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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 03:25

SOIS SAGE MON SINGE ET SONGE (Scène 18)

 

"Dans la jungle les hommes sont des singes."
(Entendu dans "L'Explorateur en folie" (Animal Crackers), Victor Heerman, USA, 1930, [Capitaine Spaulding/Groucho Marx]).

 

- Dites-moi, pensez-vous vraiment que...
- Si je pense vraiment ne fait pas de doute.
- Euh ! Pensez-vous vraiment que...
- Et vous, à quoi pensez-vous ?
- Pensez-vous vraim...
- Pensez-vous seulement ?
- Si je pense ?
- Moi oui, je pense vraiment, mais pensez-vous seulement, ou alors avez-vous besoin de quelqu'un pour penser ?
- Si j'ai besoin de quelqu'un pour penser ?
- Oui, êtes-vous seul à penser ? Notez : Il veut mieux être seul à penser que bête à pleurer. Vous avez noté ? Non. C'est normal ; vous n'y avez pas pensé. Voulez-vous que je vous dise, vous ne pensez pas suffisamment, jeune homme bien plus vieux que moi.
- [très vite] Pensez-vous vraiment que mes cauchemars ont été provoqués par une indigestion ?
- C'est évident. Plus s'y songe, plus j'y pense, et plus j'y pense, plus songe et mensonge se dissipent pour laisser passer la lumière de cette vérité toute crue que vous avez certainement mangé bien trop de choux à la crème et de genoux béchamel.
- Des genoux béchamel ?
- Voyez, vous n'y pensez même plus. C'est donc ça. Votre inconscient gastrique parle par votre questionnement. Que buvez-vous et que mangez-vous ? Pour moi, ce sera un demi et un steak frites !
- Ma foi...
- Mon foie.
- Comment ?
- Vous dites "ma foi", c'est mon foie qu'il faut dire.
- Je veux dire...
- Que voulez-vous que ça me fasse ? Je ne suis pas obligé de vous écouter. "Ma foie", "mon foie", parfois je me demande si vous faites le bon choix.
- Le bon choix ?
- Oui, le bon choix, au lieu de choux mangez des noix, au lieu de genoux des petits pois, vous pouvez prendre aussi des anchois, et du foie, mais pas le vôtre, il ne faut pas perdre la foi, ni son foie, ni doigt, ni noix, respecter la loi, être sûr de son droit et ne pas faire de bicyclette sur les toits. Je vous laisse, j'ai un steak sur la bête et l'huile qui fume.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 avril 2013

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 02:03

NARGUONS NARGUONS NARGUONS

 

1.
"Parasite insensé d'une obscure planète"
(Jules Laforgue, Résignation)

 

Parasite moi toi nous d'la pomme de terre
Insensé moi toi nous filant le paradoxe
D'une lune au loin au loin au loin
Obscure serions-nous tombés chutés sur cette
Planète planète planète.

 

2.
"Les pianos, les pianos, dans les quartiers aisés !"
(Jules laforgue, Complainte des pianos qu'on entend dans les quartiers aisés)

 

Les pianos ce soir les
Pianos sont pleins de mains coupées
Les pianos ce soir les
Pianos gigotent de sanglantes gigues
Dans le soir on
Les entend les pianos aux mains coupées des
Quartiers sans rues ni arbres ni fenêtres pas
Aisés du tout les pianos complétement fauchés.

 

3.
"Et rien ! ne pas savoir ! devant le Temps qui passe !"
(Jules Laforgue, L'angoisse sincère)

 

Et à reluquer les toquantes que dalle
Rien que couic à cogiter sur le fleuve
Ne pas espérer devant le sablier
Pas croire qu'on peut
Savoir apprendre retenir quelque chose
Devant la grande horloge
Le fantôme du
Temps qui toctoque et
Qui fait écho au palpitant et
Passe comme s'il n'avait rien d'autre à faire.

 

4.
"Et la fleur qui se fane à ses lèvres glacées"
(Jules laforgue, Sur l'Hélène de Gustave Moreau)

 

Et cueillir
La curieuse
Fleur dont on ne sait pas le nom
Qui a poussé là qui
Se qui se qui se (alternons ici l'"i" long et le "e" bref)
Fane aussi bien qu'un âne si l'âne est le nom
A donner à cette fleur pourquoi pas âne-fleur coeur soeur
Ses bras pendant ce temps-là lui en tombent ses
Lèvres murmurent des syllabes dont on ne pige rien et
Glacées chutent de sa face et se joignent à la neige.

