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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 10:09

DES PLANTES CARNIVORES AUX PREMIERS ZUT
1.
« - Des plantes carnivores ?

- Eh oui ! Tu vois, même des plantes peuvent être sympathiques ! »
(Mourier /Arleston, Trolls de Troy, « Le Scalp du Vénérable »)

2.
« A ce qu'on dit, il est enfermé dans la bibliothèque. »
(Mourier/Arleston, « Le Scalp du Vénérable »)

3.
Enfermé dans la bibliothèque, les bouquins l'ont bouclé ; peut plus s'échapper des signes.

4.
Expression française en voie de disparition : « On ne peut pas tout sucer de son pouce ». C'est que l'on ne peut pas tout inventer tout seul, que forcément qu'on s'inspire.
Cf René Hausman dans « Bo Doï » n°8, p.70 :
« Je dessine un cheval de mémoire mais pour certains pelages, je me documente, vous ne pouvez pas tout sucer de votre pouce. »

5.
« Nul doute qu'un de ces innombrables petits drames cruels qui font le bonheur des fabulistes et le malheur des intéressés... »
(Hausman/Yann, « Le Prince des écureuils », [le narrateur])

6.
Heurs et malheurs des errants nourrissent abondamment leur ogre, cet art heureux des fabulistes.

7.
Feuilles feuilles feuilles… au milieu quelque bonhomme roux… çui-là qui fut trotte-menu, rousse bestiole… cabriole… oh la folle est-elle au village, ou au château ?

8.
« Il en profita pour liquider les deux autres, mais un être dépourvu de raison est vulnérable. Ainsi c'est de ma main que périt ce troisième. »
(Jean Canu, « Elles », Bo Doï n°9, p.47 [le narrateur])

9.
Poignardé ses deux sœurs… comme ça unique… plus d'rivales… la toile à r'faire… une seule robe blanche sur le vert de l'herbe, l'été étale.

10.
Un brin hérissé le FFSSRRSSHH! de c't'espèce de mégafourmi – l'armoise, attention à l'armoise ! - de la planche 38 du « Scalp du Vénérable » dessiné par Mourier et cogité par Arleston.

11.
Pis i furent dans le SSSHHHRRRIIIEEEKKKK tout noir charbon… « Toutes ces mouches ! »… black bourdon… zen ont plein les mirettes… toutes ces mouches en tentacules...

12.
« En tout cas, cet endroit n'est pas un paradis, malgré les apparences, il peut devenir un enfer à tout moment... »
(Adamov/Cothias, « Les Eaux de Mortelune 9 », pl. 29 [un personnage])

13.
C'est toute la ruse des enfers que de promettre le paradis jusqu'à en donner l'illusion.

14.
L'administration de la fourmilière implique la réduction des singularités jusqu'à faire de l'art une fonction de promotion des valeurs dites positives.

15.
Sous couvert de réduire les inégalités, l’État éducateur a pour but de canaliser les singularités de manière à ce que les scandales Rimbaud, Picasso ou Fellini ne soient plus possibles.

16.
L’État a toujours de bonnes raisons pour en arriver à réduire nos libertés ; et nous avons évidemment les meilleures raisons du monde pour ruser et prendre l’État à son propre piège.

17.
« Nous devons prendre garde aux mots dont nous usons. Chacun d'eux peut se transformer en piège mortel. »
(Adamov/Cothias, « Les Eaux de Mortelune 9 », pl. 41 [Alfred])

18.
L'écrivain prend l’État à son propre œil.

19.
« Quand on pense que ce garçon a cru pouvoir compter sur ses bras droits pour éviter de passer l'arme à gauche. »
(Bo Doï 9, « Le Pinailleur »)

20.
Zut s'enquiquinait ferme. La chair des poissons s'attristait et nul livre rigolo. Elle zieuta la rue qu'était bien pluvieuse tant affreuse.

21.
Zut se dit que c'était pas la peine de l'inventer si c'était pour qu'elle s'ennuyât tant.

22.
Alors Zut décida de regagner sa case en attendant que le dessinateur veuille bien reprendre l'histoire.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 avril 2015.

