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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 12:09

CEPENDANT QUE LE HOMARD RUMINE

 

« FABLE

 

Une boîte de corned-beef, enchaînée comme une lorgnette,

Vit passer un homard qui lui ressemblait fraternellement.

Il se cuirassait d'une carapace dure

Sur laquelle était écrit à l'intérieur, comme elle, il était sans arêtes,

(Boneless and economical) ;

Et sous sa queue repliée

Il cachait vraisemblablement une clé destinée à l'ouvrir.

Frappé d'amour, le corned-beef sédentaire

Déclara à la petite boîte automobile de conserves vivante

Que si elle consentait à s'acclimater,

Près de lui, aux devantures terrestres,

Elle serait décorée de plusieurs médailles d'or. »

 

(Alfred Jarry)

 

1.

« Une boîte de corned-beef, enchaînée comme une lorgnette,

Vit passer un homard qui lui ressemblait fraternellement. »

(Alfred Jarry)

 

Alfred Jarry imagine dans un poème qu'une boîte de corned-beef c'est bon ça, avec des frites un peu sec, vaut mieux des patates sautées

 

Qu'une boîte de « corned-beef » tombe amoureux d'un homard parce qu'évidemment tous deux sont carapacés et donc de même nature.

 

Dans la vie vaut mieux être carapacé que ça peut vous aider à vivre parmi les autres là et leurs grandes pinces à disséquer d'la conscience.

 

Donc la boîte de corned-beef Jarry nous dit qu'elle « est enchaînée comme une lorgnette » genre qu'elle peut pas s'échapper.

 

La « lorgnette » ça doit avoir rapport avec l’œil que donc la boîte de corned-beef elle est peut-être très surveillée.

 

En tout cas de là où elle est la boîte de viande voit passer des choses là dans le réel qu'il s'en passe des choses dans le réel qu'on sait.

 

Donc la boîte « vit passer un homard » que c'est bizarre qu'un homard se promène comme ça on mais dans un poème c'est pas impossible.

 

C'était peut-être le fantôme de Nerval promenant le spectre de son homard au bout d'une laisse qu'il finit par se pendre Nerval.

 

2.

« carapace dure

Sur laquelle était écrit à l'intérieur, comme elle, il était sans arêtes,

(Boneless and economical) »

(Alfred Jarry)

 

Jarry y précise que le homard est « sans arêtes » comme la boîte de corned-beef qu'on a jamais vu un ban de bœufs dans un filet de pêche.

 

Contrairement aux boîtes de corned-beef qui furent « boneless and economical » les âmes elles sont pleines d'os et n'ont pas de prix.

 

Quoi qu'on est ? Bah, des empilements d'os sur lesquels fatal que des fois dégringolent des tuiles.

 

3.

« Et sous sa queue repliée

Il cachait vraisemblablement une clé destinée à l'ouvrir. »

(Alfred Jarry)

 

Le réel est ce qui s'ouvre on a pour ça la chirurgie et les clés des boîtes de corned-beef mais qu'la mort c'est du fermé du définitif clos.

 

Des fois on cache sa clé qu'il doit y avoir une expression pour ça genre ah celui-là il cache bien sa clé qu'on sait pas ce qu'il pense.

 

Des fois les portes aussi cachent leur clé qu'on sait pas où elles nous les ont mises on est obligé d'appeler un serrurier qu'c'est coûteux.

 

4.

« Frappé d'amour, le corned-beef sédentaire

Déclara à la petite boîte automobile de conserves vivante »

(Alfred Jary)

 

Comme quoi la boîte de corned-beef à Jarry c'est une esthète une amoureuse du baroque à carapace et d'la périphrase épatante.

 

Les voitures et les trains que les vaches voient passer qu'est-ce sinon des « petites boîtes automobiles de conserves vivantes » ?

 

Le corned-beef évidemment qu'il est « sédentaire » d'ailleurs où voulez-vous qu'il aille avec sa tête de ministre ?

 

5.

« Que si elle consentait à s'acclimater

Près de lui, aux devantures terrestres »

(Alfred Jarry)

 

Le pronom « elle » c'est pour le crustacé décapode que le corned-beef verrait bien à son côté dans la vitrine du magasin.

 

Qu'on consent à s'acclimater c'est normal que vous allez pas poser dans une devanture si vous avez pas votre carapace de corned-beef.

 

Bon après je vois pas bien ce qu'il ferait dans la devanture le homard qu'il lui faut de l'eau non qu'c'est pas bien liquide ça une devanture.

 

C'est dans les devantures terrestres qu'on trouve les nourritures terrestres que dans l'extra-terrestre chaipas faut demander à la zone 51.

 

6.

« Près de lui, aux devantures terrestres

Elle serait décorée de plusieurs médailles d'or. »

(Alfred Jarry)

 

Vous voyez l'genre qu'le homard i deviendrait bête à concours de corned-beef qu'il aurait le grand homard d'argent d'la marmite du pêcheur.

 

Qu'à mon avis le homard i s'ennuierait vite dans la devanture terrestre qu'il ruminerait vache dedans sa carapace bisque bisque rage.

 

Ceci dit la bisque de homard c'est pas d'la colère c'est d'la soupe que c'est bon avec des croûtons.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 2 octobre 2016.

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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 17:52

FANTAISIE AUTOUR D'UNE HISTOIRE DE LOO ECRITE ET DESSINEE PAR MICHEL PIRUS

 

1.

Des fois j'sais pas quoi écrire donc j'attrape un bon vieux Fluide Glacial & j'paraphrase en m'disant que j'suis rien qu'un vilain plagiaire.

