Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 12:56

ALTERNATIVE

 

« Hé ! Dix, fait ele, douce Creature ! se je me lais caïr, je briserai le col, et se je remain ci, on me prendera demain si m’arde on en un fu. Encor ainme je mix que je muire ci que tos li pules me regardast demain a merveilles. » (Aucassin et Nicolette, XVI)

 

Dieu, çui-là, souvent on l’invoque qu’en cas de malheur souci emmerde embrouillamini terrible… ah la douce créature ! la crème suprême ! ah la grande asperge de toute bienveillance… dans le cas présent, la sauterelle Nicolette a le choix entre se laisser tomber et se rompre le cou… se je me lais caïr, je briserai le col…et attendre sur l’échafaudage – c’est le mot choisi par le traducteur Jean Dufournet pour signifier que li murs fu depeciés, s’estoit rehordés – et attendre sur l’échafaudage oùsqu’elle était grimpée, la belette, entre le mur et le fossé, qu’on la prenne, la secoue, la brûle. Que va-t-elle choisir entre le risque de se démantibuler la carcasse et l’assurance de finir oie rôtie ? C’est que le monde est plein d’yeux voyeurs et malveillants… une meute de regards tenue par de la chair, voilà ce que c’est que cette humanité dont on fait si grand cas chez les aveugles… Nicolette, ça lui dit trop rien de jouer les cramées starlettes pour un public de bouseux, de morveux, de merdeux, de péqueux, aussi préfère-t-elle sauter, la sauterelle dans le fossé de la nuit, inconnue, anonyme, en fuite, hop ! et zou… en bas du fossé qu’elle se laissa glisser, après avoir fait, comme il se doit, le signe de la croix.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 septembre 2010

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans LES MEDIEVALES
commenter cet article
21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 16:22

Notes sur Aucassin et Nicolette(II) OR DIENT ET CONTENT ET FABLENT (cf Aucassin et Nicolette, GF Flammarion, Edition Jean Dufournet, p. 44-45).

Le premier paragraphe de ce passage est marqué par un rappel de l'épique : "Le comte Bougar de Valence livrait au comte Garin de Beaucaire une guerre si violente, si effroyable et si mortelle..."

"... li quens Bougars de Valence faisoit guere au conte Garin de Biaucaire si grande et si mervelleuse et si mortel..."

La gradation des termes rend compte de l'emphase habituelle liée au récit épique.
Ce n'est d'ailleurs pas une petite guerre que cette guerre-là mais un conflit qui occupe l'armée de Bougar à mesure de "cent chevaliers et dix mille sergents à pied et à cheval."

C'est donc dans un contexte guerrier que commence l'aventure d'Aucassin et Nicolette.
Le texte rappelle ainsi que l'homme est mortel. La guerre menée par Bougar est porteuse de mort ("mortel") et le comte n'hésite pas :

"... si li argoit sa terre et gastoit son païs et ocioit ses homes."
("...il lui brûlait sa terre, dévastait son pays, tuait ses gens.")

Il n'y a pas ici de paradis originel, de situation initiale paisible que vient perturber un élément extérieur.
Il y a la guerre.
Si l'on veut chercher quelque chose d'heureux qui, dans l'économie du récit, se place "avant" le conflit, c'est dans le charme du récit évoqué par le conteur dans l'incipit de la chantefable (cf (I) v. 8-15) :

Dox est li cans, biax li dis
et cortois et bien asis :
Nus hom n'est si esbahis,
tant dolans ni entrepris,
de grant mal amaladis,
se il l'oit, ne soit garis
et de joie resbaudis,
    tant par est douce.

De même, si le texte rappelle que le motif du conflit domine les destinées, il n'en met pas moins l'accent sur l'ordre, l'esthétique du récit, la période qui enchaîne les propositions et utilise le parallélisme : "guere (...) si grande et si mervelleuse et si mortel" / "si li argoit sa terre et gastoit son païs et ocioit ses homes."

Le dernier vers du passage (I) est :

tant par est douce.

Le premier paragraphe du passage (II) évoque le conflit et la mort.
Il n'y a de récit possible que dans l'opposition.

                                                 Patrice Houzeau
                                                 Hondeghem, le 19 juin 2005

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans LES MEDIEVALES
commenter cet article
18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 10:53

LANCELOT FÉTICHISTE CAPILLAIRE
Note sur Le Chevalier de la Charrette, Chrétien de Troyes, Le Livre de Poche, Lettres Gothiques, édition critique de Charles Méla, 1992, vers 1460 à 1469.

Lancelot amoureux retire les cheveux d'un peigne ayant appartenu à Guenièvre, la femme du roi Arthur.

