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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 23:10

BAH ÇA GIGOTE
Notes entre autres sur « Le Misanthrope » de Molière.

1.
Nous ne vivons pas dans un présent sans cesse recommencé ; nous vivons dans la prolongation du passé. Nous sommes à nous-mêmes nos propres échos.

2.
De savoir s'il y a dans la matière un truc qui gigote, ou si tout n'est qu'apparence de gigote… Ah bah, ça gigote… ça gigote…

3.
De savoir si tout est plein d'âmes, ou si tout n'est que théâtre, fantoches, mannequins, ballet d'ombres dans la conscience.

4.
Ballet d'ombres dans la conscience ; voilà qui me fait penser au personnage de ce film d'Alain Resnais, à sa conscience qui glisse dans le temps.

5.
Entre le quotidien et le théâtre, il est que nous ne pouvons jamais ôter nos masques.

6.
Des fois, on passe, on passe, et puis y a des bouts d'être qui traînent… certains en prennent un pour faire de l'ontologie, ou de la phénoménologie, ou de la métaphysique, ou de l'anthropométrie… d'autres, pour faire la conversation… certains pressent même le pas (on ne sait jamais) ; d'autres encore passent, ils passent et se disent qu'il fait un peu froid.

7.
Alceste est celui qui croit en « la raison, [son] bon droit, l'équité » (cf Molière, « Le Misanthrope », I,1, v.187) et qui ne prétend croire qu'en cela. Il veut surtout ignorer que raison, bon droit et équité n'existent que par convention.

8.
Philinte voit en l'humain le possible de tous les possibles. Aussi son « esprit (...) n'est pas plus offensé / De voir un homme fourbe, injuste, intéressé, / Que de voir des vautours affamés de carnage, / Des singes malfaisants et des loups pleins de rage. » (Molière, « Le Misanthrope », I,1, v.175-178)

9.
« Il faut fléchir au temps sans obstination »
(Molière, « Le Misanthrope », I,1, v.154)

Génie de l'âge classique qui choisit le mot « temps » plutôt que le mot « réel ». Certes, on peut croire que l'on peut infléchir le réel, mais jamais, jamais l'on ne peut infléchir le temps. Et Bonaparte de finir usé à Waterloo.

10.
Philinte conseille à Alceste de « garder le silence » (Molière, « Le Misanthrope », I,1, v.182). Autant demander à la foudre de ne pas tomber, et de lui dire : « Contre votre partie éclatez un peu moins » (Molière, « Le Misanthrope », I,1, v.183 [Philinte à Alceste])

11.
« PHILINTE
Vous voulez un grand mal à la nature humaine !

ALCESTE
Oui, j'ai conçu pour elle une effroyable haine. »
(Molière, « Le Misanthrope », I,1, v.113-114)

Comme il n'est pas plus de nature humaine à la lanterne de Diogène que de futur dans la boule de Madame Irma, la haine d'Alceste est sans objet.

12.
« technologie de pouvoir » : intéressant élément de langage entendu sur France Culture dans une intervention de Michel Foucault.

13.
Entendu dans le feuilleton Belphégor (le chef d’œuvre de 1965) :
«  - Vous savez, les dieux morts, c'est un peu comme les volcans éteints, ils peuvent se réveiller après plusieurs siècles de silence... »

14.
Mauvaise foi d'Alceste :

- « point de langage » (« Le Misanthrope »,I,3 v.442 [à Philinte])
- « Je ne querelle point » (« Le Misanthrope », II,1, v.457 [à Célimène])

« Point de langage » ; « Je ne querelle point », lui qui est verbe, foudre, querelle.

15.
Des fois, j'me dis que c'est pas seulement l'arbre qui cache la forêt, il y a aussi que la forêt, elle dissimulerait l'arbre, des fois, que ça m'étonnerait pas.

16.
Des fois, je me dis que l'Alceste, là, tout contemplant Célimène minaudante, il devait s'atrabiler, l'amoureux, que d'abord jeune et toute grâce, Célimène, pour finir pleine graisse.

17.
« Et tout le mal n'est pas si grand que vous le faites »
(Molière, « Le Misanthrope », V,1, v.1524 [Philinte])

Joli monosyllabique, à replacer dans une de ces conversations que je ne manque jamais d'avoir avec mes ombres.

