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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 18:39

UN SAC DE BILLES NOS POMMES

 

1.

« Oh ! que tout m'est accidentel !

Oh ! j'ai-t-y l'âme perpétuelle !… »

(Laforgue, « Complainte des crépuscules célibataires »)

 

Des fois on s'dit ah bin c'est pas de chance ou bien que tout arrive comme tombé du hasard qui plane là-haut (i nous voit pas).

 

Qui plane et qui fait comme il veut et quand je dis faire, faut dire que parfois, le hasard est bien emmerdant.

 

Vous y croyez vous qu'y a des « âmes perpétuelles » qui continuent à traîner les rues comme vous fîtes de vot' vivant ?

 

2.

« Ô lointains balafrés de bleuâtres éclairs »

(Jules Laforgue, « Le Concile féerique »)

 

Ecoutez voir comme elles vous rythment le ternaire, les séquences [fr] et [tr] ! C'est le ciel aux petits oignons d'orage, un vers du tonnerre !

 

3.

Parfois, c'est comme si le gars debout dans l'entr'ouvert de la porte et qui vous regarde de ma caboche, l'était juste un peu décalé.

 

4.

Des fois y a des mômes ils ont du triste plein les yeux comme s'ils portaient déjà des choses mortes dans leur tête.

 

5.

« L'Archet qui sur nos nerfs pince ses tristes gammes »

(Laforgue, « Sieste éternelle »)

 

Qu'on dirait du quatuor à cordes dans un lent paysage à feuilles mortes qui se décompose sourdement.

 

6.

« Aux refrains automnals d'un vieil orgue éreinté »

(Laforgue, « Hue, carcan ! »)

 

Le genre de vers qui m'évoque l'aigre turlututu turlutiti de quelque limonaire dans un vieux film, du passé en noir et blanc.

 

7.

Le problème est que le temps passe. Ah si le temps ne passait plus, comme nous pourrions bah nous ne serions que des dieux suspendus.

 

Et si, suspendus à nos lèvres, les dieux attendaient que nous prononcions leurs noms pour ne pas plus exister que si nous n'avions rien dit.

 

8.

Jules LAFORGUE :

 

"A UN CRÂNE QUI N'AVAIT PLUS SA MÂCHOIRE INFERIEURE

 

« Mon frère ! - où vivais-tu ? dans quel siècle ? Comment ?

Que vécut le cerveau qui fut dans cette boîte ?

L'infini ? la folie ? ou la pensée étroite

Qui fait qu'on passe et meurt sans étonnement ?

 

Chacun presque, c'est vrai, suit tout fatalement, 

Sans rêver au-delà du cercle qu'il exploite.

L'ornière de l'instinct si connue et si droite,

Tu la suivis aussi, - jusqu'au dernier moment.

 

 Ah ! ce moment est tout ! C'est l'heure solennelle

Où, dans un bond suprême et hagard, tu partis

Les yeux grand éblouis des lointains paradis !

 

Oh ! ta vie est bien peu, va ! si noire fut-elle !

Frère, tu crus monter dans la Fête éternelle,

Et qui peut réveiller tes atomes trahis ?"

 

(Jules Laforgue)

 

9.

« Mon frère ! - où vivais-tu ? dans quel siècle ? Comment ?

Que vécut le cerveau qui fut dans cette boîte ? »

(Jules Laforgue, « A un crâne qui n'avait plus sa mâchoire inférieure »)

 

Déjà le narrateur s'adresse à un crâne qu'il pourrait trouver mieux car s'il croit qu'c'est l'os qui va lui répondre il peut toujours courir.

 

Quand on dit qu'on peut toujours courir, c'est pas qu'on peut toujours courir qu'à force on risque d'être fatigué voire même mort cardiaque.

 

D'ailleurs, où il l'a trouvé, l'aut' à Laforgue, ce crâne hein il doit être dans une faculté de médecine qu'il philosophe au lieu d'étudier.

