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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 09:10

CABOCHE DEDANS
De la tendance qu'ont les humains à se massacrer puis de Céline, son Le pont de Londres, folio n°230.

 

1.
Vent qu'il fait pas beau temps Un nouveau jour
Fatigué vague me sens état habituel c'est qu'i
Y a tout un tas d'petits machins à faire qu'ça
Me saoule d'avance Plutôt envie d'écrire de me
Laisser aller à la scribouille fantaisie C'est
Que faut bien aller se rendre utile A la radio
On pérore sur la Syrie encore & toujours qu'ça
S'massacre allégrement des deux côtés qu'on en
Trouve des raisons et des symboles forts et de
L'explication à Bah faut être plus réaliste La
Vérité toute crue c'est qu'les humains ont une
Grande tendance à se mettre sur la gueule à se
Massacrer dès qu'ils le peuvent Pas du tout je
Crois qu'un jour les humains tous frères et la
Fin de l'Histoire la Paix Universelle qu'c'est
Du blabla j'en suis persuadé Comment autrement
Qu'ils feraient qui croissent & se multiplient
Les humains multipliant ainsi les occasions de
Pas s'entendre se jalousant se querellant pour
Des territoires des femelles des diamants pour
L'or le pétrole et pis s'inventant toujours de
Quoi se fâcher des dieux bafoués des vendettas
Fabuleuses des trahisons terribles Entendue la
Vérité une fois qu'un philosophe il aurait dit
Que la conscience était un désir de mort de la
Conscience de l'autre ça m'étonnerait pas plus
Que ça qu'on l'ait couteau la conscience.

 

2.
"Et de rire pour si peu de chose !" C'est
une grâce Je chope ce bout de phrase dans
Le pont de Londres de Céline Les chats du
Miaulement au matin Zont faim Leur donner
A manger faut donner à manger aux chats &
Puis revenir aux vers justifiés aux bouts
De phrase à Céline façon "Il me répond la
hargne..." Une manière de la hargne Bouts
De phrase Crocs Mords La belle mélodieuse
L'a explosée Céline elle s'agite en bouts
de en morceaux de.

 

3.
"j'exécute impeccablement, recta, subito"
(Céline, Le pont de Londres, p.227)

 

C'est ça qui faut impeccablement exécuter
C'est ça qu'ça demande exister Austerlitz
Impeccable mais c'est fatigant en fait on
Sait pas faire toujours impeccable on est
Dans la bricole le coup de dé le tiens ça
Aurait pas dû arriver et le on a eu de la
Chance c'est ça qui fait l'anecdote & sel
De la vie et le merde alors évidemment il
Y a l'administration elle limite la casse
L'administration on peut pas pour tout le
Laisser délirer le dieu aléa ah les cons.

 

4.
"Je lui fais signe loin... loin... plus loin toujours..."
(Céline, Le pont de Londres, p.398)

 

Les humains des sémaphores des bornes à signes
Et puis souvent de loin en loin qu'on fait des
Signes à l'un tandis qu'on se rapproche de tel
Autre selon nos intérêts & qu'on s'en donne de
La raison pour Qu'il est plus sympa Qu'elle la
Vipère que c'est Qu'on n'a pas qu'ça qu'à J'en
Dis mézigue que j'ai jamais aimé faire signe &
Pis maintenant j'ai la caboche y a vraiment du
Chien dedans que je réponds en français poli &
En vrai dedans ma p'tite tête j'aboie wah-wah.

 

5.
"Elle me montre Virginia.
(Céline, Le pont de Londres, p.145)

 

La Virginia qu'il évoque là le délirant
Narrant appétissante évidemment En fait
Pas tout un descriptif La "jupe courte"
Suffit Surtout "presque aux cuisses" La
Jupette ça dit tout déjà Après c'est de
L'appréciation physiologique du médical
De l'oeil toubib carabin plutôt amateur
Que Céline ça s'dit ça qu'il fut mateur
Qu'il s'en fourra de la cuisse plein le
Regard de la bien "roulée" endurante vu
Que "musclée" qu'on en mangerait pisque
"dorée" ah le morceau dis que c'est pas
La peine d'en rajouter qu'on peut qu'la
Remarquer la "remarquable forcément" ça
Donne à voir comme i disent les poètes.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 mai 2013

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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 23:54

SA NUIT LUI-MÊME AU BOUT

 

