Jeudi 26 novembre 2009

HUMEUR DES JOURS

Brume.
« La figure s’effaça, je restai seul. Je me reprochai amèrement d’avoir quitté ma chambre. A présent, la brume avait dû l’envahir ; j’aurais eu peur d’y rentrer. » Sartre, La Nausée, folio n° 805, 1978, p.107)
Ce n’est pas la brume, mais l’invasion de la chambre par l’en-dehors brumeux, aléatoire, hostile et avaleur de silhouettes, engloutisseur de lieux d’être, qui fait peur peut-être, dans la succession des peut-être qui influencent l’humeur des jours.

Chair.
« Alors une grosse fille blonde se penchait, la poitrine offerte, et prenait le bout de chair morte entre ses doigts. Dans sa chambre, à cinq minutes de là, M. Fasquelle était mort. » (Sartre, La Nausée, p.109)
Imaginer l’autre mort. Se le représenter, c’est se rappeler que l’humain est constitué de chair. Le spectacle morbide et l’érotisme ont en commun de rappeler que, vivants, nous sommes de chair animée, débordante de pulsions. La « grosse fille blonde » de la boucherie qui, se penchant pour servir les clients en « pieds truffés » et « andouillettes » - offrant ainsi non sa poitrine, mais l’idée de l’offre de sa poitrine – rappelle que le mot chair est commun aux humains comme aux animaux. La mort, c’est d’abord de la chair morte, sur laquelle viennent se greffer des affects.

Cogito.
«… je suis parce que je pense que je ne veux pas être… » (Sartre, La Nausée, p.114)
Dans le flux de conscience qui caractérise les pages 144 à 146 (édition folio), ce fragment, preuve par l’absurde de la réflexivité : l’être prenant conscience de lui-même adhère simultanément à un projet existentiel, qui peut se décliner dans la réussite comme dans l’échec. Echouer, c’est ainsi renoncer à réussir ; réussir, c’est refuser d’échouer. Mais il est des perdants magnifiques comme il est des salauds victorieux. Et ce que nous appelons « réussite » peut être une illusion que l’on entretient parce que cela, n’est-ce pas, ne se fait pas d’avoir l’air de n’être pas heureux. C’est même assez malpoli. Sinon indécent. Tout comme d’avoir un peu trop l’air heureux. Cf l’expression « il vaut mieux faire envie que pitié » et toutes ces sortes de choses, (acheter du boudin blanc dans une boucherie où il y a une « grosse fille blonde à la poitrine offerte »), et toutes ces petits plaisirs qui nous consolent d’être si provisoires.

Temps.
« C’est ça le temps, le temps tout nu, ça vient lentement à l’existence, ça se fait attendre et quand ça vient, on est écoeuré parce qu’on s’aperçoit que c’était déjà là depuis longtemps. » (Sartre, La Nausée, p.51)
Le temps est un « ça ». Un « déjà là ». Il n’existe qu’actualisé, c’est-à-dire en fonction de notre présence. L’irrémédiable est déjà avant qu’il n’arrive. Gus Bofa dans La Croisière incertaine fait remarquer que dans un duel (un combat entre deux chevaliers), l’un au moins est déjà mort avant que le duel s’achève. Cette vérité toute simple et de tous les jours est source d’écoeurement. L’ordre social tend à fixer les gens dans leur avenir, dans un temps irrémédiable. L’égalitarisme, en niant les spécificités, achève cette fixation de l’individu dans une génération, une classe sociale, une promotion, un profil. Le plus épatant, c’est que ça ne tourne pas aussi rond que les politiques le voudraient. Ils ont beau multiplier expertises, réformes des institutions scolaires, interdictions, atteintes à la vie privée, lois et règlements, plus ils légifèrent, moins ils sont légitimés, respectés, écoutés.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 novembre 2009

Par PATRICE HOUZEAU - Publié dans : NOTES ET COMMENTAIRES
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 23 novembre 2009

L’ŒIL FAROUCHE

« L’œil farouche, l’air sombre et le poil hérissé »
(Racine, Iphigénie, vers 1740)

L’œil farouche, l’air sombre et le poil hérissé
Ce vers tiré de l’Iphigénie m’amuse et pourquoi
Pas que je soye amusé par du Racine Dirait bien
Le masque d’un chat et pas seulement la tête au
Devin Calchas un chat saisi de colère ou visité
A l’instar d’un philosophe de ressentiment très
Tragique chevalier de lune jaloux et querelleur
Guerrier irrité du regard de l’autre sentinelle
Aux gouttières livreur de batailles griffues et
Duelliste féroce polémiste intransigeant rimeur
Furieux déchireur d’ombres paniqué des soudains
Qui s’allongent grondent se préparent à bondir.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 novembre 2009

Par PATRICE HOUZEAU - Publié dans : VERS JUSTIFIES
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 22 novembre 2009

FATRASIE (Dans la tour un démon...)

