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6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 12:32

CLAIR ET QUI POURTANT PEU A PEU D'OMBRE SE BROUILLE

 

1.

« Mais vivante vraiment, moderne comme elle est :

La dame du miroir est si miraculeuse ! »

(Apollinaire, « La force du miroir »)

 

2.

Vivante, statue bouh ça fait peur vraiment peur quand elle bonkeubongue dans les escaliers.

 

3.

Moderne ô onomatopées slogans néons hiatus et rébus la ville qui nous tentacule rythmique pieuvre.

 

4.

Comme elle est, je l'aime, comme on aime une légende.

 

5.

La dame, en noir du roman ou blanche du carrefour, la dame domino des fantastiques pour laquelle on s'fascine.

 

6.

La voix du diable, au fond des chansons, l'entendez-vous, l'ironique, qui gratouille sur une guitare un vieux blues ?

 

7.

La dame du miroir, elle en sort comme elle veut

Miraculeuse ah ça… mais voleuse, à n'y pas croire !

 

8.

« O ma Lou tes grands yeux étaient mes seuls copains »

(Apollinaire, « Poèmes à Lou », XXXII)

 

9.

O je me sOuviens d'un pOème avec des O

partOut façOn O de fumée sOrtant des bOuches

rOndes O mais de qui est-il déjà ce bO pOème ?

 

10.

« Ma Lou » : pas eu d'amie Lou, ni même vraiment d'amie Louve, bref pas de quoi hurler avec eux.

 

11.

Mes brefs, j'aimerais parfois qu'ils aient l'air d'être tombés de chansons déchirées par un parolier oublié.

 

12.

Tes grands yeux, comme ils me hantent, Zut, tes grands yeux devant ce monde qui se nourrit de cimetières.

 

13.

Des fois, faudrait que mon bref frappe façon coup de poing. Franchement, y a des moments, ça me soulagerait.

 

14.

Mes seuls copains, c'est-à-dire, son ombre, son squelette et son nom.

 

15.

« J'aurais écrit des vers pleins de mythologie

Sur vos seins la vie champêtre et les dames

Des alentours »

(Apollinaire, « Dans le jardin d'Anna »)

 

16.

Ah j'en aurais écrit des romans des chansons des comédies et des essais si j'avais été moins si j'avais été plus si j'avais été autre.

 

17.

Des vers, j'en écris qu'des fois quand ça me prend

Tout prétentieux et que je fais le paon.

 

18.

Mythologie, en sont pleins les gens, pleins de dieux qu'ils ignorent les passants, pleins de « drames très-antiques », avec trait d'union à la Rimbaud.

 

19.

Sur vos seins, je n'ose écrire. Cela ne se fait pas ; cela ne se fait plus : voici venu le temps des hypocrites.

 

20.

La vie champêtre, trombone aux champs, et pourquoi trombone ? Et pourquoi pas clairon du jour et sonnerie aux vifs ?

 

21.

Les dames qui passent dans les romans n'existent pas. Ces femmes sont des fables, même que parfois elles n'ont pas de morale.

 

22.

J'aime bien le mot « alentours » (il fait cercle) et puis itou qu'je l'écoute lors je pense aux dames à tous leurs atours et qui rêvent dans les tours des chansons de partout à Tours en Touraine.

 

23.

Alors, comme un cornichon, moi je fais le tour du pâté de maisons en chantant :

« Des tours de partout à Tours en Touraine

M'amour mon amour bouchée à la Reine ».

 

24.

« Le fauteuil qui d'ombre se brouille

Avait des formes de grenouille »

(Apollinaire)

 

25.

Le fauteuil : hanté, - ne serait-ce que d'un chat.

 

26.

D'ombre, ce dont nous, qu'nous composons avec

Qu'ça finit par venir nous bouffer le bec.

 

27.

« d'ombre se brouille » : que tout peu à peu s'dérobe, se floue, se gomme, se fripe, se chipe.

 

28.

Formes : dansent sur le fond, squelettes de pirates attachés à des pierres.

 

29.

Grenouille : spectre de la que Zut, en bonne iconoclaste, cherche dans toute peinture.

 

30.

Zut, d'accord, c'est qu'une grenouille, Zut, mais lorsqu'elle explose, la Zut, a fait un effet bœuf.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 6 septembre 2015.

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 07:18

NOTES SUR LES DICTS D'AMOUR A LINDA

1.
Aussi bien que le jadis, vous voilà, Linda, en jolie laterna magica.

2.
"Votre nom très païen, un peu prétentieux,
Parce que c'est le vôtre en est délicieux;"
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

3.
On pardonne leur prétention à ceux qui nous fascinent, et on ne voit plus l'humilité de ceux qui nous aiment.

4.
"Il veut dire "jolie" en espagnol, et comme
Vous l'êtes, on dit vrai chaque fois qu'on vous nomme."
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

5.
Habileté du mot-outil utilisé à la rime ("comme"/"nomme"); adéquation du nom avec son référent: Linda "veut dire jolie", et ça tombe bien, puisque Linda est jolie.

6.
L'exercice de la vérité consiste à expliciter les liens entre le nom et son référent; l'exercice du mensonge consiste à charger le nom de liens qui n'existent pas.

7.
Le vrai démonte; le faux monte de toute pièce. Ainsi le vrai est-il critique et le faux convention.

8.
Monter de toute pièce est une pratique commune au politique et à l'artiste. Ainsi l'humain crée-t-il avec le réel des liens qui n'existent que dans l'art de représenter.

