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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 20:58

SON ÂME SE PENCHAIT
Notes sur Dernière évasion de Tatave Wacheux, de Nicolas Wallart, éditions Henry, 2011.

 

1.
"La silhouette d'un chien efflanqué poursuivait celle d'un cavalier faisant corps avec sa monture."
(Nicolas Wallart, Dernière évasion de Tatave Wacheux, p.45)

 

Donc, un ouah-ouah maigre filochait un quidam à dada.

 

2.
Page 42, y a du style indirect libre ("Il pouvait se vanter d'être libre !"), ce qui doit avoir affaire avec le titre ("Dernière évasion"). L'auteur précise que nul ne pouvait le voir, son personnage, rapport à ce que, portant une "cognée à l'épaule" et qu'il "n'y avait même personne pour apercevoir" ladite cognée. L'auteur précise aussi qu'il "traversait comme dans un rêve un quartier ancien, par certains côtés à l'abandon." Voilà qui fait songer. Le "quartier ancien", c'est la persistance du passé, son entêtement à perdurer dans un présent qui galope. Dans le syntagme "par certains côtés à l'abandon", je relève la géométrie un peu délabrée du coin. Le côté étrange, c'est que le personnage traverse cela "comme dans un rêve". On comprend après qu'à ce moment là, "sa place était sûrement dans un lit". C'est donc nocturne. Peut-être est-il somnambule ? Peut-être rêve-t-il qu'il traverse comme dans un rêve un quartier ancien ? D'où peut-être le "par certains côtés à l'abandon" comme si son rêve éludait une partie du décor. Peut-être donc dort-il, rêve-t-il cette "cognée à l'épaule" ? Ailleurs, dans le je ne sais où de celui qui ne sait pas.
- "Mais enfin, Houzeau, c'est pas ça du tout ; vous avez pas lu le roman ?
- Non."

 

3.
"afin que le destin entrât directement sans frapper."
(p.64)
Le destin frappe. C'est le verbe qui le caractérise le mieux. Sinon, il favorise. Ici, c'est le deus ex machina des fictions qui le favorise, le destin, en laissant la croisée grande ouverte, par où il viendrait "le souffle glacé du Seigneur de la Mort". Mélancolique, c't'affaire.

 

4.
En préambule au roman, deux citations : la première nous rappelle que l'humain est un grand amateur de férocités (du reste, la société est bien faite, certains en font leur métier) et l'autre est courte mais exemplaire dans le genre emphatique :
 

"Tout un continent littéraire s'est abîmé dans l'océan des âges." (Maurice Lever, Le Roman français au XVIIème siècle, P.U.F, 1981).
 

"l'océan des âges" : fichtre ! zimaginez les raz-de-marée, le temps déferlant en vagues énormes, nous flanquant Napoléon, son dada et son fidèle Mamelouk dans une foire à la saucisse, ou une étape du Tour de France, ou encore un parking de supermarché ; zimaginez la cour à Louis XIV transtimée (de l'anglais "time") lors d'une séance de questions à l'Assemblée Nationale, ou, tiens, dans l'une de nos cités, où il s'en passe des choses disent les uns, mais non pas tant que ça disent les autres, cependant que tout le monde s'accorde pour éviter d'avoir à y mettre les pieds. Pour ce qui est du "continent littéraire", je ne doute pas un instant qu'il doit y avoir une masse pas possible de chefs d'oeuvre oubliés, eh oui, c'est comme ça, que voulez-vous, on est bien peu de choses, allez...

 

5.
"Tout un continent littéraire s'est abîmé dans l'océan des âges" : Sans doute la littérature de l'Atlantide.

 

6.
"Des caveaux monumentaux prolongent la vie d'humains..."
(p.26)
Gothique. Des fois, les prolongés, ils doivent se sortir les os et se promener dans le patelin. Ils font ça la nuit, bien sûr, quand la lune est à son plus mince sourire, ou alors quand elle est pleine comme un oeuf de serpent. Ce qui fait assez régulièrement des soudain devenus fous et des delirium tremens gratinés.

 

7.
A un moment, Tatave Wacheux écrit à sa soeur Lyse, pour la convaincre de ne point renoncer à ses voeux (elle veut se faire nonnette, si j'ai bien compris). Il évoque quelque "château de cartes intérieur". Une note nous apprend qu'il s'agit d'une "allusion faite au Château intérieur de Thérèse d'Avila." En dehors du fait qu'à l'intérieur de nous autres tous, c'est surtout très organique, l'expression "château de cartes intérieur" me plaît, qui rappelle combien parfois nos résolutions sont aussi solides que baratte de beurre en plein soleil.

 

8.
"en soulignant bien la réalité de leur passage sur Terre."
(p.28)
C'est aussi à ça qu'elles servent les épitaphes... Kilroy was here... si on doutait que ces morts fussent ces vivants.

 

9.
Si j'ai bien compris, pour signifier la mort qui vient, Nicolas Wallart, page 65, imagine que l'âme de son personnage s'installe au bord de ses lèvres et, "comme sur un rocher, ou encore l'arête d'une poutre", se penche. Si elle saute, c'est donc dans un gouffre, le néant, la dissolution dans l'air. Le propos est original. C'est pour ce genre de paragraphe que je ne regrette pas d'avoir acheté Dernière évasion de Tatave Wacheux, de Nicolas Wallart, Editions Henry, Montreuil-sur-Mer, 2011, avec une belle illustration de couverture signée Isabelle Clément.

10.
"- Donc, ce roman, Houzeau, vous ne l'avez pas lu ?
- Non.
- Pourquoi achetez-vous tous ces livres, alors ?
- Pour pouvoir en dire des bêtises."

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 mai 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES ET COMMENTAIRES
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