Foudre queue de lézard soleil brûlant forcément
Voilà que j'associe des mots des images V'là le
Temps qui passe sable s'estompant des visages &
La chair apparaît Vous imaginez le tableau type
Couverture de pocket de Science-Fiction la face
Blanche masque d'un visage des yeux sans yeux &
Je regarde des statues leurs yeux sans yeux une
Face d'où s'écoule le sable s'effrite le masque
De sable qui couvrait le masque de chair Evoqué
A la télé le film Cria Cuervos tourné par Saura
Carlos en 1975 film de la fin du franquisme qui
Marque un glissement film du glissement entends
-je dans la bouche d'un critique glissement une
Chanson fit beaucoup pour la popularité du film
C'est le fameux Porque Te Vas la fille si jolie
Qui chantait cela Jeanette comme cela un n deux
t je crois Jeannette ? avec deux n deux t oh je
Sais pas glissement donc entre le rigide régime
De Franco & les débuts d'une démocratie qui fut
Vue de France si colorée d'abord grâce au grand
Pedro Almodovar & ses baroques fantaisies aussi
Ses baroques actrices Jeudi 16 mai 2013 pas mal
Plu aujourd'hui on se croirait en automne voilà
Une phrase d'une telle banalité qu'un bon début
De roman qu'elle ferait aujourd'hui la pluie et
Demain pas d'soleil je sais pas pas vérifié sur
La chaîne météo "C'est pas d'vot' temps, c'est
du mien" entends-je dans Belles de Nuit de René
Clair le temps n'est personne et il est tout le
Monde et toujours différent et le not' temps et
Le vot' temps c'est l'illusion qu'il y a eu une
Epoque où nous avons collé à l'époque et adhéré
Au temps qui passe Tête vide vais au travail je
Dis ceci pis je suis chez moi ce matin que j'ai
Ecrit ça vais au travail ne l'aime pas trop pas
Trop mon travail surtout quand j'y vais mais au
Retour je le préfère n'empêche qu'organisé qu'i
Faut être pour mon travail & je l'suis pas trop
Organisé demande d'avoir le goût de l'humanisme
Mon travail aussi j'en suis bien incapable même
Que je me dis souvent l'humanisme quelle blague
Que je devrais avoir honte ma compagne elle est
Pas deux fois trop bien comme on dit elle ne va
Pas aller travailler aujourd'hui et puis demain
Non plus sans doute sept heures de cours j'ai à
Tirer traîner quel ennui quel sidérant ennui un
Abyssal ennui quand j'y songe en fait il suffit
De s'y mettre & puis ça passe plutôt assez vite
Qu'on la regarde pas trop la montre j'arriverai
Peut-être à prendre des notes en fait non quand
On y est on est happé par untel occupé encombré
Sollicité tout blanc le train bizarre que blanc
Il soit le train quand j'y pense chez moi en la
Notant cette note je le vois pas si blanc blanc
Blanc un train blanc un loup blanc dans la nuit
Qui file dans la nuit qui vole dans la nuit les
Tapis blancs de la nuit pis des tigres blancs &
Leurs yeux blancs & leurs dents blanches dedans
J'ai dû m'endormir j'ai du Charlebois partout &
Le train a du retard plein de monde du coup Une
Fille monte avec un carton peint la grosse face
Dessus elle a de gros yeux rouges me semble des
Filaments jaune vif Il y a Paris Céline un truc

Epatant Dans l'étrange lucarne le Ferdine verts
Aussi des filaments sur le carton peint du bleu
Certainement du gris pis du noir tas d'nouilles
Tragiques enfin tragiques j'extrapole l'artiste
Une jeune fille elle a l'air tragiquement vague
Elle pâle on est dans le Nord puis il pleut qui
Aide pas à réjouir les faces puis je me demande
S'il va pas être un peu mouillé son carton à la
Demoiselle qui dessine On y croise des lorettes
Des grisettes des midinettes
C'est le narrateur

De Paris Céline qui cause Lorant Deutsch évoque
Le Passage Choiseul de la mômerie Céline çui-là
Des Bérésinas comme il l'a écrit le génial j'ai
Le bic qui court je zieute la moquette grise du
Train dehors ça cambrousse verdouille entre les
Gares ce matin dans le bus à la radio emploi du
Néologisme asticouiller canular téléphonique un
De ces trucs à la mords-moi qu'on a envie de le
Frapper le fâcheux trompant à propos de coqs de
Poules et de coques de téléphone le canular une
Bêtise Jaune et bleu le train croisé j'apprends
Dans Paris Céline qu'à Meudon le maugrée génial
Scribe le féerique des gouffres il avait appris
A son oiseau jacteur Dans les steppes de l'asie
centrale et J'ai du bon tabac du style encore à
Mêler argot des gueux & tournures savantes puis
Vieille chanson et grande mélodie ah l'opéra du
Fou & sur sa pierre tombale un trois-mâts gravé
Au Céline puisqu'il les a fort roulées sa bosse
Sa carcasse sa caboche cinoque sa nuit lui-même
Au bout.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 mai 2013

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 12:11

DES GRIFFES INVISIBLES
Expressions, que par les cheveux de l'invisible et par les griffes du même, je tire de D'un château l'autre, de Céline, folio n°776. Sont ici en italiques.

 

1. p.255
être avec toutes et tous : faire attention de rester soi, car toutes et tous ont des dents, et des yeux, et des griffes invisibles pour vous lacérer l'âme.

 

2. p.147
"la preuve que j'écris pour" : pour quoi qu'on écrit, qu'on jette des syllabes dans l'océan des syllabes ? Mystère... C'est sans doute qu'on peut pas faire autrement, expressifs bestiaux.

 

3. p.103
ne pas pouvoir dire non plus : ne pas savoir dire non, c'est un truc assez commun, ça, ne pas savoir dire non. "Ne pas pouvoir dire non plus", c'est quand on se fait avoir, je suppose, quand on a dit non à un truc mais que, quand même, le réel rusant, on finit par dire oui parce qu'on n'a pas su dire non plus... Il y a dans ce non plus, l'aveu de la faiblesse de l'intelligible humain. On ne peut pas dire, on ne peut pas dire ça, et le reste non plus.