18.
Alceste reconnaît que la raison n'est pas tout :

« Il est vrai, ma raison me le dit chaque jour ;
Mais la raison n'est pas ce qui règle l'amour. »
(Molière, « Le Misanthrope », I,1, v. 247-48)

C'est que, tout raisonneur et ombrageux qu'il soit, Alceste souffre de fascination amoureuse. C'est sans doute qu'il refuse d'admettre que la relation amoureuse n'est souvent pas autre chose qu'un nécessaire accommodement de la vie sociale. Et pourtant, Célimène l'aime.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 mars 2015.

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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 11:48

PUISQUE C'EST SI BEAU
Notes sur quelques vers de « Ma Convulsion »

« Je ne peux jamais oublier la fleur
dont je ne connais pas le nom .»

L'auteur de ces deux vers est une jeune japonaise de 25 ans, née à Hiroshima, grandie à Yokohama, vivant à Tokyo, qui, sur tweeter, outre les nombreuses citations de nos poètes qui attestent de son intérêt pour notre littérature, publie régulièrement, sinon quotidiennement, de petites notes poétiques qu'elle compose directement en français.

L'on ne peut que se féliciter de ce que la langue française ait encore assez d'influence et de prestige pour que de jeunes poètes étrangers s'en emparent et contribuent à cette exploration des possibles que l'on appelle littérature.

Ce qui fait le charme des brefs de « Ma Convulsion », c'est le fil tendu entre poésie pure et maladresse. "Ma Convulsion" apprend le français, c'est-à-dire qu'elle n'en maîtrise pas encore toutes les règles, et si elle commet quelques fautes sur le genre des noms, quelques bourdes d'accord, quelques étrangetés de conjugaison, elle réussit souvent à obtenir ce que bien des poètes chevronnés n'arrivent pas (ou plus) à obtenir : l'innocence, la neutralité si l'on veut, la simplicité de la langue :

« Le dernier samedi le mars
au beau ciel
la lune blanche avec la fumée
avec des nuages tendres

dans un café
les filles racontent l'amour. »

Sans doute aurions-nous écrit « le dernier samedi de mars », et la première idée qui nous vient est de la corriger, et puis… non ! Et pourquoi pas : « le dernier samedi le mars » ? C'est grammaticalement correct, et cette légère variation du déterminant, je la vois comme une trouvaille et non comme une maladresse.

« Il fait si beau que je peux nager au ciel. »

Là aussi je suis impressionné. L'emploi de l'indicatif, je ne l'aurais pas osé. Ce qui me vient à l'esprit, c'est cette idée que l'on a parfois de se jeter en imagination dans le vide de la ville, comme pour s'y envoler, y plonger, puis nager dans le ciel, ce si proche lointain. Et puis dire le bleu sans utiliser le mot « bleu », c'est justement ce que l'on appelle la littérature, non ?

Bien que le pseudonyme « Ma Convulsion » ait été inspiré par la phrase fameuse d'André Breton (« La beauté sera convulsive ou ne sera pas »), c'est, par sa simplicité apparente, par son attachement aux petites choses de tous les jours, par son goût du bref aussi, à la poésie de Guillevic que le travail de cet auteur me fait penser.

C'est donc cette poésie apparemment si simple, mais qui souvent séduit par son inventivité, sa mélancolie, et la franchise de son expression que je vous propose ici :

1.
« Je veux revenir dans la nuit
Je ferme les yeux et j'éteins l'aube. »

2.
« Je sais
Je sais
Mais je ne me sais pas »

3.
« Aujourd'hui vient de finir.
Demain va commencer.

Je veux jeter le verbe « venir ».

4.
« Je chante
Pour te dire je t'aime

Mais où est-ce qu'elle va, ma chanson ? »

Est-ce que cela ne vous rappelle pas la bonne chanson simple et franche que dans « Le Misanthrope », Alceste oppose à la ridicule préciosité du sonnet d'Oronte ?

