Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 13:41

ET LES SINGES SE MOQUERONT DE L'HOMME

 

« Je sens que je puis n'avoir point été, car le moi consiste dans ma pensée ; donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère eût été tuée avant que je n'eusse été animé ; donc je ne suis pas un être nécessaire. Je ne suis pas aussi éternel, ni infini ; mais je vois bien qu'il y a dans la nature un être nécessaire, éternel et infini. »

(Pascal, « Pensées »)

 

1.

Comme Pascal l'écrivit, « je sens que je puis n'avoir point été », et il n'est pas douteux que je ne me sens pas ailleurs que dans ce monde.

 

2.

Je ne me sens pas ailleurs que dans ce monde, et pourtant se pourrait-il qu'indépendant de moi, un autre moi errât dans quelque autre monde ?

 

3.

Bien entendu, cela n'a aucune importance pour ma position hic et nunc et je n'ai pas plus d'influence sur cet autre moi que sur mon fantôme.

 

4.

Car c'est peut-être une illusion que de croire que notre fantôme nous succède alors que, si ça se trouve, il nous est simultané.

 

5.

J'imagine assez que tandis que je persiste à exister, mon fantôme va se promener dans des lieux où je ne vais jamais. Du coup, mon fantôme et moi, nous ne nous fréquentons guère.

 

A vrai dire, mon fantôme et moi, nous ne nous voyons qu'aux enterrements. Ah, nous nous faisons discrets !

 

6.

« car le moi consiste dans ma pensée » écrit Pascal, que donc je trimbale dans ma caboche un drôle de roi ma pomme et sa spectrale cour.

 

7.

Un drôle de roi dis-je, ou plutôt un prince, un éternel prétendant à un trône qui, afin qu'il ne sombre dans la folie, lui échappe toujours.

 

8.

Disons-le tout net, ce moi dans ma pensée, c'est ma langue qui le tisse, une sorte de moi français dans une tête pleine d'araignées.

 

9.

De ce moi dans ma pensée, je tire une foule d'objets, de mondes et de demeures d'où, en fin de compte, un assassin finit toujours par sortir.

 

10.

« donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère eût été tuée avant que je n'eusse été animé »

(Pascal, « Pensées »)

 

« donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère », qu'alors nous sommes fils et filles de Chronos, lequel nous empile en tas d'os ornés de chair.

 

11.

« si ma mère eût été tuée », il ne serait point de mon fantôme dans ce monde et je me demande si alors je n'aurais pas pensé cela ailleurs.

 

12.

Car mourons-nous qu'un autre moi continue peut-être à spéculer sur notre existence dans quelque univers parallèle.

 

13.

Si ça se trouve, les fantômes nous prennent comme nous prenons un train et nous ne serions jamais que des moyens de transport.

 

14.

De ce que nous aurions très bien pu ne pas exister, Pascal déduit qu'aucun de nous n'est un « être nécessaire ».

 

15.

De cette non-nécessité d'nous, la conscience, qui ne supporte pas de se sentir en trop, a tiré la nécessité des autres mondes et des dieux.

 

Tous ces enfants du siècle qui ne trouvent plus leur place en ce monde, un dieu qui n'existe pas en fait des assassins en son nom.

 

Ce dieu de colère, il n'est qu'une marionnette aux mains d'humains assez puissants pour acheter des âmes, des armes et du temps.

 

16.

Du reste, pas plus nécessaire qu'éternelle et infinie, il faudra donc bien qu'un jour l'espèce humaine cède la place aux insectes.

 

Bah, nous aurons volé si près de la solaire lucidité que nous chuterons, les ailes cramées. Et les singes alors se moqueront de l'Homme.

 

17.

Après Pascal, il avait de drôles de bons yeux qui voyaient « qu'il y a dans la nature un être nécessaire, éternel et infini. »

 

18.

Quelle serait la nature de cet « être nécessaire, éternel et infini » ? Somme de tous les possibles, universel dé maître de tous les hasards.

 

19.

Le hasard, c'est jamais qu'une chronologie des possibles, ça, le hasard.

 

20.

S'il y a un dieu, ce ne peut-être que le temps, qui passe sans passer, partout le même et partout différent.

