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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 22:39

MES YEUX JE LES AI REMIS

1.
Nous sommes montés sur les épaules des géants et nous leur avons crevé les yeux.

2.
Le miroir ne maîtrise la foudre qu'en rêve; à défaut, il tente d'attraper nos visages.

3.
Nous traversons des architectures écorchées; des chevaux y passent avec des hennissements sanglants.

4.
Ne dites jamais les choses telles qu'elles sont; elles pourraient vous dénoncer.

5.
Entendu cette phrase - est-elle de Patti Smith ? - dans une fiction de Claudine Galéa consacrée à la poétesse : "Le rock est le corps plein d'un rêve."

6.
Les géants mangent, dorment, et comme nous s'émiettent, et comme nous tournent la même girouette.

7.
Déesse que n'escorte pas la musique, tes palais trempent dans une eau plus lourde que chaînes au donjon.

8.
"No wonder, sir, but certainly a maid."
(Shakespeare, "La Tempête", I,2 [Miranda])

9.
L'escargot ne croit pas à la merveille des jours de la jeune fille. Il se contente de baver sur une page de Rimbaud.

10.
A force de miser sur des chevaux assassins, nous finissons par être visités par des jockeys perdus.

11.
Je suis fait de fer de brume; je me dissipe au premier coup et me ranime à la nuit tombée.

12.
A mon avis, leurs tentacules se sont épris du crucifix.

13.
Elles avalent les chemins, hargneuses et mauvaises comme des gnomes de courtoisie, et pleines de crachats, et pleines de vous verrez.

14.
Je m'imagine une sororité de cassandres, leurs cheveux courts et noirs, leurs yeux vifs, brillants de cette fièvre-là qu'on appelle "lucidité", leurs yeux pleins de "vous verrez".

15.
Lorsque dans ma tête je me visionne un bois bordé de brouillard, je m'attends à en voir surgir un fantôme de jockey ou des parties du corps de la cavalière au bois.

16.
Je n'éplucherai pas pour toi la banane de la lune; l'agilité du poil noir m'ignore superbement.

17.
Pourquoi "girouette des sens" ? Comme si on s'tourbillonnait tout l'temps, toupies nous autres, versatiles, dérisoires, passagers.

18.
Au premier coup d'oeil, ou d'épée, pour moi, c'est le même cheval. Je me dissipe pour me rassembler sous vos pas.

19.
Quant à mon esprit, il ne peut se libérer de sa seule liberté, cette chair qui ne restera pas.

20.
Mes yeux, je les ai remis. Ils contemplent les passages.

21.
Mes yeux, je les ai remis. C'est mieux pour voir. Pour aiguiser son couteau aussi.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 octobre 2014

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 13:38

COMME ELLE ETAIT SEULE, LA MAISON PRIT FEU

1.
"Le trottoir où je marche est cendreux."
(Raymond Jean, "La Lectrice")

2.
Trottoir cendreux, fille rousse - allumetteuh ! allumetteuh !

3.
Entendu dire que la langue de Shakespeare sonnait déjà singulière à ses contemporains; tout à fait autre donc le génie, ou alors c'est du storytelling.

4.
Des fois, y en a, i se sentent pas d'être et d'avoir aimé.

5.
Ai fait rire mes élèves en leur contant que, vu qu'elles proutent sans arrêt, les vaches, qu'on dirait, les vaches, de grosses poches de gaz, qu'en vérité, les vaches, ce sont de grosses cochonnes.

6.
"Etre Dieu" ne se conjugue qu'au présent. Impossible d'affirmer qu'on a été ou qu'on sera Dieu.

7.
Le temps, c'est peut-être un dieu mort qui infiniment se décompose.

8.
La synchronie crucifiée du Christ - c'est alors que le temps changea.

9.
Le Diable seul se croit immortel; les dieux, eux, ne cessent de ressusciter.

10.
Seul le Diable est perfectible. C'est qu'il doit toujours faire ses preuves.

11.
L'humain est ce naïf qui croit qu'il peut transformer la matière en transcendance.

12.
"J'ai été Dieu" est une incongruité spatio-temporelle, et un défi pour auteur de science-fiction.

13.
"J'ai dû être Dieu dans une autre vie, mais je ne m'en souviens pas" est une phrase, si on n'en saisit pas l'ironie, fort propre à envoyer son locuteur à l'asile.