 

Là c'est le Fluide Glacial Série Or d'hiver 2015 intitulé « Le jour où le 9ème art gagna 8 places » (déjà c'est marrant)

 

2.

Bon c'est une histoire de Loo, par Michel Pirus, que Loo c'est un genre de canarde, une couine couine genre

 

3.

La canarde a dessine a sue sur sa planche chez elle que dessinatrice de bande dessinée c'est pas facile surtout pour une canarde

 

4.

Je sais pas trop ce qu'elle dessine, Carole, peut-être des aventures palmées (ce qui me fait penser à Jack Palmer, de Pétillon)

 

Aussi à Canardo, de Sokal.

 

5.

Après Bab elle dit comme ça que « le crayonné » d'sa planche il est fini qu'elle est contente qu'elle fait « ouf ! » (c'est dans le texte)

 

6.

Après elle se dilemme la Loo (que j'ai envie d'écrire Loo-loute) mais je l'ferai pas qu'c'est trop facile ah si quand même.

 

7.

Flo se dilemme pour savoir à quoi encrer: « A la plume ou au pinceau ? » que perso je dessine comme une quiche que j'f'rais pâtés pareil.

 

8.

Nini elle a la radio c'est vrai que je suppose que bon nombre de dessinateurs i zécoutent la radio que ça doit aider à rester assis là à

 

9.

Donc juste comme elle se dilemnait la radio speake comme ça que Machin (j'vais pas vous donner son nom, tiens) est en ville

 

10.

Machin c'est une épée d'la plume, un prince du pinceau, « une star du neuvième art » et justement il dédicace aujourd'hui à la librairie.

 

11.

La librairie zavez pas besoin d'savoir comment qu'elle s'appelle que si vous voulez vous l'appelez la boucherie mais y a pas d'os dedans

 

12.

Y a pas d'os dedans car ça fait longtemps que les bouquins i sont tout désossés rapport aux chiens faut éviter qu'ils les volent.

 

Ce qui explique aussi que les librairies sont interdites aux chiens.

 

13.

La radio est toute bleue c'est joli une radio bleue ça fait journal de Mickey quand Donald (un autre canard) se demande Plume ou pinceau ?

 

14.

La radio toute bleue elle dit comme ça que Machin répondra à toutes les questions patabli patabla que Lulu a saute de son siège alors

 

15.

Car zavez compris que Françoise va demander au Maître de lui faire un exposé relatif aux qualités respectives de la plume et du pinceau.

 

16.

Donc Sandrine elle est dans la rue et chemine vers la librairie (le ciel est bleu, y a pas d'nuages, les frites baignent dans l'huile)

 

17.

« Il y a du monde ! » se dit-elle qu'il écrit Michel Pirus dans la bulle faite pour et qu'on appelle phylactère chez les gens qui causent.

 

18.

Bon tout un tas de chats et de chiens attendent à la devanture de la librairie que du coup y a un mégaphone installé pour que les clients

 

J'ai pas fini ma phrase mais zavez compris quand même que vous êtes trop malins.

 

19.

Machin i cause surtout de lui i s'autoblablate là Michel Pirus il est marrant j'vous dis pas zavez qu'à allez voir dans Fluide Glacial.

 

20.

Sachez pourtant que Machin c'est l'genre qui produit vite vend too much parraine des assosses et plastronne qu'on dirait un politique

 

21.

J'vous vends la mèche que Machin c't'un plantigrade que si vous savez pas koikesse demandez à votre prof de français ou à tout autre usuel.

 

22.

Que tout ce déballage autosatisfait, Marie-Anne, ça la saoule grave qu'elle finit par gueuler dans le mégaphone « Plume ou Pinceau ? »

 

23.

Faut préciser qu'il y a ellipse, Jeannette on la voit pas s'emparer du mégaphone mais à la dernière case elle l'a dans le bec

 

24.

Sophie gueule tellement que Machin il en est tout renversé qu'ça tempête vloufff que moi la librairie je l'imagine se démembrant

 

25.

Qu'alors la librairie a se démantibule qu'les mots sortent des bulles que les héros de papier s'envolent au vent d'où ils sont sortis des fois

 

26.

Loo a soufflé si fort qu'tous ches tintins, p'tits et gros gaulois et tiots nains bleus ont monté si haut qu'ils retombent en neige dessinée

 

27.

Bien sûr ils se ramassent à la pelle et le vent du nord les emporte avec lui pour en faire des marionnettes quand il s'ennuie.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 6 septembre 2016

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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 12:38

SOTTISES ET SYLLOGISME

 

1.
« Des absences, oui, quelque chose de cassé »

(Robert Pinget, « Passacaille »)

 

Des ah tiens c'était quand ça ? Pis c'était où donc ?

Absences Des trous dans l'fromage

 

Oui bon bin oui quoi c'est

Quelque chose tout d'même que cette

Chose là qu'on appelle répondre, pas vrai ?

 

De cassé que du cassé d'l'émietté du brisé

Cassé cassé cassé pis qu'on pense, qu'on pense !

 

2.

J'arrive pas à être sérieux ; le sérieux, ça m'rend vite triste, pis - sérieux ! quand j'suis sérieux, j'ai l'impression d'leur voler, aux autres, leur sérieux, le justificatif de leurs carrières.

 

3.

« J'ai un petit canevas dans la tête » qu'il dit le poète sur France Culture. Moi aussi, même qu'c'est une araignée qu'est à la manœuvre.

 

4.

« La clef-de-Sol n'est pas la clef de l'âme »

(Tristan Corbière, « A une demoiselle »)

 

Du reste, essayez voir d'avaler un piano en salade…

 

5.

