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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 13:43

COMME SI ET MÊME COMME ÇA

 

1.

« à la volonté le miroir où elle prend connaissance d'elle-même »

(Schopenhauer traduit par Roos et Burdeau, « Le Monde comme volonté et comme représentation »)

 

« à la volonté le miroir où elle prend connaissance d'elle-même » qu'on s'mire au monde, tragique charlot précipité dans l'événement.

 

2.

« car il lui dérobe son moi »

(Schopenhauer)

 

Qu'on se voit le moi tout dérobé, pris aux autres, que les humains i règlent ça (qu'ils croient) par la domination, la hiérarchie, l'argent.

 

3.

« mais passé ceux-ci, nous n'en avons point d'idée. »

(Hume traduit par Deleule, « Enquête sur l'entendement humain »)

 

Que d'ceux-ci en ceux-ci on s'en retrouve farci farcé enrichi (dit-on) d'une somme d'expériences qu'on n'en a pas plus d'idées.

 

On court d'ceux-ci en ceux-ci, on galope slalome esquive évite feinte et ment pis on croit savoir qu'on sait qu'la fiction qu'on y flanque.

 

4.

« Folie aussi de nier la vie pleine de plaisir esthétique »

(Kierkegaard traduit par Ferlov et Gateau, « Traité du désespoir »)

 

Qu'en manque on trouverait d'la beauté dans un sac d'os c'est pas douteux et jusqu'au morbide peut-être qui sait ?

 

La beauté, cette saisie synchronique de l'indépassable, nous console du reste lequel nous court sur le haricot.

 

Le chien trouve son os où il peut ; nous faisons de même avec ce que nous trouvons beau.

 

Objectivement, le rock n'est pas une belle musique, mais nous préférons souvent son expressivité rythmique et sa baroque inventivité à la perfection des virtuosités.

 

Du reste, comme l'a écrit Victor Hugo, « Le beau n'a qu'un type ; le laid en a mille » ; quel carnaval et what a mess !

 

La mode est ce qui se démode, sinon c'est trop laid.

 

Maintenant, on va me dire qu'il y a le Beau en-soi, certes, mais nous ne vivons pas avec le sourire de la Joconde mais avec son fantôme.

 

Tout de même marrant qu'en français l'objectif en-soi soit l'homophone du très subjectif en soi ça fait écho c'est bizarre quand même hein

 

Ce qui philosophiquement a peu ou prou d'intérêt, en a certainement un d'un point de vue psychanalytico-lacanien-linguistico-machin.

 

Quant à ma vie, elle est loin d'être un chef d’œuvre ; ah ça, on l'exposera pas dans le musée imaginaire d'un philosophant moralisateur.

 

5.

« le devoir déchiré qui a décroché non sans mal un zéro »

(Raymond Queneau, « Les boueux sont en grève »)

 

C'est que des fois ce zéro-là est plein de c'qu'on n'sait pas, d'une tristesse d'enfant, d'une impatience devant c'qui n'en finit plus.

 

6.
« Or les conditions de la vie moderne imposent à la majorité des hommes la même quantité d'expériences et partant la même expérience profonde. »

(Albert Camus, « Le Mythe de Sisyphe »)

 

L'administration tend à gérer toutes les expériences humaines ; virtuellement, son pouvoir est sans limites.

 

L'administration est un dieu. Comme le Dieu du Livre, elle tend à être omnisciente et omnipotente. Son Église est l’État.

 

Il n'y a que les seigneurs qui peuvent se prévaloir du libre-arbitre ; les autres sont réduits à la bonne volonté.

 

Ceci dit, je ne regrette aucunement le temps des chiens noirs, bruns pasteurs (ô Rimbaud) et les curés ontologiques de Bernanos sont merveilleux mais fictionnels.

 

7.

« Rrose Sélavy pense que plutôt que d'attendre la pluie, il vaut mieux pleuvoir soi-même et tout de suite. »

(François Caradec, « Entrez donc, je vous attendais », Editions Mille Et Une Nuits)

 

Les personnages des bouquins pensent ; c'est pas douteux, et c'est marrant, ils ont leur cerveau ailleurs, dans le hors-texte du réel.

 

Les personnages des bouquins pensent par eux-même; après ce sont d'autres fictions qui les examinent, mais celles-ci bien réelles par contre.

 

Les personnages des bouquins ont des privilèges ; rien ne les empêche de pleuvoir tout de suite ou de tout à fait s'éclipser.

 

Nous aussi on peut disparaître tout à fait mais ce n'est pas sans poser quelques problèmes de santé, ou de sociabilité, voire de justice.

 

8.

« Rrose Sélavy aurait bien aimé être Madame Bovary, mais la place est déjà prise. »

(François Caradec, « Entrez donc, je vous attendais »)

 

Ce qui prouve que Rrose Sélavy a de l'instruction et du savoir-vivre de fiction.

 

Après tout, rien n'interdit d'imaginer quelque roman où, après l'avoir fait proprement fait disparaître dans un parapluie, Rrose Sélavy prendrait la place de Madame Bovary. A mon avis, le dénouement de cette désolante affaire d'argent en serait tout différent. Ah tous ces mâles, tous ces jolis messieurs, comme elle les mettrait à ses pieds et dans sa poche avec toute leur fortune bien sûr ! Et comme l'action se passe en Normandie, à mon avis, elle aurait fini, la Rrose, par s'acoquiner franchement avec le dénommé Arsène Lupin.

 

9.

Je suis toujours tellement plus ou moins en retard que parfois je suis bien obligé de m'attendre.

 

10.

« Le plus mignon des mannequins,

Le plus puissant des potentats,

Ils ont huit mètres d'intestins,

Et nous savons ce qu'il y a dedans. »

(Hervé Bazin)

 

11.

« Se pouvait-il, pensais-je, se pouvait-il que je sois seule à savoir ? »

(Lorette Nobécourt, « L'Equarissage »)

 

En fait, nous sommes tous seuls à savoir, mais on fait comme si et même comme ça que nous nous racontons des histoires.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 7 octobre 2016

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 02:24

ÇA ET AUTRES

 

1.

C'est toujours après coup que nous comprenons ce que nous aurions dû faire. Nous vivons avec le fantôme de notre liberté.

 

2.

Avec le temps que plus ça passe, les personnages historiques finissent tous par prendre une gueule de légende.

 

Une gueule de légende à figurer dans quelque bariolade, à finir fellinisé grotesque, cauchemardé du chef d’œuvre, rêvé filmique.

 

3.