 

4.
L'humain pose problème au réel, lequel lui répond en cognant dessus.

 

5. p.107
mômes "papier mâché" : expression de Céline pour désigner les visages blanc cassé de gris des gamins des villes. A noter que les mômes "papier mâché", il arrive qu'ils se mettent à cramer, à virer foyer d'incendie.

 

6. p.326
être pas si tellement : j'aime bien ce tour célinien qui dit assez qu'on est bien exagéré souvent dans l'oeil de l'autre, bien trop tellement, et puis aussi pas si, rapport à ce que l'autre, ce qu'il sait de nous, des pépins de not' pomme, eh, c'est pas si tellement.

 

7. p.75
promettre la Lune : Ce sont souvent ceux qui se prennent pour le Roi-Soleil qui vous promettent la Lune...

 

8.
Le bref précédent me rappelle le "se mirer dans l'or des lunes" que je tire de la chanson "Engagement" (paroles de Marcel Sabourin, interprétée par Robert Charlebois), c'est que ceux qui vous promettent la Lune, des fois ils vous donnent à reluquer de quoi être tout "mirant dans l'or des lunes", de quoi vous emberlificoter dans la berlue, rapport à ce que voir, vous pouvez toujours ; quant à palper, c'est une autre histoire.

 

9. p.315
"dire que j'ai rien vu" : celui-là, c'est un taiseux, un "dire que j'ai rien vu". Quant au narrateur célinien, il en raconte, des choses vues, il s'en hallucine même.

 

10. p.122
être un peu plus que bizarre : le bizarre, c'est du ressenti. On dit de ci, de ça, que c'est bizarre, singulier, curieux. Des fois, comme dirait le barbouze qui s'y connaît en bizarre dans le film Les Barbouzes,de Georges Lautner, c'est pas si bizarre, en fait. Mais "être un peu plus que bizarre", ça sort du ressenti pour exprimer quelque menace, quelque inattendu du réel qui rôde et s'apprête à vous coincer piège.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 décembre 2012

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 10:19

MANGER LE POISSON
Notes sur quelques citations et expressions tirées de l'article "Critiques au casse-pipe", par André Derval, in "Louis-Ferdinand Céline", divers auteurs, Le Magazine Littéraire, collection "Nouveaux Regards", 2012, pp. 65-66)

 

1.
se révéler tortueux : il n'est pas si évident d'avoir l'air tout droit, alors qu'on est tout tortueux, noueux, tissé de carrefours où l'on hésite. J'admire les natures droites, moi qui vais très crabe de travers. Dans la page, il s'agit d'expliquer que, dès le début de sa carrière littéraire, "les relations de Céline avec la critique se sont révélées tortueuses." (André Derval).

 

2.
"ce moment capital de la nature humaine" : C'est Céline qui, cité par André Derval, s'exprime ainsi, lorsqu'il présente le Voyage aux éditions Gallimard. C'est donc l'oeuvre qui constitue la nature.

 

3.
déployer toutes sortes de subterfuges : afin d'enfumer le réel, que le réel ne nous repère pas, n'arrive pas à nous harponner, nous autres, grognon phoque sur notre coin de là-bas. D'après André Derval, dès le début, Céline subterfugea, chercha à embrouiller la critique. Je me demande si le projet existentiel de Céline, c'était pas l'enfumage. Regardez comme il est parti de la précision du Voyage et de Mort à Crédit pour en arriver à l'hallucination Normance, de Stravinsky au free jazz, de la valse des chevaliers de la lune à la déglinguée ginguette rengaine, façon des plus chevelus progressifs rocks. Remarquez que c'est point étonnant de la part de quelqu'un pour qui le mot "voyage" implique la destination "bout de la nuit".

 

4.
inviter quelqu'un à faire quelque chose : souvent, on invite quelqu'un à faire quelque chose et l'on ne se rend pas compte que c'est parfois demander à un chien de faire le chat ou à un chat de remuer la queue pour faire croire qu'il est content. D'après Derval, Céline a envoyé promener Jean Paulhan quand ce dernier lui a proposé d'écrire pour La NRF.

 

5.
affecter profondément : Le réel nous lance une pierre. Des fois, ça nous assomme. Des fois, ça a l'air de tomber dans le puits. Le problème, c'est que nous y sommes aussi dans le puits, bien profond. On se la prend donc tout de même sur la poire dans le puits la pierre. Echos lointains et vagues remous mais remous tout de même et échos qui finissent par l'agiter leur fantôme sur la scène à syllabes.
Ainsi Céline aurait été profondément affecté par l'éreintement critique de Mort à crédit.

 

6.
faire paraître une réaction : y en a qui disent qu'ils lisent en toi, moi, nous, vous, ils, comme dans un livre ouvert. Du coup, on s'auto-édite, on fait paraître nos réactions; on s'offre à la critique.
André Derval rapporte que, dès 1936, un lecteur réagit en en appelant à la "liquidation de Céline". Même si teigneux qu'on dit qu'il était, le Céline, ça doit faire quelque chose que de lire dans un canard qu'on souhaiterait bien que vous disparaissiez de la scène des vivants.

