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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 22:28

NICHE A CHIEN ECHOS REGRETS
En feuilletant Balades en jazz, d'Alain Gerber, folio senso.

 

1.
"chez lequel il s'était illustré dans une pièce intitulée Concerto pour niche à chien"
(Alain Gerber, Balades en jazz, p.72)

 

Chez space sound, la guitare à Jimi Hendrix, lequel, dit-on, était féru, môme, de science-fiction. A-t-il puisé ses sons étranges, ses électricités triturées, en imaginant, en se jouant dans la tête les sons des vaisseaux spatiaux filant dans le cosmos, puis en les flanquant dans ses solos ? C'est qu'il fut génial, Jimi Hendrix, bref et comète. Il s'était dit quoi, le gars qui écoutait un morceau d'Hendrix pour la première fois ; elle s'était dit quoi la fille ? Wah sans doute... Illustré qu'il s'est, Hendrix, dans l'art de faire sonner bizarre, d'avant-garder sa gratte ; dans une autre dimension, sa guitare, une drôle de jeteuses de sorts... Dans une pièce, Hendrix, sa guitare, sa musique, c'est un fantôme, une revenante... Intitulée Concerto, la pièce, rien que ça, Concerto, en voilà un grand mot, Concerto pour niche, j'imagine flottant dans l'espace, la niche, entre ces yeux lointains qu'on appelle étoiles, niche à stellaire chien aboyant aux basques du diable passant.

 

Note : Bien qu'il ait fait amplement us age d'un tas de pédales ouah-ouah, ce n'est pas Jimi Hendrix qui a composé Concerto pour niche à chien. je relève ceci dans "Balades en jazz", p.72:
"Ancien contrebassiste de Stan Kenton, chez lequel il s'était illustré dans une pièce intitulée Concerto pour niche à chien, (...), Ramsey...".
Hendrix, à ma connaissance, n'a pas interprété ce morceau, et c'est donc par pure fantaisie que j'associe Hendrix à ce Concerto pour niche à chien, dont d'ailleurs je ne sais rien.

 

2.
"Quant à la musique, elle ne sort que la nuit, où tous les chats sont gris."
(Alain Gerber, Balades en jazz, p.60)

 

Musique, nocturne, noctambule, la diseuse de notes, parmi griffes et souris.

 

3.
"de l'autre côté du fleuve et sous les arbres du presbytère"
(Alain Gerber, Balades en jazz, p.38)

 

Le fleuve, c'est le temps qui sépare, on s'y noie fatalement, à moins que l'on nous retrouve pendus aux arbres du presbytère.

 

4.
"empiler le tumulte au fond de sa gorge"
(Alain Gerber, Balades en jazz, p.61)

 

A force d'avaler des couleuvres, y en a, ça leur tumulte la gorge, ça leur gronde la vocale, ça leur fout du chien, de l'éclair sur la route qui révèle soudain un visage étrange, familier et furieusement pâle.

 

5.
"l'illusion qui fait sa force"
(Alain Gerber, Balades en jazz, p.76)

 

Sans doute l'auteur évoque-t-il ici le réel.

 

6.
"le regard de Dieu sur le monde qu'il est en train de créer"
(Alain Gerber, Balades en jazz, p.77)

 

C'est là la source de la fascination que nous éprouvons pour les grands improvisateurs.

 

7.
Dans La Fontaine de Jouvence, un épisode de Pirate des Caraïbes, ce constat lucide : "Nos sabliers arrivent à leur fin".

 

8.
Entendu sur France Culture : "... elle remonta son bras derrière elle...". J'admire que, soudain, le personnage se fasse poupée désarticulée, obligée de se remonter toute seule, sorte d'Olympia rescapée. Je ne sais pas qui a écrit ce bout de phrase, mais il vaut bien le singe que l'Alfred du Bal des Vampires prend pour un signe du zodiaque.

 

9.
"il y avait des chiens, des échos, des regrets..."
(Alain Gerber, Balades en jazz, p.94)

 

On dit que le seul signifié de la musique, c'est son signifiant : le son lui-même. C'est faux. Certes, la musique ne renvoie pas au réel, elle renvoie au fantôme du réel. La musique est une invocation "des chiens, des échos, des regrets" qui nous traversent.