La nuit arrive – ouf ! que les autres croient que vous dormez et vous vous dormez, en attendant le lendemain que les autres

 

4.

« Il y avait longtemps que je n'avais pas mis les pieds »

 

Il y avait longtemps que je n'avais pas mis les pieds, alors je les ai mis ; c'est plus commode pour marcher ; d'ailleurs j'avais à sortir.

 

5.

« Ça ouvre des horizons... »

 

C'est bien pratique ça d'avoir un « ça » pour ouvrir des horizons, c'est comme une clé quoi, un truc que sans « ça » on se heurte.

 

6.

« Hardcastle me fixait d'un œil à la fois critique et spéculatif des plus déplaisants. »

(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules » [Colin])

 

Qu'le réel est plein d'yeux à la fois critiques et spéculatifs qu'on fait des plans sur vot' pomme comme sur un cheval de course.

 

7.

« incapable de tenir sa langue plus longtemps »

 

Incapable de tenir sa langue plus longtemps, elle jaillit de sa bouche et se précipita dans le réel comme si elle voulait l'avaler.

 

8.

« A l'intérieur, c'était évident : ils étaient les seuls maîtres. »

(Agatha Christie traduit pas Th. Guasco, « Les Pendules »)

 

« A l'intérieur, c'était évident : ils étaient les seuls maîtres. » A l'extérieur aussi, mais on les voyait pas.

 

Dans « Les Pendules » d'Agatha Christie, il s'agit des livres que moi j'y ajoute les invisibles qui sont aussi partout que vous et moi.

 

Qu'il y a des fantômes nomades comme il y a des spectres sédentaires, des dames blanches sur les routes et des sans-tête dans les couloirs.

 

Des fois, je me dis c'est des qui ont trop lu de Cioran qu'ils sont passés de l'autre côté qu'ils sont plus qu'aphorismes et apparitions.

 

9.

Pour les esprits curieux, dans ce roman, « Les Pendules », chapitre XIV, Hercule Poirot dit le plus grand bien du « Mystère de la Chambre Jaune », aussi de Conan Doyle et cite quelques vers de Lewis Caroll.

 

« Tenez, quand les trois hommes se rencontrent à la jonction des trois couloirs, on devrait avoir tout compris. »

(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules » [Hercule Poirot])

 

10.

« Mais le temps depuis a marché. »

(Albert Camus, « Le Mythe de Sisyphe »)

 

C'est que de depuis en depuis, le temps marche dans les combines des humains ; c'est pas qu'il est complice, c'est qu'il s'en moque.

 

11.

« Combien de fois je me suis lassé dans mes recherches de la froideur que je sentais en moi ! »

(Rousseau, « Emile ou De l'éducation »)

 

Genre qu'on trimbale en haut d'soi (là où ça cogite) un sphinx des glaces qui vous empêche d'entrer dans la vérité.

 

Je dis « entrer dans la vérité » que c'est comme si c'était la maison de la logique qu'on dit qu'la logique c'est une architecture.

 

Ceci dit, je sais pas si la logique conduit à la vérité qu'elle est aussi un phénomène de ce qui est en soi et qui nous reste énigmatique.

 

Énigmatique pour ce qui concerne la vérité en soi ça signifie absurde qu'en fin de compte la vérité pour nous n'est jamais qu'humaine.

 

12.

« nous reconnaissons cependant aussi par là qu'ils [les phénomènes] ont comme fondement une chose en soi, bien que nous ignorions comment elle est constituée en elle-même »

(Kant, « Prolégomènes à toute métaphysique future », traduction de Gibelin, Vrin)

 

Le paradoxe est que cherchant dans le cosmos et les calculs une vérité en soi qui nous est radicalement inaccessible nous trouvons en l'humanité une toute autre vérité qui nous permet de rêver un monde meilleur.

 

Quand je dis « monde meilleur » c'est bien entendu le monde qui se relève entre deux crises qu'il faut être bien naïf pour croire qu'ça arrivera plus.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 7 octobre 2016.

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 22:20

PARAPHRASE D'UNE FATALITÉ A CIORAN

 

1.

Lors il avait « tant choyé l'idée de fatalité » [Cioran], il avait à la gamelle de son esprit tant nourri d'instants fatals,

 

2.

Donc, ayant « tant choyé l'idée de fatalité » [Cioran] au prix de tous les masques joyeux et des politesses que l'on met à paraître heureux,

 

3.

Ainsi « l'idée de fatalité » s'était si bien nourrie de « si grands sacrifices » [Cioran] qu'elle en avait englouti toutes les marionnettes.

 

4.

Ainsi « l'idée de fatalité » - ô ressentiment ! - si farcie de farces conviviales et d'attrape-zozos, finit « par s'incarner » [Cioran].

 

5.

Ainsi « l'idée de fatalité » - et comment ne pas penser à cette catastrophe de l'enfant mort ? - prit peau et os, chair et souffle.

 

6.

Ainsi « l'idée de fatalité » prit peau et os, et son humanité sur le dos, s'en alla de par le monde prêcher la mauvaise parole.

 

7.

Ainsi « l'idée de fatalité » - Ciel ! mon mari ! et tous ces Je ne veux pas mourir ! et C'est trop injuste ! et Je suis si inutile ! – s'incarna.

 

8.

« D'abstraction qu'elle était » [Cioran] elle se fit aussi précise que l'heure montrée du doigt par un surveillant à l'écolier retardataire.

 

9.

« D'abstraction qu'elle était » [Cioran] qu'à force « d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver. » [Prévert]

 

On aura reconnu la lucide et prophétique sentence prononcée par Irwin Molineux dans le film « Drôle de drame » de Marcel Carné.

 

10.

« la voilà qui palpite » [Cioran] - Qui ça ? - La fatalité, oui, la fatalité à tête humaine, à yeux d'rapace, à dents d'loup, à main d'sang.

 

11.

Or donc la fatalité palpite comme un feuilleton qui attend sa suite, la fatalité, dressée comme un seul homme quand il se croit plusieurs,

 

12.

Or donc la fatalité « se dresse devant moi » [Cioran] façon statue du Commandeur ou spectre du placard à cadavres.

 

13.

Dressée comme un chien d'attaque ou une table aux mets empoisonnés, la fatalité « m'écrase de toute la vie que je lui ai donnée. » [Cioran]

 

14.

Je conçois de cette tangible fatalité que nos abstractions sont des golems qui à force d'errer dans la ville finissent par nous retrouver.

 

15.

Car nos abstractions finissent golems, robots, clones, ultra-humains et finiront par nous dévorer façon Saturne mal évidemment.

