22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 20:58

ABÔME ! ABÔME !

1.
Expressions d'Antonin Artaud: "l'horlogerie de l'âme"; "Je suis un abîme complet"; "un bruit torturé".

2.
Des "horlogeries de l'âme" qu'on est tout tic-tac tic-tac pas synchrones du tout du tout entre nous oh non.

3.
Des "horlogeries de l'âme", nos pommes, à en pleurer des grains de sable.

4.
Des fois qu'on s'apitoie, qu'on s'complaisance, qu'on se dit qu'on est si précis, si précisément précieux, qu'not' "horlogerie de l'âme", le grain de sable d'un regard suffit à la perturber, bourrins qu'nous sommes.

5.
Faut quand même être plein de trous pour écrire qu'on est un "abîme complet".

6.
"Je suis un abîme complet" qu'il écrit Artaud, et des fois qu'il serait incomplet, c'est qu'il serait encombré de bidules trucs fatras en vrac ou bien ?

7.
Laissez-moi dire que je m'abôme, que mon coeur fait bôm bôm bôm, quand la nuit a bouffé la cime et que de l'abîme monte des hennissements.

8.
L'abîme réussira-t-il à échapper à l'être qui lui court après comme un humain après lui-même ? Mystère et tarte à la rhubarbe...

9.
Le Verbe est-il ce géant qui bouffe tous les gouffres, qui annihile tous les abîmes, afin de faire place nette aux grosses lèvres de la grande bouche de Dieu ?

10.
Si vous avez l'occasion d'écouter le morceau "Roger" des Sparks - un bidule du début des seventies - oyez le truc ! c'est psychérigolant !

11.
Je me sens un "bruit torturé" au pied; j'ai dû marcher sur mes oreilles.

12.
Entendu à la radio: "Et Roosevelt lui-même insiste pour qu'elles ne soient pas censurées." Elles, ce sont les images des cadavres des Marines tombés à "Tarawa-la-Sanglante". Bien plus grand, Roosevelt, radicalement plus grand que nos VRP présidentiels à la botte des marchands de canons.

13.
"Il s'agit d'un problème qui s'est posé à l'esprit d'Antonin Artaud, mais Antonin Artaud n'a pas besoin de problèmes, il est déjà assez emmerdé par sa propre pensée"
(Antonin Artaud, "Paul les Oiseaux ou la Place de l'Amour")

Ma pomme pense idem.

14.
Expressions d'Antonin Artaud: "être uniquement dans l'Esprit"; "les zigzags de leurs langues"; "lacérer l'atmosphère".

15.
Si nous sommes "uniquement dans l'Esprit", le reste, c'est quoi ? d'la chair qui marche, qui fait des claquettes, ou d'la pâte à crêpes ?

16.
Impossible d'être "uniquement dans l'Esprit", sinon, le corps i fiche son camp, histoire d'aller voir ailleurs.

17.
Quand on ne mangera plus de viande, que l'on ne boira plus ni alcool ni café, qu'on ne fumera plus du tout, quand on nous aura confisqué tous nos grands chevaux, quand on sera bien zenifié, clarifié, et bien moins loup, alors on pourra le plus pacifiquement du monde nous asservir.

18.
Chansons électriques, "zigzags de leurs langues", c'est la pluie qui remue ses rideaux le long de la route d'une chanson des Doors.

19.
Il y a les zigzags des langues de la pluie et puis celles qui percent le ciel, lacèrent l'atmosphère façon foudre, façon guitare à Hendrix.

20.
Des fois, on a l'impression qu'on a un point à la place du coeur, un point vif rouge, de l'incandescent à froid.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 octobre 2014.

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 16:22

AVEC MES QUATRE YEUX ETONNES

1.
Expressions rimbaldiennes: "avoir quatre yeux étonnés"; "envoyer l'Amour par la fenêtre"; "la bruine des canaux par les champs".

2.
Lorsque l'on a "quatre yeux étonnés", c'est qu'on voit double, non ?

3.
Il est inutile "d'envoyer l'Amour par la fenêtre". L'expérience a déjà été tentée cent fois. Il ne s'envole pas, il se scrashe, réduit en bouillie, kaputt qu'il est, l'Amour.

4.
Y a aussi dans Rimbaud le "gentilhomme d'une campagne aigre", qu'alors je courrai "la bruine des canaux par les champs". J'aurai un habit noir. On me prendra pour le fantôme d'un assassin.