14.
Comme je ne connais pas l'anglais, j'aimerais traduire Shakespeare dans une langue inconnue.

15.
Quand on est à moitié pauvre, dès qu'on a des sous, on dépense de trop, cause qu'on se croit à moitié riche.

16.
Lu dans une copie d'élève : "Informer dans la ville accidentelle".

17.
Dans la même copie : "Comme elle était seule, la maison prit feu."

18.
Je devrais rédiger une nouvelle dont le héros s'appellerait Irrémé, cela me permettrait de commencer une phrase par "Irrémé, diablement..."

19.
Je m'en veux beaucoup de n'être pas Cioran, qui devait s'en vouloir de n'être pas La Rochefoucauld.

20.
Je ne me souviens jamais longtemps de ce que j'ai écrit. Ce n'est pas important. C'est écrire qui est vital.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 octobre 2014

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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 15:35

QUI SE TRAQUE LUI-MEME

1.
Ce que les projets renforcent, ce n'est pas l'amour, mais l'attachement.

2.
On tombe amoureux de l'être d'une personne, et jamais - quelle horreur ce serait ! - de la personne elle-même.

3.
L'être est l'alibi que nous nous donnons pour réussir à tomber amoureux d'un autre sac d'organes.

4.
Les humains, innombrables sacs d'organes qui, alternativement, se remplissent, se vident, se rentrent dedans, se reproduisent et, à l'occasion, s'entr'égorgent.

5.
Lorsque j'écris arrive toujours ce moment où j'ai l'impression que les syllabes tentent de former ce cercle de l'ensorcelé qui ne peut plus en sortir. Alors je m'arrête, laissant le cercle inachevé, seule porte de sortie.

6.
L'esprit, cet humain qui se traque lui-même dans le labyrinthe.

7.
La bibliothèque, un sphinx s'y est glissé, s'y est répandu, de page en page, contaminant les phrases de son obsédante présence.

8.
Le paradoxe est un couteau à ouvrir les êtres.

9.
Enseigner, affronter l'immanence de la vulgarité.

10.
Passant le long d'une bibliothèque municipale, je me dis que depuis qu'on y a enfermé la bête à questions, plus personne ne s'étonne de la vulgarité de l'étant.

11.
Le rôle du sphinx : croquer les sots et envoyer les autres à l'abattoir de leur destin.

12.
Si l'on part du principe que l'être est infiniment noble et l'étant infiniment vulgaire, on peut être amené à penser que tomber amoureux revient à sottement croire que l'on peut concilier l'être et l'étant dans une même existence.

13.
La ruse la plus commune est de faire croire que l'on agit au nom de l'être, alors que l'on ne fait qu'intriguer pour son nombril.

14.
Je n'aime pas trop rendre service. Après, les autres vous en veulent.

15.
Pourquoi sont mes amis revenus ?
J'aimerais que le vent les emporte dans un zou définitif.

16.
Nous jouons si bien nos personnage qu'on dirait que c'est nous.

17.
Comme elle avait l'âme charitable autant qu'ironique, je fus deux fois victime.

18.
Fort heureusement, à défaut d'avoir une belle situation, je dispose d'un sommeil plein de miracles.

19.
Parfois, on met du temps à saisir le sens de certains regards. Quand enfin on comprend, des fois, ça vous pique un peu dans l'entrecôte.

20.
Ici-bas, l'on vend du dieu. Dans toutes les langues, à toutes les sauces, du dieu glabre, du dieu maigre, du dieu barbu, du dieu imprononçable, du dieu de colère, d'amour, de pitié, de principe.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 septembre 2014

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 12:02

D'UN OEIL ENNEMI

1.
Ecouter le beau "Terre de France" de Roda Gil et Julien Clerc, puis les voir, les politiques, comment qu'ils se pavanent dans la télé.
2.
La tuile à venir vous tombera dessus au moment où vous vous pencherez pour déterrer un os laissé par le passé.

3.
L'ironie cruelle de l'Histoire finit par rendre la démocratie pesante à ceux qui en bénéficient pourtant, cependant que l'autoritarisme arbore le sourire du loup avant l'attaque.

4.
La perte d'influence de l'entreprise entraîne une perte d'influence du syndicat. Le loup tient le loup.

5.
Pour échapper - ou tenter d'échapper - à la collusion du politique et du patronat, la gauche française a favorisé la promotion de l'expert, du professeur, de l'universitaire, et a ainsi programmé une collusion du politique et de l'administratif aussi vénéneuse que celle que l'on soupçonne dans les gouvernements de droite.

