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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 16:40

REPONSES AUTOUR DES CENOTES
Source : "Plongée dans le monde sacré des Mayas" de Alma Guillermoprieto, photographies de Paul Nicklen et Shaul Schwarz, in "National Geographic France", livraison d'août 2013, pp.34-57.

 

1.
C'est Chac, et même qu'on apprend dans le même article, qu'il existe "une longue prière" à faire pleuvoir qu'on appelle "Cha Chac". C'est qu'ça allitère que quand il pleut, c'est qu'il chaque donc, et que chaque fois qu'il drache chaque, c'est que le dieu Chac, il a écouté le Cha Chac des Mayas.

 

2.
Où ai-je entendu le rapide chaca-chaca-chaca, chaca-chaca-chaca battu par la foule d'un rituel ?

 

3.
Le temps fait pleuvoir ses chaques, qu'il ponctue de coups de théâtre.

 

Note : Si j'écris que le temps fait pleuvoir ses claques, qu'il ponctue de coups de théâtre, ça sonne mieux, non ?

 

4.
En noir, le seigneur, avec une tête de mort toute blanche, et des figurations de blanches côtes. Me donne à méditer que donner la vie, c'est orner ces blanches côtes de chair, c'est fournir aux squelettes assez de chair pour pouvoir se mouvoir incognito parmi les vivants.

 

5.
A chaque Madonne est-il son Seigneur de la Mort ?

 

6.
Sinon, dans les magazines, c'est pas ça qui manque, les seigneurs de la mort, les serviteurs de la camarde, plein partout, de massacreurs invisibles ; regardez-les, ils ont les yeux blanches et la dentition préparée. Leurs prêtres, ce sont nos politiques.

 

7.
Que voyaient-ils dans le ciel, les anciens yeux ?

 

8.
Avez-vous remarqué que, souvent, on emploie le présent de vérité générale pour les évoquer, les anciens dieux. On ne saurait être trop prudent.

 

9.
Qu'il aurait quatre côtés, le cosmos maya. Que moi, je me demande si la notion de côté a un sens quand on parle du cosmos, que j'ai l'impression qu'il a une infinité de côtés, le cosmos, c'est-à-dire qu'on ne peut pas l'appréhender avec notre géométrie, qu'il faudrait imaginer des droites qui sont à la fois des droites et des courbes, des points qui sont des points et des lignes, des qui sont à la fois des et qui n'en sont pas. Après, il y a l'ironie humaine, l'humour désespéré des humains; n'est-il pas dit dans cette légende qu'accompagnant les prières, "des garçons accroupis imitent le bruit que font les grenouilles quand il pleut" ?

 

10.
Une flamme sans feu, la lumière. La vraie lumière, celle qui illumine.

 

11.
C'est sur des gouffres où se rassemble la pluie, prend corps la pluie, que les Mayas alignèrent leurs escaliers vers le ciel.

 

12.
Ils font du bruit, et sécrètent des créatures revendicatrices qui rampent et rôdent, des champs aux fermes.

 

13.
"Un Chac différent". Comme la pluie multiplie sa divinité, le tonnerre multiplie ses jarres, et l'humanité multiplie ses bouches.

 

14.
Qu'il existe quelque part un "Culte de la croix qui parle" ne m'étonne guère, et me réjouit presque. Celui que l'on appelle ailleurs "le dieu maigre" est aussi un dieu de parole. Existe-t-il un dieu muet, une divinité sans langue, un très-puissant analphabète ? Chaque dieu existe par son expertise. Chaque dieu est un maître en quelque chose. Le seul Dieu est l'expert en créatures, et son art est de leur forger des âmes, lesquelles ne sont pas toujours assez fortes, assez trempées, pour ne pas se briser, et parsemer l'être d'un tas d'éclats, plus ou moins petits mais noirs et tranchants.

 

15.
Le son que font les garçons évoquant les "grenouilles dans la pluie du soir".

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 août 2013

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 16:29

QUELQUES QUESTIONS AUTOUR DES CENOTES
Source : "Plongée dans le monde sacré des Mayas" de Alma Guillermoprieto, photographies de Paul Nicklen et Shaul Schwarz, in "National Geographic France", livraison d'août 2013, pp.34-57.

 

1.
Dans l'article que, dans le numéro d'août 2013 de National Geographic France, Alma Guillermoprieto consacre aux Mayas, il est fait mention d'un "dieu de la Pluie". Quel est son nom ?