« La chair des femmes a toujours occupé, sans doute, une grande place dans mes rêves. »

(Robe-Grillet, « La Maison de rendez-vous »)

 

Ce « sans doute » est délicieux, poli, modulateur, un brin mielleux.

 

6.

« Tu ne veux pas de mon âme

Que je jette à tour de bras »

(Tristan Corbière, « Vendetta »)

 

Ah c'est pour ça qu'la rue est pleine d'un drôle de machin qu'existe pas…

 

7.

« et l'éclair famélique m'assigne ces provinces en Ouest. »

(Saint-John Perse, « Anabase », VIII)

 

Ah le scandale de la malnutrition des foudres ! Entendez comme leurs estomacs grondent !

 

8.

« Seigneur, depuis six mois je l'évite et je l'aime »

(Racine, « Phèdre », IV, 2 [Hippolyte])

 

Apparemment, les noces, c'est pas demain la veille.

 

9.

« Seigneur, depuis six mois je l'évite et je l'aime ;

Je venais, en tremblant, vous le dire à vous-même. »

(Racine, « Phèdre », IV, 2 [Hippolyte]) 

 

Du moment qu'il ne se mette pas à bégayer dans les alexandrins…

 

10.

« Allons de ce cher fils embrasser ce qui reste »

(Racine, « Phèdre », V, 7 [Thésée])

 

Ah ça, va falloir choisir, c'est qu'il est tout en kit maintenant, Hippolyte.

 

11.

En voyant Zut dévorer, je me dis que si l'homme est un loup pour savez quoi, l'adolescente est une louve pour le pâté aux pruneaux. 

 

12.

« Ma sœur du fil fatal eût armé votre main »

(Racine, « Phèdre », v.652 [Phèdre à Hippolyte])

 

Comme quoi, les tragédies, comme le reste, ça tient souvent qu'à un fil.

 

13.

« De l'univers entier je voudrais me bannir. »

(Racine, « Phèdre », V, 7 [Thésée])

 

Ce qui soulève la question de l'universalité du néant.

 

14.

« L’œil de l'idiot est resté »

(Tristan Corbière, « La rapsode foraine et le Pardon de Sainte-Anne »)

 

On avait bien pensé le prendre avec nous, mais vous savez ce que c'est, un œil d'idiot, ça pourrait facilement rouler dans des coins où faudrait pas, que ça pourrait créer des tracas…

 

15.

« Bien des trous et bien de la lune »

(Tristan Corbière, « A la mémoire de Zulma »)

 

Vise un peu la scène : des trous d'où sortent des têtes de totors étonnés puis la lune là-dessus qui verse une lumière genre vin blanc.

 

16.

« La beauté parle avec une voix de femme. »

(Jacques Darras, « Pierre Paul Rubens dialoguant avec Helena Fourment, sa femme, nue sous une fourrure noire »)

 

Rien que pour le titre, ça vaut le coup d'aller y jeter un œil.

 

La beauté ça n'se mange pas en salade la

Beauté même que des fois ça en fait des salades, pas vrai ?

Parle donc de la beauté plutôt que des totors poilus

Avec des si on mettrait la beauté dans son lit

Une sirène passe dans le ciel elle est belle elle est blonde elle s'est trompée d'élément sa

Voix mélope pour attirer le pompier d'la grande échelle

De quoi devenir fou cette voix mais comme sa

Femme au pompier elle arrive - que fait-elle là ? On s'en fout ! D'ailleurs, il est

l'heure que j'aille voir si le piano ne s'est pas fait la malle entre-temps que j'vous raconte des sottises.

 

17.

(Il y a du laiteux hollandais dans Matisse nourri aux meilleurs pis.)

(Jacques Darras, « Chimay », III)

 

Il mange de la tarte aux éclairs (effet foudroyant)

Y a aussi du rhinocéros palmé et y

A aussi de l'âme qui plane (et pis qui tousse à cause de la fumée)

Du beurre et la lune qui part en province avec son baluchon (elle retourne chez sa mère)

Laiteux le teint avec des taches de rousseur

Hollandais comme dans les tableaux genre moi j'en sais rien qu'en Hollande j'y ai jamais mis un godillot

Dans mille ans c'est sûr j'aurai plus le même âge

Matisse j'aime bien y a tant de choses qu'on aime bien

Nourri d'images il se fit tout un cinéma (pas Matisse mais ma pomme)

Aux automnes il (ma pomme) jeta des graines d'arbres qui picorent Les

Meilleurs chaussons aux pommes qu'il voulait toujours

Pis un jour il se sentit partir se décaler d'l'aut' côté.

 

18.

« Il mange de la tarte aux éclairs (effet foudroyant) »

 

Et pourquoi pas d'la foudre en papillote tant qu'on y est !

 

19.

« Y a aussi du rhinocéros palmé et y

A aussi de l'âme qui plane (et pis qui tousse à cause de la fumée) »

 

Etonnez-vous après d'avoir l'âme malade et le cœur chaviré !

 

20.

« Du beurre et la lune qui part en province avec son baluchon (elle retourne chez sa mère) »

 

Zavez lu Laforgue vous, pis vous aimez la cuisine au beurre, pas vrai ?

 

21.

« Laiteux le teint avec des taches de rousseur »

 

C'est Poil de Carotte ?

 

22.

« Hollandais comme dans les tableaux genre moi j'en sais rien qu'en Hollande j'y ai jamais mis un godillot »

 

Et quand on sait pas, on scribouille dans l'poétique, c'est ça qu'vous croyez ?

 

23.