6.
C'est trop vite dit de voir dans l'entreprise un outil politique qui doublerait son rôle de production. Dans un état démocratique, la rentabilité finit toujours par primer sur les orientations politiques du gouvernement.

7.
L'homo economicus est avant tout pragmatique; il n'est libéral que tant que cela l'arrange.

8.
En multipliant réformes et contre-réformes, l'Education Nationale finit par perdre de vue ses propres règles de base pour tout sacrifier à une politique du chiffre censée justifier ses errements.

9.
La valeur d'un projet dépend moins de son objectif que de la somme des élégances qui y est investie.

10.
L'élégance n'est pas un complément de manière; elle est la substance même du projet individuel.

11.
Si les physiciens ne nous expliquaient pas qu'il y a un univers tendant vers l'infini, nous n'y penserions pas plus que nous pensons aux dragons et aux elfes.

12.
"Et dans les instructions qu'il donnait à ses disciples, on ne voit pas un mot d'étude ni de science, si ce n'est pour marquer le mépris qu'il faisait de tout cela."
(Rousseau, "Discours sur les Sciences et les Arts", "Réponse au Roi de Pologne, Duc de Lorraine")

13.
Le " C'est ce qu'on a toujours dit" ouvre la bouche plus qu'il la clôt. Mieux vaut ne rien dire.

14.
Tout comme "à force de lui paraître familier", "le spectacle de la nature devient indifférent" à l'homme sauvage de Rousseau, le spectacle des autres, leur héroïsme comme leur obscénité, finit par indifférer le civilisé.

15.
La modernité n'unifie aucunement les comportements; elle les diversifie au contraire, jusqu'au conflit.

16.
Toute conscience réflexive est un incendie qui couve.

17.
"Les combats ne font pas toujours le succès de la guerre, et il est pour les généraux un art supérieur à celui de gagner des batailles."
(Rousseau, "Discours sur les Sciences et les Arts", Seconde Partie)

18.
Le savoir-faire n'est pas une affaire de robotique. C'est l'art même d'être humain que de savoir faire, et même de savoir y faire.

19.
La mondialisation est une victoire de l'économique sur tous les autres aspects des cultures humaines; le jihad lui-même ne pourrait rien contre l'apparence de prospérité universelle.

20.
L'ennemi est un oeil qu'il ne faut point crever, mais tromper.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 août 2014.

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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 15:49

SYMPTÔMES

1.
L'accumulation des objets est un symptôme du capitalisme. Les objets tiennent lieu de monnaie, et, comme elle, les objets se dévaluent ou prennent de la valeur.

2.
Le capitalisme nous fait vivre dans le mythe de la caverne d'Ali Baba, et la technocratie dans le mythe de la lampe d'Aladin.

2.
Le discours politique met à l'épreuve l'efficacité des rhétoriques. C'est le plus habile dans l'babil qui finit par remporter la mise.

3.
En démocratie, le discours politique n'a pas pour objet de faire obéir, mais de rappeler à la complexité du réel.

4.
En aucun cas, le discours politique ne doit tenir lieu de réglement intérieur. Un homme politique n'est pas un proviseur de lycée.

5.
"Puisque jamais je n'aimerai que vous."
(Racine, "Bajazet", v. 1269)

6.
Prouesse ontologique : l'être amoureux réduit le réel à l'unicité d'un visage, jusqu'à se désespérer de n'y pas faire rentrer l'espace et le temps.

7.
La haine universelle est égalitariste en ce qu'elle prend tous les visages pour objet. L'universalisme est la plus maligne des ruses que les élites prennent pour haïr les peuples.

8.
La démagogie des élites pensantes feint de mépriser la caste des guerriers qui garantit pourtant sa sécurité. Combien de postes dans la fonction publique ne doivent leur pérennité qu'au succès de nos armes ?

9.
Malheureuse la république qui se mettrait à cracher sur ses soldats et à restreindre leurs moyens.

10.
Le soldat est le garde du corps de la République, et on ne crache pas sur son garde du corps.

11.
L'armée n'a pas d'autre fin que celle de servir la République, et pas d'autres moyens que ceux que la République lui octroie. L'armée fait corps avec la République comme la magistrature fait corps avec la Justice.

