Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 20:59

COMME SI DE RIEN N'ÉTAIT OU ALORS

 

1.

« Toute rue est une caverne »

(Raymond Queneau, « Une facilité de pensée »)

 

Si « toute rue est une caverne », c'est que les villes sont des ensembles de cavernes, et sont donc creusées dans quelque montagne invisible.

 

2.

« Il a su pratiquer de si rusés détours »

(Corneille, « L'illusion comique », II, 8 [Lyse])

 

La ruse est l'art du détour, ne serait-ce que parce que la ligne droite est le plus court chemin du sot à la gueule du loup.

 

3.

C'est souvent par manque d'imagination que nous ne rusons pas et que nous nous retrouvons gros-jean comme devant.

 

4.

Plus le réel est complexe, plus il demande de ruses, ce qui ne le simplifie pas. Le monde est aux renards.

 

5.

Auparavant, une charge de cavalerie changeait la face du réel ; maintenant, il y faut moult ordinateurs, drones et satellites.

 

6.

« Et puis, de partout, on peut voir le ciel étoilé ; voilà un beau précipice. »

(Alain, « Voyages » in « Propos sur le bonheur »)

 

Si le ciel étoilé est un « beau précipice », c'est que, fort heureusement, ce monde est monté bien haut dans l'art de se changer les idées.

 

7.

Si le ciel étoilé est un « beau précipice », c'est donc que nos âmes ne montent pas au ciel mais y tombent en pluie d'étoiles filantes.

 

8.

Je pense que nous nous précipitons trop facilement les uns les autres dans le royaume des cieux, comme si de rien n'était.

 

9.

On dit que Prince a laissé des milliers de chansons inédites. Des milliers… Prince fut-il le Picasso du rock n' roll ?

 

J'exagère… C'est plutôt Frank Zappa le Picasso du rock, non ?

 

10.

Entendu sur France Inter que pour Prince, l'expression « Purple Rain » signifiait le mélange du rouge du sang et du bleu du ciel.

 

Cf « Very Good Trip » en hommage à Prince, Michka Assayas, France Inter, le dimanche 1er mai 2016.

 

11.

J'ai beaucoup aimé rock loustic et pop bizarre car j'y ai parfois perçu les échos des images surréalistes qui tant me fascinèrent.

 

12.

Rien de plus essentiel que la logique ; c'est d'elle que nous tirons toutes nos chimères.

 

13.

« Le réel, c'est quand on se cogne » ai-je entendu attribuer à Lacan. Le réel est donc contondant et la conscience essentiellement douloureuse.

 

14.

« Soupir d'harmonica qui pourrait délirer »

(Rimbaud, « Les chercheuses de poux »)

 

Qu'un harmonica soupire, soit… mais pour qu'il puisse délirer, il y faut une science, un art de la musique, du virtuose.

 

15.

« Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n'a pas de relations »

(Rimbaud, « Délires II » in « Une Saison en enfer »)

 

Des « voyages de découvertes dont on n'a pas de relations »... Il n'y avait peut-être rien à trouver, ou alors de lourds secrets…

 

16.

Les théoriciens du Grand Complot Mondial sont des gens assez sots pour s'imaginer que le réel tient compte de leur petite personne.

 

17.

C'est parce que Zut les sait tout aussi doués qu'elle-même de raison et de sensibilité que Zut les craint .

 

18.

Des fois, j'observe mon ombre, laquelle m'observe, et je sens bien que c'est à qui surprendra l'autre dans sa tentative.

 

19.

Zut, des fois, elle voit son ombre, petite peste en jupe noire, couettes noires et yeux noirs, lui tirer une langue noire, avant de détaler dans l'escampette des rues.

 

20.

Seule la spécialisation des professeurs permet un niveau élevé dans la maîtrise d'une matière. Le fourre-tout disciplinaire est une ânerie de technocrate.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 1er mai 2016.

1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 18:07

INTRA-LUNAIRES

 

1.

Des fois y a du fou dans l'air

du non-dit dans l'désir

du trouble-raison du mêle-cœur.

 

2.

Dans le temps y a nos gueules

nos goulafreries nos féroces

et puis nos dents tombent.

 

3.

Plus un mot.

Pas un rot.

On entendrait une sardine soupirer dans sa boîte.

 

4.

Face à la faux faut êt' fou pour s'fendre la poire.

 

5.

« Un enfant pleure

une radio crie »

(Raymond Queneau, « Acoustique »)

 

Radio crie, télé beugle, baffles gueulent, coups pleuvent, mômes pleurent, tue-tête, cinoche permanent, grande cognerie humaine.

 

6.

A vaincre sans péril, on triomphe sans une égratignure.

 

7.

« Marchons sous la faveur des ombres de la nuit. »

(Corneille, « L'illusion comique », III, 7, [Matamore])

 

Marchons sous la grimace et

Sous la sphinge

La grand songe nous fait cette

Faveur : nous indiquer le Nord.

 

Des singes en nos

Ombres nous suivent ce sont singes

De parage à merveilles qui dans

La caboche agitent nos songes et la

Nuit nous grimacent.

 

8.

« Je les entends, fuyons. Le vent faisait ce bruit. »

(Corneille, « L'illusion comique », III, 7, [Matamore])

 

Le vent faisait ce bruit, agitant des chaînes invisibles, démarrant de grands vaisseaux de nuées, qu'ça vous secoue l'cocotier d'l'imaginaire.

 

9.

Si votre âme était plus hardie, elle jonglerait avec des couteaux, ceusses-là que, politiques, on s'colle entre les dents.

 

10.

Nous courons d'un spectacle à l'autre ; nous suivons nos yeux.

 

11.

« mais le roi de la planète ne donne pas audience à toutes ces choses. »

(Alain, « L'âme prophétique » in « Propos sur le bonheur »)

 

« Mais le roi de la planète ne donne pas audience à toutes ces choses» et les laisse sécréter en vous leurs venins.

 

12.

