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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 22:00

QUE DISAIS-TU TOI QUI ME FASCINAS ?

 

1.
Tiré de René Char: "aussitôt fait silence"; "qui les frôle éclôt"; "Que disais-tu ?".

 

2.
Dès que l'irréel... ou que le réel... des fois, on sait plus tant on nous carabistouille... quelque chose "aussitôt fait silence"... c'est qu'on n'sait quoi dire.

 

3.
Dans les herbes, des souffles cachés... et les pas qui font se faufiler d'autres bêtes... un serpent parfois.

 

4.
"Que disais-tu ?" Je n'ai plus en mémoire que fascination.

 

5.
La musique acousmatique utilise souvent le vent, souvent le vent, souvent le vent, pour signifier le passage du sûrement peut-être.

 

6.
La musique acousmatique fait coïncider des durées disparates, de brèves et vives stridences trouant les nappes synthétiques.

 

7.
La musique acousmatique - et Pink Floyd aussi, dans leurs meilleurs albums - suggère ce point fantomatique où la synchronie coïncide avec la diachronie, où d'une muraille surgit le vif flap-flap-flap d'un envol.

 

8.
Je ne sais; la sève qui tourne au coin
Sous l'ancien rituel sans nuages.

 

9.
Je me dicte à part moi la langue des coin-coins
Qui jouent d'l'ironie à chacun de mes passages.

 

10.
Parfois, quand je dors, j'entends des chansons, médiocres le plus souvent, de pâles imitations de la musique du réel.

 

11.
Je n'engrange pas les grains comptés;
Ils m'échappent du lieu où se promène mon cerveau.

 

12.
Comme je le laisse aller sans yeux, il ne reconnaît rien
Et aboie comme un petit chien, beaucoup et inutilement.

 

13.
L'art est ce qu'en matière d'irréel le réel fait le mieux.

 

14.
Le réel n'est supportable qu'en tant que producteur d'irréel.

 

15.
Même le réalisme le plus plat est porteur de cette part d'imaginaire dont nous avons besoin pour croire que ce monde n'est pas tout à fait désespérant. La vache peinte par un amateur est elle aussi un animal fabuleux. Bien sûr, dès que l'illusion s'efface, que le manteau réaliste tombe, il ne reste plus que couleur étalée et nature morte.

 

16.
Nous aimons la musique pour cette impression d'espace imaginaire qu'elle suggère. Mais, de la même manière que les textes trop fréquentés finissent par nous peser, il arrive que les séquences rythmiques si appréciées nous étouffent.

 

17.
Du reste, en dehors des artistes, des critiques et des historiens, peu de gens se confrontent réellement  à l'art. L'air y est irrespirable. Aussi, nous nous contentons souvent de passer devant les oeuvres en déclarant nos admirations devant ce que nous comprenons à peine.

 

18.
Resterions-nous longtemps devant un tableau que nous finirions par nous fasciner, par nous perdre aux yeux du réel.

 

19.
Je me méfie des oeuvres d'art; ce sont des pièges à conscience aussi redoutables que certains visages.

 

20.
Le réel est un grand consommateur de fictions. Je ne puis vivre sans imaginer ce que je vis. De mes fantômes je tire le sens de mes actes.

 

21.
Est-il vrai que certaines oeuvres d'art contemporain ne sont pas autre chose que des lessiveuses ?

 

22.
Est-il vrai qu'une fois terminé leur travail de blanchîment, de ces oeuvres parfois si rapidement exécutées, critiques et conservateurs en font déjà moins de cas ?

 

23.
Est-il vrai que certains "génies" internationaux des années 80 et 90 sont maintenant ouvertement moqués et que leurs "oeuvres" sont vouées à pourrir dans les réserves ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 mars 2014

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 06:12

QU'EN FIN DE COMPTE

 

1.
Tiré de Camus : "la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue"; "une règle rationnelle"; "un exemple n'est pas forcément un exemple" (in "Le Mythe de Sisyphe").