 

5.
"Nous narguons de la lune
Les regards pudibonds"
(Jules Laforgue, la Chanson des morts, IV)

 

Nous autres là gigotants sur cette terre
Narguons narguons narguons
De notre peuple c'est là le nom
La nature de nous autres c'est rien qu'du narquois à la
Lune nous mettons des oreilles pointues et
Les moustaches à la Joconde dont l'infini des
Regards ne trouble pas le chien qui pisse et passe ô que
Pudibonds sont les yeux baissés de notre soeur la lune !

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 avril 2013

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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 09:00

POSE-QUESTIONS ET CHERCHE-REPONSES
Brefs en lisant Jules Laforgue ("Les Complaintes et les premiers poèmes", Poésie/Gallimard).

 

1.
"Derniers soupirs d'un parnassien".
Onomatopées, la pluie, en suite de "klop, klip, klop, klop, klip, klop". Rythmique. Y a du palatal. "goutte à goutte égrenant son rythmique sanglot". Le "g" dégorge. "vasques", "bassin". Immobilité de l'eau. Seul un "jet d'eau trouble". Motif parnassien. Le "calme" aussi. Le "silence" aussi. C'est qu'on contemple. "qu'on qu'on", des fois, c'est bien ça. Qu'on contemple le temple. "globe assoupi". Dodo la boule, comme dit Léo Ferré. Globe "glisse dans l'infini", boule de billard, ou boule de magie, "sur des flots de velours". Fait illusion. "Là-haut". On lève la tête. Y a d'la liquide. "milliards de lieues". "l'espace". Mouvements. Billard des dieux. Les boules colorées criblent. Ou alors ce sont les têtes des "Pélerins ennuyés des solitudes bleues". Ils ont trouvé la voie et foncent à toute allure dans l'infini qui s'précipite vers le trou noir. Chasse d'eau.

 

2.
"Les Landes sans espoir de ses regards brûlés,
Semblaient parfois des paons prêts à mettre à la voile..."
(Laforgue, Complainte des consolations)

 

"Les Landes". Espace qu'on veut vaste. Aride aussi. Sec. "sans espoir". Que voulez-vous donc faire dans les Landes ? Aussi la belle a-t-elle des "regards brûlés". Elle flanque pas le feu, mais fait cendre de tout. "Paons". Bizarre l'image qui compare les "regards" à des volatiles criards. "prêts à mettre à la voile". Elle fuit des yeux. C'est de la cendre qui s'échappe cependant qu'elle fout l'camp en râlant des yeux.

 

3.
"Je ne vous aime pas, non, je n'aime personne"
(Laforgue, Excuse mélancolique)

 

Ne pas aimer. Ecrire franc : "Je ne vous aime pas, non, je n'aime personne". Rythmique gifle. Coup de pied au postérieur des grands aimants de la chose humaine. Moi aussi grinçant, Hugo m'indispose parfois. Quel lyrique clown!Quel jongleur génial bateleur de foire à faire le fou à Notre-Dame ! Et puis les autres, ces gens qui ont toujours quelque chose à vous demander. Ces gens qui ne savent pas rester tranquille. Qui ont besoin de, envie de, désir de. Qui ne savent pas se passer des autres. Qui préfèrent manger avec des amis plutôt que d'écouter du Duke, du Gillespie, du Mingus.

 

4.
"Hélas, qui peut m'en répondre !
Tenez, peut-être savez-vous
Ce que c'est qu'une âme hypocondre ?"
(Laforgue, Complainte des débats mélancoliques et littéraires)

 

Pose-questions et cherche-réponse. Voilà tout l'humain. Sans fard ni fin.

