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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 18:39

UN SAC DE BILLES NOS POMMES

 

1.

« Oh ! que tout m'est accidentel !

Oh ! j'ai-t-y l'âme perpétuelle !… »

(Laforgue, « Complainte des crépuscules célibataires »)

 

Des fois on s'dit ah bin c'est pas de chance ou bien que tout arrive comme tombé du hasard qui plane là-haut (i nous voit pas).

 

Qui plane et qui fait comme il veut et quand je dis faire, faut dire que parfois, le hasard est bien emmerdant.

 

Vous y croyez vous qu'y a des « âmes perpétuelles » qui continuent à traîner les rues comme vous fîtes de vot' vivant ?

 

2.

« Ô lointains balafrés de bleuâtres éclairs »

(Jules Laforgue, « Le Concile féerique »)

 

Ecoutez voir comme elles vous rythment le ternaire, les séquences [fr] et [tr] ! C'est le ciel aux petits oignons d'orage, un vers du tonnerre !

 

3.

Parfois, c'est comme si le gars debout dans l'entr'ouvert de la porte et qui vous regarde de ma caboche, l'était juste un peu décalé.

 

4.

Des fois y a des mômes ils ont du triste plein les yeux comme s'ils portaient déjà des choses mortes dans leur tête.

 

5.

« L'Archet qui sur nos nerfs pince ses tristes gammes »

(Laforgue, « Sieste éternelle »)

 

Qu'on dirait du quatuor à cordes dans un lent paysage à feuilles mortes qui se décompose sourdement.

 

6.

« Aux refrains automnals d'un vieil orgue éreinté »

(Laforgue, « Hue, carcan ! »)

 

Le genre de vers qui m'évoque l'aigre turlututu turlutiti de quelque limonaire dans un vieux film, du passé en noir et blanc.

 

7.

Le problème est que le temps passe. Ah si le temps ne passait plus, comme nous pourrions bah nous ne serions que des dieux suspendus.

 

Et si, suspendus à nos lèvres, les dieux attendaient que nous prononcions leurs noms pour ne pas plus exister que si nous n'avions rien dit.

 

8.

Jules LAFORGUE :

 

"A UN CRÂNE QUI N'AVAIT PLUS SA MÂCHOIRE INFERIEURE

 

« Mon frère ! - où vivais-tu ? dans quel siècle ? Comment ?

Que vécut le cerveau qui fut dans cette boîte ?

L'infini ? la folie ? ou la pensée étroite

Qui fait qu'on passe et meurt sans étonnement ?

 

Chacun presque, c'est vrai, suit tout fatalement, 

Sans rêver au-delà du cercle qu'il exploite.

L'ornière de l'instinct si connue et si droite,

Tu la suivis aussi, - jusqu'au dernier moment.

 

 Ah ! ce moment est tout ! C'est l'heure solennelle

Où, dans un bond suprême et hagard, tu partis

Les yeux grand éblouis des lointains paradis !

 

Oh ! ta vie est bien peu, va ! si noire fut-elle !

Frère, tu crus monter dans la Fête éternelle,

Et qui peut réveiller tes atomes trahis ?"

 

(Jules Laforgue)

 

9.

« Mon frère ! - où vivais-tu ? dans quel siècle ? Comment ?

Que vécut le cerveau qui fut dans cette boîte ? »

(Jules Laforgue, « A un crâne qui n'avait plus sa mâchoire inférieure »)

 

Déjà le narrateur s'adresse à un crâne qu'il pourrait trouver mieux car s'il croit qu'c'est l'os qui va lui répondre il peut toujours courir.

 

Quand on dit qu'on peut toujours courir, c'est pas qu'on peut toujours courir qu'à force on risque d'être fatigué voire même mort cardiaque.

 

D'ailleurs, où il l'a trouvé, l'aut' à Laforgue, ce crâne hein il doit être dans une faculté de médecine qu'il philosophe au lieu d'étudier.

 

On voit que le narrateur philosophe qu'il l'appelle son « frère », ce crâne, comme si les morts étaient nos frères faut être fou fieffé philosophe qu'les morts c'est les morts et pis c'est tout.

 

10.

« L'infini ? la folie ? ou la pensée étroite

Qui fait qu'on passe et meurt sans étonnement ? »

(Laforgue)

 

Sérieux, je me demande à quoi ça sert d'interroger les crânes comme ça et à quoi ça sert d'écrire qu'on interroge des crânes comme ça et à quoi ça sert d'écrire des trucs sur ceux qui interrogent des crânes comme ça puisque, franchement, le jour où nous-même on sera plus qu'not' crâne, personne ne viendra nous interroger comme ça.

 

Ou alors le fantôme à Laforgue, mais j'y crois pas.

 

Si ça se trouve, c'est pas le crâne qu'il questionne mais lui-même qu'à force de penser des trucs comme ça je vais attraper mal à la tête.

 

Et si c'est lui-même vu qu'il cause (même qu'il écrit avec les mots qu'il cause) c'est le langage qu'il questionne, la langue du crâne non.

 

Après on a le choix : « l'infini » (c'est long), « la folie » (c'est pas pratique) ou la « pensée étroite » (ça court les rues).

 

Quand on pense pas trop on s'étonne de pas trop puis qu'on est mort qu'on s'en rend pas trop compte et les autres pas trop.

 

L'infini ça effare surtout les « œil bleu » comme dans le poème à Rimbaud où il écrit : « Et l'infini terrible effara ton œil bleu ».

 

Quant à la folie des fois c'est quand on en arrive à parler à des crânes voire à son crâne pis qu'on l'appelle « mon frère », ah l'vieil os.

 

11.

« Chacun presque, c'est vrai, suit tout fatalement, 

Sans rêver au-delà du cercle qu'il exploite. »

(Laforgue)

 

Qu'on « suit tout fatalement » c'est fatal, que si on suivait pas, on n'y arriverait pas à passer tous ces fatals là qu'on appelle la vie.

 

« au-delà du cercle qu'il exploite » écrit Laforgue que l'exploitation du cercle, c'est la géométrie que c'est pour ça qu'il y eut un illustre qui a dit « Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre » que sinon on peut pas faire partie du cercle des exploitants du cercle.

 

12.

« L'ornière de l'instinct si connue et si droite,

Tu la suivis aussi, - jusqu'au dernier moment. »

(Laforgue)

 

Qu'on est comme de l'animal alors tout instinctif dans le connu et le tout droit sinon on s'paume dans l'humain et le quasimodesque.

 

Le crâne c'est comme un chien, ça vous suit jusqu'au dernier moment, et comme un chien des fois ça fugue qu'vous en avez des absences.

 

13.

« Ah ! ce moment est tout ! C'est l'heure solennelle

Où, dans un bond suprême et hagard, tu partis »

(Laforgue)

 

Puis le narrateur dit que « ce moment est tout » il veut parler de l'heure de sa mort à nous tous qu'ça fait beaucoup de ah ce moment est tout !

 

Bon, on passe son temps à courir après des moments qui seraient tout que le seul qui soit vraiment « tout » c'est quand tout est fatal fini.

 

Que ce moment soit « tout », c'est genre point ultime, « suprême », « heure solennelle » écrit le narrateur que ça fait un peu curé quand même.

 

J'avais envie avec la solennelle là d'écrire « le tarte narrateur » mais en fin de compte c'est idiot je trouve.

 

14.

« Où, dans un bond suprême et hagard, tu partis

Les yeux grand éblouis des lointains paradis ! »

(Laforgue)

 

Je sais pas si quand on meurt on part « les yeux grand éblouis des lointains paradis » genre qu'on mourrait dans un flash de je-n'sais-quoi.

 

Qu'à mon avis on doit partir dans un grand renfrognement plus ou moins douloureux de tout son être.

 

Qu'on doit partir comme si Dieu nous chiffonnait et nous fichait dans la noire poubelle du noir néant.

 

15.

« Oh ! ta vie est bien peu, va ! si noire fut-elle ! »

(Laforgue)

 

Avez-vous remarqué que plus on est, moins on compte et que d'plus en plus, notre vie est « bien peu » ?