« Dans mille ans c'est sûr j'aurai plus le même âge »

 

Et plus beaucoup de souvenirs non plus.

 

24.

« Matisse j'aime bien y a tant de choses qu'on aime bien

Nourri d'images il se fit tout un cinéma (pas Matisse mais ma pomme) »

 

Faites bien de préciser, des fois qu'on croirait qu'Matisse a tourné avec les Marx Brothers.

 

25.

«Aux automnes il (ma pomme) jeta des graines d'arbres qui picorent Les

Meilleurs chaussons aux pommes qu'il voulait toujours » 

 

Et pourquoi des chaussons et pas des mille-feuilles, des éclairs, des babas au rhum ? (euh… j'ai faim moi).

 

26.

« Pis un jour il se sentit partir se décaler d'l'aut' côté. »

 

Faut toujours qu'l'existant finisse par ne plus qu'être.

 

27.

L'être est la condition de l'existant.

La conscience est la condition de l'être.

La conscience est la condition de l'existant.

 

Poil aux dents.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 20 mars 2016.

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 10:51

PRENDRE SA VACHE POUR UN TRAIN ET AUTRES LOCUTIONS

 

1.

Ecouter son parapluie : se montrer prudent.

 

2.

Avoir le nez bourré de pépites d'art et découvrir la belle revenante qui fréquente les ruines.

 

3.

Blitzer dans la s'moule : agir de façon spectaculaire autant qu'inutile, donner un coup d'épée dans l'eau.

 

4.

Prendre sa vache pour un train : vouloir que les choses aillent plus vite qu'elles le peuvent.

Il prit sa vache pour un train, et lors dérailla.

 

5.

Servir une coupe à des lèvres sans visage, tirer la langue à l'invisible, faire tomber un masque et puis voir sa mort.

 

6.

Laisser Georges nous gratter l'oreille : écouter les belles chansons de Georges Brassens.

 

7.

Laisser mourir le christ en soi, laisser l'aut' souffle éteindre la sainte chandelle, abandonner Jeanne au bûcher : perdre la foi.

 

8.

Quand on apprend la scolastique à un âne, vous savez quoi, mon cher Meirieu, on peut être assuré de se planter.

 

9.

Des élèves déclenchent une fausse alerte à la bombe dans un lycée.

D'autres tuent une petite fille de 8 ans en conduisant sans permis.

Et vous, Meirieu, vous nous parlez d'éducabilité.

 

10.

Trissoter du Meirieu : suivre un cursus de sciences de l'éducation.

 

11.

Se paumer dans le T : perdre son temps.

 

12.

Se paumer dans son thé : ne rien piger à l'anglais, ni à toutes ces sortes de choses.

 

13.

Racailler l'apprendre : inscrire n'importe qui dans une filière dans le seul but de maintenir les effectifs d'un lycée.

 

14.

Saturner dur : mélancoliser méchamment. Moi, quand j'entends un tango, c'est illico, rapido, et tout de go que j'me mets à saturner dur.

 

15.

Paumer sa langue dans la bouche des autres : laisser parler les imbéciles à votre place.

 

16.

Fumer clope sur clope jusqu'à sa dernière tumeur : se passe de commentaires.

 

17.

Des fois y en a i laissent crever le christ en croix, et Jeanne au bûcher, des salauds qui abandonnent leur chien et le corps de leur frère.

 

18.

Abandonner son champ de patates pour aller chercher des frites à Bruxelles : se soumettre aux dogmes de l'Europe.

 

19.

Des fois on soupire après sa montre qu'la fille est en retard ; on rame avec ses aiguilles ; on voit des vaches passer dans les gens.

 

20.

Voir Chimène dans une vache : tomber amoureux. Variante : Voir Rodrigue dans un veau.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 13 décembre 2015.

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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 12:40

FANTAISIE ASSEZ FARCE SUR UN PASSAGE DU RAYON « U » DE EDGAR P. JACOBS

 

« Mais à ce moment, surgit une patrouille et l'indien n'a que le temps de fuir... »

(Edgar P. Jacobs, « Le Rayon « U », Les Editions Blake et Mortimer, 1999, p.31)

 

« Je reprendrais bien de la tarte aux pommes. »

(La tante Eugénie le dimanche)

 

Mais à ce moment

Je regarde le ciel il est tout blanc

Qu'on dirait un chargement de coton

Qui passe lentement lentement lentement

Ce chargement

De coton

Blanc

Surgit une patrouille

Je contemple le bal masqué des grenouilles

Qui disent quoique

En fumant la pipe sous leur chapeau de feuilles

Et moi aussi je dis quoique

Et je fume ma pipe quoique je ne porte pas de chapeau de feuilles

Et l'Indien

N'avait-il rien

D'autre à faire que de courir dans la grande nuit des ailleurs

D'ailleurs je me demande où elle est sa sœur

Hein où donc qu'elle est sa sœur

Pendant que lui il n'a que le temps de fuir

 

Cause que

« DISSULECHU !…DISSULECHU !… »

Qu'il gueulent les poilus zôtres d'on ne sait où

Ou d'on ne sait ù

Selon que

 

(Je précise qu'en fait c'est

« ARAHU !… ARAHU !... »

Qu'il leur fait gueuler

Jacobs dans sa bande dessinée,

Mais comme dix sous le chou

C'est pas cher, vous comprenez...)