 

2.
Comment apparaît-il, dans le magazine, le "mythique seigneur maya de la mort" ?

 

3.
Dans cet article, il est aussi question d'archéo-astronomie. A votre avis, qu'est-ce que c'est ? (cf page 41)

 

4.
Page 43, d'après la légende de la photographie, que symbolise "l'autel rectangulaire" devant lequel un "chaman agenouillé récite des prières" ?

 

5.
Page 42, qu'arrive-t-il au "bord de l'eau" "quand la lumière le frappe" ?

 

6.
Que sont les cénotes et à quoi servent-ils ?

 

7.
Page 43, que font "les champs de maïs ayant attendu la pluie trop longtemps ?"

 

8.
Page 43, d'après l'article, que représente pour les Mayas "chaque coup de tonnerre" ?

 

9.
Qu'est-ce qu'un "Cruzoob" ? (cf page 51)

 

10.
A quoi correspondent, page 57, les onomatopées "hmaa, hmaa, hmaa" et "lek, lek, lek, lek, lek" ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 août 2013

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 09:10

COMME UN CAMEMBERT EN PLEIN DESERT

 

1.
"Lévite félin aux égaux ronrons lyriques"
(Jules Laforgue, Complainte du sage de Paris)

 

Lévite greffier - c'est curieux ce chat en l'air
Félin flottant entre deux meubles
Aux yeux immenses aux immenses pattes
Egaux sont tes dits puisque tu dis dans tes
Ronrons rythmiques je ne sais quels chants
Lyriques d'un matou totem pour une chatte fantôme.

 

2.
Jules Laforgue dans la Complainte des consolations, "Je suis trop immense, / Trop chose" : Jules, des fois, i s'démesure.

 

3.
Et dans Complainte des complaintes, "rien ne s'étonne" : épatant réfléchi qui ne s'étonne plus du rien qu'il est.

 

4.
mourir dans ses livres : sans doute par asphyxie de syllabes.

 

5.
Enfin - tous les chemins vont vers l'enfin.

 

6.
saigner du nez : c'est embêtant, on paume des pifs partout, on sème d'la narine, on dirait de grosses pâtes à la sauce tomate, ou d'écrabouillées bestioles lentes et glissantes.

 

7.
gober du globe : faire de la géographie.

 

8.
pleure-la-pluie : chanson mélo à faire se mêler l'eau de l'oeil à l'eau d'la pluie qui n'en finit pas de tomber, saleté, va.

 

9.
soupirer d'la poussière : être lassé de passer le chiffon.

 

10.
faire froufrou : il vaut mieux faire froufrou que jambe de bois.
Variante : Il vaut mieux faire froufrou que gueule de bois.

 

11.
se forcer le fauve : se faire plus méchant qu'on ne l'est réellement.

 

12.
parier sur le paria : parier sur un outsider.

 

13.
avoir aigre-dame : avoir fait un mauvais mariage.

 

14.
avoir le blé sourd : être avare, équivaut à "avoir les poches cousues", "avoir des oursins dans les poches".

 

15.
avoir le poing aveugle : frapper à tort et à travers.

 

16.
labourer au bourrin : travailler lentement et péniblement.

 

17.
chercher sa bague : chercher à se marier.

 

18.
contemple-cosmos : télescope.

 

19.
Tout ! Tout ! Tout ! Je veux tout ! se disait-elle en promenant son toutou.

 

20.
Ô Vénus, si usé suis-je que jamais plus je n'userai de vous.

 

21.
Je me sens vide d'âme comme si quelque dieu à trompe me l'avait aspirée.

 

22.
Il faisait si chaud et si étouffant qu'il se faisait l'impression d'un camembert en plein désert.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 avril 2013

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 08:02

LAISSER INFUSER LE TEMPS
En feuilletant le très beau "Balades en jazz", d'Alain Gerber (folio senso, folio n°4504, inédit, 2007).

 

1.
"l'ironie de l'histoire" : que l'Histoire soit ironique n'est pas si étonnant, quand on songe à tout ce qu'elle sait et qu'elle ne dit pas.

 

2.
L'Histoire ? - Un tombeau ouvert.

 

3.
"avoir remisé son attirail" (p.41) : peut se dire de quelqu'un qui vient de se rhabiller. Bérurier renfilant son falzar.