 

2.
Dans Camus, ce "la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue", déjà le mot "peine", il décourage.

 

3.
Les règles n'ont jamais que l'air d'être rationnelles; ce ne sont que des arrangements avec la logique, laquelle, comme on sait, nous tire la langue.

 

4.
Camus a raison : "un exemple n'est pas forcément un exemple"; surtout quand on cultive l'esprit de contradiction.

 

5.
Ce qui est rigolo, c'est le "de telles affaires risquent bien de nourrir le populisme et le "tous pourris" des extrêmes"; eh oui, mais il y a les affaires, encore et toujours...

 

6.
Ce dont les politiques ne se rendent pas toujours compte, c'est que nous faisons souvent comme s'ils étaient honnêtes.

 

7.
Tiré de Camus: "Mais toutes les gloires sont éphémères"; "esclave de sa liberté"; "Oui, l'homme est sa propre fin. Et il est sa seule fin". (cf "Le Mythe de Sisyphe").

 

8.
Par définition, toute gloire est éphémère. Les Dieux meurent, et seule l'idée de dieu demeure.

 

9.
Nous ne pouvons jamais qu'être les esclaves de notre liberté; à peine avons-nous décidé quelque chose que les conséquences viennent nous peser sur les épaules.

 

10.
Je suis d'accord avec Camus, je suis "ma propre fin". Et l'on ne peut juger de moi qu'en fin de compte.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 mars 2014

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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 03:53

LES CHOSES QUI PENSENT QUE NOUS SOMMES

 

1.
Je lis sur la toile que les Allemands ont décliné le célèbre "Humor ist, wenn man trotzdem lacht" en "Philosophie ist, wenn man trotzdem denkt" et "Religion ist, wenn man trozdem stirbt." Amusant. (cf Jürgen Becker: "Religion ist, wenn man trotzdem stirbt: Ein Handbuch für Humor im Himmel" (KiWi-Taschenbuch, 2008).

 

2.
Je nettoie un couteau, un exemple de cette infinité de petits dieux tranchants que nous avons en main.

 

3.
J'entends joliment dissoner un orgue, église dessinée naïvement.

 

4.
Des fois, on se sent du loup dans l'être. Faut arrêter le rhum.

 

5.
Tiré de Descartes :"sinon que j'étais une chose qui pense"; "de cela seulement que j'ai en moi"; " de ce que l'on feint dans Dieu des affections humaines" (cf Méditations, Préface de l'auteur au lecteur).

 

6.
Nous ne pouvons tomber amoureux que de choses qui pensent, lesquelles nous rappellent que nous sommes nous-mêmes des choses qui pensent.

 

7.
Il est étonnant comme "de cela seulement que j'ai en moi" [Descartes], j'arrive à tirer tant de sottises.

 

8.
"l'on feint dans Dieu" dit Descartes, ce qui fait du Dieu unique comme de la troupe de l'Olympe, un théâtre permanent, un théâtre de l'absurde.

 

9.
Peut-être ne tombons-nous amoureux que d'êtres qui, consciemment, pourraient nous tuer.

 

10.
Des fois, je les sens bien dans mon coeur, les raisons de ne plus être.

 

11.
Peut-être ne puis-je avoir l'idée des ténèbres parfaites que parce qu'autour de nos êtres mouvants, il n'est que ténèbres et parachèvement des ténèbres.

 

12.
Peut-être ne sommes-nous tant assoiffés de sons et de musiques que parce qu'ils nous confortent dans l'idée de mondes hors de ce monde ?

 

13.
La mode, cette tentative toujours renouvelée qui consiste à secouer la poussière, qui, fatalement, retombe sur les choses pensantes que nous sommes.

 

14.
Si j'écris "les choses qui pensent que nous sommes", je vois alors que la langue m'indique qu'il y a donc des choses qui pensent que je suis.

