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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 11:07

ET LE TEMPS C'EST MA LANGUE

1.
"La vie m'aime et je l'aime autant
L'univers m'appartient
La vie c'est ma vie
Et le temps c'est mon temps."
(Jean-Pierre Ferland, "Mon ami J.C.")

2.
"dans l'observatoire de leurs pensées"
(Baudelaire, "Les Paradis artificiels")

3.
C'est nous "dans l'observatoire de leurs pensées", calculés comme des astres à bras, à jambes, zieutés, scrutés, évalués.

4.
Les gens passent avec leur double télescope, çui-là d'leurs mirettes et çui-là d'leurs pensées; ils coïncident parfois bizarrement.

5.
"par des arcanes dont rien ne prouve la fausseté non plus que l'efficacité"
(Baudelaire, "Les Paradis artificiels")

6.
Ce n'est pas la matière que travaille le sorcier, c'est l'esprit, et c'est cet esprit sous influence qui intervient dans le réel.

7.
Nous écoutons toute notre vie cet être qui, citons Baudelaire, "ne s'exprime que par un long monologue" bizarre, contradictoire et qui nous fait jouer un drôle de rôle dans une drôle de pièce.

8.
Un long monologue confus, étrange, plein de masques et de romans inachevés.

9.
"des Orphées vainqueurs de l'Enfer"
(Baudelaire, "Les Paradis artificiels")

10.
L'Histoire, une succession "d'Orphées vainqueurs de l'Enfer" puis qui retournent au néant.

11.
De sceptiques héritiers "d'Orphées vainqueurs de l'Enfer" - Dame ! Voilà notre portrait tout craché par la bouille à Clio.

12.
"Mais ce n'est pas à une morte que je dédie ce petit livre"
(Baudelaire, "Préface aux Paradis artificiels")

13.
"Mais ce n'est pas à une morte que je dédie ce petit livre" : je ne saurais dire pourquoi cette phrase de Baudelaire retient mon attention. Ce mot-là, "morte", un lien secret, peut-être, entre nous et nos disparus.

14.
Vieillir, c'est finir par tisser plus de liens avec ses morts qu'avec ses vivants, dis-je l'autre nuit à quelque spectre de chevet.

15.
Et de toutes ces raisons, je ferai ma raison disent en choeur le politique, le pragmatique, l'hypocrite.

16.
Ce matin, en préparant le feu, quelques brefs me vinrent à la tête qui partirent aussitôt en fumée.

17.
Des fois dans le bus je me dis :
Toutes ces maisons seront ma maison
Tous ces visages seront mon visage
Toutes ces heures seront mon temps
Et puis, entre Dunkerque et Saint-Omer, je m'endors.

18.
L'été Ding ! Ding! ô chansons, ô bateaux !
Les filles portent des visages beaux
Et s'endorment en automne dans les caboches;
Voilà l'hiver Dong ! Dong ! Qu'il fait moche !

19.
Comme elle s'appelait Aurélie
Elle avait un visage rond, une bouche ronde, des yeux ronds,
Et portait un chapeau ô ô ô Aurélie.

20.
La nuit j'ai des yeux pour voir la nuit
La nuit j'ai des yeux pour griffer la nuit
La nuit j'ai des yeux pour croquer la nuit
Et puis n'en reste plus que la chemise.

21.
Guitare, nef électrique,
Souvent, pour t'amuser, tu attrapes
Des riffs qui suivent lunatiques
L'enchanteur à longues manches et ses chausse-trappes.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 décembre 2014.

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 22:46

PLUME DANS L'ALLEE DU JARDIN

1.
Merci mon Dieu
Pour mes yeux
Qui voient clair
Dans le noir de c'te nuit qu'en finit pas d'tomber.

2.
"Au vent dans l'allée du jardin"
(Lucien Suel, "Canal Mémoire")

3.
Au vent dans l'allée du jardin
On voit des fils et du lin-
ge qui claque et danse
Claque et danse
Bonhomme le Vent
Claquez vos dents
Et les mains sur vot' panse.

