Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 18:01

APPARITION DE NINA H.

 

1.

« Ce que le public réclame, c'est l'image de la passion, non la passion elle-même. »

(Roland Barthes, « Mythologies » in Raoul Vaneigem, « Dictionnaire de citations »)

 

Nous aimons les images, les métaphores et les masques en ce que ce bal nous met à distance des passions que l'on dit dévorantes.

 

Les fictions sont les contrepoisons des passions, quoique parfois elles en soient aussi les vecteurs.

 

Les fictions, des ambassadeurs en habits de merveilles qui nous viennent porter des messages de nos proches étranges.

 

2.

Je grinçai grinçai grinçai grinçai grinçai car j'aime à grincer le verbe grincer ô ma jolie porte viens ici que je te grince un peu.

 

Des dents v'là que j'vois des dents partout des dents ô dieu l'univers est un dentier !

 

3.

Et je quittai mon ombre laquelle disparut aussitôt comme si je n'avais jamais existé.

 

4.

« Le plus souvent, j'errais à travers la maison où tout le monde s'évitait en dehors des inéluctables heures de la communauté des repas. »

(Jean Ray, « Malpertuis » [le narrateur])

 

« J'errais à travers la maison », que même des fois je traversais les assiettes et les verres cependant que les vivants mâchouillaient.

 

« la maison où tout le monde s'évitait », des fois qu'en se rencontrant, ils se reconnaîtraient.

 

Les « inéluctables heures » que je les imagine assez un poignard à la main à vous attendre là au coin d'l'horloge.

 

« la communauté des repas » : le genre de bout de phrase qui me fait songer illico à une assemblée de spectres dévorant le réel.

 

5.

Quand dans un roman Nono lance un regard perçant à Nini (c'est sa sœur), j'imagine vite Nini rattraper l’œil à la volée.

 

6.

« A l'abri du vent, j'allai m'asseoir au bord de la mer, à moi seule à cette heure. »

(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules » [Colin])

 

Vaut mieux s'mettre à l'abri du vent que font les choses quand soudain les bouches des choses, vous soufflent vous soufflent dedans l'être.

 

Quand on va s'asseoir au bord de la mer, faut gaffer d'pas tomber d'dans, qu'on glisserait vite happé par l'chaipaquoi qui sidère et chante.

 

Certaines heures, elle est à soi seule qu'on l'a toute entière pour soi qu'les autres vous la prennent pas, la tête.

 

Même que des fois on l'a à soi seule et toute, sa tête, qu'on peut s'y réfléchir dedans.

 

7.

Quand j'étos jeune (dans une autre vie) j'croyais aux Stones et à Pink Floyd, maint'nant, hélas, les mômes i s'emballent pour illuminatis complotances & blablabla.

 

Tout ça qui ourdit, qui complote : illuminatis, reptiliens, pédagogistes…

 

8.

Des fois qu'elle s'appellerait Nina H. et qu'elle lancerait de longs rrrwwwiiiips pour vous tentaculer.

 

9.

J'aime bien les querelles de chiffres entre experts à la radio, je me dis y en a un au moins un qui ment, à moins qu'i soient tous crétins.

 

10.

Quand j'aurai plus d'oreilles, j'pourrai plus écouter Nina Hagen ni les Doors ni Satie, finis les beaux mystères, y aura plus qu'les morts.

 

11.

« Le regard ne s'empare pas des images, ce sont elles qui s'emparent du regard. Elles inondent la conscience. » (Franz Kafka, in Gustav Janouch, « Kafka m'a dit » cf Raoul Vaneigem, « Dictionnaire de citations »)

 

Que « le regard ne s'empare pas des images » ne m'étonne guère, comment qu'i pourrait sans mains, sans bras, ni épuisette ?

 

Mais les images, pour vous attraper les yeux, elles en ont des bras, de longs bras avec au bout des mains aussi invisibles que vous et moi.

 

Puis les images elle vous « inondent la conscience » pour y mettre des pieuvres, tiens, des vouivres et des vaisseaux fantômes.

 

12.

Des fois Nina H. hante quelque vieille fête foraine, elle est le limonaire à vouivres, et grince une chanson fantôme.

 

13.

Des fois Nina H. hante La Danse du Sabre et y a comme des têtes coupées dans sa voix qui chantent chantent chantent à corps perdu.

 

14.

« Phèdre ! Que lui dirai-je ? Et que peut-elle attendre... »

(Racine, « Phèdre », v.565 [Hippolyte])

 

Quand j'entends le nom « Phèdre » je songe à la couleur verte, genre « Reine verte » à Pierre Henry, voix fantôme dans les couloirs du palais.

 

Moi aussi si Phèdre m'apparaissait là comme ça avec sa longue robe de temps je me demande ce que je pourrais bien lui dire. Mais, à mon avis, elle n'attendrait rien de moi et me traverserait comme nous passons une porte, sans même me voir.

 

Que pourrait bien attendre une apparition de Phèdre ? Un train fantôme ? un tableau hanté ? Un cornet d'frites ? Godot ?

 

15.

Des fois, les gens m'ennuient comme s'ils étaient encore vivants.