 

7.
En français, la substantivation des noms propres admet la marque du pluriel et conserve la majuscule : cf "L'opinion des renégats n'a, bien sûr, aucune importance, les Gides, les Célines, les Fontenoys... etc." (un dénommé Helsey, "inconnu des biographes céliniens", cité au conditionnel par André Derval)

 

8.
brûler ce que l'on a adoré : et c'est comme ça que l'on se brûle.

 

9.
"même un fou s'en serait lassé" écrit Céline en reprenant les critiques qui lui sont faites : octosyllabe que ce "même un fou s'en serait lassé" qui suggère qu'un fou ne se lasse jamais de sa folie, alors que les êtres sains d'esprit, eux, n'est-ce pas, finissent toujours plus ou moins par se lasser, par se décevoir, se désintéresser, se détourner, jusqu'à des fois déserter le lieu même de leur ancienne passion, vieille raison. On constatera que l'humanité ne semble pas se lasser de sa passion d'être, cependant que c'est parce que les individus ont cette possibilité de se lasser de quelque chose qu'ils font autre chose.

 

10.
On dit qu'on en trouve beaucoup, de l'octosyllabe, dans Céline... Poète octopus alors, cézigue, qui fout des bouts d'tentacules partout.

 

11.
"Aucune lueur dans cet égout" (Reprise célinienne des critiques qui lui sont faites) : c'est que le "Pauvre Fred" du fameux "Il ne faut prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages" n'est pas prêt de remonter, tiens, du "trou du Diable" où l'a plongé la malignité des humains.

 

12.
Dieu, je me demande, ce serait pas un appât que les humains se seraient trouvé pour tenter d'attraper le grand poisson de l'infini. En cela, il est pêcheur, l'humain. D'ailleurs, le vendredi, il mange de la métaphore.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 décembre 2012

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 12:17

LE PLUS RIGOLO C'EST QU'ON NOUS ECOUTE

En feuilletant "D'un château l'autre", de Céline (folio n°776)

1.
"Un pays qui ne produit pas est dans la main de tous ceux qui produisent."
(Arnaud Montebourg, sur BFM TV, le 26 août 2012)
Alors, c'est-y pas qu'on va faire un effort sur les formations professionnelles, ou alors c'est que de la parlote et on va continuer à envoyer les mômes s'ennuyer à cent sous l'heure dans les lycées généraux ?

2.
"perpétuel carrousel" (Céline, p.258) : pour peu qu'on y songe, l'humain quelle formidable organisation! Et quel foutoir! C'est que sans cesse que le carrousel, on y fignole, on y oeuvre, on se le perpétue l'humain.

3.
"A tout prendre et sans prétention" (Céline, p.259) : C'est ce que, pour la plupart d'entre nous, nous avons appris, que le monde était pas autre chose qu'un gigantesque embarras dont il fallait éviter de se mêler, qu'il fallait y faire son trou et mener sa barque, sans plus de prétentions. Après tout est question de posture : avoir l'air de s'indigner quand c'est la mode de s'indigner ; avoir l'air d'être d'accord quand il est de bon ton d'acquiescer ; avoir l'air important aux yeux des imbéciles ; avoir l'air efficace aux yeux des puissants, ou, à défaut, de ses supérieurs hiérarchiques. L'important, la seule chose qui vaille, c'est le pain que l'on met sur la table ; le reste, c'est de l'arrangement avec les circonstances.

4.
"Ah ! il venait me secouer l'apathie !" (Céline, p.291) : les autres nous réveillent sans cesse, nous dérangent sans cesse, nous obligent sans cesse, nous la secouent sans cesse, l'apathie ! c'est la fraternité obligatoire, le de plus en plus pressant social ; plus on est, plus il y a à calculer ! "Indignez-vous !" qu'ils disent ! Oui, je m'indigne ! On est jamais tranquille !

5.
"que Guignol l'amuse même plus !..." (Céline, p.291) : la représentation multiplie les guignols. C'est devenu un métier, ça guignol. Le ridicule paie. Y en a de toutes sortes : guignol comique, guignol pitoyable, guignol ignoble, indigne, romantique, empathique, politique, philosophique, guignol dindon, guignol paon, coq, faisan, pigeon, aigle, faucon, une vraie volière !

5.
Le plus curieux, c'est que les guignols eux aussi sont efficaces : zont l'art de démolir. Voyez Strauss-Kahn. En dehors des tricts éléments administratifs de sa débandade juridico-politique, le voilà guignolé à jamais. Faudrait vraiment qu'il multiplie les pains, change la flotte en pinard et marche sur l'eau, pour espérer revenir sur le devant de la scène. Surtout que dans ces cas-là, vous avez toujours de bons amis pour rappeler à quel point vous êtes suffisant, incompétent, inquiétant, pas fiable, et mets-le lui puisque c't'un rat.

6.
"Enfin une chose sûre" (Céline, p.326) : il n'y a guère qu'un mathématicien pour oser cette formule ! Un romancier peut pas : le réel lui échappe ; il a beau essayer de le rattraper avec son filet à syllabes, il va infiniment plus vite, le réel, que c'est pas ça, pas tout à fait ça, qu'il invente, qu'il exagère, que sa prose est toute gonflée d'hyperboles, contaminée de métaphores, ou trop lacunaire. L'écrivain est un spécialiste du trop, comme du trop peu. Il n'y a que les chiffres pour dire vrai.