 

5.
"Le Génie, avec moi, serf, a fait des manières ;
Toi, jupe, fais frou-frou, sans t'inquiéter pourquoi,
Sous l'oeillet bleu de ciel de l'unique théière,
                         Sois toi-même, à part moi."
(Laforgue, Complainte des bons ménages)

On n'a pas que du "Génie". On a du ridicule, du mesquin, du trivial, de l'idiosyncrasie (j'aime bien ce mot que, à l'instar des termes "instance", "âme", et autres, j'ai du mal - sot je suis - à définir). On fait des manières. Après, on cause à la jupe. On pense "frou-frou". On fricote dans le "f". "Unique théière" : alors faut pas la casser, sinon on sera bien forcé de se passer de thé. Ou alors faut faire chauffer la plante dans casserole et eau chaude. J'aime bien le mot "casserole". Remarquez l'expression "traîner une casserole derrière soi" : la casserole justement est celle qui casse le rôle que vous voudriez jouer. C'est bien vu. Y a un dieu ironique dans les mots. la Bible, c'est le dictionnaire.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 avril 2013

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 23:29

SUR QUELQUES DESSINS DE MATHIEU LAUFFRAY

 

DBD # 72 (avril 2013), pp 40-47 : portfolio Mathieu Lauffray. Les citations des propos du dessinateur figurent ici entre guillemets.

 

1.
p.40 : escaliers monumentaux. Crâne de pierre. Orbites démesurées. Trous. Gouffres. Architecture gris-vert. Ruines des jungles. "Murailles", "cité perdue". Petits bonshommes. Quatre têtes dans quatre cases.

 

"J'ai penché un peu l'horizon afin de rendre plus ardue la progression vers les portes monumentales."

 

C'est le privilège des graphistes, des dessinateurs, des peintres, de jouer avec la géométrie, de dérégler l'espace, de plonger nos yeux dans un ailleurs pour lequel nous nous fascinons, parce qu'on est bien futile, et tout rêve, à croire que le réel n'est jamais qu'une réalité par défaut.

 

2.
p.41 : brume. Lanterne. Massif pirate. Seul. Sabre. Trésor fabuleux et jambe de bois. Roches à peine distinctes dans le brouillard.
Et, comme nous tous, "il fait signe à ses compagnons encore invisibles", lesquels n'arrivent jamais, bien entendu, même que s'ils se pointaient, on serait bien embêtés, car, à mon avis, il faut être pirate fieffé pour se réjouir du jaillissement de ses compagnons invisibles, il faut habiter les brumes, je vois que ça.

 

3.
p.42. Arbres surdimensionnés. On nage dans le géant. Epave dans cette drôle de forêt pleine d'eau. Comme si le navire avait éperonné, éventré la forêt. Brume. Pâle lumière. "Chaloupe", "jungle", "halluciné".

 

"Tout l'exercice est de faire que l'on y croie toujours."

 

C'est vivre ça, raconter des histoires et s'y prendre de telle façon que l'autre ne cesse pas trop d'y croire. Ceci dit, on ne peut pas mentir efficacement à tout le monde.

 

4.
p.43. Masque de cire de lune. Elegance des cils. Bouche entrouverte. Mépris. Dédain. Froideur. Fond noir. Ténèbres.

 

"La reine du monde souterrain, Pellucidar !" : J'admire que la reine du monde souterrain porte en son nom tant de lucidité : l'oeil des ténèbres serait-il si clairvoyant ?

 

5.
p.44. Tarzan au serpent. Géant python. "Albinos" python. Enroulé autour des arbres et prêt à bouffer le Tarzan torse nu et poignard levé.

 

"et la lutte qui oppose reptiles et mammifères n'est pas près de s'arrêter."

 

Serpents et mamelles sont deux mots qui vont si bien ensemble qu'ils se fichent sur la gueule avec une patience de siècle.

 

6.
p.45 : Hubert-Félix Thiéphaine portraituré. Tête penchée sur le côté. Les yeux levés vers un ailleurs qui s'apprêterait à lui tomber sur la figure. Diagonale - j'ai envie de dire diagonale du fou (c'est idiot et j'aime beaucoup les chansons de Thiéphaine) - diagonale qui semble quasi lui ployer le cou. "Effets de diffraction".

 

7.
p.46. Une planche. Maison grignotée d'encre. Léprée. Ravagée.

 

"mais, une fois de plus, rien ne va se passer comme il le voudrait."

 

C'est, comme dit le film, que l'Aventure, c'est l'Aventure. C'est même ce "rien ne va se passer comme il le voudrait" qui détermine nos existences ; sinon, ce serait pas de jeu. Les dieux expérimentateurs nous ont inoculé le hasard. Depuis, on roule nos dés et nos bosses.