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 16:30

D'UN PASSAGER DE PAPIER
1.
Un temps viendra de soleil plein la rue et d'ombres affamées dégringolant des arbres, se ruant sur les passants, les chiffonnant, les avalant, les gobant.
2.
Je suis un peu étonné que l'on laisse prendre des photos à l'intérieur du Louvre. On s'étonnera après que les Japonais en pondent un itou, de Louvre, avec une Mona Lisa aux yeux bridés.
3.
Faut-il croire à la démocratisation de la culture ? Bah, la culture des musées et la culture populaire ont chacune leurs qualités que le temps finit toujours pas dissiper.
4.
"Il pleut mon âme il pleut mais il pleut des yeux morts"
(Apollinaire, "Le ciel est étoilé)
5.
Il paraît que ça fait belle lurette que les Anglais ne font plus pleuvoir des chats et des chiens, ça ne m'étonne pas car ça fait longtemps que je n'ai pas assisté à une pluie de grenouilles ou d'escargots.
6.
J'aime bien "Label Pop", sur France Musique, présentée par Vincent Théval le lundi de 22 heures 30 à minuit; on y entend souvent de petits bijoux sonores.
7.
L'herbe tire ses traits; leurs taches passent les vaches qui paissent, peinardes et si familières qu'il ne manque jamais de peintre amateur pour les trahir.
8.
"Moi, je n'en peux plus... je ne pense plus, je ne sens plus, je suis au-dessous du végétal. Je me dégoûte."
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune" [Le carnet de Rouletabille])

Ouh là ! faut vous aérer, vous changer les idées, ne restez pas enfermé dans ce roman qui sent le mystère résolu; sortez d'ces pages et redevenez l'être vivant que vous n'avez jamais été.
9.
"Corto Maltese ne peut pas mourir ainsi... pas lui...
(Hugo Pratt, "Vaudou pour Monsieur le Président" [Steiner])
10.
Corto ! Ainsi appelai-je dans la lande perdue d'une voix qui n'existait pas
Corto ! Ainsi appelai-je et nul ne me répondit
11.
Maltese fis-je perdant patience Maltese où te caches-tu maudit fantôme de papier
12.
Il ne répondit pas le Maltese il resta bouche cousue lui tenant lieu de tout le mystère du monde
13.
Peut pas mourir le Maltese pas mourir sans que nous-mêmes nous passions notre dernière porte
14.
Si je devais écrire un poème sur Corto Maltese, je l'appellerais "Impossible élégie pour Corto Maltese".
15.
Mais il faut bien que jeunesse et Maltese passent avec les singes silencieusement ironiques de leurs trois points de suspension
16.
Maltese arpentant le passé comme si c'était chez lui, arpentant les ombres et les clartés d'un échiquier plus vaste que la somme de tous les échiquiers.
17.
"Qui vous a répondu ? Qui vous comprend ?"
(in Hugo Pratt, "La lagune des beaux songes")
18.
"Qui vous a répondu ? Qui vous comprend ?"
Ni le loup, ni le renard, ni la belette, ni le muet, ça va de soi.
19.
"Qui vous a répondu ? Qui vous comprend ?"
A mon avis, mon ombre; du reste, elle m'est très attachée.
20.
Comme le temps passe... Bientôt, on se souviendra de moi en soupirant que c'est vieux tout ça.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 octobre 2014.

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 03:00

VU DANS SIMPLES MORTELS

 

1.
A mon avis, la bande dessinée "Beauté" de Hubert et Keraskoët (éditions Dupuis), ferait un épatant film d'animation.

 

2.
Vu dans Hubert et Keraskoët: des troncs tachés de noir; le bleu brumeux de la forêt; un vol d'oiseaux découpés. (cf "Beauté - Simples mortels").

 

3.
La reine du Sud d'abord ne paraît pas si belle. C'est à la planche 4 de "Simples mortels", alors qu'elle est enfermée dans la malle, que sa beauté éclate soudain.

 

4.
La beauté d'un visage est une grenade dégoupillée.

 

5.
Lucidité... c'est salutaire... je la loue qui ramène vite la beauté d'un visage au grouillement organique qui s'agite en-dessous.

 

6.
Sans doute dira-t-on de moi que j'ai préféré les signes aux corps.

 

7.
Que l'on ne s'y trompe pas: les signes ne sont pas ambigus. J'apprécie une écriture joyeusement hétérosexuelle et me méfie des circonvolutions qui mènent à la savonnette.

 

8.
Ce qui fait la position des gens, c'est souvent moins leur talent que leur persistance, leur endurance.

 

9.
Vu dans Hubert et Keraskoët: Les trois O de la bouche et des yeux; le pok! du coup d'gourdin assené par la grosse méchante à la naïve Beauté.