 

Et même qu'ils sont sur ses talons

Les zôtres là les pas mignons

Les gros gras gueulards gardiens

Eh oui l'Indien n'avais-tu rien

D'autre à faire que de courir dans la grande nuit des ailleurs

D'ailleurs dis-moi où elle est ta sœur

Hein où donc qu'elle est ta sœur 

Pendant que toi pomme tu n'as que le temps de fuir

 

Mais comme tu as la présence d'esprit

Des fois quand il est seul il pousse un cri

Des fois c'est comme s'il voulait appeler un esprit

Aussi informe que le chapeau de son oncle Henry

Qu'en fait son oncle il s'appelle Arthur

Mais pour la rime avec esprit Arthur

Ça le fait pas

En tout cas

De faire basculer un gros madrier dans l'eau

Peut-être bien aussi qu'il s'appelle Renaud

Mon pote l'Indien tu y as songé

Pour faire croire que tu as plongé

 

PLOUF

 

C'eût été bien de faire la rime avec madrier

Mais de mes rimes j'ai paumé le cahier

 

Et tandis que ses poursuivants

Je regarde le ciel il est tout blanc

Trompés abandonnent la poursuite

Je contemple la longue suite

Des cavaliers dans les nuages

Il y en a qui ont des faces de saints

D'autres qui ont des gueules d'orage

Et tous caravanent doucement vers leur destin

Tandis que Adji

Ah oui Adji

C'est comme ça c'est comme ci

Qu'il s'appelle l'oncle de celui qui

Des fois pousse un cri

Adji donc

Puisqu'Adji il y a

Je ne porte jamais de tongues

Et encore moins de pyjama

S'empresse de prendre le large qu'il ne rendra

Que si on lui demande poliment

C'est qu'on n'est pas des sauvages

Nouzôtres non nous ne sommes pas des sauvages

Je vous assure non vraiment

Vraiment vraiment vraiment vraiment pas.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 14 juin 2015

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 17:46

PROPRIETE PRIVEE

L'UN : Veuillez m'excuser si j'empiète sur une propriété privée.

L'AUTRE : Vous dites ?

L'UN : Je disais veuillez m'excuser si j'empiète sur une propriété privée.

L'AUTRE : Ah…

L'UN : Pardonnez ma pédestre outrecuidance.

L'AUTRE : C'est vrai que vous avez de grands pieds.

L'UN : Aussi ai-je l'air d'empiéter sur une propriété privée.

L'AUTRE : Vous dites ça pour me flatter.

L'UN : Euh… non, pourquoi ?

L'AUTRE : Parce qu'en fait de propriété, seuls les murs d'enceinte sont à moi.

L'UN : Ah !

L'AUTRE : Oui.

L'UN : C'est très étonnant, car partout où je porte mon œil de lynx ailé, je ne vois que forêts et ombres de forêts…

L'AUTRE : Ils sont invisibles.

L'UN :… et forêts, et parfondes forêts, et encore, au loin, d'autres forêts, de plus en plus lointaines, de plus en plus impénétrables.

L'AUTRE : Les murs, ils sont invisibles...

L'UN : Ah tiens, un cavalier ! Cataclop, cataclop.

L'AUTRE : Les murs de cette propriété que vous appelez « privée » sont à moi ; le reste est aux autres.

L'UN : Et qui donc appelez-vous les autres ?

L'AUTRE : Les autres là, ceux qui viennent.

L'UN : Ah oui, je vois.

L'AUTRE : Rien, vous ne voyez rien, vous n'y voyez pas plus que Fabrice del Dongo le jour où il s'est fait voler son portefeuille en cuir de chartreuse de Parme à la gare de Waterloo.

L'UN : J'ai connu un Fabrice del Dongo. Il vivait dans un roman.

L'AUTRE : Là, vous voyez !

L'UN : Il faudrait savoir, j'y vois ou j'y vois-t-y pas ?

L'AUTRE : Vous voyez que l'on peut très bien vivre entouré de murs invisibles, car enfin, qu'est-ce qu'un mur dans un roman ? Une invisibilité, une impossibilité de paraître.

L'UN : Je confirme : rien de plus discret que l'homme invisible ; on ne sait même pas s'il est marié. Ah tiens, un cavalier ! Cataclop, cataclop.

L'AUTRE : Du reste, dans les romans, il n'y a pas que les murs d'invisibles, il y aussi les êtres et leurs choses, les plantes et leurs choses, les forêts et leurs choses…

L'UN : Des choses aussi, j'en ai connues beaucoup, des choses... par exemple, des humains dont je ne me souviens que d'une seule chose, c'est qu'ils étaient humains : quelques-uns avaient de la barbe, d'autres de la moustache, certains de l'allant, du fringant, du prestant, du pestant, de l'empestant, de l'impétueux, de l'in petto, du tutti quanti, du quasimodo, du tagada tsoin tsoin, et même de la tour prends garde toute droite dressée sur ses ergots comme un i.

L'AUTRE : Mazette, zêtes balèze en allitératif !

L'UN : Ah ça ! C'est que vous avez devant vous, cher Monsieur, un Premier Prix au Conservatoire Supérieur d'Harmonie Imitative.

L'AUTRE : Je vois, je vois, ou plutôt j'entends.

L'UN : Ah tiens, un cavalier… cataclop, cataclop.

L'AUTRE : Moi aussi, j'aurais aimé étudier la musique.

L'UN : Qu'est-ce donc qui, qu'est-ce donc que, et quoi, et dont, et où et qui vous en aura empêché ?

L'AUTRE : La paresse des calamars et puis, vous savez ce que c'est, un beau jour, on vous donne des murs à garder, et on garde, on garde, on garde.

L'UN : Zêtes donc le gardien de ces murs invisibles.

L'AUTRE : Je suis donc le gardien de ces murs invisibles.

L'UN : Et cela fait-il longtemps que vous êtes le gardien de ces murs invisibles ?