Ja mes oel d'ome ne verront
Nule chose tant enorer,
Qu'il les comance a aorer,
Et bien .C.M. foiz les toche
Et a ses ialz et a sa boche
Et a son front et a sa face,
N'est joie nule qu'il n'an face,
Molt s'an fet liez, molt s'an fet riche,
An son saing pres del cuer les fiche
Entre sa chemise et sa char.

Charles Méla traduit ainsi : "Jamais personne ne verra de ses yeux accorder tant d'honneur à une chose, car il leur voue une adoration. Bien cent mille fois il les porte et à ses yeux et à sa bouche et à son front et à son visage ! Il en tire toutes les joies : en eux son bonheur, en eux sa richesse ! Il les serre sur sa poitrine, près du coeur, entre sa chemise et sa peau." (op. cit. p.141).

Voilà donc le chevalier Lancelot pris de fétichisme capillaire ! Et pour quelque chose de pas si ragoûtant que cela : des cheveux laissés sur un peigne ! Autrement dit, des dépouilles !
Ces cheveux constituent la métonymie de Guenièvre. La métonymie, en prenant la partie pour le tout, est donc une figure emblématique et fétichiste.
La plus forte, la plus âpre, la plus obscène des métonymies est celle du "sang" ; il y a un fétichisme du sang comme il y a un fétichisme de l'objet à l'être aimé ou un fétichisme de la petite culotte.

                 Patrice Houzeau
                 Hondeghem, le 17 septembre 2005

Commentaires

Perceval

LE passage de PErceval "ravi" avec l'oie sauvage qui tombe sur la neige, s'envole de nouveau et laisse quelques goutes de sang est gratiné, lui aussi...

Posté par mwamaim, 24 septembre 2005 à 15:01

sexe ogival

Il y a aussi la Vie de sainte Marie l'Egyptienne qui allait dans le désert seulement vêtue de ses cheveux "sauf quand il y avait du vent". Edition Dembovski, je en sais plus d'après que ms. Il y a aussi, dans ce texte, un épisode curieux: Marie, encore putain, tente d'exciter les hommes d'un bateau de pélerins pour la terre sainte. MAis le Diable envoie une tempête... les hommes ont peur et ne sont pas coopératifs sexuellement. alors, MArie " fesist son delit en habandon". JE crois que c'est le premier énoncé de masturbation féminine de la littérature française...

Posté par mwamaim, 24 septembre 2005 à 16:58

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans LES MEDIEVALES
commenter cet article
17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 21:29

LE ROMAN D'ENEAS : CAMILLE ET TARCHON

Sur le champ de bataille, le troyen Tarchon constatant les dégats causés par les amazones, provoque la guerrière Camille en lui disant que si elle est venue pour s'exhiber (cf v. 7155 : Venistes ça por vous moustrer ? "Etes-vous venue ici pour vous exhiber ?"), elle peut tout aussi bien accepter de faire l'amour en échange de "quatre deniers de Troie" avec lui, Tarchon mais aussi avec ses écuyers, ce qui d'ailleurs ne pourrait que plaire à Camille puisque, affirme-t-il :

mais ne vous souffiroit naient,
je cuit, se il estoient cent ;
vous en porriez estre lassee,
mais ne seriez mie saoulee."
               
(vers 7169-7172)

mais cela ne vous suffirait pas,
je pense, même s'ils étaient cent ;
vous pourriez être épuisée,
mais vous ne seriez pas satisfaite."
               
(traduction : Aimé Petit)

Ce discours provoque la honte et la colère (grant ire) de Camille :

  Camille ot honte et grant ire
de ce qu'elle li oÿ dire;
                
(vers 7173-7174)

Aussitôt, elle éperonne son cheval et rejoignant Tarchon, lui fait face :

le bon cheval broiche et point,
vers Tarson vait et a lui joint.
                
(vers 7175-7176)

Elle ne dit rien alors et, animée d'une colère froide qui l'empêche de parler, elle lave promptement l'affront dans le sang, frappant l'insolent avec "une grande vigueur" (de grant vertu) sur l'écu (le bouclier) si fortement qu'il en fut "brisé d'un bout à l'autre" (d'ore en autre li a brisié), lui "rompant" "son haubert aux mailles entrelacées", c'est-à-dire le frappant en pleine poitrine, lui faisant ainsi ravaler ses injures et du même coup le désarçonnant et le tuant ;

Elle le feri de grant vertu
dessor la boucle de l'escu,
d'ore en autre li a brisié
et l'auberc treilliz desmaillié;
mort le trebuche du destrier.
                