5.
Un éléphant fantôme dans un magasin de porcelaine spectrale, la casse qu'ça doit faire, bris, bris, brisures, que les anges passants y laissent des plumes.

6.
Minuit ! L'heure de l'assassinat du réel par le songe au couteau de soie et de foudre au loin.

7.
La nuit dernière, j'ai rêvé d'un certain Mrol, que je ne connais ni d'eau ni des dents, mais avec lequel j'ai eu fort à faire. Je me demande psychanalytiquement de bazar, si je l'ai bien joué, Mrol, par ailleurs plutôt grondant comme bonhomme.

8.
Relevé chez Rimbaud cette susurration qui scie :"scepticisme atroce". De quoi faire grincer plus d'une porte d'église.

9.
Je vous en prie, hommes de foi, veuillez à ne plus laisser grincer les portes de vos églises; ça rappelle tant, tous ces grincements, l'ironie satanique.

10.
Expressions rimbaldiennes: "se dévouer à un trouble nouveau"; "être gentilhomme d'une campagne aigre"; "avoir le scepticisme atroce".

11.
Notre vie durant, nous ne cessons de nous "dévouer à des troubles nouveaux"; c'est le trouble, et non la paix, qui nous met en oeuvre.

12.
"Gentilhomme d'une campagne aigre", j'arpenterai mes sombres terres sous une pâleur de ciel. J'aurai un habit sombre. On me prendra pour le diable à la rencontre de l'abbé en chemin.

13.
Expressions rimbaldiennes : "avoir raison dans tous ses dédains"; "avoir tant de temps déjà"; "se retrouver deux sous de raison".

14.
L'essentiel, c'est de se débrouiller pour toujours "avoir raison dans tous ses dédains", avoir la mauvaise foi pour demeure et vademecum.

15.
Il est plaisant de se dire qu'on a "tant de temps déjà" parce que, justement, ça ne dure pas.

16.
Je me demande d'ailleurs si le temps est fait pour durer...

17.
Des fois, j'me gratte les fonds d'la caboche, en me disant qu'y a pas d'raison pour que je ne finisse pas par me "retrouver deux sous de raison", non ?

18.
J'aime bien l'expression "s'ennuyer à cent sous l'heure", ce qui nous fait tout de même, voyons, la minute d'ennui à 1 sou 66, non ?

19.
En écrivant cette suite de brefs, j'écoute le "Lil' Beethoven" des Sparks, épatant album avec des choeurs partout, de la vraie bonne musique contemporaine.

20.
"Avoir tant de temps" pour que "déjà" tout soit fini, rideau, dodo éternel, adieu, musique, adieu machin, machine et tout l'toutim.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 octobre 2014.

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 07:18

NOTES SUR LES DICTS D'AMOUR A LINDA

1.
Aussi bien que le jadis, vous voilà, Linda, en jolie laterna magica.

2.
"Votre nom très païen, un peu prétentieux,
Parce que c'est le vôtre en est délicieux;"
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

3.
On pardonne leur prétention à ceux qui nous fascinent, et on ne voit plus l'humilité de ceux qui nous aiment.

4.
"Il veut dire "jolie" en espagnol, et comme
Vous l'êtes, on dit vrai chaque fois qu'on vous nomme."
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

5.
Habileté du mot-outil utilisé à la rime ("comme"/"nomme"); adéquation du nom avec son référent: Linda "veut dire jolie", et ça tombe bien, puisque Linda est jolie.

6.
L'exercice de la vérité consiste à expliciter les liens entre le nom et son référent; l'exercice du mensonge consiste à charger le nom de liens qui n'existent pas.

7.
Le vrai démonte; le faux monte de toute pièce. Ainsi le vrai est-il critique et le faux convention.

8.
Monter de toute pièce est une pratique commune au politique et à l'artiste. Ainsi l'humain crée-t-il avec le réel des liens qui n'existent que dans l'art de représenter.

9.
Le verbe "représenter" est mensonger: on ne rend pas au présent ce qui déjà passe; on s'imagine un nouveau masque pour un réel farouche.

10.
Naissance de la beauté des plantes carnivores, des fauves, des autres que l'on pare de qualités qui servent essentiellement à nous dévorer.

11.
On ne tombe jamais amoureux que d'une mâchoire.

12.
Le politique m'amuse qui court après le réel, lequel finit toujours par se retourner et lui flanquer un coup de hache.

