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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 23:49

CES MORTS QUI NOUS SOURIENT

 

1.
Tiré de Laforgue: "Lui, toujours"; "éploya vastement ses grandes ailes noires"; "Et le sanglot des âges".

 

2.
"Lui, toujours" se dit Mozart en voyant passer dans son ombre le mystérieux messager du commanditaire du "Requiem".

 

3.
"Lui, toujours" se dit Lancelot en voyant passer dans les branches le mystérieux quidam, que nul autre que lui, semble-t-il, ne voit, et qui fait silence autour de lui.

 

4.
"éploya vastement ses grandes ailes noires": Ah aller "vastement" en "éployant" de grands mouvements noirs autour de soi, ténébreux.

 

5.
"Et le sanglot des âges": Je me demande si le Temps pleure quelquefois des larmes sans autre cause d'être.

 

6.
Pourquoi le Temps pleurerait-il ? - Parce qu'il n'existe pas ? Parce qu'il n'existe pas et que nous passons quand même.

 

7.
Tiré de Laforgue: "Leur âge nous confond !"; "L'horloge éternelle"; "Ils s'éteignent dès qu'ils ont lui"; "hier, demain".

 

8.
"Leur âge nous confond !": Et nous voilà brouillés des horloges.

 

9.
"L'horloge éternelle", qui puise éternellement au paquet de chairs.

 

10.
Décidément, nul ne pourra dire: "Houzeau était mon ami". Je dis ça pour prévenir; je montre les dents à tout hasard.

 

11.
"Ils s'éteignent dès qu'ils ont lui": Et j'en connais beaucoup qui ne sont même pas lueurs, mais petits bouts de reflets ridicules.

 

12.
"Hier, demain": Et moi, là-dedans ?

 

13.
Ce que nous cherchons dans le peut-être des chansons, la trace d'un "éternellement aujourd'hui" [Laforgue] dont nous savons bien pourtant.

 

14.
Sur la pochette du disque "Les Marquises", Brel déjà... A croire que nous multiplions les images pour avoir en permanence sous nos yeux ces morts qui nous sourient.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 février 2014.

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 23:08

AZIMUT ZOU !

 

1.
Tiré de Laforgue: "En silence, tous deux"; "Le Mal et sa victime"; "Le Mal et sa victime / Luttaient, luttaient sous les cieux sourds".

 

2.
"Dire qu'il est mort, Fernand...
Dire que Fernand est mort" -
Pourquoi j'pense à ça, moi ?

 

3.
"En silence, tous deux": sinon, i s'engueulent, c'est pas la peine non plus.

 

4.
"Le Mal et sa victime":
Le Mal (mâle et puissant): AH AH AH !
La victime (aigue et plaintive): Aaah... Aaah...

 

5.
"Le Mal et sa victime
Luttaient, luttaient sous les cieux sourds"
(Jules Laforgue)

 

Sans doute valait-il mieux.

 

6.
Au vol, sur France Culture: "Je préfère les faux bijoux aux vrais": Ah l'intéressante, mais étrange, demoiselle...

 

7.
Tiré de Laforgue: "La terre secouant"; "La terre secouant, aveuglée, en délire"; "Par l'azur ce vautour géant".

 

8.
"La terre secouant": Je me demande bien ce qu'elle a à secouer, la terre... Ah si ! Ses plaques sur la tronche et tout le tremblement.

 

9.
Je me demande s'il existe une héroïne d'un manga glamour qui s'appellerait "Tsunami" (1).

 

(1) Ouh la ! Si ça se trouve, je fais linguistiquement un drôle d'impair, un de ces impairs pas mettables.

 

10.
"La terre secouant, aveuglée, en délire": Comme une boule de flipper lancée dans une chanson populaire.

 

11.
Ou alors "secouant, aveuglée, en délire" comme l'orchestre des Pardonnez-Nous Seigneur, Nous Ne Savons Pas Ce Que Nous Chantons.