4.
"Au vent dans l'allée du jardin"
Une jeunesse sans fin
Tourne ses valses un peu folles
Bien loin des usines des écoles.

5.
"Au vent dans l'allée du jardin"
S'en sont retournés tous mes chiens
Courants; c'est un pantin
Qui me court le coeur et c'est rien.

6.
"Au vent dans l'allée du jardin"
Passent des chansons énigmatiques
Elles passent Rue des Jours Etranges
Du temps où on y jouait de l'ange électrique.

7.
Il serait temps que se lève le vent, que se lève le vent pour emporter tous ces gens ah tiens serais-je méchant ?

8.
Mon chat où es-tu, où es-tu fier Maquis, es-tu au paradis des greffiers à labourer les archives à Saint-Pierre ?

9.
Bonhomme le Vent secouez votre panse
Il en tombera des dames qui dansent
Dames qui tournent dames et toupies
Dames muettes et sourdes toupies.

10.
Bonhomme le Vent secouez votre panse
Il en tombera loups et lions blancs, chevaux et lances
Et lances et les lances de tous nos hivers.

11.
"Nous sommes sortis. Nous sommes loin."
(Lucien Suel, "Canal Mémoire")

12.
"Nous sommes sortis. Nous sommes loin"
Et pas d'épaules
Et pas d'tête
Et pas d'yeux pour regarder filer hier.

13.
Comme le temps passe
Rumine Bonhomme Espace
Comme le temps passe
Et moi alpha bêta oméga qui
Et moi alpha bêta oméga qui
Et moi alpha bêta oméga qui
Court après à l'infini.

14.
Les douze mois font
Douze flaques Moi avec mes grandes jambes les
Mois j'les saute
De Noël à Pâques et
Leur douze chiens ne me font pas peur ni leur
Visage planté d'aiguilles.

15.
J'ai la tête plein d'labyrinthe
J'y pousse des plaintes
Des plaintes et des grondements
De taureau et de héros mourant.

16.
Y a du best c'est sûr y a du best
Et maintenant envoyons leur la peste
Dit la mort envoyons leur la peste
Qu'on y voit un peu mieux.

17.
Je te tire les cheveux
Tu me tords le nez
C'est ainsi qu'il faut jouer
Quand on est amoureux
Amoureux amoureux
N'êtes-vous pas bien heureux ?

18.
Cheval bleu a de beaux yeux tristes
Et des cieux tombent de beaux yeux tristes
Il pleut.

19.
"Je voudrais, pour raconter dignement cet épisode, dérober, pour ainsi dire, une plume à l'aile d'un ange".
(Baudelaire, "Les Paradis artificiels")

20.
Une plume à l'aile d'un ange
A chuté dans la flaque d'eau
J'y passe et mon manteau
Noir y jette mon ombre.

21.
Une plume à l'aile d'un ange
Dans une flaque d'eau
S'y émiette le domino
Des vitres et des étranges
Etrange étrange
Pourquoi as-tu dit étrange
Alors que c'est juste bizarre.

22.
Une plume à l'aile d'un ange
Dedans sa flaque d'eau
Rêve qu'une fille belle comme un ange
La prenne et la pique à son chapeau.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 décembre 2014.

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 19:48

SHAKESPEARE, LE RIDEAU PARLE

1.
Shakespeare, "how green", qu'on s'extasie devant l'herbe grasse, la grasse grass, où j'les imagine, mes gracieuses passantes.

2.
Parfois je pense à ces poètes russes sous le ciel sifflant, le noir, le blanc, le rouge et le vent qui va tous les emportant.

3.
Shakespeare, celle qui ne se souvient pas de ses larmes et qui s'étonne que les ténèbres ne l'aient pas étranglée.

4.
Shakespeare, des oreilles qui bourdonnent d'un "And that a strange one too", et les yeux qui s'ouvrent sur des lames.

5.
Shakespeare, le rideau parle, et dans ce rideau, une tête de bouc.

6.
Shakespeare, une rose pour tes mains blanches, mon amour, et une hache pour ta jolie tête.

7.
Une élève peut-être pas bien réveillée : "Monsieur, c'est tout de même bizarre ce que vous dites, que "si le lait est utile, le veau est inutile."