13.
L'écriture comme piège à loup qui risque bien de la bouffer toute crue, vot' main à plume.

14.
"Ce nom devient mélancolique en allemand,
Aux brises de l'Avril, il bruisse doucement,"
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

15.
Apollinaire voit en l'allemand une langue mélancolique; de la même manière, nous entendons l'italien comme une langue chantante et séductrice, et l'anglais soit comme une langue rythmique, soit comme une langue purement fonctionnelle; l'élégance monotone du français, son refus de l'ostentation de l'accent, nous font entendre chez les autres des mélancolies et des joies qui ne sont sans doute que pour nous.

16.
"Aux brises de l'Avril, il bruisse doucement"
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

J'aime bien cet écho entre "brises" et "bruisse", cette assonance du "i" soutenue par la liquide "r", et qui fait entendre autre chose que le prénom Linda, comme s'il y avait une musique derrière la musique, comme s'il y avait, comme dit la chanson de Catherine Lara, "un peu de craie dans l'encrier".

17.
"C'est le tilleul lyrique, un arbre de légende,
D'où, chaque nuit, des lutins fous sortent en bande."
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

18.
La mélancolie du nom appelle "l'arbre de légende" et puis l'assonance ("allemand";"doucement";"légende";"en bande"); autrement dit, la mélancolie ranime le passé et en fait féerie, afin qu'il puisse produire de l'être, fût-il aussi fantasmatique qu'une "bande de lutins fous".

19.
Je constate que chez Apollinaire les tilleuls donnent des "lutins fous"; c'est pas courant.

20.
Le tilleul chez Apollinaire est "lyrique"; c'est qu'il a jailli de la mélancolie d'un prénom.

21.
"Enfin, ce rare nom qui dit votre beauté,
Ce fut aussi le nom d'une antique cité"
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

Voilà deux vers qui sonnent si classiques que l'on dirait qu'ils ont été composés par le spectre de Pierre Corneille.

22.
"Qui florissait jadis parmi les roses belles
Dans Rhodes, l'île où roucoulent les colombelles."
(Apollinaire, "Les dicts d'amour à Linda")

23.
C'est dans le "jadis" qu'on s'en projette, de "l'antique cité", à "roses belles", "île" et roucoulades de "colombelles"; ici, y a pas la place, ou alors faut des sous, pour partir en croisière.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 octobre 2014

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 04:32

Stratégie du PS 2012-2014 :
1) Pour se faire élire, on minimise la crise dont on impute les effets à la malignité des banques et de la haute finance (bouh ! les vilains !)
2) Une fois élu, on déclare que la crise est plus grave que prévue, et que chacun - c'est-à-dire nos pommes - doit faire un effort; bref, on nous pique nos sous.
3) Comme tout le monde paye, personne n'est content, et vu que tout le monde se plaint (sauf les muets, ça va de soi), on aborde un virage socio-démocrate / recentrage à droite cause que, faut pas déconner, si on continue comme ça, les gens vont finit par voter extrême-droite.
4) On se prépare doucement à perdre les prochaines présidentielles en assurant ses arrières.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 octobre 2014

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 15:58

QU'EST-CE QUI M'A PRIS D'INVITER UN ELEPHANT CHEZ MOI

(Instruments souhaités pour cette chanson : grosse caisse et timbales, et cymbales, et trompette, et clavecin pour le contraste, guitare rythmique pour les riffs bien lourds, et ponctuation de guitare solo pour l'effervescence, basse ronflante et échos de barrissements, et piano là-dedans pour le balancement de la trompe de l'animal et la danse sur les disques des Sparks.)

Qu'est-ce qui m'a pris non mais qu'est-ce qui m'a pris
D'inviter un éléphant chez moi
Il m'a sifflé tout mon whisky
L'éléphant même pas effervescent
L'éléphant que j'ai invité chez moi
La prochaine fois j'inviterai une souris.

Qu'est-ce qui m'a pris non mais qu'est-ce qui m'a pris
D'inviter un éléphant chez moi
Il m'a sifflé tous mes cigares
L'éléphant même pas effervescent
L'éléphant que j'ai invité chez moi
La prochaine fois j'inviterai un chef de gare.