 

10.
Vu dans Hubert et Keraskoët: Le gant bleu soudain multiple qui tente d'en tâter, de la Beauté rétive.

 

11.
Vu dans Hubert et Keraskoët: La colère du roi et le triangle aigu de sa lame; le massacre implicite des voyeurs troufions.

 

12.
Vu dans Hubert et Keraskoët: Sur le gris de la mer, les voiles blanches sans contour; le "secret bien gardé" du conseiller.

 

13.
"Le conseiller avait un secret bien gardé".
(Hubert et Keraskoët, "Beauté - Simples Mortels", pl.5)

 

Des tubes à secrets, ça, les conseillers. Marrant, j'ai écrit ce bref bien avant que le Buisson se fasse chourave une clé USB ou jensaisquoid'enregistrant dans laquelle on l'entend dire des conneries. Combien qu'il était payé, l'ex-dismoidonc à Sarkozy, pour balancer des conneries tout au long de la sainte journée ?

 

14.
L'autre, cet outil qui s'imagine qu'on l'aime.

 

15.
Sans blague, des fois, j'fais quand même dans le bref badaboum, le style crachat.

 

16.
Aller à l'opéra ? - Pouah ! être mal assis durant deux ou trois heures à écouter des gens à qui je n'ai rien fait virtuoser des sottises sentimentales, je préférerais ne pas.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 mars 2014

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 21:56

DU BESTIAU POURPRE

 

1.
Tardi, Adèle et la Bête. Quidam assemble des osses d'antédiluviennes créatures.

 

2.
Tardi, Adèle et la Bête. La belle et fière l'envoie sur les roses, l'inquiet à fines moustaches.

 

3.
Ah le vol calme du pourpre ptérodactyle
Dans le bleu de Prusse d'une nuit de Paris.

 

4.
Tardi, Adèle et la Bête. Quidam shoote l'bestiau volant qui croaque d'agonie.

 

5.
Tardi, Adèle et la Bête. Et voilà que l'ombre griffue enlève le bonhomme de la bascule à charlot et l'emporte dans les airs.

 

6.
Tardi, Adèle et la Bête. L'étudiant cogite sur des perspectives chiffrées.

 

7.
Je m'épate parfois qu'il y ait eu des gens, jadis, pour se balader dans le réel tarte avec dans la caboche des équations à merveilles.

 

8.
Tardi, Adèle et la Bête. A la vue du Bestiau Pourpre - quel nom ce serait pour un groupe de rock progressif - il plouffa dans la Seine, le tacot.

 

9.
Tardi, Adèle et la Bête. Elle a l'air fatiguée, la tête de plâtre parmi les bouquins.

 

10.
Tardi, Adèle et la Bête. Il a éclos, l'gros oeuf, libérant dans l'air l'impossible jadis.

 

11.
Le fantastique fait se cogner quidam à l'irréel.

 

12.
Dans les cases des bandes dessinées, j'aime bien voir les arbres lancer leurs labyrinthes à l'assaut du ciel.

 

13.
Tardi, Adèle et la Bête. Quidam songe la nudité de la jeune femme dans le cercle de ses illusions.

 

14.
Croire en ses rêves, tenter de faire coïncider le cercle lucide et le foutoir de ses fantasmes.

 

15.
L'artiste contemporain qui exposera une lessiveuse et intitulera ce ready-made "Le Marché de l'Art", à mon avis, c'est qu'il est suicidaire.

 

16.
Je regarde mon ombre et ses mains d'assassin.

 

17.
Le scribe poursuit son ombre. Quand enfin il la rattrape, elle l'étrangle.

 

18.
Tardi, Adèle et la Bête. La belle au bain cogite. C'est qu'elle cogite, la Vérité. C'est même pour ça qu'elle est inaccessible.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er décembre 2013

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 13:17

OUILLE ! POURQUOI SUIS-JE NE CHEVAL ?
En parcourant La Cité des nuages, 173ème aventure de Bob et Bobette, par Willy Vandersteen, Editions Erasme.

 

1.
p.50 "Nous devons nous emparer du livre aux formules magiques" : c'est sûr que ça peut être utile, un bouquin d'abracadabras, que pim, pam, poum, voilà nos vilains rendus tout crapauds ; j'en veux un, moi, de magic book, que j'vas l'commander au parti socialisse.