 

4.
"où c'est le diable qui vient" (p.84) : il y a des lieux si désolés, si délaissés, qu'il n'y a que le diable sans doute pour y aller. Ce qui répond au fameux "envoyer quelqu'un au diable". Je remarque qu'il y a toujours un lieu d'être pour le diable, un terrain vague, une zone, une impasse glauque, une friche sordide, un lieu-dit à couteaux, un quelque part en réponse à la cathédrale.

 

5.
"raconter le temps qui passe" (p.45) : quand on ne sait trop quoi dire sur la musique, ou sur un film, ou un poème, on dit que ça raconte le temps qui passe. Nous faisons ainsi de la musique, de certains films, de la poésie, des sortes de vagues machines à débiter de l'ontologique, cette sorte de flou que j'imagine assez flottant dans les cerveaux des ruminants pour lesquels sans doute le trafic ferroviaire n'a pas d'autre but que de le raconter, ce temps qu'ils passent à regarder passer les trains.

 

6.
"les églises patibulaires" (p.84) : étonnante expression qui mêle le sordide au sacré, comme si l'on y risquait de s'y faire braquer par tous les saints, ou par le prêtre lui-même, racketteur de Dieu, collecteur de hontes, receleur de secrets, refourgueur de rituels.

 

7.
"laisser infuser le temps" (p.94) : belle expression pour dire cette manière que l'on a parfois de ne pas se presser, de laisser le monde courir et le mouton pisser.

 

8.
"porcelaine, parfois, dans un magasin d'éléphants" (p.112) : cette inversion du connu "être comme un éléphant dans un magasin de porcelaines" me semble digne de son sujet - le jazz (et en l'occurence John Lewis). Le jazz est une inversion du discours selon lequel toute oeuvre sérieuse doit être méticulée, orfévrée, préméditée, écrite jusqu'au dernier soupir. Le jazz voltige, tourne et détourne. Alain Gerber fait de même. Il a raison.

 

9.
"laisser moisir la poudre aux chimères" (p.38) : renoncer à ses rêves, à ses illusions, à la came peut-être aussi.

 

10.
Sur Internet, les filles se dévoilent comme si elles étaient des vérités.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 avril 2013

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 22:39

DANS LES JAUNES CHOSES

 

"Au clair de la lune, près de la mer, dans les endroits isolés de la campagne, l'on voit, plongé dans d'amères réflexions, toutes les choses revêtir des formes jaunes, indécises, fantastiques. L'ombre des arbres, tantôt vite, tantôt lentement, court, vient, revient, par diverses formes, en s'aplatissant, en se collant contre la terre. Dans le temps, lorsque j'étais emporté sur les ailes de la jeunesse, cela me faisait rêver, me paraissait étrange ; maintenant, j'y suis habitué. Le vent gémit à travers les feuilles ses notes langoureuses, et le hibou chante sa grave complainte, qui fait dresser les cheveux à ceux qui l'entendent. Alors, les chiens, rendus furieux, brisent leurs chaînes, s'échappent des fermes lointaines ; ils courent dans la campagne, çà et là, en proie à la folie."
(Lautréamont, Les Chants de Maldoror, Chant Premier, Presses Pocket n°6068, p.31)

 

1.
"être au clair de la lune" : c'est donc que l'on est dans la nuit, qu'on se promène la nuit, que peut-être on rêve, en contemplant le clair de lune, cependant que sur un lointain air de java brune, le traditionnel chevalier de la lune vous pique in the pocket votre portethunes.

 

2.
"être plongé dans d'amères réflexions" : Il m'arrive d'être plongé dans d'amères réflexions genre : ma mère m'a tellement répété que j'étais intelligent, que j'ai fini par la croire. Depuis, je passe pour un con.

 

3.
"revêtir des formes jaunes" : dans le texte de Lautréamont, il s'agit de "toutes les choses". C'est qu'elles sont illunées aussi. Et la lune, une lampe. Si la lune était vert salade, toutes ces choses seraient vert salade. Pourrait-on dire que si elles étaient bleues, c'est que la lune est un schtroumpf ?

 

4.
"revenir par diverses formes" : C'est ainsi que font certains revenants. Ils miment les choses. Ils font ça très bien. Et tant qu'ils ne se cassent pas, on continue à utiliser la bouilloire, la cocotte-minute, la planche à repasser, les draps sans se douter de rien.