 

16.

« L'imagination est le mode de déplacement le plus rapide » dit-il citant un certain Jean Morel et se prenant la porte pleine face.

 

17.

« Et du feu criminel qu'il a pris dans ses yeux »

(Racine, « Phèdre », v. 1016 [Oenone])

 

Des fois qu'on se sent du feu pis du criminel plein les yeux là, qu'on nous dise qu'on peut aller se faire cuire un œuf, c'est pas prudent.

 

18.

« Toutefois, l'enquête se poursuivait aussi laconique que possible. »

(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules »)

 

Quand une enquête se poursuit, en général, elle finit par se retrouver, mais il est vrai que tout dépend de la finesse du limier.

 

Si une enquête est laconique, à moins d'être dans l'imperméable de l'inspecteur, on n'en sait pas plus. Faut demander au sphinx, mais parfois il est ailleurs, le sphinx, à jouer aux pyramides.

 

19.

Parfois, je me demande si certains ont conscience d'avoir passé la majeure partie de leur vie avec le fantôme de ce qu'ils furent.

 

20.

Pis un jour le vieux clown tout ridé fatigué usé aura ma peau, qu'alors je grincerai encore un peu avant d'm'en aller eau d'boudin.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 20 septembre 2016.

20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 17:57

QUAND J'ÉTAIS JEUNE J'CROYAIS AUX STONES

 

Quand dans un roman

Nono lance un regard perçant

A Nini (c'est sa sœur)

Je me dis pas de panique aucune peur

Car elle va la Nini dans une belle envolée

Rattraper l’œil à la volée

 

Ce qui n'a aucun rapport

Non vraiment aucun rapport

Aucun rapport

Aucun rapport avec ce qui suit

Oui oui

 

Quand j'étais jeune (dans une autre vie)

Je croyais aux Stones, à Pink Floyd

Et vous pouvez vous brosser pour qu'à Floyd

J'aille vous trouver une ri-

Meuh font les vaches de la pochette

Ça oui qu'Pink Floyd c'était chouette

 

Pis planant pis électrique

Pis planant pis électrique

Pis planant pis électrique

Pis planant pis électrique

Ouh ouh

 

Las maint'nant Tom Waits peut bien attendre

Qu'le bon vieux blues renaisse de ses cendres

Les mômes ça les intéresse pas

Le boogie-woogie à grand papa

I croient plus qu'aux illuminatis

Aux reptiliens dans leurs ovnis

 

Pis toutes ces sortes de choses

Pis toutes ces sortes de choses

Pis toutes ces sortes de choses

Pis toutes ces sortes de choses

De choooooooooooooozzzzzzzz

 

Quand de ma tête seront tombées mes oreilles

J'pourrais plus écouter aucune rythmique merveille

Finie Nina Hagen finis les Doors fini Satie

Finis les beaux mystères, fini Bowie

Y aura plus qu'les morts

Les morts les morts les morts les morts

 

Pis tous leurs osses

Pis tous leurs osses

Pis tous leurs osses

Pis tous leurs osses

Os'cours !

 

Quand dans un roman

Nono lance un regard perçant

A Nini (c'est sa sœur)

Je me dis pas de panique aucune peur

Ah bin zut v'la la Nini toute transpercée

Et dans le ciel plane un grand œil ensanglanté.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 20 septembre 2016.

18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 11:36

OS OS OS

 

1.

Lors il se moucha fort car il avait le nez long et plein de monde dedans.

 

2.

M'est avis que bientôt nous ne vivrons plus qu'avec le fantôme de la liberté et nous nous adonnerons stupidement au culte de la politique.

 

3.

I réforment i réforment (ça coûte des sous) mais i dédoublent pas : 30 élèves par cours : c'est pas d'la pédagogie, c'est du gavage.

 

4.

« C'est le Temps, bien sûr. (Est-il pareil chez vous?) Il faudrait arriver plus tôt que lui »

(Henri Michaux, «Je vous écris d'un pays lointain »)

 

C'est le Temps i nous mijote nous marne nous mitonne nous mistigrise grignote qu'en reste plus qu'miettes trognon regrets os os os.

 

Le Temps n'attend personne. Il se tient horizontalement droit, juste dessous les bolides qui zèbrent le ciel tandis que je mange des frites.

 

Bien sûr que je vous aurais aimée dans une autre vie, mais pas dans celle-là où votre regard me traverse comme une ombre passe la porte.

 

Est-il pareil chez vous ? Pour vous rappeler les règles, avez-vous vous aussi l'ironique coucou et l'horloge à cadavres ?

 

Il faudrait arriver avant l'heure de la fermeture dit le lapin blanc sinon nous serons à la merci du Grand Dehors et des apparitions.

 

Plus tôt que lui vengeur je serai là

Là là là là je serai là

Avec ma sardine décapitante

Sous la pluie battante

Elle frétillera là là là là

 

5.

Je n'attends personne. Je n'ai tué personne (donc pas de fantôme) et personne ne m'ayant tué, personne ne m'attend. C'est pour ça.

 

6.