 

15.
Le cinéma a pour objet notre fascination par ces choses qui pensent dans des corps en mouvement.

 

16.
Descartes est si merveilleusement clair, que nos politiques n'eurent qu'à l'imiter pour bien mentir.

 

17.
Tiré de Descartes :"et pour l'erreur la plus ordinaire de nos songes"; "Dieu, qui est tout parfait et tout véritable" ("Discours de la méthode, quatrième partie").

 

18.
Nous aimons tant cette "erreur la plus ordinaire de nos songes", qu'amoureux de nos fantasmes, nous y revenons sans cesse.

 

19
"Dieu", écrit Descartes "est tout parfait et tout véritable" cependant que nous, sommes tout mal fichus et tout faux.

 

20.
Le monde, un paquet d'organes répartis dans un nombre croissant de choses qui pensent.

 

21.
On ne critique pas la foudre car nul homme n'est la foudre.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 décembre 2013

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 09:15

MON JEU N'EST PAS TON JEU

 

1.
Quoi que l'on fasse, l'on mène notre jeu face à, et d'abord face à soi-même. Et face à dieu. Et face à l'autre, cet autre pas moi.

 

2.
Ce n'est que par convention que les règles sont les mêmes. Mon jeu n'est pas ton jeu. D'ailleurs, l'un au moins triche.

 

3.
Sire, la faim vous colle au palais; zavez les dents qui grimpent aux rideaux; la bave vous trempe la barbe.

 

4.
Ne te sens-tu pas déjà étrange depuis qu'à travers toi passent leurs yeux ?

 

5.
Tantôt nos apparences leur sautent aux yeux, tantôt leurs yeux glissent sur nos pommes sans rondeur, ni trogne, ni peau, ni pépins.

 

6.
Les souvenirs arrivent; ils bruissent feuillu; ils palpitent pluvieux; ils soufflent un vent venu du passé, suscitant ce qui n'existe plus.

 

7.
Rien n'indique que. Ou plutôt tout. L'armée aux ombres. qui grouille aux ombres. Osselets feulant dans les ombres, osselets feulant, ocelots.

 

8.
L'art du bref suppose que l'on dise - c'est forcé - ce qui a déjà été dit. Tout est dans la nuance, c'est-à-dire la grammaire.

 

9.
J'apprécie la grammaire fournisseuse de fantômes, matrice des êtres qui, indiciblement, passent dans les phrases.

 

10.
Par définition, l'indicible est indécidable. Le temps, si précisément précis, est indicible. On ne peut le dire sans le paraphraser. L'indécidable est ce que l'on cherche précisément à préciser.

 

11.
L'ontologie est une paraphrase de l'être. On croit creuser, et, souvent, nous bafouillons comme si nous pleuvions.

 

12.
La paraphrase brouille ce qui semblait si précisément précis; elle prouve que c'est la grammaire qui parle, et non le dieu tapi dans les syllabes.

 

13.
Dieu est une grammaire, celle de l'être, dont nous tentons de rédiger le plus précisément possible le traité de sa diabolique précision.

 

14.
Je ne vous cacherai pas mon Dieu; il est sur ma figure comme un nez au milieu d'un visage, comme un visage au milieu d'une foule, comme une foule au milieu d'une ville, réunie là pour crier Barabbas.

 

15.
Je ne sais presque rien de lui, mais sa mort, mais sa mort, mais sa mort, diable, quelle affaire !

 

16.
Dans "L'Affaire du Dieu mort", Holmes ne tarda pas à émettre l'hypothèse de la culpabilité de l'humain, ce qui le plongea dans sa pipe, longtemps, si longtemps que nous eûmes beau chercher dans la brume de son logement de Baker Street, jamais nous ne le retrouvâmes.