 

10.
Je suis convaincu que sans cesse des fantômes nous traversent. Simplement, nous ne nous en souvenons pas.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er avril 2013

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 18:17

PAR L'ENFER
Trois fantaisies inspirées par quelques mots de l'album Le Serment des Cinq Lords, de Yves Sente et André Juillard, éditions Blake et Mortimer, 2012).

 

1.
"- Par l'enfer !
- Vous ne croyez pas si bien dire, Lord Bowmore !
- Gracious goodness ! Que... qui êtes-vous ?"
(Yves Sente, André Juillard, Le Serment des Cinq Lords, p.33)

 

"- Par l'enfer et la barbe de Saturne (si tant est que Saturne ait une barbe) par l'enfer dit-il, car il n'en croyait pas ses yeux Vous vous vous vous vous comme on voit il ne trouvait plus ses mots vous dit-il enfin ne croyez (bien que je ne sache pas au juste ce que vous croyez) vous ne croyez vous ne pouvez pas savoir à quel point - Si nous en sommes à ce point, y sommes-nous ? à ce point ? non ? vous croyez ? A ce point, vraiment, comme c'est curieux... Bien que cela traîne en longueur ce vous ne croyez pas si bien dire et, bien sûr, tout est dans le bien dire... Gracious ah tiens ! vous parlez angliche des fois gracious goodness bin oui, mon gars, que je sois un fantôme qui vient vous tirer les pieds, voilà que vous en êtes tout ébaubi effaré que vous en êtes tout d'papier.

 

2.
"Le vase grec... Je n'ai pas... parlé. Mais... le manuscrit ! Il faut sauver le man... Aaaaaaahh..."
(Le Serment des Cinq Lords, p.22)

 

Le vase - les vases littéraires sont faits pour être brisés, pour que des scorpions s'en échappent - le vase donc brisé ; il est gisant à mythologie carapatée émiettée éparpillée... Grec donc avec quoi dessus ? - Le combat d'Achille et d'Hector ? Le Minotaure avec une vierge entre les dents ? Je sais pas ; j'imagine des silhouettes noires, des ombres brisées, le royaume fichu par terre, là, sur le carreau blanc et noir. Je n'ai soleil froid dehors... Pas... soleil froid dehors fouillis droit dehors dehors dehors dehors si je pouvais flanquer mes démons dehors pas... parlé... j'ai gardé l'invisible pour moi. Mais je ne suis pas le seul gardien de l'invisible. Le vase, dedans, son manuscrit ! Le manuscrit - il y a souvent des manuscrits dans les mystères - il faut bien donner à lire aux yeux, vous savez les yeux, ceux qui vous voient. Faut graver le feu des syllabes anciennes, sauver le sphinx de la mort des énigmes, sauver le que faut-il sauver mon brave ? Sauver le man... L'homme ? Oui, quel homme ? Aaaaaaahh... apparemment, ce ne sera pas vous.

 

3.
"Quelques minutes plus tard, le professeur Mortimer est de retour au musée."
(Le Serment des Cinq Lords, p.31)

 

Quelques figurines coloriées, faudrait que je joue avec ça, les Minutes de la Scène Etrange, j'appellerais ça... Plus le temps passe, plus on sait plus qu'en faire qu'on veut fuir qu'il y a trop de choses à faire qu'on voudrait faire autre chose qu'on s'est fait avoir... Le temps, c'est ce qui nous a, définitivement. Le Professeur, qui travaille dans ces histoires, - Mortimer qu'il s'appelle (ça me rappelle une vieille blague d'un chien appelé Mortimer, que quand il mord, tu meurs ; je sais pas pourquoi cette blague est liée dans mon esprit à Michel Simon ; j'ai dû l'entendre dans un film). De retour, le professeur, de retour, la route à mystères, au turbin de l'énigme, le professeur, au musée donc, puisque, vous le savez bien, mon cher Belphégor, les mystères sont dans les musées comme les minotaures dans leurs labyrinthes.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er avril 2013

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 01:03

SIX NOTES SUR LE SERMENT DES CINQ LORDS
Notes sur "Le Serment des Cinq Lords", une aventure de Blake et Mortimer "d'aprés les personnages d'Edgar P. Jacobs", Scénario : Yves Sente ; dessin : André Juillard ; couleur : Madeleine Demille, éditions Blake & Mortimer / Studio Jacobs (Dargaud-Lombard s.a.), 2012.