 

5.
"être emporté sur les ailes de la jeunesse" : C'est ainsi qu'on s'emporte soi-même, dans les airs bêtes, les grands airs, les airs cloches qu'on se fait sonner à force de planer.

 

6.
"gémir à travers les feuilles ses notes langoureuses" : Bon, évidemment, si vous allez chanter dans les arbres des chansons d'amour...

 

7.
"chanter sa grave complainte" : J'imagine que c'est le crapaud à qui l'on peut accorder le don de la grave complainte. Vous savez que j'aime bien extrapoler le crapaud, façon batracien à la Lovecraft, baveux glauque, vous imaginer la grave complainte à cézigue maousse, dans une langue d'outre-ailleurs, de derrière les murs tout léprés où une vieille affiche du cirque Barnum achève de se décomposer. Ou sinon, un corbeau mélancolique. Déjà qu'c'est intelligent, qu'on dit, le black croasseur, alors de l'intelligence à la mélancolie, il n'y a qu'un saut.

 

8.
"faire dresser les cheveux à ceux qui l'entendent": C'est en racontant des épouvantables qu'on leur fait dresser leurs cheveux, ce qui ne veut pas dire que tous les passants qui ont les cheveux hérissés, en brosse, façon porc-épic, gothico-punk avec le teint fond de teint apprécient les épouvantables, même si certains, certaines l'ont l'air, épouvantable.

 

9.
"être rendu furieux" : sûr qu'on peut être rendu furieux ; il suffit d'agiter devant votre nez quelque qui sait tout bavard et sentencieux, vous voilà, vu que vous avez le front bas, rendu furieux. Mais, bien sûr, tout ça, c'est dans votre tête, le taureau qui fonce, les cornes, l'éventration du fâcheux ; vous, vous restez calme, posé comme un livre de Michel Serres sur une table de nuit, et vous répondez poliment des banalités qui ne coûtent rien.

 

10.
"s'échapper des fermes lointaines" : Quand on s'échappe des fermes lointaines, c'est pour se rapprocher sans doute du nulle part qu'on lui saute à la gorge.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 janvier 2013

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 14:58

AVEC DES YEUX QUI NE NOUS APPARTIENNENT PAS
Fantaisies sur des expressions tirées du livre "Les Chants de Maldoror", de Lautréamont, Chant Quatrième, Presses Pocket n°6068, collection "Lire et Voir les classiques", p.159. Citations entre guillemets et/ou en italiques.

 

1.
"avoir l'ombre qui dessine" : Quand on a l'ombre qui dessine, faudrait pouvoir la mettre à contribution pour lui faire composer des caricatures et des dessins épatants qu'on vendra aux journaux. Las, l'ombre s'enfuit, file, et ne demande pas votre reste.

 

2.
"être racorni de la silhouette" : C'est ce qui arrive parfois lorsqu'on s'est un peu brûlé aux extrémités. Il ne faut pas tenter le feu ; il finit toujours par prendre quelque chose.

 

3.
"placer sur son coeur une interrogation délirante et muette" : Elle peut être délirante, ça va de soi, étant donné tout ce qu'on délire et qu'on ne dit pas ; c'est même pour ça qu'elle est muette.

 

4.
"se défendre qui que l'on soit" : C'est comme ça ; que l'on ait tort ou raison, il faut toujours se défendre. Être, c'est être sur la défensive. Sinon, les étants vous noient, et les poissons - ceux qui sont solubles dans l'étant - vous bouffent comme un noyé.

 

5.
"diriger la fronde d'une terrible accusation" : J'aime bien le mot "fronde" ; j'y vois des cavaliers, des charges, des mazarinades sortir des gueules de nobles libertins et provocateurs, et puis des canons, et Louis Enfant Roi reprendre Paris. Quant à "l'accusation", puisqu'il y a fronde, autant qu'ça soit terrible. On ne fronde pas pour des queues de cerise.

 

6.
"avoir des yeux qui ne nous appartiennent pas" : Peut se dire quand on regarde avec d'autre yeux que les siens. Il faut donc arracher de beaux yeux, de grands yeux - ou alors de petits yeux perçants et vifs - sur le visage d'un ou d'une passante, et voir avec ces yeux-là comme si on voyait avec les siens à soi, ceux qu'on a depuis si longtemps sur le visage que cela fait belle lurette qu'ils ont été mangés par les vers ou les corbeaux.