 

17.
Ce n'est pas parce que j'écris n'importe quoi que je dis n'importe quoi.

 

18.
Dans le nom Gorgone, un gong clair s'entend - j'entends je veux dire - j'entends un clair gong dans le nom Gorgone.

 

19.
Quand je suis fatigué, les idées me fuient en se foutant de ma gueule.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 décembre 2013

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 16:49

UNE ODYSSEE INUTILE
Notes sur un passage de la page 48 du volume "Ecartèlement", de Cioran (Gallimard, 1979)

 

"L'histoire, odyssée inutile, n'a pas d'excuse..."
(Cioran)

 

1.
Le réel, un équilibre des couteaux.

 

2.
"Autant dire qu'il eût été préférable qu'il n'eût pas lieu." (Cioran, L'Ecartèlement, Gallimard, p.48) Comme dans cette proposition, l'impersonnel remplace Dieu et tend à prouver que la langue se fiche de son créateur.

 

3.
Dieu, cet infini derrière un pronom.

 

4.
D'ailleurs, à "il est que" on peut flanquer une infinité de "il est que" ("il est qu'il est qu'il est qu'il est...). Et ce qui vaut pour l'être vaut pour le sujet ("je pense que je pense que je pense que...).

 

5.
L'Humain ne peut se dispenser de participer, si peu que ce soit , à l'histoire et à la géographie des lieux où il vit; ce qui ne prouve pas qu'il leur soit indispensable.

 

6.
Maîtriser, c'est mettre l'histoire et la géographie au service de l'humain, et non pas les contempler en méditant dessus.

 

7.
Ce n'est pas parce que l'humain est inutile à la Nature, que cette inutilité n'a pas de sens. L'art est inutile à l'humain, et la beauté aussi, ce qui n'empêche nullement les gens de bricoler des machins qu'ils trouvent beaux et de se reproduire comme s'ils étaient des exemples.

 

8.
"A quoi bon ajouter quoi que ce soit ?" demande Cioran. Bah, l'humain est en lui-même un ajout.

 

9.
L'histoire est une suite de hasards malheureux, que l'optimisme tend à transformer en victoire, dont on sait pourtant  bien qu'elle ne peut être qu'éphémère. L'être humain est un esthète de l'éthique.

 

10.
L'histoire n'a pas d'autre excuse que celle d'avoir été menée par les humains. Au moins a-t-elle l'air d'avoir un sens, même si ce que nous prenons pour une flèche n'est en fait qu'un cercle.

 

11.
L'Iliade et l'Odyssée auraient pu tourner au cauchemar synchronique : les Grecs faisant éternellement le siège d'une insaisissable Troie; Ulysse tournant éternellement en rond dans la mer de toutes les fantasmagories. On peut noter que la force seule n'aurait pu suffire à échapper à la spectralité; c'est la ruse, le génie d'Ulysse - qui n'est personne et qui est tous - qui permit aux Grecs de rentrer dans la diachronie, de forger leur histoire, de prendre Troie et de rentrer à Ithaque.

 

12.
Cioran appelle l'histoire une "odyssée inutile". C'est justement parce qu'elle est inutile qu'elle peut prétendre à autre chose qu'à la rentabilité, qu'à l'administration, qu'à l'économie.

 

13.
Homère fut plusieurs, certes, mais il était aveugle.

 

14.
Je refuse de voir en l'art un besoin. C'est un bon plaisir, indispensable certes, mais un bon plaisir tout de même, un privilège, une noblesse.

 

15.
L'art pour tous ! Et pourquoi pas la paix universelle tant qu'on y est !...

 

16.
L'Odyssée prouve Ulysse. Dans l'Iiade, comme dans toutes les tragédies, c'est l'humain qui importe. Les dieux ne sont que les formes du hasard.

 

17.
Alors que j'étais en 6ème, j'ai lu, pour mon plaisir et ma fascination, l'Iliade dans l'édition de La Pléiade. Et dire que déjà d'obscurs petits profs me disaient paresseux.

 

18.
Le communisme a remplacé les dieux par la lutte des classes. Ulysse, comme tu es mal aimé !

 

19.
"être soi-même d'une façon totale" qu'il écrit Cioran ! Pouah ! Quel autototalitarisme ! Quel goût de l'autoesclavagisme ! Je préfère suivre mon sphinx.