 

Remarquez que le temps n'est rien sans la langue pour le faire passer.

 

Je me demande s'il y a des langues sans dieu, des langues qui se promènent librement, des langues qui sont à elles-mêmes leur bonne nouvelle.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 4 septembre 2016.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LE GRAND BLAISE
commenter cet article
10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 15:55

COMME S'EMIETTE LE BISCUIT

1.
Des fois j'aime bien en écrire des de douze
Le ciel lâcha des éclairs la meute grondante.

2.
"L'imagination grossit les petits objets jusqu'à en remplir notre âme, par une estimation fantastique"
(Pascal, "Misère de l'Homme sans Dieu")

3.
L'œil émiette le réel en une infinité de détails dont il est visible que les autres font partie.

4.
Nous fourrons dans notre âme un milliard de choses que, fort heureusement, notre tête révoque consciencieusement.

5.
Notre âme, cette broyeuse, cette trieuse de petits riens qui constituent les différences d'un bipède l'autre.

6.
Nous sommes au réel comme à un théâtre lointain, dont les répliques ne nous parviennent que par bribes et lambeaux.

7.
"Dieu ne doit que selon ses promesses" écrit Pascal. C'est dire qu'il se fiche bien des nôtres.

8.
Pascal définit Dieu ainsi: "C'est un point se mouvant partout d'une vitesse infinie; car il est en tous lieux et est tout entier en chaque endroit."
Autrement dit, Dieu est incalculable.

9.
"Vanité, jeu, chasse, visite, comédies, fausse perpétuité de nom."
(Pascal, "Misère de l'Homme sans Dieu")

10.
Nous avons des sosies à la chasse, en visite, à la comédie, en ville; nous avons des sosies qui ne se prennent même pas pour nous.

11.
"La pluralité est la meilleure voie, parce qu'elle est visible, et qu'elle a la force pour se faire obéir"
(Pascal)

12.
Soyons plusieurs; ça nous distraira de notre irréductible solitude.

13.
Plusieurs crève toujours cependant que Seul subsiste.

14.
"Je suis légion" et "Mon nom est personne" sont les deux faces d'une même pièce avec laquelle nous payons le passage du fleuve.

15.
"Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon coeur" dit l'Hippolyte de Racine. Certes, mais le fond de l'air est frais.

16.
J'admire ce paradoxe pascalien: "Il est donc vrai de dire que tout le monde est dans l'illusion", ce qui fait que ce "il est donc vrai" n'est que mirage.

17.
Les gens tant jacassent et s'agitent tant qu'on dirait qu'ils veulent faire fuir leur être.

18.
"Nous avons attendu la justice, et elle ne vient point".
(Isaïe cité par Pascal, "Les Prophéties")

19.
Quand elle viendra, elle sera foudre.
Quand elle viendra, elle sera glaive.
Quand elle viendra, elle sera féconde
Ah ça on rigolera pas.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 décembre 2014

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LE GRAND BLAISE
commenter cet article
31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 11:43

JOUER

"Il faut qu'il s'y échauffe et qu'il se pipe lui-même, en s'imaginant qu'il serait heureux de gagner ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui donnât à condition de ne point jouer, afin qu'il se forme un sujet de passion, et qu'il excite sur cela son désir, sa colère, sa crainte, pour l'objet qu'il s'est formé, comme les enfants qui s'effrayent du visage qu'ils ont barbouillé."
(Pascal, Pensées, Léon Brunschicg 139)

1.
S'il nous était possible de maîtriser entiérement toutes les règles, sans doute l'envie de jouer nous passerait-elle.

2.
Nous jouons des jeux autant que nous jouons à des jeux. C'est ainsi que nous agissons directement sur nous-mêmes autant qu'indirectement. Les jeux que et auxquels jouent les autres contribuent ou combattent nos propres règles. Que l'on ne s'y trompe pas ; ce que nous mettons sur le tapis, c'est notre peau.

