VU DANS SIMPLES MORTELS

 

1.
A mon avis, la bande dessinée "Beauté" de Hubert et Keraskoët (éditions Dupuis), ferait un épatant film d'animation.

 

2.
Vu dans Hubert et Keraskoët: des troncs tachés de noir; le bleu brumeux de la forêt; un vol d'oiseaux découpés. (cf "Beauté - Simples mortels").

 

3.
La reine du Sud d'abord ne paraît pas si belle. C'est à la planche 4 de "Simples mortels", alors qu'elle est enfermée dans la malle, que sa beauté éclate soudain.

 

4.
La beauté d'un visage est une grenade dégoupillée.

 

5.
Lucidité... c'est salutaire... je la loue qui ramène vite la beauté d'un visage au grouillement organique qui s'agite en-dessous.

 

6.
Sans doute dira-t-on de moi que j'ai préféré les signes aux corps.

 

7.
Que l'on ne s'y trompe pas: les signes ne sont pas ambigus. J'apprécie une écriture joyeusement hétérosexuelle et me méfie des circonvolutions qui mènent à la savonnette.

 

8.
Ce qui fait la position des gens, c'est souvent moins leur talent que leur persistance, leur endurance.

 

9.
Vu dans Hubert et Keraskoët: Les trois O de la bouche et des yeux; le pok! du coup d'gourdin assené par la grosse méchante à la naïve Beauté.

 

10.
Vu dans Hubert et Keraskoët: Le gant bleu soudain multiple qui tente d'en tâter, de la Beauté rétive.

 

11.
Vu dans Hubert et Keraskoët: La colère du roi et le triangle aigu de sa lame; le massacre implicite des voyeurs troufions.

 

12.
Vu dans Hubert et Keraskoët: Sur le gris de la mer, les voiles blanches sans contour; le "secret bien gardé" du conseiller.

 

13.
"Le conseiller avait un secret bien gardé".
(Hubert et Keraskoët, "Beauté - Simples Mortels", pl.5)

 

Des tubes à secrets, ça, les conseillers. Marrant, j'ai écrit ce bref bien avant que le Buisson se fasse chourave une clé USB ou jensaisquoid'enregistrant dans laquelle on l'entend dire des conneries. Combien qu'il était payé, l'ex-dismoidonc à Sarkozy, pour balancer des conneries tout au long de la sainte journée ?

 

14.
L'autre, cet outil qui s'imagine qu'on l'aime.

 

15.
Sans blague, des fois, j'fais quand même dans le bref badaboum, le style crachat.

 

16.
Aller à l'opéra ? - Pouah ! être mal assis durant deux ou trois heures à écouter des gens à qui je n'ai rien fait virtuoser des sottises sentimentales, je préférerais ne pas.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 mars 2014

L'INVENTION DE NOUS AUTRES
Notes sur "Effacement du peuplier", de René Char.

 

1.
Sont tout "dégarnis" les arbres... adieu, feuillées... c'est l'ouragan qu'a passé par là, avec son nom de pseudonyme de capitaine de bande dessinée.

 

2
Fichtre, pour l'endormir "la foudre aux yeux tendres", comme dit René Char, faut une drôle de perlimpinpin...

 

3.
Tant qu'à "trembler dans le grand vent", voilà qui peut se faire, mais faut être un arbre pour. Un "peuplier" en l'occurrence.

 

4.
Et bien sûr qu'on va le laisser le "grand vent s'unir à la terre" où tu la pousses, ta peupliétude. Qui on est nous pour l'empêcher ?

 

5.
A mon avis, si tu crois que tu "l'endors", la foudre et ses amènes mirettes, c'est que tu as les probabilités pour toi que tu vas y échapper.

 

6.
"la terre où je crois" qu'tu dis; c'est vrai qu't'as qu'à croire, que c'est ta pomme feuillue qui l'empêche, la foudre, de te cendrier illico crack.

 

7.
"Affile", "son souffle", et même a file vite, l'ouragan; t'as raison, "vigie".

 

8.
Tout "trouble" partout... y a plus rien qu'on voit... beurré "leurre"... le paysage a l'oeil cogné... il se creuse en tourmentes... déprime...

 

9.
Là-dedans, allez retrouver la source claire des choses... tout grouillis gribouillis, bouillu ventu foutu... l'ouragan casse les bois dont on fait les bibliothèques.