 

On voit que le narrateur philosophe qu'il l'appelle son « frère », ce crâne, comme si les morts étaient nos frères faut être fou fieffé philosophe qu'les morts c'est les morts et pis c'est tout.

 

10.

« L'infini ? la folie ? ou la pensée étroite

Qui fait qu'on passe et meurt sans étonnement ? »

(Laforgue)

 

Sérieux, je me demande à quoi ça sert d'interroger les crânes comme ça et à quoi ça sert d'écrire qu'on interroge des crânes comme ça et à quoi ça sert d'écrire des trucs sur ceux qui interrogent des crânes comme ça puisque, franchement, le jour où nous-même on sera plus qu'not' crâne, personne ne viendra nous interroger comme ça.

 

Ou alors le fantôme à Laforgue, mais j'y crois pas.

 

Si ça se trouve, c'est pas le crâne qu'il questionne mais lui-même qu'à force de penser des trucs comme ça je vais attraper mal à la tête.

 

Et si c'est lui-même vu qu'il cause (même qu'il écrit avec les mots qu'il cause) c'est le langage qu'il questionne, la langue du crâne non.

 

Après on a le choix : « l'infini » (c'est long), « la folie » (c'est pas pratique) ou la « pensée étroite » (ça court les rues).

 

Quand on pense pas trop on s'étonne de pas trop puis qu'on est mort qu'on s'en rend pas trop compte et les autres pas trop.

 

L'infini ça effare surtout les « œil bleu » comme dans le poème à Rimbaud où il écrit : « Et l'infini terrible effara ton œil bleu ».

 

Quant à la folie des fois c'est quand on en arrive à parler à des crânes voire à son crâne pis qu'on l'appelle « mon frère », ah l'vieil os.

 

11.

« Chacun presque, c'est vrai, suit tout fatalement, 

Sans rêver au-delà du cercle qu'il exploite. »

(Laforgue)

 

Qu'on « suit tout fatalement » c'est fatal, que si on suivait pas, on n'y arriverait pas à passer tous ces fatals là qu'on appelle la vie.

 

« au-delà du cercle qu'il exploite » écrit Laforgue que l'exploitation du cercle, c'est la géométrie que c'est pour ça qu'il y eut un illustre qui a dit « Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre » que sinon on peut pas faire partie du cercle des exploitants du cercle.

 

12.

« L'ornière de l'instinct si connue et si droite,

Tu la suivis aussi, - jusqu'au dernier moment. »

(Laforgue)

 

Qu'on est comme de l'animal alors tout instinctif dans le connu et le tout droit sinon on s'paume dans l'humain et le quasimodesque.

 

Le crâne c'est comme un chien, ça vous suit jusqu'au dernier moment, et comme un chien des fois ça fugue qu'vous en avez des absences.

 

13.

« Ah ! ce moment est tout ! C'est l'heure solennelle

Où, dans un bond suprême et hagard, tu partis »

(Laforgue)

 

Puis le narrateur dit que « ce moment est tout » il veut parler de l'heure de sa mort à nous tous qu'ça fait beaucoup de ah ce moment est tout !

 

Bon, on passe son temps à courir après des moments qui seraient tout que le seul qui soit vraiment « tout » c'est quand tout est fatal fini.

 

Que ce moment soit « tout », c'est genre point ultime, « suprême », « heure solennelle » écrit le narrateur que ça fait un peu curé quand même.

 

J'avais envie avec la solennelle là d'écrire « le tarte narrateur » mais en fin de compte c'est idiot je trouve.

 

14.

« Où, dans un bond suprême et hagard, tu partis

Les yeux grand éblouis des lointains paradis ! »

(Laforgue)

 

Je sais pas si quand on meurt on part « les yeux grand éblouis des lointains paradis » genre qu'on mourrait dans un flash de je-n'sais-quoi.

 

Qu'à mon avis on doit partir dans un grand renfrognement plus ou moins douloureux de tout son être.