 

8.
p.47. Pas beau le vampire. Pas charmant. Argenté du bulbe. les yeux mi-clos comme s'il allait soudain baver des ghh, des gahas, des ghou-uh ! Vertical des écoutilles. Gros pif. Noble tout de même, muté mutant, "classe". Un saigneur quoi.

 

"Le monsieur a vu défiler la course des siècles et a le sens du drame."

 

L'Histoire, un théâtre. Péripéties périlleuses, rebondissements diaboliques, tuiles tueuses, critiques coups. Le Vampire, en dehors de sa soif de sang, est celui qui, loup fondateur, regarde passer la caravane des siècles.

 

9.
Les mangeurs visitent. Les gens meurent si vite, me glisse Elise à l'oreille.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 avril 2013

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 02:27

SPHINGERIES ET SINGERIES

 

1.
"Et voici que j'entends, dans la paix de la nuit"
(Jules Laforgue, Soir de Carnaval)

 

Et et et et donc et quoi et que
Voici que cataclop cataclop un dada
Que dites-vous ? Et pourquoi pas un dada
J'entends son cataclop cataclop qui s'rapproche
Dans la ville la nuit dans
La plus longue rue de la ville la nuit la
Paix ombrée de la ville la nuit
De cette ville je ne sais rien rien rien sauf que de
La rue j'entends monter le cataclop cataclop de la
Nuit du grand cheval qui avale les villes.

 

2.
Parfois, ça ne tient qu'à un fil, celui d'Ariane au labyrinthe, celui qui se rompt, laissant tomber le coeur.

 

" - C'est la fin de la route pour toi, cow-boy !

 

- Tu n'es pas en meilleure posture, gamin ! Avec ces indiens, ton scalp ne tient qu'à un cheveu !"

 

(dialogue entre Billy The Kid et Lucky Luke in L'Escorte, de Morris et Goscinny, Dupuis, planche 31B).

 

3.
"Inconscient, descendez en nous par réflexes"
(Jules Laforgue, Complainte de Lord Pierrot)

 

Inconscient, me dis-je à moi-même car je suis lucide
Descendez - quand je m'en veux je me vouvoie
En énigmes tarabiscotées que
Nous aimons réfléchir
Par amour du sphinx nous avons des
Réflexes d'orgueilleux voyageur.

 

4.
Sphingeries et singeries nous autres :

 

" - Vous savez bien que les gens ne sont pas semblables à l'image qu'ils donnent d'eux... Beaucoup ignorent tout de leur propre mystère, faites attention, c'est très chaud !..."
(Velvet Verbonne à Rita Wednesday, in La Femme du magicien, de Boucq et Charyn, Casterman, p.63)

 

5.
"Ensablé jusqu'aux seins, rêve un sphinx accroupi."
(Jules Laforgue, Le Sphinx)

 

Ensablé puisque Chronos est fait de sable
Jusqu'aux amygdales la chevelue boîte à cinoche les
Seins si l'on est ce curieux bestiau pas bougeant On
Rêve le sable des énigmes nous passe par la tête
Un sable fait de
Sphinx car voyez le Sphinx
Accroupi ne bouffa pas l'homme, mais c'est nous qui l'avons, la bête et ses énigmes, dévorée.

 

6.
Ecrire, mimer une vie murmurée.

 

7.
"Messaline géante, oh ! ne viendras-tu pas
M'endormir sur tes seins d'un ron-ron monotone
Pour m'emporter, bien loin, sur des grèves, là-bas"
(Jules Laforgue, "J'écoute dans la nuit...")

 

Messaline, ô grande dessalée, ô
Géante des antiquités fantasmagorées
Oh ! et même oh la la, la la !
Ne viendras-tu, dis, ne
Viendras-tu, princesse à turlutes, dis, ne viendras-tu
Pas dans tes grands bras
M'endormir, que je plonge dans le songe, que j'aille
Sur les rives du loin d'ici me promener, que dans
Tes grands yeux je me perde, et que le long de tes
Seins je glisse comme si j'étais à la montagne Alors
D'un matou j'aurais le
Ron-ron content et je disparaîtrais dans le
Monotone - Fichtre !
Pour moi ce serait mourir
M'emporter loin du vent
Bien trop loin du vent
Loin du vent qui valse dans les rues et
Sur les faces des statues, bien trop loin
Des énigmes et des visages, des flots, des
Grèves et des livres, des murmures et des syllabes :
Là-bas, c'est trop loin, et c'est ici que je suis.