9.
Le verbe "représenter" est mensonger: on ne rend pas au présent ce qui déjà passe; on s'imagine un nouveau masque pour un réel farouche.

10.
Naissance de la beauté des plantes carnivores, des fauves, des autres que l'on pare de qualités qui servent essentiellement à nous dévorer.

11.
On ne tombe jamais amoureux que d'une mâchoire.

12.
Le politique m'amuse qui court après le réel, lequel finit toujours par se retourner et lui flanquer un coup de hache.

13.
L'écriture comme piège à loup qui risque bien de la bouffer toute crue, vot' main à plume.

14.
"Ce nom devient mélancolique en allemand,
Aux brises de l'Avril, il bruisse doucement,"
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

15.
Apollinaire voit en l'allemand une langue mélancolique; de la même manière, nous entendons l'italien comme une langue chantante et séductrice, et l'anglais soit comme une langue rythmique, soit comme une langue purement fonctionnelle; l'élégance monotone du français, son refus de l'ostentation de l'accent, nous font entendre chez les autres des mélancolies et des joies qui ne sont sans doute que pour nous.

16.
"Aux brises de l'Avril, il bruisse doucement"
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

J'aime bien cet écho entre "brises" et "bruisse", cette assonance du "i" soutenue par la liquide "r", et qui fait entendre autre chose que le prénom Linda, comme s'il y avait une musique derrière la musique, comme s'il y avait, comme dit la chanson de Catherine Lara, "un peu de craie dans l'encrier".

17.
"C'est le tilleul lyrique, un arbre de légende,
D'où, chaque nuit, des lutins fous sortent en bande."
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

18.
La mélancolie du nom appelle "l'arbre de légende" et puis l'assonance ("allemand";"doucement";"légende";"en bande"); autrement dit, la mélancolie ranime le passé et en fait féerie, afin qu'il puisse produire de l'être, fût-il aussi fantasmatique qu'une "bande de lutins fous".

19.
Je constate que chez Apollinaire les tilleuls donnent des "lutins fous"; c'est pas courant.

20.
Le tilleul chez Apollinaire est "lyrique"; c'est qu'il a jailli de la mélancolie d'un prénom.

21.
"Enfin, ce rare nom qui dit votre beauté,
Ce fut aussi le nom d'une antique cité"
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

Voilà deux vers qui sonnent si classiques que l'on dirait qu'ils ont été composés par le spectre de Pierre Corneille.

22.
"Qui florissait jadis parmi les roses belles
Dans Rhodes, l'île où roucoulent les colombelles."
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

23.
C'est dans le "jadis" qu'on s'en projette, de "l'antique cité", à "roses belles", "île" et roucoulades de "colombelles"; ici, y a pas la place, ou alors faut des sous, pour partir en croisière.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 octobre 2014

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 22:01

POUR N'ÊTRE QU'UNE OMBRE

 

1.
Tiré d'Apollinaire: "Sous la lune leurs ombres"; "J'écoutais cette nuit"; "Et le bruit éternel d'un fleuve" (cf "Le Voyageur").

 

2.
Je reluquai sous la lune qu'elles filaient leurs ombres... rapides de plus en plus... à croire qu'les fantômes des choses étaient gênés par mon oeil.

 

3.
J'écoute des fois la nuit crisser le grain d'une crécelle à verse.

 

4.
Ce son continu qui sous-tend le réel, ce son dans lequel nous baignons, quel en est le fleuve ?

 

5.
Tiré d'Apollinaire: "Automne malade et adoré"; "Et que j'aime ô saison"; "Les feuilles qu'on foule" (cf "Automne malade").

 

6.
Môme, j'ai dû tomber chuter dans d'l'automne "malade et adoré", le genre de potage qui rend amoureux et triste.

 

7.
Ce que j'aime me dire "Et que j'aime ô saison"; ce que j'aime m'entendre dire "Et que j'aime ô saison" saison saison.

 

8.
Les feuilles qu'on foule, des fois, on dirait qu'ce sont des filles froissées qui murmurent sèchement sur votre passage.

 

9.
"Les flammes ont poussé sur moi comme des feuilles"
(Apollinaire, "Descendant des hauteurs...")

 

Ce qui arrive quand vot' phénix prend racine.

 

10.
Tiré d'Apollinaire: "nuit et jour dans les sphingeries"; "J'ose à peine regarder"; "dont se nourrit le" (cf "Descendant des hauteurs").

 

11.
Nous passons nos nuits et nos jours dans des sphingeries, dont nous ignorons l'existence, et qui nous dévorent plus ou moins rapidement.

 

12.
Des fois, j'ose à peine regarder ce miroir où je reste sans ombre, sans voix, sans moi.

 

13.
Nos pommes, les trouant l'infini, les gobe-mondes, les boyaux d'absurde, les bouches d'ombre de l'espace, nos pommes, ils  les bouffent.

 

14.
Tiré d'Apollinaire: "au son aigre des cithares"; "Savaient qu'un écho"; "Et l'on n'a plus besoin de personne" (cf "La maison des morts").

 

15.
A la fin des années 60 du XXème siècle, quelques musiciens chevelus entremêlèrent aux hennissements électriques de leurs guitares quelques aigres cigales de cithare.

 

16.
"Savaient qu'un écho"    "Savaient qu'un écho"    de l'espace sur la bande-son    "Savaient qu'un écho" produirait son effet de drolatique UFO.