 

Je n'aime pas les politiques, ce ne sont guère que les administrateurs du « bien peu », les gérants du surnombre.

 

Et d'administration débile en gérance douteuse, voilà que nos chers politiques nous ont amené l'extrême-droite aux portes du pouvoir.

 

Je n'aime pas grand monde, et je me rends de plus en plus compte que je me dois surtout à moi-même, - « Solidarité » ? vieil os !

 

Les vies « noires » que parfois il me semble que le passé n'est jamais qu'un agrégat de vies noires d'où n'émerge que bien peu de lumière.

 

16.

« Frère, tu crus monter dans la Fête éternelle,

Et qui peut réveiller tes atomes trahis ? »

(Laforgue)

 

On est souvent franchement que dans le « t'as qu'à croire » qu'en fin de compte, la fête nous passe sous le nez que moi j'en veux pas.

 

Le poète finit son sonnet par l'expression « atomes trahis » qu'le fatal, c'est la déception qu'on a d'piger que tout est rien, rien du tout.

 

Qu'l'humain, c'est du trahi par l'infini, c'est pas douteux qu'on en a peut-être des fois je sais pas du malaise non dans la conscience.

 

Un sac de billes nos pommes que la môme Zut paume dans le néant qu'ça roule et s'perd partout où elle passe là l'air de rien en chantonnant.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 12 octobre 2016.

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 13:43

COMME SI ET MÊME COMME ÇA

 

1.

« à la volonté le miroir où elle prend connaissance d'elle-même »

(Schopenhauer traduit par Roos et Burdeau, « Le Monde comme volonté et comme représentation »)

 

« à la volonté le miroir où elle prend connaissance d'elle-même » qu'on s'mire au monde, tragique charlot précipité dans l'événement.

 

2.

« car il lui dérobe son moi »

(Schopenhauer)

 

Qu'on se voit le moi tout dérobé, pris aux autres, que les humains i règlent ça (qu'ils croient) par la domination, la hiérarchie, l'argent.

 

3.

« mais passé ceux-ci, nous n'en avons point d'idée. »

(Hume traduit par Deleule, « Enquête sur l'entendement humain »)

 

Que d'ceux-ci en ceux-ci on s'en retrouve farci farcé enrichi (dit-on) d'une somme d'expériences qu'on n'en a pas plus d'idées.

 

On court d'ceux-ci en ceux-ci, on galope slalome esquive évite feinte et ment pis on croit savoir qu'on sait qu'la fiction qu'on y flanque.

 

4.

« Folie aussi de nier la vie pleine de plaisir esthétique »

(Kierkegaard traduit par Ferlov et Gateau, « Traité du désespoir »)

 

Qu'en manque on trouverait d'la beauté dans un sac d'os c'est pas douteux et jusqu'au morbide peut-être qui sait ?

 

La beauté, cette saisie synchronique de l'indépassable, nous console du reste lequel nous court sur le haricot.

 

Le chien trouve son os où il peut ; nous faisons de même avec ce que nous trouvons beau.

 

Objectivement, le rock n'est pas une belle musique, mais nous préférons souvent son expressivité rythmique et sa baroque inventivité à la perfection des virtuosités.

 

Du reste, comme l'a écrit Victor Hugo, « Le beau n'a qu'un type ; le laid en a mille » ; quel carnaval et what a mess !

 

La mode est ce qui se démode, sinon c'est trop laid.

 

Maintenant, on va me dire qu'il y a le Beau en-soi, certes, mais nous ne vivons pas avec le sourire de la Joconde mais avec son fantôme.

 

Tout de même marrant qu'en français l'objectif en-soi soit l'homophone du très subjectif en soi ça fait écho c'est bizarre quand même hein

 

Ce qui philosophiquement a peu ou prou d'intérêt, en a certainement un d'un point de vue psychanalytico-lacanien-linguistico-machin.

 

Quant à ma vie, elle est loin d'être un chef d’œuvre ; ah ça, on l'exposera pas dans le musée imaginaire d'un philosophant moralisateur.

 

5.

« le devoir déchiré qui a décroché non sans mal un zéro »

(Raymond Queneau, « Les boueux sont en grève »)

 

C'est que des fois ce zéro-là est plein de c'qu'on n'sait pas, d'une tristesse d'enfant, d'une impatience devant c'qui n'en finit plus.

 

6.
« Or les conditions de la vie moderne imposent à la majorité des hommes la même quantité d'expériences et partant la même expérience profonde. »

(Albert Camus, « Le Mythe de Sisyphe »)

 

L'administration tend à gérer toutes les expériences humaines ; virtuellement, son pouvoir est sans limites.

 

L'administration est un dieu. Comme le Dieu du Livre, elle tend à être omnisciente et omnipotente. Son Église est l’État.

 

Il n'y a que les seigneurs qui peuvent se prévaloir du libre-arbitre ; les autres sont réduits à la bonne volonté.

 

Ceci dit, je ne regrette aucunement le temps des chiens noirs, bruns pasteurs (ô Rimbaud) et les curés ontologiques de Bernanos sont merveilleux mais fictionnels.

 

7.

« Rrose Sélavy pense que plutôt que d'attendre la pluie, il vaut mieux pleuvoir soi-même et tout de suite. »

(François Caradec, « Entrez donc, je vous attendais », Editions Mille Et Une Nuits)

 

Les personnages des bouquins pensent ; c'est pas douteux, et c'est marrant, ils ont leur cerveau ailleurs, dans le hors-texte du réel.

 

Les personnages des bouquins pensent par eux-même; après ce sont d'autres fictions qui les examinent, mais celles-ci bien réelles par contre.

 

Les personnages des bouquins ont des privilèges ; rien ne les empêche de pleuvoir tout de suite ou de tout à fait s'éclipser.

 

Nous aussi on peut disparaître tout à fait mais ce n'est pas sans poser quelques problèmes de santé, ou de sociabilité, voire de justice.

 

8.

« Rrose Sélavy aurait bien aimé être Madame Bovary, mais la place est déjà prise. »

(François Caradec, « Entrez donc, je vous attendais »)

 

Ce qui prouve que Rrose Sélavy a de l'instruction et du savoir-vivre de fiction.

 

Après tout, rien n'interdit d'imaginer quelque roman où, après l'avoir fait proprement fait disparaître dans un parapluie, Rrose Sélavy prendrait la place de Madame Bovary. A mon avis, le dénouement de cette désolante affaire d'argent en serait tout différent. Ah tous ces mâles, tous ces jolis messieurs, comme elle les mettrait à ses pieds et dans sa poche avec toute leur fortune bien sûr ! Et comme l'action se passe en Normandie, à mon avis, elle aurait fini, la Rrose, par s'acoquiner franchement avec le dénommé Arsène Lupin.

 

9.

Je suis toujours tellement plus ou moins en retard que parfois je suis bien obligé de m'attendre.

 

10.

« Le plus mignon des mannequins,

Le plus puissant des potentats,

Ils ont huit mètres d'intestins,

Et nous savons ce qu'il y a dedans. »

(Hervé Bazin)

 

11.

« Se pouvait-il, pensais-je, se pouvait-il que je sois seule à savoir ? »

(Lorette Nobécourt, « L'Equarissage »)

 

En fait, nous sommes tous seuls à savoir, mais on fait comme si et même comme ça que nous nous racontons des histoires.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 7 octobre 2016

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 02:24

ÇA ET AUTRES

 

1.

C'est toujours après coup que nous comprenons ce que nous aurions dû faire. Nous vivons avec le fantôme de notre liberté.

 

2.

Avec le temps que plus ça passe, les personnages historiques finissent tous par prendre une gueule de légende.

 

Une gueule de légende à figurer dans quelque bariolade, à finir fellinisé grotesque, cauchemardé du chef d’œuvre, rêvé filmique.

 

3.

La nuit arrive – ouf ! que les autres croient que vous dormez et vous vous dormez, en attendant le lendemain que les autres

 

4.