7.
Les idés courent les ondes, s'entrechoquent... heurts des savants carafons ; flots des paroles de la blablasphère universelle. C'est comique: suffit de pas tout prendre au sérieux, ni au tragique.

8.
"les émotions bouillent, bouillonnent, emportent tout !" (Céline, p.327) : on se promène avec un récipient à ras bord dans la poitrine, un rien suffit à le déborder (un regard, une parole, un contretemps). Après, on se trouve des raisons.

9.
Les humains, des bassines pleines de sang et d'affects qui passent et sans cesse s'entrechoquent.

10.
Dans la peau, sur le coeur, sur les nerfs, dans le nez ; les humains se tombent les uns dans les autres comme dans des pièges.

11.
Ce que rappelle la science, c'est que le paradoxe est un problème technique. Ce que semble indiquer la physique, c'est que c'est l'impossible qui est un problème technique.

12.
"quand vous passerez l'arme" (Céline, D'un château l'autre, p.151) : pas la peine de le préciser, l'à gauche de l'arme, on l'pige tout de suite ce qu'il veut dire, et puis il parle de sa mémoire qu'est pas modérée : une furieuse engueulade, sa mémoire à Céline, un combat des épouvantes et des grotesques, un pêle-mêle terrible. Résultat : on est quoi ? du
mémoratif conteur avant de la passer l'arme et de se faire oublier définitif.

13.
"je sais ce que je cause !" (Céline, p.247) et c'est, rapport à ce que le réel fait rien qu'à fuir, la seule chose dont on soit sûr, c'est que ce que nous causons on le sait, car sûr que nous causons : dès qu'il y a des esgourdes, on cause ; on sait pas forcément bien ce qu'on dit, mais on le dit avec force et autorité si possible. Voyez, le plus rigolo, c'est qu'on nous écoute.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 août 2012

 

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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 17:24

LILI FANTÔME
(cf D'un château l'autre, de Céline, folio n° 776, pp 164 à 175 ; les citations sont en italiques)

"sapristis sapeurs cachottiers !..." Ce style de fantaisie langagière, du Céline pur jus de langue, à dire choses cachées, enfouies planquées ; ô richesses du monde sous la peau des pierres, sous l'écaille du cauchemar ! les fabuleux trésors qu'on peut ni voir ni savoir, hyperocculte des qui échappent au regard, ceux qu'on peut même pas imaginer & structurent le réel autrement qu'on croit, qu'c'est sous une langue pareille, singulière, fantasque et fééerique à la façon des gothiques. Noir donc ce fééerique, tout à fait toxique & venimeux, langue de dragon, de corbeau, le malin piaf, le farceur funèbre, car c'est qu'il est farceur, savez-vous, le corbeau... Paraît qu'c'est le seul cas de bestiole dont on dit qu'il ferait des farces, pas des gentilles en plus qu'on dit, avec un humour de corbeau quoi !... En ça, il vaut le bipède réflexif... corbeau vaut l'homme... vu que l'homme, itou qu'il se joue tours et détours, et macabres farces, fatales même, cruelles, reptiliennes, sadiques même, que pas toujours qu'il en a l'air, l'homme & on lui donnerait le bon dieu sans qu'il se confesse, tellement il a l'air gentil, franc, honnête, sincère, serviable, aimable... Pourtant, regardez et vous verrez... & tout ça nous amène au labyrinthique oùsqu'il amène sa drôle de prose, Céline ; il y est maintenant dans la souvenance du dédale Hohenzollern, le château qu'il dit qu'il connaissait très bien ce château dans tous les coins, mais rien à côté de Lili... Lili, c'est son épouse... la danseuse, car y paraît qu'il n'aimait que les danseuses, Céline ; c'est sa légende érotique, que la souplesse des corps, et donc les longues jambes aussi, je suppose, n'aimait que ça, le souple & le flexible & le vivace que c'était rapport à son boulot de médecin peut-être... Lili donc, il précise bien que comme chez elle qu'elle était, qu'elle y était toute à son aise, la danseuse, aise étant très relatif ; je veux dire qu'elle s'y retrouvait, Lili, comme chez elle, fut pas paumée donc dans le labyrinthe ; tous les bizarres secrets tapisseries truquées, par exemple, à personnages livrant passage, elle maîtrisait Lili, dit Céline & qu'on se croirait dans Les Barbouzes, ce petit bijou d'ironie avec Blier, Blanche, Ventura - vous voyez quoi ? - & les répliques de Michel Audiard, Albert Simonin... du pur marrant que c'était ; pas marrant ce truc là du Hohenzollern-Château : les collabos y furent logés là par les Nazis, puisque c'était kaputt pour le Reich, même qu'ça sentait fort le roussi pour la clique à Laval, et Céline à son habitude vous met tout ça en féérique prose rythmique, que moi, toutes ces variations, formules, tout ce swing baroque, fioritures d'argot, que jacté par cézigue Céline seulement il a l'air d'être, me fait penser, cette zique unique au jazz, & même à Jimi Hendrix, le gusse étonnant qui vous remua dans tous les sens l'art de les faire strider, les six cordes de sa guitare électrique, les variations époustouflantes, mirobolantes, tourneboulantes qu'il en tirait, Hendrix, de sa gratte hurlurante, c'était prodige, tout à fait prodige, vertige & gouffre... A sa manière, Céline idem fit-il, vertige & gouffre pareil, escaliers à vrille, comme s'il avait voulu, Céline, se rattraper du Destin, de l'accumulation des erreurs, la rédemption par le style, genre j'ai fait le con grave, mais je vais vous faire du beau, du magnifique, que vous croirez pas vos mirettes... C'est qu'il s'est paumé un max, le Céline, s'est fasciné de sa haine... moi-même d'une porte l'autre je me paumais... je me fascinais sur les portraits, les tronches de la sacrée famille... Lui-même le dit, d'un machin l'autre que voilà qu'il se goure, & non seulement se goure, mais en outre se fascine ; c'est la tronche qu'il fait, le réel, ce concentré du passé, du présent, et de ce qui arrive qui le fascine, lui fait tout drôle dans la cogitation, & l'ailleurs dans l'autre... car remarquez comme il va souvent d'une chose l'autre & porte l'autre & couloir l'autre & château l'autre, c'est là qu'i s'paume, Ferdinand, dans le moment bref & crucial où il doit choisir entre autres cet autre où il va s'engouffrer ; après, i s'récupère à la lettre par l'écriture ; i revient sur ses pas par la souvenance ; i renie pas et fééerise... lui-même sur le i se met le point... c'est ce point qu'il va chercher dans le labyrinthe, dont il est à la fois l'architecte & le chroniqueur... ce point de fuite qui sinue et zigzague et traviole, particule aléatoire... La tête est une espèce d'usine qui marche pas très bien comme on veut...pensez! deux mille milliards de neurones absolument en plein mystère qu'il dit & sûr ! mystère, c'est bien le mot-clé ici pour pénétrer dans ce Château-Mystère plein de choses entre les points de suspension: beffroi du tout en l'air colimaçons pierres échelles bois salle d'armes armoires triple-fond... ça s'souvient chemin de traverse, avec un chat et son monde à eux, car les chats, itou les enfants et les dames, dit Céline, ont un monde à eux, comme Lili au Château tourneboulant, comme chez elle & jamais perdue, Lili que ça l'fait songer, l'écrivain : Je pensais, c'est vrai, à la façon qu'elle était là-bas comme chez elle... comme chez elle... Lili fantôme.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 août 2012