« Ami, tout est-il prêt ? Mais la reine s'avance. »

(Racine, « Phèdre », II, 5 [Hippolyte])

 

« Ami, tout est-il prêt ? Mais la reine s'avance. »

Mirez son nez hautain ; on dirait qu'a va pondre.

 

13.

« Mais revenons à la proie. »

(Henri Michaux, « Animaux fantastiques »)

 

« Mais revenons à la proie ». Du reste, l'ombre n'a pas attendu nos restes et a filé tout droit se fondre dans le crépuscule.

 

14.

« L'homme retrouve sa défaite : le quotidien. »

(Henri Michaux, « L'insoumis »)

 

« L'homme retrouve sa défaite : le quotidien », se recompose alors une bonne tête de chien.

 

15.

« Mais la mauvaise humeur nous lie, nous étouffe et nous étrangle »

(Alain, « Le sourire » in « Propos sur le bonheur »)

 

« La mauvaise humeur nous lie, nous étouffe et nous étrangle » ; nous nous sentons croître dans l'être tout un peuple d'angles.

 

16.

« Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi ? »

(Racine, « Phèdre », II, 2 [Hippolyte])

 

« Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi »

Qu'à peine je me vois tourner au coin d'moi-même ?

 

17.

« Par des spectres pareils à des corps animés »

(Corneille, « L'illusion comique », I, 2 [Alcandre])

 

Dites donc qu'on s'rait pas des fois manipulés

« Par des spectres pareils à des corps animés » ?

 

18.

« TRISSOTIN

J'ai cru jusques ici que c'était l'ignorance

Qui faisait les grands sots, et non pas la science.

 

CLITANDRE

Vous avez cru fort mal, et je vous suis garant

Qu'un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant. »

(Molière, « Les Femmes savantes », IV, 3)

 

« Qu'un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant » : c'est de n'avoir pas compris cette réplique du Clitandre de Molière que de doctes zozos firent des programmes d'enseignement général des LP des modèles de ridicule.

 

19.

« Ma foi, ma chère sœur, vision toute claire. »

(Molière, « Les Femmes savantes », II, 3 [Ariste])

 

« Ma foi, ma chère sœur, vision toute claire » :

Qu'est-ce que la terre sinon un œuf d'où sortent

Des milliards de vers agités et perspicaces.

 

20.

« La Lune : sur la lune je n'ai rien à dire »

(Raymond Queneau, « L'herbe : sur l'herbe... »)

 

Si je n'ai rien à dire sur la lune, c'est que je n'y suis pas ; ce qui ne m'empêchera jamais d'être dedans et d'y rester.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 1er mai 2016.

30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 12:28

SIX STUPIDES SONNETS (D'CLOWN)

 

SONNET D'LA PORTE A DENTS

 

La porte la porte la porte la porte

S'ouvre derrière la porte une ombre

La porte la porte la porte la porte

S'ouvre sur une ombre qui balbutie.

 

La porte la porte la porte la porte

S'ouvre en grinçant des dents cette

Porte a des dents c'est curieux que

Cette porte c'est qu'elle mordante.

 

La porte la porte la porte la porte

Derrière la porte y a plein de cous

Coupés de jambes coupées y a du mor

 

La porte la porte la porte la porte

Je la prends puis je m'enfuis assez

Loin qu'la porte ne puisse plus mor

 

SONNET D'LA POULE A MANGER

 

Je prends la poule pour la manger

J'aime manger les poules poules &

Poules & poules & poules & poules

Vous tournoyez ô soleils à plumes

 

Je plume la poule pour la dévorer

J'aime dévorer les poules le vent

Passe et ne prends pas les plumes

Pour écrire un mot sur les sables

 

Les sables sont pleins de morts &

de poules qu'on voit pas poules &

Poules & poules & poules & poules

 

Qui pondez dans le sable des œufs

Dont le blanc coule d'mes narines

J'vous cuirai dans un soleil d'or

 

SONNET DU CLOWN BOUFFÉ

 

J'ai bouffé l'bouffon c'matin

Acide un peu l'bouffon humour

Sombre de l'ombre sans lune Ô

Bouffon éclaire moi c'te jour

 

J'ai bouffé l'pink floyd très

Horloger fou l'pink floyd tic

Tac toc toc c'est l'clown qui

Cogne à la porte d'ma caboche

 

Chhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhut

J'ai croqué l'guignol c'matin

N'en dites rien i jacte drôle

 

I dit comment qu'ça va Lise &

Toi là matelas Étoile à Matla

Et qui c'est-y don c'Matla-là

 

SONNET D'LA CORNEMUSE A BOTTES

 

« Quand j'ai dansé jusqu'à minuit

la cornemuse a mis ses bottes »

(Raymond Queneau, « Nocturne »)

 

La cornemuse a mis ses bottes

Est partie ouin ouin ouin est

Partie ouiner avec un autre &

Moi j'reste seul avec mon nez

 

La cornemuse a mis ses bottes

A filé ouin ouin ouin par les

Champs a ouine ouine ouine et

Pointe son groin par la brume

 

J'aime bien les cornemuses la

Jupe plissée qu'elles ont pis

Des bottes du cuir du luisant

 

Ça m'amuse la cornemuse ça me

Trouble aussi quand ça chante

Il semble qu'gémit la sphinge

 

SONNET D'LA MICHELLE MA BELLE

 

« Michelle, ma belle

Sont des mots...»

(Lennon/McCartney)

 

 

Michelle Ma belle sont des mots

Qu'des mots qu'des mots d'dents

Qu'on a dedans dedans dedans de

Devant Ah qu'tu étais mignonne.

 

Michelle Ma belle sont des mots

Qu'des mots qu'des mots que moi

J'en ai plein des mots comme ça

Hélène ma laine pis Zut mon ut.

 

Michelle Ma belle sont des mots

Qu'j'en ai marre d'ces mots qui

Font qu'à tourner façon poisson

 

Michelle Ma belle mais dis donc

T'as 70000 ans maintenant et ni

langue ni guitare plus d'dents.

