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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 15:56

GRAINES D'OMBRE
En lisant les pages 7 à 16 du recueil de nouvelles "Les Ecuries d'Augias", d'Agatha Christie traduit par Monique Thies, Club des Masques n°72.

 

1) Pourquoi est-ce "toujours comme ça" ?

 

Parce que, sans doute, il ne peut en être autrement. Le ça est essentiellement problématique.

 

2) Sur quelle propriété du langage Agatha Christie met-elle l'accent dans le second paragraphe de la page 8 ?

 

Les mots, des fois, i masquent, les mots ; ils embrouillent, ils font du réel non plus un problème que l'on éclaircit en en précisant les paramètres, mais un flou plus ou moins artistique dans lequel les politiques sont passés maîtres. Notons d'ailleurs que les plus habiles de ces embrouilleurs réussissent à masquer la réalité en présentant de façon très ordonnée les paramètres d'un problème mal posé. C'est ainsi qu'ils rassurent leurs électeurs et donnent du blé à moudre à leurs contradicteurs. J'en viens à m'en demander si c'est encore de la politique, ou si ce ne serait pas plutôt de l'art conceptuel.

 

3) Page 9, quel est, selon l'auteur, le "symbole du climat anglais" ?

 

C'est cet habit dont on affubla l'inspecteur Columbo, encore que, curieusement, on n'imagine guère Columbo sous la pluie, et que, pour ma part, j'associe plus l'homme logique sous le soleil que dans la brume et la pluie. Ceci dit, je n'associe pas toujours la pluie avec la brume. Il est des pluies nettes comme les traits d'un visage et qui tombent en plein jour sur la clarté des roses et des prés.

 

4) Qu'a-t-il donc "eu l'occasion de parcourir", Hercule Poirot, d'après ce qu'il dit ?

 

Le monde des pages dans lesquelles il apparaît. Et rien de plus. Et encore... puisque, quand on y songe, les lettres ne voyagent pas dans la page. Elles sont ancrées dans leur encre, les lettres.

 

5) D'après la page 11, comment peut-on attaquer un journal ?

 

Avec un poisson évidemment. On agite le poisson devant le journal, le menaçant ainsi de n'être plus qu'un torchon. On peut aussi agiter des carottes, mais ça risque de faire venir quelque âne de passage, cependant que le poisson peut faire venir un chat, ou un premier avril fantôme.

 

6) Quel type de fantôme passa sur son visage las, à Ferrier ?

 

Un fantôme mi-figue mi-raisin, ce qui est rare et dont je ne comprends d'ailleurs pas en quoi ce genre de fantôme consiste, si tant est qu'un être aussi inconsistant qu'un fantôme puisse consister en autre chose que matière à rire, ou à rêver.

 

7) Et dans la première phrase de la page 13, quoi donc reparaît "sur les traits las du Premier Ministre" ?

 

Le même fantôme dis donc, mais "pâle", pâle comme un cheval.

 

8) Est-ce que monsieur Poirot peut "faire des miracles" ?

 

Le miracle, c'est que Hercule Poirot soit. La fiction est une preuve de l'humain. Le masque révèle la figure.

 

9) Qu'est-ce donc qui, "comme Poirot descendait l'escalier, vint au-devant de lui ?"

 

Certainement pas un tigre, car il est rare de croiser des tigres dans les escaliers londoniens. Je ne dis pas que cela est impossible, mais cela me semble peu probable. Par contre, ce sont des cheveux qui, sans doute, vinrent au-devant de lui, des cheveux avec quelqu'un dessous. Sinon, c'est qu'il s'agit d'une moumoute fantôme, d'une spectrale perruque flottant dans l'air, l'esprit d'une concierge.

 

10) Qu'a-t-elle "craint depuis des années" celle qui "vint au-devant de lui" ?

 

Elle a eu peur depuis des années de l'ombre qui soudain surgit en pleine lumière pour vous planter sa graine d'ombre dans le coeur.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 septembre 2013

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 06:29

A QUOI SELON CIORAN
Brefs en lisant "Le mauvais démiurge" (cf Cioran, Pensées étranglées, Folio Sagesses, 2013).

 

1.
A quoi, selon Cioran, l'homme n'incline-t-il pas ?

 

Je ne sais à quoi il n'est pas enclin, le si multidirectionnel humain, qu'en tout cas, il incline aisément à la choucroute, mais avec une technique inégalée. Y a que les insectes pour être aussi efficaces.

 

2.
A la fin du premier paragraphe du texte Le mauvais démiurge, quelle question concernant le statut ontologique de l'humain Cioran se pose-t-il ?

 

Il se demande si l'humain ne serait pas un bête coincé dans sa synchronie, un voué à l'Eternel Retour, sisyphé, prométhéisé, qu'on invoque de l'ailleurs en faisant tourner des tables parallèles, là, de l'autre côté de la glace sans tain.

 

3.
A mon avis, la camarde, elle se balade derrière une "plaque de dissimulation", comme on appelle cela dans le Kaamelott d'Alexandre Astier. C'est pour ça qu'elle nous si vive saisit des fois des parmi nous.

 

4.
Page 12, comment, selon Cioran, aura-t-il vécu celui qui ne se demande que trop rarement si des fois, au départ, y aurait pas eu comme un vice de forme dans l'invention de l'existant ?

