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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 15:56

ET L'ON SAIT QUOI
En écoutant le splendide, tonique, jazz Joe Jackson's Jumpin' Five.

 

"Quant à ta mort, l'éclair aveugle en est en route
Qui saura te choser, va, sans que tu t'en doutes."
(Jules Laforgue, Complainte du Sage de Paris)

 

Quant à toi, ma gueule, ma cligne de l'oeil,
A l'heure où toc toc qui cogne à
Ta carcasse, c'est la
Mort qui t'la saisira poudre à néant
L'éclair Crack Dzim Boum !
Aveugle comme l'amour, le glaive, le hasard
En éclairera la face figée elle ta face elle
Est lividement surprise blafarde blême éberluée
En est stupéfaite ombre blanche sur la
Route où elle s'en allait peinarde vers Je-n'sais Zou!
Qui que tu sois où que tu sois elle
Saura bien te retrouver l'archiviste des âmes
Te coller au dernier trou te
Choser dit Laforgue car
Va, la mort nous chose et vrac d'os
Sans ni sens ni sang nous finissons
Que nous ne sommes que que, que condition, que
Tu n'es en sursis que de ton cadavre, tu
T'en plains de ta carcasse et puis tiens tu ne
Doutes plus et l'on sait que tu es mort.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 avril 2013

 

 

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 08:58

D'LA FLACHE
"Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé"
(Arthur Rimbaud, Le Bateau ivre)

 

Si - si, Sissi, je vous assure, je vous kiffe !
Je vous adore, mon trésor, mon mont d'or, vous
Désire, ma lyre, mon rire, ma belle à mourir,
Une fois par semaine au moins, quand ce n'est pas
Eau que je bois, mais liqueur à délirer
D'Europe, ma vieille Europe époumonnée ;
C'est que t'es toute usée, vieille fumeuse de cheminées !
La nostalgie m'étreint alors comme d'l'accordéon ou
Flache - quel coup de jazz cymbale, cette flache là !
Noire - y a comme un silence là -
Et je pense à vous, Sisi si lointaine, Sisi si pas là,
Froide est la nuit qu'j'en fais glagla des dents,
Où la nuit rentre et me fauche, une par une, mes dents
Vers vous je voudrais aller, Sisi ô ma Sisi, la flache,
Le ciel y passe dedans, la flache - encore un coup là ! ça

Crépuscule dans mon être comme dans un vieux poème
Embaumé c'est moi que j'suis la momie amoureuse.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 avril 2013

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 08:16

POURQUOI EMMA N'AIMEZ-VOUS PAS MA MIRABELLE ?

 

1.
"Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes."
(Arthur Rimbaud, Le Bateau ivre)

 

Mais - y a un mais à tout sauf à la mort
Vrai ah bin il est frais çui-là
J'ai - l'a-t-il fait exprès Arthur tous ces "ai" ?
Trop - on désire jusqu'au trop après on râle
Pleuré bouh-ou ! ouin-ouin !
Les voilà qu'elles s'avancent fières jeune filles
Aubes ô aubes (j'écris ça pour moduler le son "o")
Sont-ils poseurs ces poètes, et modulants donc ?
Navrantes ; eh bien moi je suis déçu déçu déçu.

 

2.
"Toute lune est atroce et tout soleil amer"
(Arthur Rimbaud, Le Bateau ivre)

 

Toute - toute ? vous êtes sûr ? toute
Lune - songeuse au visage rond - elle
Est ombrée parfois d'une mèche de ténèbres
Atroce trop atroce façon cadavre d'albatros
Et, puisque l'on évoque la lune,
Tout - tout ? vous êtes chien ou bien ? tout
Soleil cou coupé -on n'a pas fait mieux qu'Apollinaire
Est-il vivant celui-là dont les vers nous hantent ?
Amer Pouah ! Jean-Edouard, recrachez ce crapaud !

 

3.
"L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes."
(Arthur Rimbaud, Le Bateau ivre)

 

L'âcre - encore trop fumé ; j'ai la bouche âcre
Amour kiss kiss bang bang smack smack
M'a - Aimez-vous, Emma, ma mirabelle ?
Gonflé je suis souvent gonflé par beaucoup
De tout je me fais mauvais théâtre et j'ai des
Torpeurs à ahurir toutes les après-midis du faune
Enivrantes liqueurs ô glouglous de mon coeur !