Dans la tour un démon
Est-il roux ou est-il
Blond brun mauve rond
Mange-t-il du cochon?

Dans la tour un démon
Aux yeux verts par la
Porte ouverte un chat
File dans ses yeux le
Chat dans ses yeux il
Y a les éclairs et la
Fabrique des couteaux
Et de la destruction.

Dans la tour un démon
Est-il roux ou est-il
Blond brun mauve rond
Mange-t-il du cochon?

Dans la tour un démon
Fume sa pipe de sable
Et des crânes à table
Récitent leurs fables

Au vent on voit voler
Des promises sans nez

Au vent on voit voler
Les poumons de celles
Qui n’ont pas d’ailes
Pour plaire aux anges

Ce sont des passantes
Coupables de tirer au
Diable ses moustaches
Et de pratiquer l’art
De transformer femmes
En sphinges et singes
En cafards des sables  

Des sables dessous le
Ciel infâme qui roule
Dieu en boule pour le
Jeter au milieu d’une
Troupe de philosophes
Arpenteurs des plages
Désertes où les trois
Dames s’en vont et le
Ramassant l’apportent
Au roi au vent au fou
En font une confiture
Savante de confusion.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 novembre 2009

Par PATRICE HOUZEAU - Publié dans : VERS JUSTIFIES
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 21 novembre 2009

DONC QUE COUIC

« -T’en fais pas, gouaille un zouave, un ancien de Crimée : la camarde ne t’appelle jamais par ton blase… » (François Caradec, Chromos in Entrez donc, je vous attendais, Mille Et Une Nuits n°553, p.94)

-T’en fais pas gouaille
Un zouave, un ancien de
Crimée: la camarde elle
Ne t’appelle jamais par
Ton blase... La Mort ne
Connaît pas les noms ce
N’est pas un bottin que
La mort les noms et les
Adresses connaît pas la
Mort et du téléphone ça
S’en tamponne c’est une
Anonyme c’est l’anonyme
Qui vous fauche la mort
C’est l’ultime celle là

Connaît tout le monde sans
Connaître personne la mort
Une politique et une chose
Publique la mort où chacun
Y a droit à sa part d’égal
A sa part d’éternité c’est
Un mot du reste qui n’a de
Sens que pour les vifs mot
De vivant ça l’éternité un

Mot à faire croire à des choses
Qu’existent pas... Le temps des
Morts c’est pareil pour tout le
Monde pas de jaloux tous frères
Et sœurs dans le donc que couic   
Du temps sans durée Eternité ou
Nada c’est kif kif l’asticot du
Néant du flan de rien où emmêlé
Tout que c’est les ossements là
Bas dans la mélasse ténébreuse.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 novembre 2009

Par PATRICE HOUZEAU - Publié dans : VERS JUSTIFIES
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 21 novembre 2009

LA NUIT QUI REVIENT NOUS INFECTER

« La nuit qui revient nous infecter… » (Lorette Nobécourt, L’Equarrissage, Mille Et Une Nuits n° 368, p.25)

« La viande seule, cette masse rouge et bleue, porte toutes les promesses. » (Lorette Nobécourt, ibid., p.24)

«…les mouches de mes pensées… » (Lorette Nobécourt, ibid., p.25)

« Je percevais le squelette sous la viande… » (Lorette Nobécourt, ibid., p.30)

La nuit qui revient nous infecter
Puisque tout est retour tout donc
Tout revient au même de la viande
Masse rouge et bleue porteuse des
Promesses et qui court partout et
Qui bave partout cause partout et
Attire partout les mouches celles
De mes pensées les mouches de mes
Pensées puisqu’ils mangent et ils
Pensent les gens forcément que ça
Les attire les mouches celles des
Pensées de mes pensées et tout ça
Qu’ils mangent et tout ça tout ça
Qu’ils pensent parfois ça fait de
L’impossible insensé inaccessible
Le réel étant toujours s’écartant
Nous écartant nous chassant comme
On chasse les mouches taches dans
La durée du monde qui le prend le
Temps tout son temps pour digérer
Pour vous digérer pour vous jeter
A la fosse aux ombres ce là où on
Reste à pourrir six pieds sous la
Grande rue où s’engouffre le vent
Qui disperse tous les squelettes.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 novembre 2009

Par PATRICE HOUZEAU - Publié dans : VERS JUSTIFIES
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

Concours

Recommander

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés