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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 23:19

COMME DU PASSÉ QUI NOUS CAUSE

1.
Belle expression d'Henri Guillemin à propos de « Une saison en enfer » : « une pierre tombée de l'inconnu ».

2.
« Neptune, par le fleuve aux dieux même terrible,
M'a donné sa parole, et va l'exécuter. »
(Racine, « Phèdre », IV, 3 [Thésée])

3.
Le Fleuve noir. Y passent tous les bateaux de l'horloge. Des ombres en sortent qui montent sur les rives, pour nous rattraper.

4.
Neptune par le grand tric-trac du temps
Par l'horloge par la bouche de la Gorgone
Le voilà vomi Neptune inondant Quelle drache mes aïeux !

5.
Fleuve - est-ce le Styx, Rhin, Meuse, Rivière de Cassis ?
Aux rives roule ses
Dieux sombres qui abolissent les vivants.

6.
Même ou même pas si
Terrible que ça quand même ça
M'a touché et peu importe le poids réel de la pierre.

7.
Donné sa parole qu'il a le temps
Sa prédiction il l'égrène méticuleusement sa
Parole le temps qui dit la mort et le couteau dans la plaie.

8.
Et lors, préparant la poêle profonde, Zut s'en
Va, décidée, affamée et la main ferme,
L'exécuter, la sentence de mort des petits poissons.

9.
Sur France Culture, ce 28 juillet 2015, sec dans le contre et la déboulonne : Onfray de nouveau contrecarre le philosophiquement correct.

10.
Oui, Michel Onfray dit c'qu'on n'dit pas dans l'décervelage subventionné et le contrarie, l'intello-circus du philosophico-bizness.

11.
Il la déflatte, Onfray, la soixante-huitarde fac de Vincennes, l'agonit, en dit l'agressif carriérisme, à bien d'ces têtes pensantes.

12.
Il cite, siffle et persiste, sabre disperse le fantôme gaucho-Vincennes,  tracts et confettis, carnaval à grosses têtes, pédagoclownerie.

13.
Si c'est vrai ce qu'il raconte, Onfray, c'est à la fois marrant - ah les pitres, dis donc! et consternant - en avaient-ils des drôles de mœurs et des drôles de façons de faire cours dans le Vincennes des années 70, certains mao-marxo-pédago-psychanalytico-palmés ?.

14.
Phrase drôle sur le gaucho-Vincennes, attribuée à Alice Saunier-Séïté en 1978 : « C'est vrai qu'à Vincennes, on a délivré des diplômes à un cheval. »

15.
J'aime bien Michel Onfray. Il écrit bien et il dit tout haut ce que nous ne pensons pas toujours tout bas. Il a l'air de travailler âpre pour la composer, sa « Contre-histoire de la philosophie ». Ceci dit, moi, ce que j'en dis…

16.
Les kids de 77 moquaient l'esprit de sérieux des rock stars. Le côté punk de Michel Onfray qui dégonfle baudruches et postures.

17.
Moi, ce qui me désole, c'est qu'avec la prétendue démocratisation de l'université, on voit des jeunes gens s'y perdre, dans leur sacrée transmission des savoirs aux grands pontes des sciences éducatives, s'y perdre, à n'en plus rien savoir faire de leurs dix doigts.

18.
« Quand j'aperçoy ton blond chef couronné
D'un laurier verd, feire un Lut si bien pleindre »
(Louise Labé, « Sonnets », X)

19.
D'un laurier, que ferais-je d'un
Laurier ? Dit Zut, je ne suis point si antique pour de ce
Verd ornement m'le couronner, mon blond chef !

20.
Feire se plaindre
Un de ces êtres que sur ton
Lut mélancoliquement tes doigts suscitent

21.
Si mélancoliquement sur ton luth que
Bien que je n'aime guère à me
Pleindre (euh…), ça m'fait un peu d'buée dans les mirettes.

22.
« Je suis celle, passant, qui sur sa face essuye
De ses pleurs desolez la desastreuse pluye. »
(Attribué à Louise Labé, « Elegie sur le tombeau de Hugues Salel »)

23.
J'aime cette évocation chez Louise Labé de la passante qui essuie de son visage la pluie de ses pleurs. Y a comme du passé qui nous cause.

24.
« Lut, compagnon de ma calamité »
(Louise Labé, « Sonnets », XII)

25.
Comme elle fait sonner ça, Louise Labé, « Lut, compagnon de ma calamité », dirait des doigts qui accélèrent sur les cordes d'un instrument.

