Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 17:24

DES FOIS QU'ON REGRETTE

1.
Des fois qu'on regrette d'être venu ici… l'ailleurs, un univers parallèle… notre avenir zigouillé par le passé.

2.
Eh oh et la liberté de mettre ses enfants dans l'école qu'on choisit alors ? La mixité sociale, c'est comme tout le reste, une valeur marchande, et même une valeur politico-marchande.

3.
Quelqu'un m'a fait remarquer que dans des quartiers où il y a 40 à 50 % de taux de chômage, faut pas rêver, c'est difficile d'éviter l'économie parallèle et/ou la radicalisation idéologique.

4.
Amère « Tu ne m'aimais pas »… la froideur des tempéraments… et puis les masques… les sourires des clowns, et des couteaux derrière les rires.

5.
Dans une émission sur France Culture traitant de l'éducation : « Tous les 5 ou 6 ans on réalise avec horreur ce qui est train de se passer ».

6.
Dans les programmes de Bac Pro, la suppression du cours d'histoire sur les monothéismes a été une erreur. Il permettait au moins de rendre à l’Éternel sa chronologie.

7.
Cette « troisième guerre »… elle a sa source dans cette crise économique qui depuis 1973 n'en finit plus de laminer notre civilisation.

8.
Épouvante et jambon d'pays ! Je m'aperçois qu'on a remplacé le mot « care » par les mots « empathie » et « bienveillance » ! Mais c'est bien sûr la même lénifiante idéologie !

9.
Entendu sur France Culture, à propos de notre système éducatif, cette maladresse : « d'incroyables réussites d'intégration » - l'adjectif « remarquables » aurait suffi.

10.
Tout, absolument tout ce qui nous arrive, nous est nécessaire dès lors que nous lui survivons et devient nécessaire aux autres dès lors que hop nous ne le sommes plus.

11.
« Le pardon est mort dans les camps de la mort » a écrit Vladimir Jankélévitch. Autrement dit, le nazisme consiste aussi à assassiner, à annihiler le pardon.

12.
La terreur a pour but de sidérer l'autre, de l'empêcher de penser ; elle est une variante du blitzkrieg ; pour la combattre, il est donc nécessaire de la sidérer à son tour, de l'empêcher de penser, de s'organiser ; il faut lui montrer l'impossibilité du pardon.

13.
Pour ma part, je ne pardonne à personne d'être ce que je suis… Où ai-je mis mon loup, mon renard et ma belette ?

14.
Les morts sont les garde-fous de nos consciences. C'est parce que nous les oublions que nous nous laissons aller au m'importe quoi.

15.
La politique n'est pas une passion : on ne peut mettre sur le même plan assassinat politique et crime passionnel.

16.
L'être ne pardonne pas au non-être : c'est là l'universel casus belli.

17.
Détestez celui qui vous désigne des êtres comme étant détestables. Comme tous le font, le détestable me semble assez universel.

18.
« Le respect de la loi vient après celui du droit. La seule obligation que j'ai le droit d'adopter, c'est d'agir à tout moment selon ce qui me paraît juste. » : Remarque essentielle de Henri-David Thoreau qui nous invite à nous opposer à tout pouvoir qui prétend substituer au droit garant des libertés individuelles une loi suprahumaine.

19.
L'individu serait-il ce poisson qu'on ne peut priver de ses adversaires sans qu'il retourne ses tendances agressives contre lui-même, jusqu'à s'offrir en pâture à un dieu qui n'existe pas ?

20.
Être athée, c'est des fois croire assez sincèrement à un dieu qui n'existe pas.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 janvier 2015.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article
21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 12:47

AU NOIR DE CABOCHE

 

1.
L'être est destiné à être contrarié ; sinon, il déborde, prend toute la place, éclate sa grenouille.

2.
Quoi qu'on dise, seul l'humain aura le dernier mot, ou le perroquet.

3.
L'être i s'goinfre d'amertumes ; il espère y, y finit même, par y décrocher des fois la perle de consolation.

4.
Liqueur bien amère ! Grand souci, semblable détresse… On s'y zieute, on s'y mire squelette.

5.
Aller protéger son frère avant qu'il soit trop tard, avant qu'on nous dise va l'horloge a massacré le frangin et le moulin déchiqueté son cheval.

