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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 21:32

NOTES ET TRAITS SUR LE GRAND VIOLON DE HENRI MICHAUX

 

« Rageur, m'engouffrant dans ses plaintes, dans un amas de tonnerres nasillards »

(Henri Michaux, « Le grand violon »)

 

1.

Dans un poème à Henri Michaux y en a un qui dit qu'il a un « grand-violon girafe » et pourquoi pas un trombonéléphant je dis.

 

Ou une flûte à bec de canard ou un saxopopotame ou une guitare qui boit d'la bière tant qu'on y est.

 

Mais moi ce que je préfère c'est la fontaine-batterie celle qui gicle et qui cingle et dont les voix jaillissent claires et glougloutantes.

 

2.

Après le quidam au « violon-girafe » i dit qu'il en « joue à l'escalade » qu'on voit l'image du violoniste grimpant sur le cou à l'animal.

 

Qu'évidemment jouer du violon « à l'escalade » comme il dit Michaux ça évoque assez les sons qui montent et grimpent dwzing dwzing dwzing !

 

Du dwzing dwzing dwzing ça peut s'jouer aussi sur une fontaine-batterie mais c'est plutôt avalanche qu'escalade quoique quoique quoique.

 

3.

Le violoniste narrateur il est « bondissant » qu'il dit, qu'ça doit être une sorte de voltigeur, de trapéziste, de grimpe-plafond.

 

4.

Il bondit même « dans ses râles » comprenez les râles du violon-girafe que c'est un instrument grognon donc que c'est qu'il est vivant.

 

5.

Le narrateur à Michaux i signale d'ailleurs qu'il a des « cordes sensibles » le violon-girafe ce qui est normal pour du vivant.

 

Par contre la fontaine-batterie côté « cordes sensibles » c'est plutôt indifférent ça suit implacablement son rythme ça la fontaine-batterie.

 

6.

Son violon-girafe au narrateur c't'un fourre-tout à « désirs épais » et au « grand cœur de bois enchagriné » qu'enchagriné ça violine en effet.

 

« sur son grand cœur de bois enchagriné » écrit Henri Michaux que moi ce violon-là j'ai l'impression qu'il pizzicate.

 

7.

Le « violon-girafe » selon le narrateur on peut pas le « satisfaire » on peut pas le « comprendre » que c'est comme un être irréductible.

 

J'ai bien peur d'abuser des mots à son poème à Henri Michaux qu'on pourrait dire que j'plagie alors que je rends hommage et très respectueux.

 

Mais on n'a qu'à me dire et je remplacerai le « violon-girafe » à Michaux par la fontaine-batterie à Houzeau.

 

8.

Le narrateur évoque aussi la « plainte basse » du violon-girafe que ça lui fait une voix basse pour se plaindre des choses et d'autres.

 

9.

Je me demande dans quel orchestre ça peut bien jouer un violon-girafe qu'à mon avis c'est un instrument de soliste et même de solitaire.

 

C'est ça qu'est bien avec la fontaine si elle est claire il y a des filles qui y viennent s'y promener sous le doux swing des feuillages.

 

10.

Le narrateur compare « l'air accablé » du violon-girafe à l'air qu'ils « ont les gros poissons gloutons » qu'il écrit ça pour l'assonance non ?

 

Que l'assonance, l'allitération et tout ça qui harmonise imitatif c'est comme qui dirait l'archet sur son violon au sonneur de syllabes.

 

11.

Du reste j'vois pas en quoi les « gros poissons gloutons des hautes profondeurs » auraient l'air plus « accablé » qu'un pâté en croûte.

 

Vous me direz que le « pâté en croûte » n'a pas à chercher sa nourriture et à manger d'autres poissons mais le violon-girafe non plus alors ?

 

On dit qu'les « hautes profondeurs » grouillent de monstres tentaculaires et autres féroces voraces et alors ça les accable-t-y ? Bah...

 

12.

Donc le « violon-girafe » i f'rait une dépression, une crise d'identité, que voyez ce serait pas étonnant.

 

La fontaine-batterie ça déprime pas dans les « hautes profondeurs » ça roule ses graves ça tamtamme tomtomme dans tous les lointains.

 

13.

Du coup, Henri Michaux, pour pas désespérer le lecteur, il lui flanque un « air de tête et d'espoir » au violon-girafe que c'est plutôt comique une tête de girafe non ?

