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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 16:34

L’AMI VAMPIRE
Notes sur l’introduction de Barbara Sadoul à l’anthologie Les cent ans de Dracula (Librio, 1997).

Citation
:
« Tu as un ami dans le vampire, malgré ton opinion contraire. »
   (Lautréamont, Les Chants de Maldoror, I)
La citation donne le ton et la clé : il sera question dans cette introduction de Barbara Sadoul à l’anthologie Les cent ans de Dracula (Librio, 1997) de la personnalité considérable et controversée du vampire.

« mythe moderne »
(cf Barbara Sadoul : « Durant dix années, cet administrateur de théâtre travailla à son grand roman sans se douter qu’il allait créer un mythe moderne. ») : Le vampire, ici le Dracula de Bram Stoker, considéré comme une figure mythique de la modernité, cette définition d’un présent ouvert, tout prêt à se régénérer, comme le font les vampires du sang de leurs proies, de l’énergie vitale qui anime les corps sociaux. L’ère du travailleur spécialisé s’éteint dans de grands soubresauts critiques, cependant que le libéralisme, après avoir transformé le sang et la sueur en or, est en passe de devenir ce pourquoi il fut créé, une immense machine à ouvrir les possibles, à forcer l’improbable, à inventer le futur.

« seulement »
(cf Barbara Sadoul : « les critiques ne purent admettre une explication aussi simpliste, mais ils n’acceptèrent pas davantage que Dracula soit seulement le fruit de rencontres, de souvenirs et d’influences littéraires. ») L’adverbe précédé de la forme subjonctive « soit » dans une complétive dépendant d'une forme verbale négative ("n'acceptèrent pas que") marque ici la fausseté de la restriction. Dracula n’est pas un « seulement ». Il s’échappe d’un genre littéraire, de la même manière qu’il se démarque du genre humain, pour contaminer l’ensemble des genres, la génétique donc des œuvres.
Du reste, les héros des fictions modernes ne sont pas humbles : ce sont des conquérants, de grands contaminants, à l’instar de Superman, de Batman, de la foule des « Fantastiques » américains, des détectives anglo-saxons (Sherlock Holmes, le belge Hercule Poirot), mais aussi Tintin, Corto Maltese et le peuple agité des noirs et blancs des mangas. Quant aux grands sacralisés, c’est pire encore : Le Che s’affiche sur les tee-shirts, Napoléon Bonaparte est devenue une vedette de cinéma, et tout le monde se réclame de l’héritage du général De Gaulle. Enfermés qu’ils sont dans l’univers clos de leurs synchronies (l’ensemble des petites cases qui narrent leurs aventures), ils deviennent si prégnants qu’ils contaminent le monde de leur monde de la même manière que Dracula insuffle la malédiction de l’éternité à ses disciples.

« aristocrate séducteur »
(cf Barbara Sadoul : « S’éloignant des caractéristiques légendaires qui faisaient du vampire un être repoussant, le jeune homme choisit d’établir le portrait d’un aristocrate séducteur dangereusement pervers – au profil byronien . ») Noblesse et séduction, nous explique Barbara Sadoul, furent ainsi données au Vampire de John William Polidori, « secrétaire et médecin de Byron », qui, en 1819, coupa avec la tradition du vampire « être repoussant ». C’est ainsi que le monstre légendaire se métamorphosa en humain fascinant, passant de la brutalité de l’agression à tous les artifices de la séduction fatale. La gueule à cauchemars du suceur de sang se préparait ainsi à l’invasion des écrans de cinéma et à leur grande foire aux fantasmes.

« sans son vampire »
(cf Barbara Sadoul : « Cependant le vampire fascinait désormais et fut l’objet de mélodrames, vaudevilles et opéras-comiques : « Pas un théâtre parisien ne resta sans son vampire », s’exclamait un critique de l’époque. ») : Le vampire, au XIXème siècle, fut à la mode. Il devint une bête de scène, l’ambassadeur des ténèbres sur les tréteaux. Echo tardif peut-être en 1910 que ce « Fantôme de l’Opéra » de Gaston Leroux.