 

12.
"Par l'azur ce vautour géant": Attrapé par l'azur, dis donc, azimuté zou, balancé soucoupe volante, ou tapis gondolant.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 février 2014

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 18:15

COULD WE HAVE KIPPERS FOR BREAKFAST ?

 

1.
Que Libé finisse en réseau social, voilà fichtre le triomphe du capitalisme sur les idées de Sartre. Et, en plus, je m'en fiche.

 

2.
Tiré de Laforgue: "Puis détendant son corps raidi"; "Sur ce globe innocent"; "Avec un cri de joie".

 

3.
"Puis détendant son corps raidi", s'étendant, s'étendant, s'étendant, il lâcha - zouhou - et envoya balader sa pomme dans l'fond du panier bleu.

 

4.
Ah ce que j'aurais voulu, c'est une vie électrique, élastique... Hélas, tic-tic-tic fait le ressort.

 

5.
"Sur ce globe innocent"... innocent, innocent, c'est vite dit, ça.

 

6.
"Avec un cri de joie" (1), il déroulit le tapis d'oùsqu'elle jaillit ravioli (2), la reine d'Egypte.

 

(1): en latin bien sûr, genre: youkaïdum, youkaïdae !
(2): Pourquoi "ravioli" ? - Parce que j'en ai envie.

 

7.
Tiré de Laforgue: "Ainsi qu'un fauve avait bondi"; "L'abîme était l'azur"; "L'abîme était l'azur des anciens jours".

 

8.
"Ainsi qu'un fauve avait bondi" pour se prendre le rateau qu'était caché dans l'herbe (quel suspense ! On dirait du Marc Lévy).

 

9.
"L'abîme était l'azur": d'où le nom caché de la Côte d'Azur, qui est, bin tiens et comme chacun sait, la Côte d'Abîme.

 

10.
L'abîme, là oùsqu'on fait boum !

 

11.
"L'abîme était l'azur des anciens jours"
(Jules Laforgue)

 

Euh, faudrait arrêter de jouer avec les verres à saké qui vous font voir des choses.

 

12.
Des fois, quand j'entends "Breakfast In America", de Supertramp, quand j'entends ces mots :
 

"Could we have kippers for breakfast
Mummy dear, Mummy dear
They got to have 'em in Texas
Cos everyone's a millionaire"

C'est drôle, mais ça me donne une vague envie de pleurer.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 février 2014

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 12:15

SOURIS QUAND MÊME CHAT

 

1.
C'est quand même bête de se dire que vivre, c'est toujours mourir un peu, mais quand on est bel et bien débandé, dévissé, enterré, on n'en a plus l'occasion.

 

2.
Tiré de Laforgue: "Mais soudain vers les cieux"; "Le mal s'accrochait"; "Le Mal qui là dans l'ombre flairait sa proie".

 

3.
"Mais soudain vers les cieux": Oh !... Là-haut... Une souris !...

 

4.
"Mais soudain vers les cieux jaillit un cri de rage"
(Jules Laforgue)

 

C'est qu'un géant s'a flanqué sur les doigts son marteau;
ça ne fait pas un nuage.

 

5.
Le "ç", je sais pas le mettre en majuscules. J'ai su, j'sais plus, j'm'en fiche.

 

6.
"Le Mal s'accrochait": Tique et tique et ratatique.

 

7.
"Le Mal qui là dans l'ombre flairait sa proie" [Laforgue]
 

- Couché, Belzédor !

 

8.
"J'étais beau comme un passage à niveau" qu'il chante Thiefaine... beau à regarder les trains passer oùsqu'on n'a pas monté, trop bourré qu'on était.