 

4.
"Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !"
(Arthur Rimbaud, Le Bateau ivre)

 

Ô (Ô ? Ô ! Ah la la...)
Que - bon c'est O.K, ad hoc, Ô que donc et même Ô que
Ma - Pourquoi, Emma, n'aimez-vous pas ma mirabelle ? ni ma
Quille - et le ouah ouah bing-bonga toutes les quilles qu'elle
Eclate ! Ma grosse citrouille pleine de pépins qu'elle éclate !
Ô (Ô ! Encore ? Ah ! la la...)
Que (quoique... j'écris ça pour quoiquer)
J'aille faut qu'jaille ach'ter de l'ail
A la foire à l'ail
La soupe à l'ail c'est bon pour le sang on dit des fois, et la
Mer c'est plein d'gens qui reviennent jamais.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 avril 2013

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 05:53

LONGE-CHICANES
En s'effarant à "Meurs pas, on a du monde", de San-Antonio/Frédéric Dard (Fleuve Noir n°103).

 

1.
"ma gastrite me chicane" (p.77) : Les assonances "a", "i", l'appui rythmique de la consonne "m", la proximité sonore du [g] et du [k], voilà qui retient l'oreille, qui amuse, qui sourit.

 

2.
"Elle me longe un couloir tout blanc" (p.121) : Y a pas, ça fait fantôme, ou passante femme fatale, ou fantôme de passante femme fatale, énigmatique.

 

3.
"J'ahurise très parfaitement." (p.110) : parfait en toute chose, San-Antonio, jusqu'à l'ahurissement.

 

4.
Quand on a affaire à un cornichon, ça peut vite virer au vinaigre. Ou à la rillette.

 

5.
Dérivé du 4 : Y en a des fois, faut être drôlement cornichon pour les prendre pour des jambons.

 

6.
"Elle me demande la raison du remue-ménage qu'elle a vaguement distingué dans le hall des bagages." (p.19) : C'est-y pas écrit ça ? Quatorze syllabes et boum, rime interne. Attention les yeux, c'est éblouissant.

 

7.
"le regardent agir sans piger" (p.135) : un drôle de multi-scènes, le monde, du théâtre partout, masques, mascarades, du grand guignol qu'on zieute s'agiter sans piger, que quand on croit qu'on, eh bin non, on ne.

 

8.
"pour dire de, mais le coeur n'y est pas et je pense très fort que" (p.134) : Eh bien quoi ? Je reste coi.

 

9.
"C'est pas ça. Mais alors pas ça du tout ! " (p.73) : Penser, c'est lutter contre le pas ça du tout qui nous met minable à tout coup. Ceci dit, la société pensive, c'est souvent pas ça du tout contre pas ça du tout.

 

10.
"C'est paradoxal, un bipède !" (p.19) : J'entends souvent sur les ondes qui passent dans les micros de patentés cogitateurs affirmer que le paradoxe n'est que la forme de ce qu'on comprend pas, et qu'en conséquence, dès qu'on comprend, le paradoxe s'effrite et découd son fil blanc pour sombrer dans le néant des billevesées, des à peu près et des pas ça du tout. Ils y tiennent à leur positivité. Y faudrait pas que ça se contredise. C'est pas possible. Eh si, c'est. Et c'est justement parce que c'est pas possible.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 avril 2013

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 09:24

PENSEE D'SAUMON
Notes sur Humain, trop humain, de Friedrich Nietzsche, traduit par Desrousseaux et Albert, revu par Angèle Kremer-Marietti, Le Livre de Poche, Les Classiques de la Philosophie, n°4634.

 

1.
"calculer l'avenir de chaque être" (p.109, par.106) : fantasme de sociologue.

 

2.
"en raison des ressemblances les plus fugitives" (p.41, par. 12) : ainsi la pensée saute-t-elle d'un visage à l'autre, d'une circonstance à l'autre, dans une vraisemblance qui se construit dans son énoncé même.

 

3.
"La parfaite clarté de toutes les représentations oniriques" (p.41, par.12) : il ne suffit pas d'évoquer un double fantastique du réel, il faut aussi que ce double soit plus précis encore que le réel. Nous demandons aux fantômes d'êtres aussi précis et définis que des équations mathématiques. Le sentiment de l'absurde, et la nausée qui en découle, proviennent de la constante décomposition de toute représentation fantasmatique.