 

14.

Et faut pas croire mais le violon-girafe c'est têtu comme bête à sons, avec de « l'envolée », du trait d'la « flèche » pis qu'ça « cède » pas.

 

15.

Le violon-girafe je le vois donc têtu comme un qui n'abandonne pas sa mélancolie au bord d'un chemin mais s'la coltine avec pugnacité.

 

Sa mélancolie si on la laisse tomber y en a j'parie i vous la ramassent pis ils la revendent aux marché aux puces neurasthéniques.

 

16.

C'est comme ça qu'on finit par écrire des poèmes en faisant de sa mélancolie un « violon-girafe » ou une guitare qui gently weeps.

 

17.

Des fois même qu'on en est tout « rageur » qu'on s'en va à travers « plaintes » (oh toutes ces voix !) et « tonnerres nasillards ».

 

« Tonnerres nasillards » en voilà une expression que moi ça m'rappelle Bob Dylan - d'ailleurs « Hurricane » c'est-y pas plein d'violon ?

 

« Tonnerres nasillards » que sur la scène de ma tête soudain surgit Donald Duck pis qui chante de très tonitruants blues.

 

C'est pas pour dire mais la fontaine-batterie ça accompagne bien le blues tout en dentelle de cymbale pis ça nasille pas ça chante clair.

 

18.

On dirait que le poète a voulu décrire le son du violon avec ou sans girafe quand il jette des « accents de panique ou de bébé ».

 

19.

Il y a dans le poème à Michaux cette séquence « blessé, perçants, déchirants » qui vu qu'on en cause peut faire penser au son du violon.

 

20.

Vous me direz alors pourquoi « girafe » le violon que c'est comme les pâtis d'la pochette à Pink Floyd que sans les vaches ce s'rait les mêmes pâtis mais que ce s'rait pas la même pochette.

 

21.

A la fin le narrateur i a l'air de regretter d'avoir fait ouiner l'violon-girafe qu'alors il est pris d'un genre de désespoir comparable.

 

Vous me direz comparable à quoi à « je ne sais quoi » répond le narrateur que le violon-girafe voyez c'est un peu d'notre âme voilà.

 

Conclusion qu'à mon avis Henri Michaux son violon-girafe c'est pour faire songer à quand le violon i fait ggggiiiiiiiiirrraf.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 26 septembre 2016.

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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 18:35

KSÉ COMME UN SINGE L'HOMME TSAIS

 

1.

Défois on san pis défois on manj du fromaj kilya kelkchoz dan l'jenr infini làddans & pas seuleman dan les trous à gruyère & qu'on tressaïl.

 

2.

Qu'on dit alor com si on s'apelai Michaux « Moi – ça - tremble » que le réel l'arrête pas de trembler qu'on l'voit même pas qui parkinsonne.

 

3.

Qu'on grouye d'bous d'mondes paralèle qu'on est là avec nos ptits mickeys nous traversant come le tems traverse le tems même kil existe pas.

 

4.

Que dans les rues de chaipaoù les longues rues de chaipaoù y a une drôle de qui s'enfuit en criant qu'elle est dans les ombres.

 

5.

« Pensées à la nage merveilleuse,

qui glissez en nous, entre nous, loin de nous »

(Henri Michaux, « Pensées »)

 

Des fois qu'on a dans la caboche toute une nagerie merveilleuse de songeuses oh des pensées qu'on sait pas d'où la féerie.

 

6.

Des fois qu'on a dans la peau une fantôme qu'on tombe amoureux d'une vivante mais en vrai c'est la fantôme qu'on aime.

 

7.

Qu'on est plein d'chair & d'os qu'on a le squelette causant pis qu'on croit ksé nous ksé comme un singe le spectre de la grenouille.

 

8.

Qu'on lit des albums où la lune s'ouvre comme un abricot même qu'il en sort des légions d'araignées qui nous viennent grignoter le cerveau.

 

9.

On est plein « d'étrangères en nos maisons » (i dit Michaux) ce son les Pensées eles parle des langues étrangères qu'on pran por d'la raison.

 

10.

Ça s'robotiz ça s'algorythme ça s'technocratiz kon passe dans l'déréel kon en cause dan les journaux des automates de nos pommes spectres.

 

11.