« L’emprise »
(cf Barbara Sadoul : « L’emprise de la femme vampire s’étendit alors à tout le XIXème siècle ») : Le vampire est un prédateur. Contaminant la littérature, il s’en empare et en devient une figure maîtresse. Dès lors, il se multiplie puisqu’il ne peut y avoir contamination sans altérité. Au XIXème siècle, la femme, figure de l’altérité, est ainsi contaminée par le vampire originel (Dracula ou encore Le Vampire, avec ce « V » de la victoire des ténèbres) et devient à son tour celle qui contamine.
Métaphore de l’épidémie, de la maladie sexuellement transmissible ? Sans doute. Mais aussi contamination de l’esprit prédateur, de la survie au prix des autres, ce qui est aussi une façon de voir le capitalisme. Il est remarquable que ce n’est pas du « sang » que le vampire capitalise, mais des disciples, une armée de disciples prête à s’emparer du monde. Le sang, c’est d’abord de la nourriture, et il n’est, pour l’être des éternités, vraiment intéressant que s’il est animé par une volonté soumise au Maître, que s'il est aliéné à une conscience dominante. C’est ainsi que l’on peut se demander si les vampires des romans ne préfigurent pas nos trop actifs traders. Bernard Madoff, l’homme qui prenait l’argent de ses clients pour en rembourser d’autres, ne serait-il pas une sorte de « vampire » lui aussi ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 janvier 2009 

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 07:45

ih !...


La très perspicace Marie Fox s'en prend sur son blog MELTING POT ET VIN BLANC DOUX à l'emploi excessif de l'adjectif sociétal (cf l'article "Sociétal"  in Comme je veux. ) Ce qui m'a intéressé dans son article, c'est l'emploi fort amusant de l'assonance "i" :

"Encore mes envies de coups de pieds au cul qui me reprennent, tiens, et comme latter la télé ou le journal ne soulagera pas l'ire qui me soulève quand j'entends ou je lis de pareilles conneries... " (Marie Fox).

"envie" ; "ire qui", "ire", "lis", "conneries" : voilà qui est bien dit, qui exprime bien la linguistique colère devant un mot que l'on entend assez souvent, il est est vrai, dans la sainte parlote de ceux que Marie Fox appelle, avec raison, les "baudruches" (ces hypertrophiés de la télé qui nous expliquent, après coup, pourquoi la crise était inévitable, et qui pourtant, il y a peu encore, vantaient les mérites du libéralisme américain, ne juraient que par l'exemple anglo-saxon et qui, maintenant que le "Tigre Celtique" est en passe de perdre ses moustaches, viennent nous donner des leçons de morale économique - oxymore ! - et de gouvernance - autre mot agaçant ! -).

Le "i" est épatant.
On se souvient des vers de Rimbaud :

"I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
 Dans la colère ou les ivresses pénitentes"
 (Arthur Rimbaud, Voyelles, vers 7-8)

 

L'extravagant Rimbaud y rappelle, dans cet espèce d'Art Poétique du "Sonnet des Voyelles", que le "i" s'emploie en littérature pour exprimer le rire (qui peut salutairement nous prendre à l'évocation des baudruches gonflées à bloc et très flottantes dans les cieux polémiques de la téloche) mais aussi la colère : "l'ire", comme l'écrit Marie Fox. Ce qui est plaisant aussi, c'est que ce mot du français soutenu est suivi par le très trivial "conneries". La langue, quand elle est employée vive, comme le firent Rabelais, Céline et San-Antonio, oscille sans cesse entre hypercorrection et trivialité. A l'image du monde ? C'est que ce n'est peut-être pas l'allitération qui mime le monde mais le monde qui se constitue en formidable continuum allitératif.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 février 2009




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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 15:19

PROSELYTE CONSTRICTOR

« Et quand tu es mort, c’est fait pour tellement longtemps qu’il convient de bien réfléchir avant de se décider. » (Frédéric Dard, San-Antonio, Vol au-dessus d’un nid de cocu, fleuve noir, 1978, p.195) (1)

« ta pensée
   s’enroulerait-elle
   autour de moi
   pour m’avaler, telle l’animal »
(Katarina Frostenson, En cela, in Canal, traduit du suédois par Christofer Bjurström, Maison de la Poésie Nord/Pas-de-Calais, 1998, p.67)