3.
Le manipulateur est celui qui comprend et utilise les règles du jeu de l'autre afin d'en retirer plaisir et profit. L'intuitif, au contraire, ne comprend pas toutes les règles du jeu de l'autre et se fie surtout à l'intelligence de son propre jeu. Aussi le premier est-il souvent vainqueur cependant que le second finit parfois par aller jusqu'à tout risquer. Si, en fin de compte, il finit par gagner, l'intuitif devient légendaire. Quand l'intuitif consent à manipuler, sa puissance est alors extraordinaire : C'est Napoléon à Austerlitz. je ne doute pas un instant du caractère essentiellement intuitif de Bonaparte. C'est en alliant intuition et manipulation que ce petit bonhomme est devenu l'un des maîtres du monde de son temps. Ce sont les résultats surprenants de ses intuitions qui, encore aujourd'hui, tissent sa légende cependant que ses manipulations jettent de larges taches d'ombre sur son long manteau.

4.
Ce que Pascal souligne, c'est la puissance de l'imaginaire qui fait de nous des rois en puissance, des misérables qui s'échauffent et se pipent eux-mêmes en s'imaginant qu'on serait heureux de gagner ce qu'on ne voudrait pas qu'on nous donnât à condition de ne point nous risquer dans ce jeu des sentiments, des affections et des passions qui font de notre existence une suite d'agitations, de pseudo-nécessités et de priorités illusoires. C'est ainsi qu'il faut comprendre cette étrange chose de voir des gens de talent gâcher leur vie en passions néfastes. Leur talent ne peut pas toujours suffire à combler un manque qu'ils ont souvent du mal eux-mêmes à définir. C'est qu'un livre n'est pas un corps ; une guitare n'est pas une présence ; une toile n'est pas une famille.

5.
Je suppose qu'il y a des êtres qui ne jouent avec talent que dans une solitude qu'ils ont cependant du mal à supporter. Des perdants magnifiques, voilà ce que souvent nous sommes.

6.
Nous jouons à des jeux dont nous ne connaissons pas toutes les règles. C'est le propre des humains d'exercer leur esprit à la compréhension de règles infiniment complexes. L'enfant au tric-trac reste cependant le roi d'une royauté auquel nous ne pouvons accéder.

7.
Dans les histoires de vampires sentimentaux qui plaisent tant aux jeunes gens d'aujourd'hui, l'amour n'est pas plus fort que la mort, il est plus fort que l'immortalité.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 31 mai 2012

 

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LE GRAND BLAISE
commenter cet article
30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 05:21

UN GRAND SEIGNEUR EN PUISSANCE
(Notes sur les Pensées de Pascal, numérotation : Léon Brunschicg).

1.
"L'Ecclésiaste montre que l'homme sans Dieu est dans l'ignorance de tout, et dans un malheur inévitable. Car c'est être malheureux que de vouloir et ne pouvoir. Or il veut être heureux, et assuré de quelque vérité ; et cependant il ne peut ni savoir, ni de désirer point de savoir. Il ne peut même douter."
(Pascal, Pensées, 389)
Ce dont il ne peut douter, c'est qu'il ne peut savoir et que dans le même temps, il ne peut pas ne pas désirer savoir. Il est voué à la tentative, et sa tentative est vouée à l'échec. L'humain, selon un titre fameux, est un "perdant magnifique". Pour mesurer l'étendue de son échec, il s'est même représenté les deux omnisciences possibles : celle du Mal ; celle du Bien. Ce faisant, à défaut de tout savoir, il s'est créé une perfection possible, celle de la morale.

2.
Un point-virgule sépare le Bien du Mal. Leur différence est trop radicale pour être réprésentée par une simple virgule, et cependant leurs rapports sont si ambigus qu'un point me paraît trop étanche.

3.
"Ce n'est pas une chose rare qu'il faille reprendre le monde de trop de docilité. C'est un vice naturel comme l'incrédulité et aussi pernicieux : superstition."
(Pascal, Pensées, 254)
La Seconde Guerre Mondiale a montré à quel point les humains pouvaient être obéissants et consentir ainsi à commettre des atrocités dont on ne les aurait pas cru capables. La raison de cette obéissance est dans une foi aveugle en la hiérarchie. Exiger d'un fonctionnaire qu'il fût loyal envers une institution en ne la critiquant pas, c'est déjà avancer en direction de cette foi aveugle : on ne peut être loyal qu'envers un individu, jamais envers une institution qui, par définition, porte en elle tous les abus.

