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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 17:59

DERRIERE LA VITRE L'OMBRE DU MINOTAURE

1.
Tous les 2 décembre, je rêve d'Austerlitz, mon Austerlitz.

2.
Ce n'est pas en mangeant sa cervelle que l'on devient plus malin.

3.
Un temps viendra où, de sa robe de soie, la poupée mécanique du merveilleux fera jaillir un poignard.

4.
"High Horses", féerique à manège de chevaux de bois hanté; merveilleux album du groupe "The Residents".

5.
"Redonnez-leur ce qui n'est plus présent en eux..."
(René Char, "Redonnez-leur...")

6.
Rendre aux ombres ce qui s'est éteint, qui dans leur regard ne fait plus ni feu ni sens.

7.
"Ce qui n'est plus présent en eux", l'être même de toute présence.

8.
"du fond de mon âme" dit-on, comme si cet horizon sans points ni lignes, escalier sans marches, puits sans pelle, pouvait avoir quelque fond où prendre pied.

9.
"du fond de mon âme", voilà qui renvoie au funambule nouzigues, qui créons notre fil au fur et à mesure que nous interrogeons le vide.

10.
Pressentiment et soudaineté; le tonnerre précède et règle l'exécution de l'éclair; ainsi l'œil précède et règle l'apparition de l'être.

11.
"Soleil qui n'a que l'hiver pour devenir un astre"
(René Char, "Cur Secessisti")

12.
Le propre de l'être, n'avoir que l'hiver pour devenir un astre; pour être phénix, il faut savoir devenir cendre.

13.
Les prénoms, foule de phénix familiers qui jaillissent en fontaine de visages.

14.
Nous sommes à l'être ce que le soleil est à l'hiver; nous brûlons tout de même.

15.
"me considère comme le plus éloigné de mes sosies"
(René Char, "Envoûtement à la Renardière")

16.
Eloignés de nous-mêmes nos pommes, comme d'un pays natal que nous n'avons jamais connu.

17.
Nous laissons courir nos sosies invisibles; les fils cassés des songes nous y lient.

18.
L'encre, pieuvre visiteuse, les tentacules pleins de déchirures de réel dont nous nous faisons force et festin.

19.
Dans la syncope de l'éclair, le soudain de l'action, l'ombre du minotaure derrière la vitre.

20.
"Parfois, ce n'est pas l'arbre qui cache la forêt, mais le contraire..."
(Miss Marple dans une adaptation radiophonique par François Rivière de "La Plume empoisonnée", d'Agatha Christie)

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 décembre 2014.

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 00:53

CAMPAGNE PASSEE, RESTE L'HERBE DES SYLLABES.

1.
René Char, campagne passée, reste l'herbe des syllabes.
Reste l'herbe des syllabes et la chanson éparse.

2.
René Char, le "vol déviant" du "corbeau rameur sombre" au-dessus de la casquette du preneur de magies au mot.

3.
René Char, les "surfaces errantes" perdant leurs yeux dans les masques.

4.
René Char, "ce qui n'est plus présent en eux" et qui brûle çà et là au seuil des grands froids.

5.
René Char, faut-il encore se "plaire aux cendres" pour le plaisir d'avoir brûlé au coq incandescent nos nefs et nos fous ?

6.
"Ils chériront le vide de leur cœur jusqu'au désir suivant"
(René Char, "Redonnez-leur...")

7.
Des fois souvent nous le chérissons, ce vide que nous appelons "mon cœur".

8.
René Char savait, dit-on, "la carte du ciel et le nom des constellations" (un secret de l'Armurier...)

9.
René Char, "la nation écrêtée", coq déclinant sa tête tandis qu'on le mène au marché aux renards.

10.
René Char, "souvenir qui court le languir" d'une "jeune Romaine" que ne ceinture pas le temps.

11.
René Char, thorax des forêts et leurs lèvres trop fières s'émiettant dans le sable des mains.

12.
Les animaux ont-ils plus d'éclairs que d'étés ?

13.
René Char, l'alliance des "yeux" et du "nom", du regard et du signe, du renard qui sait son heure et du sable.

14.
René Char, ce vœu que la "clé" soit la "demeure" aux lèvres fières.

15.
René Char, "la terreur des trèfles" contre, lis-je, "la maléfique dame de Pique". D'invisibles tarots tiennent dans nos mains.