 

1.
A la planche 19 du Serment des Cinq Lords, case 12, la narration indique que "la voiture du MI 5 démarre en trombe". Et, justement, la case est striée d'obliques en grand nombre, ce qui indique qu'en effet, il tombe des trombes d'eau sur Londres (je suppose qu'il s'agit de Londres ; je n'imagine pas un instant que le capitaine Blake et le professeur Mortimer puissent enquêter ailleurs qu'à Londres - soyons sérieux, à moins, bien sûr qu'ils soient obligés par les circonstances d'exercer leur sagacité aventureuse dans un pays lointain et mystérieux, ou dans le temps, ou dans l'espace). Un doute m'assaille soudain, me prenant par surprise : est-ce bien capitaine qu'il est, Blake ?

 

2.
Page 24, planche 22, case 1 : "A Oxford, le professeur tourne comme un lion en cage." On peut noter que la cage du lion en question est meublée d'un bureau sur lequel on distingue papier et stylo, d'un buffet avec vase bleu et fleurs roses (si ce sont des roses - et ça m'a tout l'air d'en être - c'est drôle parce qu'il neige dans l'album) ; il y a un petit portrait accroché au mur lisse ; on y distingue un cou et un flot de cheveux roux ; il s'agit probablement du portrait d'une jeune femme, dont le visage est hélas mangé par le phylactère où le lion en cage nous fait part de ses interrogations concernant l'attitude surprenante de "Francis".

 

3.
Je m'étonne qu'à force de s'écrier "By Jove !" à chaque fois qu'ils sont surpris, le professeur Mortimer et le capitaine Blake n'aient jamais été tentés par un By Juve et je dirais même plus By Juve, Fantômas et Fandor tout à fait en rapport, me semble-t-il, avec le caractère énigmatique de leurs aventures. N'est-ce pas, ce ne sont pas eux qui seraient émus par la disparition des bijoux d'une époumonnée, ou alors il faudrait qu'ils aient été dérobés par une puissance maléfique à marque jaune et rayons d'la mort.

 

4.
Page 15, planche 13, case 10 : "L'infortuné Lord Toddle" va être torturé par ses étranges ravisseurs à cagoules noires. Déjà une pince s'agite sous son nez. Derrière lui, on distingue le bleu-gris de la tête sculptée d'un antique, yeux enfoncés et bouche ouverte sur une horreur muette. Tout cela est sinistre comme le clavier d'un piano parcouru par des mains aussi frénétiques que tranchées.

 

5.
La couverture : Blake et Mortimer, dans une digne impassibilité et de longs manteaux, semblent attendre quelque chose et regardent vers on ne sait quoi qui arriverait dans ce décor de piliers et de bâtisses imposantes, où le jaune indique des veilles dans la nuit pleine de neige tombée. Derrière un pilier, un tout en blanc des mystères, genre habit qui fait le fantôme, quoiqu'il porte des gants et des bottes, épie les deux héros. La position des observateurs trace une perspective dans laquelle s'inscrivent deux angles, suggérant ainsi le carré d'une cour, ou son rectangle, la malédiction épousant ainsi quelque géométrie sans laquelle on ne peut décemment raisonner, allons, que diable.

 

6.
On notera, et cela n'a d'ailleurs rien à voir, que l'on ne peut persister à ne pas être.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er avril 2013

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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 18:33

AU PETIT BONHEUR DU JOUR

 

1.
"se foutre du monde et d'ailleurs" : jolie expression entendue dans une chanson de Jean-Louis Pick, la même chanson qui dit aussi "j'ai retrouvé la cassette / Où tu me dis je t'aime..." Cela me ramène via l'illusion de la mémoire à ces autres illusions, celles des journées d'il y a belle lurette - la Belle Lurette, celle qu'on finit par perdre - où j'arpentais les rues de Lille en me demandant qui j'ose aimer (j'étais bien benêt alors).