Et puis après avoir sifflé tout mon whisky
Et puis après avoir sifflé tous mes cigares
Il a swingué guinché avec ma Lili
Sur tous mes disques des Sparks
Sur tous mes disques des Sparks
Sur tous mes disques des Sparks
Que j'en ai comme un clavier brisé
Que j'en ai comme une voix cassée
Que ça me gueule dans le citron
Dans le citron
Dans le citron
Que si je ne me trompe
"This town ain't big enough for the both of us".

Qu'est-ce qui m'a pris non mais qu'est-ce qui m'a pris
D'inviter un éléphant chez moi
Il m'a sifflé tout mon vin blanc
L'éléphant même pas effervescent
L'éléphant que j'ai invité chez moi
Que si c'est comme ça
La prochaine fois j'inviterai le rat
De Pierre Mac Orlan.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 octobre 2014.

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 13:30

EN ECOUTANT LES AQUARELLES VENENEUSES

1.
Les amours, c'est comme tout voué à la perte; et s'il n'en reste qu'une, ce ne sera  même pas celle-là; la mort interviendra.

2.
Michel Leiris, dans son Journal, envisage de commenter "une phrase prise au hasard dans un livre choisi au hasard dans [sa] bibliothèque." C'est ça qu'il faut faire; le reste, c'est de l'université.

3.
"T'as vraiment l'air bien collé. Je vais chercher du secours."
(Bertschy, "Nelson")

4.
On se colle au réel façon toutou cocasse qui se colle la langue sur la glace. On accourt pour nous aider, et, par mimétisme de la maladresse, tout le monde finit collé.

5.
Picasso mort n'est plus un grand peintre; ce sont ses oeuvres qui sont à tout jamais Picasso aux grands yeux.

6.
"Et vite comme va la langue d'un crapaud
Se décollaient soudain et collaient les collages"
(Apollinaire, "Rêverie")

7.
A quoi peut se comparer la vitesse de la langue d'un crapaud ? - A un sorcier qui se rassemble après s'être disséminé peut-être ?

8.
"Que faire maintenant, même si je voyais autre chose ?"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

9.
C'est dans "l'autre chose" que se tient "l'autrement", et donc comment faire autrement ?

10.
La vérité, souple loup du soudain qui vous saute à la figure, jailli du roux où il se confondait avec tout un flot de chevelures.

11.
La vérité, souple loup du soudain qui vous saute aux yeux comme femme atroce sortant d'un beau masque.

12.
Le mal et sa boîte à surprises d'où jaillit le diable à ressorts qui vous plante d'un couteau.

13.
Les miniatures électriques des "Residents", vénéneuses "aquarelles".

14.
La musique des Residents me fait penser au Syd Barrett des deux premiers albums de Pink Floyd : bricolo baroque, goût du bref, du psychédélique, du surréalisme, sans blague, un morceau comme "Blue Rosebuds", ça sonne-t-y pas Barrett, non ?

15.
J'aimerais bien écrire des brefs "résidentiels".

16.
L'artiste mort finit par être son art ou par n'être plus rien qu'une anecdote dans une conversation.

17.
Lorsque je me pense le verbe pronominal "se dissembler", le complément "des ombres" s'impose aussitôt.

18.
Qui donc soudain se dissemble des ombres qui bougent lentement leurs formes dans l'escalier d'un immeuble qui attendrait le commissaire Maigret.

19.
Un oeil passa
Un visage l'attrapa
Ainsi fut le Cyclope.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 octobre 2014.

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 09:14

MES AMOURS - AH QUELLE IMAGINATION !

1.
Le jour tombe dans les pommes bleues. En écrivant cette phrase - je ne sais quoi de fané, de vaguement pourrissant.

2.
"Il est pourtant visible que cette maison était habitée encore tout récemment."
(Bob de Moor, "Barelli et les agents secrets")

3.
"Il est pourtant visible que cette maison était habitée encore tout récemment" dit le fantôme qui, quelques heures plus tôt, y déjeunait tranquillement.

4.
Oh c'est une statue ! C'est sans doute pour ça qu'elle ne me disait rien.

5.
"Je suis celle en laquelle tu continues à vivre !..."
(Ferry & Pombal, "Les Statues")

6.
- "Je suis celle en laquelle tu continues à vivre !..."
- Ah... Je suis donc bien mort.