« Il y avait longtemps que je n'avais pas mis les pieds »

 

Il y avait longtemps que je n'avais pas mis les pieds, alors je les ai mis ; c'est plus commode pour marcher ; d'ailleurs j'avais à sortir.

 

5.

« Ça ouvre des horizons... »

 

C'est bien pratique ça d'avoir un « ça » pour ouvrir des horizons, c'est comme une clé quoi, un truc que sans « ça » on se heurte.

 

6.

« Hardcastle me fixait d'un œil à la fois critique et spéculatif des plus déplaisants. »

(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules » [Colin])

 

Qu'le réel est plein d'yeux à la fois critiques et spéculatifs qu'on fait des plans sur vot' pomme comme sur un cheval de course.

 

7.

« incapable de tenir sa langue plus longtemps »

 

Incapable de tenir sa langue plus longtemps, elle jaillit de sa bouche et se précipita dans le réel comme si elle voulait l'avaler.

 

8.

« A l'intérieur, c'était évident : ils étaient les seuls maîtres. »

(Agatha Christie traduit pas Th. Guasco, « Les Pendules »)

 

« A l'intérieur, c'était évident : ils étaient les seuls maîtres. » A l'extérieur aussi, mais on les voyait pas.

 

Dans « Les Pendules » d'Agatha Christie, il s'agit des livres que moi j'y ajoute les invisibles qui sont aussi partout que vous et moi.

 

Qu'il y a des fantômes nomades comme il y a des spectres sédentaires, des dames blanches sur les routes et des sans-tête dans les couloirs.

 

Des fois, je me dis c'est des qui ont trop lu de Cioran qu'ils sont passés de l'autre côté qu'ils sont plus qu'aphorismes et apparitions.

 

9.

Pour les esprits curieux, dans ce roman, « Les Pendules », chapitre XIV, Hercule Poirot dit le plus grand bien du « Mystère de la Chambre Jaune », aussi de Conan Doyle et cite quelques vers de Lewis Caroll.

 

« Tenez, quand les trois hommes se rencontrent à la jonction des trois couloirs, on devrait avoir tout compris. »

(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules » [Hercule Poirot])

 

10.

« Mais le temps depuis a marché. »

(Albert Camus, « Le Mythe de Sisyphe »)

 

C'est que de depuis en depuis, le temps marche dans les combines des humains ; c'est pas qu'il est complice, c'est qu'il s'en moque.

 

11.

« Combien de fois je me suis lassé dans mes recherches de la froideur que je sentais en moi ! »

(Rousseau, « Emile ou De l'éducation »)

 

Genre qu'on trimbale en haut d'soi (là où ça cogite) un sphinx des glaces qui vous empêche d'entrer dans la vérité.

 

Je dis « entrer dans la vérité » que c'est comme si c'était la maison de la logique qu'on dit qu'la logique c'est une architecture.

 

Ceci dit, je sais pas si la logique conduit à la vérité qu'elle est aussi un phénomène de ce qui est en soi et qui nous reste énigmatique.

 

Énigmatique pour ce qui concerne la vérité en soi ça signifie absurde qu'en fin de compte la vérité pour nous n'est jamais qu'humaine.

 

12.

« nous reconnaissons cependant aussi par là qu'ils [les phénomènes] ont comme fondement une chose en soi, bien que nous ignorions comment elle est constituée en elle-même »

(Kant, « Prolégomènes à toute métaphysique future », traduction de Gibelin, Vrin)

 

Le paradoxe est que cherchant dans le cosmos et les calculs une vérité en soi qui nous est radicalement inaccessible nous trouvons en l'humanité une toute autre vérité qui nous permet de rêver un monde meilleur.

 

Quand je dis « monde meilleur » c'est bien entendu le monde qui se relève entre deux crises qu'il faut être bien naïf pour croire qu'ça arrivera plus.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 7 octobre 2016.

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 13:34

AMUSETTES CHANTONNÉES

 

1.

« I was her love she was my queen

And now a thousand years between »

(Led Zeppelin, « Tangerine »)

 

Qu'dans la vie qu'on en a qu'une des fois qu'ça colle roule entre nous pis + tard c'est genre qu'il y a la la des siècles entre nos pommes.

 

2.

« The dark Lord rides in force tonight

And time will tell us all. »

(Led Zeppelin, « The Battle Of Evermore »)

 

J'crois pas qu'c'est le Seigneur des Ténèbres ou koikesse cornu qui fait que le temps nous dit bien des choses qu'c'est dans la citrouille.

 

3.

« I open once and you call me Devil's gateway »

(P.J. Harvey, « Easy »)

 

Parfois plutôt que d'l'ouvrir et d's'faire appeler porte à diable on ferait mieux de la fermer et de garder son bon dieu de sous la langue.

 

4.

« Here I go and I don't know why

I spin so ceaselessly »

(Patti Smith, « Dancing Barefoot »)

 

A tourner sans cesse comme ça faut gaffer à pas s'dervicher l'tourneur ou finir étoile qui s'décolle dans un décor de théâtre vide.

 

5.

« You hear the thunder of stampeding rhinos

Elephants and tacky tigers »

(Sparks, « This Town Ain't Big Enough For Both Of Us »)

 

Des fois qu'on s'balade qu'on entend au loin tonner l'rhinocéros et qu'il y a comme des tigres collants dans l'air.

 

6.

« I don't even know what I don't even know »

(Sparks, « Those Mysteries »)

 

Ah ça quand on n'sait même pas ce qu'on n'sait même pas on n'est pas sorti d'l'auberge où on n'en sait pas plus.

 

7.

« Answer so no one knows

What you just said

But when you're all alone

You and your head »

(Sparks, « Angst In My Pants »)

 

Des fois on doit s'répondre qu'on s'est pas compris soi et sa tête que tous deux on est tout seul.

 

8.

« Now the fifth daughter on the twelfth night

Told the first father that things weren't right »

(Bob Dylan, « Highway 61 Revisited »)

 

Sûr qu'il vaut mieux numéroter tout ça qu'on raconte qu'on finirait par s'paumer les personnages dans les nœuds d'l'intrigue.

 

9.

« I'm never where I want to be

And liberty she pirouette »

(Peter Gabriel, « Solsburry Hill »)

 

N'est que c'qu'on est et on a du mal des fois à vivre avec qu'ça pirouette que le réel fait ce qu'il veut ousqu'on sait plus où s'mettre.

 

10.

« jiving with that cosmik debris? »

(Frank Zappa, « Cosmik Debris »)

 

Pourquoi pas que j'swinguerais avec les « Cosmic Debris » et leur blues psychédélique ou les « Striders Etranges » c't'un groupe rimbaldien.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 6 octobre 2016.

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 10:05

QU'ON S'PROMENE PARTOUT AVEC SON REEL A SOI

Notes isolationnistes sur le poème « Le jardin mouillé » de Henri de Régnier.

 

HENRI DE REGNIER : LE JARDIN MOUILLÉ

 

« La croisée est ouverte ; il pleut

Comme minutieusement,

A petit bruit et peu à peu,

Sur le jardin frais et dormant.

 

Feuille à feuille, la pluie éveille

L'arbre poudreux qu'elle verdit ;

Au mur, on dirait que la treille

S'étire d'un geste engourdi.

 

L'herbe frémit, le gravier tiède

Crépite et l'on croirait là-bas

Entendre sur le sable et l'herbe

Comme d'imperceptibles pas.

 

Le jardin chuchote et tressaille,

Furtif et confidentiel ;

L'averse semble maille à maille

Tisser la terre avec le ciel.

 

Il pleut, et les yeux clos, j'écoute,

De toute sa pluie à la fois, 

Le jardin mouillé qui s'égoutte

Dans l'ombre que j'ai faite en moi. »

(Henri de Régnier, « Les Médailles d'argile »)

 

1.

« La croisée est ouverte ; il pleut

Comme minutieusement,

A petit bruit et peu à peu,

Sur le jardin frais et dormant. »

(Henri de Régnier)

 

« La croisée » c'est pas une fille qui part avec une croix pour chaipaoù, c'est la fenêtre qu'on peut voir dedans ce qu'il y a dehors.