6.
J'écris vraiment comme une poutre ; faisons au moins qu'elle aille droit dans l’œil !

7.
Paroles paroles paroles elles nous traversent et nous flanquent de ces imperceptibles usants… mer aux galets… tronches des autres.

8.
Me fatigue vite des visages, et ne suis point curieux des inconnus… les autres, ces étrangers qui s'ignorent.

9.
Écrire me réchauffe… je ne vous fais pas part de toute flamme… le temps des assassins à Arthur, voyez, il est venu.

10.
Qu'on se mettrait à pleurer… tant de sang… tant de massacres… A chaque jour en pleurer des rivières tant de tombes…

11.
Seul le Diable en rit encore, le Diable et ses marchands de canons.

12.
Faudrait être comme la jeune fille qui sait toujours quoi répondre… la langue la plus sage dans l'avenir le plus certain… Cassandre… mais personne la croit.

13.
Des squelettes et des fils… et puis l'or et l'argent… en vaisselles… pour les vivants reconnaissants… pour les ingrats aussi, leurs squelettes et leurs rejetons.

14.
Le temps, de l'imaginaire, du plein d'plis à fantasmes ; on y croise nos visages et on ne se demande même plus ce que l'on fait là.

15.
Bol alimentaire… je lis dans Lucien Suel « estomac masticateur »… faut en avoir de l'estomac, pour l'avaler quand même le mastiquer le duraille réel.

16.
Et dire qu'il y a une foule de retraités qui au bout de trois mois n'ont toujours rien touché ! Ministres, qu'est-ce que vous foutez ?

17.
La ville… y a des armes dedans… des bipèdes pour s'en servir… et des dieux aveugles qui tournent dans des crânes sourds…

18.
Des fois que notre couple vaut plus tripette que ça représente tant de choses pourtant qu'on s'en souvient pas qu'on peut pas qu'on s'traîne à côté d'la plaque.

19.
Des fois qu'ça traîne
La limace le long des
Carreaux et d'la nuit
Qui jacte spectres et
Guignols feuillus les
Vitres en ricanent et
Le vent hue grince la
Scène et ses inconnus

20.
On peut sans doute être pris d'angoisse à l'idée qu'on peut aussi bien aller là qu'ailleurs prendre cette route plutôt que celle-là comme si on avait le choix comme si tout n'était pas décidé déjà par le devin aveugle et sournois qui œuvre au noir de la caboche.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 janvier 2015.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article
28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 08:15

DE PLUS LOIN

"Elle est venue la nuit de plus loin que la nuit"
(Claude Roy)

1.
Le visage d'homme qu'il a, parfois, le diable croisé dans un roman de Bernanos et l'entre-deux-villes de la route que l'on fait à pied.

2.
Le Christ et le Diable ont-ils tous deux pris visage humain ? Si c'est le cas, il semble que le Christ ait abandonné le face-à-face. A moins qu'il l'ait rendu multiple, ce visage, innombrable.

3.
On sait que le Christ est adepte de la multiplication; cependant que le Diable s'y entend en division. D'ailleurs, le Christ, en multipliant ses églises et ses disciples, tend à multiplier ses forces, cependant que le Diable les concentre, lui, dans une obscure légion dont il se proclame l'être.

4.
J'aurais aimé pouvoir lire Héraclite dans le texte; quelque dieu jaloux de la vieille Rome m'en aura empêché.

5.
Le visage est un paradoxe; il est l'ironie de tous les autres visages, et il ne leur ressemble que parce qu'il est unique.