7.
Elle me prend pour quelqu'un d'autre, me dis-je en regardant la réalité.

8.
- Qu'est-ce que c'est que cette figure ?
- La statue d'un dieu on dirait.
- Ah c'est pour ça qu'elle ne me dit rien.
- Moi je trouve qu'on dirait qu'il va parler, tout à fait comme le chat empaillé de ma tante Citronnelle, qu'il va nous déblatérer un truc du genre : "Je suis celui en lequel tu continues à vivre."
- Il dit ça, le chat de votre tante Citronnelle ?

9.
Oui, mais maintenant, elle est vide, et voyez comme elle se fissure, se lacère, se dissipe, se disperse, se sidère.

10.
Cellules malignes de la tumeur à Dieu, nous autres, perhaps.

11.
"La chasse, ô soeur, la chasse a corné dans les nuits"
(Apollinaire, "Epithalame")

12.
Qui long complaint aux bois ? C'est le vent, le vent ouinant.

13.
J'aime bien le verbe "ouiner"; la scie musicale, par exemple, oyez comme elle ouine.

14.
Je me souviens avoir entendu Gilles Deleuze expliquer que lorsqu'il était jeune prof de philo, il initiait ses élèves à l'art de la scie musicale; je me souviens avoir entendu Gilles Deleuze expliquer qu'il y avait quelque chose dans les chansons de Claude François, oui, quelque chose; je me souviens avoir entendu Gilles Deleuze affirmer que si les wittgensteiniens l'emportaient, ce serait grave, ça, si les wittgensteiniens l'emportaient. J'en conclus que, des fois, Gilles Deleuze, quand il en avait marre des gens, il leur disait n'importe quoi.

15.
Le ciel est pâle; un christ est mort.

16.
Quand je suis mort d'ennui, je dis Ah je m'ennuie, alors je sors pour ululer sous la lune.

17.
Entre la "chasse" et la "soeur", il y a le cheval immense et son fantôme; il y a les cavaliers masqués et la peur de ce qui vient.

18.
La "chasse", chevaux, tuniques, cors et chiens; la "nuit", millefeuille des cauchemars.

19.
"J'ai perdu mes amours Où sont-elles allées"
(Apollinaire, "Poèmes à Lou", XXIV)

20.
"Mes amours" - Ah ! quelle imagination !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 octobre 2014

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 04:05

PORTE-FANTÔMES
1.
Le saviez-vous ? On ne peut parler du silence sans le rompre.
2.
Y en a aussi, les malheureux, qui se rompent le silence et les os.
3.
Son ombre, toute notre existence tourne autour de celle-là, avec laquelle on s'escrime à ne faire plus qu'un, jusqu'à ce que l'on finisse par y glisser.
4.
L'Histoire, cette suite de consciences abolies.
5.
La morale ne peut être contrainte que par le droit. La démocratie est une tension entre l'éthique et la loi.
6.
Aujourd'hui, je n'ai pas dîné avec mon spectre; nous n'avons pas partagé les dépouilles de nos amis respectifs.
7.
20 octobre : il fait beau; le prince flâne, musarde, s'attarde à l'été comme s'il était amoureux de quelque indienne.
8.
Téléphoné ce matin à Picasso, en vain... Rimbaud et Cioran n'ont pas plus répondu... Où sont-ils tous ?
9.
Déjeuné avec A. et F., à la bonne franquette et dans une vraie gentillesse, énergie de leurs filles, talent de Talou, vivacité, peinture.
10.
J'écoute les "Pages arrachées au Journal de Michel Leiris" lues par Jean-Louis Trintignant, imagine que je devrais tenir un journal imaginaire. Du reste, c'est sans doute ce que je fais.
11.
Ce n'est pas aujourd'hui que je relirai mon essai sur Baudelaire. J'en ai perdu le manuscrit. " Peu importe ! Je récidiverai !" dis-je en imitant Fantômas.
12.
Dans les "Pages arrachées du Journal de Michel Leiris", j'aime bien ce qu'il écrit du jeu d'échecs et des "sillons" façon "canaux de Mars", qui, en fonction des pièces jouées, ajustent leurs espaces.
13.
Rien de moins inscrit que moi dans le paysage poétique actuel; je m'en moque, m'en alexandrine le coquillard avec la plume à Villon, et laisse ça aux chasseurs de palmes.
14.
On finit toujours par perdre son duel contre soi; il faut bien dire aussi que l'arbitre est de parti pris.
15.
C'est Céline, je crois, qui disait que la vraie, la seule inspiratrice, c'était la mort; quand je vous disais que l'arbitre était de parti pris.
16.
Reçu la visite de Quidam Néant qui m'a reproché de ne plus écrire que des brefs, forme impubliable et qui n'intéresse quasi personne.
17.
Reçu un appel me demandant mon avis sur l'avenir du métier de facteur.
18.
Me suis souvenu cette nuit que, alors que j'écrivais, j'ai ressenti la présence de Madame x; ai pensé que c'était le vent, ai pensé qu'elle devait être là pourtant.
19.
Le silence est porteur de fantômes; c'est pour ça qu'on a inventé Wagner et toute la robinetterie à tintouin moderne.
20.
En début d'après-midi, j'ai cherché mon Grateful Dad; j'ai fini par le retrouver qui chantait du blues pour les oiseaux des champs. Il avait l'air bien épouvantail.
21.
L'ennui vient de ce que l'on ne pense pas à tout ça qu'on a à faire; y pense-t-on qu'à l'ennui s'ajoute le blues, le spleen, voire la déprime.
22.
Tomber amoureux, c'est se charger d'un tas de choses qu'on est censé faire avec le sourire.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 octobre 2014.