 

Note : J'apprends par le net que Jean-Louis Pick est l'un des fondateurs de la très bonne chaîne Télé Melody. Et puis, Jean-Louis Pick, à la fin des années 70, début des 80, chantait une bien bonne chanson : "Rue Des Longues Haies" qu'elle s'appelait.

 

2.
"croire au bonheur du jour" : expression qui a l'air si commune que je m'étonne de ne pas la rencontrer plus souvent. C'est dans une chanson interprétée par Catherine Ferry que j'entends ça ("Elle me dit bonjour, bonjour", nanani nananour, "Elle croit au bonheur du jour") (1). Par pure association d'idées, "croire au bonheur du jour" me fait penser à café noir, croissants, aussi à l'expression "déjeuner de soleil" qui me renvoie de même à café noir, croissants. Et au-delà de ce café noir, croissants, une cigarette et le n'importe quoi plus ou moins intéressant du jour à passer.

 

(1) En fait, il n'y a pas de paroles entre "Elle me dit bonjour, bonjour" et "Elle croit au bonheur du jour", mais j'aime bien nanani nananour, alors je laisse.

 

3.
Dans la chanson "Aux premières jonquilles" (est-ce bien son titre ? Vous savez c'est la chanson qui dit des jonquilles aux dernier lilas), le narrateur est d'abord fusillé, puis fourché par le papa de son amoureuse, puis noyé. J'en conclus donc qu'il est mort, et que c'est son fantôme qui fait tout le reste qui est dit dans la chanson et que j'ai pas bien entendu parce que j'étais en train de me dire que s'il a été fusillé, puis enfourché, puis noyé, comment donc que ça se fait-il que.

 

Note : Le titre de cette chanson est "Des Jonquilles Aux Derniers Lilas". Les auteurs en sont Frank Thomas et Jean-Michel Rivat ; le compositeur en est Maurice Dulac.

 

4.
Dans le vidéo clip qui accompagne "Knock On Wood", pièce disco gigotée par Amii Stewart, la dite Amii Stewart porte un bretzel sur la tête. C'est très curieux.

 

5.
"Lui montrer le grand trou qu'il me faisait au fond du coeur" C'est dans "Le Petit Bonheur" de Félix Leclerc qu'on entend cette image (puisque les chansons donnent à entendre des images). J'aime bien. J'imagine un Félix tout malheureux avec, sur sa veste, au niveau du coeur, un trou à la place de la poche. Ce qui fait qu'il peut plus y mettre ni cigarettes, ni briquet, ni mouchoir, ni pochette, ni pochoir, ni mouchette, ni clé, ni paradis, ni petit bonheur.

 

6.
J'ai beau me dire que dans un film on a tout : images animées, comédiens épatants, actrices superbes, musiques, dialogues, effets spéciaux, décors... j'en reviens plus ou moins toujours à la chanson, et même à la chansonnette. C'est ridicule.

 

Note : Le plus ou moins toujours me caractérise bien. Je suis positivement plus ou moins toujours, du moins tant que je m'agiterai sur cette terre.

 

7.

 

"Et l´on se sent tout seul peut-être mais peinard
Et l´on se sent floué par les années perdues
Alors vraiment... avec le temps... on n´aime plus"
(Léo Ferré, Avec Le Temps)

 

"Alors vraiment... avec le temps... on n'aime plus." Ce dernier vers du célèbre "Avec le Temps" de Léo Ferré est un lance-flammes : il brûle tout "l'amour toujours" qui tissa tant de niaiseraies. Quant à "Et l'on se sent tout seul peut-être mais peinard", il flatte mon grand égoïsme. Du reste, j'ai tellement peu envie de me disputer, ne serait-ce que cinq minutes, avec quiconque, que l'idée même de l'inévitable querelle, chamaillerie, dispute, malentendu qui ne manque jamais d'arriver, et même - ô horreur ! - de se reproduire à partir du moment où l'on cesse d'être seul à seul avec son squelette pour cohabiter avec cet étranger que l'on appelle mon amour, ma chérie, mon trésor, ma cocotte en sucre, et pour qui on a un peu battu la campagne, me décourage.

 

8.
"On s'est aimé comme on se quitte
Tout simplement sans penser à demain"
dit une chanson populaire fameuse ("Salut Les Amoureux", et c'est Joe Dassin qui nous l'assena celle-là).
"Sans penser à demain" : c'est bien là le problème. On ne pense jamais assez à demain. Demain, ce géant qui vient et dont nul ne sait s'il va nous hisser sur ses épaules ou nous écraser.