4.
Je ne sais plus qui était ce ministre de l'Education Nationale qui avait proposé que les enseignants (c'est-à-dire la "base" de l'institution éducative) puissent renseigner leur hiérarchie sur les innovations pédagogiques qu'ils estimaient intéressantes. C'était là un bon moyen de contourner la sacro-sainte "loyauté" envers l'institution puisque toute idée est implicitement une critique d'autres idées qui lui sont contraires. Je suis persuadé que cette idée-là, celle du ministre, n'a pas dû plaire à tout le monde, à commencer par ceux-là qui ont pour fonction de propager la bonne parole, si versatile fût-elle.

5.
"Toutes ces misères-là mêmes prouvent sa grandeur. Ce sont misères de grand seigneur, misères d'un roi dépossédé."
(Pascal, Pensées, 398)
En ce qu'il pourrait s'illustrer dans tant de domaines, l'individu est certes un "grand seigneur" en puissance. Qu'il se limite lui-même par paresse, goût de l'ignorance, ou parce que les autres l'encombrent de pseudo-nécessités, de scrupules et de vérités qui n'en sont pas, et voilà ce roi du monde dépossédé.

6.
Si l'écrivain ne cède point trop au cynisme, qui n'est souvent pour lui qu'une manière de ne pas se laisser avoir par la malignité bienveillante, tous ses efforts doivent tendre à rendre à l'humain la possession de son royaume. Loués soient les vulgarisateurs et les poètes !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 mai 2012

 

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LE GRAND BLAISE
commenter cet article
25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 14:59

DONC JE NE SUIS PAS UN ÊTRE NECESSAIRE

1.
"L'homme ne sait à quel rang se mettre. Il est visiblement égaré, et tombé de son vrai lieu sans le pouvoir retrouver. Il le cherche partout avec inquiétude et sans succès dans des ténèbres impénétrables."
(Pascal, Pensées, Brunschicg 427)

Voilà, comme dirait l'autre, qui interroge la psychanalyse.
Sans rire, ça traite tout de même du vrai lieu de l'humain, qu'il cherche à retrouver et qui toujours lui échappe jusqu'au grand fatal d'être dedans.

2.
Le suicide est une géodésie. Le contraire du hâte-toi lentement que j'aime tant.

3.
"Notre âme est jetée dans le corps..."
(Pascal, Pensées, Brunschicg 233)
Abracadabra, et voilà que grâce à ce je ne sais quoi, ce presque rien de ce qui aurait pu ne pas être, c'est-à-dire dont je n'aurais jamais pu avoir conscience, l'humain s'agite, cogite et fait la cuisine.

4.
"... donc je ne suis pas un être nécessaire."
(Pascal, Pensées, Brunschicg 469)
Ce qui indique que la logique est plus nécessaire que ma seule existence.
Conséquence des circonstances hasardeuses, je ne suis pas plus nécessaire qu'un autre cependant que je ne cesse de prendre sens dans la diachronie humaine.
Dieu est une synchronie que seule la diachronie rend légitime. L'illumination ne suffit pas.

5.
J'aime à penser que Pascal a composé ses pensées pour se distraire des probabilités.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 mars 2012

 

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LE GRAND BLAISE
commenter cet article
25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 14:06

INCOMPREHENSIBLE QUE CELA SOIT ET QUE CELA SOIT PAS

1.
"Incompréhensible que Dieu soit, et incompréhensible qu'il ne soit pas..." (Pascal, Pensées, Brunschicg 230)
Voué au paradoxe, le cogitatif, à franchir un pont de singes d'un incompréhensible l'autre.

2.
Un festival de l'aphorisme serait risqué. Il ne faudrait sans doute pas plus d'une demi-journée pour que les participants s'entr'égorgeassent, outrés des ironies, piqués des traits, indignés des lucidités. Un festival du roman policier est plus serein : après tout, dans la Série Noire, les victimes, ce sont les autres.

3.
"Jésus-Christ est venu aveugler ceux qui voyaient clair, et donner la vue aux aveugles ; guérir les malades, et laisser mourir les sains ; appeler à la pénitence et justifier les pécheurs, et laisser les justes dans leurs péchés ; remplir les indigents, et laisser les riches vides."
(Pascal, Pensées, Brunschicg 771)
Evidemment, vu comme ça, on peut dire qu'il en a mis du désordre, le Jésus, on peut même dire que c'est un fichu flanqueur de foin.