 

20.
Certes, "cathédrales" et "grandes batailles" relèvent de la même illusion du sens. Mais à priori on se massacre moins dans les églises que sur les champs de bataille. A priori...

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 décembre 2013

 

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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 13:13

MIETTES D'OGRE

 

1.
Les autres, des fois, je n'aimerais pas être dans leur assiette.

 

2.
- Non, je vous assure, je n'ai pas d'autre ami imaginaire que moi-même.

 

3.
Quand on met les pieds dans le plat, il ne faut pas s'étonner que l'on vous crache dans la soupe.

 

4.
Une maladie rare ? - Soi-même.

 

5.
Ne me tutoyez pas, je pourrais être votre fantôme.

 

6.
Verre, ô verre, que de fantômes ai-je bus dans ce verre-là !

 

7.
Je persiste dans l'hier comme un amoureux qui ne veut pas quitter la gare.

 

8.
"mais la lutte passée, lorsqu'elle s'est une fois élevée à la hauteur de son fantôme, elle se possède"
(Diderot, Paradoxe sur le comédien, folioplus classiques n°180, p.13)

 

Ce n'est donc point le fantôme qui nous posséde, mais nous qui lui jouons ce tour de l'interpréter, de le rendre vivant.

 

9.
Qu'un comédien soit possédé par son rôle ? Voulez-vous dire que le Diable est au théâtre ?

 

10.
"et c'est parce qu'elle est constamment restée elle, que le public l'a constamment dédaignée."
(Diderot, Paradoxe sur le comédien, folioplus classiques n°180, p.67)

 

Nous ne pouvons être appréciés que lorsque nous collons à notre rôle, de telle sorte que ce que nous sommes n'est pas là où les autres sont.

 

11.
Renoncer à chasser le naturel est un signe de malaise dans la civilisation autant que le sont rigidité et autoritarisme.

 

12.
Diderot, Paradoxe sur le comédien. "d'abandonner à l'art tous les autres instants..." C'est en cela que bien des artistes se montrèrent égoïstes, égocentriques, arrogants; ce que nous n'aimons pas rappeler, tant la croyance en la bienveillance des gens de talent nous console de notre médiocrité et de la bêtise ordinaire.

 

13.
Il n'existe pas de civilisation sans son malaise. L'humain n'aime pas rester seul, mais il passe une bonne partie de son temps à se heurter à ses semblables, à un point tel qu'il ne peut rester longtemps en compagnie sans éprouver le désir d'être seul, et, une fois seul, il ne lui faut guère beaucoup de temps avant qu'il se rapproche des autres. C'est là tout le malaise des humains qui se contraignent et se supportent bien plus qu'ils s'aiment.

 

14.
"LE PREMIER : Mais j'ai donc causé longtemps tout seul ?
LE SECOND : Cela se peut; aussi longtemps que j'ai rêvé tout seul."
(Diderot, Paradoxe sur le comédien, folioplus classiques n°180, p.79)

 

Nos rêves, les discours de ces autres que nous n'écoutons pas.

 

15.
Diderot, Paradoxe sur le comédien. "A présent mettez la main sur la conscience"... Je veux bien moi, mais où l'ai-je donc rangée ?

 

16.
"Ne m'as-tu pas dit que, quoique tu sentisses fortement, ton action serait faible, si, quelle que fût la passion ou le caractère que tu avais à rendre, tu ne savais t'élever par la pensée à la hauteur d'un fantôme homérique auquel tu cherchais à t'identifier ?"
(Diderot, Paradoxe sur le comédien, folioplus classiques n°180, p.50)

 

C'est bien pour cela que nous préférons garder nos fantômes dans le secret de nos caboches, et agissons tout autrement qu'ils le feraient, s'il leur était possible d'agir en notre nom.

 

17.
L'Histoire nous fournit ces fantômes que nous nourrissons de nos fantasmes.

 

18.
Les aphorismes ? - Les miettes de l'ogre roman, des rescapés de la pieuvre des philosophies.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 décembre 2013

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 15:13

CHAIS PAS QUI CHAIS PAS QUELLE

 

1.
Le nostalgique regrette l'avant d'un événement qu'il désigne lui-même comme déclencheur, et qui masque de beaucoup plus puissants, persistants et intimes chronophages.