Etranglement, possession ! Nous en mangeons de la pensée des autres ! L’ogre de l’être s’en repaît, plein la goule de l’autrui ! Peut pas faire autrement, c’est que nous vivons ensemble, positionnés dans des schémas de communication, grillés aux codes, enrichis des paroles, instruits, informés, performants, sociaux les animaux, époustouflés du bagout, expressifs !
Le hic, c’est qu’il cherche parfois à nous coincer dans l’angle, l’autre, à s’enrouler boa autour de nous, prosélyte constrictor, éducateur sublime, éclairé didactique, illusionniste des transmissions, passeur de mirages, correcteur sourcilleux, professionnel de l’utile mensonge, ministre, député, préfet, banquier, romancier, voleur diplômé, Saint Jean Bouche d’Or des dégringolades spéculatives (2) ! T’as qu’à croire ! T’as qu’à croire ! Il est beau ! Il est beau, mon perroquet ! Tout couleur de l’audiovisuel !
C’est qu’elle a raison, Frostenson :

« une telle connaissance m’est par trop étrange
   je ne peux la comprendre »

L’étrange, cette part de l’autre, nous en faisons nécessaire commerce, confiture, délectable pitance, miam ! miam ! J’en veux de l’autre, à coucher avec ! A nous projeter dans l’azur Bricomarché ! Ikea ! Ikea ! Ô Conforama ! Mais gaffe ! C’est que le masque est sanglant très-aussi ! Dévorant, hypermâchoire, prédateur, grand Cric qui croque ! Alors, faut les ouvrir, les émerveillées mirettes, les désensabler, les acoustiques :

« je te guette
   si en cela je suis 
   métamorphosée, peut-être en un objet
   merveilleux, c’est impossible de se le représenter »

   (Katarina Frostenson)

Etranglement, possession ! Métamorphosé merveilleux peut-être, mais en quoi ? En « objet »… En « objet » ! Chosifié, réifié, truqué, bricolé, magouillé, récupéré, ficelé dans l’autre, statistifié, ciblé, fiché, classé, étiqueté, façonné, fabriqué, structuré, intégré, civilisé, sociabilisé, sociologisé, informatisé, éduqué, normalisé, aidé, soigné, assisté, enterré, rendu à l’inévitable de l’autre. C’est-y pas humain, ça ? Yes, Sir ! Humain ! Inimaginable et compréhensible ! C’est comme ça que ça s’passe ! Ni Dieu, ni Maître ! mais l’Autre, qui nous tient, consciencieux garde du corps, imprévisible, double face, menaçant et absurde, vital.

Notes
:
(1) Pourquoi cette citation ? Parce que ça me fait plaisir de citer de la bonne littérature plutôt que de me contenter de la soupe vendue par les émissions dites « littéraires ».
(2) Dans le genre « dégringolade spéculative », le monde de la haute finance a fait fort ces dernières années, et voilà que nos ministres nous annoncent que l’on devra certainement aider les banques, lesquelles sont si persuadées qu’elles se mentent les unes aux autres, qu'elles ne se prêtent plus guère qu’à des taux à faire hurler à la mort n’importe quel chien normalement constitué. Les libéraux débandent, et les probabilistes appliqués au montage des produits financiers se planquent dans leurs universités ! C’est que ça coûte très cher, de former des financiers ! Si, en plus, ils sont incompétents à en frôler l’escroquerie, je me demande si, quand les électeurs contribuables auront fini de payer les coupes (de champagne bu sur leur compte) cassées, il ne conviendra pas alors de vriller quelques parachutes dorés, d’enquiquiner fiscalement quelques gouvernances bancaires, et d’appeler un certain nombre de ces beaux messieurs par leur nom véritable, lequel ne pourrait que choquer ici tant les conséquences de cette déconfiture financière s’annoncent terribles pour le commun des braves gens, lesquels ne votent pas nécessairement à gauche tout en spéculant sur les lance-roquettes. 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 octobre 2008

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 17:47

L'HOMME ADMIRABLE

L'homme admirable selon Michel Onfray (Le désir d'être un volcan, Biblio-essais p.41) :

"Sans affectation, sans ostentation, sans démonstrations et sans jamais être péremptoire, il a vécu sous mes yeux comme un homme admirable, c'est-à-dire digne d'admiration, qu'on a envie d'égaler, du moins dont on a le dessein de se rapprocher dans les domaines où il nous séduit."