 

SONNET A LA BOULE NOIRE

 

La boule roule noire noire noire

A bouscule les jambes la boule a

Fait fuir les zoziaux la boule a

Décroche cloches & chute le ciel

 

La boule roule noire noire noire

A croche-pattes dans les rangs a

Troue l'drapeau puis l'château a

Tombe à pic à casse bras et becs

 

La boule roule noire noire noire

Quel jeu je joue j'avoue je sais

Pas moi j'envoie bouler les vers

 

La boule roule noire noire noire

C'est quoi ce flipper d'enfer ce

Tilt qui klïngue et m'décaboche?

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 30 avril 2016.

Published by PATRICE HOUZEAU - dans VERS JUSTIFIES
commenter cet article
27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 04:32

PIS QU'ON GLOUSSE ET QU'ON S'ENFONCE

 

1.

« Arrêtez de me faire rire ! Quand je ris, je glousse et quand je glousse, je m'enfonce ! »

(Zidrou, « The End by Richard Badhead and Benn Mc Zid », in Spirou n°4071 [Le sergent Chesterfield])

 

Y en a des billes d'clown pour vous faire rire tout d'même quand même qu'on glousse, qu'on glousse, pis qu'on s'enfonce.

 

2.

Jim Morrison à propos du cinéma : « to create an intermittent other world », un monde d'apparitions.

 

3.

« Les mouches d'aujourd'hui

ne sont plus les mêmes que les mouches d'autrefois »

(Raymond Queneau)

 

Du reste, l'autrefois d'aujourd'hui n'est plus le même que l'autrefois d'autrefois.

 

On ne se baigne pas deux fois dans la même mouche ne veut pas dire que l'été est infesté de fleuves.

 

4.

Le travail permet aux gens d'avoir du crédit social. Empêcher les jeunes gens d'accéder au travail en les soumettant de plus en plus longtemps à l'autorité de l'institution scolaire est une erreur économique, politique, ontologique.

 

5.

Des chats voulurent empêcher d'autres chats d'entrer. Cela fit tournoyer bien des griffes.

 

6.

Des fois, les princes meurtriers i contrôlent plus qu'un quart de leur territoire ; sont très Ubus et roi se meurt, des têtes au marécage.

 

7.

Enchaînés ou pas, les canards, ça glose et dégoise, bave bave bave, fait même des fois dans l'anonyme courageusement dénonçant.

 

8.

Je n'aime pas la politique et je n'aime pas la satire de la politique. Dans les deux cas, certains s'acharnent à semer le vent des tempêtes.

 

9.

« faire tomber les traîtres » dit-il, comme s'il était un banni, un tourmenté, un menacé de mort, un tragique dans un péplum.

 

10.

Entendu sur France Culture ce dimanche 24 avril 2016 : « Nuit Debout » est plus un moment qu'un mouvement. » Je suis d'accord.

 

11.

« Cependant, ce qui compte, ce n'est pas la perfection, c'est l'émotion. »

(William Christie)

 

(propos de William Christie, recueilli par Bertrand Dermoncourt, in L'Express n°3380, semaine du 13 au 19 avril 2016, p.16)

 

La perfection relève du machinal, du robotique ; seule l'émotion est réellement humaine.

 

12.

J'aurais dit beaucoup et son contraire aussi, mais le plus sincèrement du monde, ou presque.

 

13.

Zont voulu l'Europe zont plané dans l'idéal d'la paix des peuples et touci-touça pis zarrêtent pas d'ouiner au loup pauvre.

 

14.

Je m'demande ce qu'elles donneraient les élections dans un pays où il y aurait plus de demandes d'asile que d'naissances.

 

« Heinz Fischer, n’a sans doute pas servi son camp, en affirmant que le nombre des demandes d’asile déposées en Autriche en 2015 « avait dépassé celui des naissances ».

(Le monde.fr, le 25/04/2016)

 

15.

Haro sur le baudet, ô la pas belle idée ! Le Grand Remplacement, horreur rance, brune peste ! qu'dans dix ans si ça s'trouve cliché et j'vous l'avais bien dit.

 

16.

Fait admis qu'on dit qu'20 % des mômes entrent au collège sans savoir bien lire. Koikilendit l'pédagogiste ? Qu'on n'est pas allé assez loin ? Qu'on n'a pas assez réformé, égalisé, triangulé la transmission, cuistré la fadaise ?

 

«Des fois, y a du cuistrum quidam pour observer qu'une « centration temporaire », voyez, genre « angle d'entrée dans un ensemble » qu'ça peut, dis, « reléguer au second plan certains aspects de la complexité ainsi modélisée » (il a écrit « ainsi » -si, si !), même que cela « restera temporaire et conscient » (nous voilà rassurés) « dans l'analyse des situations ou dans la conception de l'acte d'enseigner » même que cette merveille de sotte concision, je l'ai lue sur Wikipédia dans un article sur « Le Triangle pédagogique », lequel triangle me semble encore un de ces à faire bêler l'mouton bidules assez utiles pour justifier le blabla pédagogiste subventionné.

 

17.

Les Savants Cosinus du pédagogisme, réforme après réforme, l'école craque d'partout qu'ça les empêche pas d'continuer à théoriser sec, savez.

 

18.

Allez zou, en Angleterre, les mômes ! Rien qu'un jour, histoire de, l'artiche de vos parents, la laisser à l'Anglais.

 

19.

« Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur. »

(Racine, « Phèdre », II, 5 [Phèdre])

 

Alors maint'nant, tragique baudruche, débrouille-te !

 

20.

« Les classes moyennes qui ont peur d'un déclassement »

(Analyse commune)

 

Parce qu'on les appelle « classes », craignent le « déclassement » ; du reste, on les floue, les vague, les enfarine sociologique.

 

21.

Comptèrent les malheurs, firent prophéties, savantes arguties, projet sociétal, thèses et colloques, tirèrent profit, parti, portefeuilles.