 

2.
p.28 : "Faut-il vraiment passer par ici ?" : tout est dans le vraiment.  En effet, si la vérité est au prix de ce passage, alors il faut vraiment passer par ici, sinon, faut point. Du reste, on peut toujours hausser les épaules et aller boire un coup, tout seul peut-être, mais peinard, comme dit Léo Ferré dans une chanson oùsqu'il explique qu'on n'est jamais qu'avec le temps, et qu'avec le temps, tout fout l'camp.

 

3.
p.16 : "Chaque soir, il lui demande sa main !". Et chaque soir, il s'en prend une. Ah le bouffon !

 

4.
p.13 : "en tripotant le télétemps". Forcé fatal, si on lui tripote tous ses boutons, au télétemps, ça finit par faire surgir de l'inconnu du passé partout, et pis aussi de l'avenir si ça se trouve, de l'ailleurs en tout cas, et donc radicalement inconnu, puisque rien de ce qui n'est présent ne peut nous être réellement connu, et, vu que le présent se liquide aussi vite qu'on finit un verre, rien ne peut nous être réellement connu.

 

5.
Nous vivons dans cet inconnu que l'on appelle présent et à qui nous donnons un tas de noms comme si nous le connaissions.

 

6.
p. 8 : "Les journaux en sont pleins !". De la mort. Des échos de la camarde. Les journaux, c'est du Cassandre. C'est ainsi qu'ça nous prévient de ce qui n'a pas manqué d'arriver.

 

7.
A la page 20 de "La Cité des nuages", de Willy Vandersteen, le bouffon Boulouf balance des éclairs de métamorphose, qui fusent en diagonale de la case 3 du strip 65 pour atteindre un personnage à la case 1 du strip 66.

 

8.
p. 46 : "Ouille ! Pourquoi suis-je né cheval !".

 

9.
p. 9 : "Pas une âme à perte de vue !" qu'il fit le voyageur interstellaire revenant sur sa planète lointaine et natale, et constatant que le temps avait balayé l'humanité et tout ça.

 

10.
Le gars Lambique, habillé en paysanne, et qui trouve le Cagoulard "sympathique... Nous avons bavardé...", voilà qui est curieux, surtout qu'à la case 3 du strip 174, il se tripote les doigts comme une minaude.

 

11.
p.21 : Pourquoi y a-t-il "tout un troupeau qui plane" ? J'sais pas, ça doit être un truc psychédélique, un hommage à l'album Animals de Pink Floyd, tous ces moutons sur des nuages, que, pour les tondre, faudra une drôle d'échelle...

 

12.
P.19 : Pourquoi au-dessus des remparts, une forme étrange vient-elle d'apparaître ? Parce que sinon, au-dessus des remparts, en général, y a que des zoziaux, alors faut bien y mettre du spectre, du médiéval revenant, du tempestaire, du bouffon voltigeant, de la dame blanche ; le garde, c'est bien, mais un peu commun. Ou alors, on décrit une bataille. Mais c'est long... et puis lu, relu tant et tant. Et puis, on s'en fout.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 octobre 2013

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 03:59

NOTES 1 A 10 SUR LES STATUES
Brefs en lisant Les Statues (Dessins de Ferry - Scénario de Pombal - Couleurs de Monic, Le Lombard, 1997)

 

1.
Théâtre de trognes. Il y a un public. C'est que la représentation est l'un des sujets de l'album Les Statues de Ferry et Pombal (Le Lombard, 1997). Je me souviens que lorsque j'étais étudiant, l'un de nos bons maîtres insistait pour que, dans nos pensums, l'on remplaçât "sujet" par "problématique". C'est peut-être plus rigoureux, mais c'est moins joli. Et puis on finirait par ne plus comprendre la fameuse réplique de Rivarol (dit-on) au roi Louis XVI dans ce dialogue refait par mes soins et d'après ce que j'ai vu dans un film dont le titre m'échappe :
- "Monsieur, on me dit que vous avez beaucoup d'esprit. Faites-moi donc un trait, un mot, là, au débotté.
- Mais sur quoi, Sire ?
- Eh bien, mais sur moi, sur ma personne !
- Sire, le Roi n'est pas un sujet !".

 

2.
Les deux costauds de la course portent des métaphores. Des métaphores bien lourdes, bien pesantes. C'est à qui la portera la mieux, sa métaphore. Je me demande si c'est pas elle, la sauterelle significatrice, qui nous dévore en fin de compte.