Et elle s'appelait Maurice qu'plus d'un y a laissé sa ch'misse quand la belle Maurice lui mettait dessus le grappin et ses ongles vernis.

 

7.

Je suis pendu au cou de la pendule J'la lâche plus Je suis amoureux du temps qui passe Comme elle ondule bien ma pendule qui glisse la nuit.

 

8.

« Quand on ne sait rien faire, il faut être prêt à tout. »

(Henri Michaux, « Le portrait de A. »)

 

« Quand on ne sait rien faire, il faut être prêt à tout » : ça doit être la devise de l'ENA, ça (ou de Sciences Po).

 

9.

Quand j'fus rapté par des itis m'ont mis dans leur oveni là j'ai bien vu qu'ces gins c'éto des politiques ; j'ai compris bien des choses…

 

10.

Rien de tel que le premier album des Sparks (celui de 1971 qu'est signé Sparks/Halfnelson) pour vous la détendre l'atmosphère d'la tête là.

 

11.

Ils traversent les nuées dans leurs aéronefs mystérieux puis ils descendent s'envoyer un kebab frites en disant qu'c'est l'bordel en France.

 

12.

Franchement, les couleuvres qu'on nous fait avaler, avec le nucléaire, a vont finir par être radioactives, moi j'vous dis.

 

13.

Les politiques, m'est avis qu'ils nous mentent plus qu'eux-mêmes n'osent se l'avouer.

 

14.

Y en a des fois ils prennent leur lune sous le bras et vont rêver ailleurs, loin des robots et de leurs ingénieurs.

 

15.

Comme je refermais en grinçant la porte derrière moi, elle prit les jambes à son cou et la clé des champs. Depuis je monte la garde.

 

16.

Parfois je vais dans ma caboche à la pêche aux chansons, mais j'armonte jamais que des queues et des yeux morts.

 

17.

Jimi Hendrix des fois j'me songe qu'il jouait comme s'il avait voulu évanouir quelqu'un, le faire mystérieusement disparaître dans les échos de sa guitare.

 

18.

En français, on prend les jambes à son cou, la clé des champs et la poudre d'escampette, moi j'écoute « Trouvez mieux » de Robert Charlebois.

 

19.

Alors la limace se fit chemise puis mit une jeune fille dedans parce que c'est plus agréable qu'un barbu.

 

Ces temps-ci, j'ai de la réticence envers les barbus que je sais pas s'ils vont poser une bombe ou seriner du Kenji bidule.

 

20.

Quand on artrouvera mes osses dans une couple de pas mal de temps, j'aimerais bien qu'alors l'archéologue i dise Ah tiens, c'est marrant ça.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 18 septembre 2016.

18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 11:32

PARODIE CERTES MAIS AVEC UN PEU D'HISTOIRE QUAND MÊME

 

LES MARMITONS BLANCS

(parodie culinaire de l'excellent « Chant des partisans blancs ». « Les Partisans blancs », j'ai eu l'honneur de l'apprendre à Berlin à une époque heureusement révolue où les « rouges » faisaient régner sur la moitié de l'Europe un ordre communiste imbécile, inefficace et menaçant).

 

Dans la soif et la famine

Par les creux et par les champs

A l'appel de la cuisine

Marchaient les marmitons blancs

A l'appel de la cuisine

Marchaient les marmitons blancs.

 

Pourchassant l'aile ou la cuisse

Et préparant du gouleyant

Dans leurs fringales épiques

Ils bouffaient du boudin blanc

Dans leurs fringales épiques

Ils bouffaient du boudin blanc.

 

C'est pour la Sainte Pépie

Pour la soupe à l'oignon

Pour le lard et le céleri

Que touillaient ces bataillons

Pour le lard et le céleri

Que touillaient ces bataillons.

 

Votre table est immortelle

Cuisiniers et sauciers blancs

Et qu'ma soif soit éternelle

Si j'bois pas un bon coup d'blanc

Et qu'ma soif soit éternelle

Si j'bois pas un bon coup d'blanc.

 

Version originale :

 

« Dans la faim et la famine

Par les villes et par les champs

A l'appel de Dénikine

Marchaient les partisans blancs

A l'appel de Dénikine

Marchaient les partisans blancs.

 

Pourchassant les bolchéviques

Et ralliant les Alamans

Dans leurs campagnes épiques

Ils traquaient Trotsky tremblant

Dans leurs campagnes épiques

Ils traquaient Trotsky tremblant.

 

C'est pour la Sainte Russie

Pour la Grande Réunion

Pour le tsar et la patrie

Que luttaient ces bataillons

Pour le tsar et la patrie

Que luttaient ces bataillons.

 

Votre gloire est immortelle

Volontaires et officiers blancs

Et votre agonie cruelle

La honte de l'occident

Et votre agonie cruelle

La honte de l'occident. »

 

Notes :

1) A Berlin, nous ne chantions pas « Et ralliant les atamans » (comprendre « Cosaques », le mot « ataman » désignant un chef cosaque) mais l'allusif « Alamans », de l'ancien nom générique des tribus germaines situées sur la rive droite du Rhin.