 

22.

Mon avis qu'les rêves d'égalité totale, d'communauté camarade, ça vous mène vite à l'idem de tous, à la tyrannie des p'tits profs.

 

23.

« J'aime… A ce nom fatal, je tremble, je frissonne.

J'aime... »

(Racine, « Phèdre », I, 3 [Phèdre])

 

J'aime la répétition de ce « j'aime » qui n'ose dire son nom.

 

24.

« La reine touche presque à son terme fatal »

(Racine, Phèdre, I, 2 [Oenone])

 

La lame du visage face à la faux.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 24 avril 2016.

21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 23:52

ART DE L'ANTIDOTE

 

1.

« Ils dansent en sorte que la danse de leur danse tourne sur elle-même »
(Jacques Darras, « Les Gilles de Binche »)

 

Ainsi tournent et dansent les gouvernements, croyant avancer, progresser pour finalement retomber dans les mêmes cycles, cercles, milieux.

 

2.

Sans doute, l'horizon de toute phrase est-il politique, économique, ontologique.

 

3.

La passion politique a moins affaire avec le singulier qu'avec l'être ensemble qui n'est jamais si beau que lorsque l'on se sent seul.

 

4.

« Hélas ! seigneur, quel trouble au mien peut être égal ? »

(Racine, « Phèdre », I, 2 [Oenone])

 

Une société est une somme de troubles qui s'ordonnent et s'accordent plus ou moins ; de là tout l'art de la représentation.

 

La littérature fait des seigneurs des bourreaux et des confidents, et tous veulent se faire entendre d'un prince qui n'écoute jamais que lui-même.

 

5.

« Puisque j'ai commencé de rompre le silence,

Madame, il faut poursuivre »

(Racine, « Phèdre », II, 2 [Hippolyte])

 

Nous jouons au chat et à la souris avec le secret, et souvent, nous tournons autour du pot-aux-roses en se gardant bien d'y toucher.

 

La presse a pour but de « rompre le silence » et de poursuivre ses révélations, jusqu'à ce qu'elle-même prenne peur.

 

6.

Le commerce sublime le vol, le transforme en l'art subtil d'être ensemble, et somme toute, engraisse l’État comme on engraisse un veau.

 

7.

« Ah ! qu'est-ce que j'entends ? Un traître, un téméraire

Préparait cet outrage à l'honneur de son père ? »

(Racine, « Phèdre », IV, 1 [Thésée])

 

L'Histoire, traîtrises, coups d'poignards dans l'dos, reniements d'soi, et pour prix de toutes ces témérités, les multitudes sacrifiées.

 

Pour prétendre le guérir, il faut convaincre le corps social qu'il est bien malade. C'est dans le diagnostic que se dessine le dictateur.

 

8.

Dès que l'humain a quitté la préhistoire pour l'Histoire, il a commencé à s'excuser.

 

9.

« Je te défie en vers, prose, grec et latin. »

(Molière, « Les Femmes savantes », III, 3 [Vadius])

 

La cuistrerie (laquelle, de nos jours, se nomme pédagogisme) tend à faire dépendre les institutions de sa précieuse expertise.

 

10.

Politique : art de donner du sens à ce qui essentiellement n'en a pas : une suite de consciences se rongeant mutuellement jusqu'à l'os.

 

11.

Ce que l'on reproche à l'humain, n'est pourtant qu'une fidélité à soi-même, fût-elle si féroce que nous en appelons au berger salvateur.

 

12.

« Mais combien de choses fait-on pour l'incertain, les voyages sur mer, les batailles ! »

(Pascal, « Pensées »)

 

L'humain est incertain, et c'est sur cet incertain qu'il fonde toutes ses certitudes, et la gloire de se tromper tout de même.

 

13.

La démocratie est une affaire de posologie, équilibrer les poisons qui garantissent sa réalité et les contrepoisons qui permettent à l’État d'en assurer la pérennité. La politique, un art de l'antidote.

 

14.

Ce n'est que par le secret que l'on peut réellement garantir le succès des affaires publiques. Transparaître, c'est trahir.

 

15.

Méfiez-vous du masque joyeux de la fantaisie. Elle est parfois ce sourire du loup, juste avant qu'il attaque.

 

16.

Qu'il y ait un Créateur de nos pommes - soit ! Mais alors l'humain, quel acte manqué.

 

17.

Jadis, le trésor était dans la langue. Il est maintenant dans des machines qui parlent à notre place.

 

18.

Caricature de la transmission des savoirs : ni maître ni apprenti, mais des taux de réussite et des bilans comptables.

 

19.

Johnny Rotten, à l'époque où il beuglait « No Future », était une sorte de lanceur d'alerte.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 21 avril 2016.

Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article
21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 21:45

MOI JE EST UN AUTRE HAÏSSABLE

 

1.

Dans la « Rue Chose », telle que l'a vue Queneau, il y a « trois estafilottes » de Père Noël (aurait-il pu préciser).

 

2.

« La tour squelettique », de Queneau, tend à prouver que pour arriver au crâne faut s'escalader le tibia ; avoir du chou demande de l'os.

 

3.

Dans la « Rue Chose », telle que l'a vue Queneau, il y a « trois escarbeilles », et qui pirquent (aurait-il pu préciser).

 

4.

« Affreux mur », de Queneau : y passe la forme « j'invimple », c'est une sorte de limple, de rimple même, si vous voulez.

 

5.

Dans la « Rue Chose », telle que l'a vue Queneau, il y a « trois escasses» les bonbons Ah les agaçantes ! (aurait-il pu préciser).

 

6.

Dans « Les entrailles de la terre », de Queneau, il y a le métro, doux et chaud comme un ventre, et puis le monde perdu des poinçonneurs.

 

7.

Dans la « Rue Chose », telle que l'a vue Queneau, il y a « trois escaumes », sweet home dit-on en ouvrant le o de la porte (aurait-il pu préciser).

 

8.