 

En gusse qui marche et rêve, ce qui fait qu'il ne voit pas qu'il est monté sur le toit et que dans le vide il va.

 

5.
Page 12, quelle hypothèse concernant l'honorabilité de Dieu Cioran fait-il ?

 

Je sais pas moi, mais il est vrai que quand on est un Dieu bien élevé, on s'amuse pas avec des petits bouts d'os et de chair qu'on fait tenir ensemble tant bien que mal, et qu'on agite dans tous les sens. Ce qui me fait penser que Notre Père est bien jeune. Les Dieux respectables créent des mondes parfaits, qu'ils peuvent contempler, sans personne dessus, ni chat, ni chien, ni molécule, ni loulou, ni louloute, ni rien que le mouvement des lignes et les grands vents stellaires. (1)

 

(1) : J'aime bien l'idée de "grands vents stellaires". Ne me demandez pas de définir, ni même si ça existe, je suis bien incapable de vous le dire, c'est rien que pour la musique et l'image de grandes nappes de poussières d'étoiles se déplaçant dans l'espace temps à la surface de mondes déserts.

 

6.
Page 13, selon Cioran, quoi donc fut "néfaste au mal" et quelle conclusion en tire-t-il ?

 

Evidemment, le bien est un mal pour le mal, cependant que le mal pour le mal n'est pas un bien. Et le bien pour le bien, quoi qu'est-ce ? - Une naïveté.

 

7.
Page 13, qu'est-ce donc qui, selon Cioran, "a épuisé le christianisme et compromis le dieu..." ?

 

De toute façon, les religions sont une manière d'épuiser l'humain, et s'il ne s'épuise pas assez vite, il y a toujours des illustres pour initier une guerre du Bien contre le Mal, ce qui fait beaucoup de victimes, de discours, de coups fourrés, de saloperies, et de profits sur les ventes d'armes. Ou alors, on accuse son peuple d'avoir la rage et on essaie de le noyer dans son propre sang.

 

8.
C'est par la dérision qu'Alexandre Astier, dans son excellent Kaamelott, a réactivé le mythe du Roi Arthur. Et au-delà de cette réactivation cocasse, peu à peu, Arthur, Lancelot, Guenièvre, Perceval, apparurent de moins en moins cocasses et de plus en plus méditants, jusqu'à la fascination. Qu'est-ce que le graal ? C'est la coupe de toutes les fascinations, la forme de toutes les géométries, le visage de tous les visages.

 

9.
Page 14, à quoi Cioran réduit-il "le démon" ?

 

A un ange qui fait des histoires.

 

10.
Page 16, quel reproche fait Cioran aux "athées, qui manient si volontiers l'invective" ?

 

A force de le définir, cet être qui n'existe pas, on finit par se dire que Dieu est une sorte d'oncle d'Amérique, qui, de toute façon, ne reviendra pas, et dont on se dit qu'il vaut mieux ne pas croire qu'il existât. Ou alors, on conteste à Dieu sa présence dans l'escalier comme s'il était le concierge de l'infini, et l'on affirme qu'il n'y a personne dans l'escalier, puisqu'il n'y a pas d'escalier. Bon, Dieu, c'est du dit, et comme c'est dit, c'est fait, tant pis.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er septembre 2013.

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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 01:43

IL N'Y A DE MIROIR QUE DANS LE MIROIR
Notes sur les pages 6 et 7 du manuel CAP Français programme 2010, Foucher, 2010

 

1.
Ce document n'est pas une pipe. Il donne cependant quelque chose à voir. Quelque chose avec des yeux qui nous regardent mais ne nous voient pas.

 

2.
Ils sont plusieurs, les portraits, comme les masques et les dieux. J'en profite pour signaler que Dieu existe, puisque nous l'avons inventé. Ensuite que Dieu joue aux dés, ou pas, cela dépend de ce nous inventons et que nous lui donnons : foudre, dés, doigt, oeil, poil, tables de la loi, et zieute le riz, i bouffe le rat.

 

3.
Tout ça pour dire que l'humain est un qui joue aux échecs avec lui-même, et qui le trouve vraiment fortiche, l'autre, vraiment retors malin, vraiment pas prévisible.

 

4.
Cette personne, pourquoi le peintre l'a représentée ainsi ? Mais parce que c'est la même personne. Sinon, il aurait représenté une autre avec. Et la question n'aurait pas de sens.

 

5.
Philippe Caubère est par les masques, et par la parole qui sort de ces masques comme si le passé parlait. Qu'est-ce qu'un masque ? Le surgissement d'un temps indéterminé.

 

6.
Quant à Henri Michaux, il est plein d'hypothèses comme une musique est pleine d'ailleurs.

 

7.
Une lettre de motivation sert à motiver, comme un narrateur sert à narrer, et un politique à mentir.

 

8.
Que fait-il dans sa lettre ? il insiste, il insiste, il insiste, il fait comme nous tous, il insiste jusqu'à ça ou jusqu'à ça ne. Sinon, on peut très bien ne pas insister. Il y a des choses, moi, ça fait longtemps que je n'insiste plus. J'ai compris que. Du coup, j'insiste pas. De toute façon, que j'insiste ou que j'insiste pas, comme je me connais, il vaut mieux que j'insiste pas, que si j'insiste et que ça roule, ça déraillera vite, c'est évident.