5.
« Une lame nommée ton regard »

6.
« - Les morts nagent.
- A la mer ?
- Oui, à la mer sous le soleil ou au ciel vers la lune. Calme-toi. »

7.
« En marchant
en buvant
en vivant
je me souviens toujours du monde
et comment j'y passe »

8.
« Nous,
nous voudrions toujours quelque chose,
pourquoi parce que
nous nous aimons »

9.
« dimanche doux
sous la lumière
avec des cerisiers
après
dans des peintures. »

10.
« J'ai rêvé de la ville nommée La Roche. C'était une ville parfaitement française en Angleterre. »

11.

« La nuit tombe.
Le matin arrive.
Le jour passe.
L'aube appelle le matin.
Le crépuscule brûle le jour. »

12.
« C'était pareil.
"Je fume."
et
"J'attends."

13.
春来草自生
« Le printemps arrive l'herbe pousse soi-même »

14.
« Ta peau est parfois tout mon monde. »

15.
« Il n'y a pas de lieux où l'on pleure à Tokyo. Mais c'est cela n'importe où. »

16.
« J'ai envie de me lever avec toi
en même temps
par le soleil
par notre fenêtre
J'ai envie de rester dans notre lit
jusqu'au soleil couchant. »

17.
« La ville, ça m'intéresse.
La ville où je vis
celle que je rêve
celle où mon âme habite
c'est parfaitement différent. »

18.
Puisque c'est si beau,
«Je l'ai dessiné.»
«J'ai écrit un poème.»
«J'ai crié.»
«Je suis mort.»

19.
« Moi je suis toujours moi.
Je ne changerai jamais.
C'est toi.
Tu passes et disparais,
et puis, tu deviendras l'autre. »

20.
« Ce soir je baigne dans la photo passée. »

Outre ses nombreux tweets (plus de 4600 au 28 mars 2015), « Ma Convulsion » publie régulièrement sur son blog « Couleurs courantes » des notes-poèmes  sur la langue japonaise.

Lien : « Couleurs courantes » http://ch1ka2ya.blogspot.jp/

En voici un exemple :

« L'HYDRANGEA

 紫陽花 (ajisaï)...

C'est l'hydrangea ou l'hortensia.

Je ne savais pas que cette fleur était originaire du Japon.

 

J'aime l'hydrangea en juin, dans la saison des pluies, Tsuyu (梅雨).

 

紫陽花, ces kanjis expriment tout à fait cette fleur.

: le violet

: le soleil

: une fleur

 

La fleur s'épanouit grâce au soleil.

Pourtant l'hydrangea, cette belle fleur, va bien sous la pluie. »

Patrice Houzeau
Hondeghem,le 28 mars 2015.

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 16:14

DE QUELLE LANGUE

1.
« A tempestuous noise of thunder and lightning heard. »
(Shakespeare, « La Tempête » I,1, didascalie)

« noise of thunder » : visite des éclairs ; au bout de leurs fils électriques, les masques blancs des visiteuses du ciel.

2.
« Tend to th' master's whistle »
(Shakespeare, « La Tempête » I,1, [Boatswain])

« whistle » : sifflet, le rappel strident au réel ; fin du jeu, c'est que je joue, nous jouons, tandis qu'il y a l'feu au bal.

3.
« Play the men » : qu'il ordonne le roi de Naples ; Jouer du réel comme on joue d'un instrument (- de musique ou de torture ? Persifle le mauvais esprit).

4.
« You do assist the storm.»
(Shakespeare, « La Tempête » I,1, [Boatswain])

Qui est l'assistant du tempestaire ? Dans quelle mesure faisons-nous, consciemment ou pas, le jeu de la tempête ?

5.
« GONZALO :
Good, yet remember whom thou hast aboard. »

BOATSWAIN :
None that I more love than myself »
(Shakespeare, « La Tempête »)

Le réel, on y investit d'l'amour et des fois c'qu'on récolte, c'est un coup de pied au ; on y investit d'l'argent, et s'il ne nous vole pas, il nous remercie.

6.
On ne peut douter de la constance du hasard à se jouer de nous comme on joue aux billes.

7.
« good Fate » : le fatal quand il nous sert. Le réel est plein d'fatal. L'essentiel, c'est de composer avec, esquiver, affronter, résister.