 

Quand la croisée est ouverte il peut faire froid et le vent peut venir tout bousculer avec ses mains de vent qui paume et brise.

 

Quand « il pleut comme minutieusement » ça veut dire qu'il y a une petite pluie qui tombe aussi minutieuse qu'une aiguille de couturière.

 

La pluie quand elle tombe « comme minutieusement », elle fait pas beaucoup de bruit qu'elle est à pas de loup pis « peu à peu ».

 

D'ailleurs elle fait tellement pas de bruit qu'elle réveille même pas le « jardin frais » comme une rose « et dormant ».

 

Si la pluie le réveillait en chutant d'eau bruyante le jardin s'réveillerait et râlerait bien la traiterait de catin au moins la pluie.

 

Non la pluie elle est délicate et Régnier écrit qu'elle « éveille » l'arbre « feuille à feuille » lui susurre doucement qu'il est l'heure.

 

2.

« Feuille à feuille, la pluie éveille

L'arbre poudreux qu'elle verdit »

(Henri de Régnier)

 

Ecoutez moi cette musique du yod d'la feuille éveillée qui pleut et va frapper le tronc de « l'arbre poudreux ».

 

Quand je dis qu'il est l'heure évidemment c'est pas le même temps que pour nous c'est le temps des arbres qu'on dirait d'la durée.

 

L'arbre il est poudreux ça veut pas dire qu'il porte la perruque à nos aïeux ou qu'il sniffe de la coke non ça veut dire aut'chose.

 

L'arbre il est poudreux comme si ses branches avaient moulu chaipas et qu'il s'rait plein de la farine de l'air.

 

Tout cas la minutieuse le « verdit » l'arbre que si ça se trouve il va courir la gueuse à feuilles dans la campagne à clé des champs.

 

3.

« Au mur, on dirait que la treille

S'étire d'un geste engourdi. »

(Henri de Régnier)

 

Après y a des treilles qu'on dirait de belles endormies qui s'étirent car elles sont plus endormies qu'elles se réveillent à la prélasse.

 

4.

« L'herbe frémit, le gravier tiède

Crépite et l'on croirait là-bas

Entendre sur le sable et l'herbe

Comme d'imperceptibles pas. »

(H. de Régnier)

 

Des fois on dit que « l'herbe frémit » que pourtant elle regarde pas des films d'épouvante quoique d'l'épouvante y en a plein l'herbe qu'c'est plein d'cadavres d'animaux mais je crois pas que c'est ça qui la fasse frémir.

 

Y a même du « gravier tiède » qui « crépite » que la pluie elle imite le bruit de l'être sur le gravier qui vient hanter les alentours.

 

L'être c'est essentiellement de la hantise on fait comme si mais on le sait bien qu'nos caboches sont de vraies fabriques de spectres.

 

Du reste, n'est-il pas que rien ne sert jamais vraiment et que tout est nécessairement vain et plus ou moins réel ? dit-il en mangeant du camembert.

 

L'être hante les alentours com s'il est ché lui mes il l'est pas (il exagere) nous on finit tout hanté filosofe énerfé qon boit trop d'café.

 

Nos caboches elles machinent du spectre d'la musique d'os du clavier à cadavres et derrière la rose l'inquiétude d'un sourire.

 

Des fois dans sa caboche on s'fait d'la cocasse polyphonie où s'glissent les fragments de fanfares lointaines qu'on dirait du passé.

 

5.

« Le jardin chuchote et tressaille,

Furtif et confidentiel »

(Henri de Régnier)

 

Des fois comme dit le poète « le jardin chuchote » comme s'il y avait quelqu'un et pourtant il y a que moi même qu'ça « tressaille ».

 

Le jardin le poète i dit qu'il est « furtif et confidentiel » comme un espion, l'espion des roses et des ronces.

 

6.

« L'averse semble maille à maille

Tisser la terre avec le ciel. »

(Henri de Régnier)

 

L'averse c't'une tisseuse elle vous coud si bien la terre et le ciel qu'vous y voyez goutte.

 

L'image de la tisseuse elle a été préparée par l'adverbe « minutieusement » que ce qu'il écoute Régnier c'est la métaphore qu'il file.

 

Que ce que Régnier écoute qu'il en a « les yeux clos », genre son réel à lui, c'est la métaphore qui file comme la pluie.

 

Qu'on s'promène partout avec son réel à soi pour voir s'il correspond au réel qu'ils font les autres.

 

Des fois qu'on reste tout seul qu'on s'écoute les yeux clos se mouiller le jardin genre qu'on s'bricole quelque isolationnisme ontologique.

 

7.

« Il pleut, et les yeux clos, j'écoute,

De toute sa pluie à la fois »

(Henri de Régnier)

 

Des fois quand on écoute les yeux clos on s'endort que vaut mieux avoir les yeux ouverts des fois qu'il y en aurait un qui profiterait pour.

 

J'aime bien l'expression « de toute sa pluie à la fois » que parfois je me souviens qu'elle pleurait bouh ouh ouh de toute elle à la fois.

 

Parfois quand on est méchant c'est comme si un voleur s'était introduit et avait allumé la lumière dans not' citrouille.

 

8.

« Le jardin mouillé qui s'égoutte

Dans l'ombre que j'ai faite en moi. »

(Henri de Régnier)

 

Des fois il y a l'ombre qu'on se fait en soi elle nous fait des ombres chinoises là, dedans, qu'on comprend pas parce que c'est du chinois.

 

Que son réel à soi, ça peut finir par nous faire une ombre là, dedans, façon tache d'on n'sait quoi qui s'allonge s'allonge et nous envahit.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 6 octobre 2016.

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 22:26

DONC JO I S'PROMENE

 

1.

« Il fera longtemps clair ce soir, les jours allongent,

La rumeur du jour vif se disperse et s'enfuit »

(Anna de Noailles)

 

Il fera longtemps que des fois on fait longtemps qu'on est très occupé à machiner le réel lequel nous use comme d'un outil.

 

« Il fera longtemps clair » ça veut dire que la nuit prend son temps pour tomber que l'été la nuit elle a des horaires de travail décalés.

 

« les jours allongent » ça veut dire qu'on a plus de temps encore pour faire ce qu'on a à mais que des fois on s'ennuie ah la la quand même.

 

Et puis la nuit au moins on peut dormir que le jour y a plein d'autres qui vous en empêchent ah les énervés !

 

« La rumeur du jour » c'est tout ce que le jour raconte dans toutes les langues des choses et des êtres qui y passent plus ou moins mobiles.

 

D'ailleurs l'auteur précise que le jour est « vif » même quand on a d'la mort dans l'âme on sent qu'le jour est vif genre tranchant sec.

 

Mais quand même que le jour s'allonge avec le soir qui vient la rumeur du jour elle finit par se calmer qu'elle murmure et cause toute seule.

 

2.

« La poussière, qu'un peu de brise soulevait,

Quittant l'arbre mouvant et las qu'elle revêt »

(Anna de Noailles)

 

Les arbres sont mouvants doucement le soir comme s'ils berçaient les fantômes qui logent dans leurs branches.

 

3.

Le mot songe rime bien avec la forme plonge qu'on en vient vite à songer qu'c'est en plongeant dans l'océan des songes que nous allons rêver.

 

4.

Parfois qu'au même instant, saisi d'un doute, on se met à penser que c'est jamais comme ça que se passe qu'on est voué au pas tout à fait.

 

5.

« Si j'ai parlé

De mon amour, c'est à l'eau lente »

(Henri de Régnier)

 

Y en a i racontent leurs amours à « l'eau lente » qu'elle doit se dire ah si j'avais des jambes comme un fleuve que je fuirais ce fâcheux.

 

6.

« La pensée d'un homme est avant tout sa nostalgie. »

(Albert Camus, « Le Mythe de Sisyphe »)

 

Qu'on croit qu'on pense le futur mais qu'il est déjà tout contaminé d'not' passé le futur qu'on l'voit s'gondoler mirage dans la tête.