16.
René Char, "l'empuse", comprenez la mante religieuse, observée par les lignes pacifiques.

17.
René Char, ce qui se "noue" dans les "haines enthousiastes" et qu'on finit par quitter comme on quitte la cruauté d'une maîtresse.

18.
Dans le style de René Char, on n'écrit pas que l'on quitte une maîtresse cruelle, mais que l'on quitte la cruauté d'une maîtresse. Ce ne sont pas les êtres que l'on quitte, mais leur pour le mal.

19.
René Char, "le ciel aride" comme s'il ne pouvait jamais donner que de ces apparences que l'on appelle "dieux".

20.
René Char, "l'acheminement aux orages", le soleil qui éclate, fruit mûr se frottant à l'aimable épouvantail des couleurs, aux chanteurs dans les arbres, au bouffon sur la branche (il croit que son destin l'attend en bas).

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 novembre 2014.

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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 03:57

LISANT JEANNE QU'ON BRULA VERTE

1.
Jeanne d'Arc... la pluie de cendres de ses yeux.

2.
Jeanne d'Arc... "l'insurgée", la "mystique", la "jeune fille" avec laquelle on aurait "bataillé", écrit René Char, "bataillé"... peut-être...

3.
Jeanne d'Arc... Quelles ombres combattait-elle ? Quelles voix dans son être tournaient leurs têtes étranges ?

4.
Jeanne d'Arc... du "long et du vigoureux", "rectangle vertical" écrit René Char, le bras à l'épée, la porte, porte-étendard, porte-épée, porte-voix, par quelle porte, Jeanne, par quelle porte ?

5.
Jeanne d'Arc dans l'oeil de René Char : ni fesses, ni seins... "cantonnés", "battus" écrit-il... corps chevalier... visage blason... corps taillé pour.

6.
J'imagine que dans ces cent ans là, parfois, le Sphinx était en marche dans la nuit, et murmurait, et peut-être criait-il dans le lointain des campagnes de France, et peut-être appelait-il Jeanne Jeanne Jeanne.

7.
Jeanne d'Arc, "un vivant mystère humanisé" écrit René Char, la descendant de son cheval des cieux, de son épée énigme, pour l'adouber résistante.

8.
Jeanne la sainte, la peinte, la feinte, la sphinge, la suscitée des syllabes, la multiple des images.

9.
Jeanne d'Arc... l'arbre fragile, le désigné... foudre et racine... la voix et le fil... la brassée de bruissements... le requin et la mouette... l'arbre et son feu de foudre.

10.
Jeanne d'Arc... avais-tu tête dure comme corne de bélier... de cette corne qui enfonce les portes et ouvre les jours.

11.
Jeanne d'Arc... vertigineuse verdeur... la vierge qui rachète le sang versé... qui ancre la foi... fallait-il cela, fallait-il ce rite vieux comme la mort ?

12.
Jeanne d'Arc... la piété et la piétaille... pieds à troupeau, "à flancs de chevaux" écrit René Char, pieds à bouter, à cors, à cris, à feu, à sang, à cendres, à phénix, à baiser.

13.
Jeanne qui se leva à l'Est et se coucha à l'Ouest, et qui de sphinge devint phénix.

14.
Jeanne d'Arc par René Char... "traits de terre" dit-il... oh la peinte à batailles... à "verte terre", à "obstinée", à "sacrée", à "fade" de la nuit; la terre est bleue comme une sainte horreur.

15.
Jeanne aux chiens des autres.

16.
Jeanne, te pensais-tu os dans la gorge ? Que tu leur restais en travers ? Aile de poulet à la lippe.

17.
"Jeanne qu'on brûla verte" est le titre du poème de René Char, pour dire la vierge, la vivace et la forte autrefois.

18.
Jeanne... flamme, femme, flambeau, âme... tu es un lexique, Jeanne... un champ lexical pour ta chevauchée de légende.

19.
Jeanne d'Arc... "Terre peut-être toute bleue dans le regard horrifié" écrit René Char... Jeanne... la pluie de cendres de ses yeux.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 juin 2014

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 01:09

L'INVENTION DE NOUS AUTRES
Notes sur "Effacement du peuplier", de René Char.