8.
Shakespeare, et si on samplait "Then I beat my tabor"/"Then I beat my tabor"/"Then I beat my tabor or or or or

9.
Shakespeare, "my spirits, as in a dream", et moi qui les suis parmi les vivants et leurs regards de plus en plus lointains.

10.
"This is a devil, and no monster. I will leave him; I have no long spoon."
(Shakespeare, "La Tempête", II,2 [Stephano])

11.
Quand on sait, on sait que nos cuillères ne sont jamais assez longues pour touiller la soupe au bouc.

12.
Shakespeare, "twelve winters" pour y hurler des chansons à fendre les chênes.

13.
"Quel autre prodige va-t-il nous donner pour un jeu d'enfant, tout à l'heure ?"
(Shakespeare traduit par Yves Bonnefoy, "La Tempête, II,1 [Antonio])
Donner prodige pour jeu d'enfant : belle expression.

14.
Shakespeare, "La Tempête", "ramener une île dans sa poche et la donner pour pomme à son fils, semer la mer de pépins pour qu'en jaillissent d'autres îles".

15.
Shakespeare, celui dont le visage nous échappe, se dédoublant, se multipliant comme pris au prodige de son propre jeu.

16.
Shakespeare, "Have we devils here ?" - Non, ce ne sont pas des diables, mais de "vilaines chansons".

17.
"A howling monster ! a drunken monster !"
(Shakespeare)
Un braillard saoulard bien monstre, ou quelque vieux fantôme sorti des sillons du passé ?

18.
Je vois une parenté entre la chanson diabolique du "Septième Sceau" de Bergman et les "scurvy tunes" de "La Tempête".

19.
Shakespeare, comme s'il y avait des choses, des ombres, des trucs et des êtres qui plus jamais "ne sortiront de nos os".

20.
Cette chronique des ténèbres, qu'on appelle théâtre de Shakespeare, tantôt tenue par un mélancolique, tantôt par un bouffon.

21.
J'aime que l'Ariel de La Tempête promette de "faire gentiment l'esprit"; c'est si rare les esprits qui ne finissent pas par tourner en mauvaises consciences.

22.
Ecrivant ces brefs, mon oreille attrape ce "Buenos Aires, la ville aux yeux fardés" d'une chanson de Julien Clerc et Etienne Roda-Gil.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 décembre 2104.

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 15:55

COMME S'EMIETTE LE BISCUIT

1.
Des fois j'aime bien en écrire des de douze
Le ciel lâcha des éclairs la meute grondante.

2.
"L'imagination grossit les petits objets jusqu'à en remplir notre âme, par une estimation fantastique"
(Pascal, "Misère de l'Homme sans Dieu")

3.
L'œil émiette le réel en une infinité de détails dont il est visible que les autres font partie.

4.
Nous fourrons dans notre âme un milliard de choses que, fort heureusement, notre tête révoque consciencieusement.

5.
Notre âme, cette broyeuse, cette trieuse de petits riens qui constituent les différences d'un bipède l'autre.

6.
Nous sommes au réel comme à un théâtre lointain, dont les répliques ne nous parviennent que par bribes et lambeaux.

7.
"Dieu ne doit que selon ses promesses" écrit Pascal. C'est dire qu'il se fiche bien des nôtres.

8.
Pascal définit Dieu ainsi: "C'est un point se mouvant partout d'une vitesse infinie; car il est en tous lieux et est tout entier en chaque endroit."
Autrement dit, Dieu est incalculable.

9.
"Vanité, jeu, chasse, visite, comédies, fausse perpétuité de nom."
(Pascal, "Misère de l'Homme sans Dieu")

10.
Nous avons des sosies à la chasse, en visite, à la comédie, en ville; nous avons des sosies qui ne se prennent même pas pour nous.