 

17.
Pour n'être qu'une ombre il lui faut pourtant quelqu'un.

 

18.
C'est peut-être quand l'autre là, on l'aime tant là fantôme, qu'on attrape c't'illusion que l'on n'a plus besoin de personne.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 mars 2014.

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 19:35

DE COCASSE MANNEQUIN

 

1.
Cortège, Apollinaire. Quidam, i reluque les godillots et i les r'fait tout comme, les cogitans qui vont dedans.

 

2.
Cortège. Placide zoziau vole à l'envers et machine son nid dans les espaces d'au-delà la foudre d'arbres.

 

3.
Cortège. Quidam, i s'attendait sa pomme. Pas fini de poireauter, le gazier.

 

4.
"Et moi aussi de près je suis sombre et terne"
(Apollinaire, Cortège)

 

5.
De quel spectre ai-je hérité l'encre et l'ombre, et les maisons hantées qui demeurent dans les livres, et que n'ai-je appris à  me rendre utile ?

 

6.
Cortège. Quidam a la mémorance qui scintille, d'l'allumé miroir plein la caboche, du non-stop kino, d'la nostalgie, guirlandes et sapins.

 

7.
On se balade, la besace pleine de syllabes, et l'on fait pourtant tout autre chose.

 

8.
Cortège. Algués, les ogres, algués qui passent, avec des lenteurs de tours en marche, dans les villes traversées de bans de sardines.

 

9.
"Rien n'est mort que ce qui n'existe pas encore"
(Apollinaire, Cortège).

 

10.
Se demander si vivre a un sens revient à se demander à quoi sert un couteau.

 

11.
Signe, Apollinaire. Quidam se flanque de feuilles mortes, qui lui tourbillonnent la "saison mentale".

 

12.
Bibliothèque, ô sphingerie.

 

13.
Signe. Quand je lis "Les mains des amantes d'antan", je pense aux lèvres bleues du ciel que dément l'épars soudain.

 

14.
Lul de Faltenin, Apollinaire. Le ciel s'électrise, se siffle d'la chevelure, jette des brefs du tonnerre à la face médusée du quidam pris sur le vif.

 

15.
Lul de Faltenin. Les sirènes, quand on les regarde de loin, ce sont quoi ? Des "naines", des sardines, de la tache bête.

 

16.
"C'est la lune qui cuit comme un oeuf sur le plat"
(Apollinaire, "A la fin les mensonges...")

 

Bien tombé, car ici-bas, moi, j'me fais des frites.

 

17.
Cortège. Y a des autres, leur "langage", "en chemin" qu'ils l'inventent; ça vous fait une poésie de fontaine hallucinée, de foudre arlequine, de fabrique à merveilles, de cocasse mannequin.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er décembre 2013 

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 18:48

CHACUN TROUVE SON TROUBLE
En parcourant Alcools, d'Apollinaire.

 

1.
Dans le poème "Le Larron", d'Apollinaire, que demande la femme au larron :

 

- De tourner vers elle ses yeux lyriques. Des "yeux lyriques" : on imagine le regard du zigue, ça doit déborder de merlans frits qu'ça fait des taches de gras sur le parquet. Dégoûtant !

 

2.
Comment qu'ils sont, les "oiseaux" qui font bectance des "astres mûrs" du Vendémiaire d'Apollinaire ?

 

Bourrés, les piafs, i sont. Vergogne ! Vergogne ! Quand on est promu à la dignité de cosmique ailé, de métaphysique zoziau, on s'en va pas biavre comme si on était un bête humain.

 

3.
A quoi sont comparés les ponts dans le poème Le Voyageur ?

 

A une "cavalerie", même que, dans le silence des nuits, des fois qu'on passe, on entend comme un lointain cataclop cataclop cataclop. On se retourne. Personne. On reprend sa route. Cataclop cataclop cataclop. On se retourne. Personne. Sauf, parfois, un hennissement. C'est clair, la cavalerie se fout de nous.

 

4.
Qu'est-ce donc qui, selon Apollinaire, s'élève au-delà de notre atmosphère ?

 

- Un théâtre. Voyez-vous ça... A mon avis, ça doit être un drôle de guignol, avec Dieu dans le rôle du terrible Punch - oh le blanc d'ces dents vernies sur le bois et sa fixité du regard ! - l'affreux mariole qu'on voit dans cet épisode des enquêtes de Barnaby - L'Ange exterminateur - où il a vraiment une tête d'épouvante, le Punch, qui mime des pendaisons et promet la misère.

 

5.
Qu'est-ce qu'il remue donc, le soleil, dans le poème Merlin et la vieille femme ?

 

- Son "nombril". Boudji, j'vois ça d'ici. Le Fat Old Sun (expression pinkfloydienne) s'déhanchant le gras bide en roulant des yeux de bouddha d'opérette, quoique, à la réflexion, je me demande si on en a écrit beaucoup, des opérettes sur le bouddha...

 

6.
Que faisait-il
Un jour
Un jour qu'il, le narrateur du Cortège, s'attendait
Lui-même.
Ainsi, il était sûr de ne pas se louper
Et, bien sûr, de toujours se louper
Comme nous tous qui attendons tant de nous.

 

7.
Quelle est la particularité du poème Les Femmes ?

 

- Des gens y disent en alexandrins des choses de tous les jours, y font des remarques étonnantes, comme si nous étions parmi elles, comme si cela était aussi possible, aussi simplement possible que d'avoir de nouveau dix-sept ans et de croiser son premier amour.