 

4.
La plupart de nos actions ne sont pas guidées par la raison, mais par l'esprit pratique.

 

5.
"parce qu'on occupe l'autre de sa personne" (p.249, par.347) : c'est là même le scandale de la vie en société : que des gens qui nous sont absolument étrangers nous occupent de leur personne. C'est là l'indélicatesse originaire de l'humain : écoute-moi, passe du temps avec moi, fais-moi à manger, aime-moi. Quelle horreur !

 

6.
Me trouver sympathique n'est pas seulement une erreur de jugement, c'est une faute de goût.

 

7.
Le principe fondateur de la vie sociale est le masochisme : avoir du mérite à souffrir.

 

8.
"le peuple contre le peuple, et cela durant des siècles !" (p.198, par.233) : Il me semble parfois que la lutte des classes est l'habit civilisé d'une lutte fraticide originaire : le sédentaire poursuit le nomade de sa haine ; le chef de clan punit le singulier ; le puissant utilise le faible.

 

9.
"plus proche de son but qu'elle ne le sera à la fin" (p.199, p.234) : se pourrait-il que l'humanité soit vouée à manquer son but ?

 

10.
"il ne pénètre nos secrets" (jsais-pas-où) : chaque humain est un secret bien gardé par un autre lui-même.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 avril 2013

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 00:12

SORTES DE REELS
En feuilletant Les Ecuries d'Augias, d'Agatha Christie, traduit par Monique Thies, Club des Masques n°72.

 

1.
"(longue excursion dans le passé)" (p.85) : Le passé tire la langue à l'espace. Il se moque du lieu d'être.

 

2.
"pas de temps à perdre" (p.60) : Et pourtant...

 

3.
"- Vous m'excuserez, mais cela me regarde..." (p.61) : Ce qui, par leurs yeux, aux autres là, nous regarde, c'est le "cela", inconnu, inquiétant, imprévisible.

 

4.
"et elle avait dû en subir le récit" (p.121) : Le récit est ce que nous subissons. Ce n'est pas l'Histoire qui nous fascine, c'est son style. C'est le filet qui ramène les poissons de prix.

 

5.
"- Lequel de nous deux est fou ? vous ou moi ?" (p.68) : Comme dit Napoléon à Bonaparte.

 

6.
"faire la plupart du temps" (p.49) : Le complément est explicite; ce que nous faisons c'est le temps. Ce que nous filons, c'est du temps. En le remplissant, nous gonflons la baudruche existentielle, laquelle n'a pas d'autre objet que de survivre, que de persister dans l'être.

 

7.
"rien remarqué de la sorte" (p.92) : Ce que nous remarquons, ou ne remarquons pas, n'est qu'une sorte de réel.

 

8.
"Pour ce que vous en arriviez à faire ce que" (p.69) : Jouets des intentions (les nôtres et celles des autres). La manipulation est la source du social.

 

9.
"Elle s'attacha à ses pas" (p.121) : Le réel est ce qui attache, jusqu'à ce que nous ne puissions plus nous décoller. Pâtes restées au fond de la casserole.

 

10.
"distinguer les objets les uns des autres" (p.45) : Exister, c'est aiguiser son regard.

 

11.
J'apprends par un documentaire que le célèbre "Tora ! Tora ! Tora !", signal du déclenchement de l'attaque japonaise sur la base de Pearl Harbor, se traduit par "Tigre ! Tigre ! Tigre !". Et les tigres fondirent du ciel.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 avril 2013

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 23:46

QUELQUES REMARQUES SUR L'AFFAIRE CAHUZAC

 

1.
Brève de comptoir à propos de l'affaire Cahuzac (le Ministre du Budget qu'a planqué des sous en Suisse et ailleurs apparemment) : "Si ça continue, il faudra bientôt un Secrétariat d'Etat à la Magouille, et il sera payé au noir."

 

2.
Apparemment, pour certains, P.S. ne veut pas dire Parti Socialiste, mais Parti des Sous.

 

3.
Certains membres de ce gouvernement "de gauche" se sont distingués naguère en qualifiant l'attitude de Gérard Depardieu de "minable". D'autres ont attaqué violemment le site Médiapart. Comment se sentent-ils maintenant qu'ils apprennent qu'ils ont défendu quelqu'un qui a avoué lui-même qu'il était un fraudeur ? Après tout, Gérard Depardieu est parti légalement à l'étranger. Et il se trouve que Médiapart n'a pas menti.