26.
Lut, maintenant c'est d'la guitare qu'on dirait ça, ô Lut
Compagnon, chasse-spleen, Lut de mes luttes, dit Zut la lyrique,
De mes jours gris, mes nuits blanches (une insomniaque vous parle)
Ma mélancolie, je te l'accorde, c'est dans tes cordes, mais
Calamité ! Mon bon luth, je chante comme un pied.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 juillet 2015.

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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 09:22

TOUT OU PEUT-ÊTRE RIEN SI PEU

 

1.

« Il y vient aussi nos ombres

Que la nuit dissipera »

(Apollinaire, « Clotilde »)

 

2.

Il y vient lui, ou elle, ou l'éléphant qui

Y ramène sa trompe Y

Vient ou en repart ? Où ça ? Dans la jungle,

Aussi bien qu'ç'est la ville, singes et visages.

 

3.

Nos osses on les secoue du coup nos

Ombres courent en tous sens.

 

4.

Que les anges de nos paupières caracolent, puisque nous rêvons chevaux et parade.

 

5.

La nuit, le mage du jour la shazame, la

Nuit, pis son swing masqué comme Lupin au bal, il en

Dissipera chapeau, lapin et jolie assistante.

 

6.

« Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne »

(Mallarmé, « Sonnet »)

 

7.

Fantôme - décidément j'aime ce mot ! - enfin, fantôme ou pas, spectre belle ou bien réelle garce,

Qu'à tomber amoureux de vous, Dieu me garde - tout de même, que

Ce fantôme a de jolis yeux !

 

8.

Lieu ou pas lieu d'être, de

Son ou de mon temps,

Pur chevalier des romans ou ignoble politique des journaux.

 

9.

Eclat ou silence auquel on

Assigne le vivant, et si c'était un dieu qui tourne sept foudres dans sa bouche avant de tonner ?

 

10.

D'où est-il ce proverbe qui dit que dans le mendiant un dieu peut se cacher ?

 

11.

Dies irae : sept épées et sept langues de feu dans sa bouche qui tournent avant de s'abattre.

 

12.

L'entend-on finalement, le sifflement dans l'air de l'épée qui le rompt, le fil entre notre ici et maintenant et le rien du tout nulle part ?

 

13.

Poésie des équations, mathématiques et physique ; des mondes s'y dessinent, c'est là la vraie voyance, l'alchimie des nombres.

 

14.

M'aperçois que le proverbe du mendiant-dieu caché trouve un écho dans ce vers de Nerval :

« Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché ».

 

15.

« Tout gémit, tout se plaint, et mon mal est si fort »

(Agrippa d'Aubigné, « Le Printemps », III)

 

Tout – ou peut-être rien, si peu…

Gémit – ou rit ; nous aimons tant à rire de

Tout, d'un rien, nous autres, si peu.

 

16.

Se gondole comme une baleine des fois qu'on, pis qu'on se

Plaint, ou qu'on les joue au poker, nos osses.

 

17.

Et mon Dieu se promène entre

Mon dictionnaire et le

Mal de mer, de vivre, ou bien du pays.

 

18.

Est-il temps de ? Ce n'est peut-être rien, si peu,

Si plein de peut-être, ce soldat dans un

Fort qui attend tout un roman que l'ennemi arrive.

 

19.

Ou alors une place vide en plein soleil avec presque rien, une ombre, un chien.

 

20.

Des fois qu'le monde serait une oie cruelle, jacassière, très bête que l'on gave de dieux.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 28 juillet 2015.

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 22:12

QUE J'VOUS Y CAUSE C'EST DU FANTOMATIQUE

1.
« Il n'y a dans l'opération créatrice qu'un problème qui n'est ni de fond, ni de forme, ni de l'accord entre fond et forme, mais de langage. »
(Thierry Maulnier, « Introduction à la poésie française », idées/gallimard n°463, p.13)

2.
Petit à petit, la jeune fille commence à ouvrir son cœur, et je me demande quel lapin ensanglanté va en sortir.

3.
« Je vous entends ici mieux que vous ne pensez »
(Racine, « Mithridate », II, 4 [Mithridate])

- Tant qu'vous y êtes, prenez-moi pour une truffe !

4.
Je (qui est un autre comme je et tu sais)
Vous, je vous quoi ? invite à pas me les casser, tiens !

5.
Entends-tu ? Qu'ouïs-je ? Le son du rock au fond des villes ? La grimiaule (néologisme lu dans un San-Antonio) de matous borgnes ?