 

10.
"Une clé sera ma demeure"
(René Char)

 

11.
Peuplier, tu prophétises, tu te pressens "clé"... dedans même... hantée la demeure... syllabilisé, volatilisé, "effacé par la foudre de l'inspiration" qu'il écrit Paul Veyne...

 

12.
"Avoir une clé pour demeure", en voilà une belle expression pour dire qu'en fin de compte on se résume dans sa vérité. Qu'on est tout bref dans le vrai... tout ouvert, sa porte...

 

13.
"Feinte d'un feu que le coeur certifie"
(René Char)

 

14.
Après, il y a une de ces merveilles, un vers, du pur jus de classique, ce vers, avec de l'allitération dont on fait les serpents, les flammes, les plumes à Phénix - je cite : "Feinte d'un feu que le coeur certifie", qu'il écrit, Char.

 

15.
"Feinte d'un feu que le coeur certifie", je sais pas vous ce que vous en pensez, mais c'est du Racine, non, ce vers - ce qui tombe bien d'ailleurs, pour un arbre -, qu'on le croirait tombé de Phèdre, c't'autre foudroyée, et qui sent son alexandrin à plein foudre :
"Je suis feinte d'un feu que le coeur certifie"... Je vois ça beau, classiques Larousse, Hachette, Inspection Académique... "feinte", pour sûr que tu es fiction, t'es rien que feinte, comme nous, rien que légende, mais tout d'même t'es vraie, et "feu" de la passion, tiens... même que nos coeurs en ont besoin de cette légende, de c'te musique là, de ce ternaire, de ce tragique certifié foudre, que ça en devient l'invention de nous autres, ta poésie.

 

16.
"Et l'air qui la tint dans ses serres."
(René Char)

 

17.
"Et l'air"... quel aigle çui-là... fatum rapace... hibou destin... quel attrape-racine... quel farfouille-poitrine... qu'il vous enserre dans ses "serres"... façon blason, je vois ça aussi... un aigle là-haut qui tient une clé, oh ! elle échappe... c'te clé à demeure de vous.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 mars 2014.

BREFS CES RICOCHETS

 

1.
Un miroir, le roman ? Peut-être, mais promené le long d'un chemin hanté.

 

2.
Un miroir, le roman ? Sans doute, mais un miroir sans visage public, un miroir pour nos fantômes.

 

3.
L'oeuvre d'art est-elle un piège à apparaîtres ?

 

4.
Tiré de André Breton: "tunnel de sanglots"; "tourne toute la vie"; "parce que se perd de plus en plus" (cf "Signe ascendant", Poésie/Gallimard)

 

5.
"tunnel de sanglots", long tunnel de cauchemars, sanglots d'on ne sait qui précisément, de l'humain, de l'espèce.

 

6.
L'expression "tunnel de sanglots" m'évoque le film "Providence" du désormais regretté Alain Resnais, "Providence" et sa solitude de la mémoire.

 

7.
J'ai parfois pensé que "Providence" était un film claude-simonien, la diachronie aléatoire de la mémoire venant perturber le cours logique des choses.

 

8.
Les brefs, ces ricochets dans la flaque à reflets changeants de ma caboche.

 

9.
La voix d'urgence tranquille d'Alain Veinstein la nuit sur France Culture.

 

10.
Parfois, il semble que "tourne toute la vie", s'éloignant de la route droite et claire, pour s'engager dans l'inconnu, la ruelle sombre, l'impasse.

 

11.
"Parce que se perd de plus en plus", se perd de plus en plus, que donc, c'est de moins en moins que, de moins en moins que, eh oui, on vieillit.

 

12.
Se rajeunit pas tout ça, s'aigrit, se racornit, se corne, se rhinocérosse, se fait tout clou, cuir, os, cuirasse craquelée.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 mars 2014

IL S'AGIRAIT DE VIVRE

 

1.
"Il s'agissait de vivre et de penser avec ces déchirements, de savoir s'il fallait accepter ou refuser."
(Albert Camus, "Le Mythe de Sisyphe", folio essais n°11, p.73)

 

2.
Des fois, je prends des déchirements; je les mets dans une guitare, ce qui l'hendrixe quelquefois.

 

3.
"Il s'agissait de vivre" se disait-il; ce qui n'est pas facile pour un fantôme.

 

4.
J'en étais là de mes réflexions quand mon cerveau prit la poudre d'escampette et ne revint à mes esprits qu'à la nuit.

 

5.
Je mets un apparaître dans un bocal qu'une fois refermé j'agite métaphysiquement. J'ouvre pour voir si la vérité va en sortir sur son balai.