 

3.
Un personnage légendaire est un personnage qui ne fait plus qu'un avec sa métaphore.

 

4.
Les tragiques prennent la fatalité pour une malédiction. Ils se dressent donc contre des dieux invisibles, contre les puissances de l'autre. Les tragiques deviennent alors ou héroïques, ou fous. Il n'y a pas de malédiction, il n'y a que de la malencontre.

 

5.
Sur la planche 4 et les planches de la voguette, la fille, guillerette, se moque. C'est moqueur, les filles ; remarquez, les garçons aussi. Pis des fois, ça se blesse. C'est dans une chanson de Nino Ferrer, ça : "Mais ce que je ne veux pas, c'est que l'on se moque de moi." Moi, hélas, j'ai l'esprit moqueur. Je le regrette. J'aurais tant aimé être charmant. J'ai dû être crapaud pis embrassé par la fée de la désinvolture.

 

6.
Les moqueurs aiguisent souvent eux-mêmes les poignards avec lesquels ils vont se faire planter. Je connais des gens qui, pour un trait, une saillie, une poignée de bêtes syllabes, en veulent leur vie durant à quelqu'un. Le moqueur est donc souvent inconscient ; mais s'il écoute l'ange de sa lucidité, il finit par se méfier, et ne se moque plus que dans le secret de son cabinet. Il évite donc de trop fréquenter les autres, lesquels d'ailleurs se fichent bien de lui, sauf s'ils sont amoureux, mais être amoureux d'un esprit moqueur, autant aimer un scorpion, ou un coeur en hiver (très joli film).

 

7.
Il vaut mieux vivre avec quelqu'un qui a l'esprit de sérieux. Certes, l'esprit de sérieux trahit souvent une imbécillité générale, mais cette stupidité souvent s'arrête cependant à la compétence professionnelle, laquelle est pétrie d'esprit de sérieux, de bonne volonté, d'adaptabilité aux contraintes qui garantissent la bonne menée d'une carrière. Un esprit moqueur est une bénédiction littéraire, et un handicap social.

 

8.
Il y a une citation de Milton : "The Mind is its own place, and in in itself can make a Heav'en of Hell, a Hell of Heav'n." Comme quoi, la bande dessinée a aussi ses humanités.
La phrase signifie que nous décidons de la nature du réel. Non pas du réel lui-même - le réel en-soi - mais du réel dont nous faisons l'expérience - le pour-soi. Ainsi, nous pouvons faire du réel une expérience divine, transcendée, sublimée, de même que nous pouvons diaboliser le réel, le rendre infernal. Le plus grand mal qu'un vivant puisse faire à un autre vivant, c'est de le couper de toute transcendance, de lui rendre à ce point l'existence insupportable que, non seulement il finira par renoncer à vivre, mais aussi qu'il ne fera plus qu'un avec une conscience diabolique du monde. Je suis assez porté à croire que Stefan Zweig s'est suicidé en 1942 parce qu'il s'était persuadé que le réel était de nature diabolique, que le nazisme était une composante du réel qui finirait par l'emporter sur toutes les autres, et même qui, d'une certaine manière, avait déjà alors remporté la partie.

 

9.
J'aime beaucoup "The mind is its own place" miltonien. L'esprit est sa propre place, son lieu d'être, son devenir. L'esprit est l'attribut de lui-même. Comme Dieu. Avec les pouvoirs limités d'un dieu.

 

10.
C'est bien beau d'affirmer la probable pluralité des mondes, encore faut-il se mettre d'accord sur l'unicité ou la multiplicité du ou des Créateurs. Et si Dieu était équivoque ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 31 juillet 2013

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 03:25

NOTES 11 A 20 SUR LES STATUES
Brefs en lisant Les Statues (Dessins de Ferry - Scénario de Pombal - Couleurs de Monic, Le Lombard, 1997)

 

11.
Planche 6, il est tout découvrant, l'homme au kilt qui crie "Terre ! Terre ! Terre !". Le kilt, ça me rappelle ce que j'ai entendu dans un documentaire sur la Première Guerre Mondiale, que les soldats écossais étaient surnommés "Les Filles de l'Enfer" par les Allemands, et aussi cette réponse faite par un vieil Ecossais à la question muette d'une classe de petits Français : "Vous vous demandez ce que j'ai sous mon kilt, je vais vous le dire : un spitfire et deux bombardiers."