 

8.
A quoi le narrateur compare-t-il le malheur dans la suite au vers "Voie lactée ô soeur lumineuse" ?

 

- A un "dieu pâle aux yeux d'ivoire". Le malheur est un diable blanc. Un de ces "démons de la pureté" qui, dit-on, hanta les rêves de Hergé. Le malheur est un fétiche, un "dieu qu'il ne faut pas croire", un golem, dont il faut empoisonner les phrases, afin d'en perturber la logique, afin d'en ensabler les rouages, jusqu'à ce qu'il s'écroule, et se casse, statue de pierre foudroyé sur parole.

 

9.
Dans les premiers vers de La Chanson du Mal-Aimé, qu'est-ce donc qui vient à la rencontre du narrateur ?

 

- Un voyou qui ressemblait à son amour. Ah la belle apache ! Un mauvais garçon qu'il dit. Un garçon. Pas étonnant qu'ça lui fit baisser les yeux de honte. Ceci dit, chacun trouve son trouble où il le peut.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 octobre 2013

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 09:36

NOTES SUR UN JOUR DES MORTS
Notes sur le poème "Rhénane d'automne", d'Apollinaire (in Alcools). Citations entre guillemets.

 

1.
"RHENANE D'AUTOMNE

 

Les enfants des morts vont jouer
Dans le cimetière
Martin Gertrude Hans et Henri
Nul coq n'a chanté aujourd'hui
Kikiriki"

 

a) En quoi le titre nous renseigne-t-il ?

 

Le titre "Rhénane d'automne" nous renseigne sur le cadre spatio-temporel du texte : les bords du Rhin en automne.

 

b) En quoi l'expression "les enfants des morts" donne-t-elle le ton de ce poème ?

 

L'expression jette une note mélancolique. Elle rend compte à la fois de la tragédie du vivant (dont la condition est de vivre parmi les morts) et de notre nécessaire légéreté : les enfants font ce que font tous les enfants, ils "vont jouer".

 

c) En quoi l'emploi de l'onomatopée est-il intéressant ?

 

L'onomatopée "kikiriki" équivaut au "cocorico" de la langue française. Il marque la présence de la culture germanique, mais, surtout, il actualise l'être d'une absence, celle du chant du coq. Le coq n'a pas chanté ; nul ne sera trahi.

 

2.
"Les vieilles femmes
Tout en pleurant cheminent
Et les bons ânes
Braillent hi han et se mettent à brouter les fleurs
Des couronnes mortuaires"

 

Pourquoi, à votre avis, cette strophe mêle-t-elle la tristesse et le grotesque ?

 

Sans doute, Apollinaire se refuse-t-il à écrire une poésie qui pourrait passer pour misérabiliste. Comme à son habitude, il a recours à la fantaisie, et tente ainsi de rendre compte de tous les aspects du réel : la tristesse des "vieilles femmes" qui pleurent, mais aussi la cocasserie des "ânes" qui "se mettent à brouter les fleurs des couronnes mortuaires". On notera que, comme dans la première strophe, l'auteur a recours à l'onomatopée (cf "hi han") pour souligner le côté plaisant de son évocation.

 

3.
"C'est le jour des morts et de toutes leurs âmes
Les enfants et les vieilles femmes
Allument des bougies et des cierges
Sur chaque tombe catholique
Les voiles des vieilles
Les nuages du ciel
Sont comme des barbes de biques"

 

En quoi la composition de cette strophe est-elle intéressante ?

 

La troisième strophe confirme la composition choisie par le poète. Comme pour les deux premières strophes, le poète commence par une évocation réaliste (ici, l'évocation de la Toussaint) puis il en module la mélancolie par l'emploi d'un trait fantaisiste ; ainsi, les "voiles des vieilles" et les "nuages" sont comparés à des "barbes de biques". On peut noter que dans ces trois premières strophes, ce sont les animaux qui servent de prétexte au sourire.

 

4.
"L'air tremble de flammes et de prières
Le cimetière est un beau jardin
Plein de saules gris et de romarins
Il vous vient souvent des amis qu'on enterre
Ah ! que vous êtes bien dans le beau cimetière
Vous mendiants morts saouls de bière
Vous les aveugles comme le destin
Et vous petits enfants morts en prière"

 

En quoi cette strophe introduit-elle une rupture dans la composition du poème ?

 

La mélancolie ici se fait plus prégnante. Le tableau est certes apaisant (cf "Le cimetière est un beau jardin / Plein de saules gris et de romarins"), et l'auteur se permet même une légère désinvolture ("Ah ! que vous êtes bien dans le beau cimetière"), mais l'adresse aux morts sonne comme un memento mori, un souviens-toi que la vie est fragile. De plus, le jeu des rimes est plus évident, plus affirmé, donnant ainsi à la strophe un air plus net de chanson, de ritournelle.

 

5.
"Ah ! que vous êtes bien dans le beau cimetière
Vous bourgmestres vous bateliers
Et vous conseillers de régence
Vous aussi tziganes sans papiers
La vie vous pourrit dans la panse
La croix vous pousse entre les pieds"

 

a) Quelle valeur donner à la répétition du vers "Ah que vous êtes bien dans le beau cimetière" ?

 

Cette répétition donne au poème un air de balade, comme si la méditation du narrateur était assez nonchalante, comme s'il laissait sa rêverie filer au gré de pensées et d'images, qui lui vont, qui lui viennent, au fil du temps.