 

9.
"Et quand tu me fais l'amour / Est-ce que tu fais vraiment l'amour ?" chante Johnny Halliday. C'est avec ce genre de question que l'on finit par échouer dans un bar à mélancoliser devant sa bière.

 

10.
Il y a un côté spectacle de marionnettes dans ce défilé de chanteurs, chanteuses qui ont fait l'histoire de la chanson. Pantins de gloire, serineurs de sornettes, donneurs de leçons, tous ont cependant une vie à eux, avec ses drames et ses coups. Et il est aussi qu'avec le temps, certaines chansons qui, à force de fréquenter assidument les ondes, avaient fini par nous gaver, revenantes, nous semblent plus intéressantes qu'on l'avait cru d'abord.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 mars 2013

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 11:04

TÊTE DE CLOU

 

1.
"La musique souvent me prend comme une mer !"
(Baudelaire, La Musique)

 

La bestiole à sons qu'on dit
Musique celle-là qu'arrête pas de jaser
Souvent souvent souvent dans les trous du vent

Me vient comme un spectre à trompette qui
Prend un chorus comme on prend un train A par exemple
Comme par exemple When The Saints ou Saint James
Une de ces entêtantes qui vous tangue tandis que la
Mer tangue au bout d'la rue et danse et swingue.

 

2.
"Vers ma pâle étoile"
(Baudelaire, La Musique)

 

Vers le verre où danse le fantôme du vin
Ma journée tu t'en vas te perdre dans les bars
Pâle comme si tu avais vu en chemin
Etoile se briser dans les yeux des passants.

 

3.
"Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther"
(Baudelaire, La Musique)

 

Sous te v'là soûl soûl soûl sous son balcon comme
Un poète à Nougaro dessous un
Plafond constellé d'Ava Gardner à l'infini y a
De la
Brume qui te fout l'camp par les yeux
Ou tu serais pas un peu tombé de
Dans la lune alambic des fois
Un beau jour faudra qu'tu t'y fasses tu l'as pas si
Vaste le champ des possibles tu te prends des vestes ni
Ether nu, ni thé non plus, t'es perdu d'vin.

 

4.
"Je mets à la voile"
(Baudelaire, La Musique)

 

Je mets au clou cheval et traits tirés ma tête
Mets au clou le skat tout squeté de dans ma tête
Au clou je mets mon coeur (il m'a perdu la tête)
Clou pas un que j'vaux planté rouillé ma tête.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 mars 2013

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 08:12

MACHINATIONS

 

1.
"Dans un trou du plafond la trompette de l'Ange
Sinistrement béante ainsi qu'un tromblon noir."
(Baudelaire, Danse macabre)

 

"Dans un trou du plafond" : la masure est insalubre ; l'air y passe. C'est la cervelle aussi peut-être ; avoir un trou dans le plafond, cela sied à celui qui se sent aspiré par en-haut, l'en-haut, le horla de l'en-haut.
Qu'un Ange y joue de la trompette, rien de plus normal. Chacun sa musique. Les aspirés aussi en ont une donc de petite musique, qu'ils entendent pour eux. Ironiquement, c'est de la musique soufflée (cela aurait pu être de la musique grattée, frottée, ou frappée). C'est peut-être la trompette elle-même qui troue, qui trille et traque, qui truite et troque la raison contre un tromblon. Elle en pousse, c'te trompette, des "an" et des "on" ("plafond", "trompette", "Ange", "sinistrement béante", "tromblon"), encadrée par deux monosyllabes qui ont l'air de se faire mauvais signe ("trou", "noir"). Plouf.
Le "trou", c'est le "noir". Là où l'on jette des osses au molosse des ténèbres. Les osses, c'est nos carcasses. Le molosse, c'est le "Grand Macabre", pour parler comme Ghelderode, le "Grand Macabre", le bouffe-tout-cru du trou noir des trous noir. On y change les trompettes des anges en tromblons noirs. Et l'oeil aigu voit dans le réel partout s'allonger des "sinistrement béantes", des trous dans tous les plafonds, ceux d'en haut, d'en bas, d'en dedans, d'en hier, d'en d'ici, d'en d'ici quelques temps, d'en mon oeil.