6.
La grimiaule de matous borgnes dis-je, et pourquoi borgnes ? Parce que, et pis rate pas la marche, si tu veux pas t'casser l'biniou à dire.

7.
Ici, qui est à là-bas ce que mon cœur est pour vous, du très lointain même si je vous vois tous les jours.

8.
Je vous entends
Vous entends vous dis-je je suis pas sourd je vous
Entends arrêtez de hurler dans ma tête !
Ici je suis ici et il n'y a personne
Mieux il n'y a jamais personne
Que j'vous y cause, c'est du fantomatique
Vous croyez m'entendre et moi je
Ne suis pas là plus là c'est ma langue
Pensez qui s'agite entre mes dents de vent.

9.
« Soupir d'harmonica qui pourrait délirer »
(Rimbaud, « Les chercheuses de poux »)

10.
Soupir souvent d'harmonica ou de morte flûte
D'harmonica sans bouche c'est le vent
Qui agace les portes

11.
Pourrait délirer dans l'spectral, ça ! dit Zut, si je ne disperse pas tout de suite cet encombrement d'os qui se prend pour un squelette.

12.
J'aimerais assez ça, composer du bref façon rimbaldien « soupir d'harmonica qui pourrait délirer ».

13.
Petit à petit puis
A petit puis à petit puis à
Petit puis à petit puis à petit puis
La belette fait plus qu'à blablater la
Jeune a jacte a jacte a jacte la
Fille les mots lui filent défilent s'enfilent a
Commence puis plus s'arrête
A dire médire maudire dédire redire pis à
Ouvrir sa boîte à violonades
Son étui à pleurnicheries son
Cœur que moi je me demande quel lapin chaud palpitant dépiauté elle va en sortir.

14.
Parfois, à force d'ouvrir son cœur, on finit, tant on se lyricollusionne, par fermer les yeux.

15.
« Au silence obscur, à l'éclair des hauts jours »
(Agrippa D'Aubigné, « Psaume huitante huit »)

16.
Au silence d'là-haut, entre deux étoiles, deux portes, deux énigmes, deux mots, et puis l'obscur de l'autre.

17.
Des fois, Zut ne le sent, son cœur, pas plus clair que le jour qui n'est pas plus pur, au fond.

18.
L'orage qui n'éclate pas, tournant sa langue orageuse tout au fond de sa bouche d'ombre.

19.
Parfois, Zut pense aux autres. Elle en vibraphone alors, des visages dans sa mémoire ; elle se soucie même... Mais parfois, elle fait le ménage qu'elle en balaie donc des autres, hop ! à l'oubli, avec les toiles d'araignée.

20.
« No, no, no, you don't love me »
(Titre d'une chanson de Dawn Penn)

No décidément no
No à jamais no
No définitivement no
You qu'elle chante en m'pointant du doigt you
Don't soubresaute la basse you don't
Love serpente le saxophone love
Me pis qu'elle s'en va sur un pizzicato.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 juillet 2015.

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 12:00

LES FANTÔMES C'EST DES JAZZMEN

 

1.

« Les Dieux visiblement marcheront sur la Terre. »

(Maynard, « Sonnet au Roi »)

 

2.

Les tous leurs yeux tous nos os

Dieux ô vieux mâcheurs de magie aussi

Visiblement que sang sur la neige.

 

3.

Marcheront les Dieux cortège à miracles couronnes de foudre

Sur le vert tapis des têtes roulées

La terre si ça s'trouve boule de billard.

 

4.

Terre fonçant chauve-souris à crypte, une idée dans son bocal, une concierge dans l'escalier.

 

5.

« Les Dieux visiblement marcheront sur la Terre » écrit Maynard... Oui, dès que nous les aurons recrachés.

 

6.

J'ai cru comprendre qu'elle avait été, à un moment oui, mais depuis, dissoute dans l'invisible.

 

7.

« Je est un autre » (rimbaldienne foudre) : y a donc un narrateur poétique, un débiteur d'horreurs et d'erreurs, de cynismes et de fadaises.

 

8.

Monsieur Je qui débitez de la poésie comme on dit la messe, Monsieur Je qui courez les prix et les salons, Monsieur Je, je ne vous aime pas.

 

9.

Monsieur Je est un beau parleur. Il rêve souvent que Zut lui tire la langue. Dans le réel, c'est ce qu'elle fait. Il feint de ne rien voir.

 

10.

Together, together… et pour quoi faire ? D'ailleurs faut que j'vais chez l'coiffeur… Zavez qu'à en parler à mon frère… répondit Zut à l'anglais entreprenant.