 

9.
Le destinataire de la fiche est quelqu'un qui la rangera dans son casier.

 

10.
Il a des difficultés dans un tas de matières celui-là. C'est drôle que l'on doive passer autant de temps à éprouver des difficultés dans des matières qui ne nous intéressent pas, que l'on ne comprend pas, et qui ne nous seront pas utiles, puisqu'on ne les comprend pas.

 

11.
Quelle image voulez-vous qu'elle donne, sa fiche ? Ce n'est pas un miroir, une fiche. Un roman non plus n'est pas un miroir. Ni une lettre. Ni une écriture. Il n'y a de miroir que dans le miroir. Et encore, des fois ils vous anamorphosent aussi bien qu'une lettre stupide écrite à un crétin.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 août 2013

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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 11:28

CHOSES, AUTRES, ET LOUISE RENNISON

 

1.
Red Sonja. La case prend la page. On y voit une jeune femme aux cheveux clairs (le dessin est en noir et blanc) chevauchant une licorne. On dirait bien qu'elle entre ainsi dans quelque château d'un moyen-âge de fantaisie. Elle est gantée et semble guerrière, genre amazone superbe. Elle regarde devant elle. En bas de page : "Story : ROY THOMAS - Art : ESTEBAN MAROTO, NEAL ADAMS, and ERNIE CHUA". Un exemple de l'art des Comics américains.

 

Source : Phénix, n°45, juin 1976, p.32.

 

2.
Drôle de bouquin : "Bouquet final en forme d'hilaritude" sous-titré "Le Journal intime de Georgia Nicolson". L'auteur est une certaine Louise Rennison. C'est une Anglaise traduite par Catherine Gibert. C'est la collection Scripto, de Gallimard, qui a publié ça en 2010. C'est de la littérature pour adolescents, pour jeunes filles et garçons rêveurs. Le curieux, c'est le style. Partout de la trouvaille. Je cite au hasard :
 

- "Je reconnais le chou de la chose et ainsi de suite." (p.145)
- "Tutta seulabre dans mon coin pour cause de potesses parties giguer le slow version encollée avec gus de compagnie, ..." (p.111)
- "Détiens-je ?
    Vérif en miroir."
(p.196 [Là, on frôle la poésie contemporaine, non ? Note de moi-même])
- "Mutti en vocifération :
    - Georgia c'est pour toi." (p.77)
- "La dirlo en réponse à ma frappe de lourde  :
    - Entrez.
    Oh, Notre Seigneur." (p.167).

 

Des fois, c'est maladroit, c'est lourd (p.196 "taux de beautitude hors norme" ; et pourquoi répéter tous ces mots allemands : "und", "Mutti", "Vati" et même p.270 : "Aboule le bécot et possiblement le rummachen unterhalb der taille." [oh!] ?)
Apparemment, Louise Rennison a sur la toile des qui la citent de fans.
Si vous aimez la littérature, pas pour vous ce bouquin.
Si vous aimez la littérature, je vous le conseille, ce bouquin. Il est marrant. Moi évidemment, j'apprécie, même si, comme d'habitude, je le lis façon puzzle, picore, confettis. J'apprécie, mais j'ai mauvais goût. Je revendique.

 

3.
Entendu sur France Culture dans une émission sur Albert Einstein que parmi les perles récentes - et en général plus ou moins authentiques - des concours, on trouva :
"Albert Einstein est un physicien célèbre pour tirer la langue." Ou quelque chose comme. Rit-on ? On a tort. C'est très juste, qui souligne à quel point, Einstein n'est pour nous qu'un nom, qu'une image, et que nous serions bien en peine, pour la plupart d'entre nous en tout cas, d'expliquer en quoi consiste son génie.

 

4.
Entendu aussi une dame évoquer avec admiration le fait que la pratique d'un instrument serait beaucoup plus présente dans l'enseignement allemand que dans le nôtre. Ô nous barbares ! et c'est sans doute pour cela qu'elle est si mauvaise, leur musique.

 

5.
"L'hyperbole consiste à exagérer : soit en augmentation (auxèse : aller plus vite que le vent), soit en diminution (tapinose : plus lentement qu'une tortue)."
(Roland Barthes : L'Aventure sémiologique, Seuil, 1985, p.159).

 

a) Auxèse et Tapinose feraient deux façons de Bouvard et Pécuchet : l'un exagérant tout, et l'autre minorant.

 

b) Le lyrisme, de l'auxèse, il en use et abuse :

 

"Tu ne me veux pas en rêve,
Tu m'auras en cauchemar !"
(Tristan Corbière, Elizir d'amor)

 

Alors que bon, la plupart du temps, les autres ne sont ni "rêves", ni "cauchemars". Ce sont des contingences, des prétextes affectifs, des façons de passer le temps, des repères, des impératifs, des nécessités, des utilités. Remarquez qu'il y a tout de même les faits divers, ces moments où l'autre, soudain, incarne le cauchemar (tueur en série, assassin sans scrupules, chauffard, délinquant sexuel, tyran domestique...).