Nous passons dans les longs couloirs avec nos villes fantômes ; alors les yeux des machines nous observent et analysent.

 

12.

Parfois, on regarde les gens dans les films comme s'ils n'avaient pas fini d'exister.

 

13.

Comme il ne sentait plus le trottoir, il s'enfonça, s'enfonça, ne fit plus que s'enfoncer. Il fallut le déminer.

 

14.

Parfois on laisse dieu aux chiens. Mais les chiens n'y croient pas. Ils traversent dieu en reniflant et vont lever la patte sur un pommier.

 

15.

Que les fourmis dévorent les murs, c'est plutôt rare. Elles préfèrent engloutir les éléphants. D'ailleurs, les murs n'ont pas de trompe.

 

16.

Mieux vaut ne pas trop se pencher sur soi, on risquerait de glisser dans l'gouffre. Et vaut mieux pas tenter le diable des autres non plus.

 

17.

« un fromage lent, jaune, à pas de chevaux de catafalque, circulait en lui-même comme un pied du monde. »

(Henri Michaux, « La vision de Plume »)

 

Circuler en soi-même, c'est à coup sûr mourir noyé dans son propre sang, et puis si l'on se sait « pied du monde » autant aller unijamber ailleurs.

 

Si l'on est fromage, à « circuler en soi-même » vaut mieux pas qu'on soye gruyère, qu'on tomb'rait dans les trous.

 

18.

Quand nous allons dans le monde, nous emportons nos phrases avec nous. On appelle cela « avoir de la conversation ».

 

19.

Avant que ça se manifeste, un grand silence... Le hasard fait taire fanfares et fanfarons ; alors on entend le fantôme de l'ange qui passe.

 

20.

Parfois, afin d'éviter d'autres anachronismes, il faut épousseter les horloges des spectres qui s'accrochent à l'illusion du temps.

 

21.

Depuis le temps qu'on traverse des temps troublés, quand il fera plus clair, à mon avis, on sera plus qu'aveugle.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 17 septembre 2016.

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 10:04

PAS UN MOT DANS NI MÊME
14 brefs en lisant Henri Michaux

 

1.
Dans "La nuit remue" de Michaux, ça frissonne grandement, heureusement, avec une intensité de "Parfois, tout d'un coup."

 

2.
Dans "La nuit remue", le narrateur déconseille l'auto-pliage ("une folie"). C'est qu'une fois plié, la moindre boîte aux lettres pourrait vous avaler.

 

3.
Pas une plante, mais une bête, une bête faite de toutes sortes de plantes, une bête d'eau qui dort, et qui fait le siège de ma maison.

 

4.
De "Mes Propriétés", je vois monter tant, tant de mystères que je ne m'étonnerais pas de le voir prendre écaille, ouvrir des yeux furieux et cracher des flammes.

 

5.
Dans "Mes Propriétés", le souffle du gong qui "bichute" avec des "plates" et "basses" qu'on dirait une neige de cafards dans une nuit blanche comme la patte.

 

6.
Dans "La nuit remue", la perspective des jambes longues, longues, longues; elles eussent fait une danseuse de la donzelle réflétée dans une goutte.

 

7.
Dans "Amours", celle qu'on ne sait où et qui vous fuit, quand vous tentez, avec vos syllabes, se glissant, anguille du marais des phrases, pour devenir chat.

 

8.
J'ai tant rêvé d'être écrivain que bientôt je ne pourrai plus signer sans pleurer.

 

9.
Dans "Mes Propriétés", l'espace vous sème, fait tache de vous, cible flottante que vise la foudre lente des arbres.

 

10.
Dans "Nous Autres", quidam collecte de "l'os", de la "dent", de la "corne". Encore est-ce dans le désert; autant chercher son oeil dans une nuit close.

 

11.
Dans Michaux, "Une vie de chien", qui flaire l'improbable le long des murs et de leurs ombres tenaces.

 

12.
Dans Michaux, "Une vie de chien", le "très tôt" et le "fourbu". Ce qui s'use à ses seuls nerfs.

 

13.
Dans Michaux, "Une vie de chien", quidam attrape des mots pour en faire les clés de ses portes aléatoires.

 

14.
Dans Michaux, "Une vie de chien", ces phrases que j'aurais aimé avoir composées :

 

"Quant aux livres, ils me harassent par-dessus tout. Je ne laisse pas un mot dans son sens ni même dans sa forme.
 Je l'attrape, et, après quelques efforts, je le déracine et le détourne définitivement du troupeau de l'auteur."