 

Qu'on doit partir comme si Dieu nous chiffonnait et nous fichait dans la noire poubelle du noir néant.

 

15.

« Oh ! ta vie est bien peu, va ! si noire fut-elle ! »

(Laforgue)

 

Avez-vous remarqué que plus on est, moins on compte et que d'plus en plus, notre vie est « bien peu » ?

 

Je n'aime pas les politiques, ce ne sont guère que les administrateurs du « bien peu », les gérants du surnombre.

 

Et d'administration débile en gérance douteuse, voilà que nos chers politiques nous ont amené l'extrême-droite aux portes du pouvoir.

 

Je n'aime pas grand monde, et je me rends de plus en plus compte que je me dois surtout à moi-même, - « Solidarité » ? vieil os !

 

Les vies « noires » que parfois il me semble que le passé n'est jamais qu'un agrégat de vies noires d'où n'émerge que bien peu de lumière.

 

16.

« Frère, tu crus monter dans la Fête éternelle,

Et qui peut réveiller tes atomes trahis ? »

(Laforgue)

 

On est souvent franchement que dans le « t'as qu'à croire » qu'en fin de compte, la fête nous passe sous le nez que moi j'en veux pas.

 

Le poète finit son sonnet par l'expression « atomes trahis » qu'le fatal, c'est la déception qu'on a d'piger que tout est rien, rien du tout.

 

Qu'l'humain, c'est du trahi par l'infini, c'est pas douteux qu'on en a peut-être des fois je sais pas du malaise non dans la conscience.

 

Un sac de billes nos pommes que la môme Zut paume dans le néant qu'ça roule et s'perd partout où elle passe là l'air de rien en chantonnant.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 12 octobre 2016.

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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 12:28

DANS LAFORGUE Y A CECI CELA QU'ÇA FAIT DES VERS

 

1.

Dans Laforgue y a du « se grignote lui-même » que sans doute qu'on et puis grignoti-grignota lève la queue et puis s'en va.

 

2.

Dans Laforgue y a de « l'automne morose » qu'on s'traîne l'ennui dans les ombres qui s'allongent et vous mangent le moral.

 

3.

Dans Laforgue y a du « Tant la vie à terre elle est bonne » et vaut mieux pas aller trop gratter à la porte d'l'aut'côté qu'y a rien derrière.

 

4.

Dans Laforgue y a du « Vous vous teniez dans un coin debout » qu'le réel il est pleins d'coins et de bipèdes debout qu'on voit pas toujours.

 

5.

Dans les coins des fois des bipèdes debout i vous regardent de leurs yeux sans regard et attendent sans attendre d'autres fantômes à venir.

 

6.

« Un trou, qu'asperge un prêtre âgé qui se morfond,

Bâille à ce libéré de l'être ; et voici qu'on

 

                              Le déverse

                                  Au fond. »

(Jules Laforgue, « Complainte de l'ange incurable »)

 

7.

Dans Laforgue y a du « trou, qu'asperge un prêtre âgé qui se morfond » qu'ça doit ennuyer à force ça de ranger des autres dans la terre.

 

8.

Je me demande des fois si les prêtres i s'disent pas qu'ils marient des morts, des morts reproducteurs, des administrativement actifs.

 

9.

Dans Laforgue y a du « monde enfantin dans l'Inconnu lancé » qu'on finira par savoir et qu'on en sera bien épouvanté allez.

 

10.

Dans Laforgue y a du soleil qui sonne ses « fanfares » qu'on s'écoute dans la tête un jazz-band sonner des bouts d'ritournelles sans nom.

 

11.

Dans Laforgue y a du « Ah ! tout le le long du cœur » qu'on se l'étire mélancoliquement le cœur qu'on s'élastique l'hélas se le caoutchouque.

 

12.

Dans Laforgue y a du « blond cadavre aux vitreuses prunelles » que ça m'rappelle des affiches de série z, des couvertures de polars.

 

13.