  

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 22:21

VOUS VOUS DIRIEZ EN OPERETTE

1.
Ce serait du Bonaparte, ce "le Destin c'est la Politique!" cité par le narrateur célinien (D'un Château l'autre, folio 776, p.154). Visionnaire donc, le caporal Massacre...

2.
D'un château l'autre p.154 : "je restais une minute de plus je le voyais !..." une minute de plus, de moins ; un nez plus court, plus long... le temps dose nos existences... une horloge lunatique rythme nos consciences... le narrateur célinien est un survivant des circonstances... mille fois l'occasion d'y rester... la camarde, ça la faisait marrer, peut-être, son ironie du style, au scribe dans les ruines.

3.
Un sentiment amoureux partagé synchronise pour un temps deux consciences... Après, ça se dérègle plus ou moins vite... qu'on court plus ou moins vite pour tenter de la resynchroniser, l'horloge commune.

4.
L'existence précède l'essence c'est-à-dire que la croyance précède le réel.

5.
Les gens y croient ; le réel tranche. Cou et guillotine.

6.
Les croyances des peuples peuvent être si fortes que les objets de ces croyances agissent aussi efficacement sur le réel que s'ils existaient.

7.
Le grand politique est celui qui arrive à faire évoluer la société en agissant sur les croyances des citoyens : Dieu, la perpétuelle paix, la fin de l'Histoire, la lutte des classes, la fin de la rareté naturelle, le triomphe de la Raison, les naïvetés ne manquent pas.

8.
"vous vous diriez en opérette" (D'un château, p.156)... se dire en opérette... expression intéressante... opéra-bouffe, la saga célinienne... opéra-pas-de-bouffe... évidemment, rapport à ce que scribe, littéraire antisémite, haineux vraiment, il pouvait pas faire réaliste, forcé c'était la guignolade, l'opérette mitée, l'écoeurante chorale, l'opéra catastrophe, la chanson méchante, la grinçante... vous me direz pourquoi s'intéresser à un salaud pareil alors qu'il y eut et y a tant d'écrivains très nobles, très humains, très solidaires de tout, très bien écrits, humanistes, civiques, tout à fait ce qu'il faut au renouveau subventionné du credo de la responsabilité artistique... oui, mais si ennuyeux, ennuyeux, ennuyeux, si bien élevés, si posés dans la prose, si assis dans le certain, si sans génie, si médiocres de talent, si tellement lisibles, utilisables, instrumentalisables à pédagogie, si trop premiers prix et droits naturels.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 juillet 2012

 

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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 12:32

UN COUP D'OEIL SUFFIT
(Notes sur D'un château l'autre, de Céline, folio n°776, p.138 à 142)

