MEPHISTOPHELISMES
Méphistophélisme.
Méphistophélès utilise la durée pour corrompre l’humain. Il promet l’infini des
possibles contre l’abandon de l’âme. Il subordonne ainsi l’infini à l’existence. L’humain est donc de l’infini tronqué.
Amoureux.
Entrevoir l’infini des possibles dans une existence, c’est en être amoureux. Le désir éprouvé
alors est une manifestation de cette entrevue des possibles à portée de main.
Hasard.
Pourrions-nous maîtriser le hasard que nous en avalerions nos
dés.
Fatigue.
Vivre fatigue a dit l’autre. Penser
fatigue. Alors, penser sa vie, pensez donc…
Certitude.
L’avenir n’est ni certain, ni incertain. Il est à venir. C’est le présent qui est incertain,
très certainement…
Maîtrise et ennui.
Maîtriser absolument, c’est rapidement s’ennuyer. Ce qui nous intéresse, c’est chercher
à maîtriser. Quel auteur s’est-il contenté de son chef d’œuvre ?
L’ennui vient de la dissolution des fantômes.
Le spéculateur financier et le philosophe ont ceci de commun qu’ils ne cherchent à maîtriser que pour révéler des états critiques.
Scandale ontologique.
On dit que sur le point de partir vers l’irrémédiable, Kafka avait demandé que ses
manuscrits fussent jetés au feu. Est-ce par dépit d’avoir été interrompu par l’achèvement de la mort ?
On peut supposer que pour certains êtres d’exception, et a fortiori de génie, l’interruption de l’œuvre en cours par la ténébreuse bêtise de la mort n’est rien moins qu’un scandale
ontologique.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 novembre 2009
Par PATRICE HOUZEAU
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PRESENCE D’ESPRIT
Pierre.
Corps, nous sommes entre la pierre et l’idée de la pierre.
Entre la pierre et l’idée de la pierre.
Dans la durée de la pierre.
Infiniment tout.
Infiniment
rien.
Fantôme.
Le fantôme est une idée qui persiste à vouloir s’incarner. Les comédiens sont ceux qui font
profession de hanter les fantômes. Ce sont les fantômes des fantômes.
Présences.
Ce qui est présent n’est pas forcément là. Les auteurs présents dans ma bibliothèque ne sont
pas là. Ils ne sont présents que par présence d’esprit.
Présence d’esprit.
Belle expression que présence d’esprit, qui suggère que nos consciences sont
visitées par des êtres d’un irrémédiable ailleurs.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 novembre 2009
Par PATRICE HOUZEAU
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SI INFINIMENT RIEN
« Seule une réflexion acérée ou, mieux, une grande foi, sauraient endurer de réfléchir le néant, c’est-à-dire l’infini. » (Kierkegaard, Traité du désespoir, traduit par Knud
Ferlov et Jean-Jacques Gateau, folio essais, p.83).
« infini », « néant » : ce qui ne cesse pas aboutit à l’égalité de tout, puisque toute chronologie est alors noyée dans l’infiniment incessant. Ainsi tous les temps et
tous les lieux étant déclinés sur tous les modes possibles ont donc une égale valeur, la liberté humaine étant dissoute dans cette force des choses qui fait que fatalement tout arrive. L’infini
s’apparente donc à un néant de toutes les actions en ce sens où toute chose étant égale, toute valeur est dès lors anéantie, un peu comme si l’infini tendait vers zéro, comme si l’infini était
déjà contenu dans ce zéro où tout arrive et tout disparaît.
Ce n’est donc pas à l’infini que se mesure la
valeur de l’humain mais à la mesure individuelle et forcément limitée du sujet. Que tout puisse arriver, que l’espace est peut-être une expansion infinie où chaque événement survient une infinité
de fois ne suffit pas à me convaincre d’attendre dans la béatitude des « grandes fois ». J’existe individuellement, ici et maintenant : ce qui n’est rien pour l’espace et qui est
tout pour moi.