 

7.

« Personne ne nous regarde. C'est le moment de nous retirer discrètement. »

(Agatha Christie traduit par Françoise Bouillot, « Le Crime du Golf » [Poirot])

 

Parfois ils croient qu'on voit pas qu'ils se retirent discrètement dans les choses les fantômes là dans notre dos.

 

8.

Camus dit que l'idée que tout finira en poussière « réduit nos agitations à la noblesse profonde qu'on trouve dans l'indifférence. »

 

J'aime bien l'expression « noblesse profonde qu'on trouve dans l'indifférence » que des fois on s'engage camarade qu'on fait pire que mieux.

 

Qu'le temps, c'est un moulin qui moud tout et vous fait farine à néant, poussière dans le vent.

 

9.

Des fois y en a i méritent ce qui ne leur arrive pas.

 

10.

Donc Jo i s'promène, soudain il a l'impression d'être suivi par un arbre il se retourne brusquement pis i dit et en plus ils sont plusieurs.

 

Des fois Jo il a plus sa tête a lui qu'il court partou après pour pas qu'elle se perde mes ele se perd qanmem qu'il revient avec ses jambes.

 

Quand on sort dehors vaut mieux avoir sa tete a lui (ou a ele si on est une fille) sinon les autres têtes peuvent pas nous reconnaître.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 5 octobre 2016.

4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 12:09

CEPENDANT QUE LE HOMARD RUMINE

 

« FABLE

 

Une boîte de corned-beef, enchaînée comme une lorgnette,

Vit passer un homard qui lui ressemblait fraternellement.

Il se cuirassait d'une carapace dure

Sur laquelle était écrit à l'intérieur, comme elle, il était sans arêtes,

(Boneless and economical) ;

Et sous sa queue repliée

Il cachait vraisemblablement une clé destinée à l'ouvrir.

Frappé d'amour, le corned-beef sédentaire

Déclara à la petite boîte automobile de conserves vivante

Que si elle consentait à s'acclimater,

Près de lui, aux devantures terrestres,

Elle serait décorée de plusieurs médailles d'or. »

 

(Alfred Jarry)

 

1.

« Une boîte de corned-beef, enchaînée comme une lorgnette,

Vit passer un homard qui lui ressemblait fraternellement. »

(Alfred Jarry)

 

Alfred Jarry imagine dans un poème qu'une boîte de corned-beef c'est bon ça, avec des frites un peu sec, vaut mieux des patates sautées

 

Qu'une boîte de « corned-beef » tombe amoureux d'un homard parce qu'évidemment tous deux sont carapacés et donc de même nature.

 

Dans la vie vaut mieux être carapacé que ça peut vous aider à vivre parmi les autres là et leurs grandes pinces à disséquer d'la conscience.

 

Donc la boîte de corned-beef Jarry nous dit qu'elle « est enchaînée comme une lorgnette » genre qu'elle peut pas s'échapper.

 

La « lorgnette » ça doit avoir rapport avec l’œil que donc la boîte de corned-beef elle est peut-être très surveillée.

 

En tout cas de là où elle est la boîte de viande voit passer des choses là dans le réel qu'il s'en passe des choses dans le réel qu'on sait.

 

Donc la boîte « vit passer un homard » que c'est bizarre qu'un homard se promène comme ça on mais dans un poème c'est pas impossible.

 

C'était peut-être le fantôme de Nerval promenant le spectre de son homard au bout d'une laisse qu'il finit par se pendre Nerval.

 

2.

« carapace dure

Sur laquelle était écrit à l'intérieur, comme elle, il était sans arêtes,

(Boneless and economical) »

(Alfred Jarry)

 

Jarry y précise que le homard est « sans arêtes » comme la boîte de corned-beef qu'on a jamais vu un ban de bœufs dans un filet de pêche.

 

Contrairement aux boîtes de corned-beef qui furent « boneless and economical » les âmes elles sont pleines d'os et n'ont pas de prix.

 

Quoi qu'on est ? Bah, des empilements d'os sur lesquels fatal que des fois dégringolent des tuiles.

 

3.

« Et sous sa queue repliée

Il cachait vraisemblablement une clé destinée à l'ouvrir. »

(Alfred Jarry)

 

Le réel est ce qui s'ouvre on a pour ça la chirurgie et les clés des boîtes de corned-beef mais qu'la mort c'est du fermé du définitif clos.

 

Des fois on cache sa clé qu'il doit y avoir une expression pour ça genre ah celui-là il cache bien sa clé qu'on sait pas ce qu'il pense.

 

Des fois les portes aussi cachent leur clé qu'on sait pas où elles nous les ont mises on est obligé d'appeler un serrurier qu'c'est coûteux.

 

4.

« Frappé d'amour, le corned-beef sédentaire

Déclara à la petite boîte automobile de conserves vivante »

(Alfred Jary)

 

Comme quoi la boîte de corned-beef à Jarry c'est une esthète une amoureuse du baroque à carapace et d'la périphrase épatante.

 

Les voitures et les trains que les vaches voient passer qu'est-ce sinon des « petites boîtes automobiles de conserves vivantes » ?

 

Le corned-beef évidemment qu'il est « sédentaire » d'ailleurs où voulez-vous qu'il aille avec sa tête de ministre ?

 

5.

« Que si elle consentait à s'acclimater

Près de lui, aux devantures terrestres »

(Alfred Jarry)

 

Le pronom « elle » c'est pour le crustacé décapode que le corned-beef verrait bien à son côté dans la vitrine du magasin.

 

Qu'on consent à s'acclimater c'est normal que vous allez pas poser dans une devanture si vous avez pas votre carapace de corned-beef.

 

Bon après je vois pas bien ce qu'il ferait dans la devanture le homard qu'il lui faut de l'eau non qu'c'est pas bien liquide ça une devanture.

 

C'est dans les devantures terrestres qu'on trouve les nourritures terrestres que dans l'extra-terrestre chaipas faut demander à la zone 51.

 

6.

« Près de lui, aux devantures terrestres

Elle serait décorée de plusieurs médailles d'or. »

(Alfred Jarry)

 

Vous voyez l'genre qu'le homard i deviendrait bête à concours de corned-beef qu'il aurait le grand homard d'argent d'la marmite du pêcheur.

 

Qu'à mon avis le homard i s'ennuierait vite dans la devanture terrestre qu'il ruminerait vache dedans sa carapace bisque bisque rage.

 

Ceci dit la bisque de homard c'est pas d'la colère c'est d'la soupe que c'est bon avec des croûtons.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 2 octobre 2016.

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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 09:11

CONTES ET LÉGENDES DE FLANDRE : HALEWYN

(Réécriture parodique du très beau et très fameux conte "Le Chant d'Halewyn" d'Antonia de Lauwereyns de Roosendaele)

« vers un destin mystérieux. Jamais on ne la revoyait. »

(Antonia de Lauwereyns de Roosendaele, « Le chant d'Halewyn » in « Contes et Légendes de Flandre », Fernand Nathan)

 

1.

Halewyn c'est une bele voix qui facine ravi enchante subjugue vous fée areter tout ce que t'es en train de faire pour la suivre à Onnesaitou.

 

Pour fée je suis pas bien sûr de conjugué comifau, mais come Halewyn c'est un conte une féerie je pense il ne m'en voudra pas.

 

2.

A l'époque c'était bien avant il y avait déjà la mer et elle était déjà grise come si ele avé toujours été vieille et rudement ressasseuse.

 

Ressasseuse, c'est un mot à ma sœur qu'ele dit que grand-mère a dit toujours la même chose mais plus maintenan qu'ele ressasse à l'ospice.

 

La mer donc elle était grise et le ciel tourmenté comme si un dieu bougonnait dedans ; bon c'est un conte du nord quoi.

 

3.

Au bord de la mer d'alors vivait une fille même que c'était une fille de roi qu'elle avait tout pur l'âme les pieds et les oreilles propres.