L'homme admirable est donc l'homme qui, dans ses relations avec les autres, ne fait pas appel aux modes habituels de la ruse : l'affectation, l'ostentation, les démonstrations inutiles et l'argument d'autorité nous tenant souvent lieu de discours, la forme primant sur le fond, se faisant trop plein de signifiant sans guère de contenu.
C'est là le commerce habituel d'une politesse mal comprise, qui n'est pas respect, mais civilité inutile et envahissante, pure manoeuvre, au mieux pour se débarrasser des fâcheux (ce que, à moins d'avoir très mauvais caractère, nous faisons tous les jours, et en souriant aimablement s'il vous plaît !), au pire pour tromper l'autre, le fourvoyer, le soumettre à sa raison, se jouer de lui comme s'il ne méritait pas autre chose que notre peu de franchise. C'est ainsi que travaillent (ils appellent ça comme ça) la plupart des gens qui ont quelque chose à vous vendre (commerçants, banquiers, ministres) ; ils sont certes fort utiles mais n'ont d'admirable que leur incroyable capacité à adapter leurs mensonges à tous (ou peu s'en faut) les types de clients potentiels. La société marchande, par son goût immodéré de l'apparence et de l'illusion des moyens, tendant, la plupart du temps, à confondre les gens avec leurs fonctions, nous nous sentons donc de plus en plus insatisfaits, frustrés, floués, agressifs.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 janvier 2008

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 15:03

"IMMORTEL MEPRIS"

"Je ne voyais point les fruits,
  Je n'entendais plus les guêpes
  Et le Rhône en vain chantait
  L'immortel mépris de nous."
  (Georges Duhamel, Elégies, XV, in Pierre Seghers, Le livre d'or de la poésie française, Marabout Université, p.340)

Faire cet aveu d'être maintenant aveugle aux fruits, sourd aux guêpes et ressentir cet "immortel mépris" que constitue la Nature, c'est en quelques vers exprimer le grand désarroi des hommes.
Devant "Toutes les années futures / Abreuvées de mille hontes" ajoute le poète.
Il est vrai qu'il fut très convaincant, le XXème siècle, en matière de honte.
Le XXIème, espérons-le, ne lui arrivera sans doute pas à la cheville.


Ou alors, c'est que nous avons décidément pris l'habitude de vivre dans un immense "A quoi bon" qui ne peut faire de nous que les merveilleux et ordinaires sujets des tyrannies à venir.


Pour ce qui est de la Nature, ce n'est pas tant qu'elle nous méprise.
L'expression de Georges Duhamel est sans doute par trop littéraire, - ne soyons pas trop sévères, mon cher Houzeau, nous ne faisons guère mieux, bavards que nous sommes -, mais elle a le mérite de souligner l'indifférence ontologique qui caractérise ce qui n'est pas humain.
Ce n'est pas tant qu'elle nous méprise, la Nature, c'est qu'elle continue, qu'elle persiste et nous bouffe l'absolu sur le dos, la vorace.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 décembre 2007

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 10:13

LA TEMPORALITE EST UNE FOCALISATION
Notes sur Les Innocents de André Hardellet (in La Cité Montgol, Poésie/Gallimard, p.51-56)

"Le temps - c'était en lui qu'il fallait chercher l'issue du labyrinthe..." (p.55)

Le temps, ce dédale peut-être, où chacun cherche une issue, une clé à la suite d'énigmes que constitue sa vie. Nous fouillons la mémoire pour y trouver quoi ? Ariane, ou le Minotaure...

A chaque fois que je regarde ma montre, le temps m'est révélé. Le protagoniste des Innocents poussant une porte, "le salon surgit devant lui et les fragments d'un tableau familier se rassemblèrent aussitôt sous ses yeux -" ( p.52) comme si le réel, à chaque instant, à chaque regard, se reconstituait comme un puzzle qu'à distance un magicien anime.