 

b) Quelle valeur donner à la reprise de l'anaphore "vous" ?

 

Cette reprise infirme la nonchalance apparente de la composition. Ainsi, le vers "Ah ! que vous êtes bien dans le beau cimetière" introduit l'anaphore "vous" et leur adresse aux morts. Elle rappelle ici que tous les humains sont mortels, aussi bien les notables, les "bourgmestres", les "conseillers", que les "mendiants" et les "tziganes".

 

c) Quel ton prend soudain cette strophe ?

 

Les deux derniers vers de la strophe ("La vie vous pourrit dans la panse" / "La croix vous pousse entre les pieds") sonnent comme une dissonance, une amertume plus forte. Il ne s'agit plus de mélancolie modulée par une rêverie amusée, mais de causticité, de lucidité, presque de virulence.

 

6.
"Le vent du Rhin ulule avec tous les hiboux
Il éteint les cierges que toujours les enfants rallument
Et les feuilles mortes
Viennent couvrir les morts"

 

a) En quoi ces quatre vers renouent-ils avec la composition des trois premières strophes ?

 

Le retour du bestiaire, via "les hiboux", le croquis des enfants qui rallument les cierges que le vent éteint, l'écho "ulule / rallument", l'assonance "ou" ("tous les hiboux", "toujours"), renouent avec la mélancolie amusée de la première partie du poème.

 

b) Comment le passage du temps y est-il évoqué ?

 

Outre le rappel de la présence du fleuve et du vent soufflant du fleuve, la mélancolie induite par la sensation de temps qui passe est très sobrement exprimée par l'effet visuel des feuilles qui tombent sur les tombes, effet renforcé par la modulation de l'épithète "mortes" / "morts".

 

7.
"Des enfants morts parlent parfois avec leur mère
Et des mortes parfois voudraient bien revenir"

 

Quelle nouvelle rupture vient de nouveau changer la tonalité du texte ?

 

Jusqu'à ce distique, le poème est réaliste, mais le narrateur exprime soudain de drôles d'idées. Il imagine les pensées des morts, et donc que les morts d'une certaine manière ont une existence à eux. La rupture entre réel et imaginaire est d'autant plus surprenante que l'auteur présente ses intuitions comme étant des faits. Sans doute rend-il ainsi compte des idées qui peuvent se mêler à la mélancolie des vivants. Cependant, le lexique employé et la répétition "morts", "parfois" / "mortes", "parfois" souligne l'homogénéité de la composition quasi musicale du poème. D'autant plus musicale que le rythme y est régulier :
"Des enfants morts / parlent parfois / avec leur mère
Et des mor - / -tes parfois / voudraient bien / revenir".

 

8.
"Oh ! je ne veux pas que tu sortes
L'automne est plein de mains coupées
Non non ce sont des feuilles mortes
Ce sont les mains des chères mortes
Ce sont tes mains coupées"

 

En quoi cette strophe renforce-t-elle à la fois la rupture initiée dans le distique précédent et la composition quasi musicale du poème ?

 

L'hallucination prend le pas sur le réel. Quelqu'un parle, le style direct l'atteste. Une mère à son enfant ? Le narrateur à sa bien-aimée ? La situation d'énonciation est ouverte. Ainsi, la rupture sémantique est consommée : on est passé de la mélancolie amusée devant le réel à l'intuition hallucinée, à la vision surréaliste des "mains coupées" qui remplacent les "feuilles mortes". Cependant, si le ton du poème a changé, les modulations des répétitions ("mains coupées" ; "feuilles mortes" ; "mains des chères mortes" ; "mains coupées") évoque toujours la balade, la pièce pour piano.

 

9.
"Nous avons tant pleuré aujourd'hui
Avec ces morts leurs enfants et les vieilles femmes
Sous le ciel sans soleil
Au cimetière plein de flammes

 

Puis dans le vent nous nous en retournâmes"

 

Comment le narrateur marque-t-il son empathie ?

 

En employant le pronom "nous", le narrateur reprend les mots mêmes des visiteurs du cimetière ("Nous avons tant pleuré aujourd'hui"). Il les accompagne dans leur deuil ("Avec ces morts leurs enfants et les vieilles femmes" / "nous nous en retournâmes"). Il s'inscrit ainsi dans le paysage de la nuit tombant sur le cimetière ("le ciel sans soleil") et la présence des cierges ("Au cimetière plein de flammes"). A noter aussi que le texte emploie maintenant les temps du passé, et marque ainsi et la fin de la journée et l'écoulement du temps.

 

10.
"A nos pieds roulaient les châtaignes
Dont les bogues étaient
Comme le coeur blessé de la madone
Dont on doute si elle eut la peau
Couleur des châtaignes d'automne"

 

En quoi cette dernière strophe contribue-t-elle à faire du poème une méditation sur le temps.

 

L'emploi de l'imparfait et du passé simple inscrivent l'action du poème dans une diachronie, un cycle, un rituel. Les châtaignes reviennent chaque automne et chaque automne, leurs bogues éclatent, comme les coeurs des enfants des morts et des vieilles femmes qui viennent se souvenir. Le narrateur rappelle aussi la dimension religieuse : "le coeur blessé de la madone", c'est-à-dire de la "Vierge à l'enfant", symbolise la douleur des mères que, cependant, le poète semble désincarner dans un étrange dernier trait ("Dont on doute si elle eut la peau / Couleur des châtaignes d'automne"). Naïveté feinte ? Car que veut-il dire ? Que la Madone n'avait pas la peau verte ? Qu'elle était purement et simplement humaine ? Peut-être. Ce dernier trait permet aussi une actualisation du passé des Saintes Ecritures, et  aussi celui, plus indéterminé, des traditions locales, c'est-à-dire du passé de tous les passés : par l'emploi du présent "on doute", le poète rappelle au lecteur la persistance de l'être mémorable, l'humaine transcendance au coeur des choses les plus banales ( ici, la "couleur des châtaignes d'automne").