L'art mauvais genre c'est un genre de religion sans dieu qui repose essentiellement sur la fascination qu'la mort hein la mort hein

 

14.

Dans Laforgue y a du « flagellé par le vent des siècles voyageurs » qu'les siècles c'est du vent l'Histoire c'est du vent et qu'en fin de compte tout finit usé jusqu'à plus rien.

 

15.

Sûr qu'ça finira par le plus plus rien et pas les mots pour le dire (sauf peut-être dans un volapük intergalactique mais c'est pas sûr).

 

16.

Dans Laforgue y a des « lunologues éminents » qu'ça doit être des spécialistes du rien qui souffle dans nos caboches creuses.

 

17.

Dans Laforgue y a « un piano voisin joue un air monotone » qu'on s'imagine l'pianiste s'alourdir des yeux et sombrer dans l'clavier Rrrron !

 

18.

Tiens Régis Debray cause à la radio du « Sens de l'Histoire » que mon cher monsieur qu'ça finira par l'administration du surnombre et voilà.

 

19.

L'administration du surnombre qu'on y est déjà qu'on sait plus quoi faire des gens qu'ça commence à s'massacrer ici et là comme au Moyen-Age.

 

20.

Le monde est simple, on fabrique des armes pour se défendre des ceusses-là à qui on les vend et qui finissent par les utiliser les bougres.

 

21.

Dans Laforgue y a d'la « pieuvre Spleen » qu'on se sent des fois tout tentaculé et comme immobilisé et qu'on reste à rien d'autre que rien.

 

22.

Dans Laforgue y a l'azur « possédé du mètre et du pendule » que quoi qu'il fait, le Professeur Tournesol, à funambuler ainsi sur la corde tendue de l'horizon ?

 

23.

La fonction des experts est de prévoir l'imprévisible qui n'a pas manqué d'arriver et qu'on n'a d'ailleurs pas vu venir.

 

24.

Au pays des aveugles, y a des borgnes, des fois, on finit par leur crever les yeux.

Note : En l'occurrence, un seul oeil suffit, faut dire c'qui est !

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 8 juillet 2016

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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 11:06


MARRAINE LA LUNE A M'DONNE JAMAIS D'ETRENNES

 

1.

« Si j’étais un loup ou un loup garou, je ferais de toi ma lune
Pour venir faire des ouuuuuuuuuuhhhh »

(Pablo Krantz in https://pablokrantz.bandcamp.com/track/des-chats-des-lapins-et-des-canards-gatos-conejos-y-patos)

 


2.
« Ah ! La Lune m'obsède, la Lune m'obsède…
Croyez-vous qu'il y ait un remède ?

Morte ? Se peut-il pas qu'elle dorme
Grise de cosmiques chloroformes ? »
(Jules Laforgue, « Jeux »)

3.
Y en a donc, j'vous dis ça tandis que Zut s'acharne à faire avaler au piano des nocturnes impossibles, donc y en a d'ces Laforgue, d'ces Corbière, d'ces Verlaine, et d'autres curieux encore, pour se fasciner de cette tarte à la crème, de cette crêpe des insomniaques à s'en obséder le carafon, et s'la seriner tiens, comme Jules Laforgue dans « Jeux », même que c'est tout des distiques :

« Ah ! la Lune m'obsède, la Lune m'obsède…
Croyez-vous qu'il y ait un remède ? »

à s'en croire malade, tombé à jamais dans l'ironie lunaire, dans le chaudron invisible d'où sortent les songes et les grimaces, dans le piano qui joue tout seul dans leur caboche – j'vous dis ça rapport à la Zut qui s'est mise à chalouper des blues sur son clavier, que ma pomme, c'est toute cette sonore cocasserie à tristesse, tic-tac élastique, qui commence à m'obséder - qu'on pourra leur faire remarquer que leur  lune, leur caillou majuscule, leur marraine la Lune, leur étoilée chevalerie, c'est jamais qu'une morte, qu'ils vous répondront poétiquement et en ouvrant grand leurs yeux à voir des choses qu'on voit pas (les poètes, des fois, i doutent même plus) :

« Morte ? Se peut-il pas qu'elle dorme
Grise de cosmiques chloroformes ? »

Bin tiens, mon neveu, même que quand elle se réveille, elle étend ses pattes et ses griffes puis mange des croissants.