 

2.
Le but de la classe dominante, c'est de rester puissante et persistante. Elle tire sa puissance de l'argent et sa persistance de la politique. En période de crise économique, l'illusion politique est d'abord dénoncée par la réalité des marchés.

 

3.
La culture ? - Une prise du pouvoir par les symboles.

 

4.

On a du mal à combattre un ordre social qui utilise une mascarade de symboles pour occulter sa réalité financière. C'est qu'ils nous fascinent, ces symboles, indices d'une puissance et d'un autre monde auxquels nous rêvons comme des gosses devant une vitrine pleine de jouets.

 

5.
Les religions, des cornes d'abondance de symboles que singent les chaudrons des occultismes.

 

6.
Des fois, j'bous d'mon sang, pis y a des cris; le réel s'en va s'renversant en fuyant fuyant fuyant; alors, j'me bricole d'mes débris.

 

7.
La fenêtre est pleine d'un être qui se nourrit de pluie et de givre. C'est un gros goulu translucide qu'on ouvre quand il fait beau.

 

8.
Dans sa dégringolade, tout gloussant et glougloutant, un ironique troll à chapeau haut accompagne la pluie qui liquide le réel.

 

9.
Le monde, crâne continental, se gratte avec nos mains.

 

10.
"Where the dead men lost their bones"
(T.S. Eliot, Une partie d'échecs)

 

Qu'est-ce qu'un fantôme ? - Un mort qui cherche ses os.

 

11.
T.S. Eliot. Quidam dit qu'il a du bad plein les nerfs, d'là-vif, qu'il lui demande, à chais pas qui chais pas quelle, de rester ce soir.

 

12.
T.S. Eliot. L'autre, carpe, qu'il voudrait aller lui pêcher des mots.

 

13.
Parfois, les autres, ce sont des syllabes dans le désert, des gorges que le vent dévêt.

 

14.
T.S Eliot. L'autre, carpe, sphinx peut-être, cogite muet, qu'on sait pas quelle méduse l'anime.

 

15.
T.S Eliot. Quidam commande que l'autre cogitât, cabochât, laissât jacter le mental fatras.

 

16.
T.S. Eliot. Quidam les pressent, les autres spectraux qui cherchent leurs os en ululant c'te question : Où ? Où ? Où ?

 

17.
T.S. Eliot. Il noise, il noise, le souffle qui tâte de la porte pour savoir, savoir s'il y a quelqu'un derrière.

 

18.
T.S. Eliot. Le vent, on croit qu'i fait rien qu'à noiser souffler le vent... C'est faux, le vent nous lit, pis nous délie.

 

19.
Peut-être que le vent enregistre nos voix, clameurs, discours, conversations secrètes, afin de les diffuser, documentaire dans un autre monde.

 

20.
Je me souviens que lycéen, j'ai découvert T.S. Eliot dans le secret d'une bibliothèque, où je m'échappais des autres, ces entreprenants bavards.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 décembre 2013

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 06:06

DEJA D'LA VIEILLE LUNE

 

1.
Si tout est déjà écrit, c'est que l'avenir, c'est déjà d'la vieille lune.

 

2.
Cioran a cet étonnement du "tant de peuples [qui] survécurent à leur génie". Songez à l'arsenal atomique. On dit aussi que de très sophistiquées équations et calculs de probabilités préparèrent la  crise économique mondiale de 2008. Notre civilisation s'effondrera par excès de subtilité.

 

3.
Dans sa grande raison de tout, la Nature a prévu son antidote, l'humanité.

 

4.
Ce n'est pas parce qu'ils ne vous écoutent pas que les élèves bavardent, c'est parce qu'ils vous entendent trop bien.

 

5.
Je lis dans Cioran que le saule pleureur a poussé dans la bibliothèque, noyant la dialectique dans le flot de ses branches, l'émiettant dans son soleil.