12.
Le droit naturel n'est pas autre chose que le droit des Barbares à mettre Rome à sac.

13.
L'Histoire est pleine de haches et de têtes coupées; cet infini charnier finit toujours par se faire humus. Ce qui ne console pas, mais désespère.

14.
"Il n'y a qu'une seule race, celle des autres" est une phrase de droite.
"Il n'y a qu'une seule race, celle de l'autre" est une phrase de gauche.

15.
On ne peut empêcher quelqu'un de risquer sa vie, puisque, par définition, cette vie est individuelle, personnelle, irréductible. On peut noter cependant que mettre sa vie en jeu est aussi une manière de tester l'engagement des autres à vous sauver jusqu'à ce qu'il finisse, l'autre, par hausser les épaules.

16.
La politique a pour but de conserver en état les décors; l'essentiel est qu'ils semblent chauds et familiers; ainsi maintient-elle l'illusion du sens du confort.

17.
Ce que les peuples appellent prospérité n'est souvent que le cache des massacres lointains.

18.
"Derrière les vitraux, la clarté s'affola soudainement."
(Jean Ray, "Le Grand Nocturne")
Dieu panique.

19.
En vérité, je vous le dis, Dieu n'est pas de colère, mais panique, affolement, fuite en avant de l'univers.

20.
Quand bien même le Christ ne serait qu'une fiction, puisque ça marche...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 août 2014.

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 09:56

TENANT UN MIROIR J'Y VIS DES NUEES
Amusettes autour de fragments tirés de "Aurora", de Michel Leiris, Gallimard, coll. L'Imaginaire.

1.
Il y a cette phrase dans "Aurora" de Michel Leiris, où quelqu'un "tenait un miroir, où se reflétaient quelques nuages."

Nous ne sommes donc que nuées.

2.
Aussi dans le livre à Leiris, cette comptabilité des jours restants à vivre, "en comptant le nombre d'arbres qui le séparait de l'horizon".

Ah ça à force qu'on s'fa appela vieille branche (faites pas attention à la conjugaison, j'ai du déglingou saisonnier dans mon bescherelle), on finit pa compta ces arbres qu'y en a même qui s'y pendent.

3.
Sans doute que les livres de la mort sont plus des livres de comptes que des livres de messe.

4.
"le coeur, pyramide souveraine dans le désert du sang".
(Michel Leiris, "Aurora")

Qui pense être le pharaon de son coeur, peut s'attendre à y trouver son tombeau. (Poil aux os).

5.
"une mainmise sur l'absolu, c'est-à-dire l'établissement d'une relation entre soi-même et celui-ci, ce qui, de toute évidence, est contradictoire."
(Michel Leiris, "Aurora")

C'est que pour mettre la main sur l'absolu, il faut avoir une main absolue... non ? si ? ah je sais pas moi...

6.
"c'est ta robe argentée et ta chevelure fulgurante"
(Michel Leiris, "Aurora")

Voilà qui donne une élégance de comète de féerie.

7.
Sans doute, les humains sont-ils semblables à cette flèche dont parle Michel Leiris, "qui s'ignore et se meut cherchant la direction qu'elle a déjà trouvée dès le départ." Quelle compagnie d'archers contraires et quelle mêlée de flèches que le ciel des humains !

8.
"les perspectives, regards solidifiés" qu'il note, Michel Leiris. Nous déambulons dans nos mirettes. C'est-y pas beau ?

9.
Je pense qu'à l'instar du narrateur de l'onirique "Aurora", quand un fantôme hante une demeure, allant de pièce en pièce, traversant les cours et les corps, "il ne change pas d'espace", le fantôme, "mais c'est l'espace lui-même qui se modifie" - je sais pas comment, ni pourquoi, d'ailleurs, je m'en tamponne, en plus que c'est pas mes affaires.

10.
"La transformation des cadavres en spectres (...) n'est pas une opération remarquable par la simplicité."
(Michel Leiris, "Aurora")

Ah c'est qu'c'est un métier, ça, r'cruteur de spectres...

11.
"Les lions rugirent encore une fois, mais leurs voix étaient celles de vieux phonographes enroués".
(Michel Leiris, "Aurora")

J'les imagine bien, les griffus velus crinièrus entamer quelques pas de danse en rocaillant "Ramona" ...

12.
Note, en exergue de l'avant-propos, Michel Leiris a placé cette citation d'Apollinaire :
"Et j'espérais la fin du monde
Mais la mienne arrive en sifflant comme un ouragan."