On peut, comme Queneau, évoquer le temps des « zazors plus heureux que le coing ». Moi, je sais des fanfares à canards et tagada couac couac.

 

9.

Dans la « Rue Chose », telle que l'a vue Queneau, il y a « trois escaupilles », et farces et qui rendent la monnaie (aurait-il pu préciser).

 

10.

« Le Moi est haïssable » et le « Je est un autre », alors, pensez s'il est sympathique, le « Moi, je ».

 

11.

On trouve dans « L'amphion » la forme « que vous aimâtes », mais pas de sardines à la tomate, ni de corniphions : affaire d'itinéraire…

 

12.

« L'Amphion », de Raymond Queneau, qui faisant rimer « yeux » avec « jeu » me fait penser à « jeu d'zieux », ô oiseau du regard !

 

13.

Dans la « Rue Chose », telle que l'a vue Queneau, il y a « trois esquipots » de vin et d'l'esquivaut la chandelle (aurait-il pu préciser).

 

14.

Dans « L'espèce humaine », Queneau réunit les trois facultés du « sentiment », de « l'intelligence » et de la « volonté », et tout ça pour hésiter entre boîte de saucisses aux lentilles et boîte de cassoulet.

 

15.

Dans la « Rue Chose », telle que l'a vue Queneau, il y a « trois estamenaires » de bœuf sur le toit (aurait-il pu préciser).

 

16.

« La nuit était plus nuit l'ombre était plus nocturne

maintenant ce qui luit c'est la nuit dans la nuit »

(Raymond Queneau, « Je respecte la nuit »)

 

17.

Si l'on considère une nuit plus nuit que nuit

y a-t-il une lune plus lune que lune

un dieu plus dieu que dieu

et un camembert plus camembert que camembert ?

 

Il est vrai que l'infini est toujours plus infini que l'infini

Quant à moi, lorsque je me sens plus moi que moi, alors, dans ce cas, je vais me coucher, car je trouve ça fatigant.

 

18.

Dans la « Rue Chose », telle que l'a vue Queneau, il y a « trois éteufs » frais du jour, aussi « trois étibois » dont on fait kekchoz (aurait-il pu préciser).

 

19.

Certes, dans la pâture, il y a du passé et du futur, et le présent des vaches qui observent les horaires des trains.

 

20.

Dans la « Rue Chose », telle que l'a vue Queneau, il y a « trois etnettes » et claires et « trois étresses » de fillette à la marelle (aurait-il pu préciser).

 

21.

Evoquant « Le pétun du titi », Raymond Queneau évoque tout ce qui fut fuma cigara pipa et cigaretta là-bas sur le boulevard des Italiens.

 

22.

Dans la « Rue Chose », telle que l'a vue Queneau, il y a itou « trois éventions », que tout ces trois-là ça fait trente-six trucs et ficelles.

 

23.

Une valeur cosmique, la théorie du battement d'ailes ? Qu'si ça s'trouve Zut, en un clin d’œil, annihile ou éveille tout un monde lointain.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 21 avril 2016.

17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 23:06

BOUFFON ET SUR CE BOUFFON

 

1.

Je n'en doute plus je suis hanté

J'aurais pas dû tant jaffer d'ce

Pâté aux spectres C'est comme un

Os flou qui dans mes osselets le

 

2.

Promène le chien de mon âme en laisse

Les gondoles Cet effort pour échapper

A la spectralité quelle hantise alors

 

3.

A pousser du hou hou dans le couloir

Pis que la lune pointe au carreau sa

Tête de cheval cauchemar yeux blancs

 

4.

« à cette table près de la fenêtre qui donne sur la façade de »

(Michel Butor, « L'Emploi du temps »)

 

Tu seras à cette table blanche et noire

Tu seras près de la fenêtre semblable à

Une ligne qui donne sur la façade de ce

 

5.

Théâtre de l'autre côté de la rue je n'y

Vais jamais j'devrais cause les masque i

Sont comme des cousins non sont comme si

 

6.

Je jouais un rôle comme si j'parodiais

Mon ombre laquelle soliloque soliloque

Même qu'elle est en costume d'moi-même

 

7.

Je mens d'l'aut'côté d'la rue y a

Un pré & des vaches pis même qu'y

En a une son blase c'est Phèdre A

Suit partout Polyte l'fieu à Jean

 

8.

Donc mon clown revint et me dit

Arrête de jouer du sérieux t'es

Bouffon & sur ce bouffon c't'un

Guignol justifié que j'bâtirai.

 

9.

Je mens ou les mémoires d'une vache

Douée de raisonnement très émouvant

Qu'c'est en tout cas moi ça m'émeut

Ça m'laboure et tout l'tremblement.

 

10.

Non non non j'arrive pas à établir

Un rapport entre l'guitare à Frank

Zappa & l'pipeau du Président d'la

Ch'est comme cha et pis c'est tout

 

11.

Un zapatiste peut-il être aussi

Un fan à Frank Zappa et puis un

Zapotèque c'fut-y itou un fan à

Zappa Zappa usait-il d'un Zippo

 

12.

Zippomobile : tuture qui pète le feu

Zippopotame : obèse dragon des lacs.

 

13.

« Je sens que je puis n'avoir point été : car le moi consiste dans ma pensée »

(Pascal, « Pensées »)

 

Moi aussi j'ai le moi qui consiste

Pis qui gonfle gonfle enfle ce moi

Là moisit ce moi et sûr que j'puis

N'avoir point été si sot là si moi

 

14.

« You never walk through mirrors

or swim through windows »

(Jim Morrison, « Lords and the news creatures »)

 

Pas d'au-delà du miroir Qu'tranchant et qu'on

Peut s'casser s'vider d'son sang lapin viandé

Façon Alice après s'être jetée par la fenêtre

 

15.

Au clair de lune ma fille Claire

Balade ses vers Au clair de lune

Ma fille Claire boit de la bière

En l'engueulant le Grand Macabre

 

16.