 

1.
Sont tout "dégarnis" les arbres... adieu, feuillées... c'est l'ouragan qu'a passé par là, avec son nom de pseudonyme de capitaine de bande dessinée.

 

2
Fichtre, pour l'endormir "la foudre aux yeux tendres", comme dit René Char, faut une drôle de perlimpinpin...

 

3.
Tant qu'à "trembler dans le grand vent", voilà qui peut se faire, mais faut être un arbre pour. Un "peuplier" en l'occurrence.

 

4.
Et bien sûr qu'on va le laisser le "grand vent s'unir à la terre" où tu la pousses, ta peupliétude. Qui on est nous pour l'empêcher ?

 

5.
A mon avis, si tu crois que tu "l'endors", la foudre et ses amènes mirettes, c'est que tu as les probabilités pour toi que tu vas y échapper.

 

6.
"la terre où je crois" qu'tu dis; c'est vrai qu't'as qu'à croire, que c'est ta pomme feuillue qui l'empêche, la foudre, de te cendrier illico crack.

 

7.
"Affile", "son souffle", et même a file vite, l'ouragan; t'as raison, "vigie".

 

8.
Tout "trouble" partout... y a plus rien qu'on voit... beurré "leurre"... le paysage a l'oeil cogné... il se creuse en tourmentes... déprime...

 

9.
Là-dedans, allez retrouver la source claire des choses... tout grouillis gribouillis, bouillu ventu foutu... l'ouragan casse les bois dont on fait les bibliothèques.

 

10.
"Une clé sera ma demeure"
(René Char)

 

11.
Peuplier, tu prophétises, tu te pressens "clé"... dedans même... hantée la demeure... syllabilisé, volatilisé, "effacé par la foudre de l'inspiration" qu'il écrit Paul Veyne...

 

12.
"Avoir une clé pour demeure", en voilà une belle expression pour dire qu'en fin de compte on se résume dans sa vérité. Qu'on est tout bref dans le vrai... tout ouvert, sa porte...

 

13.
"Feinte d'un feu que le coeur certifie"
(René Char)

 

14.
Après, il y a une de ces merveilles, un vers, du pur jus de classique, ce vers, avec de l'allitération dont on fait les serpents, les flammes, les plumes à Phénix - je cite : "Feinte d'un feu que le coeur certifie", qu'il écrit, Char.

 

15.
"Feinte d'un feu que le coeur certifie", je sais pas vous ce que vous en pensez, mais c'est du Racine, non, ce vers - ce qui tombe bien d'ailleurs, pour un arbre -, qu'on le croirait tombé de Phèdre, c't'autre foudroyée, et qui sent son alexandrin à plein foudre :
"Je suis feinte d'un feu que le coeur certifie"... Je vois ça beau, classiques Larousse, Hachette, Inspection Académique... "feinte", pour sûr que tu es fiction, t'es rien que feinte, comme nous, rien que légende, mais tout d'même t'es vraie, et "feu" de la passion, tiens... même que nos coeurs en ont besoin de cette légende, de c'te musique là, de ce ternaire, de ce tragique certifié foudre, que ça en devient l'invention de nous autres, ta poésie.

 

16.
"Et l'air qui la tint dans ses serres."
(René Char)

 

17.
"Et l'air"... quel aigle çui-là... fatum rapace... hibou destin... quel attrape-racine... quel farfouille-poitrine... qu'il vous enserre dans ses "serres"... façon blason, je vois ça aussi... un aigle là-haut qui tient une clé, oh ! elle échappe... c'te clé à demeure de vous.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 mars 2014.

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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 17:47

AVEC UNE INDEFECTIBLE LOYAUTE
Notes sur le poème "Dire aux miens" de René Char, en utilisant des fois les notes en bas de page des Classiques Hachette (cf René Char, "La Sorgue et autres poèmes", présentés par Marie-Claude Char et Paul Veyne).

 

1.
A: - Remarquez ces vers incroyables de René Char :

 

"Avec un carré de ta peau je ranimerai des parachutes
capturerai ces libellules à torse de boucher qui désossent l'espace
".

 

B: - C'est vrai qu'ils étonnent... D'autant que leur sens n'est pas évident...