 

8.
"La mort est une note importante en bas de page..."
(Ferry et Pombal, Les Statues, Le Lombard, 1997, page 24 [Laios/Augustus])

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 avril 2013

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 09:58

QUAND JE PASSE
En écoutant la musique de Ascenseur pour l'échafaud, par Miles Davis.

 

1.
"Of course - I prayed -
And did God Care ?
He cared as much as on the Air
He Bird - had stamped her foot
-"

(Emily Dickinson, Car l'adieu, c'est la nuit, Poésie/Gallimard, p.172)

 

Bien Sûr - que je priais -
Et Dieu en eut-il Souci ?
Pas plus que si dans l'Air
Un Oiseau - eût tapé du pied -"

(traduction : Claire Malroux)

 

J'aime bien ces quelques vers d'Emily Dickinson dont la familiarité me rappelle certaines insolences à l'égard de la métaphysique dont Cioran a parsemé ses recueils.

 

2.
"J'écoute la nuit rager le vent d'automne"
(Jules Laforgue, "J'écoute dans la nuit")

 

J'écoute du rock du jazz du blues
Dans mes oreilles j'aime bien qu'ça swingue
La musique découpe le temps en viande qui gigue la
Nuit on entend aussi
Rager le sorcier aux plumes de pluie sur
Le toit il agite ses tambourins ses crécelles et le
Vent fait des passes il passe ses longues mains
D'automne passe ses mains sur la ville.

 

3.
"Dans l'infini tonnant d'éternelles clameurs"
(Jules Laforgue, Résignation)

 

Dans l'infini - quel mot à poème ! d'ailleurs c'est de
L'infini tous ces poèmes à la queue leu leu
Tonnant - et tonner à en étonner le tonnerre quel pied !
D'éternelles rimes et images et de
Clameurs muettes et soigneusement rangées.

 

4.
En suggérant que la littérature constitue en puissance une bibliothèque infinie, Borges nous a fait prendre conscience de l'infiniment productivisme de l'humain. Il ne peut pas s'empêcher, il vit à s'user. Et s'il ne s'use pas à quelque oeuvre, il fait tout de même n'importe quoi.

 

5.
"Des passants salueront mon cercueil, c'est l'usage"
(Jules Laforgue, Les Boulevards)

 

Des fois s'il ne fait pas trop froid quand je passe les
Passants me saluent en se signant et ils me
Salueront demain après-demain et après-après demain
Mon être voyez-vous hante mon
Cercueil c'est le lieu que j'ai choisi
C'est là que je reviens chaque jour c'est là
L'usage que je fais de mon fantômat (c'est bien mon droit !).

 

6.
Les fantômes, ça va et ça revient.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 avril 2013

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 06:02

EN MÂCHANT LE CHIEN NOIR

 

1.
"la vitre cachée / Qui rit là-bas..." (Rimbaud, Les Réparties de Nina) : Faire rire les vitres, une prouesse de l'Alchimie du Verbe sans doute.

 

2.
"Ont-elles bu des cieux barbares" (Rimbaud, Les Mains de Jeanne-Marie) : que des mains puissent boire est déjà épatant, mais boire aux cieux barbares, ça en devient gothique : brunes donc, puisque ce sont "Mains sombres que l'été tanna", trempant leurs lèvres dans des cieux sanguins, ou tourmentés comme des pourchassés, les mains s'enivrent de quelque liqueur forte et qui fait suer.

 

3.
"Chien noir, brun pasteur dont le manteau s'engouffre"
(Rimbaud, Michel et Christine)

 

Chien étant donné la suite je dis Dog
Noir et j'ajoute Black car j'aime bien Led Zeppelin

Brun on est dans le sombre donc l'ombre c'est un
Pasteur voilà un mot qui sent sa croix
Dont du pronom dont la nasale continue de barytoner
Le poème qu'on dirait une étude en noir
Manteau tissé de ténèbres et où
S'engouffre le souffle d'on ne sait où.

 

4.
La puissance des expressions : chien noir, ça m'fait tout de suite référence à "Black Dog", pièce électrique de Led Zeppelin, et puis au pirate aussi, et dans le poème de Rimbaud, à la silhouette d'un pasteur - berger qui se confond avec son chien, et passe dans le vent. J'ai pensé aussi, mais plus tard, que mâcher du chien noir serait une bonne expression sans doute à je ne sais quoi, mais pas joyeux, cafardeux plutôt.