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 août 2013

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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 05:25

MELANCOLIE DE LA POCHADE
Notes sur le poème La blanche neige d'Apollinaire (in "Alcools").

 

1.
"Les anges les anges dans le ciel
L'un est vêtu en officier
L'un est vêtu en cuisinier
Et les autres chantent"

 

a) Où se trouvent les anges ?

 

Les anges se trouvent "dans le ciel". Ce qui n'est pas étonnant, le ciel étant l'habitat naturel des anges, le lieu où ils "chantent" aussi bien que dans l'eau sont muets les poissons.

 

b) Que pouvez-vous dire de leurs vêtements ?

 

L'habit d'officier et l'habit de cuisinier renvoient à la société des humains. Ces anges sont-ils de nouveaux arrivants ? De récents défunts promus, par l'opération du Saint-Esprit, à la dignité d'ange. Est-ce la couleur de leurs habits qui importe ici (bleu pour le ciel, et blanc pour la neige) ?

 

c) Pourquoi les anges chantent-ils ?

 

Parce que ça chante, ça, les anges. On ne les entend point. C'est pour ça qu'on achète des disques, par compensation de la musique angélique. Il y en a, ils poussent tellement le dépit, qu'ils en écoutent du gothique et de la technomachine, de la musique à en avoir des hémorragies de neurones.

 

2.
"Bel officier couleur du ciel
Le doux printemps longtemps après Noël
Te médaillera d'un beau soleil
         D'un beau soleil"

 

Que penser de la tonalité de ce quatrain ?

 

La tonalité de ce quatrain relève de l'évocation féerique. Elle peut rappeler les illustrations des contes pour enfants. Le ciel n'est plus le ciel, mais un "bel officier couleur du ciel" ; le soleil devient une médaille que le printemps, à la façon d'un général ou d'un prince, accroche au ciel. La répétition de l'expression "d'un beau soleil" évoque les chansons enfantines.

 

3.
"Le cuisinier plume les oies
         Ah ! tombe neige
         Tombe et que n'ai-je
Ma bien-aimée entre mes bras"

 

En quoi ce poème peut-il relever de la pochade ?

 

Ce qui caractérise ce quatrain, c'est, outre la confirmation que, de la même manière que "l'ange officier" figure le bleu du ciel, "l'ange cuisinier" figure la neige qui tombe, neige dont les flocons sont plumes d'oies, ce qui caractérise ce poème, c'est la rythmique de ses vers répartie en :
- un octosyllabe ("Le cuisinier plume les oies")
- quatre syllabes ("Ah ! tombe neige")
- quatre syllabes ("Tombe et que n'ai-je")
- un octosyllabe ("Ma bien-aimée entre mes bras")
De telle sorte que le rythme et les sonorités ("Tombe" "neige/n'ai-je") sont mises en évidence, se font entendre, sonnent comme chanson, témoignent d'un goût du jeu de mots et d'une virtuosité poétique d'autant plus remarquable qu'elle se base sur une grande économie de moyens (vers courts, vocabulaire courant, images originales mais qui peuvent passer pour naïves).
Ce court poème relève de la chanson de fantaisie, de la mélancolique pochade en ce que de presque rien (un officier qui passe, un cuisinier qui plume une oie), le poète compose un bref tableau où officier et cuisinier deviennent des "anges dans le ciel", évoquant ainsi un paysage de neige, rêverie qui permet de mettre en musique les images - à la façon d'un compositeur mettant une mélodie sur des paroles - et d'évoquer la mélancolie de celui qui passe et qui regrette de n'avoir pas sa bien-aimée entre ses bras.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 août 2013 

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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 11:53

NOTES SUR AUTOMNE MALADE D'APOLLINAIRE
Source : Apollinaire, Alcools, Poésie/Gallimard.

 

1.
"Automne malade et adoré
Tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers"
(Automne malade, vers 1-4)

1a) Dès le premier vers, comment est considéré l'automne ?

 

L'automne, on dirait une personne. Quelqu'un dont on voudrait prendre soin. Parce que "malade", parce qu'"adoré". Drôle d'investissement affectif que de s'éprendre de l'automne. Comme si on pouvait aimer le temps, cet assassin qui passe.

 

Note : je n'aime guère l'expression "investissement affectif". Mais ne soyons pas hypocrite. Cet utilitarisme est à la base de bien des inclinations, des chamades, des amouraches, d'où les déceptions et les faillites.

 

1b) En quoi le rythme du second vers est-il intéressant ?

 

Le vers "Tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies" compte quinze syllabes masculines (mise à part la féminine "roseraies"). Il se découpe ainsi :
"Tu mourras / quand l'ouragan / soufflera / dans les roseraies" (3 / 4 / 3 / 5).
Il évoque ainsi le souffle du vent et l'amplification de ses reprises.

 

1c) En quoi la musicalité des quatre premiers vers est-elle intéressante ?