 

12.
Ils commencent par découvrir une statue. C'est-à-dire une représentation. Un masque qui est en lui-même une révélation: le réel est une diachronie que l'humain ne cesse de travailler, de faire, défaire, refaire. Dans quel but ? Empêcher le Chaos de se faire jour, empêcher les ténèbres de fissurer nos masques et de jaillir soudain, couteau de néant qui égorge aussi bien que couteau de boucher.

 

13.
La composition des planches 8 et 9 est remarquable en ce qu'elle confronte un même couple tantôt affirmant publiquement son amour (cf planche 8 : "Je ne peux pas vivre sans elle" / "Je ne peux pas vivre sans lui") et tantôt se disputant en privé (cf planche 9 : "Tu n'es même pas capable d'entretenir ta fille !" / "Quant à la fille, je doute que je sois son père"). Les deux pages se répondent case à case, constituant ainsi la séquence en séries d'échos aux sujets divers (les statues, la fille, la nature du lien qui les unit...). Cela fait structure en miroir, chiasme : le roux faisant l'éloge de la brune puis la brune querellant le roux. Et puis cercle aussi : au centre des deux pages, un autre couple, plus jeune, en contrepoint. Allez-y voir, remarquable, je vous dis.

 

14.
Le réel tente de tromper le temps en s'épatant de tout un tas de trucs plus ou moins étonnants. En cela, l'humain est son propre trompe-l'oeil, permanent, sophistiqué, médusant.

 

15.
Planche 11, la brune fait parler le buste, le buste à tête de tête coupée - bouche ouverte, yeux ouverts - le buste qu'on devine tarabustant, médusant.

 

16.
Que signifie "être plus âgé que le temps" ? Dépasser la mesure admise du temps ? Tendre à la durée ? C'est la légende qui tend à être plus âgée que le temps, à se confondre avec sa durée. Ainsi, la légende se présente souvent comme se perdant dans "la nuit des temps", ses origines en sont incertaines, discutées, jusqu'à l'immortalité vampirique.

 

17.
Aller chatouiller l'érinye. Se chatouiller l'érinye. Est-ce jouer avec son destin ? Est-ce une tentative de désamorçage des fatalités ? de désacralisation ? Une manière de dire : "Oui, face de sphinx, tu n'es qu'humanité." Le mystère est une posture. Ou un péril. Une représentation. Ou un enjeu.

 

18.
Le noeud des désirs dans bon nombre de têtes : de quoi sans doute nourrir quelques générations de serpents. En chacun un dragon et soi-même comme Saint-Georges.

 

19.
Orphée laisse tomber Eurydice aux Enfers. Et depuis on ne cesse de se lamenter l'Eurydice et de se chatouiller l'érynie. Plainte et dérision de la plainte. Voilà tout l'art.

 

20.
L'industrialisation de la fiction n'a pas tué les êtres légendaires. Elle les a multipliés. Têtes repoussant et se multipliant. La fiction est le sol où la fascination nourrit sa villa des mystères. Tant de divinités, d'avatars, de monstres et d'énigmes pour nous rappeler au réel, à la fascination morbide du réel.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er août 2013

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 02:58

NOTES 21 A 31 SUR LES STATUES
Brefs en lisant Les Statues (Dessins de Ferry - Scénario de Pombal - Couleurs de Monic, Le Lombard, 1997)

 

21.
La fiction est par défaut de la vérité. Je suis assez persuadé que bon nombre de vocations fictionnelles se sont déclenchées au moment même où l'apprenti scribe comprend que jamais il ne sera physicien, mathématicien, explorateur de continents nouveaux.

 

22.
On dit que la jeune Agatha Miller était douée pour les mathématiques. Mais comprenant qu'elle n'y obtiendrait au mieux qu'un rang de bon professeur, de chercheuse consciencieuse, elle a préféré devenir Agatha Christie la première place dans la composition d'énigmes policières.

 

23.
"C'est toujours "Elle !..." (cf planche 14). C'est la fatalité de l'individu. Il s'inscrit toujours dans une généalogie, une galerie de portraits qui, tous, le renvoient à sa propre image. Chaque humain est un bout de généalogie, un héritier qui ne peut refuser l'héritage. Qu'il essaie pour voir, et les erinyes fondent sur lui, le fourvoient ; le voilà alors, l'homme, prophétisant des religions nouvelles, armant des légions, massacrant des peuples, se damnant aux yeux de l'humanité entière, se jetant dans les flammes de son propre enfer.