 

A: - C'est que nous ne pensons pas aux libellules en termes de "torses de boucher", et nous ne relions pas habituellement leur vol saccadé aux gestes du boucher quand il désosse la viande.

 

B: - Oui, c'est une idée de poète, et même de poète surréaliste, ou de chercheur d'autres promesses.

 

2.
A: - J'aime bien de René Char ce "Tes os grondent", qui suppose que le grondement est structurel... Peut-être que l'être n'est pas autre chose que le grondement des os de Dieu.

 

B: Ou du Diable...

 

A: Ou des deux... L'être étant grondant de tous côtés, grondant du Diable comme du Bon Dieu...

 

3.
A: Tout de même, des fois, il pousse la charrue, les boeufs et toute la noce un peu loin dans le fossé, le poète. Que pensez-vous de ceci ? - je cite :

 

"l'éparpillement des scories du langage sur le point de s'unir au sperme de l'image" ?

 

B: - C'est certes un peu raide.

 

A: - C'est dépréciatif surtout, ces "scories du langage" et ce "sperme de l'image" qui iraient se marier je n'sais où... ici, sans doute, parmi nous, en noces obscènes... pornographie sociétale... spectacle et bagatelles... politique...

 

B: - En tout cas, ça nous change des lyriques ridicules et des images attendues.

 

4.
A: - Remarquez aussi, qu'en poésie, les mots désignent plus de choses que dans leur emploi ordinaire... Ainsi, ce vers :

 

"Malgré l'intimité multiforme du néant",

 

eh bien, normalement, le néant, c'est le néant, le nib, le nada, le rien, le que couic, et donc, son "intimité multiforme", au néant, ça s'rait bien un peu n'importe quoi.

 

B: - Sauf si l'on considère que le "néant" désigne ici la peur du néant, puisque, n'est-ce pas, le néant, comme la mort, c'est surtout du vide, de la négation, de l'absence. Ce qui lui donne de la consistance, au néant, c'est l'angoisse qu'il suscite dans nos bocaux à concepts. Et on a tout de même un peu de mal à vivre tout le temps avec cette idée pourtant commune, c'est qu'un jour, on ne sera plus du tout et qu'il n'y a rien à faire.

 

A: - Eh oui, nous ne serons plus du tout, et il faudra faire avec.

 

B: - Mais la peur du néant, partout diffuse qu'elle est, insinuante, masquée par nos rires et nos grimaces. Elle est derrière les murs, les portes; elle flanque sa tête de cheval pâle à la fenêtre; elle est dans le visage des gens, - voyez cette fatigue dans les rides qui sillonnent le contour des yeux, ce je ne sais quoi de saurien dans les paupières, de reptilien dans la froideur de l'oeil quand il ne se croit plus regardé. Le néant, c'est notre intime. Objectif, impartial, il ne fait aucune distinction entre nous, et nous promet le rien avec une indéfectible loyauté.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 mars 2014

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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 00:52

AU VOL DE L'ANGE DANS SA CHUTE

 

1.
Tiré de René Char :"Tellement j'ai faim"; "que le mal demeure sans relève"; "scrupuleuse solitude" (cf "Vivre avec de tels hommes").

 

2.
"Tellement j'ai faim"... sans déconner, j'en boufferais de l'autre, ou du bon dieu en tranches...

 

3.
"que le mal demeure sans relève"... qu'il remonte pas sa gueule du marais brun... qu'il revienne pas débiter ses bottes dans nos rues...

 

4. J'aime l'idée d'une "scrupuleuse solitude". Celle de ceux qui savent que l'on ne doit pas tout dire, pas trop se montrer, se faire ombre.

 

5.
Tiré de René Char: "C'est cet incendie de la lune"; "où le diable nous a fixé"; "d'insectes tirant mille traits" (cf "Feuillets d'Hypnos").

 

6.
A la lumière de cet incendie sans flammes, la lune, voyez, nous nous consumons à petit feu.

 

7.
Nous sommes où le diable nous a fixés, et nous enquêtons sur les anges.

 

8.
Musique striée, patience énervée "d'insectes tirant mille traits" de couleur aigue, lancinante, rauque et sombre, étalée sur le couteau de la toile.

 

9.
Dans le bref initial de "Partage formel", de René Char, la séquence "puissances magiques et subversives du désir" agite sa féérie symbolique.