L'AUTRE : Très longtemps… Très très très… vous n'étiez pas mort.

L'UN : Ah... Ça fait longtemps alors.

L'AUTRE : C'est d'ailleurs ça qui m'épate, que vous vous souveniez encore de tant de mots, qu'il y ait encore tant de syllabes claires et distinctes dans ce que vous prononcez, et tant de sens encore dans ce que remuent vos lèvres.

L'UN : Ah tiens, un cavalier… cataclop, cataclop. Il me semble qu'il se rapproche.

L'AUTRE : Car enfin, quand on est mort, la mémoire, plus jamais qu'elle vient vous hanter ; elle ne revient plus, la mémoire, elle reste de l'autre côté.

L'UN : De l'autre côté ?

L'AUTRE : Oui, de l'autre côté, derrière les murs invisibles. Elle se tapit dans les forêts et attend patiemment le passant pour lui sauter dedans, et le remplir de toute une vie pleine de choses, que le passant croit comprendre, mais en fait il n'y pige que couic.

L'UN : En somme, pour vous, la mémoire serait une sorte de langue étrangère…

L'AUTRE : Une langue étrangère, c'est ça, oui, la langue étrangère des forêts, l'ancienne langue des parfondes forêts.

L'UN : Ah tiens, un cavalier… cataclop, cataclop. Non vraiment, il se rapproche.

L'AUTRE : C'est ça oui, nous croyons nous souvenir, mais en fait nous apprenons sourdement une langue étrangère.

L'UN : Cataclop, cataclop – Eh oui, il se rapproche ; il est immense !

L'AUTRE : Une langue étrangère pleine de choses auxquelles nous accrochons des noms, pour les reconnaître d'entre les choses.

L'UN : Il se rapproche ! Il est immense ! Il est tout noir, tout ombre, tout découpé. Je me demande même s'il a une tête.

L'AUTRE : Et nous croyons que ces choses sont arrivées ; même qu'il y en a qui écrivent leurs mémoires, qui racontent leur passé, qui s'installent dans les choses comme dans une propriété privée...

L'UN : Tout noir, tout ombre, tout découpé, tout vif, rapide, éclair, volant volant voltigeant, tout proche. Décidément, je crois bien qu'il n'a pas de tête.

L'AUTRE : … une propriété privée aux murs invisibles.

L'UN : Oh ! Il… Il…

(Sur le fond de la scène se détache l'ombre immense d'un cavalier sans tête. Il lève un sabre. On entend un hennissement et un grand tchac de tête coupée).

(Noir.)

Patrice Houzeau
Malo-les-Bains, le 17 février 2015 – Hondeghem, le 11 mars 2015.

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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 20:23

PASSAGE DE LA TROMPE (sonnet pour trompe et soeur Anne)

Un éléphant trompe trompe trompe
Trompine trompette trombone
Dans la savane ane ane ane
Mais mais mais que fait cette Anne dans la savane ?

- Anne ma sœur Anne ne vois-tu rien barrir ?
- Ah je vous en prie ne me faites barrir
Quant à voir je ne vois qu'herbe qui herboie
Lion qui louchoie et route qui routoie.

Ou toi Ou toi Ou toi fait l'écho
De la savane ane ane ane
Encore cette Anne ! Elle n'est même pas ma sœur.

Ma sœur, je l'ai perdue ! Un éléphant
D'Amérique me l'a prise et ravie et envolée
Olé! dirent-ils Oh! là fis-je et la trompe passa.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 mars 2015.

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 22:59

ABDICATION

Deux bipèdes debout. Une petite table munie d'un tiroir.