 

6.
Je passe le même toujours encore réverbère. C'est dans ma tête; je bois un verre dans le labyrinthe, où a disparu mon bel amour orageux.

 

7.
Dans la rue, une femme crie, une femme crie dans le noir.
Je contemple le miroir où jamais plus je ne te regarde.

 

8.
En salade, les anathèmes; au ciel, les lardons séraphins. Nous buvons de vieux vins et rotons des blasphèmes.

 

9.
Certaines nuits d'hiver, je rêve que dans les rues désertes passe Mélusine, que dans la brume passe sa face de flammes bleues et de vipères.

 

10.
Ah penché sur mes écritures comme Argan sur ses maladies, me demander de la blonde, de la rousse, ou de la brune, laquelle aurais-je aimée ?

 

11.
La tragédie, ce n'est pas le Chant du Bouc, c'est le guignol de la Gorgone.

 

12.
Je me demande si les Rolling Stones ont pensé aux origines de la tragédie lorsqu'ils enregistrèrent "Goats Head Soup".

 

13.
C'est par souci de rester entier que j'évite de trop fréquenter les autres. Ils auraient vite fait de me vider de mon temps, jusqu'à ce que ma lucidité en soit asséchée, source égorgée par le soleil.

 

14.
Si belle, évidemment si belle qu'avec raison tu me fuis.

 

15.
L'oeil, faut qu'ça zieute; l'oeil, faut qu'ça strie le réel, que ça le contamine, que ça l'oculise.

 

16.
Le doigt du réel dans l'oeil de ses illusions.

 

17.
La main invisible du marché ? - Les yeux de l'Amérique.

 

18.
Sans même y penser, nous changeons de réel comme de chemise, comme de peau. Nous ne sommes les mêmes que par convention. Parfois, évidemment, il arrive qu'on soit radicalement autre, et que l'autre s'en aperçoit.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 décembre 2013.

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 16:02

CIORAN POINT

 

1.
Cioran. Des "horizons sur la mort", ce qui est encore une manière de voir la vie.

 

2.
Cioran. "l'obsession, et non la mort". De même, c'est la fascination qui "flatte" l'ego amoureux, et non la drôle de chose pour laquelle, bêtement, on s'enflamme.

 

3.
Le phénix, l'oiseau du désir qui rejaillit, flamme sous les cendres que la présence soudaine d'une seule personne attise.

 

4.
Déjà je ne sais plus où j'ai mis mon dédale.

 

5.
Cioran, à longueur de brefs, ne cesse de défier un Dieu qui lui a déjà répondu en faisant de lui cet être singulier que l'on appelle un "moraliste français".

 

6.
Si tout est écrit, nous, scribes, ne sommes que des plagiaires, des nègres, des ghostwriters.

 

7.
J'aime mettre des mots anglais dans mes brefs, pour le plaisir de les mal dire.

 

8.
Je ne peux écouter Jammin' de Bob Marley sans avoir en tête ce bout déchiré de mon passé, un de ces cafés à la lumière jaune, au patron blasé, juke-box et flippers revenus d'une de ces dimensions qu'on trouve dans les chansons de Renaud; j'y bois de la bière et fume des Camel, en reluquant vaguement une fille vulgaire comme il se doit.

 

9.
Cioran. Le singulier dit qu'il y eut de ces minutes pour effondrer l'éternité entre soi et la musique; rien donc que la musique et l'ego - de quoi effrayer; la musique creuserait-elle des gouffres ?

 

10.
Storytelling, légende, selon laquelle la musique modifierait le cours "objectif" du temps.

 

11.
Nous confondons le temps et l'usure des choses. Ce n'est pas le temps qui use, c'est l'usage que l'on en fait.

 

12.
La condition humaine, une longue usure des possibles, du plus subtil au plus bestial.

 

13.
Entendu à la radio que, "pour la première fois dans l'Histoire de l'Humanité" (sic), l'intelligence humaine régressait. Quelle victoire des machines !