 

10.
Tiré de René Char: "La vitre-cloaque"; "les yeux tout-puissants"; "s'irritent".

 

11.
Le composé "vitre-cloaque", quelle trouvaille ! d'la fenêtre glauque donc, de la vision par le trou.

 

12.
Les yeux, les yeux sont tout-puissants, et jettent dans le réel des orages de regards.

 

13.
J'apprécie "s'irritent"; j'apprécie ce son bref; j'apprécie ces deux syllabes, ce couple de colère, en bout, comme un accord décisif.

 

14.
Je me demande jusqu'où peut siffler un bref ? Et un noeud de brefs ?

 

15.
La musique acousmatique regorge d'accords perdus que le compositeur a saisi au vol de l'ange dans sa chute.

 

16.
Comme la virtuosité allègre d'un vibraphoniste, comme l'élégance d'un danseur de claquettes blesse parfois quand vous l'avez lourd dans la carcasse, l'encaisse-mépris.

 

17.
Des fois, coeur lourd, et pis la pluie... du coup, ça gonfle...

 

18.
Bon, faut que j'filoche, y a Plumeau qu'a détruit ma toile.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 mars 2014

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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 16:54

ETRE DU BOND

 

1.
Tiré de René Char: "Etre du bond"; "n'est entièrement défini"; "n'est pas souverain". (cf "Feuillets d'Hypnos" in Fureur et mystère, Poésie/Gallimard).

 

2.
L'humain tend plus à "être du bond" qu'à la grisaille des terrasses.

 

3.
Aucun des masques que le bref emploie n'est entièrement défini. Le bref ne cesse de coudre son métier.

 

4.
Je ne suis mon souverain que par l'autre. Ma liberté se définit dans son attente.

 

5.
Fixer des vertiges... Encore un truc qu'on ne peut faire qu'avec les clous du paradoxe.

 

6.
Dans le paradoxe, ni clou ni clé ne ferment la boîte du chat. Chaque clou est lui-même boîte, chat, mort et vie.

 

7.
Ecrire des brefs... Dans une campagne imaginaire, pister l'ange du paradoxe avec un fusil à clous.

 

8.
Il n'y a d'ange que sous condition humaine.

 

9.
Entendu Pierre Assouline à la radio dire qu'à Sigmaringen, Céline s'était dévoué à soigner les Français fuyants, et que les quelques déclarations qu'il a pu faire alors étaient toutes anti-nazies. A vérifier.

 

10.
Chaque jour qui passe rapproche toujours d'une victoire évidente, ou d'une défaite annoncée.

 

11.
Tiré de René Char: "les jours grandissent"; "au fond des os"; "J'ai pesé de tout mon désir". (cf "Gravité" in Fureur et mystère, Poésie/Gallimard).

 

12.
Dans le poème "Gravité", de René Char, cette belle image des "nuages qui se déchirent au fond des os", le ciel entrelacé de squelettes.

 

13.
J'oppose évidemment ce titre: "Fureur et mystère", qui légitime la nécessité poétique, aux grotesques secrets de polichinelle de nos politiques.

 

14.
Les politiques, des fois, même quand ils écrivent de leur main, ils ne font que recopier, sans même toujours comprendre, - ah les clowns !

 

15.
Ce qu'ils cherchent, les beaux scribes, par le biais des belles phrases, c'est qu'ça ait d'la gueule, tout ça de tous ces jours qui les portent.

 

16.
Quoi qui souffle au fond d'nos osses ? Un vent sans souffle, la respiration du vif, avant qu'il n'en soit plus question nulle part.

 

17.
"J'ai pesé de tout mon désir" et, apparemment, je n'ai pas fait le poids.

 

18.
Des fois, aux politiques, il faudrait leur jeter aux yeux un peu de poudre de réalité.

 

19.
Ayant en songe perdu mes chaussures, j'en déduisis que c'est parce que j'avais perdu chaussure à mon pied, avant sans doute de perdre pied.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 février 2014

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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 14:46

UNE PORTE DE PIERRE SUR UNE NUIT VERTE

 

1.
C'est la souveraine mirette qu'on a, l'oeil royal, impératif, dont l'attention à son empire doit être soutenue; faute de quoi, il risque bien d'être crevé.