 

16.

Ainsi le souffle passa sur la boue et de cette boue il fit des êtres auxquels pour faire n'importe quoi il ne manquait plus que la parole.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 3 septembre 2016.

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 20:22

QUATRE TYPES DE FANTÔMES

 

Notes sur deux paragraphes du « Novum Organum » de Francis Bacon traduit par Buchon.

 

« Non seulement les fantômes ou notions fausses, qui ont déjà pris pied dans l'entendement humain et y ont jeté de si profondes racines, obséderont tellement les esprits que la vérité aura peine à s'y faire jour ; mais le passage une fois ouvert, ils accourront de nouveau dans la restauration des sciences et feront encore obstacle, si les hommes ne sont bien avertis de s'en défier et de prendre contre eux toutes sortes de précautions. 

Ces fantômes qui obsèdent l'esprit humain, nous avons cru devoir (toujours pour nous faire mieux entendre) les distinguer par les quatre dénominations suivantes : fantômes de race (préjugés de l'espèce), fantômes de l'antre (préjugés de l'individu), fantômes du commerce (préjugés du langage), fantômes du théâtre (préjugés d'école). »»

(Francis Bacon, « Novum Organum » (1620), traduit par Buchon, Delagrave, 1836)

 

1.

« Non seulement les fantômes ou notions fausses, qui ont déjà pris pied dans l'entendement humain »

(Bacon, « Novum Organum », traduit par Buchon)

 

2.

« Non seulement les fantômes » : que j'aime ce début de phrase, j'en augure du curieux, du craquant, du glissant comme une ombre.

 

3.

Notion : concept, idée, pensée.

« Notions fausses » : Francis Bacon dans son « Novum Organum» les appelait « fantômes ».

 

4.

 « Non seulement les fantômes ou notions fausses, (...) y ont jeté [dans l'entendement] de si profondes racines »

(Francis Bacon)

 

5.

Les fantômes sont des jeteurs de racines, et cela dans le but évident de planter à l'infini d'nous autres des forêts de fantômes.

 

6.

On cogite, on s'remplit de chimères spéculatives qui s'agitent la langue dans nos caboches genre jardin des délices à la Bosch.

 

7.

« l'entendement humain » : du verbe « entendre » dans le sens de « comprendre ». L'entendement est la faculté de comprendre, c'est la raison au sens où l'on dit que « l'homme est un animal doué de raison. »

 

8.

« les fantômes ou notions fausses (...) obséderont tellement les esprits que la vérité aura peine à s'y faire jour » (Bacon)  : l'intelligence humaine est tellement fascinée par l'apparence qu'elle n'accède pas (n'arrive pas) à la vérité.

 

9.

«la restauration des sciences » : le retour à la rigueur scientifique, à ce que Bacon appelle la « véritable induction ».

 

10.

« L'homme est un animal doué de raison » et d'un membre viril qui le rend assez stupide. Ça équilibre.

 

11.

L'humain n'étant point sourd, il s'y entend dans l'écoute de toutes les âneries possibles, qu'évidemment il ne manque jamais de répéter.

 

12.

Se défier de : se méfier de, voir en l'autre l'antre d'un fantômas qui attend que vous tourniez le dos puis i vous et voilà.

 

13.

Pour Francis Bacon dans son « Novum Organum », « quatre dénominations » pour les « fantômes » ou « notions fausses »  : fantômes de race (préjugés de l'espèce), fantômes de l'antre (préjugés de l'individu), fantômes du commerce (préjugés du langage), fantômes du théâtre (préjugés d'école). »

 

14.

« pour nous faire mieux entendre » : pour mieux nous faire comprendre.

« dénominations » : noms, appellations.

 

15.

Parmi les fantômes qui nous fascinent, Bacon distingue les « fantômes de race (préjugés de l'espèce) » qui nous font croire que la réalité est telle que nous la voyons.

 

16.

Bacon distingue les « fantômes de race (préjugés de l'espèce) » qui nous font prendre le réel pour ce qu'il n'est pas.

 

17.

Ah vrai ! nous nous croisons dans des couloirs aussi peu réels que les apparences que nous agitons dans vos yeux.

 

18.

Préjugés : opinions sans fondement, idées préconçues, stéréotypes, a priori, idées erronées que l'on a sur les choses et les gens.

 

19.

Parmi les fantômes qui nous fascinent, Bacon distingue les « fantômes de l'antre (préjugés de l'individu) » qui nous font juger du réel d'un point de vue particulier, celui du « chez nous », du petit monde où nous demeurons.

 

20.

Bacon distingue les « fantômes de l'antre (préjugés de l'individu) » qui ne jugent du réel qu'à partir du petit monde qui tourne autour de leur œil.

 

21.

Le petit monde qui tourne autour de l’œil, c'est la spirale à Ubu, c'est la gidouille affichée, c'est le monde vu par le tube digestif.

 

22.

Antre : excavation (une grotte par exemple) naturelle qui sert d'abri aux humains ou aux animaux ; repaire, caverne, tanière.

 

23.

Antre : trou dans la nature avec dedans de l'humain, ou d'l'animal ; repaire, caverne, tanière d'où des yeux noirs condamnent le monde.

 

24.

Des fois, Zut zieute l'autre et s'dit c'est rien qu'une antre, une vieille tanière à loup, un repaire à périls, un serpent dans la boîte.

 

25.

Parmi les fantômes qui nous fascinent, Bacon distingue les « fantômes du commerce (préjugés du langage) » qui nous font insuffisamment définir ce que pourtant nous jugeons avec tant d'assurance.

 

26.

Bacon lie le « commerce » au « langage » : il ne peut y avoir d'échanges avec les autres sans langage.

Commerce : ici, fréquentation des autres.

 

27.

Francis Bacon lie le « commerce » au « langage » : vrai ! on ne peut hanter l'autre sans lui souffler du maudit dans les oreilles.

 

28.

Bon escroc a belle parole ; c'est le puant en charmant.

 

29.

L'autre est la condition du langage. Sans nous, Dieu serait-il cet être dont l'amour est, paraît-il, si puissamment universel ?

 

30.

Bacon distingue les « fantômes du théâtre (préjugés d'école) » qui sont sottises et billevesées en usage dans les différentes écoles de pensée qui s'affrontent sur la scène du théâtre des idées.

 

31.

Les fantômes, Bacon y distingue les « fantômes du théâtre (préjugés d'école) » : sottises en usage qui s'affrontent sur la scène des idées.

 

32.