 

24.
Diogène (Comment ça va, patron ?), par définition, n'a lu ni Kant, ni Spinoza, ni Husserl, ni Heidegger, ni Sartre. Il n'a même pas pu entendre tel penseur radiophonique vitupérer contre la décadence de l'éducation nationale et l'usage abusif du roman policier dans les classes moyennes. Et cependant, l'écho de la claque qu'il flanque au satisfait résonne encore.

 

25.
"y aller de son texte" (cf planche 15) : chacun son rôle, sa peau, son masque, son souffle. Et les décors seront bien gardés.

 

26.
Planche 16. L'enjeu : la découverte du "Nero Antico". Le noir antique. L'étoffe opaque des songes. La matière du Faucon maltais. Vous pouvez toujours gratter, ce n'est pas l'or que vous trouverez dessous, mais le rêve de l'or, l'idée de l'or, et c'est ce rêve qui constitue votre quête, qui en fait même tout l'intérêt.

 

27.
Sans l'énigme, les humains ne sont que fourmis.

 

28.
Ce qui importe, ce n'est pas de finir par comprendre, c'est au contraire de ne pas en finir de comprendre. Sinon, quel intérêt ?

 

29.
"Pourquoi vous ne pouvez pas la tuer ? !" (cf planche 17) : On ne tue pas une énigme. On ne tue pas le nom. Ils finissent toujours par resurgir, sous d'autres masques, dans d'autres syllabes, mais c'est toujours la même énigme, c'est toujours le même nom, celui de l'être.

 

30.
Là où il y a énigme, il y a théâtre. Il faut bien la mettre quelque part. Sinon, on perd un temps fou à courir partout après.

 

31.
L'hôte dans le théâtre. Une autre statue. Une autre tête à la bouche ouverte, aux yeux blancs. Une parole qui n'en finit pas de faire écho.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er août 2013

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 02:31

NOTES 32 A 41 SUR LES STATUES
Brefs en lisant Les Statues (Dessins de Ferry - Scénario de Pombal - Couleurs de Monic, Le Lombard, 1997)

 

32.
La ville. C'est Thèbes. La ville où nous rentrons d'une manière énigmatique. Une fois le mystère dissipé, une fois que vous êtes dans la place, aux portes de Thèbes, inexplicablement, inéluctablement, réapparaît le Sphinx. Quant à Thèbes, vous découvrez bientôt que votre ville est un labyrinthe, un cercle, un théâtre. Une perspective en trompe-l'oeil qui vous attrape et ne vous lâche plus.

 

33.
Une très jolie expression, planche 21 : faire rentrer l'avenir dans le présent : c'est là le but même de tout humain qui cherche. Ce qu'il espère trouver, et dont il ne peut que spéculer la nature exacte, c'est l'avenir de sa recherche. Son but est donc de faire rentrer cet avenir spéculatif dans l'apparente évidence du présent, c'est de transformer une abstraction en objet sensible. Ce qui, je suppose, dans le domaine de la physique quantique, n'est pas sans poser problème.

 

34.
A rebours, l'Histoire est la discipline qui a pour but, non pas de faire revenir le passé, mais d'assurer la permanence de la représentation du passé. Les historiens sont les gardiens d'un théâtre dont ils composent le répertoire, l'actualisant sans cesse, essayant de trouver un sens à ces histoires idiotes de tyrans, de diplomates, de marchands, de colons et de maîtresses.

 

35.
Les personnages prononcent des répliques qu'on leur souffle. Alain Resnais, dans Vous n'avez encore rien vu fait prononcer les mêmes répliques par des acteurs de générations différentes. Dans le film de Resnais, c'est le mythe d'Eurydice qui est ainsi revisité ; dans l'album Les Statues, c'est le mythe d'Oedipe auquel il est fait écho.

 

36.
Le sphinx de la planche 23 est une sphinge ; la belle et la bête en un même corps.

 

37.
La sphinge est jalouse (ou est-elle simplement joueuse ?) : c'est que si son homme répond à l'énigme, il épousera la reine.