 

4.
"Nous ne savions pas" disent en choeur Pipo Hollande et Mario Ayrault. C'est inquiétant d'apprendre que les services de renseignement de notre pays ont, ou ignoré ce que la presse savait, ou ont fait ce qu'il faudrait alors appeler de la rétention d'informations. Ceci dit, s'ils disaient maintenant qu'ils savaient, le président et son ministre, le scandale serait si grand que François Hollande devrait sans doute démissionner ou dissoudre l'Assemblée Nationale.

 

5.
La débâcle Hollande prouve en effet qu'il n'était pas un candidat souhaitable du Parti Socialiste. Il prouve tous les jours qu'il a été élu par défaut, par désamour de l'électorat français pour Nicolas Sarkozy. Je dirais même par dépit amoureux.

 

6.
Je me souviens de Jean-Marc Ayrault lorsqu'il était député de l'opposition et qu'il criait "Démission ! Démission !", "Scandaleux ! Scandaleux !".

 

7.
Après la victoire de François Hollande, certains proviseurs ont bu le champagne. Quelle dérision ! Quels naïfs ! Quels hypocrites !

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 avril 2013

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 05:48

DU CHIEN CIRCULAIRE ET DU CADAVRE EXQUIS
En feuilletant "Les Ecuries d'Augias", d'Agatha Christie, traduit par Monique Thies, Club des Masques n°72.

 

1.
"On dirait des arbres qui marchent ..."
(Les Ecuries d'Augias, p.117)

 

2.
"Alice Cunningham se contenta, en guise de réponse, de prendre une expression d'ennui teinté d'indulgence."
(Les Ecuries d'Augias, p.168)

 

Y a des fois où les autres, au lieu de vous répondre, vous font une tête d'ennui indulgent que vous vous dites qu'est-ce que je fais là à faire ce que je ne supporte guère chez les autres, qu'ils me gavent de leur existence, leur implacable existence, leur sempiternelle existence, et qu'alors moi, je les regarde, au lieu de leur répondre, et que je te fais une de ces têtes d'ennui indulgent qu'ils doivent se demander ce qu'ils font là à faire ce qu'ils ne supportent guère chez moi, que je les saoule de mon existence, de mon implacable existence, de ma sempiternelle existence.

 

3.
"Hercule Poirot regarda son interlocuteur d'un air songeur."
(Les Ecuries d'Augias, p.80)

 

Reluquer songeur est encore l'attitude la plus distanciée que l'on puisse prendre, à moins de tourner le dos, mais ça fait plus rustre qu'énigmatique.

 

4.
De même que tomber malade vous fait regretter de n'avoir pas assez pris soin de sa santé, fréquenter les autres, c'est bientôt trouver beaucoup d'avantages à la solitude. Il faut prendre soin de sa solitude comme d'une santé précaire.

 

5.
Il faut être honnête, c'est en tournant le dos que l'on se prend des couteaux.

 

6.
Longtemps, j'ai lu le rateau dans les yeux des filles qui me plaisaient. Et même dans les yeux de celles qui ne me plaisaient pas, ce qui est vexant.

 

7.
Je me souviens d'un enseignant en linguistique générale, un de ces jeunes gens chargé de vous initier aux subtilités de Chomsky and Co, qui, voulant donnant un exemple d'énoncé improbable, commença ainsi : "Le chien circulaire..."
Depuis, comme dit l'autre, ces mots me hantent.
Il m'apparaît en effet clairement maintenant que l'existence est une espèce de chien qui tourne autour de vous, traçant ainsi un cercle dont vous n'arrivez jamais à sortir et qui finit par se resserrer définitif sur votre cou. Alors le chien vous bouffe.

 

8.
Le cadavre exquis boira le vin nouveau n'est pas un énoncé vide de réalité. En effet, il suffit de rentrer dans un pub bondé et vous verrez à quel point certains lieux sont fréquentés par des cadavres, dont quelques-un parfois sont assez exquis pour qu'on les remarque, et qui s'agitent comme vous et moi, et boivent du vin nouveau, et d'autres liqueurs, en racontant de vieilles blagues.

 

9.
Je suis convaincu que Cioran fut un fantôme à la recherche de ruines assez intéressantes pour qu'il les hantât. Je me demande s'il a fini par les trouver.