11.
"La pluralité est la meilleure voie, parce qu'elle est visible, et qu'elle a la force pour se faire obéir"
(Pascal)

12.
Soyons plusieurs; ça nous distraira de notre irréductible solitude.

13.
Plusieurs crève toujours cependant que Seul subsiste.

14.
"Je suis légion" et "Mon nom est personne" sont les deux faces d'une même pièce avec laquelle nous payons le passage du fleuve.

15.
"Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon coeur" dit l'Hippolyte de Racine. Certes, mais le fond de l'air est frais.

16.
J'admire ce paradoxe pascalien: "Il est donc vrai de dire que tout le monde est dans l'illusion", ce qui fait que ce "il est donc vrai" n'est que mirage.

17.
Les gens tant jacassent et s'agitent tant qu'on dirait qu'ils veulent faire fuir leur être.

18.
"Nous avons attendu la justice, et elle ne vient point".
(Isaïe cité par Pascal, "Les Prophéties")

19.
Quand elle viendra, elle sera foudre.
Quand elle viendra, elle sera glaive.
Quand elle viendra, elle sera féconde
Ah ça on rigolera pas.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 décembre 2014

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 17:59

DERRIERE LA VITRE L'OMBRE DU MINOTAURE

1.
Tous les 2 décembre, je rêve d'Austerlitz, mon Austerlitz.

2.
Ce n'est pas en mangeant sa cervelle que l'on devient plus malin.

3.
Un temps viendra où, de sa robe de soie, la poupée mécanique du merveilleux fera jaillir un poignard.

4.
"High Horses", féerique à manège de chevaux de bois hanté; merveilleux album du groupe "The Residents".

5.
"Redonnez-leur ce qui n'est plus présent en eux..."
(René Char, "Redonnez-leur...")

6.
Rendre aux ombres ce qui s'est éteint, qui dans leur regard ne fait plus ni feu ni sens.

7.
"Ce qui n'est plus présent en eux", l'être même de toute présence.

8.
"du fond de mon âme" dit-on, comme si cet horizon sans points ni lignes, escalier sans marches, puits sans pelle, pouvait avoir quelque fond où prendre pied.

9.
"du fond de mon âme", voilà qui renvoie au funambule nouzigues, qui créons notre fil au fur et à mesure que nous interrogeons le vide.

10.
Pressentiment et soudaineté; le tonnerre précède et règle l'exécution de l'éclair; ainsi l'œil précède et règle l'apparition de l'être.

11.
"Soleil qui n'a que l'hiver pour devenir un astre"
(René Char, "Cur Secessisti")

12.
Le propre de l'être, n'avoir que l'hiver pour devenir un astre; pour être phénix, il faut savoir devenir cendre.

13.
Les prénoms, foule de phénix familiers qui jaillissent en fontaine de visages.

14.
Nous sommes à l'être ce que le soleil est à l'hiver; nous brûlons tout de même.

15.
"me considère comme le plus éloigné de mes sosies"
(René Char, "Envoûtement à la Renardière")

16.
Eloignés de nous-mêmes nos pommes, comme d'un pays natal que nous n'avons jamais connu.

17.
Nous laissons courir nos sosies invisibles; les fils cassés des songes nous y lient.

18.
L'encre, pieuvre visiteuse, les tentacules pleins de déchirures de réel dont nous nous faisons force et festin.

19.
Dans la syncope de l'éclair, le soudain de l'action, l'ombre du minotaure derrière la vitre.

20.
"Parfois, ce n'est pas l'arbre qui cache la forêt, mais le contraire..."
(Miss Marple dans une adaptation radiophonique par François Rivière de "La Plume empoisonnée", d'Agatha Christie)

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 décembre 2014.

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 01:11

ET DEPUIS QUAND N'ES-TU PLUS MELUSINE ?

1.
Dieu ne sait pas tout
Car s'il savait tout
Le Bon Dieu serait jaloux !
- Mon ami philosophe
Tu cours à la catastrophe !