6.
Le visage devine le visage, s'y reconnaît, s'en approche, s'en éloigne, définitivement.

7.
Dès qu'on le représente, on le trahit. Il n'est pas traduisible puisqu'il est le verbe.

8.
Le visage éclaire le visage; il a pour cela les noms.

9.
Rien ne ressemble plus au visage que sa face contraire. C'est que figurant l'humain, il lui fait face.

10.
Visage dit, visage tait, visage compose.

11.
La jeune fille arrête l'œil; le seigneur baisse les têtes.

12.
Puisque nous avons des visages, nous créons des masques et puisque nous ne pouvons tenir en place, nous allons danser.

13.
Afin de ne pas effacer les corps et de ne pas révéler les âmes, la nuit sait toujours par où passe le couteau.

14.
La nuit devine les visages et confond les noms.

15.
La langue a donné à la nuit une bouche d'ombre et une face de sang; c'est ainsi qu'elle éclaire l'obscur de nous autres.

16.
Acceptons l'image de l'humain en promenoir; la nuit y tombe, y passe, s'y promène, y fixe ses rendez-vous de mort au jardin.

17.
Ce que dit Michaux dit, que la "nuit remue" est aussi exact que le lien qui unit la plaie et le couteau.

18.
La nuit est aux dieux ce que le jour est à l'esprit, une escrime, une salle d'armes, un cercle.

19.
C'est la nuit qui la projette, c'te face-là de nos songes, la macabre; nos pommes nous, nous jouons l'autre comédie.

20.
La nuit tombe; le bouffon retourne à sa fontaine à féeries.

21.
Des fois, il fait du vent comme si on agitait un filet de ténèbres au-dessus d'nos arêtes.

22.
Un jour, les tyrans se disputeront férocement le titre d'Antéchrist. Il y en a eu, il y en a, des candidats...

23.
Des fois, la nuit passe la main tranchée; on appelle cela un "fait divers".

24.
Entendu sur France Culture cette belle phrase du mystique Al-Ghazâli : "La divulgation des secrets est blâmable, et la poitrine des nobles est le tombeau des secrets."

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 décembre 2014.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article
27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 21:20

ET PIS TANT PIS ET PIS TANT PIS ET PIS TANT PIS

1.
Des aigles brisés... plein l'Histoire... celle qui hache... dans la cendre laissée par la foudre.

2.
Des fois l'aigle lasse, c'est qu'ça vous en donne du mal au cou, les hauts oiseaux des grands parages...

3.
L'aigle aveugle; derrière la flamme, la fosse commune.

4.
L'aigle... une ombre vive sur les visages... et puis l'aile passée, la chair tombe.

5.
Des fois que les éclairs seraient les grands effets de manche de l'avocat du Diable.

6.
La foudre n'éclairant qu'un temps, soudain on voit l'heure... Déjà qu'on se dit, alors on s'affole, regrette ou on hausse ses dernières épaules.

7.
"Tant pis Tant pis Tant pis" qu'il fait le tic-tac.

8.
La foudre, quel beau blason pour la comtesse de l'Ironie du Destin.

9.
Quel arrêt, la foudre ! Quelle moquerie de nos vouloirs ! Ou quel intempestif brigadier peut-être ! Et nous qui pensions avoir écrit la pièce...