2) De même le vers « Pour la vieille tradition » était remplacé par « Pour la Grande Réunion », c'est-à-dire la « Réunification » de l'Allemagne alors coupée en deux.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 18 septembre 2016

17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 18:35

KSÉ COMME UN SINGE L'HOMME TSAIS

 

1.

Défois on san pis défois on manj du fromaj kilya kelkchoz dan l'jenr infini làddans & pas seuleman dan les trous à gruyère & qu'on tressaïl.

 

2.

Qu'on dit alor com si on s'apelai Michaux « Moi – ça - tremble » que le réel l'arrête pas de trembler qu'on l'voit même pas qui parkinsonne.

 

3.

Qu'on grouye d'bous d'mondes paralèle qu'on est là avec nos ptits mickeys nous traversant come le tems traverse le tems même kil existe pas.

 

4.

Que dans les rues de chaipaoù les longues rues de chaipaoù y a une drôle de qui s'enfuit en criant qu'elle est dans les ombres.

 

5.

« Pensées à la nage merveilleuse,

qui glissez en nous, entre nous, loin de nous »

(Henri Michaux, « Pensées »)

 

Des fois qu'on a dans la caboche toute une nagerie merveilleuse de songeuses oh des pensées qu'on sait pas d'où la féerie.

 

6.

Des fois qu'on a dans la peau une fantôme qu'on tombe amoureux d'une vivante mais en vrai c'est la fantôme qu'on aime.

 

7.

Qu'on est plein d'chair & d'os qu'on a le squelette causant pis qu'on croit ksé nous ksé comme un singe le spectre de la grenouille.

 

8.

Qu'on lit des albums où la lune s'ouvre comme un abricot même qu'il en sort des légions d'araignées qui nous viennent grignoter le cerveau.

 

9.

On est plein « d'étrangères en nos maisons » (i dit Michaux) ce son les Pensées eles parle des langues étrangères qu'on pran por d'la raison.

 

10.

Ça s'robotiz ça s'algorythme ça s'technocratiz kon passe dans l'déréel kon en cause dan les journaux des automates de nos pommes spectres.

 

11.

Nous passons dans les longs couloirs avec nos villes fantômes ; alors les yeux des machines nous observent et analysent.

 

12.

Parfois, on regarde les gens dans les films comme s'ils n'avaient pas fini d'exister.

 

13.

Comme il ne sentait plus le trottoir, il s'enfonça, s'enfonça, ne fit plus que s'enfoncer. Il fallut le déminer.

 

14.

Parfois on laisse dieu aux chiens. Mais les chiens n'y croient pas. Ils traversent dieu en reniflant et vont lever la patte sur un pommier.

 

15.

Que les fourmis dévorent les murs, c'est plutôt rare. Elles préfèrent engloutir les éléphants. D'ailleurs, les murs n'ont pas de trompe.

 

16.

Mieux vaut ne pas trop se pencher sur soi, on risquerait de glisser dans l'gouffre. Et vaut mieux pas tenter le diable des autres non plus.

 

17.

« un fromage lent, jaune, à pas de chevaux de catafalque, circulait en lui-même comme un pied du monde. »

(Henri Michaux, « La vision de Plume »)

 

Circuler en soi-même, c'est à coup sûr mourir noyé dans son propre sang, et puis si l'on se sait « pied du monde » autant aller unijamber ailleurs.

 

Si l'on est fromage, à « circuler en soi-même » vaut mieux pas qu'on soye gruyère, qu'on tomb'rait dans les trous.

 

18.

Quand nous allons dans le monde, nous emportons nos phrases avec nous. On appelle cela « avoir de la conversation ».

 

19.

Avant que ça se manifeste, un grand silence... Le hasard fait taire fanfares et fanfarons ; alors on entend le fantôme de l'ange qui passe.

 

20.

Parfois, afin d'éviter d'autres anachronismes, il faut épousseter les horloges des spectres qui s'accrochent à l'illusion du temps.

 

21.

Depuis le temps qu'on traverse des temps troublés, quand il fera plus clair, à mon avis, on sera plus qu'aveugle.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 17 septembre 2016.

Published by PATRICE HOUZEAU - dans DE LA NUIT QUI REMUE
commenter cet article
10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 23:36

ABANDON D'UN ROMAN DE SCIENCE FICTION

 

Bon alors là les aliens ont débarqué et i fusent tout sur leur passage avec leurs lasers machins bidules rayons d'la mort et toutti.

 

Bon les désintégrants du cosmos ont débarqué faut organiser la résistance faut s'battre mais comment fit-il en se grattant les douze genoux.

 

Les désintégrateurs i désintègrent tout adieu veau vache cochon poule poulet poulpe tout part en fumée et aussi le pot au lait.

 

D'abord ça avait été quelques signes dans le ciel pas grand-chose à vrai dire quelques shadoqueries dans les espaces d'là-haut.

 

Des corps célestes à orbites bizarroïdes de ces choses que l’œil n'attrape guère qu'avec des équations et des quoiquesses.

 

Les aliens i sont pas beaux on dirait des premiers de la classe avec des bras partout et une grosse bouche à la Muqueuse Jaguère.