2.
Pourquoi donc
Mon onc'
Avez-vous ce grand couteau ?
Je ne sais pas ma fille
Ma fille je ne sais pas
ça me vient comme ça les couteaux
Les grands couteaux de famille.

3.
A qui est cette girafe enflammée
Qui flambe dans le jardin ?
A qui est A qui est
- A personne Si vous le voulez
Vous pouvez vous y brûler
Les mains le pied le coeur et le nez.

4.
Je dois vous sembler horrible
Dit la vilaine au vilain
Vilain vilain
Tu me poses un lapin
Je te mets dans mon chagrin.

5.
Moi non plus je ne vais pas tarder
La nuit va tomber
La nuit va tomber
Et me tirer par les pieds.

6.
Il a de vilains yeux
Monsieur Mille Yeux
Des yeux chassieux
Des yeux envieux
Allons lui crever les yeux
Monsieur Mille Yeux
Monsieur Mille Yeux
Ouvrez donc vos yeux
Qu'on vous crève un peu.

7.
De quelle façon s'y est pris le tueur ?
Ma soeur, ma soeur, il lui a volé son coeur
Coeur volé, ma soeur, coeur volé
Et pis v'là d'l'assassiné.

8.
Bonhomme de neige
Bonhomme de neige
Te voilà bien sanglant !
- J'ai charcuté le Père Noël
Pour lui voler l'or de ses dents
Et passer l'an, et passer l'an.

9.
Ecoutez écoutez
La mélodie ironique
De la harpe cyclique
Années années vous passez bien
Nous tombons en tombons en
Tombons en d'accord que nous
Tombons en rien du tout
Queue de chien et bout
D'hibou bouh !

10.
Dans l'encre de la plaine
J'ai vu cavaliers venir
Dans l'encre de la plaine
La fée soupire
Fée soupire qui siffle qui siffle
Et sifflent le sang le vent le temps.

11.
Regarde la pluie qui tombe
On dirait jeune fille déliée
Qui tombe tombe tombe
Dans les bras de dans les jambes de
Dans les yeux de sa tombe.

12.
Moi du piano moi du violon
Et moi du couteau à découper les cons.

13.
Claque ton fouet claque ton fouet
Père Temps
Pour faire avancer l'année
Et tous ces gens et tous ces gens
Qui de passer ne semblent guère pressés.

14.
Moi je suis méchant
J'écris des comptines assassines
Pour faire fuir les enfants
Et soupirer ma cousine
Cousine, cousine
Depuis quand n'es-tu plus Mélusine ?

15.
Je lance ma boule noire
Dans les quilles des étoiles
Et puis je mets les voiles
Je suis le chaos le chaos le désespoir.

16.
Je n'ai pas d'argent
Et des trous dans les dents
je n'ai pas d'amis
Chu plein d'mépris
Tant pis tant pis tant pis
Dit la pluie qui tombe sur mes sourcils.

17.
Moi du piano moi du rhinocéros
Et moi du chien à vous mordre les osses.

18.
Petite fille petite fille
Le chat t'a crevé les yeux
Il est pourtant bien amiteux
Sauf quand on lui tire la queue.

19.
Ta chanson, ta chanson est bien brève...
- C'est que le temps n'est pas si long que je ne crève.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 décembre 2014.

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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 19:34

AUTRE CHOSE QUE LE TEMPS

1.
On croit bannir de sa mémoire ce que l'on a soigneusement placé dans le labyrinthe.

2.
Le passé, ce puzzle, notre présent.

3.
Exister, avoir un entretien avec le réel, plus ou moins long, plus ou moins vain, plus ou moins nourri d'un argumentaire illusoire.