10.
Je me demande quels sont ces signes sur les ténèbres et quel est ce nom que dessinent les éclairs.

11.
Les lieux passent, avec leurs gens dedans.

12.
Les lieux passent... Nous voilà ailleurs... avec quelques-uns de leurs spectres tout de même.

13.
Le lieu n'a de sens que par le visage, surtout s'il est absent.

14.
Ils sont tous deux pleins d'énigmes; cependant, ce n'est pas Dieu qui nous dévore, c'est le Sphinx.

15.
Dieu est plein d'énigmes, et l'univers un crachoir.

16.
Le lieu, dans le même temps qu'il l'estompe, souligne l'autre lieu.

17.
Le lieu devine ce que nous sommes avant même que nous en ayons fait le tour.

18.
Quand je vous imagine, le lieu me projette son bal d'autres, sa masquée finesse.

19.
Un esprit passe.
Un lieu l'arrête.
Voilà le lieu hanté.

20.
Ce visage qui passe dans la nuit, nous ne le reconnaissons qu'après coup.

21.
Les transparents, ils vous prennent des fois des choses, des choses que parfois ils vous rendent, mais vous, ils ne vous rendent jamais.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 décembre 2014.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article
27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 00:26

ÊTRE N'ÊTRE PAS ET PUIS QUOI ENCORE

1.
L'humain, à chercher quoi qui qu'est-ce, i file au plus lointain, de l'infiniment plus petit au plus grand qu'en finit pas.

2.
Le temps c'est rien qu'du trouve-qui-peut qu'on n'a pas l'temps qu'à force c'est du fatal jamais.

3.
Des fois le vent il y va fort qui ramène toutes ses faces de nuit et leurs cheveux giflants.

4.
Je ne sais pas si force froide fascine, mais flamme vive dans une paire d'yeux, oui.

5.
Parfois quand les ombres sont en flammes, les spectres fuient avec leurs humains.

6.
D'abord i plut du sang, puis i chuta des mains tranchées, puis i tomba des gants.

7.
Cette nuit-là, c'étaient trois yeux qui l'observaient par la fenêtre; il en conclut que c'était le perroquet et son pirate borgne.

8.
"Il n'y avait plus de trace de la petite embarcation de secours aspirée par l'abîme."
(Jean Ray, "Le psautier de Mayence")

On ne songe pas assez que l'abîme aspire à c't'heure, et même à toute heure; on est cerné par l'aspiration.

9.
L'être efface ses traces; il appelle cela le passé. Il veille cependant à ce que le sphinx ait sa part.

10.
L'être projette ses ombres auxquelles nous donnons des noms d'autres.

11.
L'être défile ses anges et nous comptons les mouches au plafond.

12.
Ne pas être passe le temps et sème des regrets.

13.
L'humain, de la très bonne graine à regrets, ça, à en faire pousser, des mélancolies, des nostalgies, des guitares et du blues.

14.
Ne pas être efface peu à peu en nous enfermant dans not'miroir jusqu'à ce que nous n'y soyons plus.

15.
Nous sommes au miroir comme fantôme au manoir; quelqu'un finit toujours par prouver que nous n'existons pas.

16.
Ne pas être, quelle comédie alors ! - Tout ce que nous aurions pu si la blague n'était pas si féroce.

17.
Vivre, c'est plus ou moins longtemps n'être pas pour finir par n'être plus.

18.
Ne pas être, quel artiste ! Quelle fabrique à chefs-d’œuvre ! Quel atelier à peintre mort depuis des lustres !

19.
"Nous mourons seuls" est, quand on y songe, une vérité tout ce qu'il y a de moins logique; quant à "je meurs seul", c'est un pléonasme.

20.
N'être pas c'est n'avoir pas à dire ce que nous devrions dire si, même que des fois on n'y pense même pas.

21.
J'ai composé ces brefs en écoutant l'intense Rory Gallagher crapahuter ses blues électriques, puis l'épique flottant "Flying Teapot" de Gong, c'est vous dire si j'suis lunaire.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 décembre 2014

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article
5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 16:09