 

9.
Qui me souhaite "bon courage" est vraiment bien brave; il me semble tellement que je le mérite pas.

 

10.
Si Lewis Carroll a inventé "le sourire du chat", c'est peut-être pour souligner que les chats ne sourient guère... i sont si sérieux, les chats... ou alors, c'est des keatons, et i se fichent de nous, les greffiers...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 février 2014

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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 08:28

DE L'UNIVERS MODESTE QU'ON EST TROGNONS

 

1.
Tiré de Jules Laforgue: "en m'enterrant d'un geste"; "l'univers modeste et le céleste".

 

2.
On est toujours enterré d'un geste, mais, des fois, on est encore vivant.

 

3.
J'aime bien le contraste que fait Laforgue entre le "modeste" et le "céleste"; nous bricolons modestement sous la grande machinerie pas pensable du divin.

 

4.
Tiré de Jules Laforgue: "Impassible en ses lois la Force universelle"; "ivre"; "de sa fécondité"; "en aveugles rayons".

 

5.
"Impassible" qu'il dit Jules... impassible, impassible pas tant que ça, que, quand même, que j'saute aux rideaux...

 

6.
"en ses lois": quel jeu ?

 

7.
"la Force universelle": celle qui m'attrape de partout et m'y met dedans, pauvre de moi...

 

8.
L'adjectif "ivre" rappelle toujours quelqu'un: le réel se console de sa lucidité par l'ivresse et se repent de ses ivresses par sa lucidité.

 

9.
Le mot "fécondité", des fois, me met en colère; que c'est déjà bien assez de m'avoir soumis à, comme dit Cioran, "l'inconvénient d'être né", qu'un peu partout faudrait  qu'elle se calme, la matrice à turpitudes.

 

10.
Quand on est fatigué, des fois, les mots se déforment. Ainsi, le mot "turpitudes", dans mon cahier de brefs, je l'avais noté "turlupitudes".

 

11.
"en aveugles rayons": Et vazy donc que j'te cogne, que j'te tamponne, qu'les rayons s'emmêlent les pinceaux, même que le physicien Cosinus n'y retrouverait pas le chat de ses équations.

 

12.
Tiré de Jules Laforgue: "la paix solennelle / Vibrait": "de toute éternité"; "de vivantes flotilles".

 

13.
"la paix solennelle / Vibrait": C'est qu'elle doit en entendre un, de beau discours sur sa pomme.

 

14.
"de toute éternité": remarquez que la moitié suffirait bien, mais l'infini aime bien les points sur ses "i"; ça lui donne de la langue.

 

15.
On a beau se dire que ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort... c'est chiant quand même.

 

16.
Vivre avec quelqu'un, c'est se demander au bout de quinze ans ce qu'on aurait pu faire si...

 

17.
"de vivantes flotilles": les petits bateaux qui ont des jambes ?

 

18.
Tiré de Jules Laforgue: "Elle criblait l'immensité"; "Et les soleils flambants"; "Au béant vide illimité".

 

19.
"Elle criblait l'immensité": des fois qu'il y aurait de l'or dedans; on ne sait jamais...

 

20.
"Et les soleils flambants": heureusement encore, car les soleils éteints, ça l'fait pas.

 

21.
"Au béant vide illimité": ça, quand il ouvre sa goule, l'ogre...

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 janvier 2014

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 01:15

BOUILLOIRE A FOUTOIR CABOCHE

 

1.
Tiré de Jules Laforgue : avoir un "tictac froid" qui "rit  en [sa] poche"; "Oeufs à heures"; "s'éparpiller en cloches" (cf "Complainte des Mounis du Mont-Martre").

 

2.
Les spectres ont aussi leur temps; il bat son tictac foid et rit, régulière mécanique, dans leur dents.

 

3.
Les horloges sont grosses d'oeufs à heures qui ne cessent d'éclore pour mettre en boucle, en anneaux même, le serpent du temps.

 

4.
Et au-dessus des toits de traits, des campagnes au couteau, le ciel franc et bleu, éparpillé de cloches de partout.

 

5.
Tiré de Jules Laforgue: "avoir la tête qui bout"; "en faire une maladie"; "Mais enfin tout cela" (cf "La femme est une malade").