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er décembre 2013

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 03:48

LES DEBUTS DE L'INSOLENCE
Questions et réponses sur le poème "Mon Dieu", de Henri Michaux (cf Henri Michaux, La nuit remue, La bibliothèque Gallimard n°90, p.240)

 

GRAND A : QUESTIONS.

 

1) Qu'il y eut-il un jour ?
2) Que lui-a-t-on fait ?
3) Qu'est-il devenu ?
4) Que lui a-t-on fait encore ?
5) Qu'est-il alors devenu ?
6) Et pourquoi le narrateur veut-il qu'on le "comprenne bien" ?
7) Quel est l'intérêt de l'anaphore "et" ?
8) Quel type de phrase domine la seconde strophe ?
9) A quoi, dans cette seconde strophe, Dieu est-il comparé ?
10) Dans quelle mesure l'adverbe "insolemment" peut-il être considéré comme ironique ?

 

GRAND B : REPONSES.

 

1.
Il y eut un jour que je ne sais pas ce qu'il y eut. Mais il y eut, ça me semble évident.

 

2.
Il y eut qu'il ne fut plus ce qu'il était, et ce qu'il était, bien malin qui peut le dire. Mais il était, ça me semble évident.

 

3.
Il y eut qu'il devint, et ce qu'il est devenu, bien malin qui peut le préciser. Mais il est devenu, ça me semble évident.

 

4.
Il y eut qu'il ne fut plus non plus ce qu'il était devenu. Mais il persistait tout de même à être, ça me semble évident.

 

5.
Il y eut qu'il devint nombreux aussi, et multiplié, et attroupé, et des griffes lui poussèrent, et lui poussèrent aussi des dents.

 

6.
Si le narrateur veut qu'on le "comprenne bien", c'est que c'est un naïf qui pense qu'il y a réellement quelque chose à comprendre, alors que ça se comprend tout seul, sans nous, que ça se promène, et s'amplifie, et se murmure de bouche en bouche, et se joue sans nous, et se joue de nous, qu'il n'y a rien d'évident, c'est évident.

 

7.
Et c'est que les "et" enchaînent les choses les unes aux autres comme si elles avaient un lien entre elles, les choses, alors qu'elles ne sont que du et, que du et, que du et il mit son manteau, et il sortit acheter du pain, et la voiture le faucha, et voilà qu'on l'enterre, et c'est bien dommage, c'est évident. Si on m'avait dit... jamais je n'aurais pensé... ça n'arrive pas qu'aux autres... on croit que... c'est évident.

 

8.
Un type de phrase qui donne à penser qu'il y en a qui sont étonnés que ça soit si évident.

 

9.
Dieu est incomparable. Et même insolemment incomparable. Il faut tout de même une sacrée dose d'inconscience pour vouloir comparer Dieu à de la gomme, à du papier de verre, à du vide-cervelle, à de la cuiller à ramasser les yeux crevés et les dents tombées.

 

10.
Là aussi, et encore une fois, il faut être tout de même sacrément insolent pour demander en quoi il est ironique ici, l'adverbe "insolemment", alors que, dès le début, comme on l'a vu, l'insolence fut, qui se fit chair, et souffla dans la poussière, et ça fit de grands mouvements d'êtres bruissants, d'êtres mouvants, d'êtres à syllabes, que ça en fit, des histoires.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 août 2013

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 08:45

AUSSI FOURMI
En cogitant sur le poème "Terre !", de Henri Michaux.

 

1.
C'est plein de "i" partout. Il y en a tant et si que ça fourmille dans la farine, que ça siffle dans les sophistiquées, que ça frimousse, frétille, et rissole dans les frites, que ça rythme jadis aussi parmi nous pas que péris, pas que périscopes, péripéties, prétéritions.

 

2.
L'ici et le maintenant viennent d'ailleurs, du naguère et du là, et à peine sont-ils qu'ils sont ailleurs, dans l'encore et le tantôt. Le temps va si vite qu'on ne le voit pas passer ; c'est comme s'il ne passait pas ; c'est comme s'il était déjà passé. A partir de là, c'est tout de même difficile d'être à l'heure. C'est que, être synchrone avec les aiguilles, trotteuses, arpenteuses, armonteuses, menteuses, menteuses, menteuses, voilà qui relève de l'exploit. Ou de l'autosuggestion.