La politique met en scène ces « fantômes du théâtre » dont parle Bacon et qui s'échangent les âneries en usage dans leurs partis respectifs.

 

33.

Lorsque j'entends débattre de l'école, je pense assez vite à ces « fantômes du théâtre » dont parle Bacon. O pédagogues ! O histrions !

 

34.

L'école est le champ de bataille de la raison contre les fantômes, lesquels cherchent à nous engluer dans une succession de réformes.

 

35.

L'école, une succession de réformes, infini réglage d'une machine hyper-sophistiquée que nul ne parvient jamais à faire fonctionner.

 

36.

L'égalité des chances n'est pas l'égalité des possibles.

 

37.

On les a tellement cinochées d'fantoches à fils, nos caboches, qu'la vérité, elle nous tire la langue, et court ailleurs.

 

38.

Les fantômes ne sont qu'apparences ; nous échangeons avec eux des avis tranchés sur le réel.

 

39.

Le cinéma consiste à mettre les fantômes à jour ; aussi faut-il se méfier du cinéma qui prétend mimer le réel.

 

40.

Les fantômes sont peuplés de dieux très puissants ; nos idées les affrontent et ne gagnent pas toujours.

 

41.

Le paradoxe étant qu'apparences, les fantômes sont aussi apparaître.

 

42.

Les fantômes, cet apparaître ironique du réel.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 29 mai 2016.

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 09:57

DES FOIS QU'ON FAIT L'AUTRE

 

1.

« Selon le système de l'exaspération, rien n'est meilleur que de se gratter. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

exaspération : on s'aggrave de l'extrême, on s'intense fort le sentiment, s'agace s'horripile s'irrite qu'on trépigne et bisque bisque rage.

 

Dès qu'il se boissonne un peu abondamment, il s'exaspérationne facilement, c'est une malédictionne.

 

« le système de l'exaspération » : certains useraient de l'exaspération comme d'un mode d'être habituel, un vademecum rageur.

 

2.

« C'est choisir son mal ; c'est se venger de soi sur soi. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

« choisir son mal »: choisit-on son mal ? Sans doute quand on tombe amoureux et qu'il nous arrive de le regretter amèrement.

 

Des fois quand on tombe amoureux, on croit qu'on l'a pas fait exprès. On a tort car c'est volontairement que l'on a choisi d'apprécier.

 

« c'est se venger de soi sur soi » : et avec ceux qui se vengent d'eux-mêmes sur les autres, ça nous fait du monde.

 

3.

« L'enfant essaie cette méthode d'abord. Il crie de crier»

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

« Il crie de crier », le môme, et les adultes hein des fois, ne parlent-ils que pour se faire taire ?

 

Alain dit qu'l'enfant « crie de crier », comme dans une maison tout le monde i crie on sait plus pourquoi au bout qu'ça fait maison de fous.

 

Qu'l'enfant i « crie de crier », genre la maison où tout le monde crie et qu'on a les boules qu'on est à bout qu'on met les bouts.

 

4.

« il [l'enfant] s'irrite d'être en colère et se console en jurant de ne pas se consoler, ce qui est bouder. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

s'irriter : qu'on colère et s'fiche en rogne, qu'la vieille ire nous revient courir sur le haricot, s'agace, s'énerve, pis qu'on zieute noir.

 

« s'irriter d'être en colère » : ah que ne sommes-nous sages comme des images ? dit-il en refermant son trash magazine.

 

5.

« Se frotter les mains est deux fois bon quand le vent souffle du nord-est. Ici, l'instinct vaut sagesse »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

l'instinct : c'est l'héréditaire, l'inné et le non réflexif qui nous travaillent. La pulsion relève-t-elle de l'instinct ?

 

Entendu causer d'un film où l'on avait greffé les mains d'un assassin à un pianiste du coup je suppose qu'il avait du meurtre dans l'toucher.

 

Sagesse : bon sens. Quand « l'instinct vaut sagesse » : l'instinct n'est pas la sagesse. Quid de l'insensé qui agit en dépit de son instinct ?

 

6.

« Ce n'est point parce que je me réchauffe que je suis content, mais c'est parce que je suis content que je me réchauffe. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur )

 

Ce n'est pas parce que je suis A que je suis B, mais c'est parce que je suis B que je suis A : grotesque chiasmerie.

 

Ce n'est pas parce que je suis que je pense, mais c'est parce que je pense que j'ai l'air d'être.

 

Exister, le rêve éveillé d'un spectre.

 

« parce que je suis content je me réchauffe » et pourtant, même s'il fait très chaud, je vous assure que ma poule ne pondra pas d’œufs durs.

 

« Ce n'est point parce que j'ai réussi que je suis content ; mais c'est parce que j'étais content que j'ai réussi. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur )

 

« Ce n'est point parce que j'ai réussi que je suis content ; mais c'est parce que j'étais content que j'ai réussi. » se dit-il en s'fichant le doigt dans l’œil.

 

La joie présage-t-elle la réussite ? La mauvaise humeur présage-t-elle la déconfiture ? Le parapluie présage-t-il la machine à coudre et la table de dissection ?

 

Là où il y a des marchands d'parapluies, faut s'attendre à être mouillé.

 

7.

« C'est du bonheur, si tu veux, que le corbeau t'annonce », dit Epictète. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

présage : on voit des signes courir dans la rue, du sphinx passer dans les détails ; le monde, un roman policier à rebours.

 

Ça, ça n'présage rien d'bon se dit-il en voyant ses frites disparaître une à une dans un gosier aussi invisible que la main qui les chopait.

 

8.

« Et certes je ne nie point que ce genre de folie tienne à quelque lésion imperceptible de l'appareil nerveux qui commande nos réactions »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

« lésion » : blessure, affection, préjudice, tort. Le verbe lésionner ne s'emploie pas sauf à ses risques et périls sémantiques.

 

« imperceptible » : c'qu'on peut à peine observer, qui court dans l'infime et grouille dans l'quasi invisible.

 

Pour les grands yeux de là-bas l'ailleurs, c'qu'on doit être tout imperceptible.

 

Y en a qui promènent tout le long des jours des lésions imperceptibles et des tas d'tracas qu'on voit pas qu'on sait pas alors bouclons-la.

 

« appareil nerveux » : c'est l'oracle à nervures, i nous actionne, pense, émeut, rappelle, puis perd conscience, puis meurt.

 

« et c'est cette redoutable méprise qu'ils nous montrent grossie, et comme sous la loupe. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

méprise : erreur, berlue, gourance. Des fois on s'méprend, on fait l'autre, pis qu'on est soi des fois, c'est tout d'même tant mieux.