 

Muqueuse Jaguère c'était un chanteur de vieux rock dans un groupe de vieux rock qu'avant ils étaient jeunes mais que nous on sait pas.

 

Pour vous dire du temps où le groupe à Muqueuse Jaguère était jeune c'est comme dans un univers parallèle tellement c'est loin.

 

Des fois Zut elle pense que c'est si loin tout ça qu'on dirait assez des univers parallèles planqués dans les horloges de dans le temps.

 

Zut c'est ma copine elle est pas très sympa mais c'est ma copine quand même surtout quand elle cause qu'elle dit des drôles de trucs.

 

Bon revenons à nos aliens qu'un beau jour ça péta d'l'orage partout Crack boum uh qu'les champs étaient tout syncopés blancs.

 

Ça zébrait si bizarre dans le ciel qu'les vaches elles en étaient toutes effarées y en a même qui ont pris le train c'est vous dire.

 

Pendant les orages y en eut des drôles d'éclairs d'ces fulgures à jaillir des manoirs à savants fous et leurs créatures j'vous jure.

 

Genre créature toute recousue couturée d'bouts d'autres pis qui avance les bras en avant en bavant Gatô Flanby Ornella ou chaipas.

 

Ça apocalypsait sec dans les prêches des sermonnants, pasteurisants, évangélisants et tout le saint tremblement.

 

Comme quoi c'était le jour du jugement dernier et que nous allions expier nos péchés du coup j'ai pensé à Lulu.

 

Faut pardonner comment que j'm'exprime c'est que j'en ai pris un coup sur le moral moi avec tous ces événements fatals là.

 

Donc ça fulgurait dans les cieux ça pleuvait dru aussi qu'on aurait dit que tous les moutons du ciel s'étaient unis pour nous compisser.

 

Y avait des éclairs bleus jaunes verts de toutes les couleurs qu'on aurait pas cru pensables à rendre fou un peintre et ses vaches.

 

Houla qu'ça craqua les arbres volaient fuyaient dans l'air bon ras l'bol jamais j'sera écrivain de science fiction ni écrivain tout court.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 10 septembre 2016

Published by PATRICE HOUZEAU - dans STUPIDITES NARRATIVES
commenter cet article
10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 22:17

APRES S'IL Y A DES CHATS QUI PASSENT PAR LÀ...

 

1.

Bon alors Mistigri i se promène dans la rue lorsqu'il rencontre Mistigrette dont il tombe amoureux que son cœur s'affola hola hola

 

Mistigri lui ouvrit son cœur auquel Mistigrette répondit par un éclat de rire assez tranchant pour découper l'aut' Mistigri en rondelles.

 

Alors Scherzo passa par là et avala toutes les rondelles de saucisson qui étaient tombées dans une assiette prévue par le dessinateur.

 

2.

Il fait beau les arbres dansent la rumba mais on n'entend pas la musique.

 

3.

Un œil immense passe dans la rue ; il est très bleu mais il a un regard noir qui fusille parfois un passant vite évacué par la sécurité.

 

4.

Y a une choucroute sur la table et autour de la choucroute de grands pots de bière tournent et dansent et chantent la mort de l'aubergiste.

 

5.

Sous la fenêtre hantée de toujours la même, la guitare joue avec les doigts d'un spectre qui en larmes parcourt les couloirs

 

6.

Le chat tient des discours enflammés à une ombre, laquelle ondule et bondit tout à coup sur le matou qu'elle étouffe dans ses griffes.

 

7.

De la tasse de café surgissent parfois des tentacules qui attrapent l'enfant mal réveillé et l'entraînent dans la nuit sans étoiles.

 

8.

La bouche a pour principe de ne pas embrasser trop de choses à la fois. Aussi a-t-elle peu de bagages et n'emmène que ses favoris.

 

9.

« Le ciel, quand il enlève son blue-jean, on voit bien qu'il porte un caleçon noir » dit-elle en décapitant quelques êtres.

 

10.

Sur le palier la femme serpent attend qu'on veuille bien lui ouvrir. Mais on ne lui ouvre pas. Alors ses racines se répandent dans le bois.

 

11.

La nuit parfois il y a des voix sans visage ; elles murmurent des prénoms. Un piano craque en se désaccordant. C'est la réponse.

 

12.

xxx xxx

O

         O

« ---- »

 

Zut des fois elle a pas les yeux en face des trous.

 

13.

« Le lune, il est beau » dit Zut songeuse et se trompant de genre.

 

13.

Entendu à la radio : "ceux qui vivent ici sont inquiets" comme quoi en période de crise l'inquiétude tend à remplir l'espace.

 

Elle se répand partout l'inquiétude, genre brume à spectres, doit être consubstantielle à la langue ou kekchozcomça.

 

La mauvaise chanson de l'inquiétude et sa rengaine politique qu'on dirait les années 30 et petite moustache.

 

14.

Zut elle aime pas beaucoup les campagnes électorales; elle trouve même ça puant à vrai dire mais heureusement elle s'en moque.