1.
D'un Château, p.138-39 : Céline, il délire, c'est entendu... Ses géniales proses, c'est du grand délire... du cauchemardant conté comme pour faire marrer... cauchemarrance... de l'affreux rêve ancré dans le réel... il songe, conte, caricature, barbouille précis à la Gen Pol, son peintre pote d'avant la guerre, à coups de... il pochade et croquignole... dans ce passage, il a un accès de paludisme... ça lui force le délire... "je m'emmêle... mêle..." qu'il dit... "le Bas-Meudon... Siegmaringen..." et puisqu'il délire de toute façon, il en profite pour rappeler que ce qu'il veut, c'est "remémorer", qu'on le laisse... qu'il a des prétentions à l'Histoire ; je cite : "Nordling qu'a sauvé Paris a bien voulu me sortir du gniouf... que l'Histoire prenne note !... on est mémorialiste ou pas !..."

2.
p.140 : "vous verrez un peu ce que je veux dire !"

La littérature est-elle un vouloir dire sans cesse remis ? ajourné ? et puis le "un peu"... on ne peut tout saisir. Ce qui déclenche l'écriture, l'ensemble des circonstances, reste ignoré... les mots ne peuvent dire plus que ce qu'ils disent... c'est le tracas du chroniqueur : il ne peut jamais tout à fait se faire comprendre.

3.
p.141 : l'aveu est-il sincère : "Oh ! que j'étais bien décidé à plus rien écrire !..." j'y crois pas... le style de Céline, c'est de la musique... percussion ! avec un drôle d'orchestre dans les trous... virtuose, comment aurait-il pu renoncer à ça qui l'agitait ? Tarentelle, sa plume... tarentelle morbide... ça danse, swingue au-dessus des gouffres qu'il s'est aménagé... après, il peut se trouver des raisons : "la vanité m'houspille pas ! mais le gaz, les carottes, les biscottes..." Voyage au bout de la nuit lui avait rapporté des sous... beaucoup... A Meudon qu'on dit qu'il était vraiment pas riche, il devait avoir la nostalgie pécuniaire... tricard comme il était, blacklisté, pas bien vu du tout, il avait aucune chance... s'est acharné tout de même... c'est que sa musique était plus forte.

4.
p.142 : "la condition du monde entier !... c'est-à-dire... c'est-à-dire :"

Comme il le redit, son "c'est-à-dire", qu'il le souligne donc que le monde est un "c'est-à-dire". La littérature est un vouloir-dire, et le réel un c'est-à-dire. Le réel est tout là-dedans, dans ce qui est dit : chaque phrase est une invention du réel, et dans ce qui est-à-dire : le réel est d'autant plus complexe que sont complexes les phrases qui l'inventent, ce monde du c'est-à-dire.

5.
Les étants ne se commentent pas entre eux ; ils s'opposent avec indifférence.

6.
Le réel est peuplé d'organes de la parole reliés à des boîtes à conscience. Ces appareils sont montés sur des torses à bras et jambes qui circulent en tous sens. Les organes de la parole sont munis de bouches qui émettent des messages sur le c'est-à-dire du monde. Ces messages étant d'une infinie variété, ils se contredisent fatalement. Ce qui fait que les organes de la parole entrent si facilement en conflit entre eux. Les bras et les jambes peuvent alors être utilisés comme des armes ou porter des armes. La gamme des conflits est elle aussi très grande. Elle peut aller de la simple remarque à la destruction massive. Cependant, les organes de la parole sont aussi reliés à des organes de reproduction. Pour faciliter cette reproduction, les bouches émettent des messages érotiques (on appelle cela "parler d'amour", ou encore "faire la cour", ou "flirter", ou "draguer). Ce qui fait que malgré les destructions massives induites par l'opposition des messages entre eux, le nombre d'organes de la parole tend à se multiplier de telle sorte qu'à vrai dire l'on ne s'entend plus.

7.
"c'est-à-dire : les femmes de ménage qui font tout !" (p.142)

Le monde est le ménage du monde. Ironie très grande ; ce ne sont ni les savants, ni les hommes d'Etat qui font le monde, mais les "femmes de ménage"... les secrétaires portent bien leurs noms : ils, elles, sont les gardiens des secrets du monde... les femmes de ménage, l'air de rien, y ont accès à ces secrets... le destin du monde est lié à l'ordre des bureaux... même aujourd'hui qu'on est si électroniquement équipé pour tout garder, sauvegarder, surveiller, bien des révélations se jouent sur un coup d'oeil... un coup d'oeil suffit.