 

3.
Le temps sort de lui-même comme un oeuf de son oeuf.

 

4.
Qu'est-ce qu'une invitation ? Une outrecuidance qui consiste à faire accepter à quelqu'un, qui généralement ne vous a rien demandé, l'idée qu'il va perdre un peu de son temps en votre compagnie.

 

5.
Le réel est divisé par les pronoms ; les possessifs le dictent et se le transmettent. La véritable dynastie, c'est celle de la langue.

 

6.
Par définition, le passé ne nous appartient plus ; le futur ne nous appartient pas encore, et le présent nous file entre les doigts.

 

7.
Il est toujours épatant de constater que nous nous levons le matin en maugréant putain fais chier pour en arriver quelques quarts d'heure plus tard à "Monsieur Chaponpon ! Comment allez-vous ?"

 

8.
Qu'est-ce qu'écrire un livre ? Une outrecuidance qui consiste à proposer à quelqu'un de perdre un peu de son temps, et de son argent, à lire ce que vous-même parfois avez du mal à trouver intéressant.

 

Note : En ce qui concerne la musique, très souvent, ce n'est plus de l'outrecuidance, c'est de l'agressivité, de la violence, de l'intention manifeste de nuire.

 

9.
Qu'est-ce qu'une bonne musique ? Une indélicatesse qui vous rappelle que le temps file.

 

10.
Qu'est-ce qu'une mauvaise musique ? Une révélation de jusqu'où ils peuvent aller, les autres, pour vous enquiquiner.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 août 2013.

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 08:23

QUESTIONS SUR EMPORTEZ-MOI NOUS AUTRES TERRE
Petites invites à lire et relire Henri Michaux.

 

Les trois questionnaires qui suivent peuvent servir de base à d'autres questionnaires, plus précis, plus scolaires. Ils ne sont donc pas inutiles. Néanmoins, la formulation de certaines questions peut certainement être améliorée. Evidemment. Bien sûr. J'en suis conscient.

 

I) Questions sur le poème "Emportez-moi", de Henri Michaux (in La nuit remue, La bibliothèque Gallimard n°90, p.224).

 

1) Dès le premier vers, que demande le narrateur ?

2) Quelles épithètes emploie-t-il pour désigner la "caravelle"?

3) Dans quel but fait-il cette étrange demande d'être embarqué, emporté, emmené ?

4) Dans la deuxième strophe, comment précise-t-il cet ailleurs où il désirerait se perdre ?

5) Dans la troisième strophe, comment s'humanise le lieu où il voudrait tant se perdre ?

6) Que demande-t-il enfin ?

 

II) Questions sur le poème "Nous autres"? de Henri Michaux, (in La nuit remue, La bibliothèque Gallimard n°90, p.114).

 

1) A quelle personne s'exprime le narrateur ?

2) Dans la première strophe, que constate-t-il ?

3) En quoi la deuxième strophe du poème s'oppose-t-elle à la première ?

4) Qu'est-ce qui caractérise les "chevaux" de ce poème ?

5) Où sont-ils "arrivés", ces gens que trimbale le pronom "nous" ? (cf "De plus, nous sommes arrivés aux...")

6) Dans la dernière strophe, en quoi l'emploi du verbe "entrer" est-il signifiant ?

 

III) Questions sur le poème "Terre !" de Henri Michaux (in La nuit remue, La bibliothèque Gallimard n°90, p.237).

 

1) Quelle est l'assonance qui domine le premier vers ? Quel en est l'intérêt ?

2) Quel sens pourriez-vous donner au troisième vers de ce bref poème ?

3) Et à l'avant-dernier, quel sens ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 août 2013

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 05:31

HISTOIRE DE FAIRE CROIRE
En cogitant sur le poème "Nous autres", de Henri Michaux.

 

1.
La personne utilisée est fréquente. Elle fait foule. C'est par elle qu'il s'exprime, le narrateur. C'est plein de bouches, tout ça partout, de bouches, bouches, bouches, auxquelles l'encre donne langue.