Oui, ça fait ça des fois quand on rêve, juste avant que le Memento Grouillari d'aller bosser espèce de fainéant vous entre par les trous d'la tête pour vous dégoûter du réel.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 juillet 2014

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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 05:26

SIX NOTULES SUR L'UNIVERSALISME REPUBLICAIN

1.
Ce qui règle la contradiction entre universalisme républicain et relativisme culturel, c'est ce bon vieux pragmatisme. On ne va pas dans la maison d'autrui pour lui dire comment il doit se comporter. Ceci dit, il peut nous demander notre avis.

2.
Le modèle intégrationniste français a bien du mal à s'appliquer lorsque les traditions familiales des individus sont radicalement différentes des nôtres. Le simple fait que j'utilise le pronom "nôtres" souligne déjà la distance qu'il y a entre les traditions et les coutumes de mes voisins et les miennes.

3.
Soyons honnêtes, non seulement le modèle intégrationniste a du mal à s'appliquer à des individus pour lesquels la religion, par exemple, joue un grand rôle, mais au sein même de nos familles, les différences de niveau social se manifestent par des pratiques culturelles assez différentes pour opposer les points de vue, les goûts et jusqu'aux valeurs : allez expliquer à un indépendant qui rame pour s'en sortir qu'il doit payer plus d'impôts au nom de la nécessité de créer des postes dans la fonction publique. Il n'y aura pas seulement là débat conjoncturel, il y aura affrontement entre deux conceptions différentes de l'être au monde.

4.
L'universalisme républicain est fort utile aux agences de voyage, en ce que pour un Français, il ne fait plus guère de doute qu'il est dans son bon droit d'aller partout où il a envie d'aller. Qu'on lui fasse remarquer que peut-être les autres auraient envie de rester entre eux sans voir débarquer un flot de touristes plus ou moins polis et respectueux, et il vous rétorquera que vous manquez d'ouverture au monde et que vous avez l'esprit de clocher, ce qui, dans mon cas, est assez vrai.

5.
Pour résoudre la contradiction entre ouverture au monde et pénible massification des migrations touristiques, la mondialisation économique tend à promouvoir une industrie touristique qui s'appuie sur le pseudo droit naturel de la libre circulation des biens et des personnes. Ce qui, évidemment, favorise les trafics en tout genre.

6.
Si l'on poursuit le raisonnement universaliste jusqu'au bout, l'enfant finit par ne plus tout à fait appartenir à sa famille pour devenir le sujet soit d'un dieu caché, soit d'un roi caché. La volonté de faire de l'école non plus seulement un lieu d'acquisition des savoirs, mais un outil de transformation de l'élève en un citoyen prétendûment modèle sert en fin de compte une royauté masquée, un centralisme républicain, professoral, qui n'hésiterait pas longtemps à envoyer ce brave citoyen Zombie Dupont se faire trouer la peau au nom d'un idéal universalo-républicain dont au départ il n'avait que faire. Et c'est ainsi que les peuples en viennent à se déchirer pour la plus grande gloire de quelques barbus et la prospérité des marchands de canons.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 juin 2014

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 11:53

DU CHIEN DU TEMPS

1.
Les bobos qui le dimanche matin arrivent en bermuda et sandalettes à la boulangerie, peuvent pas s'habiller comme tout le monde, non ? En cape et pourpoint.

2.
L'Histoire, cette tentative secrète d'animer on ne sait quel golem du passé.

3.
"J'oublie, en le voyant, ce que je viens lui dire."
(Racine, "Phèdre", II,5, v.582 [Phèdre])

4.
J'oublie, en le voyant, l'autre, avec sa patience d'autre, sa bienveillance d'autre, son humanité d'autre, j'oublie de me demander ce que j'fous là.

5.
Ce que je viens lui dire, c'est simple, c'est zut !
D'ailleurs, je n'y vais même pas, je l'écris : zut !

6.
"De tout ce que j'entends étonnée et confuse,
Je crains presque, je crains qu'un songe ne m'abuse."
(Racine, "Phèdre", II,2, v.509-10 [Aricie])

7.
De tout ce que j'entends, je ne retiens que dalle.
De tout ci, de tout ça, que voulez-vous que ça,
Que voulez-vous que ça me fasse ?

8.
Elle traversa le fantôme, étonnée et confuse de ne pas le reconnaître.

9.
"Je crains presque", mais pas tout à fait tout de même,
"Je crains", ah si, quand même si...