4.
"C'est un point se mouvant partout d'une vitesse infinie..."
(Pascal , Pensées, Brunschicg 231)
Prescience on dirait, de ce que le bruit du monde appelle "particule de Dieu", ce fameux bozon de Higges dont on dit tant.

5.
"... entre les actions vertueuses"
(Pascal, Pensées, Brunschicg 294)
Je navigue entre les actions vertueuses et me déçoit. Plus j'avance et moins je m'apprécie. Ce n'est pas que je n'ai pas eu assez de chance, c'est que ma chance, a fait rien qu'à tomber en cendres, comme si j'étais à moi-même ce dragon qui dévaste.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 mars 2012

 

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LE GRAND BLAISE
commenter cet article
25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 10:54

L'HUMAIN DANS L'ENIGME

1.
"Omnis creatura subjecta est vanitati." [Ecc., III, 19 : Toute créature est asservie à la vanité").
(Pascal, Pensées, Brunschicg 338)
Autrement dit, ce n'est pas Fortuna qui mène le monde, mais la vanité.

2.
Ce qui reste lorsque le masque est tombé, l'organique, la barbarie, la machine rien.

3.
Les chiens et les chats ne sont pas seulement des machines biologiques mais des individus. Certes, je conviens que leur comportement les singularise. Allons, encore un effort et l'on en viendra à penser que tel individu matou, tel individu toutou, est plus intéressant que ce pauvre type de X que nous ne pouvons supporter.

4.
Ange Pitou devrait être le saint patron des aphoristes, lui que ses attaques contre la monarchie envoyèrent en prison, et qui, libéré par la Révolution, à l'occasion d'un banquet donné en son honneur, se moqua si furieusement de la furie rouge qu'il ne dut son salut, dit-on, qu'à la fuite par une fenêtre. Ceci dit, il apparaît que cette histoire est fausse et qu'Ange Pitou fut surtout un agent royaliste. C'est bien ce que je dis : en saint patron des aphoristes, il serait très bien, c't'homme-là.

5.
La clé de l'énigme du Sphinx, c'est l'humain lui-même. Autrement dit, le Shinx interroge l'humain sur ce qu'il est, un être voué au temps. Si l'humain ne reconnaît pas l'humanité dans l'énigme, il est dévoré.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 mars 2012

 

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LE GRAND BLAISE
commenter cet article
25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 09:43

APRES TOUT JE ME VAUX BIEN

1.
"... les autres qui vivent sans le chercher ni l'avoir trouvé." (Pascal, Pensées, Brunschicg 257)
Passer sa vie sans chercher ni trouver ce que beaucoup cherchent et ne trouvent que médiocrement indique une liberté d'esprit certaine aussi bien qu'une grande inconscience.

2.
"... des marques divines en moi..."
(Pascal, Pensées, Brunschicg 430)
Certains pensent-ils que Dieu leur a tatoué l'âme, marqué l'envers de leur peau, placé son signe entre les os ?

3.
"Sede a dextris meis, [assieds-toi à ma droite] cela est faux littéralement ; donc cela est vrai spirituellement."
(Pascal, Pensées, Brunschicg 687)
Nos esprits sont nourris d'erreurs aussi bien que de vérités. Du reste, pour les ambigus grotesques qui agitent nos inconscients, vérités et erreurs sont interchangeables. Caboche vaudeville qu'on est.

4.
Un amoureux désargenté, quel embarras ! Un riche impuissant, quel gâchis !

5.
Je ne veux pas mourir ni pour une poignée de syllabes, ni pour une poignée d'organes. C'est trop con. Après tout, je me vaux bien.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 mars 2012

 

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LE GRAND BLAISE
commenter cet article
25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 08:03

UNUS QUISQUE SIBI DEUM FINGIT

"Unus quisque sibi Deum fingit.
Le dégoût."
(Pascal, Pensées, édition Brunschicg 258)

1.
Note de bas de page: "Chacun se fabrique un Dieu".

2.
A chacun son dieu, comme à chacun son dû peut-être. Les humains, on dirait bien qu'ils ont besoin de leur dieu quotidien comme d'un ordre du jour, comme d'une liste des priorités. L'individu se forge sa propre transcendance. Le réel grouille de transcendances contradictoires, singulières, spécifiques, spécialisées. Nous spécialisons nos dieux. Reste de polythéisme ? Le Dieu des politiques est-il le même que le Dieu des sans domicile fixe ?