 

Ele était si bele y avé bocou de lascars qu'auré voulu la marida mais elle s'en fichu qu'ele préféri contempler la nature et nager dedans.

 

Bien sûr elle avait de longs cheveux d'or c'est-à-dire qu'elle était blonde comme dans un conte ou un emballage cadeau.

 

4.

Devinez ce qu'elle ariva qu'un jour qu'ele écoutait radio horizon dans un coquiyage elle entendi le chant d'Halewyn.

 

Coment ça se fait que Halewyn arrivi à pousser la serinade dans un coquiyage je saurais pas vous dire c'est un mystère.

 

5.

Alors Halewyn il lui di comssa quele avait plus qu'à suivre la voix dans le coquiyage vers dont il est le roi i dit Halewyn.

 

L'important c'est le vers qu'on va toujours vers, pis quand on y est on dit ah bin tiens.

 

La fille de roi ala trouver son père (il était roi) et lui raconta l'afère qu'alor le roi s'épata qu'ele avé pas sucombé à l'apel de Halewyn.

 

Pourtant ele lui plaisit bocou à la fille sa voix à Halewyn quele était « grave et mélodieuse » qon diré cele à un chanteur qon aime bocou.

 

Un chanteur qon aime bocou du cou vous pouvez metre çuique vous voulez Kendji Girac Ivan Rebroff Sinatra ou vot' beaufrère si ça vous chante.

 

6.

Le lendemain évidaman la voix d'Halewyn retenta le coup qu'il chanta et invita à nouveau la fille de roi à la suivre dans l'ailleurs.

 

A mon avis la voix d'Halewyn devait se dire dans sa gorge « fille de roi, morceau de choix ».

 

I lésina pas Halewyn sur le paradis promis genre pays inconnus magnifiques zinouïs zoziaux flore mirlifore à milsodor que du bonheur.

 

Là, Antonia de Lauwereyns de Roosendaele a une formule que tu pourais pas mieux dire « La voix s'était tue, qu'elle écoutait encore. »

 

C'est vous dire qu'ele en était come toute hantée la fille du chant d'Halewyn qu'ele resta là sur le sable songeuse qu'la nuit fu venue.

 

C'est sa mere qui la trouva mais ele la rouspéta pas car la fille de roi c'est pas ele qui fait le ménache la vaisselle la lessive.

 

7.

Ça l'avait travaillé dans sa blonde tête toute la journée ses promesses à Halewyn quele dit à sa mere quele voula le marida.

 

Si j'avais été sa mere j'lui auré flanqué une de ces tourgnoules à lui fere passer le goût des coquiyages chanteurs mes y a plus d'éducation.

 

8.

Le troisième jour la voix d'Halewyn dit à la fille que tant pis si ele ne l'épouse pas mes que toute sa vie ele regretera.

 

La fille de roi alors ele fit un nez si long qu'elle aurait pu trouver une source ou creuser un puits ou touiller des vers voyez.

 

Ele simagine déjà marida avec un couillon quelconque que la voix d'Halewyn ele pouré jamais l'oublier jusqu'à la fin de ses rides.

 

Alors la fille de roi ne fit qu'un tour dans son sac (c'est une image) et toute precipitie dans sa chambre se veti d'une robe magnifique dessus une lingerie fine.

 

Puis la fille de roi descendit aux écurie doù ele sortit sur son cheval favori « en sonnant du cor » dit l'auteur qu'ça fait plus dramatique.

 

9.

Halewyn il attendait la fille du roi à la lisière du tournant ils se virent se plurent s'échangèrent des compliments gracieux et énervants.

 

Sur son cheval elle flottait dans le rose la fille de roi qu'elle voyait déjà les merveilles promises par l'inconnu à la voix d'or.

 

10.

Ils chevauchèrent longtemps qu'il y avait des ombres de plus en plus un peu partout qui tachaient le paysage.

 

Puis la nuit se fit aussi noire que si elle s'était baignée dedans (c'est une image) zétaient plus très frais la fille et l'Halewyn.

 

Puis sa voix à l'autre chanteur ele chantait plus telemant qele sonnait dure et froide des fois que la fille se disait quele était fatiguée.

 

11.

Dans la nuit noire tout à coup le cheval d'Halewyn s'arrêta car ils étaient arrivés que par un drôle de sort la lune se leva.

 

La fille du roi ele s'écarquilla les yeux qu'ele vit ni palais formidable ni servantes pour l'accueillir ni jardins de roses ni rien.

 

Rien qu'une forêt où ils étaient là au milieu elle et Halewyn qu'elle lui demandit d'où qu'ils étaient le paradis et les vierges servantes.

 

Halewyn alors il lui dit de lever les yeux qu'ele verrait la première des servantes à l'accueillir et ce quele vit l'épouvantit.

 

Car là devant ele il y avait une femme pendue come dans un film d'horreur meme qu'Halewyn dit alor que les autres aussi étaient là plus loin.

 

La fille du roi vit alors qu'à baucou des branches de la forêt pendaient des jeunes filles et flottantes la robe longue et leur chevelure.

 

Qu'est-ce donc que ces fruits blêmes, que ces spectres aux branches ? demanda la fille du roi qui ne s'enfuit pas en hurlant.

 

Halewyn lui répond qu'elle en deviendra la reine de toutes ces vierges dont les dents blanches lui sourient.

 

Toutes ces dents blanches dans leur rictus à ces pendues là ça devait l'impressionner la fille du roi qu'elle tente pas de fuir pourtant.

 

Bon là la fille du roi elle pige qu'Halewyn c'est un tueur en série et qu'c'est à la mort qu'elle a offert sa vie la pauvre.

 

Elle se le dit sans doute pas (a pas le temps) mais sait maintenant qu'une jeune fille ne doit pas succomber à ces voix d'l'ailleurs là.

 

12.

Halewyn sûr i va la tuer et le regardant dan les yeu ele lui dit quele accepte de mourir mes pas pendue car cé umilian pour une fille de roi.

 

Raport à ce que pour la fille d'un roi la corde ça s'fait pas ele demande à être décolée par l'épée qu'ainsi elle sera décapitée.

 

Là l'assassin il en est épaté que d'habitude c'est pleurs et gémissements et cris que là non come si ele avait pas peur de la mort.

 

Il lui dit qu'elle est « brave » et « fière » ; elle lui dit qu'il est « beau » et si envoûtante sa voix et si jolie sa tunique.

 

A ces mots Halewyn l'assassin ne se sent plus de joie que cette tunique c'est sa mère qui l'a tissée (psychanalystes, à vos calepins!).

 

Je note encore que les servantes c'est-à-dire les promises trucidées sont vierges et que donc ça s'pourrait qu'Halewyn soit impuissant.

 

La fille lui dit alors que la décapitation hélas allait toute la tacher la belle tunique que sa mère a tissée qu'il ferait mieux de l'ôter.

 

Du coup il détacha sa ceinture du coup son épée glissa du coup il se pencha leva les bras pour ôter sa tunique du coup elle ramasse l'épée

 

Du coup qu'elle a ramassé l'épée du coup eh bien elle lui tranche la tête à Halewyn la fille du roi .

 

C'est donc par la ruse que la fille du roi ne fut pas assassinée mais trancha la tête à Halewyn et vengea toutes les jeunes filles pendues.

 

Comme quoi quand on en a dans la tête on peut s'payer celle des autres même que des fois ils le méritent.

 

13.

La fille du roi repartit chez elle avec la tête de l'autre fou (i chantait plus) dedans la fatale tunique pour preuve de sa légende.

 

A l'approche du royaume de son père elle sonna du cor afin qu'on la voit bien revenir et qu'on se préparât à l'accueillir comme il convient.

 

Qu'advint-il d'elle ? Bah elle finit par épouser quelque prince d'un clan allié qui chantait à table des chansons à boire pour faire rire.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 27 septembre 2016.

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 21:32

NOTES ET TRAITS SUR LE GRAND VIOLON DE HENRI MICHAUX

 

« Rageur, m'engouffrant dans ses plaintes, dans un amas de tonnerres nasillards »

(Henri Michaux, « Le grand violon »)

 

1.