Du reste, la campagne électorale, ça emploie des gens pas forcément doués pour autre chose, pis ça occupe le temps, évidemment…

15.
« Ô saisons, ô châteaux !

Quelle âme est sans défauts ? »

(Rimbaud)

 

Zut elle se demande aussi où sont passées ses saisons et où donc qu'ils planent maintenant, ses châteaux...

 

Zut a une âme, avec de vrais morceaux de défauts dedans, ça la rend plus humaine des fois que certains bipèdes existants.

Evidemment, l'auteur ne confond pas Zut avec la plupart des fictions qui se baladent dans la rue.

16.
« J'ai fait la magique étude

Du Bonheur, que nul n'élude. »

(Rimbaud)

 

Des fois, Zut elle se dit que les vers à Rimbaud, zont l'air assez mirlitons (ton taine)

Zut, c'est une poutre en magie, alors pour ce qui est de la magie d'être heureuse, vous pensez si elle à côté d'sa tête.

Zut des fois tellement elle comprend pas elle est à côté d'sa tête qu'elle est obligée de tendre le bras pour la rattraper.

17.
"Ô vive lui, chaque fois
que chante son coq Gaulois."
(Rimbaud)

Zut se demande qui est ce « lui », qu'elle a, à cause du coq là, l'impression que quelque chose lui échappe.

Zut a comprend pas pourquoi y en aurait un qu'il faudrait applaudir à chaque cri de son coq.

18.
"Mais ! Je n'aurai plus d'envie :
Il s'est chargé de ma vie."
(Rimbaud)

Y a t-il quelque chose de mystique là-dedans ? Sont-ces des vers de conversion ?

Zut elle voit bien qu'on veut lui en faire manger d'la théologie, qu'on veut lui en refourguer du qui n'existe pas plus que ça.

19.
"Ce Charme ! il prit âme et corps
Et dispersa tous efforts."
(Rimbaud)

Ah bin oui, y a bien quelque chose de magique là-dedans que Zut ça l'amuse ce genre de chant naïf de vieille église.

20.
"Que comprendre à ma parole ?
Il fait qu'elle fuie et vole !"
(Rimbaud)

J'aime bien ces vers qui rappellent que le vent disperse nos phrases, colliers cassés, pacotilles délaissées.

21.
"Et, si le malheur m'entraîne,
Sa disgrâce m'est certaine."
(Rimbaud)

Malheur au malheureux donc, je sais pas trop si je suis d'accord, bah c'est que d'la littérature après tout.

Et Zut sait bien qu'une bibliothèque ne pourra jamais arrêter une division blindée.

Zut se demande là si elle est pas avec sa bibliothèque que traverse un panzer en train de plagier quelqu'un mais elle sait plus qui alors.

Je vois bien ça illustré par François Boucq tiens, la bibliothèque traversée par un panzer.

23.
"Il faut que son dédain, las!
Me livre au plus prompt trépas!"
(Rimbaud)

Bin oui, des fois le destin nous lâche qu'on s'demande bien c'qu'on va devenir qu'les autres alors on peut plus les voir.

24.
"- Après tout, c'est possible, dit Colin incapable de tenir sa langue plus longtemps." (Agatha Christie trad. par Th. Guasco,"Les Pendules")

J'aime bien ce rapprochement du possible et de l'incapacité; je sais pas trop pourquoi mais j'aime bien.

Quand on ne peut pas tenir sa langue, des fois les paroles filent dans l'air, voltigent et s'abîment dans le silence.

Faut s'imaginer un envol de langues dans le soleil couchant; dis, ça doit être chouette comme une chanson d'amour.

Après évidemment, s'il y a des chats qui passent par là...

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 10 septembre 2016.

8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 10:26

LA POESIE C'EST D'LA PROSOPOPEE

 

1.
« La tempête a béni mes éveils maritimes »

(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

 

La tempête c't'une évêque elle bénit dans son grand habit bleu et d'écume pis dans la cathédrale du ciel tourmenté.

 

2.

« Banc vert où chante au paradis d'orage,

Sur la guitare la blanche Irlandaise. »

(Rimbaud, « Plates-bandes d'amarantes... »)

 

Me demande si le mot paradis ici c'est pas du théâtre, là où on verrait un plafond peint d'une pâle rousse à guitare et banc vert.

 

Rimbaud au théâtre, au poulailler, au paradis, l’œil au plafond tandis qu'en bas sur la scène le drame déroule l'orage de ses cadences.

 

3.

« Chevauchent lentement leurs pâles coursiers ! »

(Rimbaud, « Michel et Christine »)

 

L'adverbe ralentit la course, la fantôme, la spectralise, que moi les j'vois bien, qu'c'est cheval pâle et chevalier d'autre temps.

 

Je les vois avec mes yeux dedans ma tête entre les arbres et les brumes chevaucher lentement si lentement qu'ils en sont comme peints.

 

4.

« Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies »

(Rimbaud, « Les poètes de sept ans »)

 

Le genre de couloirs ça « aux tentures moisies » où l'on s'attendrait à croiser la jeune fille à la découverte du monde caché du pensionnat.

 

5.