 

2.
"Machine aveugle et sourde, en cruautés féconde !"
(Baudelaire, "Tu mettrais l'univers entier...")

 

La "Machine" : un noeud, la machine, de causes et d'effets. La "Machine", c'est le golem, l'industrie commandée par la voix. Le monde se peuple de machines, et songeons que les pays les plus développés sont les plus machinés.

 

Littéralement, la civilisation est une machination.

 

Notons que, dans ce vers de Baudelaire, le mot nature aurait pu remplacer le mot "machine".

 

Donc, chez Baudelaire, la Machine est "aveugle et sourde". C'est une force là. Un enchaînement de "e muets" :

 

"Machi - / -ne aveu - / -gle et sour - / -de".

 

Le binaire lui va bien : la Machine est un ordre de marche.

 

Qu'elle puisse être "en cruautés fécondes" est une hyperbole, une manière de réifier l'autre, de le machiner, d'assimiler sa conscience à un programme de la même façon que les idéalistes pensent que, nécessairement, l'instruction rend les gens meilleurs moralement. Ce qui va tellement de soi que c'en est probablement faux. Elle ne les rend pas meilleurs, elle les rend plus malins.

 

Que la Machine soit aussi cruelle et féconde que la nature, tisse entre ces deux pôles un lien indestructible : celui de la croissance, de la production à l'infini. La Machine ne tue pas la nature, elle la relaie.

 

3.
"Et t'aime d'autant plus, belle, que tu me fuis"
(Baudelaire, "Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne")

 

Vrai, c'est du Racine, ce vers de Baudelaire. Jeune femme en cheveux et toge blanche qui s'esquive par les couloirs d'un palais hanté.

 

Pourquoi hanté ? Parce que la souvenance des monstres y émiette ses échos.

 

Supprimez les virgules ; vous obtenez :

 

"Et t'aime d'autant plus belle que tu me fuis"

 

Plus est fuit, plus elle est belle. Les désirs les plus beaux. Les objets les plus beaux. Les femmes les plus belles. Et vous vous mettez à courir après elle dans le labyrinthe, et vous tombez sur un nain avec une hache.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 mars 2013

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 00:07

SE PROMENE

 

1.
"Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais"
(Baudelaire, L'Irréparable)

 

Dis-le, dis-le donc si tu sais quelque chose, dis le donc, puisque les langues sont faites pour dire. Belle, ma belle, serais-tu aussi savante que belle ? Sorcière on te dit, mais sans doute qu'on ment. Oh ! c'est bien vrai qu'les gens sont menteurs. Dis donc, ma comme dit l'autre belle d'abandon, si tu sais quelque chose du dragon, si tu sais ce qui s'agite en nous, si tu le sais ce que c'est que cette bête de nous, si tu sais, alors tais-toi.

 

2.
Rien est le sujet réel de toute proposition. La grammaire ontologique est assez simple en fait, puisque le sujet c'est rien, et le complément rien aussi. Et remarquez sa conjugaison : il n'y a qu'un temps, le temps de rien.

 

3.
" O fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons ! Je vous aime et vous loue"
(Baudelaire, Brumes et Pluies)

 

O le monde est plein de O : ce sont les bouches qui vont dans les fins des jours d'automne, et ce sont les bas des femmes qui les portent, ainsi qu'ils portent des hanches, des dos, des cous, des nuques, des langues, et généralement beaucoup de cheveux, car, tous les hivers, celui-là rêve qu'il est auparavant et autre part, dans l'ailleurs des printemps qui n'existent pas, des printemps à jupes, des printemps à cerisiers, des printemps accordéons et romances, et tant pis s'ils sont trempés, car c'est une pluie qui n'enrhume pas, c'est une pluie de fantômes aux visages jolis, qui neigent au soleil, et, comme neige au soleil, finissent en boue. Celui-là, je vous dis, fréquente les endormeuses ; ce sont ces sirènes dont vous seul pouvez entendre le chant, elles vous appellent de leurs autres saisons ; vous vous dites Je vais y aller, je vais partir mais vous ne partez pas ; ce n'est pas l'heure de partir, il y a quelqu'un ici qui vous aime, enfin qui vous le dit et, voyez, cela ne sert à rien de vous énerver, car le temps ne
vous laisse pas filer comme ça - le temps a tout son temps - et, comme on loue un tombeau, vous loue cet appartement en hiver où vous demeurez.