8.
Des têtes coupées sortent des coqs d'or. Comédie, ironie du destin qui cache dans sa langue bien des farces macabres.

9.
« Have you a mind to sink ? »
(Shakespeare, « La Tempête », I,1 [Boatswain])

« Have you a mind to sink ? » nous demande l'acte manqué qui s'y entend à nous jouer son Shakespeare.

10.
« All lost ! To prayers, to prayers ! All lost ! »
(Shakespeare, « La Tempête », I,1 [mariners])

« lost » : le lost, c'est le perdu ; « all lost », c'est le tout perdu – Ah on ne s'occupe plus d'ontologie alors ; l'être panique, on n'arrive plus à le maîtriser, à le faire coïncider avec l'action ; il bronche de partout ; il hennit ; il fiche son camp et nous restons à nous démêler.

11.
« Though every drop of water swear against it »
(Shakespeare, « La Tempête », I,1 [Gonzalo])

Ce que je lis dans ce vers : la pluie, l'eau des océans, chaque goutte d'eau jure comme si elle était du sang.

12.
« (Who had no doubt some noble creature in her) »
(Shakespeare, « La Tempête », I,2 [Miranda])

Et si dans chaque être, fût-il le plus vil, sommeillait un prince ; et si dans le mendiant veillait un dieu. Bah ! Depuis le temps, ça se saurait ! Mais que cela grouille d'yeux des plus divers, j'en suis certain ; nous circulons dans l'invisible à mirettes.

13.
« If by your art, my dearest father, you have
Put the wild waters in this roar, allay them. »
(Shakespeare, «  La Tempête »,I,2 [Miranda à Prospero])

« If by your art » : l'art et la manière, pinceaux, glissent sur le rugueux, se frottent aux couleurs, au réel qui pointe son ombre.

14.
Miranda et le tempestaire ; le mage instrumentalise la nature, laquelle met les humains à merci. Ce que font parfois les humains de nos laboratoires.

15.
« thee my daughter, who
Art ignorant of what thou art »
(Shakespeare, « La Tempête, I,2 [Prospero à Miranda])

Qui peut dire dans quelle langue il est réellement taillé ? De quelles syllabes il est réellement tissé ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 mars 2015.

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 04:05

LE REEL SURTOUT LA NUIT

1.
Je me souviens d'avoir entendu Borges comparer sa découverte de la langue anglaise à une initiation amoureuse.

2.
« While we stood here securing your repose »
(Shakespeare, « La Tempête », II,1 [Sebastian])

Le réel, surtout la nuit, est plein de dormants aux côtés desquels il nous arrive de veiller.

3.
« I shall laugh myself to death at this puppy-headed monster. »
(Shakespeare, « La Tempête »,II,2 [Trinculo])

Le réel n'oublie jamais que nous pouvons mourir de rire ; il patiente.

4.
Shakespeare et ses monstres. La tragédie, une dissection de la monstruosité ; la comédie, une caricature, collection de masques de carnaval.

5.
« To run upon the sharp wind of the North »
(Shakespeare, « La Tempête », I,2 [Prospero])

Les vers font des miracles. Ce sont des charmes ; ils vous flanquent la caboche de silhouettes chevauchant le vent du Nord.

6.
« This will shake your shaking »
(Shakespeare, « La Tempête », II,2 [Stephano])

On combat la parole par la parole, le symbole par le symbole, le feu par le contre-feu, et la bêtise toute droite par le tremblement.

7.
J'aime bien le groupe Gentle Giant. Ecoutez donc « Isn't it quiet and cold ? » : guitare sèche, pizzicati, notes du bois dont on fait féerie.

8.
« What cares these roarers for the name of king ? »
(Shakespeare, « La Tempête », I,1 [Boatswain])

A la scène 1 de l'acte I de « La Tempête », de Shakespeare, le Maître d'équipage rappelle que la « nature naturante » se fiche bien du nom du roi. Dans la belle traduction d'Yves Bonnefoy, cela donne :
« Ces grandes gueules des vagues, ce n'est pas le nom du roi qui les fera taire. »
Quant à moi, poutre en anglais que je suis, le mot « roarers » m'évoque les rugissements, la plaine liquide pleine de lions, gueules ouvertes et crinières d'écume.