 

11.

Les au plus haut, les pas d'ici, les

Dieux, ô bibliothèque ! Aussi

Visiblement que nez d'clown sur le visage d'un mort,

Marcheront, les Dieux, dans la combine,

Sur le pot aux roses qu'on leur trame, qu'on leur

La-la-lalère, et sacrements. Quant à la

Terre, et pourtant elle

 

12.

La concierge s'étant multipliée dans l'escalier, on est prié de faire attention oùsqu'on met ses pieds.

 

13.

La concierge ayant disparu dans l'escalier, who's that girl ?

 

14.

Alors, Marlowe, cercle rouge dans la brume du soir, à Léa jacta et s'tailla : « Il ne faut pas jeter le pot-aux-roses avec le Potomac ! » dit-il jetant son mégot et s'engouffrant dans son grand imperméable.

 

15.

« Lover, Come Back To Me », qui est un titre de Romberg et Hammerstein II, pourquoi en ferais-je un vers de Leonard Cohen ?

 

16.

Considérant que tout vivant est un cadavre qui se précise, il reprit une bière.

 

17.

J'écoute souvent du rock lorsque j'écris ; j'aimerais que cette nerveuse-là jouât sur le côté riff d'mes brefs.

 

18.

« Est-ce que ma guitare est un fantôme ? » aurait fait un bon titre pour un morceau de Frank Zappa, non ?

 

19.

Quant à « Est-ce que mon piano est un fantôme ? » je verrais ça bien pour un titre de Tom Waits ou des Sparks…

 

20.

Il y a sur l'album « Parades prénuptiales » du groupe « Les Blaireaux » une ghost track intitulée « Bob et Jack » et qui vaut le détour qu'on fait parfois par les spectres et par les champs.

 

21.

Quand un cosmonaute, profitant de l'espace qui lui est accordé, fera sa cour à une cosmonaute, parlera-t-on de parades prénuspatiales ?

 

22.

Les fantômes, i s'foutent de not'gueule ; les fantômes, c'est des jazzmen ; les fantômes, vous savez quoi ? i zont l'air trop vivants !

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 27 juillet 2015.

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 18:56

ADIEU DONC RITA MYSTERE !

 

1.

Y a plus d'mystère, vu que j'apprends par « Ma Convulsion » que Mitsouko ne veut pas dire « mystère » en japonais. Adieu donc, Rita Mystère.

 

2.

Par contre, « Ma Convulsion » nous apprend aussi que Mitsougo signifie « parole de mystère » et que Mitsouko est un prénom féminin, comme Rita.

 

3.

Mitsouko, c'est donc un prénom féminin, le nom d'un parfum de Guerlain et celui d'un rosier.

 

4.

Si nous tombons amoureux, ce sont de ces énigmes que, naïves pommes, oh pommes nos âmes, pensons aisément élucider.

 

5.

J'aime bien les devises, avec leur devisâmes qui nous font de l'âme, du programme, du discourir (et tu peux toujours) sur l'agitation à venir.

 

6.

Franchement, c'est plus des couleuvres qu'ils nous font avaler, les politiques, c'est tout un guignol, marionnettes, tréteaux et rideau compris.

 

7.

Moi j'aurais pensé que dans les armes de Bretagne, Mélusine y aurait fait siffler ses serpents - ah fantasmes fantasmes nos âmes !

 

8.

Les gens sont des voleurs. Ils vous volent votre temps, votre argent, vos livres, vos travaux, vos vérités et votre bonne humeur. Et ils appellent cela « convivialité ».

 

9.

« Les chars d'argent et de cuivre -

Les proues d'acier et d'argent -

Battent l'écume, - »

(Rimbaud, « Marine »)

 

10.

Au spectacle de tous ces cédés de Robert Charlebois tombés entre les lianes et le yodle des singes criards, Albert Morane (le neveu de l'autre) levant les yeux au ciel, dit : « Ça a dû tomber d'un camion... »

 

11.

A podcaster en ce moment, le feuilleton de France Inter : « Robert Charlebois par delà Lindberg », c'est vif, drôle, intéressant avec plein de bonnes chansons dedans.

 

12.

Les chars (qu'on je vous demande d'arrêter et qui pulvérisent les bibliothèques) d'argent, les chars à Rimbaud, ainsi le vent lance son appel.

 

13.

Et puis de cuivre, celui dont on peuple les idoles, lesquelles parcourent le monde au cou d'initiés qui s'ignorent.

 

14.