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 août 2013 

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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 03:51

CHAQUE JOUR QUE DIEU FAIT

 

"Le venin du serpent est son fidèle compagnon,
Fidèle et il l'estime à sa juste valeur."
(Henri Michaux, Contre ! in "La nuit remue")

 

1.
De nos qualités, de nos défauts, de notre être au monde en ce qu'il est notre "fidèle compagnon". Ces qualités, ces défauts, cet être au monde sont-ils nous tout entier ? Est-ce notre existence qui établit notre essence ? Les propriétés d'un objet constituent-ils l'essence d'un objet ? Si je fais abstraction de toutes les propriétés de x, x s'annihile-t-il ? Autrement dit, le réel est-il essentiellement une somme d'agirs et donc une somme d'interprétations de l'agir ? A cette vision utilitariste, pragmatique du réel, le religieux répond par l'existence d'une âme, qui prendrait la place de ce zéro, de ce néant qui résulte de la soustraction de toutes les propriétés d'un objet. Que signifie l'affirmation de cette âme, sinon qu'il existerait un état de non-néant de la matière, une pureté radicale de l'être en dehors de toute propriété, une feuille de papier blanc sans papier et sur laquelle s'écrirait le livre de nos heures, un état paradoxal de l'être qui ne peut exister et qui pourtant est signifié par le il y a quelque chose et ce n'est pas rien, que nous expérimentons chaque jour que dieu fait.

 

2.
Un oeil passe je tente de l'attraper c'est mon
Etat je suis trompe l'oeil je m'approfondis
De l'oeil qui passe je me trace des perspectives
Non pas que je sois spécialement piège le
Néant n'est pas mon couteau je fais
De vous ce que votre oeil perçoit
La lumière est ma souple complice qui court la
Matière comme danseuse sur un fil.

 

3.
Le corps, cette parenthèse dans l'espace, que l'espace ne cesse d'assiéger, jusqu'à ce que, finalement, il y pénètre et réduise la forteresse en cendres.

 

4.
Le big bang : le craquement d'une allumette, dont la flamme monte et se répand, consumant l'être et qui n'est que par cet être.

 

5.
Le réel, une machine à produire du regard, une pondeuse d'yeux. La langue française le dit bien qui "couve du regard".

 

6.
Le réel promulgue sans cesse de nouvelles lois qui n'existent que dans leur application. C'est un coup d'état permanent fomenté par des dieux qui n'existent pas, et qui, cependant, se jouent de nous.

 

7.
L'autre, une manière de passer l'être.

 

8.
Il se jeta l'être par la fenêtre. Hélas, son corps vint avec.

 

Note : On attribuera, c'est entendu, les brefs 7 et 8 au cynisme que l'on reconnaît chez moi comme le nez au milieu d'un visage défait.

 

9.
Dans les romans à énigmes, ceux d'Agatha Christie en particulier, les meurtriers apparaissent comme des virtuoses dans l'art du n'être plus. Je dis bien, dans les romans et quelques rêveries surréalistes ; dans la vie réelle, les meurtriers sont des crapules, ni plus ni moins, ou des fous, ou des réduits à.

 

10.
Hercule Poirot élucide souvent dans des manoirs, de grandes maisons, de larges espaces. Sinon, certaines de ses enquêtes seraient intitulées "Le Mystère du placard à balais" ou "L'Enigme de la cage d'ascenseur". C'est cependant toujours au même endroit que le crime prend sa source : l'étroitesse d'une cervelle humaine, une poignée de syllabes et quelques connections neuronales, la réduction de l'être à quelques autres, la fascination morbide pour l'autre en n'être plus.

 

11.
L'humain combat son poison comme Saint Georges son dragon.

 

12.
La philosophie telle qu'on la voit : "Vous voyez bien que vous êtes intéressant puisque vous vous intéressez à moi." Quelle blague ! La philosophie, ne voyez-vous pas qu'elle vous tire la langue ?

 

13.
"Chaque jour que dieu fait" est un présent de vérité catastrophique.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 août 2013

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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 08:26

NON-SENS ET PHILOSOPHIE POLITIQUE

En lisant quelques pages de La Dent creuse, de Pétillon et en écoutant philosopher la radio.

 

"Et si j'ai la clef, je pourrai savoir de quelle énigme il s'agit."
(Pétillon, "La Dent creuse", Edition de poche J'ai Lu BD, 1988, p.17 [Jack palmer])

 

1.
"Surmené ! Je vais épouser un type surmené !" s'écrie la ravissante de la page 10. Certes, en général, c'est après, par la suite, plus tard quand même, qu'ils sont surmenés, les types qu'on épouse.

 

2.
Evidemment, un passage secret, s'il n'est plus secret, il devient public. C'est embêtant car si, certes, on avait fort peu de chances de rencontrer celle que l'on aimerait rencontrer, par hasard, dans la rue, on risque tout de même de tomber sur Dugland-Duglond, ses soucis et/ou son envahissante sympathie.

 

3.
J'ai longtemps cru que la littérature, la grande littérature, la littérature dont on cause sérieusement, la littérature à thèses et colloques, recelait des énigmes dont les clés se trouvaient dans le jeu complexe des signifiés. Avec le temps, je le vois bien qu'il n'y a que couic de caché dans les mots, que ce ne sont que faits de langue, performances linguistiques, modes et travaux, virtuosités, saltimbanqueries, tours de force, jeux jolis, grognes gouleyantes, crapuleries rêveuses, séductrices élégances, trousseau de clés pour des énigmes de papier d'bonbon.

