
Des pages rédigées à un himalaya de papier
Meurs pas, on a du monde j'vais pas conter
De craques je l'ai pas lu je l'ai beaucoup
Feuilleté mais j'l'ai pas lu c'est que pas
Trop que j'aime lire un truc avec le temps
Avec le rapport qu'on a avec le temps fuir
Le temps qu'il fait fait rien qu'à fuir et
Nous laisse nous dépatouiller avec c'qu'on
A à faire c'qu'on peut faire c'qu'on pense
Faire c'qu'on pourrait & voudrait & promet
De faire c'qu'on nous laisse faire mais il
Est vrai j'en ai un deux trois à portée de
Paluche souvent des Sanas que je les ouvre
& que je lis que dans sa pomme ça foisonne
Cogite par exemple embêté qu'il est que sa
frite à l'Achille il la retapisse d'ici on
Trouve ça page 35qui suppose qu'l'Achille

En question est loin de l'ici où locute le
Locuteur narrate le narrateur et en "i" se
Fait des réflexions Pourquoi est-il embêté
En tout cas moi je me suis embêté à écrire
Ces derniers vers en voulant y mettre tout
Entier le syntagme "se fait des réflexions
en i" mais c'est pas évident alors j'ai dû
Opter pour "en "i" se fait des réflexions"
Ce qui fait définition pour grille de mots
Croisés trouvez pas mais revenons au souci
De San-Antonio pourquoi donc tout ce souci
Oh y a bien des raisons outre qu'il est un
Peu plongé jusqu'au cou dans la choucroute
A énigmes la semoule à mystères aussi dans
Les ténèbres d'une intrigue mais c'est son
Boulot de héros de roman populaire qu'avec
Raison vous me direz il lui arrive des tas
De trucs au Sana y a comme une intrigue et
Sentiments de l'amourache du léger trouble
Pas de quoi vous arracher la peau du coeur
Mais tout d'même arracher la peau du coeur
Que l'on me pardonne cette image hardie et
Médicalement douteuse qui vont le mener je
Parle des ténèbres de l'intrigue au braoum
Je sais pas où mais je l'ai lu que soudain
Braoum ça fait dans ce roman explosif donc
Même que si j'ai bien compris il se trouve
A un moment tout prêt d'exploser l'Antoine
Littéralement human bomb puzzleabeul elles
le mènent au braoum ses baroques aventures
Qui passent par des serpents aussi si si &
Même sur une banquette arrière je vous dis
Tout voyez que c'est épatant ces aventures
Qui passent par des serpents j'insiste car
ça lui permet au Sana de comparer serpents
Et points d'interrogation je cite :
"Je suis dans un pot de miel époustouflant.
Des reptiles droits sur leurs queues, com-
posent des points d'interrogation vivants."
(p.111)
Voyez cet humour reptilien c'est le cas de
Le dire c'est évidemment au San-Antonio ce
Qu'il faut pour supporter d'existentielles
Chienneries cet humour dis-je exemple c'te
Manière qu'il a le Sana de jongler avec le
Langage ainsi "vieillard maniaque" (p.138)
Pour vieil armagnac c'est la fête au Logos
Les aventures de San-Antonio c'est pour ça
Qu'elles valent leur pesant de beignets et
De dattes fourrées par exemple par pour la
Vraisemblance aussi vraisemblables que des
Promesses électorales vendues au kilo mais
Pour la beauté du lexique et l'inventivité
Expressive la fantaisie spéculative que ça
Tentacule partout chaque coin de phrase ça
Pousse on ne sait quoi qui tient du poulpe
Pouffant du calamar à marrances d'la toute
D'ironie pieuvre sarcastique la prose Sana
Où l'on voit l'effet hallucinogène qu'il a
La puissance évocatrice toute une légende.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 avril 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans VERS JUSTIFIES
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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 23:19

EN ATTENDANT JE M'FAIS
brefs assez sots des fois et des fois vifs un peu sur quelques mots empruntés à des chansons de Claude Nougaro (figurent ici entre guillemets).

 

1.
"Il n'y a pas eu d'ombre au tableau": du coup pour se repérer au soleil, macache, les gens finissent par se perdre.

 

2.
"En attendant je m'fais" : ça passe le temps.

 

3.
"Il y eut un frisson de l'air" : normal quand on regarde un thriller. Et l'air se mit à frissonner, brrr brrr brrr ronronna-t-il comme s'il avait avalé un chat (sans doute était-ce un air aspirachat).

 

4.
"Cogne comme un sourd" : pas en sourdine donc.

 

5.
"Il avait ressenti comme un rayon de lune" : sensible le gars.

 

6.
"l'orchestre du silence" : çui qui réveille pas les voisins.

 

7.
"En moi l'ancien Satan" : on remarquera que Claude Nougaro a su éviter le très vulgaire non je l'écrirai pas.

 

8.
"la clé du mystère" : celle qui est dans la boîte à gants de la femme sans bras.

 

9.
Alors, mon coco, t'y es ?

 

10.
"Dansez sur moi" : chanson masochiste.

 

11.
"toi qui viens d'un pays" : ouf, j'ai eu peur que tu sois apatride. Ceci dit, si le texte avait dit "toi qui viens de nulle part", de nulle part ou d'un pays, quoi qu'ça peut me fiche ?

 

12.
"Comme un soleil soudain devenu fou" : Le problème, c'est qu'on peut pas lui mettre de camisole, ça fond. Pareil pour l'entonnoir.

 

13.
"Ma belle adorée" : à dire à une patate à frites. Les Bintjes sont-elles de belles adorées ?