 

6.
Dans le poème "La femme est une malade" des "Premiers Poèmes" de Jules Laforgue, le narrateur raconte que, le jour de ses noces, sa belle-mère vint le trouver pour lui expliquer combien sa désormais femme est fragile, "si faible, si nerveuse" qu'il lui faudra être "constamment inquiet / De ce qui pourra la satisfaire". D'où la logique conclusion: "- Et depuis ce jour-là mon épouse est sous verre."

 

7.
Des fois, j'ai la tête qui me bout d'un drôle de café. Noir, amer, au bord du bouillu-foutu.

 

8.
L'expression "en faire une maladie", qui suppose quelque crédit à la théorie du psychosomatisme, figure dans le poème "La femme est une malade", de Jules Laforgue, publié par le journal La Guêpe, à Toulouse, le 24 juillet 1879.

 

9.
Je suppose que le Diable est celui qui commença sa réponse à  Dieu par un contrariant "Mais enfin tout cela..."

 

10.
Tiré de Jules Laforgue: "avoir une Antigone pour écarter son rideau"; "retourner ses parapluies"; "se croire incompris" (cf "Complainte de l'automne monotone")

 

11.
Pouvoir dire à sa domestique :"Antigone, écartez mon rideau", est-ce que cela ne serait pas d'un chic on ne peut plus antique ?

 

12.
Si la pluie se mettait à tomber dans l'autre sens, on serait bien obligé de retourner nos parapluies.

 

13.
Parfois, on se croit incompris alors qu'on est juste ignoré.

 

14.
Des fois, on croit que, mais non, qu'en fait, on n'est pas calculé du tout.

 

15.
Tiré de Jules Laforgue: "se grignoter soi-même"; "se rassasier d'empires de rêve"; être étreint par "la pieuvre Spleen" (cf "Complainte-litanies de mon Sacré-Coeur).

 

16.
Ce n'est pas le temps qui nous dévore, c'est nous, irrémédiablement, chenille sur la feuille, qui nous nous grignotons le soi-même.

 

17.
Il est sans doute des esprits qui se "rassasient d'empires de rêve" et finissent par vivre dans des taudis.

 

18.
Si fasciné qu'on ne voit plus les serpents qui sifflent sur sa tête, on s'éprend du visage bleu de Mélusine, cette autre face de la pieuvre Spleen.

 

19.
Pour s'en déprendre de la pieuvre Spleen, y a qu'la hache du réel, je vois qu'ça. Mais alors, faut retrouver ses yeux.

 

20.
Des fois, on a la tête qui bout pour le cuire, l'oeuf qu'elle nous a envoyé nous faire.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 décembre 2013.

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 21:39

PERSISTER ET DISPARAITRE

 

1.
"Quoi ? Ni Dieu, ni l'art, ni ma Soeur Fidèle; mais"
(Jules Laforgue, Complainte de l'ange incurable)

 

J'aime bien ce mais; je m'y arrête et j'y mets, derrière ce mais le temps qu'il me faudrait, et l'argent pour le remplir.

 

2.
"En deuil d'un Moi-le-Magnifique"
(Jules Laforgue, A Paul Bourget)

 

Eh oui !

 

3.
"Depuis l'Eternité jusqu'à l'Eternité"
(Jules Laforgue, Mémento)

 

Ce qui me rappelle qu'il y a divers infinis, que ça fiche le camp dans tous les coins, l'infini, que ça se plie, se déplie, se multiplie, que ça se divise, se rétroactive, se poursuit infiniment, chat infini poursuivant une infinie souris.

 

Note : Si l'on veut, on peut remplacer le chat par le coyote, et la souris par le bipède à bec qui file et qui fait bip-bip.

 

4.
"Le vent jusqu'au matin n'a pas décoléré"
(Jules Laforgue, Complainte des grands pins dans une villa abandonnée)

 

J'aime la régularité de ce rythme qui semble presque contredire les rafales de la soufflance : "Le vent / jusqu'au matin / n'a pas / décoléré". Il y a là-dedans comme du constat désabusé.