 

4.
Cette prison est une passoire ; même les barreaux s'en évadent.

 

5.
Je découvre dans La Dent creuse, qui n'est pas une dent, mais un album de bande dessinée, du pétillant Pétillon (celle-là, je suis sûr qu'on ne l'a jamais faite) que jadis, on employait des chanteuses wagnériennes pour garder les villas délaissées par leurs propriétaires. Et bien, c'était très bien de trouver une utilité sociale à des gens qui, quoique différents, n'en sont pas moins aussi aptes à vous les casser que les autres.

 

6.
La philosophie, un théâtre où l'on donne des rôles de bouffons à des consciences singulièrement aigues.

 

7.
Ce que l'on appelle "lutte des classes" n'est jamais que la récupération par le philosophico-politique de l'aspiration des individus au vivre mieux. Et, comme on l'a vu en Union soviétique, et dans les fameux "paradis socialistes" de sinistre mémoire, cette imposture de la lutte des classes a effectivement permis à une idéologie - l'idéologie communiste - de confisquer le pouvoir.

 

8.
Il est facile d'affirmer que le camp de concentration est l'expression la plus crue du capitalisme. C'est oublier que le nazisme fut d'abord un mouvement anticapitaliste autant qu'anticommuniste ; c'est ne pas tenir compte non plus du pragmatisme libéral qui permet à l'Etat d'adapter la puissance de son interventionnisme aux nécessités économiques ; c'est, en fin de compte, rêver l'humain, et il est que l'humanité est tout, sauf un rêve dont le philosophe pourrait sortir aussi facilement que l'on sort d'une mauvaise nuit.

 

9.
L'exemple de la Chine prouve que le libéralisme, dès qu'on laisse les gens entreprendre librement, peut s'adapter à bien des contraintes politiques. L'avenir nous dira qui, de l'omniprésent parti communiste chinois, et de ses abus de pouvoir, ou  du libéralisme économique, et de son nécessaire jeu démocratique, pésera le plus sur l'avenir de la seconde puissance mondiale.

 

10.
On me dira - il ne manque pas de professeurs de philosophie assez sots pour cela - que le jeu démocratique dont je parle avec bienveillance n'est souvent qu'une apparence de démocratie, qu'une mise en oeuvre de l'aliénation, qu'une exaltation de l'illusion de la liberté. Effectivement, le spectacle réitéré des politiques maniant angélisme, carotte, bâton, langue de bois, promesses intenables, pieux mensonges, sans parler de la puissance occulte des mafias, réseaux, lobbys et autres "milieux", semble donner raison aux rêveurs de "liberté réelle", aux scribes consciencieux (et, certes, ils en savent des choses) d'un authentique autant qu'hypothétique contrat social légitime. Mais qui peut interdire aux citoyens de choisir leur poison, d'autant qu'en l'occurrence, le remède philosophico-politique me paraît bien pire que le mal qu'il prétend guérir. Les politiques sont des menteurs, ils le savent et nous le savons. L'essentiel est qu'ils ne nous interdisent pas de le dire.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 août 2013     

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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 09:16

DEJA HIER
(Notes sur Abîmes,de Pascal Quignard, folio n°4138)

 

"- ou le soleil qui revient dans la pluie finissante."
(Pascal Quignard, Abîmes, Chapitre XXX)

 

1.
L'être, c'est d'la mort puisque c'est du vif, c'est du vif en sursis, et c'est ce sursis qui fait l'être comme l'habit ne fait pas le moine, ni la peinture la pipe.

 

2.
L'être c'est d'l'avale-vif ; il bouffe les éphémères [Quignard, Abîmes, folio 4138, p.111] appelés ainsi parce que rien ne dure même pas la durée qui n'a de sens que parce qu'on en cause. Imaginons une planète lointaine dont les habitants jugeraient  que plus est grande la distance entre deux événements (pour nous simultanés), plus est éloigné le temps qui sépare ces deux événements ; s'ils songent à nous, ils doivent en conclure que nous sommes nécessairement inaccessibles puisque démesurément éloignés dans l'espace-temps. Ce que nous jugeons simultané tend pour eux à l'infini.

 

3.
C'est qu'on est du trop tard et puis de l'après coup. [Quignard, Abîmes, p.129]). Ce qui fonde nos regrets et nos nostalgies.

 

4.
Nous filons vite vite et puis c'est déjà hier. [Quignard, Abîmes, p.135]).

 

5.
"Il faut parler avec son regard" écrit Quignard (cf Abîmes, p.106). Quelle langue donc ? Une langue oculaire ? une langue presbyte ? Une langue miro comme une taupe ? Les battements de paupières alors, des signes de ponctuation ? Jeter un coup d'oeil, c'est du vite dit. Faire un clin d'oeil, c'est faire une allusion. Et comment donne-t-on sa parole ? Par un regard appuyé. Les aveugles n'auraient-il rien à dire ?

 

6.
Ce qui existe est ce qui n'est plus. Ce qui existe, c'est le déjà. [Quignard, Abîmes, p.161, ce qu'il écrit du temps et du passé] cf aussi cette phrase tirée de Le Signe du Lion,de Rohmer : "Evidemment qu'elle existe, puisqu'elle est morte."