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 11:18

MON DISQUE PREFERE : THE CONCERT PAR GARY BENSON

1.
Mon disque préféré, je l'ai gagné à une fête foraine dans les années 70 à Hénin-Beaumont, j'étos ado et j'rêvos de rock n' roll for ever.

2.
Mon disque préféré commence par des percussions et un tchikitchik à la cymbale, pis après les premiers mots, la guitare électrique, d'entame, sonne fort et griffue.

3.
C'est ça qu'on kiffe dans les soli de guitare électrique, y a du griffu, du déchiré, puis qu'c'est fluide en même temps.

4.
Dans le premier morceau du disque, "plage titulaire de l'album", "The Concert", y a un moment, y a comme des claquements, qu'on dirait d'la foudre, métal cogné.

5.
Dans ce premier morceau, y a aussi d'l'orgue acidulé et sifflant comme on en faisait dans les seventies, et puis la voix de Gary Benson qui fait des woaaaaaaa.

6.
Après, dans le second morceau, ça se calme, des cordes font vibrer le "Let Her In" qu'il chante, le Benson; y a d'la jolie spanish guitar derrière la voix.

7.
Et puis ça s'remue un peu, le piano lance des accords qui envoient la voix de Benson rythmer ses syllabes que j'pige point mais j'm'en fiche.

8.
Moi, ce que j'aime, c'est l'atmosphère des chansons anglo-saxonnes, pas leur sens, j'aime pouvoir rêvasser sur la mélodie et ses paysages.

9.
Le troisième morceau sonne country, avec de la slide, non ? et du banjo, non ? "I Almost Forgot About Losing You", j'ai seulement pigé qu'à un moment, y a du "watching TV".

10.
La 4, je l'adore : "To Kill Another Day", sais pas ce que ça raconte sauf que le narrateur jacte de "clean my shoes", itou de "read the news".

11.
J'ai dans l'idée que cette rythmée au piano évoque comment tuer le temps quand on est un brin tout seul, mais j'en suis pas sûr, et puis peu importe.

12.
Et puis se pointe à la guitare une ballade qui porte à songe, "Quiet Man", avec son bonhomme dans une "empty room" que j'me dis que c'est ma pomme quand j's'rai rendu fantôme.

13.
Quand j's'rai rendu fantôme, je serai dans une pièce vide à regarder par la fenêtre passer les jolies filles du jadis.

14.
Je leur ferai des signes de la main; elles me tireront la langue.

15.
C'est dans "Quiet Man", qu'il y a ce truc à la scie musicale, qui, aussi sûrement que les bidouilleries électriques de Led Zeppelin ou du Floyd, vous fait songer le vent qui tourbillonne dans une chute de feuilles.

16.
C'te scie musicale, c'est peut-être aussi la plainte du fantôme dans son "empty room" qui attend sa promise, qui sait ?

17.
Une chouette intro au piano avec des virgules de guitare acidulée façon Pink Floyd à la campagne vous introduit au chaloupé "A Safe Place To Live".

18.
Le refrain de "A Safe Place To Live", il finit par un orgue qui plane au loin et qui amène des voix perçantes de choristes d'il y a des lustres.