 

5.
"Semant par l'infini les sphères vagabondes"
(Jules Laforgue, Sonnet pour éventail)

 

Je sais bien que c'est silencieux, qu'on peut pas le dire, ce grand silence-là, qu'on y trouve, nous, quand même de la sifflante, et en plus, ma pomme, je les vois bien tintinnabuler, les sphères, vibraphoner dans le grand jazz cosmique.

 

6.
"Tout est fini pour moi, cependant que les mondes,
L'autre éternité, vont continuer leurs rondes,
Aussi calmes qu'aux temps où je n'ai pas été."
(Jules Laforgue, Sonnet pour éventail)

 

Dans ce constat de l'humaine finitude, j'aime surtout l'expression "l'autre éternité", puisque l'éternité, l'infini, l'être relèvent du radical autre, de cette étrangeté originelle sans laquelle nous ne pourrions persister et disparaître.

 

7.
"Qu'il faut se résigner à l'immense mystère"
(Jules Laforgue, Sonnet pour éventail)

 

Qu'est juste un trou.

 

8.
"Pli qui fronce un instant sur l'infini des mers"
(Jules Laforgue, Sonnet pour éventail)

 

Qu'on dirait bien de la vague, toujours la même et toujours différente, qui tourne dans le cercle océan.

 

9.
"- Là, voyons, mam'zell' la Lune"
(Jules Laforgue, Complainte de cette bonne lune)

 

J'aime bien cette façon d'être familier avec la Lune, de lui dire "tu", comme à une bonne copine, mais bon, la Lune, c'est la Lune, elle s'en fout bien, de nos pommes. C'est pas trop la peine de lui dire "voyons", elle n'a pas d'yeux pour nous.

 

10.
"Lampes des mers ! blancs bizarrants ! mots à vertiges !"
(Jules Laforgue, Complainte à Notre-Dame des Soirs)

 

Trois séquences de quatre syllabes. Du flash que ça fait : "Lampes des mers" - j'imagine des lueurs sur l'océan ; "blancs bizarrants" - c'est que c'est bien bizarre, ces blancs-là, que ça ferait penser à un personnage de film qui dort et qui voit des blancs en songe, et qui se réveille, avec de l'étrange dans la caboche, du blanc qui s'fait écho ; "mots à vertiges" - on prend l'escalier des mots et, si on y réfléchit, ça vire vite vertige, ces bêtes-là, les mots, qui nous passent par la tête.

 

11.
"Lune aux échos dont communient les puits"
(Jules Laforgue, Complainte à Notre-Dame des Soirs)

 

Des bouches, les puits, donc, et qui les avalent, les hosties d'la lune.

 

12.
"Allez, coucous, réveils, pendules ;
Escadrons d'insectes d'acier"
(Jules Laforgue, Complainte des Mounis du Mont-Martre)

 

Ils vous égrènent le temps, ces insectes-là, avec leur sifflante entre les dentales, comme faux à moisson.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 novembre 2013

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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 04:36

EN TOUT CAS J'ESSAIE
Brefs et citations de et d'après Jules Laforgue (elles sont en italiques).

1.
...se ruer dans l'inconnu... chien sur la piste... fantôme qui ne reconnaît pas son lieu...

2.
Le vent qui n'a pas décoléré... du coup, il souffle à nous décoller de nos ombres.

3.
Vous verrez mes voiliers... une fois dépliés... mes voiliers... zieuterez... du papier, dépliés i seront, mes voiliers... cocottes... cinglantes à flaques... ah les démarrées ! Vous verrez mes jongleurs aussi... les mains qu'ils ont... pleines d'invisible...

4.
Oui, ce monde est bien plat... crèpe, galette, boulette... on court dessus... sillons...

5.
se mêler en valses fantastiques... valseurs, valseurs in the dark...

6.
L'éclair aveugle en est en route... Laforgue le dit, c'est çui-là d'la mort... qui zigzague déjà sur la route... entrant par la pluie, franchissant les feuillages, perçant les arbres du parc... et puis qui chose...