 

7.
Le n'être plus est une modalité de l'être qui confère de l'existence à l'être mort. Dieu existe, puisqu'il est mort. La langue parle de ce qui n'est plus comme de ce qui n'est pas encore. Dieu est un n'être plus qui n'en finit pas de n'être pas encore.

 

8.
Ce qui jaillit surprend. C'est l'impensé qui passe. [Quignard, Abîmes, p.175].

 

9.
Nous écrivons l'histoire des dieux dans une langue qui n'est pas la leur.

 

10.
On séduit en jactant. Pour éjaculer qu'on jacte. Pour répandre du déjà.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 juillet 2013

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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 08:46

ECHOS AU SPECTRE D'ARGENT

 

"Spectre d'argent aux franges qui frémissent"
(Federico Garcia Lorca)

 

1.
"Spectre d'argent".
Spectre, c'est tout fantôme ça, et fantasme donc, façon poule... j'allusionne ici le féminin qui s'déballe... "ma poule" dit-on affectivement aussi... les maris disent ça à leur femme des fois... disent plutôt "ma cocotte", voire "ma cocotte en sucre" cause que "ma poule" ça fait un peu déplacé... les pères à leur fille plutôt... la poule c'est aussi la p'tite femme, la poulette... "On dirait des poules, hein ?" qu'elle dit Claudine, assez lucidement et un peu mélancolique, en contemplant les collègues du genre féminin qui, derrière la vitre, entre deux cours, se déliaient la bavarde... "éternel féminin", foutaise évidemment... "d'argent"... le flouze, fric, monnaie, pèze, blé, en voilà du bien plus solide... ah c'qu'on s'en paie alors de "l'éternel féminin"... "spectre d'argent"... ça me fait penser à l'expression "spectre à la balle d'argent"... que peut-on tuer avec une balle d'argent ?... Vampire qu'elle répond la légende... de l'éternel encore... ça me fait plus penser au western, à la bande dessinée, à une aventure du lieutenant Blueberry... Euh, le vrai titre, ce serait pas plutôt "Le Spectre aux balles d'or" ? ou quelque chose comme ça... à vrai dire, je m'en fiche, ça pourrait être aussi bien "Le Spectre à la cravate à pois" ou "Le Spectre à nez d'clown", j'ai pas vraiment lu... J'ai dû feuilleter ça il y a quelques années... attention, c'est très bien, le Lieutenant Blueberry, tout bien dessiné, bien scénarisé, dialogué, mais j'ai pas vraiment la patience... j'ai pas souvent la patience de lire... ça m'endort vite... je me souviens il me semble y a un personnage efflanqué sur la couverture non ? Hirsute... en haillons... dépenaillé (c'est bien comme ça qu'on dit ?)... sur la défensive me semble... avec un fusil... une Winchester je suppose cause qu'à part le Colt, je connais que Winchester comme marque de flingue du temps des westerns d'il y a longtemps...  tout ça dans la poussière... et si exister, c'était fréquenter la poussière des spectres ? je me dis ça du coup que ça rime à rien. A la radio ça cause du spiritisme... bah, ça, la culture de la betterave, la discographie de Tino Rossi, ou l'usage du bec de gaz dans les mythologies nordiques, peu importe au fond.

 

2.
"franges qui frémissent".
"franges" d'une veste peut-être... Western... le "Spectre d'argent aux franges qui frémissent" (premier vers du premier sonnet de la suite intitulée Sonnets - au pluriel - de Federico Garcia Lorca traduit par André Belamich) ... je l'ai dit précédemment que ça me rappelle la couverture d'un album cartonné (je dis cartonné je mesure pas, je veux dire assez solide pour qu'elle puisse pas se déchirer la couverture, juste s'abîmer les coins)... les albums, des collections d'images... les franges qui frémissent, c'est qu'il y a du frémissant vent non ? du frémissant vent pour de palpitantes aventures, le vent des fictions. C'est-y pas l'essence de l'art ça d'être un ensemble de fictions ? non, je suis con... l'architecture, c'est un art aussi et c'est pas si fictionnel, c'est même tout à fait réellement hideux, des fois, l'architecture... remarquez, moi, à part ce que l'on appelle "maisons de maîtres", le bâtiment, je m'en fous, ça ne me fait ni chaud ni froid... J'exagère car il y a de belles choses tout de même... Le Lycée Gustave Eiffel à Armentières, voyez, c'est pas du tout neuf, eh bien j'aime bien, je trouve ça beau et mélancolique, à part les bâtiments des cours, qui font comme de longs couloirs superposés et pis qui tournent, qui dédalent et vont je ne sais où, zavez comme des maisons un peu partout qu'on en a fait des bâtiments administratifs... c'est pas mal... ou alors plus moderne... y a des lycées maintenant, ils ont de grandes baies vitrées que ça fait classe quand on passe devant... et puis des structures aérodynamiques, qu'on dirait des bateaux, des avions, des phares, des scoubidous, ou alors de gros choux ratés effondrés... donc, c'est pas que de la fiction, l'humain, c'est surtout du sang, l'humain... du réel surtout avec de la fiction dedans... qu'on croit que c'est sa justification, au réel, la fiction, qu'on croit qu'en le dénonçant, le réel, avec la fiction, qu'on va le changer, le réel, qu'en fin de compte ça donne qu'on justifie le réel par sa dénonciation... Moi, je vous dis, le réel, des fois, i devrait porter plainte contre les poètes, pour diffamation.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 juillet 2013

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 13:59

LE SOLEIL N'ECLAIRE JAMAIS QUE LE JOUR

 

1.
Des fois y a des pluies quand on y songe qu'elles courent sur les vagues eh bien ça reste quand même de la pluie.

 

Note : l'idée de la pluie qui court sur les vagues, je l'ai lue dans une traduction du poème "Présence du corps" de Garcia Lorca.