8.
Je viens d'entendre sur France Culture cet aphorisme intéressant de Sylvain Tesson : "Un jour, tous les chemins se vengeront d'avoir été battus." Que voulez-vous, si ça m'amuse...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 juillet 2012

 

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 00:26

AUTHENTICITE DU MENSONGE

1.
"tout ça était bien fabuleux..."
(Céline, D'un château l'autre, folio 776, p.127)

"tout ça était bien fabuleux..." qu'il dit le narrateur célinien. On remarquera que ce qu'il trouve fabuleux, c'est ce qu'on lui raconte, le récit de La Vigue sur Caron, le bateau-mouche à macchabées, l'épique sinistre... Céline a fait un drôle de boulot : il a fabulé le pire de l'humain... je veux dire le vrai pire... celui du meurtre généralisé de la Guerre Mondiale et ses conséquences sur les individus... avec un drôle de point de vue encore... celui du type qu'a choisi le mauvais camp... drôle de chose... je peux comprendre que certains trouvent ça insupportable... nécessaire cependant... il a fait parler le génie de la langue... la Cassandre et la Sibylle, toutes flanquées dans les syllabes qu'elles sont, planquées du commun, il leur a fait dire... allez pas chercher de morale ; la vision n'a pas de morale... ni de vérité... c'est juste du phénomène... c'est ça qui est précieux, ce regard singulier... phénoménal... quasi incomparable, outre mesure.

2.
D'un château, p.128 : Il évoque le "colosse à la rame", le fameux Caron dans le bateau-mouche... c'est ainsi qu'il s'apparaît, le mythologique, dans sa prose piquée des vers à Céline... y a même des métamorphoses... "que je remonte là-haut tout morpion" qu'il écrit... c'est qu'il est aux Enfers alors ? Au bord du Styx, harangué des ombres... "en sorte de mi-araignée?" qu'il se demande... le réel lui échappe au narrateur... il féerise, fantasmagore, il charge la barque, il caricature, à dada, Excalibur ! Tranchons dans le noeud des phrases... ça secouera les fantoches qu'il pense... c'est qu'du peut-être... y a c'qu'y a qu'est terrible... mais quand même, on peut détester, ça reste assez chevalier, non ?... sabreur baron... hussard halluciné fonçant dans sa propre féerie... sinistre forcément... pensez donc, un hussard...

3.
Ce qu'il promet, page 130 du Château, le narrateur célinien c'est de parler, de tout bien expliquer "avant que les mensonges s'y mettent"... "racontars de gens qui jamais y foutirent les pieds"... tout de même gonflé... comme si on allait le croire... comme si on allait pas le croire... C'est que l'objet d'une telle langue n'est pas la vérité historique, mais la vérité du point de vue, l'authenticité de la façon dont elle peut l'inventer, la langue, la vérité.

4.
D'un château p.133, le narrateur nous fait part que sa moitié, Lili, "toujours elle a été sceptique, même de ce que je lui prouve, Lili..." et qu'en conséquence, il allait pas lui raconter cette histoire de bateau-mouche à fantômes... non, c'est au lecteur qu'il raconte, ça, l'incroyable.

5.
Le narrateur, c'est du "moi là toujours" (D'un château p.135). C'est la responsabilité de l'auteur de pérenniser cette présence. Par le style. Après, que le narrateur dise vrai, dise faux, c'est du ressort de la langue. La vérité est dans le labyrinthe.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 juillet 2012

 

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 00:43

MAIS OU DONC ?

En italiques le Céline, le mourdreux du Château l'autre... en italiques, comme une averse qui vous dégringole quand zêtes dehors, que vous rentrez pour bouquiner... Qu'est-ce que c'est devenu tout ça ?... je vous demande ?... les artistes, et la frime ?...à présent ?...et la foule ?... et la pluie... que de pluies !... A les lire, ces lignes, je me repique au songe... Le devenu tout ça célinien, c'est c'que nous connaissons tous, visages, lieux, et des prénoms, des anecdotes, des gens qui nous étaient quelque chose un peu... puis le temps passe, dispatche, disperse ; puis parfois on se demande où ils sont ; puis que ça passe si vite... où donc les lieux d'hier, places du marché, soleils d'il y a des lunes, magasins, marques, enseignes... Certaines choses, on les trouve plus là où on les trouvait jadis ; d'ailleurs, le jadis, on peut pas le trouver... Son blaze, en vrai, au jadis, c'est nulle part... dans le je n'sais où qu'c'est passé tout ça, vyniles, Celtiques & puis les carrés de menthe qu'on croquait et qui fondaient, inondant la bouche de leur goût blanc. Et puis, et puis évidemment, c'est qu'il y a la pluie... que de pluies !... C'est qu'ça file la métaphore... la pluie du temps... il passe... il pleut... et le temps passe... et il pleut encore, et les visages s'effacent dans cette pluie qui ne finit pas d'en barrer des calendriers. La pluie... Je la regarde tomber... Je me demande où que ça passe le temps, où que ça va, hier... où ça... où, les lisses visages des camarades de classe & tous ces professeurs... celui-là qui venait du Sud, c'était quoi son nom déjà ?... et Monsieur xyz, avec ses cravates qu'on disait nous, mômes égotistes, qu'à la cravate à pois, sûr on y avait droit à l'interrogation écrite, & celle-là, la jolie Mademoiselle de Français, elle si jeune alors... on s'en rendait pas compte... Elle doit être à la retraite... Doit y en avoir un paquet qu'c'est plus qu'osses maintenant... et puis des souvenirs... avant que nous-mêmes, on soye plus qu'osses & souvenirs dans le crâne de ceusses qui viennent après, et qui, eux aussi, seront osses et souvenirs, jusqu'à ce que plus rien qu'il y aura... plus rien... que pluies... puis même plus.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 juillet 2012

 

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