 

2.
L'empire regorge de cornes de rhinocéros, que nous créons tout exprès pour les beaux yeux du péril.

 

3.
J'aime bien l'expression "péril en la demeure", qui suppose quelque rhinocéros dans la chambre à coucher, quelque tigre tapi dans le tapis, quelque couteau dans les rideaux.

 

4.
Nous regorgeons d'horloges. C'est en nous soumettant au temps que nous échappons à la tentation de l'abîme synchronique.

 

5.
Le temps, cette bulle au sein de laquelle nous progressons, et dont l'élasticité ne peut que nous résister.

 

6.
Le chien d'Ulysse, si quelque prétendant s'était mis à la colle avec Pénélope, qu'aurait-il fait, - franchement ?

 

7.
Chiens aveugles, nous reconnaissons toujours notre maître, sans comprendre ses mensonges.

 

8.
Pour les chiens, nous sommes quoi ? - Ah bah, de grandes bêtes bruissantes...

 

9.
Entendu dans un documentaire sur la photographie surréaliste (je cite de mémoire) : "Ce procédé était connu au XIXème siècle sous le nom de "ghost photography".

 

10.
Je lis dans mes pensées le livre que je ne n'écris pas.

 

11.
Entendu dans un épisode des enquêtes de l'inspecteur Barnaby, cette question posée par un jeune homme un poil efféminé : "Un petit sombrero, caporal ?"

 

12.
Dans les rues, une longue tourmente de visages; les orages que l'on appelle par leur petit nom.

 

13.
Des esprits tourmentés dans une époque tourmentée, c'est là le sujet de bien des romans composés par des esprits plus ou moins lucides.

 

14.
Tiré de René Char: "qui patiente sans bouche"; "trop précisé leur royaume"; "asile au seul". (cf "Post-scriptum" in Fureur et mystère, Poésie/Gallimard).

 

15.
Je me demande bien qui peut "patienter sans bouche" ? - La pierre... L'ombre... Ou celui qui se fait pierre, ombre, couteau.

 

16.
Y en a des qui "patientent sans bouche"... à mon avis, ils ourdissent des complots de sons, aiguisent le glaive des syllabes. Pour plus tard. Quand ils rejailliront.

 

17.
Les ombres qui "ont trop précisé leur royaume", on ne peut les laisser vomir leurs crapauds.

 

18.
La nuit ne donne "asile au seul" que s'il est accompagné de ses songes. Sinon, il meurt étouffé par la patte blanche des fées.

 

19.
Tiré de René Char: "Quelquefois sa réalité"; "n'influencerait pas en secret"; "en secret le récit". (cf "Partage formel", IV in Fureur et mystère, Poésie/Gallimard).

 

20.
Quelquefois, sa réalité, elle s'découd, laissant entrevoir le peuple grouillant des figures indécises.

 

21.
Une porte de pierre sur une nuit verte.

 

22.
Le bref influence en secret; il est du nombre des couteaux qui conseillent.

 

23.
Au fil invisible des brefs se poursuit le récit secret d'une bouche que masquent les syllabes.

 

24.
Les brefs tournent leur épervier, dont les cercles finissent par étrangler le tyran des nuages.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 février 2014

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 12:26

J'ECRIS JE VEILLE J'AI TORT.

 

1.
Tiré de René Char: "la chaleur désespérée"; "la beauté au point du jour"; "A la santé du serpent".

 

2.
Cette alliance, ce jeu, "la chaleur désespérée", a, je pense, mis de la pointe à bien des coeurs, comme le souvenir soudain d'un visage baigné de larmes.

 

3.
J'ai beau me dire que, l'idée de n'être plus aimé ne passe pas.

 

4.
Le n'être plus, c'est du jamais. On regrette déjà ce que l'on n'a pas su être.

 

5.
J'écris. Je veille. J'ai tort. C'est fatigant.

 

6.
Je suppose qu'il y a des auteurs qui épient "la beauté au point du jour", qui guettent les signes de l'impatience. Moi, je dors.