En sifflotant la danse du sabre

Je tente de me concentrer & j'y

Arrive pas en sifflotant Faut-y

sabrer m'sifflet déconcentreur.

 

17.

« ah qu'il ah qu'il ah qu'il est content

d'avoir promené sa bonne ouature »

(Raymond Queneau, « Les problèmes de la circulation »)

 

« ah qu'il ah qu'il ah qu'il est content »

Ainsi chantait Zut en se payant ma fiole

Vu qu'je suis genre l'chat d'un proverbe

 

18.

Vu que je suis comme le chat d'un proverbe

Qu'il ne connaît ni d'Eve ni d'la Fontaine

Zut a s'moque de moi et m'lance des arêtes

 

19.

Qui aime le poisson et achète des tomates

Est comme le chat du proverbe ce matou-là

M'a tout l'air d'un zèbre zutiste de plus

 

20.

Nous onomatopétons à qui mieux mieux Quel

boucan cette onomatopèterie y en a même i

virtuosent dans l'onomatocontrepète pouet

 

21.

Comme tout n'est rien alors je ne suis

Pas grand-chose dit mon amie la rose &

Qu'une rose ait une bouche ça me troue

 

22.

D'ailleurs j'suis tellement tout troué

Qu'le vent bouh bouh m'passe à travers

Trous Oh dans l'couloir y a du hou hou

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 17 avril 2016.

Published by PATRICE HOUZEAU - dans VERS JUSTIFIES
commenter cet article
17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 15:41

SEUL LE VIF VOIT LE VIF

 

1.

« La sottise ne plaît qu'alors qu'elle est nouvelle »

(Corneille, « L'illusion comique », III, 3 [Géronte])

 

Étrange lucarne et nouvelles sottises... épatance... joyeuse consternation… et nostalgie à la r'venance des vieilles lunes chantantes.

 

2.

« Cadédiou ! ce coquin a marché dans mon ombre »

(Corneille, « L'illusion comique » III, 9 [Matamore])

 

On y marche galope dans l'ombre d'un quelqu'un, que nous ignorons autant que le fin mot de l'énigme… Qu'il se retourne, et il nous dévore.

 

3.

« Par des spectres pareils à des corps animés :

Il ne leur manquera ni geste ni parole. »

(Corneille, « L'illusion comique » I, 2 [Alcandre])

 

Seul le vif voit le vif. Voyons-nous des spectres, alors, c'est que peut-être...

 

Ce que nous nommons spectre, une modalité de la fascination peut-être, une distraction fatale.

 

4.

« Un peu plus de repos avec moins de beauté ! »

(Corneille, « L'illusion comique » II, 5 [Matamore])

 

La beauté nous épuise, de même que la justice. Pour être tranquille, il faut bien souvent s'accommoder de l'humaine relativité.

 

5.

« En un mot, faites reine une autre qu'Isabelle. »

(Corneille, « L'illusion comique », III, 3 [Géronte])

 

S'il y a roi, c'est qu'il y a un autre roi, et dans chaque reine, une infinité d'autres reines.

 

6.

Le Prince n'y voit goutte ; c'est le moment d'ouvrir l’œil.

 

7.

Fouillis de feuilles, de frissons (brrr) Le vent fait sa chanson (hulule monotone) nous passons (tiens, moi, je vais au pain).

 

8.

« Voyez ce que pour vous ce grand guerrier refuse »

(Corneille, « L'illusion comique » II, 5 [Clindor])

 

Faire reculer l'conquérant… faire hésiter l'napoléon et douter l'radical éradiquant… Point si guerrier alors ? Si, mais avec un cerveau.

 

9.

Voyez nous sommes si pleins de visions

Nous voyons tant de choses dans les choses

Sommes visionnaires et politiques et

Si os et si langue et si longue patience

Pleins d'yeux et cousus d'paupières et pleins

De regards en-dessous ah ça les

Visions ça nous fait bien toute une vie et même après qu'on croit.

 

10.

Cercle : dedans dehors un point dans un rond et des infinis d'autres ronds d'autres points écailles de dragon cosmos.

 

11.

Serpent : ne rampe pas mais ondule ondoie zigzague dévale des dunes froisse les herbes foudroie comme le destin brutal et stupide.

 

12.

Quoi donc qu'il carabistouille encore, ce clown que nous nourrissons de chimères et de politique ?

 

13.

Je me souviens, rameute le fantôme, me hante de jadis, me visite du soir, me floue la toquante, divague dans le vague passé.

 

14.

« Je ne suis pas d'humeur à rire tant de fois »

(Corneille, « L'illusion comique », III, 3 [Géronte])

 

« Je ne suis pas d'humeur à rire tant de fois »

Moi non plus, j'ai l'chien qui gronde et les crocs qui grincent.

 

15.

« Pour un si bon ami je n'ai point de secrets. »

(Corneille, « L'illusion comique », I, 2 [Pridamant])

 

« Pour un si bon ami je n'ai point de secrets. »

Par contre, s'il veut m'emprunter du blé, l'apôtre, il peut toujours se brosser.

 

16.

« Ce mage, qui d'un mot renverse la nature »

(Corneille, « L'illusion comique », I, 1 [Dorante])

 

Alchimie, épiphanie du verbe, zavez qu'à dire, tout est golem ! C'est le miracle phraseur, d'la langue de bois, on fait des ministres !

 

17.

« Insolente, est-ce ainsi que l'on se justifie »

(Corneille, « L'illusion comique », III, 1 [Géronte])

 

C'est par le nom d'insolente que bien des jactants des universités répondent à la réalité, laquelle se prépare à leur botter les fesses.

 

18.

« Je ne vous aime pas » dit Zut. « Je ne sais pas à qui je m'adresse au juste, mais, à mon avis, vous avez raison de vous sentir visé. »

 

19.

« En montant l'escalier je l'en ai vu descendre. »

(Corneille, « L'illusion comique », IV, 4 [Isabelle])

 

Ah ça quand on monte on en voit descendre qu'on croit qu'on monte qu'en fait on est juste sur la balançoire à sottises.