(vers 7177-7181)

Ceci fait, Camille prend la parole en adressant au cadavre de Tarchon un discours de reproche (reprovier) et de "sarcasme" :

Puis li a dit en reprouvier :
"Ne ving point ça por moy mostrer
ne por putaige demener,
mais pour faire chevalerie.
               
(vers 7182-7185)

faire chevalerie
: "accomplir des exploits de chevalier" est la raison du lieu d'être de Camille : "Je ne suis pas venue pour m'exhiber / ni pour faire la putain / mais pour accomplir des exploits de chevalier."
Le champ de bataille est donc le lieu d'être des exploits de Camille et les ennemis tués sont la matière même de ces exploits. A la mort de Tarchon qui l'a offensée, elle ajoute "le dernier mot" puisque la guerre n'est pas seulement affaire de coups d'épée mais aussi de "coups de gueule" et d'échanges de paroles. Vaincre, c'est laver la honte et donner un sens à la grant ire, sens explicité par le discours que tient alors la femme guerrière. Ainsi, Camille reprend le sens offensant des paroles de Tarchon pour en dénoncer la folle bargaigne, "le marché insensé". Tarchon est donc mort non seulement en ennemi mais aussi en fou refusant de reconnaître, contre l'évidence, les qualités guerrières de Camille :

Vostre denier ne veul je mie,
trop avez fait folle bargaigne;
je ne vif mie de tel gaaigne;
miex say abatre .I. chevalier
que acoller ne donoier :
ne say mie combatre enverse."
               
(vers 7186-7191)

Je ne veux pas de vos deniers,
vous avez fait un marché insensé ;
je ne vis pas de tels gains ;
je sais mieux abattre un chevalier
que l'enlacer et lui faire l'amour :
je ne sais pas me battre sur le dos."

Les vers cités dans cette page, ainsi que leur traduction, sont tirés de Le Roman d'Enéas dans l'édition critique d'après le manuscrit B.N.fr.60 présenté et traduit par Aimé Petit dans la collection Lettres gothiques (Livre de Poche, 1997).

                    Patrice Houzeau
                    Hondeghem, le 13 août 2005

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans LES MEDIEVALES
commenter cet article
15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 15:01

Dox est li cans, biax li dis
et cortois et bien asis :
                       (Aucassin et Nicolette, vers 8-9)

Si la mélodie est douce, le texte est beau,
fin et bien composé.
                       ( traduction : Jean Dufournet)

Les premiers vers d'Aucassin et Nicolette : une interrogative.
On ne peut que répondre que : "Moi!".
Le livre ouvert réalise la fable.

  Qui vauroit bons vers oïr
del deport du viel antif
de deus biax enfans petis,
Nicholete et Aucassins,
des grans paines qu'il soufri
et des proueces qu'il fist
por s'amie o le cler vis ?
                            
(vers 1 à 7)

Jeunesse de la fiction : deus biax enfans petis, et autodérision, -masque ?-, de l'auteur : viel antif qui pourtant a fait le choix de la qualité : bons vers.
L'autodérision dénonce l'épopée.
Le sourire désarme le héros.
Nulle autre invite qu'au bon plaisir du lecteur.
Non le prince mais celui qui lit.
Non le seigneur mais celui qui rit.
Non le puissant mais le lecteur secret, l'humble déchiffreur, le complice du sens.
Quant au conteur, c'est un cheval ! D'ailleurs, entendez-le bien, il hennit à la rime.
C'est un cheval donc, le "Viel Antif" étant le nom du cheval de Roland (cf Jean Dufournet, préface à Aucassin et Nicolette, GF Flammarion,1984, p.9).
Rire de la fiction, rire de la vieille rosse, rire salvateur :

vers 10-15
: Nus hom n'est si esbahis,
                     tant dolans ni entrepris,
                     de grant mal amaladis,
                     se il l'oit, ne soit garis
                     et de joie resbaudis,
                         tant par est douce.

Autrement dit, si vous êtes esbahis et abattu, pris dans le filet du champ lexical de la maladie (dolans, entrepris, de grant mal amaladis), et si vous consentez à écouter ce chant, vous serez de joie resbaudis et ainsi garis.
La joie et la douceur (cf v.8 : Dox est li cans et v.15 : tant par est douce) feront ce miracle.

Les vers cités correspondent au premier passage d'Aucassin et Nicolette tels qu'on les trouve dans l'édition critique revue et corrigée de Jean Dufournet (Aucassin et Nicolette, GF Flammarion). Nous les avons ici figurées en bleu.

                                            Patrice Houzeau
                                            Hondeghem, le 30 mai 2005.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans LES MEDIEVALES
commenter cet article

Recherche