 

Sous la loupe, surveillés, fliqués, traqués par les yeux de derrière les machines, et d'aut' yeux encore d'on ne sait quel ailleurs.

 

« Incantation magique, toujours suivie d'effet. Mais comprenez pourquoi. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », XX, « Humeur »)

 

« incantation magique » : qu'on jacte drôle pour s'assurer du réel, qu'on en appelle à l'invisible pour maîtriser tout ça qui nous échappe.

 

Ce que nous croyons être, nous le rêvons, le fantasmons, l'incantons avec la sorcellerie de nos mots les plus courants.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 28 mai 2016.

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 23:52

ART DE L'ANTIDOTE

 

1.

« Ils dansent en sorte que la danse de leur danse tourne sur elle-même »
(Jacques Darras, « Les Gilles de Binche »)

 

Ainsi tournent et dansent les gouvernements, croyant avancer, progresser pour finalement retomber dans les mêmes cycles, cercles, milieux.

 

2.

Sans doute, l'horizon de toute phrase est-il politique, économique, ontologique.

 

3.

La passion politique a moins affaire avec le singulier qu'avec l'être ensemble qui n'est jamais si beau que lorsque l'on se sent seul.

 

4.

« Hélas ! seigneur, quel trouble au mien peut être égal ? »

(Racine, « Phèdre », I, 2 [Oenone])

 

Une société est une somme de troubles qui s'ordonnent et s'accordent plus ou moins ; de là tout l'art de la représentation.

 

La littérature fait des seigneurs des bourreaux et des confidents, et tous veulent se faire entendre d'un prince qui n'écoute jamais que lui-même.

 

5.

« Puisque j'ai commencé de rompre le silence,

Madame, il faut poursuivre »

(Racine, « Phèdre », II, 2 [Hippolyte])

 

Nous jouons au chat et à la souris avec le secret, et souvent, nous tournons autour du pot-aux-roses en se gardant bien d'y toucher.

 

La presse a pour but de « rompre le silence » et de poursuivre ses révélations, jusqu'à ce qu'elle-même prenne peur.

 

6.

Le commerce sublime le vol, le transforme en l'art subtil d'être ensemble, et somme toute, engraisse l’État comme on engraisse un veau.

 

7.

« Ah ! qu'est-ce que j'entends ? Un traître, un téméraire

Préparait cet outrage à l'honneur de son père ? »

(Racine, « Phèdre », IV, 1 [Thésée])

 

L'Histoire, traîtrises, coups d'poignards dans l'dos, reniements d'soi, et pour prix de toutes ces témérités, les multitudes sacrifiées.

 

Pour prétendre le guérir, il faut convaincre le corps social qu'il est bien malade. C'est dans le diagnostic que se dessine le dictateur.

 

8.

Dès que l'humain a quitté la préhistoire pour l'Histoire, il a commencé à s'excuser.

 

9.

« Je te défie en vers, prose, grec et latin. »

(Molière, « Les Femmes savantes », III, 3 [Vadius])

 

La cuistrerie (laquelle, de nos jours, se nomme pédagogisme) tend à faire dépendre les institutions de sa précieuse expertise.

 

10.

Politique : art de donner du sens à ce qui essentiellement n'en a pas : une suite de consciences se rongeant mutuellement jusqu'à l'os.

 

11.

Ce que l'on reproche à l'humain, n'est pourtant qu'une fidélité à soi-même, fût-elle si féroce que nous en appelons au berger salvateur.

 

12.

« Mais combien de choses fait-on pour l'incertain, les voyages sur mer, les batailles ! »

(Pascal, « Pensées »)

 

L'humain est incertain, et c'est sur cet incertain qu'il fonde toutes ses certitudes, et la gloire de se tromper tout de même.

 

13.

La démocratie est une affaire de posologie, équilibrer les poisons qui garantissent sa réalité et les contrepoisons qui permettent à l’État d'en assurer la pérennité. La politique, un art de l'antidote.

 

14.

Ce n'est que par le secret que l'on peut réellement garantir le succès des affaires publiques. Transparaître, c'est trahir.

 

15.

Méfiez-vous du masque joyeux de la fantaisie. Elle est parfois ce sourire du loup, juste avant qu'il attaque.

 

16.

Qu'il y ait un Créateur de nos pommes - soit ! Mais alors l'humain, quel acte manqué.

 

17.

Jadis, le trésor était dans la langue. Il est maintenant dans des machines qui parlent à notre place.

 

18.

Caricature de la transmission des savoirs : ni maître ni apprenti, mais des taux de réussite et des bilans comptables.

 

19.

Johnny Rotten, à l'époque où il beuglait « No Future », était une sorte de lanceur d'alerte.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 21 avril 2016.

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 19:53

DES FOIS QU'ON S'FASCINERAIT

 

1.

« A moi. L'histoire d'une de mes folies. »

(Rimbaud, « Une saison en enfer », « Délires II »)

 

Moi : bah.

L'histoire : fictions, cours, discours, basse et haute cour.

Folies : courent le monde, plus ou moins douces, échevelées.

 

2.

« Ô saisons, ô châteaux !

Quelle âme est sans défauts ? »

(Rimbaud)

 

Saisons : la mémoire les mêle.

Châteaux : on y disperse ses chevaliers.

Âme : et pourtant...

Défauts : ils fourmillent.

 

3.

« Le Bateau ivre » : chef-d’œuvre d'un apprenti poète, qui finira par quitter l'métier.

 

4.

«D'ailleurs, les Stones et les Cubains ont toujours eu un point en commun : ça fait 50 ans qu'ils tirent la langue. »

(Charline Vanhoenacker sur France Inter, le 28/03/2016)

 

5.

« Oh ! des rires tout menus, mais tellement stridents qu'ils semblaient faits de pinces et de lames... »

(Jean Ray, « Malpertuis »)

 

Rires : c'est qu'le réel si terrible est essentiellement grotesque, farcesque, cauchemardesque.

 

« Tellement stridents » : J'aime bien ce rythme binaire cause qu'on peut prononcer tellment, cet appui des dentales, puis l'assonance.

 

« de pinces et de lames » : des rires coupants, tranchants, des rires blessants, des rires qui vous cherchent la gorge.

 

6.

« Ciel douteux, me dis-je, ciel de mars, gris et bleu mêlé, éclairs de soleil et bise aigre ; j'ai ma fourrure et mon parapluie. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », « Bienveillance »)

 

« Ciel douteux » : que le ciel puisse douter ne m'étonne guère, me dis-je - ah tout ce qu'on se dit ! Bien des bêtises, j'vous l'dis !