 

Parce qu'elle est la plus ouverte des voyelles, l'assonance "a" semble dominer ("malade" ; "mourras" ; "ouragan" ; "soufflera" ; "aura"). Elle est appuyée par les assonances "o", "ou", "an", "ai/é". La répartition de ces sonorités est soignée :
- "automne malade et adoré" (au / o / a / a / é / a / o / é)
- "tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies"
(ou / a / an / ou / a / an / ou / a / an / é / o / ai)
- "quand il aura neigé / dans les vergers"
(an / au / a / ei / é / an / é / e(r) / é).
L'appui consonnantique est assuré par l'allitération "r", et permet de varier la place de l'accent rythmique de façon à produire des effets sonores expressifs :
- "tu mourras / quand l'ouragan / soufflera" (a / an / an / a)
tout en évitant la monotonie des échos ; ainsi, la suite "ou / a / an" se répète dans le second vers mais les accents rythmiques ne suivent pas cette répartition ternaire :
- "tu mourras quand l'ouragan soufflera dans" ( "ou - a" / "an - ou - a -an" / "ou - a" / "an -...)
Enfin, la rime "neigé / vergers" est remarquable en ce qu'elle évacue soudainement le souffle du vent pour le calme de la neige à venir.

 

2.
"Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs"
(Automne malade, vers 5-7)

 

Que pensez-vous de l'expression "pauvre automne" ?

 

Le narrateur affective la relation entre la conscience et l'automne. C'est là un motif traditionnel du romantisme. Cependant, l'épithète "pauvre" témoigne d'une certaine sobriété. Elle permet aussi d'introduire une opposition entre la pauvreté du sort de l'automne (qui ne peut que mourir et céder la place à l'hiver) et la richesse de ses manifestations (premières neiges, "fruits mûrs").

 

3)
"Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n'ont jamais aimé"
(Automne malade, vers 8-11)

 

Comment se manifeste ici le cadre spatio-temporel de la rêverie poétique ?

 

Le paysage est composé d'un fond de ciel et de la présence  myhologique de nymphes, d'ondines, de nixes, lesquelles, dans le floklore germanique, sont apparentées à des sirènes (cf "les nixes nicettes aux cheveux verts"). Le temps est celui du présent du vol des "éperviers", lesquels semblent constituer une sorte de présence prédatrice, familière, et planant sur l'indifférence (elles "n'ont jamais aimé") des nixes, ce qui est regrettable, d'autant qu'elles sont qualifiées ici de "nicettes", c'est-à-dire de "mignonnes", d'agréables à regarder.

 

4)
"Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé"
(Automne malade, vers 12-13)

 

Quelle est la valeur de la notation "Les cerfs ont bramé" ?

Le brame des cerfs marque la saison de leurs amours. En autonme donc. Le passé composé marque ici que cette saison a commencé. Cette notation fonctionne comme un signal qui ponctue, sans l'interrompre, la rêverie du narrateur.

 

5)
"Et que j'aime ô saison que j'aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu'on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille"
(Automne malade, vers 14-17)

 

A quoi sont comparées les feuilles des arbres ?

Les feuilles des arbres sont comparées à des "larmes". Ce quatrain est composé dans un style néo-classique :
- alternance d'alexandrins et d'octosyllabes
- rimes croisées.
Pas d'énigme ici. Le narrateur exprime simplement la mélancolie que l'on peut éprouver à la vue d'un paysage d'automne, la chute des fruits et des feuilles soulignant l'inéluctabilité du passage du temps.

 

6)
"Les feuilles
Qu'on foule
Un train
Qui roule
La vie
S'écoule"
(Automne malade, vers 18-23)

 

En quoi les six derniers vers sont-ils remarquables ?

Aux alexandrins et octosyllabes des quatres vers précédents succède un rythme binaire marqué par la rime "-oule". La mention du "train" élargit le cadre spatio-temporel romantico-légendaire à une modernité familière. Il s'agit ici de banales notations. En elles-mêmes, elles pourraient passer au mieux pour un haïku, au pire, pour des vers de mirliton. Ce qui les justifie et les rend même remarquables, c'est qu'elles concluent le poème par une accélération du rythme et marquent la fin de la rêverie par un retour à la réalité, à l'évidente présence de ce qui, objectivement, se manifeste à nous.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 août 2013

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 09:34

AVANT DE N'ÊTRE PLUS DU TOUT
En baguenaudant dans le recueil "Alcools" d'Apollinaire, en songeant que le cosmos est un compotier rempli de fruits rares, parfois uniques sans doute, à l'usage des dieux fructivores.

1.
"avoir long collier de sommeils affreux" (Réponse des Cosaques zaporogues au Sultan de Constantinople, "Poisson pourri de Salonique / Long collier des sommeils affreux") : C'est au cou de la diachronie que ça se passe, corps allongé avec ses pleins et ses déliés, ses fauves et ses moites, ses ombres et clartés.

2.
"avoir un sphinx pour père et pour mère une nuit" (Le Larron, "Maraudeur étranger malhabile et malade / Ton père fut un sphinx et ta mère une nuit") : C'est qu'ça doit être chouette les dimanches en famille, avec un daron qui n'dit rien mais n'en pense pas moins et une daronne qu'on voit plus dans les ombres.

3.
"éloigner les ossements du brasier" (Je flambe dans le brasier..., "Les membres des intercis flambent auprès de moi / Eloignez du brasier les ossements" ) : Pour sûr, si vous avez des ossements avec de la chair autour, vaut mieux vous éloigner du brasier. Quant aux intercis, ce sont corps dépecés des martyrs.