 

5.
"Qui rêve en haut, jauni par le vitrail livide"
(Rimbaud, Les Pauvres à l'église)

 

Qui ici çui qui fut crucifié
Rêve que voulez-vous qu'il fasse cloué millénaire ?

 

En morceaux de verre coloré éparpillé là
Haut y a toujours plein d'Jésus flottants entre deux hauts.

 

Jauni le Jésus et rêvant peut-être qu'il va
Par tous les chemins qui mènent à Rome par
Le feu l'eau l'air la poussière giflant le
Vitrail où le grand
Livide vérifie que nous sommes encore ici-bas.

 

6.
"en hurlant son songe de chagrin idiot"
(Rimbaud)

 

En le vent souffle des en viens donc viens donc en
Hurlant tant parfois qu'ses en font grincer les bois.

 

Son souffle au vent engouffre tout
Songe trouble et tout le tremblement
De nous qui tournons dans l'saladier à particules
Chagrin c'est le nom d'mon chat il a un grain
Idiot fis-je figé.

 

7.
"Sur toute joie pour l'étrangler j'ai fait le bond sourd de la bête féroce."
(Rimbaud, Une Saison en enfer)

 

Sur sur sur sur sur sur ça fait cymbale sur
Toute sur toute toute toute toute special effect
Joie ce qu'il y a des fois
Pour passer le temps il en faut sinon
L'étrangler ah non ça ne se fait pas
J'ai mangé des pâtes et
Fait du café et puis j'ai bu
Le café puis j'ai fait un
Bond hop là comme ça juste pour
Sourd ça des fois on entend pas
De la pluie tombe sur sur sur les toits
La pluie c'est pas d'la joie c'est d'la
Bête d'en haut qui pisse dru sur sur sur pis tout du
Féroce à la télé, je l'ai regardé.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 avril 2013

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 09:42

JAZZ ENTRE AUTRES

 

1.
Avec Balades en Jazz, c'est avec talent qu'Alain Gerber jasa jazz sur le jazz.

 

2.
Peut-être la musique fut-elle à l'origine une manière de mesurer le temps, de le compter ? Quelques siècles plus tard, la musique a surtout réussi à le démonter le temps, à lui donner toute sa démesure.

 

3.
Ah ! en ai-je mangé du pain perdu des illusions !

 

4.
"(et en l'occurence John Lewis)" : en l'occurrence, j'ai oublié un "r" à occurrence. Quant à John Lewis, il fut formidable. Ecoutez donc comme elle est pleine de bijoux, la discographie du Modern Jazz Quartet.

 

5.
J'ai écrit récemment à propos de la musique dite "sérieuse" qu'elle était "préméditée, écrite jusqu'au dernier soupir". Raccourcissons : c'est "préméditée jusqu'au dernier soupir" qui convient ici. D'ailleurs, je reste persuadé que certaines de ces musiques dites sérieuses sont de véritables assassinats en règle. Et les victimes, ce sont les auditeurs égarés par le snobisme, ou les convenances.

 

6.
Je ne sais pas s'il existe une anthologie des blues interprétés par les Rolling Stones. Ce groupe, dont la discographie se partage entre petits chefs d'oeuvre d'ironie et daubes à la mode, a cependant, outre quelques virtuosités novatrices, joué assez de bon blues pour qu'on puisse en composer une intéressante - et plus si affinités - compilation. Un retour aux sources testamentaire en quelque sorte.

 

7.
Je me suis laissé dire que Nirvana signifiait quelque chose comme "extinction" ; c'est donc par antithèse qu'elle s'est choisie ce nom, la bande boute-feu à Kurt Cobain.

 

8.
L'art consiste à mettre du génie dans la plus élégante manière de perdre son temps.

 

9.
N'aimant ni loup ni homme, il ne reste que Dieu.

 

10.
Il est remarquable que le référent de l'art si précis de la musique soit si difficile à préciser. Il se confond parfois avec l'image mentale, mais pas toujours. Il agit en tout cas sur l'état d'esprit. Les instruments de musique sont donc littéralement sensationnels.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 avril 2013

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 08:02

LAISSER INFUSER LE TEMPS
En feuilletant le très beau "Balades en jazz", d'Alain Gerber (folio senso, folio n°4504, inédit, 2007).