Dans un poème à Henri Michaux y en a un qui dit qu'il a un « grand-violon girafe » et pourquoi pas un trombonéléphant je dis.

 

Ou une flûte à bec de canard ou un saxopopotame ou une guitare qui boit d'la bière tant qu'on y est.

 

Mais moi ce que je préfère c'est la fontaine-batterie celle qui gicle et qui cingle et dont les voix jaillissent claires et glougloutantes.

 

2.

Après le quidam au « violon-girafe » i dit qu'il en « joue à l'escalade » qu'on voit l'image du violoniste grimpant sur le cou à l'animal.

 

Qu'évidemment jouer du violon « à l'escalade » comme il dit Michaux ça évoque assez les sons qui montent et grimpent dwzing dwzing dwzing !

 

Du dwzing dwzing dwzing ça peut s'jouer aussi sur une fontaine-batterie mais c'est plutôt avalanche qu'escalade quoique quoique quoique.

 

3.

Le violoniste narrateur il est « bondissant » qu'il dit, qu'ça doit être une sorte de voltigeur, de trapéziste, de grimpe-plafond.

 

4.

Il bondit même « dans ses râles » comprenez les râles du violon-girafe que c'est un instrument grognon donc que c'est qu'il est vivant.

 

5.

Le narrateur à Michaux i signale d'ailleurs qu'il a des « cordes sensibles » le violon-girafe ce qui est normal pour du vivant.

 

Par contre la fontaine-batterie côté « cordes sensibles » c'est plutôt indifférent ça suit implacablement son rythme ça la fontaine-batterie.

 

6.

Son violon-girafe au narrateur c't'un fourre-tout à « désirs épais » et au « grand cœur de bois enchagriné » qu'enchagriné ça violine en effet.

 

« sur son grand cœur de bois enchagriné » écrit Henri Michaux que moi ce violon-là j'ai l'impression qu'il pizzicate.

 

7.

Le « violon-girafe » selon le narrateur on peut pas le « satisfaire » on peut pas le « comprendre » que c'est comme un être irréductible.

 

J'ai bien peur d'abuser des mots à son poème à Henri Michaux qu'on pourrait dire que j'plagie alors que je rends hommage et très respectueux.

 

Mais on n'a qu'à me dire et je remplacerai le « violon-girafe » à Michaux par la fontaine-batterie à Houzeau.

 

8.

Le narrateur évoque aussi la « plainte basse » du violon-girafe que ça lui fait une voix basse pour se plaindre des choses et d'autres.

 

9.

Je me demande dans quel orchestre ça peut bien jouer un violon-girafe qu'à mon avis c'est un instrument de soliste et même de solitaire.

 

C'est ça qu'est bien avec la fontaine si elle est claire il y a des filles qui y viennent s'y promener sous le doux swing des feuillages.

 

10.

Le narrateur compare « l'air accablé » du violon-girafe à l'air qu'ils « ont les gros poissons gloutons » qu'il écrit ça pour l'assonance non ?

 

Que l'assonance, l'allitération et tout ça qui harmonise imitatif c'est comme qui dirait l'archet sur son violon au sonneur de syllabes.

 

11.

Du reste j'vois pas en quoi les « gros poissons gloutons des hautes profondeurs » auraient l'air plus « accablé » qu'un pâté en croûte.

 

Vous me direz que le « pâté en croûte » n'a pas à chercher sa nourriture et à manger d'autres poissons mais le violon-girafe non plus alors ?

 

On dit qu'les « hautes profondeurs » grouillent de monstres tentaculaires et autres féroces voraces et alors ça les accable-t-y ? Bah...

 

12.

Donc le « violon-girafe » i f'rait une dépression, une crise d'identité, que voyez ce serait pas étonnant.

 

La fontaine-batterie ça déprime pas dans les « hautes profondeurs » ça roule ses graves ça tamtamme tomtomme dans tous les lointains.

 

13.

Du coup, Henri Michaux, pour pas désespérer le lecteur, il lui flanque un « air de tête et d'espoir » au violon-girafe que c'est plutôt comique une tête de girafe non ?

 

14.

Et faut pas croire mais le violon-girafe c'est têtu comme bête à sons, avec de « l'envolée », du trait d'la « flèche » pis qu'ça « cède » pas.

 

15.

Le violon-girafe je le vois donc têtu comme un qui n'abandonne pas sa mélancolie au bord d'un chemin mais s'la coltine avec pugnacité.

 

Sa mélancolie si on la laisse tomber y en a j'parie i vous la ramassent pis ils la revendent aux marché aux puces neurasthéniques.

 

16.

C'est comme ça qu'on finit par écrire des poèmes en faisant de sa mélancolie un « violon-girafe » ou une guitare qui gently weeps.

 

17.

Des fois même qu'on en est tout « rageur » qu'on s'en va à travers « plaintes » (oh toutes ces voix !) et « tonnerres nasillards ».

 

« Tonnerres nasillards » en voilà une expression que moi ça m'rappelle Bob Dylan - d'ailleurs « Hurricane » c'est-y pas plein d'violon ?

 

« Tonnerres nasillards » que sur la scène de ma tête soudain surgit Donald Duck pis qui chante de très tonitruants blues.

 

C'est pas pour dire mais la fontaine-batterie ça accompagne bien le blues tout en dentelle de cymbale pis ça nasille pas ça chante clair.

 

18.

On dirait que le poète a voulu décrire le son du violon avec ou sans girafe quand il jette des « accents de panique ou de bébé ».

 

19.

Il y a dans le poème à Michaux cette séquence « blessé, perçants, déchirants » qui vu qu'on en cause peut faire penser au son du violon.

 

20.

Vous me direz alors pourquoi « girafe » le violon que c'est comme les pâtis d'la pochette à Pink Floyd que sans les vaches ce s'rait les mêmes pâtis mais que ce s'rait pas la même pochette.

 

21.

A la fin le narrateur i a l'air de regretter d'avoir fait ouiner l'violon-girafe qu'alors il est pris d'un genre de désespoir comparable.

 

Vous me direz comparable à quoi à « je ne sais quoi » répond le narrateur que le violon-girafe voyez c'est un peu d'notre âme voilà.

 

Conclusion qu'à mon avis Henri Michaux son violon-girafe c'est pour faire songer à quand le violon i fait ggggiiiiiiiiirrraf.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 26 septembre 2016.

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 02:17

NOTES SUR LE SONNET DES VOYELLES A L'AUTRE ARTHUR LÀ

 

ARTHUR RIMBAUD : VOYELLES

 

« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,

Je dirai quelque jour vos naissances latentes :

A, noir corset velu des mouches éclatantes

Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

 

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,

Lance des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;

I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles

Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

 

U, cycles, vibrements divins des mers virides,

Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides

Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux,

 

O, Suprême Clairon plein des strideurs étranges,

Silences traversés des Mondes et des Anges :

- Ô l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux ! - »

 

(Arthur Rimbaud)

 

1.

« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,

Je dirai quelque jour vos naissances latentes »

(Arthur Rimbaud, « Voyelles »)

 

Arthur poète i comance par atribuer des couleurs au voyeles au A i balance le noir car qand on dit ah on ouvre la bouche et c'est tout noir.

 

Après Arthur dit le E il est tout blanc et c'est vrai que l’œuf au pluriel ça fait des E tout blancs comme le loup d'la phrase.

 

Le i pour Arthur il est tout rouge que c'est vrai que qand on chatouille une fille elle pousse des i i ih pis meme qele devient toute rouge

 

Et le U Arthur le voit vert, vert comme le roi Arthur dans son château d'Irlande qu'est toute verte aussi.

 

Ou alors U comme le rayon U, U comme le rayon vert, U comme le fer à cheval, U comme l'aimant et U donc mon âne de songe !

 

Le O à Arthur il est bleu, bleu come les ronds de fumée que dieu envoie dans le ciel qand il fume ses havanes dans une chanson à Gainsbourg.