 

2.
Il constate que ce n'est pas facile tous les jours. Ontologiquement pas facile. Que l'être, c'est essentiellement de l'échec. Du pas réalisé. De l'inabouti. De l'impasse. De l'autre.

 

3.
Au départ, c'est plein de pas possibles. Puis, on finit par en trouver, du possible. Mais il est tout troué, mité. Il file, il grogne, il griffe, il a des cornes, il vous prend tout, il vous transpire, il vous tanne, vous déserte, vous égratigne, vous hausse les épaules, vous désosse, vous édente, vous attrape, vous rape, vous pique vos sous et dis que dis que dis que que que que, que que que.

 

4.
Ces dadas ne sont pas des tartes aux pommes. Ces dadas ne sont pas des autres déçus. Ces dadas ne sont pas des fantômes flottants ; ils ne hennissent pas dans la flûte des airs. Ces dadas ne se prennent pas pour de grands écrivains. Ils ne croient pas qu'on les lise. D'ailleurs, on ne les voit pas. Ils passent dans leur miroir sans tain, leur miroir si souple qu'on le sent à peine passer, sur sa peau comme un souffle.

 

5.
Bien sûr, c'est au nom du sens que nous affirmons que rien n'a de sens, et c'est au nom du réel que nous affirmons que tout est illusion. Mais il faut bien un Menteur. Mais il faut bien un Truqueur. Le Diable a plus d'une langue.

 

6.
Dieu, lui, ne dit rien. On parle à sa place. On lui secoue la tête de bas en haut et de haut en bas, de bas en haut et de haut en bas, de bas en haut et de haut en bas, histoire de faire croire.

 

7.
Où sont-ils arrivés, ces gens que trimbale le pronom "nous" ? Ils en sont aux autres. Aux autres qui préparent leurs pièges d'autres, pour les faire trébucher, ceux du nous, pour les aimer, ceux du nous, les accueillir, les intégrer, les scolariser, les reproduire, les ceux du nous, pour les rallier à leur humanisme de bon aloi. Celui qui fait regretter les grands massacres. Celui qui, en vertu du "Si vis flouzem, oseillam, fricum, para bellum", vend des choses qui volent, qui roulent, qui rampent, qui filent, qui fusent, et qui explosent dans l'ailleurs, dans l'autre, là-bas.

 

8.
Elle, quand on la regarde, nos yeux tombent. C'est pour ça que nul, jamais nul, ne la voit, jamais.

 

9.
C'est qu'il y a tant d'entrées, et de sorties, et de trous, et de glissements, et de à la dérobée. Comment voulez-vous marcher droit ? Funambule aveugle sur un fil qui n'existe que parce qu'on y croit.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 août 2013

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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 05:09

SAGE, ET FOU, COMME UNE IMAGE
En lisant le poème "Emportez-moi", de Henri Michaux.

 

1.
Comme il n'est pas une frite, il ne demande pas qu'on l'emporte dans un cornet.

 

2.
En tout cas, elle n'est pas jeune et rude. Elle ne rue pas, ne se cabre pas, ne gigue pas sur la mer, ne hennit pas, ne hurle pas, ne chante pas en anglais ; elle a l'air de pas faire trop de bruit. On peut lui laisser ses oreilles tranquille.

 

3.
Il ne veut pas se retrouver ici et maintenant ; il est pris de cette envie d'être ailleurs et plus tard. C'est une sorte de nostalgie à rebours ; et je dirai aussi que c'est une sorte de Sehnsucht, comme disent les Allemands, bien je ne sache pas exactement ce que veut dire Sehnsucht - et, n'ayant aucunement l'intention d'aller en Allemagne dans les cent prochaines années, à vrai dire, le sens exact de Sehnsucht, peu me frise - mais ça fait intello-à-qui-rien-d'humain-tagada-tsoin-tsoin d'accorder ainsi à une langue étrangère, une langue à la fois si proche et si lointaine, une signification spécifique, une étrangeté qui nous fait penser - on ne le dit pas, on le suggère juste - qu'ils ne sont pas tout à fait comme nous, les autres, là-bas.

 

4.
C'est dans l'image poétique qu'il voudrait se perdre. C'est peut-être là le lot des poètes : ils se perdent dans leurs images. Ils sont là, comme derrière une verrière, qu'on croit qu'ils vont sortir, et ils sortent en effet, mais ce n'est pas eux - eux, ils sont toujours derrière la vitre - et, cependant, ils sont là, avec nous, et vont faire ce que nous faisons chaque jour, qui est nécessaire pour ne pas mourir, qui est nécessaire en attendant de mourir.