4.
Comme on pense à son chien on songe à la mort.

5.
Vois comme il pleut; ne vois-tu pas dans tout ce gris un peu de sang ?

6.
Et des chevaux plus légers que neige qui tombe
Et plus foudroyants qu'un soudain des éclairs.

7.
Nous avons vomi Dieu et ravalé le moi.

8.
Elle avait face feuillue
Les pies lui volaient son latin.

9.
Elle avait face feuillue
On lui voyait battre fontaine.

10.
Borges, des rois parlent aux poètes et tous deviennent fous comme si un seul mot.

11.
Borges, des cycles épiques lâchent dans l'encre des plaines leurs bataillons sans visage.

12.
Borges, quelqu'un lit un roman qui n'existe pas dans une une ville au nom effacé.

13.
Borges, le monde serait-il autant au Congrès des Etats-Unis d'Amérique qu'à quelque collège invisible du Buenos Aires de jadis ?

14.
Borges, sommes-nous si déterminés par la fable et prédestinés par le conte que, quel que soit le chemin que nous prenons, nous en revenons toujours à la même citation ?

15.
Borges, la "rue oblique" que l'on voit par la fenêtre, et qui ne donne que sur des livres.

16.
Borges, les "inextricables masses de trois mille vers" d'où, comme fontaine délivrée, rejaillit tout un monde.

17.
Je me souviens du cheval foudre et de ses yeux de rouge colère.

18.
Je me souviens de la fée qui serpente le samedi et qui fait siffler l'herbe.

19.
Dans la cité de syllabes d'un texte de Borges, qui est ce suicidaire qui dit que "de temps à autres, il faut brûler la bibliothèque d'Alexandrie" ?

20.
Peut-être que des fois, un seul mot, lâché comme un chien fou à la gorge du réel.

21.
L'expression "de temps à autres" me fait parfois penser qu'il y a peut-être autre chose que le temps.

22.
Je me souviens que dans la nouvelle "There are more things", Borges évoque "quelque chose de pesant, de lent et de multiple", l'indéterminé en marche d'un agrégat de volontés féroces.

23.
Je me demande si le capitalisme peut se représenter sous la forme d'un consortium de volontés féroces ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 6 décembre 2014.

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 16:11

EN ME PASSANT PAR LA TÊTE

1.
Dans la nuit du Louvre, La Joconde pousse de longs soupirs. Personne ne l'entend. Tout dort, sauf Belphégor.

2.
Y a des fois on a du mal à l'avaler, sa couleuvre du jour. Faut bien pourtant; c'est la couleuvre qui fait le bifteck.

3.
Et puis il vit son univers basculer, cheval et cavalier agrippés par des mains invisibles.

4.
Je l'ai cousu dans mon chat. Depuis, il ne me parle plus. Il s'empoussière dans le longtemps.

5.
Il se mettait à rire comme on se met à table, avec appétit et bonne volonté.

6.
Des fois, on part en trombe, mais on revient quand même à pattes.

7.
On croit souvent qu'on sait à quoi s'en tenir, mais ça s'échappe, ça file, ça vous laisse que rien.

8.
Ce n'est pas avec des mirages que l'on prépare ses bottes.

9.
Je vis passer une lueur dans son regard; elle était ailée et pleine d'écailles.

10.
Se rappelle-t-on s'il y avait déjà quelque chose ? On le pressent et on le sait. Oui, il y avait déjà quelque chose. Quelque chose, mais quoi ?

11.
Parfois, rattrapé par ses moulins à vent, on sombre dans la manche des songes.

12.
"il crut entendre les syllabes de son nom courant sous les frondaisons du parc."
(Exbrayat, "Amour et sparadrap")

13.
Est-ce avec du pain de chimère que nous nourrissons nos illusions ?

14.
L'ironie, c'est que c'est l'illusion qui nous chasse du réel.

15.
Il posa un marteau à côté d'une assiette et attendit. Rien ne se passa. Marteau ne bougea et assiette ne se brisa. Il décida qu'il pouvait manger tranquille.

16.
Qui lâche melon et parapluie finit mouillé et puis pour dessert, ce sera fromage.

17.
"où les filles se trouvèrent entraînées ainsi que les meubles d'ailleurs."
(Exbrayat, "amour et sparadrap")

18.
"Souvent, pour s'amuser," ils ne s'amusaient pas, les contrariants.