"Quant à ta mort, l'éclair aveugle en est en route
Qui saura te choser, va, sans que tu t'en doutes."
(Jules Laforgue, Complainte du sage de Paris)

7.
nuits folles sans nombre... monde rué... en grand rut... coupes et verres... lèvres et corps... ah ! les fièvres et les sueurs... et les assassinats... les yeux qui s'en retournent...

8.
"Mon coeur... Ah! pourquoi donc ai-je un coeur? Ah! pourquoi..." (Laforgue, Litanies de mon triste coeur)... En tout cas, il bat... son alexandrin... remarquable !

9.
mes tristesses sans causes... dogue triste... mélancolie de chien couchant... déjà la nuque qui se ploie... visage qui se chiffonne...

10.
Elle est Tout... Mais non, pas tant qu'ça.

11.
...tout nous abandonne... qu'est-ce que j'disais...

12.
Sa peau prenait déjà le ton... ça s'parchemine en chemin... se tache... ça devient thon, carpe... entre les feuilles mortes...

13.
Oh ! là-bas... un tourbillon de feuilles mortes... Il doit y avoir une statue.

14.
... je voudrais un vampire... ma portative immortalité... mon ironique memento mori...

15.
... je n'aime personne... en tout cas, j'essaie...

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 31 mai 2013

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 21:43

QU'SI SEULS SOMMES

 

1.
"Vous passerez, imperméables"
(Jules Laforgue, Complainte des complaintes)

 

Bin oui, c'est comme ça... quand il pleut, on voit passer des imperméables, pis des parapluies, des frimousses mouillées, & des gens qui s'pressent vers la gare prendre le train sous la pluie... la pluie... pluie, pluie, floc.

 

2.
"Ô mandarines des Janviers"
(Jules Laforgue, Complainte variations sur le mot "falot, falotte")

 

Et je sais pas ce que c'est, les mandarines des Janviers, qu'ça fait rêver, ces fruits sucrés, un peu acidulés, mais qu'il fait trop froid, givré vraiment... dehors on sort pas... qu'les gens se dégringolent la carcasse & se la cassent, la guibolle sur le trottoir... Patinoire !... qu'c'est glissant si qu'on en reste à la casa, à manger des mandarines pis à s'fasciner pour faces pis fesses, longs nez, gros nénés, tout c'qui passe à la télé.

 

3.
"Pas un jour où, poltron, je ne pense à la mort."
(Jules Laforgue, Citerne tarie)

 

En dehors du fait que j'écoute et zieute itou sur Télé Mélody la Sylvie Vartan du temps où elle chantait des fantaisies où qu'ça swinguait, et des mélancolies aussi : Arrête de rire !Arrête ! Je t'aime, qui dans une chanson bien faite passe, pendant que, dans la vie réelle, ça vous met grotesque aussi sec... en feuilletant mon Laforgue, je tombe sur ce vers qui dit qu'pas un jour où, poltron, il ne pense à la mort... que moi, pareil ! pas un jour sans songer au trépas, à l'autre là qui viendra me priver de la présence du monde... même que je serai tout dilué, dispersé, moléculé dans l'air... et ce qui me rend songeur aussi, c'est que leur beauté, à certaines que je connais, finira dans le sol, à pourrir chair... Je l'imagine, le merveilleux visage figé macabre, bel & bien mort, le corps lourd livré à la boue originelle, aux vers recycleurs... Quand j'y pense, j'ai du mal à y croire vraiment, et pourtant comme ça qu'ça se passe, et peut même arriver n'importe quand... une rupture d'anévrisme & zou dans le trou, la loulou... Arrêt cardiaque & hop chez les taupes, la copine, qu'on s'dit autant que de petites vieilles qu'elles deviennent, très ridées... qu'elles aient le temps d'en profiter, et de passer le reste de leur âge peinardes...