3.
L'humain, une fabrique du divin. Une forge de foudres. Une orfévrerie de cas de conscience. Du méticuleux dans l'éthique, l'humain. Du foudroyant aussi. Du barbare païen.

4.
Projection de nos affects, de nos peurs. Justification de nos malheurs. Tête de turc métaphysique. Bouc émissaire de nos horreurs. Nous nous moquons de Dieu pour ne pas voir le réel en face. Le diable humain à l'oeuvre. Qui peut croire ce monde marqué par la grâce ?

5.
Dégoût donc des idoles qu'on bricole pour se donner du sens. Dégoût des accommodements avec le divin. Dégoût de la combine métaphysique. De l'escroquerie du céleste utilitaire. Dégoût du Dieu qu'on se met dans la poche, du Dieu vademecum. Dégoût du Dieu du poseur de bombes, du massacreur, de l'assassin, des croisades. Réussite des malins : substituer à l'angoisse liée à la rareté naturelle l'idôlatrie d'un dieu vengeur. Remplacer la lucidité de l'analyse par la foi aveugle.

6.
Intelligence de Pascal qui n'en dit pas plus. Le mot "dégoût", un crachat.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 mars 2012

 

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LE GRAND BLAISE
commenter cet article
24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 18:22

L'HOMME PASSE INFINIMENT L'HOMME

1.
"... apprenez que l'homme passe infiniment l'homme" (Pascal, Pensées, Edition Brunschicg 434)

Apprendre. Employer le verbe pour saisir le réel. Comprendre ce qui ne va pas de soi. "L'homme passe infiniment l'homme". Infiniment un avenir, l'homme. L'humanité est le but de l'humanité. Elle est sa propre transcendance. La nature n'a pas de but. Pascal, dans cette même page : "taisez-vous, nature imbécile".

2.
L'humain va vers l'outre, toujours. Outre pleine de vin, de Dieu, ou de mélancolie, il se dépasse, l'humain ; il se déquilibre et danse au-dessus du vide avec une virtuosité dont les singes ne le croient pas capable.

3.
"... et si l'homme n'avait jamais été que corrompu, il n'aurait aucune idée ni de la vérité ni de la béatitude." (Pascal, Pensées, Edition Brunschicg 434)
Pas que cette boue l'humain. Pas que le pain et les jeux, ni pure complaisance, ni obéissance aveugle. Le tyran qui a quelque raison le sait bien, qui fait attention à ne jamais laisser l'amour de la vérité l'emporter sur la raison d'Etat. En bonne philosophie du droit, il ne peut y avoir de loi réellement démocratique qui ne puisse être d'une manière ou d'une autre sujette à jurisprudence.

4.
J'admire ces professeurs de philosophie qui enseignent la nécessité du sacrifice de sa vie, non seulement pour autrui (la belle affaire !) mais aussi pour une idée, et qui, très philosophiquement, baissent la tête devant leur inspecteur d'académie.

5.
Dire que l'humain n'est pas absolument négatif, ça ne fait pas assez philosophique. Il faut dire que l'humain n'est pas une pure négativité, ou encore qu'il n'est pas une négativité absolue, et d'ailleurs qu'il ne peut y avoir de négativité sans positivité, puisque la médiocrité se situe justement au point où s'annulent positif et négatif, de telle sorte que l'on finit par penser que les gens ne sont ni bons, ni mauvais, mais qu'ils sont simplement ignorants et maladroits. Quant à moi, mon ignorance et ma maladresse me pèsent singulièrement, surtout quand on me fait l'honneur de me présenter une belle personne, ce qui, à vrai dire, est de plus en plus rare.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 mars 2012

   

 

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LE GRAND BLAISE
commenter cet article

Recherche