4.
Des fois, la Zut s'acharne à faire avaler au piano des nocturnes impossibles, des rêveries d'chasse aux coins-coins sous la lune émiettée.

5.
La lune, quelle tarte à la crème des poètes, quelle crêpe alors pour confiture de rimes, quel masque blanc avec personne derrière.

6.
La lune, y en a qui s'en obsèdent le carafon, façon Laforgue, Corbière, Verlaine et d'autres curieux encore pis qu'c'est juste qu'un mot.

7.
On a beau demander, qu'on finit par s'en faire chanson, des trucs-machins-bidules à la Lune, point causeuse, a vous répond jamais, la pâle.

8.
« Tu es dans la lune ? » me demande-t-elle et rayonnante.

9.
« Clara veut la lune
Il m'arrive de refuser. »
(Alain Chamfort chante ça dans « Clara Veut La Lune », c'est amusant)

10.
On les dirait trempés dans l'ironie lunaire, promenant dans le réel une distance de la terre à la qu'i zont l'air de plus trop nous voir.

11.
La lune, y a une auberge espagnole dessus ! C't'une farce, la lune, une comédie sans réplique.

12.
La nuit qu'on tombe dans le chaudron où qu'ça mijote, tout ça d'nos songes et grimaces.

13.
Comme je lui remarquai un détail étonnant, le tableau me répondit : « Ce n'est pas à un vieux songe qu'on apprend à faire des grimaces ».

14.
Y en a, on dirait qu'ils sont tombés dans un piano qui joue tout seul dans leur caboche ; zont l'air de n'écouter que leur propre musique.

15.
Des fois, la Zut, a chaloupe des blues, a sourit toute seule au tic-tac élastique d'la balade d'ses mains sur les touches.

16.
La phrase, faut qu'elle sonne comme un trait au piano, comme un riff, une incise, sinon autant écrire des prix littéraires.

17.
J'aime bien les belles anglo-saxonnes chansons, surtout quand elles sonnent cocasses et mélancoliques.

18.
Et puis la Lune étendit sa large majuscule dans les rues, que ça vous fit du Nosferatu plein les murs.

19.
Leur caillou majuscule, leur marraine la Lune, leur chevalerie étoilée, c'est jamais qu'une morte, et même pas princesse.

20.
Et puis le soleil des loups dévora tous les visiteurs du soir, les chevaliers de la lune, et n'en laissa pas une ombre.

21.
Y en a, ils ont les yeux à voir des choses qu'on voit pas ; enfin des fois, comme dit ma fantôme, zont juste l'air, et pas la chanson.

22.
J'aime bien sa dernière toile. Elle vous montre la Lune au réveil, étendant pattes et griffes puis dévorant des croissants.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 octobre 2015.

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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 20:23

PENSES-TU !

 

1.

« Pense-t-elle au Bonheur,

Au Bonheur à tout prix

Disant : tout plutôt que mon cœur reste ainsi incompris ? »

(Laforgue, « Noire bise, averse glapissante... »)

 

2.

Pense-t-elle ? Penses-tu !

Pense-t-il ? Pas plus.

 

3.

Pense-t-elle, cerveau c'te bête dans sa boîte, perspicace vivace et qui vous pond de ces mondes oh de ces mondes !

 

4.

Bonheur, qu'on en veut sa part de yop-la-boum pis qu'on est tout contrit consterné déconfit bref tout con quand ça n'vient pas.

 

5.

« Je t'en ficherai, moi, des à tout prix » qu'elle râle Zut en cherchant sa fronde à géants.

 

6.

