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Le Blog Littéraire de Patrice Houzeau sur Over-blog ; notes et commentaires de pages célèbres (ou non), coups de plume et fantaisies diverses.

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DE LA FILLE DE RIEN

DE LA FILLE DE RIEN

Fran_ois_Bourgeon_case_3_pl "De toute façon, personne n'écoute mes prières ! Si Dieu existe... ce doit être le Diable !" (François Bourgeon, Le dernier Chant des Malaterre, case 3, planche 91, page 105, Ed. Casterman, 1994).

"personne" dit-elle, elle qui pourrait passer pour un ange, la jeune fille aux yeux bleus et aux cheveux blonds, "personne n'écoute mes prières" dit-elle, elle qui ne va jamais à la messe puisque, précise-t-elle : "Je surveille les gniards et entretiens les feux... Bien aise quand les gardes ne fouillent pas mes cottes."
Chair à péché, la pauvrette qu'elle est dans ce Moyen-Âge terrible que, somptueux, l'album de François Bourgeon met en images.
Ironiquement donc, la blonde bellotte aux yeux pâles, l'ange possible des peintures d'églises, semble remettre en cause la nature bienveillante de Dieu :

"Si Dieu existe... ce doit être le Diable !"

Se poser la question de la nature divine, c'est déjà poser la condition de l'existence de Dieu.
Entre Dieu et le Diable ici, pas de pronom personnel masculin, pas de "Il", avec un "i" majuscule, mais le neutre "ce" qui le descend de son universel piédestal, le père éternel à la barbe innombrable, à l'oeil dans la serrure de Tout (quel voyeur ! quel mêle-tout, ce Notre-Père-qui-êtes-aux-cieux...).

Le personnage représenté ici est une humble servante, de la fille à culbuter, une utilité à laquelle on ne prend pas garde (cf "personne n'écoute mes prières"), que, l'un de ces matins, l'on retrouvera morte d'un mauvais coup sans que l'on ne s'en émeuve vraiment.
C'est pourtant cette "rien" (du latin "res", "rem" : chose) qui commence à se poser des questions, à réfléchir par elle-même.

On la retrouvera d'ailleurs, plus tard dans l'Histoire, la fille de rien, en 1789, lors de la Révolution Française, et elle aidera à en couper des têtes d'hommes et des faces de curés, avant de l'avoir tranchée, elle itou, la tête, par raison d'Etat et par ordre de Robespierre (dire qu'il y a encore des gens pour l'admirer, celui-là !).

Et, à mon avis, il est possible, - sinon probable -, qu'on la retrouve encore, la fille de rien, au premier rang des révoltes à venir...

Nul Etat ne peut espérer être pérenne si une partie de sa population est considérée comme quantité négligeable et donc exclue de fait du Contrat Social.
Rousseau l'a tant dit et répété que je m'étonne encore du manque de lucidité de bon nombre de dirigeants actuels qui ne voient pas qu'ils ne conduisent plus seulement les affaires de leurs vieux Etats-Nations mais, parce qu'ils ont accepté et ratifient, jour après jour, l'ensemble des processus économiques connu sous le nom de mondialisation, ont désormais charge d'âmes au niveau mondial et cela jusqu'à ce que l'un des deux camps finisse par l'emporter. Ou nous serons libres au sein de la plus vaste démocratie libérale qui soit, ou nous disparaîtrons sous le joug de la tyrannie religieuse.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 janvier 2007
 

Commentaires

Qui sait ?

Connais surement Servais...

Posté par Cendre, 08 janvier 2007 à 09:12

Comme dans Molière, les valets se révèlent plus avisés que les maîtres. A lire : le cycle de Cyann. De la SF réaliste. On y croit, on s'y voit.
Posté par totoseb, 08 janvier 2007 à 23:36

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