L'UN : Il y a un prisonnier.
L'AUTRE : Pardon ?
L'UN : Ici, il y a un prisonnier.
L'AUTRE : Ah.
L'UN : Vous ne me croyez pas ?
L'AUTRE : C'est-à-dire que… euh…
L'UN : Il y a un prisonnier.
L'AUTRE : Bon, puisque vous me le dites.
L'UN: Je ne vous le fais pas dire.
L'AUTRE : Et ce qui est dit…
L'UN: Je me le tiens pour dit. D'ailleurs, nous sommes dans un château.
L'AUTRE : Ah.
L'UN: Nous sommes dans un château ; il y a un prisonnier, et le Roi, c'est moi.
L'AUTRE (se levant d'un bond et accourant se jeter aux pieds de l'un) : Votre Majesté, veuillez me pardonner, je vous avais pris pour un autre.
L'UN : Ah tiens… Et pour qui donc ?
L'AUTRE : Pardonnez mon humble sottise, pour le bouffon.
L'UN : Mais je suis le bouffon.
L'AUTRE (se levant d'un bond et reculant soudain) : Mais…
L'UN: Nous sommes dans un château ; il y a un prisonnier ; le Roi, c'est moi car je lui ai coupé la tête… Oui, au Roi, moi, le bouffon, je lui ai coupé la tête ! Couic !
L'AUTRE : Et du coup ?
L'UN : Il est tranché, je vous dis.
L'AUTRE : Oui, mais du coup, normalement, selon l'usage, la tradition, le protocole, les manuels d'Histoire-Géographie…
L'UN: Et bien quoi ?
L'AUTRE : C'est son fils, Monseigneur le Dauphin, qui aurait dû vous succéder, non ?
L'UN : Comme vous y allez, je ne suis pas encore mort.
L'AUTRE : Oui, mais si j'étais vous, je me méfierais de votre bouffon. Des bouffons qui trucident leur roi, ça s'est déjà vu ça.
L'UN: C'est bien pour ça qu'il y a un prisonnier.
L'AUTRE : Je ne vous le fais pas dire.
L'UN : C'est bien ce que je dis.
L'AUTRE : Et ce qui est dit…
L'UN : Je me le tiens pour dit. Vous voyez donc que je n'ai rien à craindre.
L'AUTRE : Vous voulez dire que ?
L'UN : Oui, le bouffon, le bouffon, le bouffon, c'est lui ici le prisonnier.
L'AUTRE : On dit qu'il est fou à lier.
L'UN : A la bonne heure ! Vous vous êtes enfin coupé ! Enfin, vous avouez !
L'AUTRE : Moi je me suis coupé ? Moi j'avoue ? Et quoi donc ?
L'UN : Que vous êtes le bouffon, le bouffon secret fou à lier du Roi qui a été trucidé par son bouffon, et son bouffon, c'est moi !
L'AUTRE : Non, c'est vous qui avouez !
L'UN: Moi, j'avoue ? Et quoi donc ?
L'AUTRE : Que vous êtes le bouffon, le bouffon secret fou à lier du Roi qui a été trucidé par son bouffon, et son bouffon, c'est vous ! D'ailleurs, je ne vous avais pas reconnu.
L'UN: Que vous ne m'ayez pas reconnu prouve que vous ne collez pas vos yeux à la télé, ni vos oreilles à la radio, ni vos doigts sur les journaux ! D'ailleurs, comment le pourriez-vous ? Le Roi vous a fait mettre au secret, n'importe où hors du dehors, sans télé, sans radio, sans journaux. Et que le Roi vous ait mis au secret prouve assez, je crois, que le bouffon secret fou à lier du Roi, c'est vous !
L'AUTRE : Il y a donc bien un prisonnier ; vous aviez raison.
L'UN : Ah !  Vous voyez ! Il y a ici un prisonnier puisque nous sommes dans un château, et que dans ce château, il y a un Roi qui a été trucidé par son bouffon secret…
L'AUTRE : Couic !
L'UN : Et que le Roi, c'est moi !
L'AUTRE : Ah la bonne heure ! Et coupe-coupe la bonne soupe ! Enfin vous avouez !
L'UN : Oui, j'avoue, le Roi, c'est moi ! Et le bouffon secret fou à lier, c'est moi ! Et je me suis cou-coupé, trucidé, décolé, décapité ! Puis je me suis usurpé ! Et me suis constitué prisonnier ! Car enfin, moi-même, nous-même, de par notre royale volonté, nous nous sommes mis au secret !
L'AUTRE : Bon, eh bien, voilà une bonne chose de faite ! (Il sort du tiroir de la petite table une feuille de papier dactylographiée), et puisque nous avons maintenant vos aveux, il ne vous reste, Votre Majesté, qu'à les signer. (Il lui tend une plume d'oie).
L'UN : Et ensuite ?
L'AUTRE: Vous serez présenté devant un juge, lequel vous signifiera votre mise en examen pour tentative de suicide par régicide et abus de bouffonnerie.
L'UN : C'est bouffon.
L'AUTRE : Je ne vous le fais pas dire.
L'UN : Mais puisque c'est dit…
L'AUTRE (tendant la plume d'oie à l'un) : Votre Majesté…
L'UN : Soit. J'abdique. (Il prend la plume et signe).

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 février 2015.

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 10:56

JE DORS AU LOIN CHEVAUCHE UN ROI

1.
Stupéfaction à l'idée qu'il achète une maison de campagne, lui qui s'ennuie s'il n'a pas le dzim boum tintouin de la ville pour l'énerver.

2.
Des nouvelles qu'on en est tout incrédule ! L'autre monde débarque dans le réel ! L'être autre ! La quatrième dimension en live !

3.
Là-bas d'un bout de l'année à l'autre bout du chemin à chaque bout de semaine qu'on pourra mettre les bouts.

4.
- Et où est-ce ?

- Est-ce que je sais moi, qui ne sais déjà pas où j'ai mis le chapeau que je portais ce matin ? 
- Mais vous ne portiez pas de chapeau ce matin…

- Je ne vous le fais pas dire.

5.
« Le jour se leva, humide et triste »

(Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie)

6.
« Le jour se leva, humide et triste » ; d'ailleurs, il avait la crève et comme il se leva du pied gauche, la journée fut grise du gris de l'aube au gris du soir.

7.
« Rien ne plaît davantage à ce qui existe que le fait qu'exister doit avoir un sens. »
(Adorno, « Minima Moralia » trad. E. Kaufholz)

8.
Parfois, un fleuve de ténèbres coule dans le sens, cherchant, de toute sa force, de toute son absurde force, à s'en emparer.

9.
Quels que soient les péchés de l'humanité, le châtiment est aussi aveugle que la foudre qui frappe l'enfant et épargne l'assassin.

10.
Celui qui est capable de comprendre ce qui s'agite en lui est bien près de comprendre le sens réel du mot « ténèbres ».

11.
« Ces observations, sur ce que l'homme a été, sur ce qu'il est aujourd'hui, conduiront ensuite aux moyens d'assurer et d'accélérer les nouveaux progrès que sa nature lui permet d'espérer d'encore. »

(Condorcet, Esquisse d'un tableau historique du progrès de l'esprit humain)

12.
Connaître une chose ne veut pas dire qu'elle va en soi s'améliorer. On a beau disserter sans fin sur l'humain, on ne l'empêchera pas de courir à sa perte.