ET PIS DES PIZZICATI

« aussi bien au pizzicato qu'à l'archet »
(FRS in Jazz Magazine n°667, p.28, à propos de Paul Chambers)
1.
Des fois, on se laisse prendre dans la toile d'un visage, qu'on en est tout fasciné du venin.
2.
"Hallow-e'en" : graphie trouvée dans la 1ère planche de "Songe d'un matin d'hiver" (in Hugo Pratt, "Les Celtiques"), ce qui me donne illico l'envie d'inventer le verbe hallow-e'ener et tous ses temps de hantise.
3.
Interrogation d'une élève : "Monsieur, je suppose qu'il faut synonymer tout ça..."
4.
Des fois, on a le théâtre qui nous fait des siennes et des scènes, et le cinoche qui nous flanque des plans sur des comètes qu'existent même pas.
5.
Y a d'l'empire dans le réel; il grouille de royaumes; il gigote de signes. Les animaux le longent.
6.
La nuit, aussi bien au pizzicato qu'à l'archet qu'elle nous joue sur son violon.
7.
"Amour en cristal de Baccarat
Amour brisé en mille morceaux
Quel verrier miraculeux
Pourrait te raccommoder"
(Apollinaire, "Poèmes à Lou", "De toi depuis longtemps")
8.
La belle allitération du "verrier miraculeux" sans doute compense le Baccarat "brisé" de l'amour "en mille morceaux".
9.
"Le Verrier miraculeux", un bon titre pour un conte, pour une légende agitée d'autrefois.
10.
L'art du politique est de faire croire à toutes sortes de transcendances: c'est ainsi qu'il fait passer la pilule empoisonnée du sacrifice.
11.
Le politique, le prêtre et le philosophe ? Des producteurs de transcendances plus ou moins recyclables.
12.
Foutez la paix aux Suisses, aux Luxembourgeois, aux Monégasques : il y a assez de malheureux comme ça en Europe.
13.
Ça se dit ça, que du temps de Jean-Marie Le Pen, le Front National n'était pas autre chose qu'une petite entreprise familiale dont le but était, comme pour toute entreprise, de dégager des bénéfices, et surtout pas d'accéder au pouvoir.
14.
Origine des "dérapages verbaux" de Jean-Marie Le Pen : rassurer ses adhérents sur l'ancrage du parti à l'extrême-droite et décourager les autres de voter pour le Front National.
15.
Dans "La Société post-industrielle", Alain Touraine dément l'existence d'un Etat qui, "dieu civil", planerait "au-dessus d'un monde de sujets ou de créatures". Quant à moi, je ne peux avoir foi en un tel dieu, que fort heureusement, la conscience, cette emprise de l'humain sur le réel, met sans cesse en échec.
16.
La colère et l'émotion de Laurent Fabius lors de sa visite à Erbil furent salutaires : cela a, je crois, pesé favorablement dans le sens d'un soutien actif de la France aux Peshmergas en lutte contre les jihadistes.
17.
Le pape François a raison : nous sommes dans une troisième guerre mondiale morcelée, décousue, non linéaire, mais aussi réelle que la décapitation d'un chrétien, d'un jazidi ou d'un juif par un jihadiste.
18.
Un temps viendra où nous voudrons fuir et disparaître dans nos ombres.
19.
Le sabre, cet autre soi-même.
20.
Et puis, tout à coup, au bout d'son champ, v'là qu'on voit la faucheuse, même qu'elle traverse les murs, et puis - tchak !- y a plus d'nous.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 novembre 2014

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article
25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 12:23

BIZARRE A BIEN DES

1.
Ecrire, c'est mettre en musique une tournure d'esprit qui pourrait passer pour bizarre à bien des.

2.
J'écoute Skip Sempé jouer du clavecin; on dirait bien que l'instrument réveille des voix humaines, des choeurs au fond des notes.

3.
"Le poëte impuissant qui maudit son génie"
(Mallarmé, "L'Azur")

4.
Maudire son génie est sans doute le moins que l'on puisse faire, lui qui oblige à l'orgueil de l'extraordinaire.

5.
"Sous couleur d'éduquer les sujets et de faire de chacun un homme d'Etat, on installe dans chaque tête l'oeil de l'Etat."
(André Glucksmann, "Les Maîtres penseurs", "Pourquoi je suis si savant")

6.
L'effort de bien des pédagogistes aura conduit à produire en série de l'apprenti dictateur frustré, du petit Bonaparte sans emploi; je me demande si la République survivra à tant de sottise.