4.
"boire à pleins verres les étoiles" (Mes amis m'ont enfin...): Plus dormir que picoler, vu cette précision : "Je buvais à pleins verres les étoiles / Un ange a exterminé pendant que je dormais / Les agneaux les pasteurs des tristes bergeries". Remarquez qu'en général on cuve en dormant.

5.
"avoir les désirs qui s'en vont tous à la queue leu leu" (L'Ermite, "Cité j'ai ri de tes palais tels que des truffes / Blanches au sol fouillé de clairières bleues / Or mes désirs s'en vont tous à la queue leu leu"): et même à la queue basse leu leu. L'expression "à la queue leu leu" est une des plus originales de la langue française qui associe l'assonance, le rythme et l'image des loups (un leu, c'est un loup) se suivant l'un derrière l'autre. Une vraie illustration du génie de la langue. Deux images mentales à mon esprit : une série de silhouettes noires découpées, et aussi les bêtes se suivant dans la neige dans l'ailleurs des grands nords.

6.
"Quand la femme du diable a battu son amant" (L'Emigrant de Landor Road) : c'est qu'il pleut donc... qu'il tombe des larmes de pauvre...

7.
"Quand les heures tombaient parfois comme les feuilles" (Vendémiaire) : Je me demande si on peut les ramasser à les pelle, ces heures mortes là. Voilà qui fait violon, lent tourbillon des mélancolies à valses tristes.

8.
"ne plus savoir où se mettre" (Les Cloches, "Je ne saurai plus où me mettre / Tu seras loin Je pleurerai / J'en mourrai peut-être") : C'est alors que l'ici est malaisant, et qu'il vaudrait mieux être ailleurs. Mais c'est une caractéristique de l'humain qu'il persiste à rester là où il ne sait plus où se mettre et à traîner son malaise comme on traîne un rhume.

9.
"Mes amis m'ont enfin avoué leur mépris" : C'est que "L'enfer, c'est les autres" ; autrement dit, eux = mes c....... au carré.

10.
"A sa pauvre Anne aller rêvant" (Cors de chasse, "Et Thomas de Quincey buvant / L'opium poison doux et chaste / A sa pauvre Anne allait rêvant / Passons passons puisque tout passe / Je me retournerai souvent") : Cette strophe, quelle musique ! Echos rythmiques ("Et Thomas / A sa pauvre"), allitérations, assonances ("Passons passons puisque tout passe") et cette rime qui donne dans le vent, où tout finit par passer, Quincey, Anne qui par jeu me jeta de la neige, les poisons et les rêves, les regrets aussi, qu'on a qui font que l'on se retourne souvent pour contempler ce qui n'est plus que différemment avant de n'être plus du tout.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 octobre 2012

 

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 04:39

ET MÊME DU C'EST PAS SI MAL
cf Alcools de Guillaume Apollinaire

1.
"avoir le coeur qui bat très fort à sa parole" (Salomé, "Mon coeur battait très fort à sa parole / Quand je dansais dans le fenouil") : Être amoureux. Et ici, être amoureuse puisqu'il s'agit de Salomé qui en pince et danse pour Jean-Baptiste, lequel finira tête séparée de son corps. Le fenouil m'amuse, qui paraît un peu surprenant. Peut-être pas. Je sais pas. En tout cas, on peut imaginer itou que l'on s'effeuille dans le fenouil, que l'on se papouille dans le fenouil. C'est marrant.

2.
"grincer en se heurtant" (Le vent nocturne, "Oh! les cimes des pins grincent en se heurtant") : A causer, des fois, on finit par grincer, des dents par exemple, et pis même par se heurter. Et plus y a d'jacteurs, plus ça risque bien de grincer, d'se heurter, voire d'se fritter.

3.
"avoir le courage de regarder en arrière" : (p.117) C'est qu'on a peut-être des yeux derrière la tête, remarquez qu'on peut y avoir aussi, derrière la tête, des idées. Ici, c'est pour "regarder les cadavres de ses jours". Peut se dire d'un assassin. Ou d'un buveur car un "cadavre", en français familier, c'est une bouteille vide, laquelle peut venir de derrière les fagots et a servi à s'en jeter un derrière la cravate.

4.
"Mon coeur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là" (La Lorelei) : Ce qui est tout de même bien bizarre. S'il n'est plus là, son coeur, comment ça s'fait-y qu'il lui fait mal alors ? C'est tout le souci du rapport entre l'être présent et l'être absent. La présence oblige, tintouine, mais donne du sens ; l'absence libère, mais ennuie, vide les heures, renvoie le temps à sa mortifère lourdeur. C'est lors que l'on dit que le temps nous dure, cependant que, quand l'autre est là, on n'a plus le temps de rien.

5.
"circuler dans son propre cadavre" ( expression que j'entends dans le film, - un navetoïde de la fin des années 70 - "La grande nuit de Saint-Germain-des-Prés", d'après Léo Malet, avec Michel Galabru dans le rôle de Nestor Burma) : c'est un poète dans le genre post-surréaliste, interprété par Daniel Auteuil, qu'ça dit comme quoi les gens circuleraient des fois dans leur propre cadavre. Ah bah, c'est pas si faux (comme dit la camarde) et c'est pas si vrai (comme dit le sceptique), c'est donc du c'est pas si, et même du c'est pas si mal.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 octobre 2012

 

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