 

4.
"Ma pauvre muse, hélas ! qu'as-tu donc ce matin ?"
(Baudelaire, La Muse malade)

 

Ma foi, je ne me porte pas plus mal. Pas trop pauvre, c'est-à-dire pas bien riche, sans autre muse que celle qui gazouille dans ma tête. Hélas ! je n'ai que le temps de perdre mon temps. Qu'as-tu pauvre baudruche Mwamêm ? Tu ne sais pas où tu as mis ton temps ? Et donc, encore une fois, tu interroges les horloges. Ce truc que tu as de toujours regretter, chaque matin, d'avoir à faire ce que tu ne feras pas non plus demain.

 

5.
"Dans ma cervelle se promène"
(Baudelaire, Le Chat, I)

 

Labyrinthe. Ou plutôt dédale, c'est plus court, bien que tout aussi infini dans ses circonvolutions. C'est la cervelle, le dédale. Le pronominal "se promène" y allonge une ombre. C'est Fantômas qui allonge des ombres comme on allonge des avoines. A la raison.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 mars 2013

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 16:05

TOUT S'EXPLIQUE A MERVEILLE
En lisant Cioran, De l'inconvénient d'être né, Folio essais n°80.

 

1.
Le Diable, lui, au moins, le fait exprès.

 

2.
Je vois le Diable comme un négociant qui tente de saouler Dieu de paroles afin qu'il finisse par lâcher le morceau.

 

3.
Quand les hommes ne seront plus les hommes, ils seront encore les hommes, contrairement aux chiens qui eux seront tout autre et que l'on appellera d'ailleurs autrement.

 

4.
Le peuple est l'os du politique.

 

5.
Diogène, chien patron.

 

6.
Le philosophe cynique est quelqu'un que l'on écoute avant de le chasser. C'est égal, la leçon, généralement, a porté.

 

7.
Saint François, ce cynique qui fit mine de préférer s'adresser aux oiseaux puisque les hommes ne l'écoutaient pas.

 

8.
Naître, c'est entrer dans l'absurde. Encore faut-il apprendre à se composer une tête de circonstances. C'est là le rôle de l'éducation.
(cf De l'inconv. p.117 "Tout s'explique à merveille...")

 

9.
Tant à dire et si peu de temps.

 

10.
Ceux sur qui on a porté un regard admiratif sont impardonnables d'avoir été si admirables avant d'être si encombrants. Bonne médiocrité vaut mieux que mauvais génie.
(cf De l'inconv. p.116, "On ne peut pardonner...")

 

11.
"Tout s'explique à merveille", c'est à dire ne s'explique pas.
(cf De l'inconv. p.117, "Tout s'explique à merveille...")

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 mars 2013

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 08:09

CHAQUE FOIS QUE LE TEMPS
Amusettes réflexives en lisant Cioran, L'inconvénient d'être né, Folio essais, n°80.

 

1.
Nous persistons souvent afin de ne pas détruire l'illusion si vive sans l'oeil de l'autre.

 

2.
L'Histoire, une péripétie qui va des ténèbres aux ténèbres.
(cf De l'inconv. p. 144 "Au plus intime de lui-même...")

 

3.
Un entêté chevalier qui n'en finit pas d'être terrassé par le dragon des horloges.
(cf De l'inconv. p.134 "Chaque fois que le Temps...")

 

4.
"Chaque fois que le Temps" : Cet incipit de Cioran rappelle la nature du Temps : une collection de chaque fois qui s'organise sur deux axes : la fameuse flèche où chaque chaque fois passe de l'avenir au présent puis du présent au passé, comme l'escalier roulant sous les pas du voyageur, mais aussi l'ensemble de toutes les chaque fois prévisibles et imprévisibles qui, au moment où vous lisez ces lignes, tombent comme une probabilité dans la sphère opaque des possibles.