10.
Qu'un songe m'abuse, qu'un rêve me défasse, je traîne dans l'espace, et de moi-même je m'use et m'amuse.

11.
"Quelle plaintive voix crie au fond de mon coeur"
(Racine, "Phèdre", V,4, v.1456 [Thésée])

V'là qu'il a d'la "plaintive voix" plein son palpitant, le Thésée... qu'ça "crie au fond"... qu'ça remue, qu'ça geint, qu'ça ouine monsieur...

12.
Celui dont les ennemis se confondent avec leurs ombres, s'éclipsent dans l'aussitôt, changent de visage comme de nom, et de masque comme de chemise, celui-là, que voulez-vous qu'il foute avec son épée ?

13.
L'épée sert à tailler en pièces, en petites pièces de monnaie de chair. Les guerres sont des ventes à perte humaine.

14.
L'oeuf, ça se pond, ça se mange, ça se craque et, aile après aile, griffe après griffe, oeil après oeil, on en sort et on dévore le monde.

15.
Le miroir ne bronche pas. C'est pourtant de son eau que sort la main invisible qui vous angoisse, vous broie la gorge, vous étrangle.

16.
Le chien du temps, quand il n'aboie plus, c'est qu'il vous égorge.

17.
La porte des fois quand elle s'ouvre c'est tout noir dedans... tout noir dedans... tout noir dedans... avec des yeux qui s'allument au loin là-bas au loin l'indéfinissable loin...

18.
"Ils doivent vivement ramener leur âme."
(Henri Michaux, "La paresse")

L'âme, des fois, elle vous glisse du corps, elle longe le quai, vive, décidée, plonge dans l'eau sombre. Il faut alors aller la chercher, la ramener, la sauver. C'est ainsi qu'on se mouille.

19.
Les bibliothèques ne fument pas. C'est dangereux. A cause du papier, bien sûr, et de tout l'être bruissant murmurant réflexif qu'elles contiennent.

20.
Une bibliothèque, quand elle veut se suicider, se met à fumer. Ou alors, elle prend un bain.

21.
Le film "La Charge Fantastique" ("They Died With Their Boots On", 1941) de Raoul Walsh, est la preuve qu'un chef d'oeuvre se moque bien de la vérité.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 juin 2014

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14 juin 2014 6 14 /06 /juin /2014 17:00

CAFETIERE A FANTASMES ET AUTRES CHOSES

1.
Pour que le réel réponde à notre définition, il faut bien prendre en compte les paramètres de l'inconnu, les trous dans l'être.

2.
Quand les sphinx ne correspondent plus à leurs portes, c'est là que commence l'absurde.

3.
Peut-être qu'elle a tout inventé, tout sorti arlequin légendaire de sa cafetière à fantasmes - et je pense alors que la cafetière à fantasmes eût été un bon titre pour un morceau d'un groupe assez fantaisiste pour intituler une de leurs galettes "camembert électrique" - de sa cafetière à fantasmes donc sortie vivace, la fable, herbe à neurones, billevesée façon pingouin gonflable dans les airs, et qu'elle avait tout entièrement mythonné, il l'avait pensé, mais bon, le même jour, elle a tout de même été quelque peu assassinée alors donc quoi ou bien ?

4.
Nous inventons le réel, lequel nous le rend bien.

5.
L'ironie est une dame de fer dans un fantoche à fils.

6.
L'aphorisme, un anévrisme de la pensée. Pensé cela en lisant Cioran.

7.
La lumière de la vérité, à mon avis, c'est une antithèse.

8.
"Cela tombe sous le sens" : le sens, c'est donc ce qui est tombé sous le sabot d'un cheval qui hennit et se fiche de nous.

9.
Le Dieu Créateur a les mains dans le pétrin de l'être, a les mains dans lui-même.

10.
Le Diable est la vengeance des créatures.

11.
Parfois, nous connaissons mieux les morts que nos propres vivants.

12.
La science, une infinité de clés pour une infinité de portes, et tout ça en vrac, en pêle-mêle, en aiguilles et bottes de foin.

13.
Le miracle, foudre de la bienveillance.

14.
Le rire, ce diable qui sort de la gorge, ou cet ange d'ironie.

15.
"Il est dangereux de vouloir être toujours le maître de la conversation et de pousser trop loin une bonne raison, quand on l'a trouvée."
(La Rochefoucauld)

16.
"Il est dangereux de vouloir être toujours" car on risque bien, un de ces petits matins, d'être foudroyé par la lumière.