 

6.
Parfois je me fais des farces. Je crie: "Me voilà !" et je ne m'apparais pas.

 

7.
A force de forcer un peu les choses, celles-ci répliquent, qu'on se cogne, et dégringole, et chute dedans.

 

8.
Je mets mon coeur sur la table; je le contemple; puis je me décide - je plonge dedans et m'enfonce dans le boeuf.

 

9.
Un jour, j'eus trois soeurs, mais ça n'a pas duré. Je n'étais pas leur frère.

 

10.
"Terreur des trèfles mon égale compagne"
(René Char, "Dire aux miens")

 

11.
Je n'arrive pas à comprendre comment j'arrive à me battre aux échecs.

 

12.
J'ai inventé des jeux fabuleux, dont j'ai perdu toute règle.

 

13.
Pour faire une salade de reflets, il faut d'abord émietter un miroir.

 

14.
Lorsque la lune passe par le trou de la serrure, c'est qu'elle a quelque secret à me révéler.

 

15.
Les gens sont pleins de maladies que les choses leur donnent.

 

16.
J'ai apprécié son dernier disque. On y entend un solo de girafe saxophone tout à fait onirico-virtuose.

 

17.
Le réel est si lourd qu'on devrait lui faire un procès d'entrave à la légèreté.

 

18.
Je suppose que la lune en sait long sur la vie privée des étoiles.

 

19.
Le problème de la frite géante, c'est qu'elle vous sauce un bol de mayonnaise en moins de temps qu'il n'en faut à Lucky Luke pour fusiller son ombre.

 

20.
Le problème, c'est que mes mains n'arrivent pas à faire la vaisselle toutes seules. Elles ont désespérément besoin de moi.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 mars 2014

AU CREPUSCULE EN ULULANT

 

1.
Quand en songe je vois des singes, en général, le matin, je mange des bananes, ou de la confiture d'abricots, ou du pâté de campagne.

 

2.
Parfois, pour fixer le réel, je lance des épingles en l'air, et je finis envoûté.

 

3.
J'ai bien une collection de tigres, mais pour les dompteurs, j'ai renoncé. C'est qu'ils m'en ont bouffés des tigres, les dompteurs.

 

4.
Je ne sors pas sans mon violon invisible, avec laquelle je me joue des airs inaudibles. Du coup, personne ne s'aperçoit de rien.

 

5.
J'ai dû administrer un calmant à mon ombre; c'est qu'elle était trop nerveuse aussi; j'ai même cru qu'elle allait échapper mon être.

 

6.
Le surréalisme n'est pas soluble dans la multitude. Il faut être réaliste, et c'est bien triste.

 

7.
Quand je passe la nuit à la moulinette, c'est que je me fais une soupe de songes, sachez-le.

 

8.
Quand on prétend parler des autres, franchement, on fait de la science-fiction.

 

9.
Dans Camus, "l'homme absurde comprend", ce qui est déjà un exploit, et même un début de reconnaissance.

 

10.
Parfois, je déchire les lézards qui me passent sur la peau. Ils se recomposent alors ailleurs dans l'ombre des tableaux.

 

11.
Celui qui cause des moulins de son coeur doit avoir le palpitant dans un drôle d'état.

 

12.
Quand mon assiette ouvre l'oeil, c'est que les frites doivent être dorées et croustillantes à souhait.

 

13.
Ce qui est ennuyeux avec le spectre du pirate, c'est qu'il laisse son perroquet faire des saletés partout. Faudra que je lui en dise deux mots.

 

14.
L'avantage du chien fantôme, c'est qu'il éloigne les spectres de la cambriole. Par contre, elles dégringolent des toiles fantômes, les araignées du réel.

 

15.
Lorsque je vois filer truites et saumons dans la blancheur de la nappe, je sors ma canne à pêche et ma cape d'enchanteur: le rituel peut commencer.

 

16.
Cette nuit, l'oeil était poché. Le fantasque a bien dû se battre avec quelque réel.

 

17.
A force de lui en toucher deux mots, j'ai les doigts pleins de syllabes.

 

18.
Des fois, quand je m'interroge, j'aurais bien besoin d'un traducteur.

 

19.
Officiellement, ma position spatio-temporelle est claire; officieusement, c'est un mystère.

 

20.
Parfois, je me laisse pousser une moustache et une barbe invisibles, et je m'envole au crépuscule en ululant Landru Landru Landruuuu.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 mars 2014

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