7.
Souvent, une république n'est sûre de son bon droit que parce qu'elle est sûre de ses canons.

8.
Fort heureusement, la plupart des citoyens préfèrent le foot, les congés, l'automobile et la sacro-sainte convivialité aux foudres de la politique.

9.
Personnellement, je me sens français par la langue et tant que les autres Français me fichent la paix : que l'on m'impose l'anglais, ou le chinois, et qu'un autre Français veuille, le plus démocratiquement du monde, m'imposer quelque chose qui m'empêcherait de vivre comme je l'entends, et je renvoie la France au théâtre de ses illusions historico-lyriques.

10.
L'égalitarisme déteste la singularité. Il l'asticote, la questionne, la sociologise, la rationalise et prétend la récupérer au titre de ses innovations pédagogiques. Mais surtout l'égalitarisme s'étonne que la singularité - cette rustre - finisse par lui cracher dessus.

11.
"Je suis impossible mais je suis."
(in André Glucksmann, "Les Maîtres penseurs", "L'impossible Monsieur Socrate")

12.
A la fin seulement moi. Ce qui vaut pour nous tous qui feignons de croire qu'après nous, ce monde aura encore du sens.

13.
Entendu dire que nous étions, nous tous du réel, rien d'autre que de l'hologramme. Fichtre ! Et d'où qu'il est donc, le holographiste ?

14.
Le politique moderne a besoin du bouffon, du guignol, de l'imitateur accrédité par l'audio-visuel, afin de se rappeler au bon souvenir de la conscience certes moqueuse, mais électrice. A rebours, il se méfie du non-sens, du comique de l'absurde, du pur jeu d'esprit qui ne fait pas plus de cas de la politique que la foudre du calvaire.

15.
Elle était légère et moqueuse comme la cerise se moque du moka.

16.
La modernité tend à remplacer la maîtrise réelle par la maîtrise administrative: on sait quelque chose puisque le diplôme l'affirme.

17.
Oh un lac ! Allons nous recueillir sur la tombe de Marraine La Lune !

18.
Que faire avec un crime, un rayon d'la mort, un savant fou et une nation d'ombres ? Ah flûte, ce serait trop long à écrire !

19.
La technocratie est d'autant plus pétrie d'esprit de sérieux qu'elle est basée sur une hiérarchie des valeurs dans laquelle l'humour et l'insolence ne sont jamais que des motifs d'exclusion.

20.
Minuit, l'heure du crime ! Mangeons du jambon !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 octobre 2014

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article
25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 09:14