« l'amour qui brisera la mort et fera résurrection de nos corps ». C'est toujours aussi joli, la messe, se dit le Diable en regardant l'heure.

 

15.

Les proues d'acier, machine contre machine, monde contre monde, conscience contre conscience.

 

16.

D'acier et d'argent, quelque cité gravée, et soigneusement dessinée, où on s'projette la carcasse et tous ses imaginaires.

 

17.

Je sais que le syndrome de Stendhal n'est pas qu'une fantaisie d'auteur. On peut se sentir happé par un monde imaginaire, comme si la création d'un auteur était la réminiscence d'un univers parallèle où l'on ne sait quoi se met soudain à vous attirer. Cela ne dure pas, à moins que l'invisible ne nous suce la raison.

 

18.

Batteuses d'écume, percussionnistes de la mer - avez-vous déjà entendu parler de ces femmes qui font de la musique en frappant les flots ?

 

19.

Sur la note se multiplient d'autres notes, la spirale d'une voix, le délié de la sirène.

 

20.

Etats d'âme, états d'âme… Tu parles, tout un tas d'êtres, oui, et des étagères pour y ranger leurs têtes.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 26 juillet 2015.

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 09:14

COMMENT ÇA RITA MYSTÈRE ?

 

1.

Zut n'écrira jamais de roman à 400 pages et des brouettes. Elle me l'a promis. Elle sait ce que c'est que d'être obligé de les lire.

 

2.

Point ne sommes nains montés sur géantes épaules, mais nains escaladés sur moult nains empilés, d'où zigzags et dégringolade finale.

 

3.

« Pour vous tenir, Seigneur, un langage si doux,

Il faudrait qu'en amour j'en susse autant que vous. »

(Corneille, « Suréna », II, 2 [Eurydice])

 

Oh !

 

4.

Mon empire, mon empire pour un bon mot (et j'y gagne au change).

 

5.

Ah si j'étais riche… je pourrais au moins mourir sans crainte du lendemain.

 

6.

Je lis dans Chateaubriand que la devise « Potius mori quam fœdari » (« plutôt mourir que de s'avilir ») figure dans les armes de Bretagne. Comme quoi quand même hein, Madame la ministre, le latin...

 

7.

« Potius mori quam fœdari », voilà le genre de devise fort propre à dépeupler.

 

8.

« Plutôt mourir que faillir » !

« plutôt mourir que de s'avilir » !

« Potius mori quam » et ta sœur !

 

9.

Comme je lui demandais si sa sœur faisait toujours du latin, il me conseilla d'aller me faire voir chez les Grecs.

 

10.

J'entends à la radio que « mitsouko » ce s'rait du nippon signifiant « mystère ». Vrai ou pas, Rita Mystère, dis, c'est beau comme un blaze de roman.

 

11.

« Non, madame, en mon sang ma main n'a point trempé »

(Racine, « Phèdre », IV,4 [Thésée])

 

12.

Dans l'ombre qu'est-ce qui s'agite bout bouillonne ? C'est Zut qui divise et multiplie ses phénix.

 

13.

Zut a coutume de lancer en l'air des flopées d'énigmes. Des fois qu'un sphinx passerait par là, ça pourrait lui servir.

 

14.

En mon sang ma main et puis mon pied mon œil de bœuf ma tête de veau clochettes et grelots.

 

15.

Acousmé-je ou c'est-y vrai que la fille de Madame Hanska, parlant de Balzac, sobriquetait icelui de « Bilboquet » ?

 

16.

Quand nous regardons les autres, nous oublions trop souvent nos points d'interrogation, d'où nos aveuglements.

 

17.

Zut est pourvue de deux mains, comme vous et moi, et aussi bien pour vous que pour moi, elle dispose aussi d'un tas de doigts d'honneur.

 

18.

L'autre, c'te énigme qui refuse obstinément de s'énoncer. L'autre, ce pieux mensonge.

 

19.

En identifiant l'autre à sa fonction, on croit se débarrasser de l'énigme, et pourtant, voyez comme il flotte entre deux airs, le couteau…

 

20.

Chaque jour, ils dissimulaient un mot. C'était le fin mot de l'énigme. Quand ce fut le tour du mot « dieu », leurs noms s'effacèrent.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 26 juillet 2015.

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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 18:58

COURTOISIE D'LA FANTÔME

 

1.

« au midi prompt, de son terne miroir, jalouse »

(Rimbaud, « Mémoire »)

 

2.

Au zénith sous la rousse à pas d'cheveux Au

Midi ou au grand match de boxe de minuit

oh être encore dit la fantôme

 

3.

oh être encore dit la fantôme ce

Prompt king lizard dans une chanson déjantée ou l'lézardant

De toute sa paresse possible, oh infinie...