 

5.
On dirait bien qu'il veut hanter les corps, lui, là, comme si les corps étaient des images poétiques. C'est comme ça que l'on entame une carrière de profanateur de sépulture. Sauf que tout ça, c'est que de l'écriture, du poème, du pas grand chose et du je ne sais rien. Surtout si l'on songe qu'il y en a qui, et d'autres qui, et tous ceux qui, vous y avez pensé, à tous ceux qui ?

 

6.
Du reste, c'est ce qu'il demande en fin de compte. Il doit se prendre pour un chien. Il veut qu'on lui ouvre la terre pour qu'il en tire de l'os, de l'à-ronger, du restant.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 août 2013

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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 17:54

CONTRE ! EST UN NARRATEUR PAS GENTIL
Notes sur le poème "Contre !" de Henri Michaux (in Henri Michaux, La nuit remue, La bibliothèque Gallimard n°90, p.112-113).

 

1) Dans le poème "Contre !" avec quoi le narrateur affirme-t-il pouvoir construire une ville ?

 

Avec pas grand chose, ce qui n'est pas possible. Mais comme il y a des villes qu'on a bâties sur des bidons, des villes qu'on a creusées dans des roches, des villes aux maisons aux murs de papier, alors pourquoi pas une ville en lenteur de gemellance, en pesanteur de point pala, en absence de raison ?

 

2) Quel est le verbe employé pour signifier le cri de cette ville ?

 

Déjà, qu'une ville puisse crier, en soi, ça semble bizarre à dire, cependant qu'à chaque instant, dans chaque ville, des cris sont poussés, des cris de douleur, des cris de surprise, des cris de joie, des cris de plaisir, des premiers et des derniers cris, et je ne parle pas des cris dans les villes bombardées, suppliciées, martyrisées dans la Syrie de 2013, et ailleurs aussi, parce que, voyez-vous, le monde est très très très corrompu de partout, si, si. Ensuite, le verbe employé est le verbe "braire", et même "braire au nez", et "même braire au nez gelé".

 

3) Avec quoi le narrateur prétend-il "asseoir des forteresses écrasantes et superbes" ?

 

Avec ce qui s'échappe de sa cigarette (on supposera que le narrateur fume, ce qui n'est pas prouvé, mais on s'en fout) ; avec aussi ce qui se glisse dans les rues le matin, des fois, quand on voit plus rien, qu'on a l'impression que des voitures à chevaux vont surgir du nulle part, conduites par des cochers bourrus, et que l'on va croiser Sherlock Holmes, pipe, drôle de long manteau, oeil vif. J'ai bien l'impression aussi que le narrateur aime les percussions, comme moi, tiens, j'aime la batterie, moi, la batterie jazz qui vous fait de ces voix jaillies de fontaines batteries que ça vous rend tout joyeux, et, quand on est plutôt du genre brumeux, ça fait plaisir.

 

4) A quoi le narrateur s'en prend-il ?

 

A mon avis, aux gueules de cons, mais il ne le dit pas comme ça. Et puis pas qu'à. Si ça se trouve, à un peu tout le monde. C'est une posture. De toute façon, les gens, faut les tenir à distance. Les gens ne sont pas les gens, ce sont des cerveaux, des mâchoires perspicaces tenaces, des consciences aiguisées comme des couteaux, des menottes et des liens. Les gens, c'est du fatal en marche. Faut faire gaffe. A n'utiliser qu'avec parcimonie et précaution, les gens.

 

5) Pourquoi répète-t-il le mot "Glas" ?

 

Je sais pas. Mais ça fait de l'effet, ce glas, son qui sonne froid, non ?

 

6) Que croit-il, le narrateur ? Et Dieu dans tout ça ?

 

Je ne répondrai à cette question qu'en présence de l'avocat du diable.

 

7) Quel verbe emploie-t-il en le répétant et signifiant ainsi son opposition ?

 

Il "contre", le gars. C'est un scribe contreur, genre.

 

8) Que demande le narrateur à ses "frères damnés" ?