 

10.
"Poirot eut à subir un récit détaillé des tenants et aboutissants de gens qui lui étaient profondément indifférents avant de pouvoir en arriver à ceux qui l'intéressaient."
(Les Ecuries d'Augias, p.84)

 

L'existence est pleine de tenants et aboutissants que nos contemporains cherchent absolument à nous expliquer, comme si cela était si important, si intéressant, que nous devrions les écouter, absolument. La plupart du temps, la seule chose qui importe, c'est qu'ils puissent s'exprimer et se rendre intéressants, ne serait-ce qu'à leurs propres yeux. C'est ainsi que, par politesse, nous laissons les autres déborder, nous renseigner sur les tenants et aboutissants de ce monde implacable où tout s'enchaîne selon l'infernale logique du je l'avais bien dit, du c'était à prévoir, et du redoutable je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 avril 2013

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 03:40

UNE FOIS DEUX FOIS
En feuilletant Le réel et son double, de Clément Rosset, folio essais n°220.

 

1.
"une fois sur le mode du présent et une fois sur le mode du souvenir"
(Le réel et son double, p.43)

 

 Ce qui fait deux fois à la fois, et la simultanéité de l'autre (celui qui fut, et qui n'existe donc plus) avec soi (celui qui est, et manifeste ainsi l'être-là).

 

2.
Ce mot "d'être-là" suppose un observateur, une conscience réflexive : pour l'animal, il n'y a pas d'être-là ; il n'y a que du là, du circonstanciel.

 

3.
Le mépris refuse de voir en l'autre une conscience capable d'ontologie, capable de reconnaître l'être-là, ou une conscience qui se ferait avoir par l'être-là. Un philosophe ! Jetez-lui des cailloux !

 

4.
On peut se demander si, à certaines périodes de leur histoire, certains peuples n'ont pas manifesté de grandes capacités ontologiques, tandis que d'autres en furent catastrophiquement dépourvus. Les Gréco-Romains d'il y a des siècles semblent mystérieusement dotés de ces capacités, cependant que les Prussiens et les Allemands passent pour des brutes à bottes, écoutant de lourds orchestres débiter de délirants opéras à casques et des symphonies à n'en plus finir - quand ce ne sont pas des musiques de chambre, ainsi nommées parce qu'elles finissent par endormir l'auditeur égaré. Evidemment, c'est une illusion d'optique car Grecs, Romains, Prussiens, Allemands, ont tous eu le même souci : comment vivre le moins mal possible dans un monde impossible.

 

5.
"l'impression d'avoir été pris au jeu d'une fatalité omnipotente et rusée"
(Le réel et son double, p.38)

 

La tragédie : un inventaire de toutes les ruses d'une fatalité omnipotente et rusée. Une description de la façon dont, malgré les coups d'épée qu'on lui flanque, le cercle s'y prend pour, quoiqu'on fasse, toujours se refermer sur nous.

 

6.
Je ne crois pas aux grands sentiments, je ne crois qu'aux grandes oeuvres.

 

7.
Entendu (et cité de mémoire) dans un documentaire sur la Seconde Guerre Mondiale : "Le Bismarck, le plus grand des vaisseaux de guerre jamais construit réduit à l'état de canard en plastique par un simple avion de chasse." Terrible humour, quand on songe que le canard se saborda emportant avec lui près de 2000 marins. Terrible et terriblement efficace humour.

 

8.
"et c'est la disparition de ce pâle fantôme du réel qui surprend un moment la conscience lorsque s'accomplit l'événement."
(Le réel et son double, p.43)

 

Nous agitons des fantômes événementiels que dissipe l'accomplissement de l'événement prévu.

 

9.
"A lui le réel, à moi l'ombre."
(Le réel et son double, p.91)

 

De là l'origine des grandes jalousies pour ceux que l'on imagine vivre plus intensément, plus réellement que nous, plus authentiquement que nous, et dans lesquels nous ne faisons que projeter nos fantasmes. Le plus sage serait de dire :"Oui, il a du succès, il plaît, il a de l'argent, Titine s'extasie devant son nombril, il est apprécié, et, en plus, il a du talent", mais comme ce n'est pas lui qui me tendra la pièce si j'ai faim, ignorons-le. Pourtant, la peur de la solitude fait que l'on ne peut s'empêcher d'aller perdre son temps avec cet autre-là que l'on ferait mieux d'envoyer balader au diable.