 

4.

Son, ou est-ce plutôt le mien de

Terne teint, genre cloche de terre ; c'est qu'on s'y voit qu'à peine au

Miroir cabossé, écu, bout de cuivre.

 

5.

Jalouse comme une montre en retard qui regarde filer une soucoupe volante filer filer filer pis disparaître comme ça.

 

6.

Des fois, l'horloge recrache nos couleuvres, et le temps, ça passe pas.

 

7.

Y aurait-y pas une équation à gueule d'horloge dont le temps n'en finit pas de se ralentir d'se décrocher de frôler l'gouffre de s'infinir ?

 

8.

« le jeune homme à demi étendu sur le lit défait, là-haut, fumant cigarette sur cigarette. »

(Simenon, « Le Charretier de « La Providence »)

 

9.

Le jeune homme ou la jeune fille à demi (bien frais espère) étendu(e) et vous reluquant comme s'il elle avait bouffé le sphinx.

 

10.

Sur le lit ou dans le miroir ou de dedans l'autre côté du miroir là-haut là-bas si proche au loin là où il y aurait d'autres loups, un œil.

 

11.

Fumant, ou alors c'est qu'elle vient juste d'arrêter, cigarette sur cigarette tandis que la pluie tricote des fantômes.

 

12.

Qu'elle n'ait pas peur de montrer les dents, de droner, de jeter la fascination de ses yeux dans la mêlée.

 

13.

Lors, Zut déplia son fantôme qu'elle envoya causer mystère avec le clocher posé sur le paysage comme un doigt sur une bouche.

 

14.

« Des sifflements de mort et des cercles de musique sourde font monter, s'élargir et trembler comme un spectre ce corps adoré »

(Rimbaud, « Being beauteous »)

 

15.

Zut prit ces sifflements pour guitare sonnante, hurluberlures saugrenues, chapeau pointu sous la lune, et y ajouta le turlututu d'un flûtiau.

 

16.

Zut jouait avec les cercles, ceux de nulle part puis de partout puis qu'on traverse puis qui nous traversent. Zut était très dispersée.

 

17.

Zut contemplant la musique s'imaginait des bribes de mondes que tout un orchestre complotait.

 

18.

Et puis les chœurs s'en mêlèrent lançant leurs longues et leurs nasales comme autant de bêtes grimpant le long de la partition, s'accrochant aux portées, évoquant un monde de nulle part.

 

19.

Alors la fantôme s'élargit, tremblant de toutes ses feuilles, tous ses automnes, ses rousseurs, laissant passer la cavalière des écorces.

 

20.

Et puis « comme un spectre ce corps adoré » disparut dans un grand tremblement blanc de soleil.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 25 juillet 2015.

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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 12:11

AI JE TROUVÉ ZUT DANS UN TABLEAU CUBISTE ?

1.
Toute est-elle toute je n'en vois qu'une. Est-elle ainsi que je la vois où berlue-je ? Elle unique puis dans tous ses états jamais à la fois.

2.
Toute est-elle toute je n'en vois qu'une. Je la contemple cause que j'peux la voir en peinture, fantôme révélé par quelques coups de pinceau.

3.
Toute est-elle toute je n'en vois qu'une. C'est Zut. Elle descend l'escalier en laissant derrière une flopée de Zut qui n'en font qu'à leur tête.

4.
Livré, rendu, télépathé – c'est-y pas épatant – à moi, mézigue alternant creux et mots, seul (du coup je cherche mes mots et puis Zut alors).

5.
J'aime bien le champ lexical du fantomatique qui glisse du spectral dans chaque rayon de lune. Avec des ruines antiques, c'est joli.

6.
Ecrire, gerber du flux, débiter d'la conscience.

7.
La comédie du langage ; les dieux en rient encore.

8.
« Ma tête se montrait un peu au-dessus de l'obscurité. »
(Chateaubriand, « Mémoires d'outre-tombe », « Année de ma vie, 1801 »)

9.
Ma tête (mal à des fois, pas souvent, grâce au café dit-on) mais dedans quel théâtre d'acteurs ivres.

10.
Se montrait (ou pas car des fois elle disparaît) et alors qu'on dit : « Ah je n'ai pas de tête ! »

11.
« un peu au-dessus de l'obscurité », sa tête à l'autre, tir aux pigeons, face d'espion émergeant d'un manteau long.