INSOLENCES DE BON MATIN
1.
Dieu, un avoir été qui ne cesse de manifester sa présence.
2.
Il est faux de dire que Dieu est indivisible; il est au contraire divisible en une infinité de petits dieux portatifs et contradictoires.
3.
Je me demande si la mélancolie de Dieu a forme humaine.
4.
L'ironie est antidogmatique par définition; aussi est-elle ce boomerang qui frappe aussi bien l'insolent que sa victime.
5.
Le crucifix est le symbole le plus violent - avec la tête de mort des uniformes prussiens - que l'humain ait rendu universel.
6.
Cher rédacteur du Figaro, dois-je vous rappeler qu'une femme qui a choisi de rester voilée sur une plage ne saurait être comparée à Brigitte Bardot ?
7.
La politique est une discipline militaire: elle a pour but de préparer le terrain, de maîtriser les circonstances, d'affiner la stratégie des batailles à mener.
8.
La liberté est un songe de liberté plus grande encore.
9.
L'Etat, si on le laisse faire, tend à toujours plus de contrôle. Aussi l'exercice de la démocratie exige-t-il qu'on ne le laisse pas toujours faire.
10.
Si les frondeurs de l'actuel Parti Socialiste (appellation désormais provisoire nous fait-on savoir) quittent le PS pour fonder leur propre gauche, keskiva keskiva s'passer ?
11.
Je vois les recueils de Cioran comme des collections de petites flèches enflammées saisies en plein vol.
12.
C'est le manque d'argent qui oblige au travail. Le Prince ne doit surtout pas assurer l'aisance de tous mais aménager les difficultés de manière à assurer son rôle de Protecteur et de garant de la morale publique.
13.
Il est, dit-on, des filles aussi publiques que la morale.
14.
Que les ménages modestes soient exemptés d'impôt relève de l'éthique. Au diable l'égalitarisme qui vise à aller prendre dans les poches de tous ce qui revient toujours aux mêmes.
15.
Le marché mondial domine tout, soutenu qu'il est par la mondialisation des trafics.
16.
Bien voter, c'est voter pour celui que l'on peut tromper plus facilement qu'il peut nous tromper.
17.
Le chemin répondit : "Jésus, c'est moi".
18.
Dieu échappe à son prédicat. Sinon, à quoi bon être ?
19.
Dieu est tout entier dans le mot Dieu. C'est ainsi que le Verbe est tout puissant et ma cousine rousse.
20.
Sur twitter, en ce moment, ça twitte comme des fous autour du mot "jambon": ça doit être du lobbying.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 octobre

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article
21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 04:05

PORTE-FANTÔMES
1.
Le saviez-vous ? On ne peut parler du silence sans le rompre.
2.
Y en a aussi, les malheureux, qui se rompent le silence et les os.
3.
Son ombre, toute notre existence tourne autour de celle-là, avec laquelle on s'escrime à ne faire plus qu'un, jusqu'à ce que l'on finisse par y glisser.
4.
L'Histoire, cette suite de consciences abolies.
5.
La morale ne peut être contrainte que par le droit. La démocratie est une tension entre l'éthique et la loi.
6.
Aujourd'hui, je n'ai pas dîné avec mon spectre; nous n'avons pas partagé les dépouilles de nos amis respectifs.
7.
20 octobre : il fait beau; le prince flâne, musarde, s'attarde à l'été comme s'il était amoureux de quelque indienne.
8.
Téléphoné ce matin à Picasso, en vain... Rimbaud et Cioran n'ont pas plus répondu... Où sont-ils tous ?
9.
Déjeuné avec A. et F., à la bonne franquette et dans une vraie gentillesse, énergie de leurs filles, talent de Talou, vivacité, peinture.
10.
J'écoute les "Pages arrachées au Journal de Michel Leiris" lues par Jean-Louis Trintignant, imagine que je devrais tenir un journal imaginaire. Du reste, c'est sans doute ce que je fais.
11.
Ce n'est pas aujourd'hui que je relirai mon essai sur Baudelaire. J'en ai perdu le manuscrit. " Peu importe ! Je récidiverai !" dis-je en imitant Fantômas.
12.
Dans les "Pages arrachées du Journal de Michel Leiris", j'aime bien ce qu'il écrit du jeu d'échecs et des "sillons" façon "canaux de Mars", qui, en fonction des pièces jouées, ajustent leurs espaces.
13.
Rien de moins inscrit que moi dans le paysage poétique actuel; je m'en moque, m'en alexandrine le coquillard avec la plume à Villon, et laisse ça aux chasseurs de palmes.
14.
On finit toujours par perdre son duel contre soi; il faut bien dire aussi que l'arbitre est de parti pris.
15.
C'est Céline, je crois, qui disait que la vraie, la seule inspiratrice, c'était la mort; quand je vous disais que l'arbitre était de parti pris.
16.
Reçu la visite de Quidam Néant qui m'a reproché de ne plus écrire que des brefs, forme impubliable et qui n'intéresse quasi personne.
17.
Reçu un appel me demandant mon avis sur l'avenir du métier de facteur.
18.
Me suis souvenu cette nuit que, alors que j'écrivais, j'ai ressenti la présence de Madame x; ai pensé que c'était le vent, ai pensé qu'elle devait être là pourtant.
19.
Le silence est porteur de fantômes; c'est pour ça qu'on a inventé Wagner et toute la robinetterie à tintouin moderne.
20.
En début d'après-midi, j'ai cherché mon Grateful Dad; j'ai fini par le retrouver qui chantait du blues pour les oiseaux des champs. Il avait l'air bien épouvantail.
21.
L'ennui vient de ce que l'on ne pense pas à tout ça qu'on a à faire; y pense-t-on qu'à l'ennui s'ajoute le blues, le spleen, voire la déprime.
22.
Tomber amoureux, c'est se charger d'un tas de choses qu'on est censé faire avec le sourire.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 octobre 2014.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article
20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 08:38