 

14.
Ceux qui avancent que, "pour la première fois dans l'Histoire de l'Humanité", l'intelligence humaine régresse font un peu vite l'impasse sur les deux Guerres Mondiales, ces deux gouffres dans lesquelles tant de consciences, tant de millions de consciences, furent englouties.

 

15.
Lorsque nous serons assez stupides pour croire au libre arbitre de nos robots, nous serons mûrs pour adorer des dieux de métal.

 

16.
Un jour viendra où la Grande Grammatisatrice Automatique imaginée par Roald Dahl régnera en maîtresse objet sur ses sujets nos pommes.

 

17.
Je me demande si, un jour, Victor Hugo n'a pas cherché à communiquer avec les esprits pour le mettre un peu entre parenthèses, le bavardage des vivants.

 

18.
L'expression "vocable spectral", que je relève chez Cioran, jette  mâchoire grise et oeil froid.

 

19.
Cioran. On "s'acharne aux perplexités" dit-il; c'est que sans doute sommes-nous faits de la chair du doute.

 

20.
Mettre un point final après le mot Dieu est une ironie.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 décembre 2013

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 06:48

AUTRES QUANTIQUES

 

1.
Les êtres quantiques, les pierres d'un jeu de go, toujours la même et toujours différente.

 

2.
Pour les êtres quantiques, le principe d'identité n'a pas plus de sens que le principe d'indivisibilité et d'unicité. Ils sont tous singuliers et nombreux, tous divisibles parce qu'indivisibles, tous identiques parce qu'incohérents.

 

3.
Dans l'univers quantique, les morts portent les vivants. Ils appellent cela "exister".

 

4.
Les êtres quantiques, des points sur les faces du jeu de dés  auquel Dieu est censé ne pas jouer.

 

5.
Pour les êtres quantiques, le réel est un jeu auquel un dieu qui existe et qui n'existe pas joue et ne joue pas.

 

6.
Pour les quantiques, Madame Bovary, c'est lui.

 

7.
Dans l'univers quantique, quand il pleut, le ciel est plein de flaques.

 

8.
Pour les quantiques, se mettre en quatre n'est pas une figure de style.

 

9.
Dans l'univers quantique, on n'a aucun avantage à être le lièvre plutôt que la tortue. D'ailleurs, "vitesse et précipitation" n'y font ni pire ni mieux que "patience et longueur de temps". On peut s'y précipiter avec patience et s'y hâter lentement.

 

10.
Dans l'univers quantique, on peut se connaître soi-même tout en étant un autre.

 

11.
Dans l'univers quantique, ce sont les exceptions qui font les règles et les jurisprudences la loi.

 

12.
Par définition, toute loi quantique est rétroactive.

 

13.
Dans l'univers quantique, les chats rebondissent, et ce sont leurs balles qui leur courent après.

 

14.
Cioran est un humoriste fort apprécié des êtres quantiques. Nietzsche aussi. Lewis Carroll y est un dieu vivant.

 

15.
Dans l'univers quantique, les cas de folie chez les chefs de gare sont très courants. Aussi n'y a-t-il ni train, ni gare.

 

16.
Sans doute, les êtres quantiques nous font-ils des signes. Nous appelons ça des "pensées".

 

17.
Les personnages quantiques crèent leur auteur. Aussi les enferme-t-on dans des livres d'où ils s'échappent sans cesse pour contaminer le réel.

 

18.
On dit qu'un mathématicien quantique a fait une dépression nerveuse après avoir démontré que de deux propositions contraires, l'une au moins était fausse.

 

19.
Si ça se trouve, les êtres quantiques sont si loin, si loin que, lorsque soudain, ils nous sauteront à la gorge, on verra alors qu'ils ont des gueules énormes, et de ces crocs !

 

20.
Pour l'instant, ils ne sont pas assez nombreux pour dévorer le chien, mais vous verrez, vous verrez...

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 novembre 2013

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