13.
Nos organes nous remuent et nous croyons que c'est notre raison.

14.
Ne pas sous-estimer les autres ; ils ont du génie fût-il mauvais.

15.
Belle définition de la singularité entendue dans l'émission « Hors-Champs » de Laure Adler sur France Culture : « C'est encore un autre monde dans un autre monde » (je cite de mémoire une phrase de Pierre-Henry Salfati).

16.
«l'accomplissement de son plan est l'histoire universelle. Saisir ce plan, voilà la tâche de la philosophie de l'histoire ».

(Hegel, « La Raison dans l'histoire » trad. K. Papaioannou)

Évidemment, si on présuppose qu'il y a un sens à cette suite de bruits et de fureurs disputée par des idiots, on finit toujours par y trouver quelque chose qui a l'air de faire sens ; et c'est là que les Athéniens s'atteignirent.

17.
Mea culpa : je croyais que le truc de « l'histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien » était dans Hamlet, alors que c'est dans Macbeth ; mais c'est de Shakespeare quand même.

18.
Entendu sur France Culture, je cite Pierre-Henry Salfati, « Qu'est-ce qu'un dieu ? - C'est celui qui peut dire non. » Autrement dit, c'est celui qui oppose un absolu à un absolu.

19.
Je dors
Je dors avec moi
Je dors au loin chevauche un roi
Je dors avec mon cheval dans la prairie

Je dors avec mon amie partie
Je dors avec la maison qui s'estompe
Je dors avec les visages qui se brouillent
Je dors avec un vieil air de jazz
Je dors avec l'intro de Dazed
And Confused
Je dors avec une cymbale et son stomp stomp stomp

Je dors avec une flûte d'os qui gazouille
Je dors avec mon cœur qui dort
Je dors sous le regard aveugle des morts.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 janvier 2015

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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 10:56

DRAGONNER ZOU

1.
Le 7 septembre 2014, sur France Inter, entre minuit et une heure, Alain Maneval a passé dans son intégralité le génial "Histoire de Melody Nelson" de Gainsbourg (1971). Voilà une bonne manière de travailler à la pérennité d'une belle oeuvre.

2.
Entrer en concurrence avec les formes, se coltiner des colliers d'ombres, se grouiller l'esthète, se secouer le styliste.

3.
La projection en boucle de la fascination - illusion si, cinéma, apparitions stellaires, soleils dissipés.

4.
Pis i s'en va sans qu'personne s'en doute; c'est qu'il a le cerveau volant, dragon zou, qui fiche le camp aussi vite qu'il n'en revient pas d'être là.

5.
La fascination raye le disque, vous flanque la cervelle en boucle, vous séquence fermé, vous coince dans la maudite synchronie.

6.
Nous sommes tentés par la synchronie comme l'autre ailé par la lumière. Malédiction, car qui voudrait se retrouver coincé dans un tableau ? Qui voudrait étouffer dans une chanson ? Qui accepterait de hanter toujours un même lieu dans un même temps ? Qui supporterait d'être, toute son existence durant, enfermé dans sa fascination pour un visage ?

7.
J'ose à peine regarder son visage; je crains que cette rose blanche me tire la langue, éclate de rire, me lance ses épines dans les yeux.

8.
Elle avait un visage, cette maison où je rentrai, de longs cheveux d'escalier, des lèvres dans les murs, un nez dans la cheminée, le front livresque et des dents de cuisine; ses yeux brillaient dans tous les miroirs, sauf dans la chambre où ils flottaient, rêveurs.

9.
La nuit s'étire les jambes les bras les mains les yeux et divise les angles, et englobe les cercles, et masque les géométries.

10.
Nous sommes de manière à. De manière à la nuit. Nous sommes à la nuit horloge sans yeux.

11.
L'ombre le temps. Réel cavalcadant. Sous les paupières, des drames anciens avancent masqués, traversant des couloirs aux cris étouffés, aux ombres glauques qui se glissent sous les portes.

12.
L'écrire mal n'empêche pas de penser. Des fois, les phrases trop bien faites, c'est rien que beau masque derrière lequel moisit lentement quelque glauque tapis d'idées.

13.
"Ce passé ces têtes de morts"
(Apollinaire, "Le brasier")

"Ce passé ces têtes de morts", en concert, qui ricanent, pis qui claquent des dents, pis qui grincent des mâchoires, pis qui vous content.

14.
La distance relativise les cercueils. Il faut avoir le nez dessus pour cracher son dégoût, pour nauséer, pour se mettre en colère contre l'être, ce néant à la hache.

15.
Dès que l'on fouille, farfouille, trifouille comme si on allait en dénicher un, de trèfle à quatre feuilles, on sait déjà qu'il faudra en déterrer, des crânes vides, avant de le trouver, le trésor, et même que des fois, dans la fouille, on y laisse ses mains.

16.
Des fois qu'le réel serait une tension au d'sus du gouffre, une tension continue entre le laisser tomber et d'incessants efforts, à la Cioran, "pour ne pas éclater en morceaux".

17.
"Je ne suis pas né de la dernière tombe" qu'il répondit, le revenant.

18.
Dans la maison hantée y a du ouh ! ouh ! pis des cris, pis des chuchotis. On dit qu'c'est la jeune fille de la maison. La grand-mère en sait des choses. Bin oui, mais elle radote. Des yeux dans la nuit.

19.
Y a urgence le jour à faire le jour sur. Le cartel des ombres veille. Y a urgence le jour à endiguer la nuit et son collier de têtes mortes.

20.
"Imposer un autre paradigme". Impératif qui tombe de la bouche des philosophes comme si l'Histoire avait affaire avec la Vérité.

21.
L'Historien est celui qui pense pouvoir faire jaillir le vrai d'un puits de ténèbres.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 septembre 2014.

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