 

« ciel de mars » : attaque bien sûr ! Giboulées, qu'on se languit du printemps et qu'on en a assez d'ce vent agaçant.

 

« gris et bleu mêlé » : qu'ça fait des drôles de têtes, le soir, quand elle persiste, la pluie, dans ces vieilles rues où passent les sans l'sou.

 

« éclairs de soleil et bise aigre » : temps de fantôme mi-figue, mi-raisin, à peine visible, boudeuse un peu.

 

7.

C'est le monde tel qu'il ne va pas qui fait l'Histoire.

 

8.

Maboule tant fada fasciné, qu'des lunes plus tard, son désir très grotesque r'prit feu d'sa cendre.

 

9.

Des années durant, nous promenons nos braises qu'une simple rencontre, un regard, une étincelle rallument.

 

10.

- C'est bien de vous que je parle, et vous n'êtes qu'une ombre, d'ailleurs, vous voulez me tuer, n'est-ce pas ?

 

Je me demande qui peut dire cela – dialogue de roman populaire – un personnage en évoque un autre lequel est présent – il le provoque, lui assigne un rôle secondaire, un rôle d'ombre, un rôle d'assassin.

 

11.

Des fois qu'on serait les personnages dont on cause dans les dialogues des romans populaires, des films, qu'on s'rait des ombres quoi.

 

12.

« Un train passait juste à ce moment et sa fumée s'est élevée dans le ciel en prenant la forme d'une main gigantesque, une grande main blanche se détachant sur le ciel rouge »

(Agatha Christie, « Le Mystérieux Mr Quinn », « Un signe dans le ciel »)

 

Le ciel nous abreuve d'hallucinations – de signes – on dirait une vignette de bande dessinée bon marché, de ces fascicules qu'on trouvait partout jadis, en noir et blanc – de la couleur pourtant, du rouge, le crépuscule et le sang – bien entendu, des férus de psychanalyse y verront quelque sexualité à l’œuvre - pensez ! Un panache blanc s'élevant dans un espace rouge !

 

13.

Le ciel nous abreuve d'hallucinations, et nous en déduisons toutes sortes de temples et de rites étranges.

 

14.

Des fois qu'nos ancêtres i s'raient partis, tout barbares, teigneux, comme ça, dans le crépuscule et le sang.

 

15.

« Le théâtre par exemple, nous occupe et nous détourne avec une violence qui est risible, si l'on fait attention aux pauvres causes »

(Alain, « Propos sur le bonheur », « Consolation »)

 

Représentation – les masques nous parlent, nous occupent l'esprit – les autres, ce théâtre permanent – « le théâtre nous détourne » - de quel autre drame ? - violence de la représentation (à vrai dire, j'entends dire que bien des représentations sont violentes, symboliquement violentes, jouent sur la fascination qu'exercent sur nos esprits la violence, la provocation, l'humanité crue, de quoi vous dégoûter quoi, aussi moi j'y vais pas au théâtre, c'est trop plein d'autres, et à l'opéra non plus, où le plus souvent je m'endors) – la « violence », dans la phrase d'Alain, c'est l'émotion, la catharsis peut-être, « risible » qu'on se laisse prendre ; le cinéma sait y faire – la représentation joue sur la beauté de nos âmes, ou sa bêtise.

 

16.

Les masques nous parlent, nous occupent l'esprit. Au théâtre ou pas, les autres, c'est d'la représentation qui vous prend la tête.

 

17.

« Le théâtre nous occupe et nous détourne » écrit Alain. Nous détourne de quoi ? De quel autre drame ? De quelle urgence ?

 

18.

En matière d'émotion, le cinéma sait y faire : la représentation joue sur la beauté de nos âmes, ou sa bêtise.

 

19.

« C'était une main très grande et très belle, comme sculptée dans du vieil ivoire.

Elle sortait de la nuit et je ne voyais qu'elle. »

(Jean Ray, « Malpertuis »)

 

Fascination – la main si belle, si grande ne semble plus de chair – ne semble plus relever de la diachronie du vivant, mais de la synchronie du passé revenant, de l'objet du passé, le « vieil ivoire » assurant la pérennité du jadis - c'est la main de la nuit – celle qui vous retient – celle qui vous tue peut-être, ou qui vous sauve la peau – Aussi bien, elle pourrait être une divinité, ou un être de cette beauté dite fatale.

 

20.

Des fois qu'on s'fascinerait pour d'la si belle, si grande qu'ça en aurait même plus l'air vivant, mais d'l'étoffe du passé revenant.

 

21.

Des fois qu'une main sortirait de la nuit pour vous retenir de ou vous sauver de une espèce de providentielle paluche ou chaipas.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 28 mars 2016.

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 16:04

TIRER VANITE DE LA REPUTATION DE SON FANTÔME

1.
« Il est homme à tirer vanité de la réputation de son fantôme »
(Agatha Christie, « Le Mystérieux Mr Quinn » [Porter])

Présentatif – attribut – l'impersonnel « il est » s'incarne – se qualifie – s'infinitive – vanité et fantômat – expression « tirer vanité de son fantôme – d'une réputation d'un être qui n'existe que par le nom qu'on lui accorde.

Il ah oui il était une fois ou il
Est encore une fois toujours tant de fois tant tant encore.

Homme que voulez-vous qu'on fasse de ce reproducteur
A tout prix Il se multiplie Il se condamne.

« Tirer vanité de la réputation de son fantôme »
Vanité des belles expressions qui peuplent le monde
De rien le verbe fait tout
De
La parole est tombé le monde comme un fruit d'un arbre qui n'existe que par son nom.

Réputation faut la soigner
De toute façon on n'en est pas maître de
Son fantôme son
Fantôme il court les langues.

2.
« J'habiterai mon nom », fut ta réponse aux questionnaires du port. »
(Saint-John Perse, « Exil », VI)

Expression « habiter son nom » - la poésie forge d'expressions – Et si son nom est « Personne », peut-il l'habiter son nom ? - le réel est plein de questions que les préposés à la gestion des vifs et des morts recueillent dans leurs questionnaires – quelle pouvait être la question ? Peut-être : « Où comptez-vous loger durant votre séjour ici ? »

« J'habiterai mon nom »
« Mon nom » ! Y en a qui manquent pas d'air
Nom du nom de l'être !

Fut le temps qui semblait si long et puis
Ta vie a raccourci tout ça en poussière de lointain.