« Les flots au loin roulant leurs frissons de flots de volets ! »

(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

 

Bin oui, c'est comme ça, l'Père Océan tous les soirs i baisse les volets qu'il ferme la boutique d'l'horizon.

 

6.

« J'ensevelis les morts dans mon ventre. »

(Rimbaud, « Une Saison en enfer »)

 

C'est l'réel, ça, il est comme ça, le réel, i bouffe tout le réel, il cadavérise tout c'qui bouge et l'ensevelit dans l'insondable d'ses plis.

 

7.

La poésie, c'est une prosopopée : l'auteur fait parler cet objet, l'autre-là dans la langue.

 

Je me demande quand on fait parler les esprits, c'est de la prosopopée ou de la métonymie.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 8 septembre 2016.

Published by PATRICE HOUZEAU - dans FASCINATIONS RIMBALDIENNES
commenter cet article
6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 17:52

FANTAISIE AUTOUR D'UNE HISTOIRE DE LOO ECRITE ET DESSINEE PAR MICHEL PIRUS

 

1.

Des fois j'sais pas quoi écrire donc j'attrape un bon vieux Fluide Glacial & j'paraphrase en m'disant que j'suis rien qu'un vilain plagiaire.

 

Là c'est le Fluide Glacial Série Or d'hiver 2015 intitulé « Le jour où le 9ème art gagna 8 places » (déjà c'est marrant)

 

2.

Bon c'est une histoire de Loo, par Michel Pirus, que Loo c'est un genre de canarde, une couine couine genre

 

3.

La canarde a dessine a sue sur sa planche chez elle que dessinatrice de bande dessinée c'est pas facile surtout pour une canarde

 

4.

Je sais pas trop ce qu'elle dessine, Carole, peut-être des aventures palmées (ce qui me fait penser à Jack Palmer, de Pétillon)

 

Aussi à Canardo, de Sokal.

 

5.

Après Bab elle dit comme ça que « le crayonné » d'sa planche il est fini qu'elle est contente qu'elle fait « ouf ! » (c'est dans le texte)

 

6.

Après elle se dilemme la Loo (que j'ai envie d'écrire Loo-loute) mais je l'ferai pas qu'c'est trop facile ah si quand même.

 

7.

Flo se dilemme pour savoir à quoi encrer: « A la plume ou au pinceau ? » que perso je dessine comme une quiche que j'f'rais pâtés pareil.

 

8.

Nini elle a la radio c'est vrai que je suppose que bon nombre de dessinateurs i zécoutent la radio que ça doit aider à rester assis là à

 

9.

Donc juste comme elle se dilemnait la radio speake comme ça que Machin (j'vais pas vous donner son nom, tiens) est en ville

 

10.

Machin c'est une épée d'la plume, un prince du pinceau, « une star du neuvième art » et justement il dédicace aujourd'hui à la librairie.

 

11.

La librairie zavez pas besoin d'savoir comment qu'elle s'appelle que si vous voulez vous l'appelez la boucherie mais y a pas d'os dedans

 

12.

Y a pas d'os dedans car ça fait longtemps que les bouquins i sont tout désossés rapport aux chiens faut éviter qu'ils les volent.

 

Ce qui explique aussi que les librairies sont interdites aux chiens.

 

13.

La radio est toute bleue c'est joli une radio bleue ça fait journal de Mickey quand Donald (un autre canard) se demande Plume ou pinceau ?

 

14.

La radio toute bleue elle dit comme ça que Machin répondra à toutes les questions patabli patabla que Lulu a saute de son siège alors

 

15.

Car zavez compris que Françoise va demander au Maître de lui faire un exposé relatif aux qualités respectives de la plume et du pinceau.

 

16.

Donc Sandrine elle est dans la rue et chemine vers la librairie (le ciel est bleu, y a pas d'nuages, les frites baignent dans l'huile)

 

17.

« Il y a du monde ! » se dit-elle qu'il écrit Michel Pirus dans la bulle faite pour et qu'on appelle phylactère chez les gens qui causent.

 

18.

Bon tout un tas de chats et de chiens attendent à la devanture de la librairie que du coup y a un mégaphone installé pour que les clients

 

J'ai pas fini ma phrase mais zavez compris quand même que vous êtes trop malins.

 

19.

Machin i cause surtout de lui i s'autoblablate là Michel Pirus il est marrant j'vous dis pas zavez qu'à allez voir dans Fluide Glacial.

 

20.

Sachez pourtant que Machin c'est l'genre qui produit vite vend too much parraine des assosses et plastronne qu'on dirait un politique

 

21.

J'vous vends la mèche que Machin c't'un plantigrade que si vous savez pas koikesse demandez à votre prof de français ou à tout autre usuel.

 

22.

Que tout ce déballage autosatisfait, Marie-Anne, ça la saoule grave qu'elle finit par gueuler dans le mégaphone « Plume ou Pinceau ? »

 

23.

Faut préciser qu'il y a ellipse, Jeannette on la voit pas s'emparer du mégaphone mais à la dernière case elle l'a dans le bec

 

24.

