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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 23:14

NOTES SUR ABDICATION II

1.
Des fois l'un et l'autre : Non, c'est vous qui avouez ! Moi, j'avoue ? Et quoi donc ? On se cherche des poux, des secrets, des choses. On s'fictionne.

2.
Un jour ou l'autre, on finit par essayer d'assassiner son bouffon ; il en reste toujours quelque chose ; il vous en veut et vous fait vieillir.

3.
Somme toute, on passe une bonne partie de notre temps à coller nos yeux sur des écrans, nos oreilles à la radio et nos doigts sur des journaux.

4.
D'ailleurs : le contraire d'ici, tentation et repli, envie de rester hors du dehors, entre ses quatre murs, ses rêves et ses bouquins.

5.
Sans télé, sans radio, sans journaux, sans ORDINATEUR ! Ce serait la fin du postmoderne, la chute dans le désert.

6
Roi : jeu d'échecs, palais, intrigues, passé, histoire, culbuto, culbuto à tête tranchée, gravure, mes ancêtres l'ont-ils subie, cette bouche radicale ?

7.
Parfois, je me demande si nous ne sommes pas les bouffons d'un roi secret.

8.
Oui, nous sommes les bouffons d'un roi secret, tellement secret que, si ça se trouve, il s'ignore lui-même.

9.
Château : prisonnier, donjon, roi, bouffon, fantôme, tout disparu, sauf le fantôme, et ses chansons. Restent les touristes en short.

10.
Couic : onomatopée, indique que quelque chose couaque, qu'il y a du canard au sang, du cou coupé, ah oui il y a eu du saignant !

11.
« Et que le Roi, c'est moi ! » souvenir d'études de lettres, de retour de captivité, ce roi qui rappelle « Le rwé, c'est mwé ! », rigolade.

12.
Il y en a toujours un qui finit par avouer ; ce n'est pas forcément le plus coupable.

13.
Le roi et le bouffon : Baudelaire, roi de ses merveilles et bouffon dans ses chutes.

14.
Et si je m'auto-citais :
« L'UN : Oui, j'avoue, le Roi, c'est moi ! Et le bouffon secret fou à lier, c'est moi ! Et je me suis cou-coupé, trucidé, décolé, décapité ! Puis je me suis usurpé ! Et me suis constitué prisonnier ! Car enfin, moi-même, nous-même, de par notre royale volonté, nous nous sommes mis au secret ! »
(Patrice Houzeau, « Abdication » in « Coin-coins pour bipèdes par deux et plus si affinités »)

15.
La vie est pleine de bonnes choses de faites que parfois on regrette quand même.

16.
La camarde devrait visiter les suicidaires pour cause de déception amoureuse et exiger d'eux des aveux complets. Ça les ferait réfléchir. Je gage que certains finiraient par éclater de rire devant la sottise de mourir pour cet autre là, ce tube digestif.

17.
Tiroir : secrets, papiers, trucs et ficelles, titre d'un roman épatant de Marcel Aymé (« Les Tiroirs de l'inconnu »), fantoches à fils, montres arrêtées.

18.
Plume : « Plume la lune », en français jacté par un anglais « ploum ploum », - Et comment vous sentez-vous ? - Je me sens ploum-ploum. - J'ai toujours su que vous aviez une plume.

19.
- Et ensuite ?
- Eh bien, après le bref 18, voici le bref 19, et bientôt le bref 20.
- Au suivant donc !

20.
Des fois, comme dans un film de Jean Cocteau, on passerait devant un tribunal angélique, pour tentative de suicide par régicide et abus de bouffonnerie. On dirait que c'est bouffon, mais on nous expliquerait tout. Ce serait clair comme en rêve.

21.
Le Roi seul abdique ; le bouffon n'abdique pas, et rien, sauf sa lâcheté, n'empêche
son héroïsme.

22.
Dis, des fois qu'on serait des rois et qu'on abdiquerait ! - Bah ! Ce serait trop de dignité ! Mettons nos clochettes !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 février 2015.

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 20:30

NOTES SUR ABDICATION I

1.
Des fois, on est deux bipèdes debout. Il y a une petite table, un tiroir, des aveux.

2.
Il y a un prisonnier me dis-je Puis j'me dis pardon ? Alors je me répète qu'il y a un prisonnier et je me sens fatalement plus libre.

3.
Ici, il y a un prisonnier. C'est un être humain avec son Dieu. Bien malin qui peut dire qui est le geôlier.

4.
Dans la caboche un prisonnier tourne en rond les mains dans les poches. Il s'appelle l'Ennui ; il est là à perpète, sauf que des fois il s'évade, mais il revient toujours.

5.
Ce que vous me dites, vous ne me le faites pas dire, et c'est toujours ça de pris.
6.
Des fois qu'on serait dans un château, et qu'il y aurait dans une grande salle bien sombre, une machine à coudre, un parapluie et une table de dissection. Ça ferait un bon début de roman gothique, non ?

7.
On se prend souvent pour un autre. Du coup, on dit des choses que l'on ne devrait pas dire, des choses d'autre comme s'il les disait pour soi.