 

10.
Avoir de l'argent sert à se passer d'amis.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 avril 2013

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 22:28

NICHE A CHIEN ECHOS REGRETS
En feuilletant Balades en jazz, d'Alain Gerber, folio senso.

 

1.
"chez lequel il s'était illustré dans une pièce intitulée Concerto pour niche à chien"
(Alain Gerber, Balades en jazz, p.72)

 

Chez space sound, la guitare à Jimi Hendrix, lequel, dit-on, était féru, môme, de science-fiction. A-t-il puisé ses sons étranges, ses électricités triturées, en imaginant, en se jouant dans la tête les sons des vaisseaux spatiaux filant dans le cosmos, puis en les flanquant dans ses solos ? C'est qu'il fut génial, Jimi Hendrix, bref et comète. Il s'était dit quoi, le gars qui écoutait un morceau d'Hendrix pour la première fois ; elle s'était dit quoi la fille ? Wah sans doute... Illustré qu'il s'est, Hendrix, dans l'art de faire sonner bizarre, d'avant-garder sa gratte ; dans une autre dimension, sa guitare, une drôle de jeteuses de sorts... Dans une pièce, Hendrix, sa guitare, sa musique, c'est un fantôme, une revenante... Intitulée Concerto, la pièce, rien que ça, Concerto, en voilà un grand mot, Concerto pour niche, j'imagine flottant dans l'espace, la niche, entre ces yeux lointains qu'on appelle étoiles, niche à stellaire chien aboyant aux basques du diable passant.

 

Note : Bien qu'il ait fait amplement us age d'un tas de pédales ouah-ouah, ce n'est pas Jimi Hendrix qui a composé Concerto pour niche à chien. je relève ceci dans "Balades en jazz", p.72:
"Ancien contrebassiste de Stan Kenton, chez lequel il s'était illustré dans une pièce intitulée Concerto pour niche à chien, (...), Ramsey...".
Hendrix, à ma connaissance, n'a pas interprété ce morceau, et c'est donc par pure fantaisie que j'associe Hendrix à ce Concerto pour niche à chien, dont d'ailleurs je ne sais rien.

 

2.
"Quant à la musique, elle ne sort que la nuit, où tous les chats sont gris."
(Alain Gerber, Balades en jazz, p.60)

 

Musique, nocturne, noctambule, la diseuse de notes, parmi griffes et souris.

 

3.
"de l'autre côté du fleuve et sous les arbres du presbytère"
(Alain Gerber, Balades en jazz, p.38)

 

Le fleuve, c'est le temps qui sépare, on s'y noie fatalement, à moins que l'on nous retrouve pendus aux arbres du presbytère.

 

4.
"empiler le tumulte au fond de sa gorge"
(Alain Gerber, Balades en jazz, p.61)

 

A force d'avaler des couleuvres, y en a, ça leur tumulte la gorge, ça leur gronde la vocale, ça leur fout du chien, de l'éclair sur la route qui révèle soudain un visage étrange, familier et furieusement pâle.

 

5.
"l'illusion qui fait sa force"
(Alain Gerber, Balades en jazz, p.76)

 

Sans doute l'auteur évoque-t-il ici le réel.

 

6.
"le regard de Dieu sur le monde qu'il est en train de créer"
(Alain Gerber, Balades en jazz, p.77)

 

C'est là la source de la fascination que nous éprouvons pour les grands improvisateurs.

 

7.
Dans La Fontaine de Jouvence, un épisode de Pirate des Caraïbes, ce constat lucide : "Nos sabliers arrivent à leur fin".

 

8.
Entendu sur France Culture : "... elle remonta son bras derrière elle...". J'admire que, soudain, le personnage se fasse poupée désarticulée, obligée de se remonter toute seule, sorte d'Olympia rescapée. Je ne sais pas qui a écrit ce bout de phrase, mais il vaut bien le singe que l'Alfred du Bal des Vampires prend pour un signe du zodiaque.

 

9.
"il y avait des chiens, des échos, des regrets..."
(Alain Gerber, Balades en jazz, p.94)

 

On dit que le seul signifié de la musique, c'est son signifiant : le son lui-même. C'est faux. Certes, la musique ne renvoie pas au réel, elle renvoie au fantôme du réel. La musique est une invocation "des chiens, des échos, des regrets" qui nous traversent.

 

10.
Je suis convaincu que sans cesse des fantômes nous traversent. Simplement, nous ne nous en souvenons pas.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er avril 2013

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