 

2.
"Viens sur mon coeur, âme cruelle et sourde"
(Baudelaire, Le Léthé)

 

Viens t'en un peu
Sur c'que j'tiens comme couche sur
Mon badaboum et rataplan
Coeur viens t'en un peu
Âme qui loge dans la superbe
Cruelle qu't'es yeux qui griffent
Et moue et pas souvent marrante pis
Sourde comme bal muet.

 

3.
"Le sais-tu, oui ! pour moi voici des ans, voici"
(Mallarmé, Sonnet)

 

Le temps nous flanque sa trempe
Sais-tu, le temps nous dévisse
Tu pousses pis tu passes tu dis
Oui tu dis non tu ouines tu ris
Pour chamitter ça tu chamittes
Moi aussi je m'agite et joue avec
Voici un mort tu le connaissais non ?
Des morts encore ça passe le temps les
Ans sont pleins de morts voici la route
Voici tu tournes pis tu tombes, obligé !

 

4.
On ne repasse pas par son passé comme on repasse par sa chemise.

 

5.
Entendu ce matin la ministre de la culture, Aurélie Filippetti, citer Jean-Luc Godard : "La culture, c'est la règle et l'art, c'est l'exception." (cf Jean-Luc Godard in "Je vous salue Sarajevo", vidéo, 1993: "car il y a la règle et il y a l'exception. Il y a la culture qui est de la règle, et il y a l'exception, qui est de l'art").

 

Très belle lucidité qui rappelle que si les courants dominants peuvent phagocyter les tentatives originales, il n'est d'exception que parce qu'il y a règle. Il y a sans doute fort peu d'oeuvres exceptionnelles. Il y a surtout beaucoup de choses bien faites, des preuves de culture, des traces de civilisation.

 

6.
Le soleil n'éclaire jamais que le jour. Toute grille prétend coincer le phénomène dans une synchronie d'où il s'échappe au moment même où l'analyste pense l'avoir maîtrisé.

 

7.
Il est vrai que l'existence précède l'essence. Nous précédons tous notre cadavre.

 

8.
L'être : l'ensemble de tous les étants possibles moins l'étant réalisé. Je me demande si "effectif" ne conviendrait pas mieux. Ah tant pis, je vais manger du fromage.

 

9.
C'est toujours bien fait pour quelqu'un. C'est peut-être pour ça qu'on dit que le monde est mal fait.

 

10.
L'image se présente sous la forme d'un étant synchronique (tout est là devant nos yeux) qui laisse à l'oeil le soin de créer sa diachronie, de s'attarder à telle chose plutôt qu'à telle autre. La musique, elle, est un étant diachronique. Elle impose sa durée. Comme tous les arts diacroniques - comme la littérature par exemple - elle est donc essentiellement chronophage.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 juillet 2013

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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 08:57

TOUT NOUS SERT

 

"Si vous faites naufrage, Elisa, tout nous sert,
Agitez ces mouchoirs sur un îlot désert."
(Stéphane Mallarmé, Autres dons de nouvel an)

 

1.
"le poète sent ses cheveux
grandir et se multiplier."
(Artaud, La nuit opère)

 

Sauf s'il est chauve.
Ceci dit, il peut toujours sourire.
Pour ce qui est de ceux d'entre les poétiques chevelus qui  les ont crûs et multipliés, leurs cheveux , ce que vous pouvez faire, Madame, c'est lui flanquer des racines et le planter au bord de l'étang qu'il y a derrière chez vous. Comme ça, ça vous fera toujours un chouette saule pleureur. Et avec les droits d'auteur, vous vous achéterez des cacahuètes. Ou des carottes. Ou des coin-coins ; ça distrait.

 

2.
L'historien ? Un tracassé des traces.

 

3.
Il se levait pont-levis. Dès son retour dans le monde lucide, il se fermait.

 

4.
Celui qui dit que Eve s'est bien fichu de sa pomme, à Adam, est un sexiste peut-être, ou un amateur de jeu de mots. Il y eut aussi, dans une planche du Boule et Bill de Roba, cette pancarte d'une manifestation féministe qui disait : "L'Adam dure depuis trop longtemps."

 

5.
"L'aurore se jeta sur la lampe angélique."
(Mallarmé, Don du poëme)

 

Vous trouvez pas qu'il y a comme du goulu dans ce vers-là ?

 

6.
"Chevauchant tristement en geignant du latin"
(Mallarmé, Le sonneur)

 

Un pleurnichant cavalier qui récite ses déclinaisons.