FRONDE DU BREF
1.
Ce ne sont pas les animaux qui ont des droits; ce sont les humains qui ont des devoirs.
2.
Aucun droit n'est universel; seule la morale peut l'être.
3.
"Le corps plein d'un rêve : sept vies de Patti Smith", de Claudine Galéa, excellente fiction en podcast sur France Culture.
4.
"What strange fish / Hath made his meal on thee ?"
(Shakespeare, "La Tempête", II,1 [Alonso])
5.
"What strange fish", des gueules inédites profilant dans les eaux sombres ce qui constitue la base de l'existant : la mâchoire.
6.
"I'll swear upon that bottle to be thy true subject, for the liquor is not earthly."
(Shakespeare, "La Tempête", II,2 [Caliban])
7.
Dans "I'll swear upon that bottle", y a du hic ad hoc, ou perhaps - hips ! - pas ad hoc (en tout cas, hic et nunc, ou quasi).
8.
L'univers est une expansion infinie d'un nombre incalculable de mâchoires.
9.
La grande difficulté, c'est que les autres ne sont pas des robots.
10.
L'aspiration à l'être que l'on appelle religion est avant tout un déni de la toute puissance de la dévoration; et pourtant, le christ, le dimanche, à la messe, il est tout de même un peu bouffé, non ?
11.
Les gens refusant de s'avouer le but réel de toute guerre, nous sommes condamnés à périr sous le nombre.
12.
Je ne crois pas à la bonne entente des peuples, à la "fin de l'Histoire", à la "paix universelle" et à toutes ces fadaises; tout ça, c'est de l'illusion soigneusement entretenue par l'humanisme occidental qui, ayant pris le pouvoir, se gave de bonnes paroles et de postes dans la haute administration tandis qu'un peu partout, on continue de crever, à plus ou moins petit feu.
13.
"They always use to laugh at nothing"
(Shakespeare, "La Tempête", II,1 [Gonzalo])
Dans ce "rire à propos de rien", la foule des bouches ouvertes, des dents blanches, des mâchoires toutes prêtes à, des estomacs repus.
14.
"His word is more than the miraculous harp."
(Shakespeare, "La Tempête", II,1 [Antonio])
15.
D'la magique syllabe, tellement magique que la harpe à miracles à l'Antonio peut aller raccrocher son violon.
16.
"Folie votre fureur, que je suscite !"
(Shakespeare traduit par Yves Bonnefoy, "La Tempête", III,3, [Ariel])
17.
Fronde de leurs brefs face aux tartuffes de la fadaise, les grands moralistes.
18.
"sans une tache, sans une maison, sans une herbe, sans un être vivant."
(Simenon, "Le Passager du Polarlys")
V'là comment qu'on plonge dans le vide.
19.
Bien sûr que j'aspire à une jactance plus prodigieuse que harpe à miracles; c'est même pour ça que j'scribe.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 octobre 2014

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article

Recherche