 

7.
Que boit-on "à la santé du serpent" ? - Un alcool de pomme, je suppose.

 

8.
Y en a, i se piquent de poésie; ça laisse des traces; zont l'air lunaires, ou stupides, ou prétentieux.

 

9.
Tiré de René Char: "le fugace bruissement des feuilles"; "un essaim de fusées engourdies".

 

10.
Comme ça m'violonne soudain dans l'oreille, comme ça chute, ma pomme, et joue de son effet de fuite, "ce fugace bruissement des feuilles".

 

11.
D'où vient que l'horizontalité du "fugace bruissement des feuilles" m'évoque chute et lenteur d'automne ?

 

12.
Au lutin, devenir de la durée, on n'enseigne jamais que sa malice.

 

13.
"essaims de fusées engourdies", bruissements d'un peuple éparpillé, syllabes secrètes de sibylles perdues.

 

14.
Qui a faim veut des moyens.

 

15.
"avoir les moyens": Je n'entends plus guère cette expression qui, il n'y a pas si longtemps, signifiait "avoir de l'argent".

 

16.
Il est possible que l'expression "je crois que cela ne va pas être possible" soit déjà passablement obsolète.

 

17.
Réveiller en marchant la sèche fée des feuilles qui craquelle son enchantement.

 

18.
Je me demande combien l'on entend de chansons dans une vie ? Et combien de visages croisés ? Et combien de fois l'infini ?

 

19.
L'infini, un être sans cause, un signal sans émetteur, une lumière sans étoile, un dieu sans dieu.

 

20.
Dieu n'est pas croyant. Sinon, il douterait.

 

21.
Paradoxe, c'est le nom de mon chien, mon beau chien qui court; entre ses dents, la longue main de la raison.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 février 2014.

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 15:44

CETTE EPEE QUE J'AURAI

 

1.
"D'ici quelques semaines, cette épée que j'aurai..." dis-je avec ma tête tranchée.

 

2.
Tiré de René Char : "pour le but à atteindre mais pas au-delà"; "Au-delà est fumée". ("Feuillets d'Hypnos", 1)

 

3.
"pour le but à atteindre mais pas au-delà": Des buts, c'est ça qu'on s'donne... sûr qu'on peut pas sans... sinon... mais pour les atteindre, des fois...

 

4.
"Au-delà est fumée": Ce bref en dit long. Il y a ce qui est, et qui nous occupe, et il y a l'au-delà des choses, qui est fumée, rideau de fumée, muraille de fumée, d'où, parfois, ils jaillissent, ces êtres et ces choses qui, précisément, nous surprennent.

 

5.
Que l'on s'y engage, dans ces rideaux de fumée, et dès lors, nos pistes nous brouillent.

 

6.
Que l'on s'engage au-delà... La fumée dès lors complote les pics de glace qui surgissent du brouillard pour vous déchirer la coque.

 

7.
"sur un hippodrome situé dans l'été luxueux"
(René Char)

 

On imagine des courses avec dames à chapeau, de ces élégances... Loin de la pluie battante, du cheval et de l'homme sombre qui l'emmène.

 

8.
Donc, moi aussi, je n'aurai eu qu'une amie, et beaucoup de ces excuses que l'on nomme, non sans complaisance, illusions.

 

9.
Mon château n'existe pas, mais enfin, c'est mon château.

 

10.
Le hasard ne cesse d'ajuster ses tirs; dès qu'il mettra dans le mille, nous n'aurons plus aucune raison d'être.

 

11.
- "Tu travailles pour la fonction publique, et non pour la logique".

 

12.
Sans doute est-ce par complaisance que je vois dans le poète une sorte de résistant ontologique. C'est facile et illusoire comme le sourire.

 

13.
De même, dire de ces ces syllabes qu'elles sont les flèches de la rébellion de l'être contre le paraître, sans blague, quelle exagération !

 

14.
Tiré de René Char: "Le temps vu"; temps perdu de vue"; "L'être et le temps" (cf "Feuillets d'Hypnos", 12).

 

15.
"le temps vu": Temps vu, coup d'oeil... saisi, l'instant... fugace fantôme d'une photo sans appareil.

 

16.
"temps perdu de vue": Le visage, toute chose changeant, est fait de ce fleuve dans lequel on ne se baigne jamais deux fois.

 

17.
Des fois, je me demande si l'être et le temps se prouvent l'un l'autre, ou ne sont-ils que pure coïncidence ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 février 2014

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