19.
Mine de rien, "The Concert" de Gary Benson a un côté rock progressif soft - variétés de classe point déplaisant.

20.
Sur la galette de vinyle, la face 2 s'ouvre sur un morceau intitulé "Help Me Get Through", très pop, avec des choeurs qui chantent "Help Me, Help Me To" chaipaquoi.

21.
Dans "Help Me Get through", on retrouve de la "pedal steel guitar", et pis des cordes, et pis des choeurs que j'pige qu'il s'agirait quand même d'arriver à "another day" ou quelque chose du genre.

22.
"Sausalito" : On retrouve les percussions latines ("congas, chocallo, quigada, scull", sic); l'orgue swingue et on se dit qu'on est parti faire un tour de l'autre côté de la frontière.

23.
Avec flûte et "wood block", la ballade "The Best Things I Can Do" mélancolise surtout que le narrateur raconte que "Honey, you know, the best things I can do", elles seraient jamais assez bonnes for you.

24.
Vient le moment hard avec des riffs plein les sillons, c'est le pétaradant "The Closing Down of the Old Portland Railway Company" que je m'en imagine des spectres plein les voies.

25.
Le dernier morceau de cet album méconnu et peut-être bien culte est un petit bijou intitulé "No Guarantee" qui commence par l'évocation du temps qui passe et qu'on meurt un peu, tous, là à chaque, tiens, qu'on est.

26.
Cordes, guitare sèche, envolées sur le "I can be sure" de chaipaquoinonplus, et puis dans un style néoclassique très pop entraînant, le disque s'achève sur quelques notes qui se la jouent écho décoché à la guitare.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 octobre 2014

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 08:38

FRONDE DU BREF
1.
Ce ne sont pas les animaux qui ont des droits; ce sont les humains qui ont des devoirs.
2.
Aucun droit n'est universel; seule la morale peut l'être.
3.
"Le corps plein d'un rêve : sept vies de Patti Smith", de Claudine Galéa, excellente fiction en podcast sur France Culture.
4.
"What strange fish / Hath made his meal on thee ?"
(Shakespeare, "La Tempête", II,1 [Alonso])
5.
"What strange fish", des gueules inédites profilant dans les eaux sombres ce qui constitue la base de l'existant : la mâchoire.
6.
"I'll swear upon that bottle to be thy true subject, for the liquor is not earthly."
(Shakespeare, "La Tempête", II,2 [Caliban])
7.
Dans "I'll swear upon that bottle", y a du hic ad hoc, ou perhaps - hips ! - pas ad hoc (en tout cas, hic et nunc, ou quasi).
8.
L'univers est une expansion infinie d'un nombre incalculable de mâchoires.
9.
La grande difficulté, c'est que les autres ne sont pas des robots.
10.
L'aspiration à l'être que l'on appelle religion est avant tout un déni de la toute puissance de la dévoration; et pourtant, le christ, le dimanche, à la messe, il est tout de même un peu bouffé, non ?
11.
Les gens refusant de s'avouer le but réel de toute guerre, nous sommes condamnés à périr sous le nombre.
12.
Je ne crois pas à la bonne entente des peuples, à la "fin de l'Histoire", à la "paix universelle" et à toutes ces fadaises; tout ça, c'est de l'illusion soigneusement entretenue par l'humanisme occidental qui, ayant pris le pouvoir, se gave de bonnes paroles et de postes dans la haute administration tandis qu'un peu partout, on continue de crever, à plus ou moins petit feu.
13.
"They always use to laugh at nothing"
(Shakespeare, "La Tempête", II,1 [Gonzalo])
Dans ce "rire à propos de rien", la foule des bouches ouvertes, des dents blanches, des mâchoires toutes prêtes à, des estomacs repus.
14.
"His word is more than the miraculous harp."
(Shakespeare, "La Tempête", II,1 [Antonio])
15.
D'la magique syllabe, tellement magique que la harpe à miracles à l'Antonio peut aller raccrocher son violon.
16.
"Folie votre fureur, que je suscite !"
(Shakespeare traduit par Yves Bonnefoy, "La Tempête", III,3, [Ariel])
17.
Fronde de leurs brefs face aux tartuffes de la fadaise, les grands moralistes.
18.
"sans une tache, sans une maison, sans une herbe, sans un être vivant."
(Simenon, "Le Passager du Polarlys")
V'là comment qu'on plonge dans le vide.
19.
Bien sûr que j'aspire à une jactance plus prodigieuse que harpe à miracles; c'est même pour ça que j'scribe.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 octobre 2014

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