Le néant, qui, par définition, est sans aucune qualité, se révèle pourtant d’une puissance
infinie sur l’humain qu’il nourrit de continuelles illusions, de telle sorte que je puis bien assimiler le néant au Malin et l’infini au Prince des Ténèbres. Dès lors, le néant n’est plus si
infiniment rien. Dès que je le nomme, j’accorde au néant une qualité, celle d’être l’illusion que mes actions ont une valeur universelle qui pourrait tenir lieu de présent de vérité absolue. Que
mes actes puissent être jugés selon des critères universels n’est certes pas douteux, mais ces critères sont purement humains : il n’y a ni Bien, ni Mal en dehors de la cervelle humaine,
laquelle est la seule à dépasser l’ensemble des stimuli qui constituent la nature en se dotant d’une « réflexion acérée », c’est-à-dire d’une utilisation toujours plus fine et toujours
plus aigue des potentiels de sa langue.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 novembre 2009
Par PATRICE HOUZEAU
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C’EST GUIGNOL !
H.E.C.
Entendu ce matin, mercredi 4 novembre 2009 sur France Culture entre 11 heures et midi, un haut
cadre de H.E.C., un de ces innombrables interchangeables surpayés utiles et suffisants, déclarer sans rire qu’il était faux de voir en H.E.C. un outil de reproduction de la pensée unique puisque
parmi les anciens élèves de l’institution, nous confia l’homme de la situation, il y a des personnes qui sont devenues « ébéniste » ou même « artiste peintre en Espagne »
(sic).
C’est-y pas que H.E.C., à l’instar d’un vulgaire Lycée de banlieue, aurait à déplorer des cas
d’emplois déqualifiés ?
En tout cas, moi, si j’étais investisseur, je me poserais quand même des
questions quant à une école aux formations si onéreuses et aux besoins si coûteux et dont les promotions seraient peuplées d’ébénistes et d’artistes peintres en
Espagne !
Sarko le Crétois.
Entendu aussi ces jours ci, Nicolas Sarkozy, dans un extrait d’intervention à propos du
« plan cancer », je crois, affirmer qu’il avait « de plus en plus envie de dire la vérité aux Français ». Fichtre ! C’est donc que jusqu’ici, notre président surestimé ne
disait pas toujours toute la vérité (comme c’est étonnant !). Dont acte.
Oui mais, en sous-entendant
que jusqu’ici, il ne disait pas toujours la vérité, notre président dit-il la vérité ou continue-t-il de ne pas dire toujours la vérité ? Et, dans ce cas, devons-nous le croire quand il dit
qu’il a « de plus en plus envie de dire la vérité » ? Où l’on voit que les déclarations de Nicolas Sarkozy ne sont pas très éloignées du paradoxe du Crétois qui affirme que
« tous les Crétois sont menteurs. »
Où l’on peut penser aussi que si Jacques Chirac fut
« Supermenteur », Nicolas Sarkozy, c’est Pinocchio.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 novembre 2009
Par PATRICE HOUZEAU
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DELOCALISATIONS
Les lieux sont sans souvenirs ; rien de plus froid que les lieux. Nous les mettons au passé, afin que l’on ne s’y perde. D’où le goût des labyrinthes et des
énigmes.
Grande duchesse de la mer aux étoffes frétillantes… De ses mains se délient de grandes transparences, que nous habillons de chair et dont nous
tissons nos légendes.
La poésie, c’est dégoûtant ;
C’est que des salades,
Avec des vers dedans ;
La poésie, ça rend
malade. (1)
Le papillon est-il ivre de lumière comme nous qui nous enivrons de possibles ? Nous nous en mettons plein la lampe, du destin des autres. Nous nous fascinons pour nos liens comme
nous nous fascinons pour les faits divers.
Rien d’éternel dans l’humain : Ni femme, ni enfance, ni héros, ni âme, ni dieux, ni droits. Rien d’éternel que le besoin de viande et de pain.
(1) A preuve : la salade Rimbaud aux plantes quasi introuvables, la salade Verlaine (à base de laitue de pavillon de banlieue), ainsi que la
savoureuse salade de fruits exotiques Baudelaire.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 4 novembre 2009