17.
Des fois quand bavard, je joue au petit "maître de la conversation", je me dis que j'ai bien l'air d'un petit prof qui se prend au sérieux.

18.
C'est qu'à force de "pousser trop loin une bonne raison", on finit par pondre un système, auquel se rattache illico toute une théorie de zozos blablas, qui vont vous le faire appliquer tout ça, à la lettre, à la botte, à la circulaire.

19.
"Quand on l'a trouvée", sa raison, sa bonne raison, faut pas la laisser s'enfuir, elle tomberait vite dans le premier paradigme venu.

20.
"On doit dire les choses d'un air plus ou moins sérieux et sur des sujets plus ou moins relevés".
(La Rochefoucauld)

21.
"On doit dire les choses", sinon, elles filent ailleurs se faire dire et médire.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 juin 2014.

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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 11:21

NOTES EN MARGE D'UN PARAGRAPHE DE JULIA KRISTEVA
(cf Julia Kristeva, "Le langage, cet inconnu", édition de poche, Points n°125, p.152).

"théories strictement grammaticales" : implicitement, il y aurait donc des théories qui ne seraient pas "strictement grammaticales".
Scholae grammaticae (Ramus, 1559).
Grammaire "formelle", recours à la logique, "Dialectique".
"substitution"; "transformation", ce qui suppose un "contexte" et un ensemble de "particularités des formes".
La langue comme un ensemble d'exceptions. La langue comme régulation des exceptions.
Normalisation. Formalisation.
"prouver leur vérité": le réel est ce qui tend à "prouver sa vérité"; le travail de la conscience consiste à répéter que cela est.
Que cela est, que cela n'est pas, que cela soit, que cela devrait être.
"un système de marques", formalisme.
Une grammaire peut-elle "montrer autre chose que son propre fonctionnement" [Chevalier] ?
Nous suivons des règles que la grammaire formalise de telle sorte que quel est l'oeuf et où est la poule ?
La poule est tombée dans l'oreille d'un sourd comme un pot.
Quant à l'oeuf, il s'est fait tête.
La pratique est-elle l'illustration, le développement, d'une théorie, ou la théorie ne fait-elle que formaliser cette apparence d'ordre que l'on appelle "réel" ?
La politique comme art de rationaliser le mensonge.
La linguistique comme un travail d'enquête; du coup, je pense à la série "Les Experts" ("Investigation").
Une enquête a pour but de rendre explicite la chronologie d'un événement. La langue de l'enquêteur est donc primordiale. Peut-on confier une enquête à quelqu'un qui ne comprendrait pas la langue des protagonistes ? De la nécessité de la polyglotie en matière criminelle.
L'expression "famille de langues" accrédite l'idée que les locuteurs des différentes apparentées seraient plus ou moins cousins.
"grammaire modèle" : La cohérence d'un système ne prouve pas sa légitimité. Fin du XXème siècle, début du XXI, le système éducatif français est marqué par une succession de réformes, dont beaucoup sont inspirées par des théories d'une belle et universitaire cohérence. Cependant, ces réformes ne font, pour beaucoup d'entre elles, qu'aggraver les choses. Elle font "pire que mieux".
Opposition "universalisme"/"impérialisme".
"sortir de son propre système" : Julia Kristeva cite Chevalier et que l'impérialisme se caractérise par une "impossibilité à sortir de son propre système".
L'impérialisme comme hyperbole de l'universalisme.
L'impérialisme comme abus de langage.
"nécessité de méthode" : de quelle manière une méthode influence-t-elle une théorie ?
La lenteur des méthodes se traduit par la lenteur des mises en oeuvre. La méthode tend à être supplantée par le processus. La méthode peut tout aussi bien être supplantée par une administration. Le gestionnaire normalise la mise en oeuvre d'une exception (la réforme) de manière à en faire une règle, un réglement, un ordre.
C'est vers le vite que plus moins lentement nous allons.
"l'intérieur d'une langue": ce tissu de nerfs, de veines, d'artères et d'organes, dont la grammaire précise les fonctions.
Le coeur d'une langue se situe dans la bouche.
"prépositions", "articles", "ellipses".
"matériel de conversion". "noms monoplata" ("Noms qui ne possèdent qu'un seul cas" [Note de bas de page].

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 mai 2014.

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