Et il arrive que l'on saisisse un éclat de cette incessante reconstitution de l'énigme et de sa clé :

"Sans heurt, en sa présence, la réalité venait de passer sur un autre engrenage." (p.51)

Le réel est mécanique. Machinerie infiniment complexe dont nous sommes les artisans persistants et cependant ignorants. Chacun de nous en est un spécialiste et aucun n'en possède la clé. De fait, lorsque la réalité vient de "passer sur un autre engrenage", que quelqu'un, en toute conscience, "sans heurt", est témoin de ce qui lui semble être un glissement du réel, - ce que nous nommons aussi "glissement de sens" -, il peut lui apparaître dès lors que la temporalité est le vecteur de ce glissement, de cette perception aiguë de la réalité :

"Par la porte entrebâillée, il jeta un regard sur la pièce où le contremaître s'était éloigné - une pièce sans issue - et ne vit personne ; en même temps il se rappela que le vieux chef d'atelier était mort depuis bien des années déjà." (p.51)

Est-ce l'oeil qui construit le temps ?
La montre fait le regard. L'horloge le geste.

Note
: Dieu supposé est un oeil, en même temps qu'il est le temps. La temporalité est une focalisation. L'auteur omniscient (Genette), qui révèle au lecteur les pensées les plus intimes de ses personnages, est ainsi à la fois un dieu créateur et un mage, à la façon de l'Alcandre de L'illusion comique (Corneille). Cette focalisation "absolue" est cependant indissociable de la temporalité (le temps mis à écrire, le temps supposé de la lecture, le temps prévu de la représentation). Elle n'est donc pas si absolue qu'elle semble, mais bien absolument relative.
Relative à quoi ? Sans doute à ce qui est lui-même indissociable de toute temporalité : le langage, le nom donné aux êtres, le "nom de l'être" (Jean-Pierre Lalloz).
Autrement dit, nous en revenons là : "Au commencement était le Verbe" (Saint Jean). Dans cette intuition géniale se tient le "regard de Dieu", - puisque "le Verbe était tourné vers Dieu / Et le Verbe était Dieu" (Saint Jean, Evangile, I,1) -, et, avec ce regard, se tient la création du réel par le langage, le plus remarquable étant qu'elle fait explicitement le lien entre temporalité ("Au commencement") et langage ("le Verbe").

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 janvier 2007

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 13:16

CONVENTION

"Ce n'est plus d'elle que la fleur tenait désormais sa beauté, mais du nom indécis de "chrysanthème" que nous lui donnons, c'est-à-dire d'une simple convention." (Yukio Mishima, Le Pavillon d'Or traduit par Marc Mécréant, folio, p.240).

Il arrive que les noms se détachent des choses, comme feuilles de l'arbre.
Il arrive que le prix que nous donnons aux choses migre dans leur nom.
Ainsi le Bien parfois se nomme Dieu et Enfer est le nom du malheur.
Cela s'appelle "poésie" si l'on veut, cette beauté révélée par la parole. Ou arbitraire des signes.
Cela s'appelle "dépression" lorsque nous refusons de reconnaître que tout n'est que convention de langage et que la réalité, soudain, révèle des failles par lesquelles on peut voir qu'il n'y a rien à voir, et que la réalité, soudain,  s'enfuit dans tous les sens.
Certains même finissent par brûler des livres, assassiner des écrivains, ou les réduire au silence.
Mais l'on en guérit de ce mal là, avec les mots, bien entendu, cette patience de l'être.
 
      Patrice Houzeau
      Hondeghem, le 15-10- 2005
      Calais, le 26 janvier 2009

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 11:36

LE MIROIR DES LOUPS

Pascal Quignard dans Le sexe et l'effroi nous apprend qu'en Arcadie existait, dans ce monde de spectres agiles que l'on appelle l'Antiquité et dans un lieu appelé Lycosura ("le sanctuaire des loups) un miroir. "Le fidèle ne voyait de lui-même qu'un reflet de mort, ténébreux, indistinct (amudros). En grec amudros qualifie les fantômes". (cf Persée et Méduse in Le sexe et l'effroi, folio p.121).
Qui se voit dans le miroir des loups ne se reconnaît que s'il accepte d'être cet être qui est son propre fantôme.
Les chansons modernes avec leur folie électrique sont ces miroirs des loups où nous nous projetons fantômes.
Les films, cette mise en scène des spectres animés, sont ces miroirs des loups où nous nous projetons fantômes.
Les signes, pour qui patiente à les déchiffrer, sont ces miroirs des loups où nous nous projetons fantômes.

                            Patrice Houzeau
                            Coudekerque-Branche, le 16 septembre 2005

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