 

7.
"les avoir pareils aux tiens" : Comparaison dont je me refuse à préciser le comparé, le comparant et toutes ces sortes de choses auxquelles vous ne devriez pas penser.

 

8.
"faire croire à sa beauté" : C'est là le but de bien des chevaux.

 

9.
"être personne ne s'y trompe" : Être du même avis que tout le monde, lequel n'est personne ; du reste, personne ne s'y trompe.

 

10.
"être amateur de la viande d'autrui" : Se dit évidemment du jaloux, mais aussi de l'anthropophage, évidemment. Sinon, mon boucher, c'est un autrui itou, et j'aime bien sa viande .

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 janvier 2013

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 11:30

DEMANDER OU EST LE PALAIS
Fantaisies sur quelques expressions tirées de Oedipe Roi, de Sophocle, traduit par Robert Pignarre, GF n°18, p.127.

 

1.
"Oedipe est le jouet de mille pensées qui l'affolent."
[Jocaste]

 

Oedipe, c'est çui-là qu'a fait des grosses bêtises parce que le Destin le voulait bien. Est bien attrapé par la queue, l'Oedipe, est bien stupéfaite toupie. "De mille pensées" le voilà "affolé"; ce sont serpents dedans sa tête, ce sont serpents dans tout son corps qui remuent son sang et battent son coeur. Je remarque que j'associe souvent l'antique au serpent ; ça doit être à cause des vipères à Cléopâtre, et aussi des serpents qui sifflent chez Racine.

 

2.
"croire bon d'aller offrir aux dieux" : Aller faire des présents à des personnes que l'on juge essentielles à la réussite d'un projet. Dans certains cas, cela peut s'apparenter à des pots-de-vin. Ce qui est vilain.

 

3.
"offrir des couronnes et des parfums" : De nos jours, on dépose des couronnes plus qu'on ne les offre, ou alors on "tresse des couronnes". Quant aux parfums, on ne les offre qu'à ses très proches (sa copine, sa maman), les autres, on leur offre n'importe quoi qui pourrait éventuellement leur plaire et qui coûte pas trop cher. A moins qu'on soit généreux. Mais on n'est pas obligé.

 

4.
"comparer les prophéties" : La prophétie comparée est une activité injustement méconnue. Ceci dit, après tout, n'est-ce pas ce que font les analystes ?

 

5.
"juger des nouvelles par les anciennes" : Dans le temps, c'est bien connu, elles étaient meilleures.

 

6.
"croire tout ce qu'on lui dit : Si vous croyez tout ce qu'on lui dit, vous n'êtes pas sorti de l'auberge. Je me demande d'ailleurs pourquoi dit-on à propos d'une affaire ou d'une situation qui traîne et se prolonge et dont on a du mal à sortir que l'on n'est pas sorti de l'auberge.

 

7.
"réveiller ses craintes" : Si vous réveillez ses craintes, vous allez l'affoler. Ne vous plaignez pas après si il, si elle, se met à vous fuir, grogner, gronder, et vous faire une tête de plante fanée.

 

8.
"offrir des prémices" : Les prémices, nous dit la note, ce sont "les premiers fruits de la terre ou du bétail". Bon, ceci dit, offrir des navets, des carottes, c'est assez curieux ; offrir un bestiau aussi d'ailleurs, à moins d'offrir un gibier, un de l'ouverture de la chasse ; ça fait prémices, non ?

 

9.
"apprendre des étrangers" : C'est toujours quelque chose d'intéressant, à condition d'aimer apprendre, et de ne pas détester les étrangers. Sinon, ce que l'on appelle "apprendre des étrangers" relève en général du pas plaisant, de ce que vos proches vous cachaient. Plus d'un cocu, ou cocue, vous le dira.

 

10.
"demander où se trouve le palais" : c'est demander son chemin, tout bêtement. Autre chose est "se demander où est le palais" qui peut exprimer un doute sur la gouvernance d'un Etat. Quant au fantôme du palais, si vous trouvez le palais, vous trouverez le fantôme.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 janvier 2013

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 21:46

OIN D'DANS
Expressions tirées de quelques paroles de chansons du répertoire de Robert Charlebois, telles qu'on les trouve dans "Robert Charlebois par Lucien Rioux", éditions Seghers, 1973.

 

1.
dormir dans le creux de sa main (cf "Le Protest Song", paroles de Robert Charlebois) dormir dans le creux de sa main, au bon Dieu, bien sûr.