Sophie gueule tellement que Machin il en est tout renversé qu'ça tempête vloufff que moi la librairie je l'imagine se démembrant

 

25.

Qu'alors la librairie a se démantibule qu'les mots sortent des bulles que les héros de papier s'envolent au vent d'où ils sont sortis des fois

 

26.

Loo a soufflé si fort qu'tous ches tintins, p'tits et gros gaulois et tiots nains bleus ont monté si haut qu'ils retombent en neige dessinée

 

27.

Bien sûr ils se ramassent à la pelle et le vent du nord les emporte avec lui pour en faire des marionnettes quand il s'ennuie.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 6 septembre 2016

Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES
commenter cet article
4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 13:41

ET LES SINGES SE MOQUERONT DE L'HOMME

 

« Je sens que je puis n'avoir point été, car le moi consiste dans ma pensée ; donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère eût été tuée avant que je n'eusse été animé ; donc je ne suis pas un être nécessaire. Je ne suis pas aussi éternel, ni infini ; mais je vois bien qu'il y a dans la nature un être nécessaire, éternel et infini. »

(Pascal, « Pensées »)

 

1.

Comme Pascal l'écrivit, « je sens que je puis n'avoir point été », et il n'est pas douteux que je ne me sens pas ailleurs que dans ce monde.

 

2.

Je ne me sens pas ailleurs que dans ce monde, et pourtant se pourrait-il qu'indépendant de moi, un autre moi errât dans quelque autre monde ?

 

3.

Bien entendu, cela n'a aucune importance pour ma position hic et nunc et je n'ai pas plus d'influence sur cet autre moi que sur mon fantôme.

 

4.

Car c'est peut-être une illusion que de croire que notre fantôme nous succède alors que, si ça se trouve, il nous est simultané.

 

5.

J'imagine assez que tandis que je persiste à exister, mon fantôme va se promener dans des lieux où je ne vais jamais. Du coup, mon fantôme et moi, nous ne nous fréquentons guère.

 

A vrai dire, mon fantôme et moi, nous ne nous voyons qu'aux enterrements. Ah, nous nous faisons discrets !

 

6.

« car le moi consiste dans ma pensée » écrit Pascal, que donc je trimbale dans ma caboche un drôle de roi ma pomme et sa spectrale cour.

 

7.

Un drôle de roi dis-je, ou plutôt un prince, un éternel prétendant à un trône qui, afin qu'il ne sombre dans la folie, lui échappe toujours.

 

8.

Disons-le tout net, ce moi dans ma pensée, c'est ma langue qui le tisse, une sorte de moi français dans une tête pleine d'araignées.

 

9.

De ce moi dans ma pensée, je tire une foule d'objets, de mondes et de demeures d'où, en fin de compte, un assassin finit toujours par sortir.

 

10.

« donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère eût été tuée avant que je n'eusse été animé »

(Pascal, « Pensées »)

 

« donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère », qu'alors nous sommes fils et filles de Chronos, lequel nous empile en tas d'os ornés de chair.

 

11.

« si ma mère eût été tuée », il ne serait point de mon fantôme dans ce monde et je me demande si alors je n'aurais pas pensé cela ailleurs.

 

12.

Car mourons-nous qu'un autre moi continue peut-être à spéculer sur notre existence dans quelque univers parallèle.

 

13.

Si ça se trouve, les fantômes nous prennent comme nous prenons un train et nous ne serions jamais que des moyens de transport.

 

14.

De ce que nous aurions très bien pu ne pas exister, Pascal déduit qu'aucun de nous n'est un « être nécessaire ».

 

15.

De cette non-nécessité d'nous, la conscience, qui ne supporte pas de se sentir en trop, a tiré la nécessité des autres mondes et des dieux.

 

Tous ces enfants du siècle qui ne trouvent plus leur place en ce monde, un dieu qui n'existe pas en fait des assassins en son nom.

 

Ce dieu de colère, il n'est qu'une marionnette aux mains d'humains assez puissants pour acheter des âmes, des armes et du temps.

 

16.

Du reste, pas plus nécessaire qu'éternelle et infinie, il faudra donc bien qu'un jour l'espèce humaine cède la place aux insectes.

 

Bah, nous aurons volé si près de la solaire lucidité que nous chuterons, les ailes cramées. Et les singes alors se moqueront de l'Homme.

 

17.

Après Pascal, il avait de drôles de bons yeux qui voyaient « qu'il y a dans la nature un être nécessaire, éternel et infini. »

 

18.

Quelle serait la nature de cet « être nécessaire, éternel et infini » ? Somme de tous les possibles, universel dé maître de tous les hasards.

 

19.

Le hasard, c'est jamais qu'une chronologie des possibles, ça, le hasard.

 

20.

S'il y a un dieu, ce ne peut-être que le temps, qui passe sans passer, partout le même et partout différent.

 

Remarquez que le temps n'est rien sans la langue pour le faire passer.

 

Je me demande s'il y a des langues sans dieu, des langues qui se promènent librement, des langues qui sont à elles-mêmes leur bonne nouvelle.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 4 septembre 2016.

Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LE GRAND BLAISE
commenter cet article

Recherche