 

14.
"Avant que je n'aie percé le mystère" : avant que je n'aie trouvé la clé de verre, avant que je n'aie élucidé l'énigme, avant que, avant que, avant que, et franchement, je sais pas quoi dire. Alors pourquoi en parler ? Ah ah ! quel mystère !

 

15.
"A minuit dans un bar" : on s'boissonne, on mate, on perd son temps, on attend. C'est con.

 

16.
"Bateau ivre d'un vent de joie" : A mon avis, i f'ra pas le tour du monde en quatre-vingt jours çui-là.

 

17.
"Je pelotais la mort" : y a des fois, la putain, elle s'appelle Ténèbres.

 

18.
"Il yeut d'autres nuits et d'autres jours qui passent" : on passe son temps à dire que le temps passe. C'est lassant, à force. Mais ça passe le temps. Mais c'est lassant. Mais ça passe le temps. Mais c'est lassant. Mais ça passe le temps.

 

19.
"D'esprit et de peau" : sied au sorcier, cependant que nous sommes tous d'esprit et de peau, sauf les sans-esprits et ceux qui ne sont plus que des os.

 

20.
"Il fit l'amour aux galaxie" : et c'est ainsi que la voie lacta.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 avril 2013

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 09:50

18 AVRIL 2013 9 HEURES TELE MELODY

 

Entendu dans une chanson interprétée par Annie
Cordy ce vers à propos de ceusses que le texte
Appelle les "Jules" je cite: "Leur fric au sec
et leur coeur au frigo" marrant la rime en "o"
"fric au"/"frigo" C'te chanson ouïe que j'l'ai
Dans l'émission Allegro sur Télé Melody j'aime
Bien Télé Mélody ils rediffusent des trucs pas
Mal des fois dans la même émission Claude Véga
Chante une parodie de Il est cinq heures Paris
s'éveille la chanson de Dutronc on y entend le
Véga chanter :
"Ecoute moi bien mon petit
C'est la dernière fois, je te le dis
Que tu bois un verre de whisky
Avant de te mettre au lit"
Faut dire pour le comique de la chose que cinq
Ans qu'il a le petit en question & que le papa
En a marre cause le môme n'a pas sommeil zavez
Compris: T'as pas sommeil pour Paris s'éveille
Et la déconfiture paternelle face au gamin qui
Persiste à pas dormir Après il y a le terrible
Gilles Dreu avec une chanson macho je vois pas
D'autre qualificatif La Mégère apprivoisée que
La ritournelle cynique s'intitule et qui dit :
"A coups de coups, à coups de roses
Je saurai bien t'apprivoiser"
Ceci dit la chanson est remarquablement écrite
Du cousu main du beau travail de parolier avec
Une musique qui lui va comme gant de velours à
Rime qui pique mais à la chanter maintenant je
Suis sûr que l'interprète se verrait poursuivi
(ou si ça se trouve pas après tout j'sais pas)
Par les ligues féministes et de citoyenneté je
Suis pas si sûr d'ailleurs qu'à l'époque enfin
Bref tout ça pour vous dire qu'on en entend de
La chanson variée sur Télé Mélody et de la pas
Attendue parfois Sur Toute l'Histoire à propos
De Napoléon entendu "L'aigle ne marche pas, il
vole" ce qui ne se conçoit que si l'on compare
Napoléon à un aigle à l'Aigle emblématique des
Conquêtes sinon c'est bête un peu comme phrase
D'autant plus qu'ça n'a rien à voir avec Annie
Cordy Claude Véga Gilles Dreu dont tantôt.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 avril 2013

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 07:40

18 AVRIL 2013 6 HEURES 26

 

On ne choisit pas son mode d'écriture c'est
Lui qui vient vous chercher alors qu'un tas
De cogitations vous agitent ridicules si un
Oeil extérieur pouvait lire dans votre tête
Ridicules tout à fait Y a du violon dans la
Télé on dirait du Bach très construit quasi
Qu'on dirait que ça développe comme un truc
Façon équation mathématique une façon comme
Je me demande équation mathématique ça fait
Pas pléonasme ça? si bin oui bon tant pis à
La musique revenons et donc une façon comme
Une autre de dire que le temps passe que le
Temps passe mais pas linéaire le temps est-
Ce ça que nous apprend la musique qu'il est
Pas linéaire le temps qu'il fout le camp de
Tous les côtés éparpillant émiettant semant
Nous autres en petits bouts qu'il picore le
Néant j'ai parfois pensé que le Néant était
Une poule fou littéraire peut-être ma pomme
Comment dit-on graphomane peut-être je sais
Plus quel auteur à sa mort sa femme a rangé
Soigneusement (ou pas mais je pense qu'elle
A dû faire ça soigneusement) des à foison à
N'en plus finir d'en dénombrer des milliers
de pages inédites dont l'immense majorité à
Ce que j'ai entendu raconter à la radio fut
Erotique et même porno même j'ai entendu ça
Même que pour se faire un peu d'argent très
Discrétement de temps en temps elle négocia
La vente de quelques-unes de ses bagatelles
Littéraires au regretté & défunt scribe qui
Eroto-graphomane pur jus en gribouilla donc
Du cochon toute sa vie c'est que sans doute
Mu par la pulsion langage i pouvait pas les
Retenir ses envies d'érotoscribouille c'est
Que les gens ont de ces manies comment elle
Dit la chanson Les gens ont de ces manies &
Alors Walli ajoute de décalcolmanies plutôt
Zarbi comme formule manies de décalcomanies
Zarbi la façon qu'elles ont les choses sans
Cesse de se faire oublier soudain les voilà
Elles vous reviennent en tête comme ça tout
Le temps je veux dire flottent les choses &
De temps en temps manifestent leur présence
Linguistique là-haut là-bas dans la caboche

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 avril 2013

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