12.
Il faut être drôlement humain pour aimer l'autre au moins autant que soi-même que j'me disais des fois bourreau.

13.
« L'armée des princes était composée de gentilshommes, classés par provinces et servant en qualité de simples soldats. »
(Chateaubriand, « Mémoires d'outre-tombe », « Armée des princes »)

Aux deux bouts de la phrase les termes de l'opposition : « l'armée des princes », puis « de simples soldats », puis Zut traça au tableau un cercle de craie par où passa toute la classe et tout Chateaubriand, « moi aussi que j'suis une passeuse » qu'elle dit Zut en contemplant le portrait de Philippe Meirieu dans son cadre en bois d'pipeau.

14.
Des fois qu'l'armée se dit Zut en contemplant la bête en cage serait cette force dans l'ombre qui rêve confusément de soleil et de sang.

15.
Zut leva une armée des princes, d'ombres courtoises, mais vous y trompez pas, dit-elle en contemplant le Moyen-Orient, capables tout autant que vous et moi de poignarder dans le dos.

16.
Des fois, face aux hyènes, tout de même s'il le faut, loups, y êtes-vous ?

17.
Il faut avoir la courtoisie des ombres et ne pas lâcher son couteau.

18.
« Gentilshommes » quel mot fabuleux que « gentilshommes », là où il n'y a que perspicace bipède qui fait rien qu'à se surpeupler.

19.
Ubu décréta qu'il fallait user raisonnablement de la violence, c'est-à-dire se tenir prêt à massacrer autant que nécessaire d'zôtres, mais dans l'ordre et la loi.

20.
Pis Zut classa ses petits princes de plomb par provinces, par accents, plats régionaux, us et coutumes, traditions et charivari sous un seul drapeau, qu'elle dit.

21.
Zut ajouta que puisqu'ils servaient en qualité de, les princes là, ils ne se comporteraient pas par défaut, comme tous ces troufions qu'on envoie se dépuceler la roture dans l'pas croyable et l'illégitime jusqu'à la barbe.

22.
Alors les pandores bouffèrent le poisson, la justice, la loi du talion et celle dont on ne parle pas. Ils vomirent beaucoup.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 juillet 2015.

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 22:05

LULU ET LE CERCLE DE CRAIE

 

1.

« Ruisseau qui cours après toi-même

Et qui te fuis toi-même aussi »

(Saint-Amand, « Plainte »)

 

2.

« Et qui te fuis toi-même » : mimant l'ombre, singeries, agitant son verbe comme l'enfant son sabre de bois.

 

3.

« Et qui te fuis toi-même » : l'enfant qui fuit l'adulte qu'il ne voudrait pas devenir, ou qu'il regrette d'être devenu.

 

4.

Des fois, on ne recule devant le mur que pour mieux se le prendre en pleine figure.

 

5.

On aurait découvert en Chine un fossile de tyrannosaure ailé, dont la longueur des ailes l'aurait empêché de voler, et aurait plutôt servi à parader comme parade le paon. Déjà politique, l'oiseau.

 

6.

Ah mais, mes politiques bonshommes, je vais finir par vous lancer des bananes, moi !

 

7.

                               « quand les âmes des morts

reviendront chercher »

(Péguy, « La résurrection des corps »)

 

8.

« quand les âmes des morts reviendront chercher » leurs habits, y aura plus d'un vivant à se retrouver tout nu.

 

9.

                                 « qui vient seul

 

             il t'ombrera

                             Il se tiendra. »

(coupé dans Baïf, « Psaume CXXI »)

 

10.

Parfois l'été, dans une rue vers la mer, cette longue fenêtre où se tient la silhouette longue qui regarde s'allonger les ombres.

 

11.

« L'air a serré

                                   de grêles et d'orages

Lors, son teint

 

Ses yeux                       prunelles fendues

                                les miens alors »

(coupé dans D'Aubigné, « Le printemps », III)

 

12.

L'intime, y a ici quelque être à dévoiler ;

Lors, elle a ri, très belle, et se rhabillant.

 

13.

« Lulu prend un mouchoir et efface le cercle de craie ; Missi délivré bondit dans la chambre et disparaît. »

(Jean Ray, « Les Cercles de l'épouvante », « Liminaires : les cercles »)

 

14.

Lulu, ou Loulou, ou Lola, prend son, ou ne le prend pas (il y a un temps pour tout), agite son mouchoir et ne revient pas.

 

15.

Et tandis que Zut fait le compte de ses mains tranchées, Lulu efface leurs noms, aux autres, là, et puis leurs sourires aussi.