Réponse vu qu'le réel interroge il faut bien
Aux points d'interrogation quelque
s réponses à se mettre sous la langue et les
Questionnaires il faut bien les remplir
Du reste ni le réel ni les réponses n'ont vraiment de sens Le
Port brûle la bibliothèque aussi reste la mer la mer mâchouilleuse de tout un tas de trucs vivants et morts et dont je me fous éperdument.

3.
Le réel n'est intéressant que parce qu'on le dit. Si l'on n'en parlait pas, il nous ennuierait profondément… on subirait.

4.
« Et ce serait le diable
Si je ne puis creuser par-dessous leur sape
Et les catapulter jusque dans la lune. »
(Shakespeare traduit par Yves Bonnefoy, « Hamlet », III, 4 [Hamlet])

5.
Hamlet et l'hypothèse du « diable », çui-là qui traficote et infernale dans la langue – théâtre langue de masques et danse des morts.

6.
C
onditionnel le diable, conditionnel genre humaine condition… Ah oui, le diable est aussi conditionnel que l'humain n'est que condition.

7.
On creuse sous ce que creusent d'autres sapeurs (je pense au mot « satrape » et n'en vois pas le rapport).

8.
Hyperbole à catapulte : « catapulter » quelqu'un « jusque dans la lune » -
« catapulte », ça sonne façon ressort s'détendant soudain.

9.
On creuse, ici c'est « saper », trouer le réel, le piéger - but du piège : sortir du réel - « les catapulter jusque dans la lune » - ceux-là qui vous voudraient
dans un trou.

10.
La langue catapulte ses singes dans le réel. Les singes singent et singeant signifient.

11.
La tartine de mon frère est tombée sur le bec de ma sœur. Voilà qui suppose une chute et que ma sœur soit quelque volaille. Mais alors que fait-elle dans la cuisine ? Ou bien pourquoi donc mon frère est-il allé manger sa tartine dans la
basse-cour ? On peut aussi penser que ma sœur est tout à fait humaine et qu'elle a dévoré la tartine de mon frère, ou qu'elle l'a envisagée avec dégoût, car manger une tartine de rillettes à sept heures du matin, n'est-ce pas… Ceci dit, cela n'enlève rien au problème du bec de ma sœur, et c'est bien étonnant, surtout que mon frère n'a point de sœur, et donc moi non plus, et encore moins de sœur munie d'un bec.

12.
« 
Le monde des choses passées n'est que la mémoire de leurs significations. »
(Jean Bloch-Michel, « Le Présent de l'indicatif »)

13.
Un monde-mémoire – la mémoire, un « présent de permanence » - un monde qui n'existe que par le souvenir de ce qu'il a signifier.

14.
L
e rôle de l'Histoire : donner du sens à ce qui n'en a plus – l'Histoire rétablit (ou croit rétablir) des ordres de priorité perdus dans l'anonymat de l'innombrable passé.

15.
L
e passé n'est que par le maintenant – la mémoire comme « présent de maintenance » des significations.

16.
L
a mémoire, cette conscience du passé, cette faiseuse d'historiques, cette rappelante de chiens perdus.

17.
« n'est que la mémoire » : autant dire un fantôme enfermé dans une boîte crânienne.

18.
E
ntre le passé et le présent, cette langue du « je me souviens », un théâtre dont l'unique masque est la langue elle-même.

Patrice Houzeau
Ho
ndeghem, le 6 mars 2016.

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 20:12

VOLER LE FRISSON

 

1.

« Chaque chose est ici vraie en partie, fausse en partie. La vérité. essentielle n'est pas ainsi : elle est toute pure et toute vraie. »

(Pascal)

 

2.

Les choses... p't'ête bin vraies, p't'ête bin fausses. Et puis la vérité, la vérité, on dit ça qu'il y aurait d'la vérité, on dit ça...

 

3.

Quelque chose de « purement vrai » ? Bah, le vrai est dans l’œil, cette objectivité du langage.

 

4.

Rien de plus neutre que les mots. La langue, cette fée du palais, en fait de pieux mensonges.

 

5.

Il est vrai que que nous trompons souvent. C'est là l'essentiel de notre vérité. Le reste est heureux hasard, ou tragédie.

 

6.

Un philosophe de profession ne peut remettre en cause l'en-soi de la vérité. Il scierait la branche sur laquelle il juche et juge.

 

7.

La vérité est dans les morts pour rien. Leurs cadavres révèlent que ce monde est essentiellement absurde.

 

8.

Vous dites ? On ne meurt jamais tout à fait pour rien ? Allez dire ça aux tombes !

 

9.

J'admire les grands raisonneurs qui pondent des pages et des pages pour convaincre le lecteur que ce monde n'est point si absurde puisque voyez comme des auteurs très intéressants (eux-mêmes) peuvent, grâce à ce monde si plein de sens, voltiger sur les ironiques chevaux de parade de la logique.

 

10.

Rien de plus commun que l'indifférence, et rien de plus masqué.

 

11.

Notre œil tisse ces constellations dans lesquelles nous croyons reconnaître des signes.

 

12.

J'ai rêvé que quelqu'un me reprochait de ne pas avoir commencé un vers par cet accent tonique si nécessaire à la musicalité du truc.

 

13.

La langue tisse du dieu aussi facilement que l'araignée monte sa toile.

 

14.

Que fait notre Pénélope ? Elle tisse, tisse ses romans, en attendant l'attendu comme le messie.

 

15.

Des fois c'qu'on a, c'est qu'on a peur de soi-même, comme si quelque chose dans not' caboche cherchait à nous faire fuir.

 

16.

Comme si quelque chose dans not' caboche cherchait à nous faire fuir, qu'on s'rait tout courant et agitant les mains au bout d'nos bras levés et la bouche ouverte tout courant comme ça et dans la nuit d'la rue.

 

17.

Ils rampent qui ça qui rampe

je ne sais pas mais ça rampe

le long des belles hautes et

étranges demeures ma caboche

en est pleine de ces maisons

étranges c'est fou ce que je

m'imagine des choses je n'ai

qu'à commencer à écrire & la

fantaisie se met en route la

fantaisie toutes ses ombres.

 

18.

« Hag-seed, hence !