 

20.

Fiscal ou pas, c'est dangereux de vouloir supprimer un paradis, et l'on sait bien que « l'enfer est pavé de bonnes intentions ».

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 17 avril 2016.

17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 15:36

JEU D'BILLES ET BILLES DE CLOWN

 

1.

« des apartés avec mon squelette » écrit Cioran ; discuter l'bout d'gras ? qu'la chair est triste hélas ? tous les livres lus ?

 

Vieille branche Vieillerie à fantasque à conte Vieil os va

Sceptique lucide comme une géométrie ou comme une mélancolie.

 

2.

« La dent de ton Erard, râtelier osanore,

Et scie et broie à cru, sous son tic-tac nerveux »

(Tristan Corbière, « A une demoiselle »)

 

« Tic-tac nerveux » horloge piano débitant petites demoiselles petites marionnettes poupées y en a d'l'énervée y en a d'la paisible.

 

Dent osanore : dent artificielle dans laquelle il n'est point d'or (os- sans – or).

 

3.

« Leurs yeux ont quelque chose de réel à suivre ; cela fait que les images du passé et de l'avenir n'apparaissent vivement que par éclairs. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », « L'ennui »)

 

Le temps par éclairs Du réel à suivre Nos yeux dedans l'réel comme autant de fantômes dans nos visages.

 

Les fantômes sont par couples sur nos visages ; ils zieutent les mêmes choses ; parfois l'un dort, tandis que l'autre veille.

 

4.

Le passé, quelle soupe à rien ! L'Histoire explique l’œil, les présences de l'encore. Elle élucide du fantôme, et jacte spectre.

 

5.

Mes trois poules. Quel air archaïco-préhistorique ! Elles doivent détenir des secrets fort anciens… Seraient-elles des illuminati ?

 

6.

Le passé, quelle soupe à mystères ! Un œil n'y retrouverait pas ses fantômes, ni un visage son masque.

 

7.

Parfois, un jeu de perles tombant sur le parquet ; je sursaute et reprends le fil d'une conversation sur les ondes.

 

8.

« Tournez-vous vers les Balkans ; vous entendrez à tout propos : destin, destin... »

(Cioran, « Syllogismes de l'amertume », « Occident »)

 

Flanquons l'réel de mains invisibles, de masques, et pour de si parfaits étrangers, sommes aussi farce à destin, loups, marché noir.

 

9.

L'Occident est un dieu étonné. Il a façonné un monde et s'étonne que sa création lui échappe, se rebelle, tente de l'annihiler.

 

10.

Homère et Shakespeare : ironique que nous doutions de l'existence des deux écrivains profanes qui ont sans doute le mieux imaginé notre monde.

 

11.

Non, Monsieur Houzeau, je ne pense pas qu'il manque à chacun des romans d'Agatha Christie une page qui révélât le nom du véritable assassin.

 

12.

« Je reconnus l'effroyable masque de la rue.

Il passa devant ma porte et le clair de lune l'inonda. »

(Jean Ray, « Malpertuis »)

 

Un effet lunaire pis liquide, comme si cette coupe de lune versait quelque fluide révélateur.

 

13.

« ARMANDE

J'aime ses tourbillons.

 

PHILAMINTE

Moi, ses mondes tombants. »

(Molière, « Les Femmes savantes », III, 2)

 

Tourbillons, qu'la vie en est farcie, qu'ça vous donne le tournis, le mal de cœur.

 

Sans doute que tout tombe… et les mondes et les mondes tombent dans c't'entonnoir-là, dans une chute tendant vers l'infini.

 

14.

« Mais le vide à souffrir me semble difficile,

Et je goûte bien mieux la matière subtile. »

(Molière, « Les Femmes savantes », III, 2 [Bélise])

 

« Mais le vide à souffrir me semble difficile » qu'elle dit Bélise, sur un ton faussement plaintif et plein de « i ».

 

« la matière subtile », selon Descartes, occupe le vide entre les corps ; quelque énergie, ou matière, qu'aujourd'hui nous disons noire.

 

Si ça se trouve, en dehors des parois de matière noire, l’œil spécule chaque jour sur le nombre d'humains qui boivent le lait empoisonné.

 

15.

« Je montai, quatre à quatre, les larges marches, entouré de lumière azurée, défiant du geste et de la parole l'ennemi inconnu. »

(Jean Ray, « Malpertuis »)

 

« défiant du geste et de la parole l'ennemi inconnu », comme s'il allait, l'adverse, jaillir de la pluie, du parapluie ou de ce chapeau melon.

 

16.

« Vous, professeur, vous avez, dites-vous, à instruire de jeunes brutes qui ne savent rien et qui ne s'intéressent à rien »

(Alain, « Propos sur le bonheur », « Sous la pluie », 4 novembre 1907)

 

Et comme dit l'autre : Nihil novi sub sole...

 

17.

« est là. La table, les lumières, les mains, l'extérieur, »

(Jean Thibaudeau, « Imaginez la nuit »)

 

est là La table (aux crevés) les lumières (s'agitent dans tous les sens) les mains tombent l'extérieur (ses cornes et ses gidouilles)

 

18.

Le réel, jeu d'billes et billes de clown, qu'on tente d'les empêcher d'aller rouler dans tous les coins, qu'on s'casse la vie dessus.

 

19.

« car tout ceci n'est que jeu

et l'oubli d'un temps perdu »

(Raymond Queneau, « L'Amphion »)

 

Jeu lugubre poursuite dans l'labyrinthe on r'connaît pas tous les visages qu'le cheval est en feu et le temps perdu bouffé par sa légende.

 

20.

« Ils se lèvent, ils le regardent venir. Ils sont blancs dans »

(Marguerite Duras, « L'Amour »)

 

Y a toujours quelque chose qui se lève zou droit sentinelle ouah-ouah et qui vous voit venir d'la conscience plein la mâchoire.

 

21.