Tout a un prix dit-on, que fixent secrètement les diplomaties.

 

7.

« tout plutôt que mon cœur reste ainsi incompris ? »

(Laforgue)

 

Alexandrin. Très sobre. Ternaire comme un S.O.S lumineux là-bas tout au fond d'la pluie.

 

8.

Tristement : j'aime cet adverbe qui semble traîner la patte dans un flot de feuilles mortes.

 

9.

Rester : j'aime bien comme la séquence « r »+ voyelle + « st » bruisse, façon automne.

 

10.

Je reste tristement, dans l'ici je demeure.

Voyez comme j'alexandrine et me lamente

Si vous saviez comme j'ai envie d'une bière.

 

11.

« La Lune se lève,

O route en grand rêve !... »

(Laforgue, « Solo de lune »)

 

12.

« Solo de lune » : beau titre, ô Laforgue, qu'elle flûte la lune, qu'elle saxophone velours, qu'elle le fait frémir, son silence.

 

13.

Grande cymbale muette ! Soleil ! Ou alors le doux frémissement de la Lune.

 

14.

La Lune palpite doucement, secrètement ; et elle sourit aussi, de nos naïvetés.

 

15.

La face cachée de la lune ? Eh ! Miss Foudre y tisse ses masques d'ombre.

 

16.

« Le ciel pleut sans but, sans que rien l'émeuve,

Il pleut, il pleut, bergère ! sur le fleuve... »

(Jules Laforgue)

 

17.

Le ciel, qu'y a-t-il à l'intérieur du ciel ? Des boyaux bleus, des organes noirs ? Des océans qui s'interpellent ? Des échos sans fin ?

 

18.

Pleut plic ploc pleut sur les ploucs les VIP les vamps pleut des as de pique ça fait des flaques qu'ça gèle qu'ça glisse jusqu'à ce qu'on s'casse kekchose.

 

19.

Sans but qu'on boffe qu'on bute le temps pis dans des boîtes vides, qu'on fume en regardant passer les gens le long de la rivière de cassis.

 

20.

Sur l'eau la brume tisse un genre de chorale spectrale. Sur le pont je passe. J'ai envie d'une bière.

 

21.

Des fois on est sans que rien nous ou même nous c'est drôle comme on est des fois surtout quand on n'y est pas alors rien non rien ne nous.

 

22.

Pleut plic ploc pleut sur les VIP les RIP les vifs les vides les fripés et les lisses ça fait des flaques patientes qui vous guettent le bas d'pantalon.

 

23.

« Il pleut, il pleut, bergère !

Rentre tes blancs arpions »

qu'elle braille la Zut en marchant vite vers des vengeances indicibles.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 12 septembre 2015.

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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 23:06

ET L'ON SE SALUE ET L'ON FEINT

1."Et l'on se salue, et l'on feint..."
(Jules Laforgue, "Célibat, célibat, tout n'est que célibat")

2.
Des fois, le Sphinx, i s'en remémore, des mimeries devant ses crocs... ça danse en éclats... Ruisselet qui mime fleuve ne gonfle que par reflets.

3.
"Prolixe et monocorde,
Le vent dolent des nuits"
(Jules Laforgue, "Autre Complainte de l'orgue de barbarie")

4.
Des fois, le Sphinx s'évoque le prolixe et le monocorde des réponses vaines; du vent, du vent dolent qui s'en va par sa nuit.

5.
Des fois, le Sphinx versifie comme un peintre du dimanche :
"O le fleuve noir est plein de mains blanches !
Et de bagues qui brillent sous la lune saignante..."

6.
Des fois, dans son sommeil, le Sphinx entend des voix
Austé dudé, a leuou lamor
Au sté du dé, a leuou la mort
A l'heure ouverte, la mort apporte sa clé.

7.
"cerveau confit" : tête de lard.