 

1.
"l'ironie de l'histoire" : que l'Histoire soit ironique n'est pas si étonnant, quand on songe à tout ce qu'elle sait et qu'elle ne dit pas.

 

2.
L'Histoire ? - Un tombeau ouvert.

 

3.
"avoir remisé son attirail" (p.41) : peut se dire de quelqu'un qui vient de se rhabiller. Bérurier renfilant son falzar.

 

4.
"où c'est le diable qui vient" (p.84) : il y a des lieux si désolés, si délaissés, qu'il n'y a que le diable sans doute pour y aller. Ce qui répond au fameux "envoyer quelqu'un au diable". Je remarque qu'il y a toujours un lieu d'être pour le diable, un terrain vague, une zone, une impasse glauque, une friche sordide, un lieu-dit à couteaux, un quelque part en réponse à la cathédrale.

 

5.
"raconter le temps qui passe" (p.45) : quand on ne sait trop quoi dire sur la musique, ou sur un film, ou un poème, on dit que ça raconte le temps qui passe. Nous faisons ainsi de la musique, de certains films, de la poésie, des sortes de vagues machines à débiter de l'ontologique, cette sorte de flou que j'imagine assez flottant dans les cerveaux des ruminants pour lesquels sans doute le trafic ferroviaire n'a pas d'autre but que de le raconter, ce temps qu'ils passent à regarder passer les trains.

 

6.
"les églises patibulaires" (p.84) : étonnante expression qui mêle le sordide au sacré, comme si l'on y risquait de s'y faire braquer par tous les saints, ou par le prêtre lui-même, racketteur de Dieu, collecteur de hontes, receleur de secrets, refourgueur de rituels.

 

7.
"laisser infuser le temps" (p.94) : belle expression pour dire cette manière que l'on a parfois de ne pas se presser, de laisser le monde courir et le mouton pisser.

 

8.
"porcelaine, parfois, dans un magasin d'éléphants" (p.112) : cette inversion du connu "être comme un éléphant dans un magasin de porcelaines" me semble digne de son sujet - le jazz (et en l'occurence John Lewis). Le jazz est une inversion du discours selon lequel toute oeuvre sérieuse doit être méticulée, orfévrée, préméditée, écrite jusqu'au dernier soupir. Le jazz voltige, tourne et détourne. Alain Gerber fait de même. Il a raison.

 

9.
"laisser moisir la poudre aux chimères" (p.38) : renoncer à ses rêves, à ses illusions, à la came peut-être aussi.

 

10.
Sur Internet, les filles se dévoilent comme si elles étaient des vérités.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 avril 2013

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 23:20

LE DIT DU CHIEN SUIVI DU DIT DU BOURRIN

 

LE DIT DU CHIEN

 

"- Vous êtes cynique.
- Je connais le monde, c'est tout."
(Agatha Christie, traduit par Monique Thies, Les Ecuries d'Augias).

 

Vous - ô vous mouvante émouvante -
Êtes - êtes-vous ou alors je vous rêve -
Cynique - lorsque les chiens se mettent à parler,
Je les mets dans un tonneau avant qu'ils disent toi toi
Connais toi toi-même
Le monde est plein d'tonneaux qui aboient le
Monde est plein d'tonneaux où je bois
C'est trop y a trop d'tonneaux et de chiens
Tout roule autour de moi qui aboie et saute à la gorge.

 

LE DIT DU BOURRIN

 

"- Les chevaux, Madame, sont symboliques ! Ils étaient sauvages et se nourrissaient de chair humaine."
(Agatha Christie, traduit par Monique Thies, Les Ecuries d'Augias).

 

Les hennissants les canassons
Chevaux les dadas à tagada tagada
Madame les bourrins que montaient les barons
Sont morts sous le plomb des croisades
Symboliques ceux-ci qu'ils sont
Ils les hennissants dadas à tagada tagada
Etaient goule folle et yeux fous
Sauvages aux pâtis paniques comme dit Arthur
Et i-i-ignoran-an-ants que vous êtes
Se battaient comme si les diables portaient crinière se
Nourrissaient les hennissants les canassons
De voyez comme je salive
Chair dans votre genre, Madame, je veux dire
Humaine, et délectable.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 avril 2013

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