« Si c'est pour en parler, rien de mieux ; car il vaut mieux avoir plusieurs noms de lieux à citer ; cela remplit le temps. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », « Voyages »)

 

Vrai qu'nous remplissons le temps d'un tas d'noms dont nous avons toujours quelque chose à dire et dont, à vrai dire, nous savons si peu.

 

Nous avons la pomme géographique et pas que, qu'sans cesse nous citons le réel ; il a tant de noms éphémères, clichés, dérisoires, utiles.

 

22.

« au-delà de nous-mêmes, dans un no man's land où le danger ne cesse de côtoyer les délices. »

(François Laroque, « « Noirs désirs » in « Shakespeare, l'éternel magicien », Le Point Hors-Série, avril-mai 2016)

 

Le réel est à ce prix. Nous le rêvons, fantasmons, l'huluberluons cinoche et jardin hanté ; c'est ainsi que nous acceptons de le supporter.

 

Sans doute croyons-nous qu'en jetant notre ombre sur la scène de nos songes, nous évitons d'être à nous-mêmes notre propre proie.

 

Sans doute avons-nous inventé le théâtre pour nous distraire des vivants.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 11 avril 2016.

8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 20:05

REGNER SUR L'ABSENCE

 

1.

Le film « Mort Sur Le Nil », Hercule Poirot y joue aux dames - pas aux échecs, jeu pourtant plus digne de ses « petites cellules grises ».

 

« Mort Sur Le Nil » (1978), film de John Guillermin, d'après Agatha Christie, joli, distrayant, touristique, un peu long.

 

2.

Peut-être que dans le jeu de dames, ce qu'aime Hercule Poirot, ce sont les éclairs qui, zigzaguant sur le damier, décident du sort.

 

3.

Entendu dans « Le Masque et la Plume » (France Inter), à propos de Batman : « Il arrive comme une danseuse étoile dans le ciel ». Joli !

 

4.

« C'est votre affaire et non la mienne de régner sur l'absence... »

(Saint-John Perse, « Anabase », VI)

 

« régner sur l'absence » : en rois du silence, en maître des ombres, en œil flottant dans les ruines.

 

5.

L'Oyster est le nom d'une Rolex créée en 1926. Blue Oyster Cult  est-il un hommage à la Rolex dans sa version à cadran bleu ?

 

6.

Absence... le temps nous est revenu, pis amer

Qu'on est dans sa solitude et le n'importe quoi.

 

7.

« Je suis venu sciemment exposer mon immunité personnelle. »

(Jacques Darras, « Bilan d'examen médical préparatoire »)

 

Suis venu, entre deux itinéraires, allé venu, qu'on va qu'on vient, partirs repartirs départirs repentirs, somme de circulations.

 

Le tout c'est de venir sciemment En toute connaissance de cause (qu'on croit) Sinon, on ne sait pas où on va Sait-on réellement où on va ?

 

On y va pour c'qu'on a à faire Et puis là c'est ailleurs On y fait tout autre chose tout en faisant c'qu'on a à faire Là c'est où il faut.

 

Zêtes à l’Église Loué soit le Seigneur ! Elle a une jolie nuque Lulu ! Vous voilà à l'idée de dieu autant qu'à la nuque à Lulu.

 

Vertige : zallez ailleurs qu'là où vous deviez, faites pas c'que vous aviez à & ailleurs dans c't'ailleurs zêtes encore dans un autre lieu.

 

Ailleurs, faisant autre chose que ce que vous aviez à, vous faites aussi autre chose que ce que précisément vous faites.

 

Les univers parallèles sont parmi nous ; nous sommes bourrés à craquer des carrefours et des fantômes qui s'y agitent.

 

Nous nous trompons sur nous-même; et de nos erreurs nous nourrissons nos fantômes.

 

Où que vous alliez, vous vous exposez, vu qu'ça s'pourrait qu'le réel vous tombe sur la tête, vous réduise à un seul lieu, à un seul état.

 

«immunité personnelle » : cette foi en l'irréductible d'nos pommes qu'on sait pourtant que voués à la mort, nous nous agitons tant.

 

8.

« Beau chien, quand je te vois caresser ta maîtresse,

Je grogne malgré moi – pourquoi ? - Tu n'en sais rien…

- Ah, c'est que moi – vois-tu – jamais je ne caresse,

Je n'ai pas de maîtresse, et... ne suis pas beau chien. »

(Tristan Corbière, « Sonnet à Sir Bob »)

 

Du beau chien à la Tristan Corbière Sir poilu bavant mignon dog caressant d'la maîtresse Du coup tu grognes L'clebs n'sait pas pourquoi.

 

Du beau chien à la Sir Bob Toi tu grognes C'est qu'tu n'as ni caresses ni maîtresse pis n'es pas beau chien.

 

Du cyclique « beau chien » commence et clôt le quatrain s'promène d'caresses en maîtresse qu'il en a l’œil jaloux l'narratif à Corbière.

 

9.

Mieux vaut un âne jouant aux échecs qu'un croyant assassin. Quant au jeteur de rimes, s'il sait y faire, il vaut jeteur de sorts.

 

10.

« Lune, Bouc, Curé cafard

Qui n'ait tricorne cornard !

- Corne au front et corne au seuil

Préserve du mauvais œil. - »

(Tristan Corbière, « Soneto a Napoli »)

 

Quelle Trinité, Tristan ! « Lune, Bouc, Curé cafard » ! De quel carnaval nocturne ces masques que révèlent soudain des flambeaux ?

 

Trinité à tricorne pis « cornard » écris-tu D'quelle académie des cauchemars d'quelle faculté des venins & des songes sont-ces tronches

 

Trinité à tricornes 3 x 3 font 9 et 4 cornes s'baladent au quatrain comme en pleine éclipse Cortège Carnaval secret Arpenteuses d'âmes !

 

Le monde et ses rituels étranges Quelque secret officier y préside N'a pas de visage A tous les visages toutes les âmes et des dents.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 8 avril 2016.

Recherche