 

4.
"Ah ! que la Vie est quotidienne..."
(Jules Laforgue, Complainte sur certains ennuis)

 

On peut pas mieux dire... routine et soucis... tant qu'on est jusqu'au cou dedans... à faire c'qu'on peut, pis c'est l'ennui qui nous court après... & qu'pour y échapper, des trucs, d'autres trucs, & des épatants, on se met sur le dos... que ça nous en procure, de nouveaux soucis, des inédits, des qu'on savait pas... & des frissons aussi... tout ça pour avancer plus vite que l'ennui & sa marée grise... qu'on l'voit pas le temps passer, malgré routine et soucis... tant qu'on est jusqu'au cou dedans... à faire c'qu'on peut, & pis, on peut pas tant que ça, & alors on se dit : tant pis et que la Vie est quotidienne...

 

5.
Dans Triste, triste, le narrateur à Jules contemple son feu. Il a le droit... bien que contempler son feu, à force ennuyeux tout de même... Du coup, il écoute ouiner le vent... qui, en effet, fait ouineouineouine i fait... A moins qu'il s'agisse de l'alarme d'une bagnole, vu qu'elles font ouineouineouine aussi les alarmes des bagnoles... Bon, ouine le vent dans les rues, où sans doute plus personne de vivant ne traîne, car, en plus, il pleut, que la pluie à sa vitre, à Jules, elle ruisselle, & que Jules, un bâillement qu'il étouffe... surtout qu'un piano voisin joue une ritournelle... Vent, pluie et piano, un peu trop tout de même... Fracas & boucan, & tintamarre quand le petit Adhémar joue de l'à-peu-près Chopin... qu'c'est triste & triste & triste & triste, la vie... & lent & lent & lent & lent, l'existence, se dit le narrateur, qui se met à songer à la Terre... Atome d'un moment qu'il se dit aussi, car il est allé à l'école, cependant que dans l'Infini criblé d'étoiles, il se passe on ne sait quoi, car tout nous est clos... Vous pouvez pas comprendre... Cherchez pas... Voilà qui nous dépasse... Contentons-nous du sort qu'on doit gérer chaque jour... Toujours la même comédie... quelle comédie... masques, nous autres... toujours... Vices, chagrins, spleen et maladie, on en a plein le sac que nous le trimbalons, le sac... et nos chimères dedans, qui s'agitent dans notre dos, pis dans le trou nous, & les beaux pissenlits d'or au-dessus, c'est que nous ne sommes que par hasard, qu'c'en est déprimant, qu'si seuls sommes, que j'vais m'faire des frites, pis écouter un disque à Vian, ou à Salvador.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 mai 2013

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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 08:31

ET PAS AUTREMENT

 

1.
Vivre, surmonter ses déceptions ; ne pas être soi-même trop décevant. Passer sa vie devant une toile merveilleuse dont peu à peu s'effacent les figures, pâlissent les couleurs, tombent les masques, pour laisser apparaître peu à peu sa propre face, disparaître.

 

2.
"L'Espoir ! toujours l'espoir !"
(Jules Laforgue, L'Espérance)

 

L'Espoir ! toujours l'espoir ! qu'il dit le Poète Jules. C'est vrai que sans l'espoir, on aurait quoi ? La queue entre les jambes, comme le loup de la fable, qu'on se rêve si facile loup des steppes, et puis qu'on est que loup des fables, mais que, quand même, des fois, ils sortent des rimes, les loups, puis ça fait du crime un peu partout ; c'en est désespérant.

 

3.
"- Prés et bois vendus ! Que de gens,
Qui me tenaient mes gants, serviles,
A cette heure, de mes argents,
Font des piles !"
(Laforgue, Complainte des grands pins dans une villa abandonnée)

 

Très drame russe que ça fait, comédie à la Tchékhov que ça fait. Le proprio qui s'a fait rouler par un margoulin & sa propre négligence, un peu trop à discuter des moralistes français, que le temps passait & les bouteilles de vodka aussi les bonnes & les cousins... que le temps passait passa & sans un qu'il se retrouva, prés & bois vendus, et tout le monde qui se sert dans la maison, d'où elle est partie, la belle et si intelligente nièce, même que là, il faudrait un prénom en -a que j'ai pas sous la main tant pis.