 

7.
"Abolie, et son aile affreuse dans les larmes
Du bassin, aboli, qui mire les alarmes,
Des or nus fustigeant l'espace cramoisi"
(Mallarmé, Hérodiade [La Nourrice])

 

Euh... Si elle est "abolie", Machine, comment peut-elle tremper son "aile affreuse" dans les "larmes du bassin" qu'est "aboli" lui aussi ? Déjà qu'un bassin qui ouine, c'est pas courant, c'est même assez curieux, mais si le bassin pleurant et la propriétaire de cette "aile affreuse" sont tous deux frappés d'abolition, on ne s'étonne donc plus que tout ce tintouin là "mire les alarmes", celui du lecteur qui appelle au secours.

 

Note : Peut-être qu'un universitaire distingué possède les clés étymologiques, intertextuelles, psychanalytiques, ou autres, de l'énigme. J'en suis point si sûr. Remarquez que c'est marrant quand même, surtout qu'après, le Mallarmé, il évoque "Des ors nus fustigeant l'espace cramoisi". Evidemment, le cramoisi de l'espace, c'est un problème ça, le cramoisi de l'espace. Remarquez j'aime bien quand même : j'imagine assez des fouets jaillis de jarbouins en or pur (ne lésinons pas) pour le frapper, "l'espace cramoisi" : "Tiens, prends ça, espèce d'espace cramoisi !" qu'ils disent, les jarbouins, en or pur. C'est qu'c'est méchant, ça, le jarbouin.

 

7.
Entendu récemment à la radio un penseur sachant penser sans son peigne dire que, lorsqu'il lisait des romans policiers, il avait souvent l'impression de perdre son temps. C'est vrai que j'ai du mal à visualiser l'auteur de "Spéculative Déconfiture" se gondolant aux récits des aventures du commissaire San-Antonio et du difficilement contournable Bérurier. Ou plutôt je l'imagine très bien plongé, avec pincettes et masque à gaz, dans Baise-ball à La Baule ou Concerto pour porte-jarretelles, ou Une banane dans l'oreille, ou La vie privée de Walter Klozett : il se hérisse du poil des pieds jusqu'au siège de son agitation neuronale ; il pâlit comme une lettre de Sartre oubliée dans une poche et livrée au réel tournoyant d'un tambour de machine à laver ; il tremble, il suffoque et rejette le livre honni (soit qui mal y) en borborygmant des imprécations en latin classique, en grec ancien, en Comte-Sponville, et en bonne et due forme car il a fait ses humanités. Ceci dit, j'écris ça, mais si ça se trouve, y a pas plus fana de Sana que cézigue cogitif. Enfin, chais pas ; ça m'étonnerait, mais chais pas.

 

Note : J'ai pris ici le parti de Cioran. Je ne cite pas de nom. J'évite. Après tout, que savons-nous des gens que nous moquons ? Et puis il est intéressant tout de même, des fois.

 

Note bis : Mon petit doigt, i m'conte comme ça que faut pas trop scrupuler, cause que feraient ces augustes pour ta pomme ? Rien. Que t'es rien pour eux. En tant qu'individu, puis en tant que scribe. C'est pas tant le regretté Frédéric Dard qu'ils lisent avec pincettes et masque à gaz que tes brefs, ironies, drolatismes et fantaisies spéculatives, si encore ils les lisaient. Mais macache. I sont bien plus tourmentés par leur signature dans Le Monde et le tirage de leur dernière composition française que par ce que tu scribes, cogites et penses, t'es con, Houzeau, ou quoi ?

 

7.
On dit que Molière était mauvais dans les rôles tragiques, qu'il récitait les vers d'une façon si ridicule que la légende veut que certaines représentations se fussent terminées par abondance de projectiles lancés sur la troupe. On représente souvent Molière et ses comédiens déclamant les vers tragiques en les scandant exagérément, allongeant démesurément certaines syllabes, marquant trop les accents toniques, et soulignant bien trop les effets. Bref, du temps même de Molière, il semble que cette façon de faire passait déjà pour ridicule. Eh bien, figurez-vous qu'il y en a qui veulent remettre ce ridicule au goût du jour. Entendu récemment sur France Musique un je ne sais qui  se moquer d'une lecture faite jadis par Jean Vilar d'un poème de Mallarmé. Invité à faire la même lecture, le gaillard moquant lut le texte en l'assenant, la métrique, en les marquant, les accents qu'c'en devenait contondant, en roulant les "r" me semble-t-il rapport à ce qu'on dit que jadis on roulait les "r" plus que maintenant, ce qui est certes intéressant dans la compréhension de l'histoire de la langue, mais qui, pour nos oreilles actuelles, sonne bizarre, zarbi, lourd et relou. Déjà que Mallarmé, c'est pas trop compréhensible (à vrai dire, je pense que pour bien des textes, c'est n'importe quoi, mais c'est mal vu de le dire, ça), mais là, consternant ce fut. Lent, pompeux, prétentieux, prétentiard, péteux, pédant, cuistre, écoeurant d'esprit de sérieux, concon, cucul, nunuche, musique de chambre, prout discret du violoncelliste couvert par le ouin-ouin-ouin-lan-lan du violon. Après, le sinistre nous gratifia de deux "tombeaux" composés par sa suffisance pour des musiciens récemment disparus. Affligeant.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 17 juillet 2013

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