9.
« If but one of his pockets could speak, would it no say he lies ? »
(Shakespeare, « La Tempête », II,1 [Antonio])

C'est dans les logiques parallèles à la Lewis Carroll que l'on trouve des poches qui parlent, et dans le génie de la langue aussi.

10.
« The white cold virgin snow upon my heart »
(Shakespeare, « La Tempête », IV,1 [Ferdinand])

11.
« The white cold virgin snow upon my heart
Abates the ardour of my liver. »
(Shakespeare, « La Tempête », IV,1 [Ferdinand])

Belle image que celle de cette « virginité » comme une neige qui « emplit » et « modère » (cf la traduction d'Yves Bonnefoy).
Quant à la forme « abates », elle rappelle le français « abat » (cf « être abattu par une mauvaise nouvelle ») et « rabat » (cf « rabattre son caquet à quelqu'un »).

12.
« for the liquor is not earthly. »
(Shakespeare, « La Tempête », II,2 [Caliban])

Le réel shakespearien rappelle que la féerie est une nécessité de l'esprit : seule une liqueur qui n'est pas de ce monde peut garantir la loyauté de Caliban.

13.
« They vanish'd strangely. »
(Shakespeare, « La Tempête », III,3 [Francisco])

C'est le propre des vivants de finir par s'évanouir définitivement, nous laissant avec l'être étrange de leur disparaître.

14.
Shakespeare, « La Tempête », I,2 : Prospero remercie Miranda. Elle l'a aidé à le sauver de la mer et de la « rotten carcass of a butt » (« une coque pourrie » traduit Yves Bonnefoy). Miranda salvatrice.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 mars 2015.

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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 14:05

NOTES EN MARGE DE LA FOLIE DE ROLAND, DE MAX JACOB.

"Ce ne fut qu'au pays de Lune
et sur les ailes d'un griffon
qu'on lui apporta la raison."
(Mac Jacob, "La Folie de Roland", Derniers poèmes, Poésie/Gallimard)

Passé littéraire, épique ("roman de chevalerie").
Conte ("raconte"): le passé s'exprime par sa littérature; il peut donc dire vrai; il peut aussi mentir.
Présent de narration, présent de vérité générale (ce roman ne peut conter que ce qu'il conte, la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a).
Héros légendaires (Roland, Charlemagne).
Allitération ("fut"; "folie").
Lien entre présent de narration et passé légendaire ("raconte"; "fut atteint").
Mouvement, spatialisation ("courait les campagnes").
Lien entre perte du sens et pluralité des espaces parcourus.
Expression sous-jacente : "battre la campagne".
Expression de la folie légendaire, hyperbole de la violence (déforestation prodigieuse, dépeçage herculéen, enjambées de géant, force extrordinaire) : syntagme figé sous-jacent : "Roland furieux".
13 vers libres au sens classique (mélange d'octosyllabes, d'alexandrins, d'hémistiches), rimes.
Rêverie, merveilleux ("pays de Lune"; "les ailes d'un griffon").
Rappel du merveilleux médiéval des bestiaires où se côtoient animaux réels ("lion") et bêtes fabuleuses ("griffon").
Lien entre le merveilleux et le retour à la raison.
Vers 10: Intervention du narrateur.
La poésie fait souvent passer le narrateur pour un auteur.
Problème d'ontologie poétique : qui est cet auteur qui n'avance jamais que masqué ?
Religiosité, vocatif.
Confession ("quand je perds l'esprit"; "alors je me confesse")
Lien entre la perte du sens et le mal ("démon") illustré par l'extrême violence du Roland furieux.
Valeur d'exemple des vers 1 à 9.
Lien entre confession et humilité, lesquelles permettent le retour du "Bon Sens".
Non essentialité, extériorité de la "raison" qu'on "apporta" à Roland ; extériorité du "Bon Sens" reçu par la grâce de l'Eucharistie (communion, transsubtantiation).
Echange : Donne-moi le "Bon Sens" et je ferai de ce pain et de ce vin le corps du Christ.
La nourriture de l'esprit, un ensemble d'imaginaires dont le réel, la conscience, peut se faire une raison.
Opposition entre l'imaginaire nutritif et le réel déstabilisateur ("cent mille affaires").
La foi est-elle une affaire d'imagination ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 mai 2014

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