19.
Des fois, quand vient son tour, il est désagréable, le réel, comme quelqu'un qui vous reproche d'être là.

20.
Sans doute que pour le réel, nous sommes des occupants, des envahisseurs, d'où sa résistance opiniâtre à ne pas se laisser commander.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 30 novembre 2014.

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 20:38

DANS LES PLUIES QUI RUMINENT

1.
Salade, suite d'oreilles fatiguées.

2.
Ciel, rideau bleu derrière lequel les dieux spéculatifs discutent de l'existence des humains.

3.
Frite, être délicieusement peuple qui hante la pièce de bœuf.

4.
Ciel, rideau bleu derrière lequel les dieux ne cessent d'arranger de compliquées affaires de famille.

5.
Gant, porte-mains, porte-gifles, porte-épée, porte si l'on veut dans quelque ésotérisme derrière lequel s'agitent des mains blanches, des mains noires.

6.
Nuit, vignoble de paupières closes, avec leurs manèges de jours étranges et de landes foudroyées.

7.
Je me demande si la chanson "Strange Days", des Doors, a été inspirée par "La Couleur tombée du ciel" de Lovecraft.

8.
Et puis peut-être que les Riders on the storm savent quelque chose de la lande foudroyée.

9.
On ne ressort pas toujours blanc comme neige de la lessiveuse du temps.

10.
Masque, être fixement expressif derrière lequel on croit parfois qu'il y a quelqu'un.

11.
Ouragan, géant qui prouve son existence en brassant du vent.

12.
Toit, accent circonflexe à lucarne des fois.

13.
Porte, être qui se passe de commentaires quand il s'agit de la claquer parce que hein ça suffit comme ça.

14.
La pluie rumine; la pluie est une vache qui dégringole en petits traits de grisaille sur le plancher des bipèdes.

15.
Monsieur Droit on dirait une statue
Il est très extravagant
Et rêve d'attraper des ouragans
Pour en faire des toupies qui tuent.

16.
Elle a dit-on du diable la beauté
Et l'on voit sans cesse renaître
Dans ses yeux la petite éternité
De quelques flammes - l'enfer peut-être ?

17.
Or donc puisqu'elle hurlait
Ses mains filèrent le long de la majestueuse
Robe et tentèrent de dénicher la tueuse
Minuscule qui s'agitait entre le feston et l'ourlet.

18.
C'était un être qui appréciait comme toi
Les roses et les belles
Qu'il malaxait longtemps longtemps entre ses doigts
Du reste il lui en fallait toujours de nouvelles.

19.
"Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage"
(Baudelaire, "L'Albatros")

20.
Des fois pour se nourrir les hommes d'équipage
Attrapent des moutons qui paissent l'herbe bleue
De ces bestiaux laineux il font viande et potage
Dans le bouillon voyez comme passent leurs yeux.

21.
Alors Dieu créa les jambes et tous se mirent à circuler; puis, L'Eternel créa les bras, et tous se mirent à s'agiter; puis, l'Imprononçable créa les langues, et tous se mirent à jacasser; puis, l'Insondable créa les couteaux, et tous se mirent à s'entr'égorger.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 novembre 2014.

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 18:46

JE JOUE AVEC LA LUNE ET AUTRES MIETTES

1.
Comme le trottoir se soulevait
Il eut l'idée de regarder dessous
Il crut devenir fou
En voyant la ville de l'autre côté.

2.
Mademoiselle Toxeen Champignon a mauvaise réputation; on dit qu'elle a une langue de vipère.

3.
On ne fait pas d'omelette sans en faire un plat.

4.
Quand on prend un oeuf pour son oeil, on passe son temps à courir au cul des poules.

5.
Le capitaine est rentré précipitamment au port. Son navire est envahi d'oeufs à la coque. S'ils éclatent, les serpents, c'est sûr, monteront à bord.