 

Arthur i rêve des couleurs des voyeles, en imagine les « naissances latentes » on diré qu'les voyeles cé des papyons sortan d'la chrysalide.

 

Ou alors des langueurs fascinantes qu'les voyeles à not' belle langue françoise zauré mis des siècles à être si belles.

 

A être si belles que la langue c'est comme un miroir même qu'il serait pas muet qu'il est plein de choses à nous dire qu'on s'voit dedans.

 

2.

« A, noir corset velu des mouches éclatantes

Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

 

Golfes d'ombre »

(Rimbaud)

 

Après Arthur i lui flanque au A un « noir corset velu des mouches éclatantes » qu'dans ma caboche j'la vois géante la reine des mouches.

 

Arthur c't'un génie il invente des sons (comme Jimi Hendrix) et voilà qu'du A s'envolent des mouches toutes bombinantes.

 

Les mouches du A font comme toutes les mouches et tournent autour des cadavres et des « puanteurs cruelles » que je vous laisse imaginer.

 

Arthur il est visionnaire il voit aussi des « golfes d'ombre » dans les A que moi j'y ajoute les bouches ouvertes sur des cris muets.

 

3.

« E, candeurs des vapeurs et des tentes,

Lance des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles »

(Rimbaud)

 

Avec le E Arthur nous jette du blanc aux yeux des « candeurs » des blancheurs vapeurs brumes fumées blanches et qui c'est-y qui fume ?

 

Je sais pas trop pourquoi Arthur associe « vapeurs » et « tentes », verrait-il du bivouac dans la vallée des syllabes ?

 

En tout cas, il le voit nordique le E, Arthur, droit comme un glacier, fier de même, levant la lance, sentinelle des « rois blancs »…

 

Les « rois blancs » d'on ne sait quel royaume oublié j'me songe avec des sagas longues comme des chevaleries fantômes…

 

On dirait quelque fantaisie pour un conte d'hiver genre le retour du chevalier tout spectre et gelé sur son cheval aux naseaux de vapeur.

 

Voyez l'tableau ? Des tentes, des lances, des rois, qu'à mon avis il se prépare quelque bataille dans la phrase que ça m'étonnerait pas.

 

Puis ça frissonne dans les sphères qu'elles font les petites fleurs, les « ombelles » qu'ça s'appelle petites sphères elles E nous os songeur.

 

4.

« I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles

Dans la colère ou les ivresses pénitentes »

(Rimbaud)

 

Puis Arthur i pourpre les i, çafé sanglan cracha évidamant tandis que « les lèvres belles » rient si vif qon diré ma sœur à une plaisanteri.

 

Arthur i cinoche i fait du gros plan sur les « lèvres belles » et pis ouvertes et pis rieuses car Arthur il a l’œil qui détaille.

 

Arthur quand il écrit tout ça qu'est génial c't'un tout jeune homme quand même i pense aux lèvres belles aux filles aux corps non

 

Le i c'est le cri, çui d'colère ; par contre je pige pas l'épithète « pénitentes » qu'il flanque à « ivresse » qu'ça oxymore drôle non ?

 

Ducoup le i sûr qon l'imagine rouge du rouge de la grande dame rouge qui s'élève dans le couchan & don l’œil se lève & don l’œil se baisse.

 

Pis quele est droite come un i come une tour ou un dragon rouge que moi ça m'fait bizar l'expression dragon rouge pas beau pervers criminel.

 

5.

« U, cycles, vibrements divins des mers virides »

(Rimbaud)

 

Dans les « Voyelles » à Rimbaud, il y a un vers fabuleux qui me fait penser à la musique répétitive, aux sons cycliques des synthétiseurs.

 

C'est le rythme binaire du vers qui m'y fait penser au synthétiseur : « U cy - / - cles vi - / -brements / divins / des mers / virides ».

 

Avec ça qu'l'Arthur i vous met « vibrements » à la place de « vibrations » et du « v » et du « i » plein la séquence rythmique du vers.

 

Les « vibrements divins des mers virides » à Arthur, c'est du peint, c'est du médiumnique, c'est d'la vision moi j'dis façon art brut.

 

6.

« Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides

Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux »

(Rimbaud)

Aux cycles du U Arthur il flanque la « paix des pâtis semés d'animaux » que ça m'rappelle les vaches de la pochette d'un disque à Pink Floyd.

 

J'sais plus où dans Borges j'ai lu un vers évoquan la « paix des champs » ptetmem la grande paix des champs mais yavait pas d'vaches dedan.

 

Les vibrements d'la mer viride pis les pâtis à bestiaux c'est d'la nature qu'aussi il y a la pensée de la « paix des rides que l'alchimie ».

 

C'est que l'alchimie les grands secrets la pierre philosophale et tout ça ça fait étudier les « fronts » qu'ils en sont tout « studieux ».

 

La « paix des rides » & le son U on voit pas trop le raport que j'aibo m'rider le front & pousser des Uh Uh qu'j'en ai pas l'air plus malin.

 

L'alchimie qui « imprime » c'est bien vu ça qu'on pense à des grimoires à des laboratoires secrets et des arcanes et des cabalistiques.

 

Je crois bien que dans tout ce fatras philosophal il y a le mot cornue non que ça sonne en U qu'il est peut-être là le rapport mais bof.

 

7.

« O, Suprême Clairon plein des strideurs étranges,

Silences traversés des Mondes et des Anges »

(Rimbaud)

 

Arthur il consacre un second tercet tout entier au O qui fait comme un cercle qui lui évoque du « Suprême Clairon » à « strideurs étranges ».

 

C'est marrant comme il aimait trouver des sons Arthur, « bombiner », « vibrements », « strideurs », qu'on dirait qu'il joue d'la langue comme Jimi Hendrix jouait de la guitare électrique en la faisant bombiner sa pleine de vibrements aussi strider étrange.

 

Le O c'est ossi une porte qu'Arthur i dit come ça qu'des « Mondes et des Anges » la traversen et moi j'dis come nous traversent les spectres.

 

Ça fait pas un pli que les spectres nous traversent qu'à chaque instant ils nous emportent un petit bout de nous qu'on finit tout émietté.

 

8.

« - Ô l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux ! - »

(Rimbaud)

 

Le sonnet des Voyelles Arthur il le termine en évoquant on ne sait qui qui aurait du « rayon violet » plein les mirettes c'est mystérieux.

 

C'est vrai qu'avec des O on peut figurer une face, une bouche, des yeux et puis la boucle du temps serpent qui se mord la queue.

 

Le serpent qui se mord la queue qu'ça fait cercle du temps l’Ouroboros qu'il s'appelle mais qu'il jouât du Clairon voilà qu'est curieux.

 

Le sonnet des voyelles i commence par le A de l'alpha puis il se termine par le O de l'oméga que ça fait tout de même bien grec tout ça bizarre.

 

Arthur flanque à la fin d'la majuscule partout au « Suprême Clairon » aux « Mondes » aux « Anges » à « l'Oméga » & à « Ses Yeux » d'on n'sait.

 

Tout ce majuscule à la fin des « Voyelles » et la personnification « Ses Yeux » ça fait genre qu'il y a soudain dans le réel plein d'esprits.

 

Ses « Voyelles » à Arthur ce sont des charmes ; elles sont pas seulement toutes en couleurs qu'elles déversent des esprits plein le réel.

 

Du coup je songe que la langue est pleine de dieux ; écoutez comme ils jaillissent si bavards de nos bouches.

 

Ou alors la langue est comme un immense poisson dont on ouvre le ventre pour en faire jaillir une infinité de poissons de toute taille et de toute férocité.

 

Je ne dirai pas que la langue est pleine de dieux qui jaillissent comme des diables de leur boîte car il n'est pas vrai que tout ce que nous disons est diablerie.

 

Je ne dirai pas non plus que la langue pond des dieux que ça nous ferait la bouche en cul de poule mais que tous nos dieux ne soient pas autre chose que des mots communs, des syllabes, des phonèmes, ça ne m'étonnerait pas plus.

 

Les dieux ne sont pas autre chose que leur nom.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 26 septembre 2016.

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