 

16.

Le sorcier trace son cercle de craie ; l'enfant du temps s'en fait un cerceau et disparaît avec Zut alors fillette de la nuit.

 

17.

Pis y a itou le môme Tric-Trac ; lui aussi trace un cercle de craie, y met le monde, et se divise dans l'instant.

 

18.

De craie ou pas de craie, de craie dans l'encrier ou de Missi Mystère, c'est qu'on s'en mange, nous, galettes à pattes, du cercle.

 

19.

Délivré, le masque

Bondit au beau milieu du bal, s'empare

Dans un visage du plus énigmatique des sourires

« La Madame a s'ra contente » dit-il en s'caravolant.

 

20.

Chambre hantée où le lit est un miroir et où l'imprudent qui y couche disparaît dans un reflet.

 

21.

Et puis dire son dit façon d'quelqu'un d'un lointain très comique.

 

22.

Très bien l'émission « airs de rien », à la radio suisse, animée par Pascal Bernheim. A réécouter « La sirène en mal d'amour » !

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 24 juillet 2015.

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 17:47

ENCORE FAUT-IL SEIGNEUR

 

1.

« Je songeais » : brodée d'or étoffe des songes, de la seigneurie, de la magnificence que pendant, i s'effrite le réel autour.

 

2.

 « et le flot qui murmure

De son écume d'or fleurit sa chevelure. »

(Rimbaud, « Soleil et chair », IV)

 

3.

« flot qui murmure » : que du signifiant, les sons d'la nature ; l'a fallu l'humain pour en flanquer du sens aux sons, et donner du dieu à dire.

 

4.

Grande présence des extrêmes politiques sur twitter, et de leurs essentialismes : l'horreur de c'qu'ils disent, du « notaire coupable parce qu'il est notaire » et de « l'arabe coupable parce qu'il est musulman ». Et puis lutte de pouvoir – cependant si relatif – entre intellectuels plus ou moins encanaillés.

 

5.

« Je reviendrai » : promesse du retour, si la foudre ne, évident cheval flamboyant, vif regard et ni peur ni reproche chevalier dans la caboche.

 

6.

Quand je songe au verbe « écrire », voilà, visiteuse, qui me vient à l'esprit la rimbaldienne expression « fixer des vertiges ».

 

7.

« je fixais des vertiges » écrit Rimbaud ; taquiner le fantôme, titiller l'être, apprivoiser la bête dans les nerfs.

 

8.

Je peux envier des fois les fluides écritures, les argumentations qui ont l'air si évidentes, pourtant je n'en retiens souvent qu'elles m'importent peu.

 

9.

Des fois i faut être bien poli avec les marchands d'soupe, des fois qu'i s'mettraient à cracher dedans.

 

10.

« Et si mon œil n'a puissance de voir »

(Ronsard, « Amours de Cassandre », III)

 

C'est que j'serions bien aveugle.

 

11.

En Grèce, à cause de la crise, il y a des gens qui ne peuvent plus payer les enterrements de leurs proches : l'Allemagne avancera-t-elle l'argent des funérailles de l'hellène démocratie ?

 

12.

Et si mon œil voyait plus de choses, sans doute j'en serais bien effaré, stupéfait, terrifié par la réalisation des peut-être.

 

13.

Cézigue devant la Jeanne d'Arc à Paris, en France, « Jeanne ! Au secours ! » qu'il s'est écrié. Ah oui, alors, au secours ! pis des pattes rapides, pour se carapater !

 

14.

Untel, très à gauche, dit qu'elles ont un vieux fond vichyssois, nos chères élites... Euh, faudrait pas confondre les palmes académiques avec la francisque tout de même.

 

15.

« Encor faut-il, Seigneur, ô Seigneur qui donnas

Un courage sans peur à la peur de Jonas,

Que le doigt qui émut cet endormi prophète

Réveille en moi le bien qu'à demi je souhaite... »

(D'Aubigné, « Invocation »)

 

16.

Ce que vous avez brisé, d'un coup de craque-miroir, verre, réel pilé, spirales, morts palais, visages émiettés.

 

17.

Réel brisé, couru dans tous les sens de miettes de visages.

 

18.

« Que dans moi, contre moi chantait ma conscience »

(D'Aubigné, « Invocation »)

 

19.

« dans moi, contre moi » : venin, vœu de la sirène

de dévorer ces marins, vigueur de la reine.

 

20.

« dans moi, contre moi » : licorne, conscience, pis qui joue du couteau, avec un demi sourire.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 24 juillet 2015.

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