 

38.
Le devin est aveugle. Oedipe est inconscient. Thèbes est en proie. Voilà à quoi ça mène de résoudre les énigmes. Mais ceci dit, si l'humain n'avait pas résolu l'énigme, il aurait été dévoré.

 

39.
Nous n'avons pas le choix, il faut accepter d'être un aveugle en chemin.

 

40.
Les modernes ont fait descendre dans le public les masques tragiques, puis ont fait porter au public ces mêmes masques; afin que les humains se reconnaissent tels qu'ils sont : des acteurs tragiques enfermés dans un théâtre dont les murs ne cessent de se rapprocher, un cercle qui, inéluctablement, se resserre, un noeud coulant.

 

41.
Les répliques de théâtre font rire dans la vie réelle. Elles ne peuvent servir qu'à prendre, ou feindre de prendre, par le biais de la citation, une certaine distance avec son propre discours. Ce n'est pas en citant que l'on démontre. La citation n'est jamais qu'un indice.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er août 2013

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 21:21

NOTES 42 A 50 SUR LES STATUES
Brefs en lisant Les Statues (Dessins de Ferry - Scénario de Pombal - Couleurs de Monic, Le Lombard, 1997)

 

42.
Sam et Eline ne savent jamais à l'avance où leurs étranges hôtes vont les mener. Ils ne dominent absolument pas la diachronie où le récit les plonge, d'autant que cette diachronie a tous les airs d'une synchronie, d'une boucle spatio-temporelle.

 

43.
Tout récit tend à devenir circulaire. Une succession de pages que l'on tourne, pour en arriver à l'inéluctable fin. Il y a dans toute fiction quelque chose de puéril, une mômerie, une singerie du réel. Aussi, cette inéluctabilité, cette malédiction téléologique, est-elle heureusement contrebalancée, voire contrariée, par les détails de la narration, par l'étrangeté des péripéties. Ce qui fait l'intérêt de certains mythes grecs, c'est que chaque péripétie porte un masque intéressant en soi. Tout semble mener à une fin ; tout semble déjà joué. Et pourtant, le Sphinx toujours réapparaît ; et pourtant, Iphigénie est sacrifiée ; et pourtant, Iphigénie n'est pas sacrifiée.

 

44.
Il y a des enfants aussi, "des concurrents venus des îles voisines" (planche 30). Est-ce donc que "leur concours étrange" serait un jeu d'enfant ? Est-ce donc que les îles voisines seraient, elles aussi, hantées par le théâtre ?

 

45.
Le réel est plein de discours incompréhensibles. Certains le sont par leur langue ou par leur jargon. Tous le sont par leur visée réelle. Ce n'est pas le Sphinx qui pose l'énigme, c'est l'énigme qui induit le Sphinx.

 

46.
Le mot "énigme" - il est fin comme une aiguille, le mot "énigme" - quand je le prononce, quand je l'écris, il m'évoque la finesse d'une élégance singulière, les personnages des romans où tout se passe dans une sorte d'aristocratie de l'esprit, sinon de l'argent. Cependant, l'énigme ne peut se passer de la brute. Pas de légende sans dragon puant, sans monstre hideux, sans force brutale d'un homme féroce, sans charrette honteuse. De même, le débat des idées, sous une apparente courtoisie, masque souvent des brutalités, des enjeux de carrière, des jalousies de chien, des mépris souverains. Et je ne parle pas du sourire du loup qui caractérise le politique.

 

47.
La brutalité, c'est le muscle utile. Elle s'achète. Elle s'organise en force armée. Mais elle n'est que cela. Aussi faut-il la surveiller de près, sinon elle est toute prête à l'initiative stupide et brutale, à la "charge héroïque de la brigade légère", à la mission impossible, à la "Je vais vous le faire parler, moi, mon Général". C'est ainsi que, généralement, elle fait trébucher le politique. C'est ainsi que m'apparaît la Première Guerre Mondiale, une confrontation de cerveaux - ceux des généraux à pedigree - d'une égale lourdeur, des ivrognes imbibés disputant une partie d'échecs, une opération à coeur ouvert confiée à un chirurgien atteint de dégénérescence cérébrale. Ou alors, ils l'ont fait exprès.

 

48.
Ce dont la brute ne peut douter, c'est qu'elle doit agir en brute.

 

49.
Je suppose que pour certaines brutes, il n'est de paradis qu'en enfer.

 

50.
Mourir, c'est devenir un élément du décor, une croix dans le paysage.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er août 2013

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