 

Il ne leur demande pas de partager son repas, parce qu'il ne pense pas qu'à la fin du poème il sera crucifié, et du reste, il ne le sera pas. Du coup, s'il ne peut multiplier les pains et changer l'eau en picrate, il aurait pu acheter de la choucroute et de la bière, ah le radin dis donc !

 

9) En quoi le narrateur se montre-t-il paradoxal ?

 

Il se croit nyctalope, le gus, puis génial Thésée, puis pur esprit, vengeur masqué, superhéros, Napoléon Scribe, général Vengeance... A mon avis, dès qu'il aura dessoûlé, il prendra plus la planète pour une "poulie" et nos "carcasses" pour du poulet. Y en a j'vous jure ! Alors qu'à la rentrée, on va avoir plein de jolis romans politiquement recyclés qui vont nous parler habilement des tourments du couple moderne, des rappels inéluctables du passé, de la beauté qu'il y a à aimer les autres, des turpitudes de l'Amérique profonde, du comme c'est dommage tous ces morts mais heureusement l'avenir est dans les nouvelles générations pourvu qu'on arrive à les faire voter socialiste pour que je puisse continuer à me la péter à l'université, enfin bref tout ce que je n'aime pas ou dont je me fous avec l'assentiment des grands héliotropes, qui est un truc que je pique à Rimbaud, que je sais pas ce que ça veut dire, mais comme j'aime bien comme ça sonne, je ne vois pas pourquoi je me priverais.

 

10) Quelle est la date de la composition de ce poème ?

 

Le poème "Contre !" est daté de 1933, l'année où l'autre furieux va prendre le pouvoir en Allemagne. Il y a du furieux dans le poème de Michaux. Le narrateur est un furieux. Si.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 août 2013

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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 13:12

LE TRAIN PASSE MAIS LA VACHE N'ABOIE PAS
Notes sur le poème Le livre des réclamations, de Henri Michaux.

 

Dans la première strophe, ce sont des gueules, ses phrases, des gueules ouvertes et qui clament, puis qui réclament.

 

Vous me demandez à qui il s'adresse. Pas à ma soeur, c'est sûr. Mais il se pourrait bien tout de même qu'il s'adresse, s'adressât, s'adressi à la grande invisibilité, ou au grand manipulateur de nous autres.

 

A la mère Nature.

 

Il ne compare pas le "vomissement" à un poisson qui vous ressortirait par la bouche. A une corne d'abondance plutôt. Mais que celle-ci vous ressorte par la bouche, il ne le dit pas.

 

Cette phrase, qui commence par "Mais le moment" et finit par "son lent chemin...", s'enfuit dans les sables de la page, disparaît, engloutie dans le blanc      Le présent de vérité générale, c'est le temps dans sa toile ; il nous tombe dessus comme l'araignée dégringole des fois du plafond pour venir nous mordre la plante des pieds.

 

Parfois, il me semble autour de nous, le temps, qu'il est superposé en voiles transparents, en rideaux tombants, translucides, en pans de murs liquides, en miroirs où nul ne se reflète, et d'où la main de la mort surgit soudain, et nous ôte de la vie.

 

Pour ce qui est de la nature de ses enfants, elle est bien curieuse... C'est qu'ils ont de la gueule, du sourire carnassier, de la meute, et du filant ; et puis il y en a, elles ont de longues jambes sautillantes ; et puis, ce ne sont pas les enfants du narrateur, ce sont ceux qu'il a eus de l'ailleurs.

 

En vertu du principe que dog eat dog, les dents se firent boulotter par d'autres dents. Quant à l'herbe, elle laissa longtemps sautiller les jambes.

 

La balle est faite pour tuer comme le désastre tracasse, fracasse, décarcasse, et fait qu'on passe de vie à trépas. C'est écrit dans les mots. Pas étonnant que cela arrive.

 

Ce qui est marrant, c'est tout de même quand le fauve aux yeux blanches et sourd comme un pot s'avance dans la jungle, et que les herbivores aux longs cils se fichent de sa fiole, tandis qu'il a l'air groumpf des êtres que la langue a gorgonglés depuis lurette, et qui cependant persistent, en dépit du gong, à circuler entre les ruines.

 

Les choses étant ce qu'elles sont, le train passe mais la vache n'aboie pas, tandis que les humains sont pleins de sade, et de méchant, et de mort déjà.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 août 2013.

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