 

5.
L'événement est une solution à un problème dont nous ignorons l'énoncé.
Ecrire de l'Histoire, c'est tenter de rendre cohérentes entre elles ces énigmatiques réponses .

 

6.
La singularité est une somme d'incompatibilités.

 

7.
Le temps est un parasite ; il est voué à mourir avec son hôte. Nous avons donc préféré un Dieu éternel à l'éphémère Chronos.

 

8.
Une fois que l'humain aura disparu de la surface des choses, Dieu ne sera plus qu'un éternel oubli.

 

9.
Peut-être Dieu se réveillera-t-il de la Création comme nous nous réveillons au lendemain d'une cuite : Mais qu'est-ce que j'ai fait ?

 

10.
Les humains n'ont de commun entre eux que leur humanité. Pour le reste, ils sont tout à fait étranges, et aussi différents et indifférents que les dieux voltigeurs des Romains.

 

11.
Imaginer, c'est rattraper du probable.

 

12.
L'ingénieur construit la porte dont le génie a forgé la clé.

 

13.
Les dieux antiques, quels voltigeurs ! Pas sans filet toutefois: ils avaient les hommes.

 

14.
Peut-être que, d'ici quelques siècles, l'oeuvre de Cioran servira de Livre à quelque singulière école de pensée. On dira le cioranisme comme on dit le confucianisme. Les disciples et penseurs de ce collège singulier iront fumer des cigarettes au bord des tombes, et ils recueilleront scrupuleusement les paroles des putains prophétiques.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 mars 2013

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 22:08

IL M'ARRIVE DE PENSER
Aphorismes et paraphrases de quelques pensées et réflexions tirées du recueil "De l'inconvénient d'être né", de Cioran, Folio essais n°80).

 

1.
Il m'arrive de penser que l'infinie variété des miroirs n'a pas d'autre but que de renvoyer le réel à son reflet, et donc à un double mensonge.

 

2.
Ce que l'on ne sait pas faire, il faut le bien penser. Cela soulage.
(cf De l'inconv. p.103, "J'ai transformé...")

 

3.
Ne pas songer à la mort, c'est déroger à une saine habitude. (Cf De l'inconv. p.41, "Toutes les fois que...").

 

4.
Regarde-toi avec l'oeil d'un autre, et tu verras clairement à quel point tu es vain.
(cf De l'inconv. p.56, "Si l'on pouvait...")

 

5.
Nos fascinations sont monstrueuses puisque le monstrueux "proclame" - le mot est de Cioran - notre humanité aussi bien que le plus grand bien. Mieux peut-être, puisque le monstrueux est voué à l'obscène comme la vertu est vouée à la discrétion.
(cf De l'inconv. p.125, "Un monstre...")

 

6.
Des siècles de bouffonnerie et de royauté ont permis aux bouffons, à force de travail, d'acquérir une sorte de perfection telle que nous les confondons parfois avec des rois.
(cf De l'inconv. p.174, "On ne peut admirer...")

 

7.
L'imaginaire se nourrit de ce que nous croyons réel, et plus nous en croyons nos yeux, plus l'imaginaire s'impose à nous comme un pis-aller, voire un substitut confortable à cette réalité qui finit par dépasser la fiction.
(cf De l'inconv. p.65, "Les douleurs imaginaires...")

 

8.
Outre l'infiniment petit et l'infiniment grand, outre l'infiniment bon et l'infiniment mal, il y a au moins deux autres infinis : l'infiniment réel et l'infiniment imaginaire. Je me demande si les deux sont parallèles, ou s'ils se superposent, ou sont à la fois l'un et l'autre, sortes de cordes qui entre elles se nouent, se dénouent, se renouent .

 

9.
Chaque parole dénoue un noeud et, simultanément, en noue un autre. Chaque bonjour est déjà un au revoir. Chaque bonsoir un possible adieu. Chaque parole masque un dénouement aussi bien qu'un complot : celui du réel qui échappe à l'émiettement des paroles dans le temps.
(cf De l'inconv. p.176, "Aucune parole...")

 

10.
A l'hypocrite tutoiement des bonnes âmes, Cioran préfère le je de la singularité ou le nous de l'humaine condition. En cela, il est bien un moraliste français. Et l'un des plus grands parmi les plus vifs.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 mars 2013

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