 

2.
être oin d'dans (cf "Le grand fatal c'est d'être dedans", paroles de Marcel Sabourin) : oin, c'est oui, ici, là, dans la chanson, c'est ainsi que l'adapte Lucien Rioux dans sa monographie de Robert Charlebois, être oin d'dans, c'est être loin, trop d'dans, si loin, oin , oin, oin.

 

3.
dire le président à son vautour : critiquer un gouvernement de façon virulente. En fait, dans la chanson, c'est juste que :
"C'est charmant et surtout plein d'humour
Dit le président à son vautour"
("La Marche du président", paroles de Gilles Vigneault)

 

4.
regarder loin au fond de soi (cf "C'est pour ça", paroles de Robert Charlebois) : faut avoir des yeux qui voient loin en dedans pour s'apercevoir qu'il n'y a rien.

 

5.
"Comme si cétait toi" (in "Avril sur Mars", paroles de Robert Charlebois) : comme si cétait toi, mais c'est pas toi, et même si cétait toi, ce serait pas encore toi.

 

6.
faire que l'on se ronge les ongles (cf "Fu Man Chu", paroles de Claude Gagnon) : c'est qu'on se ronge le réel donc, qu'on se fait l'os de soi-même dog.

 

7.
violonner la musique des morts (cf "La bossa nova des Esquimaux", paroles de Robert Charlebois) : Il y a dans cette expression quelque rappel de quelque danse macabre ; violonner la musique des morts, c'est jouer au violon des airs qui furent composés joués avant que nous soyons nés. Le complément de nom inscrit cette musique dans un présent de vérité générale, une sorte de présent de vérité artistique.

 

8.
Quand les humains se mettent à "violonner la musique des morts", ils se mettent à danser sur les tombes. La musique de cette danse tombale peut être fort belle qui rend vivace la flamme fantôme du passé.

 

9.
Le présent est un temps interprétatif.

 

10.
"Y faisait noir hier au soir" (in "Ya Sa Pichou") : ça a l'air tautologique comme ça, mais cette manière, justement, d'insister sur ce qui semble si évident nous incite à penser à un autre sens, un sens figuré du "faire noir".

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 décembre 2012

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 08:43

SEEMED TO ME

 

1.
être en plein d'dans jusqu'aux dents (cf "Le grand fatal c'est d'être dedans", paroles de Marcel Sabourin) : Evidemment, c'est la rime "dans" qui dedans cet air extravagant me plaît tant.

 

2.
avoir un piano noir comme un corbeau (cf "Le piano noir", paroles de Daniel Thibon) : c'est posséder un octosyllabe, cet octosyllabe là précisément : "Un piano noir comme un corbeau" qu'on trouve dans la chanson "Le piano noir", chantée par Robert Charlebois. Bien entendu, on peut posséder cet octosyllabe sans pour autant posséder piano ou corbeau. Et si l'on a un piano, on n'est pas tenu de possèder un corbeau, et vissé vers s'ailes.

 

3.
"Si j'avais les ailes d'un ange" (in "Les ailes d'un ange", paroles de Robert Charlebois) : si j'avais les ailes d'un ange, eh bien ce s'rait marrant, un ange avec du poil aux pattes.

 

4.
"Prendre un café ébouriffé" (in "Fais-toi z'en pas", paroles de Réjean Ducharme) : le problème du café ébouriffé, c'est qu'on ne peut pas lui discipliner la chevelure aussi facilement qu'on arrange ses cheveux dans le miroir où on regarde un peu à côté / dans le miroir pour ne pas se voir [Réjean Ducharme] et qu'en conséquence, on va bosser avec l'ébouriffée cafetière et la pipe pleine de Fais-toi z'en pas Tout l'monde fait ça [Réjean Ducharme].

 

5.
"Et je ne peux pas fermer l'oeil" (in "Insomnie", paroles de Réjean Ducharme) : quand on ne peut pas fermer l'oeil, faut pas qu'ça dure trop longtemps, car, à force, l'oeil, il finit par vous fixer.

 

6.
"M'a finir par pu toffer ça" (in "le violent seul", paroles de Réjean Ducharme et Robert Charlebois) : "toffer" en parler québécois, c'est supporter, endurer : ça permet de composer de l'octosyllabe. Intéressant aussi dans ce vers, cette disparition du pronom personnel de la 1ère personne au profit d'une forme "m'a" qui fait du sujet un complément qui soudain prend la parole.