8.
"Et voici que des bleus sous-bois ont miaulé
Les mille nymphes"
(Jules Laforgue, Le Concile féerique" [Le Choeur])

9.
"Et celle dont l'âme est gris perle"
(Jules Laforgue, "Le Concile féerique" [L'Echo])

J'aime qu'à l'âme on allie le gris de la perle, même si ça fait huître.

10.
"En vain vous espérez qu'un dieu vous le renvoie"
(Racine, "Phèdre", II,3, v.625 [Phèdre])

C'est que l'existence n'est pas une partie de volley-ball avec le trépas pour filet.

11.
"Ne souffrons pas que Phèdre, assemblant nos débris"
(Racine, "Phèdre", V,1, v.1368 [Hippolyte])

J'imagine bien la longue longiligne à tête tragique de traits tirés partout, ramassant au ramasse-poussière, à la pelle, à la brouette, des tas de débris de tas de gens éparpillés par le passage du Sphinx.

12.
"Les océans soudain sèchent leurs flots hurleurs"
(Jules Laforgue, "Résignation")

13.
Sur le fil tendu de l'horizon, pincé d'soleil, les flots hurleurs sèchent leurs grands linges claquants.

14.
Un jour, y a plus personne; le buffet a bouffé grand-mère.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 juin 2014

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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 12:42

EN BAISSANT LES VOLETS

1.
J'eusse aimé être cette "vive lumière aux brillants éclairs" que je trouve au détour d'une phrase du Chevalier de Méré; hélas, souvent, je me sens sombre comme un piano désaccordé dans une maison désertée.

2.
"Il semble que le long usage de la vie leur ait désappris à vivre parmi les hommes".
(Saint-Evremond)

Ainsi, vivre c'est aussi désapprendre à vivre.

3.
"et l'on est souvent satisfait de l'être par soi-même"
(La Rochefoucauld)

Ce "de l'être par soi-même" me ravit.

4.
"Blancs enfants de choeur de la Lune,
Et lunologues éminents"
(Jules Laforgue, "Pierrots")

La lunologie est une discipline où j'ai souvent excellé, si l'on entend par là que j'y fus plus souvent qu'à mon tour.

5.
"Soudain, coup de vertige"
(Jules Laforgue, "Eclair de gouffre")

Le vertige, gong mangé par la brume et qui vous étourdit d'un coup soudain.

6.
"J'allais, au spleen lointain de quelque orgue pleurard"
(Jules Laforgue, "Les boulevards")

C'est que, voyez, je m'entends de loin.

7.
"Je regarde sans voir fouillant mon vieux cerveau"
(Jules Laforgue, "Spleen")

8.
"Je regarde sans voir", j'me taupe, j'me noire-mare, j'me blacke les globuleux, et pis "fouillant mon vieux cerveau", je tâtonne dans l'enfoui.

9.
"Tu verras, c'est un rêve. Et tu t'éveilleras"
(Jules Laforgue, "Complainte des formalités nuptiales")

Et tu t'éveilleras, luneux berlueux, pour glisser dans un autre rêve.

10.
"Chante: Moi ! Moi ! puis s'éparpille, ridicule !"
(Jules Laforgue, "Complainte du Temps et de sa commère l'Espace")

11.
Des fois, le Sphinx chante "Moi ! Moi !" en tapant sur des instruments d'nos osses et des tambours d'nos peaux.

12.
"Il eût fait parler Dieu ! - sans ses poumons pourris".
(Jules Laforgue, "Les têtes de morts")

13.
Des fois, le Sphinx fait parler Dieu; c'est-à-dire qu'il se flanque sur la paluche un guignol, puis il ventriloque, le Sphinx, avec une voix de tous les diables.

14.
"Et moi, je suis venu, détestant la lumière"
(Racine, "Phèdre", V,6, v.1589 [Théramène])

15.
Des fois, le Sphinx, i se pointe, détestant la lumière et tout ce qui s'agite dedans. Alors, le Sphinx baisse les volets et la nuit tombe.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 juin 2014.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans notes sur le grand Jules
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