Fetch us in fuel ; and be quick, thou'rt best,

To answer other business. Shrug'st thou, malice ? »

(Shakespeare, « La Tempête », I,2 [Prospero])

 

« Hag-seed, hence » qu'il dit

Prospero à Caliban (c'est pas

gentil) & qu'il ordonne aussi

« Fetch us in fuel » puis lui

demande d'faire quick d'faire

vite «and be quick » be quick

be quick be quick be quick be

qu'i faut toujours faire vite

be quick que « thou'rt best »

ainsi on sera « To answer » &

sur le coup prêt à réagir sur

le coup je vous dis y a qu'ça

qui compte sur le coup toudis

sur le coup toudis affairé et

pas flancher saquer d'dans et

saquer d'dans encor d'manière

à pouvoir malgré tout même si

on s'en fiche & fort heureuse

est-elle cette capacité qu'on

a d'fichaise quand même qu'on

doit être capable de « answer

other business » même qu'il a

l'air de grimacer Caliban que

Prospero Shrug'st thou malice

- à mettre la , les «» le ? -

qu'il lui demande très colère

 

19.

« Ne pas tout dire de ce qu'on veut dire, mais se sauver de soi-même comme d'une maison en feu ; voler le frisson. Stendhal, Bonaparte étaient de cette école. »

(Jean Guitton, dans une préface aux « Pensées » de Pascal)

 

Ecrire est-ce « se sauver de

soi-même comme d'une maison en

feu » ? il est que l'urgence

d'écrire des fois on ressent

ça qu'on doit écrire comme i

faut se sauver comme si elle

la fée lunatique qui demeure

en l'encre pouvait la sauver

notre petite âme qui s'agite

dans son bocal on ressent ça

ça qu'on doit écrire ça mais

quand même des fois qu'on se

dit pourquoi faire écrire et

que les gens s'en foutent de

c'qu'on écrit que le monde i

tourne très bien sans ça nos

écritures mais que nous c'te

drôle de chose là écrire des

fois on s'en fiche de ce que

pense et machine le monde et

ça nous écœure même tous ces

discours tous ces experts là

qui causent dans le poste et

qui prétendent et qui disent

disent disent disent & payés

pour ça même à dire à dire à

dire ces grosses têtes là ce

petit monde des grands cause

toujours tu m'intéresses ces

mais qu'on c'qu'en s'en fout

que nous petites consciences

on n'a plus qu'ça en tête ça

écrire ça l'infini poème les

fontaines du jazz d'écrire &

rien d'autre que ça ça ça ça

le monde des syllabes & leur

rythmique sur laquelle si on

pouvait danser danser danser

de manière plus belle que le

monde tourne tourne tourne &

si mal d'ailleurs qu'nous le

reprocher d'écrire c'est que

bêtise malveillance connerie

 

20.

Des fois ce que j'aime c'est

être seul chez moi avec chat

chien et feu et puis loin de

tout loin de vous écouter Le

Mystère de la Chambre Jaune.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 14 janvier 2016.

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 10:27

QUEUES D'SINGES

 

1.

Sortir un mécanisme d'un chapeau de physicien faire jaillir de sa boîte un diable de bidule pour dire comment qu'i s'machine donc l'univers.

 

2.

«Il faut bien le reconnaître, ce mécanisme est tout droit sorti d'un chapeau, puisque aucun principe physique n'exige qu'il soit là. »

(Science et Vie Hors-Série, « La matière et ses ultimes secrets », septembre 2008, p.84)

 

3.

Ce que crisse le grillon, ce que stridule le criquet, ce s'rait-y pas la saga des peuples de l'herbe, migrations et batailles sans merci.

 

4.

Résoudre une énigme en en posant une autre, trouver la clé par une autre porte, et voir que la fenêtre donne sur plus d'un chemin.

 

5.

« Les physiciens, qui ne sont pas à une particule fantôme près... »

(Science et Vie Hors-Série, « La matière et ses ultimes secrets », septembre 2008, p.92)

 

Qu'on s'en demande quel genre de château, de couloir et d'êtres peuvent bien hanter ces particules-là.

 

6.

Comme Alice parlait étrangement de drôles d'univers, « cet enfant est bien précoce » se dit son père, « il faudra veiller au grain ».

 

7.

Dieu qu'c'est compliqué d'inventer le réel ! On en a la tête pleine de queues d'singes ; pendant c'temps-là qu'la réalité s'déglingue.

 

8.

Dieu joue quand même avec de drôles de dés, dés de toutes formes et de toutes dimensions, et parfois hypothétiques en diable !

 

9.

J'aime bien l'attribué à Niels Bohr « Rien n'existe avant d'être mesuré » qui laisse à penser que Dieu est incommensurable.

 

10.

L'expression « phase supersolide » : y en a-t'y des moultmolles, des superfluides, des hyperliquides ? Et des mégas que-couic, y en a-t-y ?

 

11.

J'aime bien l'idée que le réel soit plein de « toujours plus petits et fugaces » genre qu'il esquiverait l'humain, le réel…

 

12.

Qu'un superfluide puisse sans frottement traverser un supersolide, les dieux seraient-ils aussi étanches que leurs univers ?

 

13.

L'idée d'un unique à l'image de l'humain ? infiniment ambigu alors, et assassin, meurtrier des autres uniques.

 

14.

J'aime bien l'attribué à Aristote « Il faut que le vide soit un lieu où il y ait extension d'un corps tangible », c'est beau comme de l'Ubu.

 

15.

J'aime bien le désenchanté (et à qui doit-on cela?) : « L'avenir, c'était mieux avant ».

 

16.

J'aime bien l'idée de « symétries mathématiques abstraites particulières », le monde, son double et nos pommes-z'à-oeil.

 

17.

A force d'avoir plus d'un tour dans son sac, on finit par le poser, ce sac si lourd, qu'on en reste dans son fauteuil à rabâcher que c'est pas à un vieux singe qu'on apprend à faire des grimaces.

 

18.

J'aime bien les appellations « quark étrange » et « quark charmé », ça vous donne au réel une allure de sorti de l'aut' côté du miroir.

 

19.

Des fois que le miroir, voyez, ce serait que l'alibi du réel, lequel se ficherait de nous, faisant ses coups en douce et ailleurs.

 

20.

J'aime bien l'idée que dans les accélérateurs, genre à nous renifler, soudain des particules « montrent le bout de leur nez ».

21.

Des fois qu'à force de sonder les miroirs, le réel s'effriterait devant, se squelettiserait, se spectraliserait, se hanterait lui-même.

 

22.

Avez-vous remarqué que la musique pure est souvent exclamative et que c'est par le chant qu'elle accède à l'humanité du doute ?

 

23.

Chaque univers parallèle a-t-il son propre dieu ? Existerait-il des langues sans dieu et des histoires sans fantômes ?

 

24.

Les photos du cosmos, les astres y ont l'air de parures pour des dieux païens.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 1er janvier 2016.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
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