 

7.
"quand décembre revient" (in "Marie-Noël", paroles de Claude Gauthier) : quand décembre revient, qu'il pointe son museau de glace, et se mire la face aux carreaux.

 

8.
"Y avait ses yeux gros comme des choux" (in "Fu Man Chu", paroles de Claude Gagnon) : et s'il a des visions, cézigue, c'est que ce sont des choux farcis.

 

9.
"And it seemed to me to like eternity" (in "Long Flight", paroles de Robert Charlebois) : c'est le "i" ici qui tend vers l'infini, qui pousse sa courbe, sa pointe. A noter la double frappe consonnantique "seemed to" sur laquelle s'appuie la césure du pronom "me".

 

10.
se mirer dans l'or des lunes (cf Engagement, paroles de Marcel Sabourin) : peut-être que c'est se rêver plus beau qu'on est, plus riche qu'on est, plus haut qu'on est. J'aime bien cette expression pour son harmonie (le "m" qui trouve son écho rythmique dans le "l").

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 décembre 2012

 

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 22:39

DU DIABLE SI
Expressions tirées du roman Le major parlait trop, d'Agatha Christie, traduit par Claire Durivaux, Club des Masques n°108.

 

1. p.152
Si l'on est malin, autant être très malin en effet.

 

2. p.160
remarquer pensivement qu'on se le demande : c'est être insistant comme la songerie, persistant comme l'ironie.

 

3. p.62
se laisser tomber sur le sable doré et chaud : quant à se laisser tomber, autant que ce soit sur un sable doré et chaud, car un sable gris et froid, ça le ferait pas.

 

4. (Je sais plus quelle page par exemple.)
croire avoir égaré quelque chose : de toute façon, on finit toujours par égarer quelque chose, y compris soi-même... enfin, l'idée que l'on se fait de soi-même.

 

5. p.138
tenir un couteau à la main : on remarquera que la construction du syntagme tend à se figer : "tenir un couteau" devient presque obligatoirement "tenir un couteau à la main"; le complément, quoique redondant, - on ne s'attend pas à ce que le personnage tienne un couteau à la jambe, au gros orteil, ou au lobe de son oreille droite - semble tout d'abord aller dans le sens de la langue avant de poser question, si l'on se pose la question, car, après tout, on n'y est pas obligé.

 

6. p.72
ne pas parvenir à chasser ce problème de son esprit : il faut employer un balai à problèmes pour ce genre de problème. Il suffit d'y penser, et voilà que "ce problème de son esprit" est chassé balayé par cet autre problème : où trouver un balai à problèmes assez efficace pour éviter qu'un problème se mette à vous obséder, à vous tourner idée noire, noire, noire, noire.

 

7. p.92
ajouter amèrement : dans une conversation un peu trop sucrée, un peu trop guimauve, il se conçoit qu'un convive prenne sur lui d'ajouter amèrement. Afin que cela soit efficace, il convient que ce convive reste convenable en buvant modérément. Sinon, ce n'est pas ajouter amèrement qu'il fera, mais déraper lourdement.

 

8. p.168
n'avoir pu mieux tomber : avant de tomber dans la tombe, le bipède ordinaire a maintes occasions de tomber sur tout un tas de trucs et d'un tas de manières : tomber amoureux, tomber sur un os, tomber sur un vieux poteau, tomber dans une embuscade, tomber malade, et finalement tomber raide mort, expression figée, ce qui va de soi quand on évoque l'instant fatal où l'humain passe de vif à néant.

 

9. p.227
s'en aller à son tour sans ajouter un mot :c'est qu'une fois que tout est dit, il se trouve que l'on est bien obligé de s'en aller à son tour sans ajouter un mot. Ainsi, chaque fois que nous quittons un lieu sans ajouter un mot, nous répétons l'inéluctable scène finale où l'on va tomber raide mort et s'en aller à son tour sans ajouter un mot.

 

10. p.234
Du diable si... : j'interprète ainsi : si j'y comprends quelque chose, c'est le diable qui me donne cette intelligence car il faudrait être le diable sans doute (le diable doute-t-il ?) pour y comprendre quelque chose à tout ci tout ça. Du coup, je me demande si... remarqua-t-il pensivement. Et d'ailleurs, si l'on est malin, autant être très malin en effet.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 décembre 2012

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