6.
La vie que je mène
Où donc qu'elle m'emmène
Disait le boulet à sa chaîne.

7.
Le gus La Mouche est un rien schizo. Et dès qu'il devient Spider, il se prend dans sa toile.

8.
Comme il ne restait plus que des chevaux en kit, nous nous résolûmes à les monter. Ce ne fut pas sans mal.

9.
On commença à comprendre la nature profonde de Saxophone Joe le soir où l'on vit sortir de l'embouchure de son instrument escarpins, bas et jambes de femme. Ou alors, c'est qu'il est très distrait.

10.
Johnny Bigoudi rêva longtemps d'une guitare de rock star; aussi mit-il longtemps à accepter sa condition d'auxiliaire capillaire pour pousseuse de bêlements et rengaines.

11.
L'avaleur de fantômes
est bien utile aux hommes
il les dépoussière
de tous leurs spectres
mais attention à bien le débrancher avant
qu'il vous avale vous-même tout entier
des ongles des pieds
aux nerfs des dents.

12.
Le pécheur de reflets, son problème, c'est que parfois, fasciné par ce qu'il croit voir de féerie, il finit noyé quelque part derrière la peau tendue des choses.

13.
Lui, ce qui le fascine, c'est la Lune Monstra
C'est du reste la même lune que celle qui illune les pas
De tout le monde
Mais lui, il y voit passer des choses rondes
Epiques et ambiguës, des choses molles
Qui piquent et qui ruent, des choses folles.

14.
Caramel Mou est un démon colle-aux-dents
Tellement tellement
Que tu en finis asphyxié
Dans un réseau serré de fils sucrés.

15.
Sieur Carnaveau fréquente le carnaval
Il s'immisce se glisse dans les éclats de vos rires
Et gonfle gonfle gonfle votre gorge
Que vous en éclatez en mille et sanglants confettis.

16.
Le speaker de France Culture qui fit remarquer que le Jack Nicholson de "Shining" a un couteau fort propre à découper la dinde a-t-il pensé aussi aux lardons ?

16.
JE JOUE AVEC LA LUNE

Je joue joue joue - des âmes
Joue avec la avec la - des âmes
Avec la lune plein mes doigts - des âmes
La lune plein ma tête la - des âmes
Lune plein plein plein

Je joue avec cette lune - des âmes montent
Joue avec que ça en fait des do - des âmes montent
Avec des ré avec des mi - des âmes montent
La lune avec laquelle la - des âmes montent
Lune je joue

Je joue joue oh je - des âmes montent dans les voix
Joue avec la lune je la bats - des âmes montent dans les voix
Avec mes doigts d'baguette - des âmes montent dans les voix
La lune vibre vibre vibre la - des âmes montent dans les voix
Lune et splashe et pom et pom et pom pom girl

Je joue oui je - des âmes montent dans les voix et jonchent
Joue avec la lune je la bats je la fouette - des âmes montent dans les voix et jonchent
Avec mon fouet à battre les lunes en neige - des âmes montent dans les voix et jonchent
La lune je la bats en neige la - des âmes montent dans les voix et jonchent
Lune et tous les chevaux noirs de son manège

Je joue avec la lune je - des âmes montent dans les voix et jonchent mon âme
Joue joue joue joue tellement - des âmes montent dans les voix et jonchent mon âme
Avec qu'il en coule de - des âmes montent dans les voix et jonchent mon âme
La lune toute rouge cailloux hiboux choux genoux la - des âmes montent dans les voix et jonchent mon âme
Lune est pleine de règles -

Je prends mon banjo et - des âmes montent dans les voix et jonchent mon âme de mains mortes
Joue des chansons lunaires - des âmes montent dans les voix et jonchent mon âme de mains mortes
Avec d'la floue d'la roule d'la moule et pis - des âmes montent dans les voix et jonchent mon âme de mains mortes
La lune passe entre mes crayons la - des âmes montent dans les voix et jonchent mon âme de mains mortes
Lune poignardée par le premier rayon - ah !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 novembre 2014.

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