 

4.
"Mon coeur... Ah ! pourquoi donc ai-je un coeur ? Ah !pourquoi"
(Jules Laforgue, Litanies de mon triste coeur)

 

Pour qu'il batte en toi et te dise sans cesse pourquoi à toute heure sans cesse pourquoi et te rappelle à toute heure sans cesse pourquoi.

 

5.
Tout est dur et sans coeur et plus puissant que toi.
(Jules Laforgue, Résignation)

 

Et c'est fort heureux, car cela nous permet de cracher, de pester, de douter, nous battre. Quoi ? manquerait plus qu'ça que l'univers i soye miséricordieux, sympathique, aimant. Une catastrophe pour la révolte existentielle !

 

Ceci dit, je me demande bien ce que ça veut dire révolte existentielle, une révolte qui vous tient lieu de projet d'existence ? Sais pas moi ; la révolte c'est tout de même bien fatigant... bah ! c'est un truc de héros, ça, une manière d'améliorer le sort des humains, ou pas d'ailleurs. Un héros est-il fatal qu'il soit bénéfique ? Je m'demande. En attendant, y a là-haut un drôle de trou, là-haut... au loin... là haut... au loin loin loin... L'aspirateur des Ténèbres... là... Un de ces jours, notre héroïque planète, il va l'aspirer, l'aspirateur, & zou on pass'ra trappe trou à tarte du néant.

 

6.
"C'est qu'il croit à l'Enigme et qu'il espère encor."
(Jules Laforgue, L'Espérance)

 

C'est de cet amour des énigmes que l'humain tire sa science, et sa fantaisie de l'infini des possibles du langage. C'est pas Dieu qui tient son empire dans les syllabes ; c'est la foule des figures mystérieuses, des démons & des anges, des autres & des nombres; fort peu disciplinée foule, et tapageuse, et remuante.

 

7.
"Dire que Tout est un Très-Sourd Mystère"
(Laforgue, Complainte des Mounis du Mont-Martre)

 

Tout est dire. Que Très-Sourd Mystère. Le Sphinx, pourtant, a des oreilles. C'est un trait d'union entre l'énigme et nous, un go-between. D'ailleurs, le Sphinx nous en connaissons un bout sur lui, et rien des mystères qu'il défend.

 

8.
"Comme ils sont beaux tous deux ! Comme elle a les pieds grands !
Lui les a plus petits, mais odoriférants,
Dam! les grandes chaleurs... Vous savez... On transpire..."
(Laforgue, Idylle)

 

Leçon de littérature: Il ne suffit pas de dire que Lasticot (c'est son nom) et Justine beaux, tous deux, qu'ils sont, Justine, de grands pieds qu'elle a ; pour lui, de plus petits, certes, mais odoriférants, puisqu'ils transpirent, cause les chaleurs... Encore faut-il dire ça en rythme, des douze-syllabes, et que tout ce trivial en soit différent, que ça en devienne plus intéressant qu'une bête comparaison entre deux péquins de base, dont les carcasses traînent depuis belle lurette là où nul n'a plus besoin de pieds.

 

9.
Le vers justifié remplace la plume de jadis. Il permet de réfléchir à ce qu'on écrit car, étant obligé de compter ses espaces, on fait rature sur rature ; ce qui pousse à cogiter & puis à se concentrer aussi.

 

10.
"Il fait nuit. Au dehors, à flots tombe la pluie."
(Laforgue, Intérieur)

 

C'est bête, mais j'aime cet écho qu'avec la nuit fait la pluie. C'est pas d'la grande littérature dites-vous; moi, ça me suffit, ces petits riens de tout que je pique ici et là & j'vous les laisse, les grandes oeuvres qui donnent à penser et qui me font perdre mon temps, et oublier le goût que j'ai de la pluie qui tombe la nuit sur ce monde qu'il faut bien que je hante, car c'est comme ça et pas autrement.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 avril 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans LE GRAND JULES LAFORGUE
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