8.
Des fois on rêve que l'on est le roi de quelque chose ; c'est tout nous ça, bouffon et compagnie.

9.
Comme je me disais que c'était bouffon la façon dont je me comporte, je me dis Mais je suis le bouffon ; l'envie de me flanquer un coup de pied quelque part me saisit aussitôt.

10.
Des fois qu'on se court après et qu'on finit même pas par rattraper l'ombre de son ombre.

11.
Que l'on remplace « bouffon » par « clown » et l'on obtient l'alexandrin que voici :
« Oui, au Roi, moi, le clown, j'lui ai coupé la tête. »

12.
Ce que racontent les livres : la façon dont on bricole les protocoles et qu'on finit par pas s'en sortir.

13.
Les autres ont la délicatesse de faire comme si vous n'étiez pas encore mort. Mais parfois ils perdent patience, et vous assassinent en bon vivant.

14.
Je me méfie de mon bouffon. Depuis que je sais que moi et lui ne font qu'un, j'ai peur que, histoire de rire, il me dénonce.

15.
Des fois on veut dire que c'est bouffon, mais on se tait, on rit en dedans et on prend  une tête de circonstance. On se demande aussi parfois si les autres, avec leur tête de circonstance à eux, sont-ils dupes ou pas ?

16.
L'autre des fois i dit que j'm'a coupé : Moi je me suis coupé ? Moi j'avoue ? Et quoi donc ? L'autre, savez, c'est un faiseur d'aveux.

17.
Je prends des notes sur n'importe quoi et n'importe où passque n'importe où que j'suis j'me sens souvent pas plus que n'importe quoi.

18.
Se sentir n'importe quoi n'empêche pas de ne pas se sentir n'importe qui. On a sa dignité quoi !

19.
L'autre : souvent le bouffon imaginaire des tréteaux d'nos caboches ; parfois, la Reine, mais c'est qu'on est assoté alors, fasciné, bouffon.

20.
L'un n'est pas l'autre, quoique des fois aussi bouffon l'un que l'autre. Quant à son bouffon, à l'un, c'est moi, fatalement ; l'autre, je ne le connais pas.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 février 2015

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 22:59

ABDICATION

Deux bipèdes debout. Une petite table munie d'un tiroir.

L'UN : Il y a un prisonnier.
L'AUTRE : Pardon ?
L'UN : Ici, il y a un prisonnier.
L'AUTRE : Ah.
L'UN : Vous ne me croyez pas ?
L'AUTRE : C'est-à-dire que… euh…
L'UN : Il y a un prisonnier.
L'AUTRE : Bon, puisque vous me le dites.
L'UN: Je ne vous le fais pas dire.
L'AUTRE : Et ce qui est dit…
L'UN: Je me le tiens pour dit. D'ailleurs, nous sommes dans un château.
L'AUTRE : Ah.
L'UN: Nous sommes dans un château ; il y a un prisonnier, et le Roi, c'est moi.
L'AUTRE (se levant d'un bond et accourant se jeter aux pieds de l'un) : Votre Majesté, veuillez me pardonner, je vous avais pris pour un autre.
L'UN : Ah tiens… Et pour qui donc ?
L'AUTRE : Pardonnez mon humble sottise, pour le bouffon.
L'UN : Mais je suis le bouffon.
L'AUTRE (se levant d'un bond et reculant soudain) : Mais…
L'UN: Nous sommes dans un château ; il y a un prisonnier ; le Roi, c'est moi car je lui ai coupé la tête… Oui, au Roi, moi, le bouffon, je lui ai coupé la tête ! Couic !
L'AUTRE : Et du coup ?
L'UN : Il est tranché, je vous dis.
L'AUTRE : Oui, mais du coup, normalement, selon l'usage, la tradition, le protocole, les manuels d'Histoire-Géographie…
L'UN: Et bien quoi ?
L'AUTRE : C'est son fils, Monseigneur le Dauphin, qui aurait dû vous succéder, non ?
L'UN : Comme vous y allez, je ne suis pas encore mort.
L'AUTRE : Oui, mais si j'étais vous, je me méfierais de votre bouffon. Des bouffons qui trucident leur roi, ça s'est déjà vu ça.
L'UN: C'est bien pour ça qu'il y a un prisonnier.
L'AUTRE : Je ne vous le fais pas dire.
L'UN : C'est bien ce que je dis.
L'AUTRE : Et ce qui est dit…
L'UN : Je me le tiens pour dit. Vous voyez donc que je n'ai rien à craindre.
L'AUTRE : Vous voulez dire que ?
L'UN : Oui, le bouffon, le bouffon, le bouffon, c'est lui ici le prisonnier.
L'AUTRE : On dit qu'il est fou à lier.
L'UN : A la bonne heure ! Vous vous êtes enfin coupé ! Enfin, vous avouez !
L'AUTRE : Moi je me suis coupé ? Moi j'avoue ? Et quoi donc ?
L'UN : Que vous êtes le bouffon, le bouffon secret fou à lier du Roi qui a été trucidé par son bouffon, et son bouffon, c'est moi !
L'AUTRE : Non, c'est vous qui avouez !
L'UN: Moi, j'avoue ? Et quoi donc ?
L'AUTRE : Que vous êtes le bouffon, le bouffon secret fou à lier du Roi qui a été trucidé par son bouffon, et son bouffon, c'est vous ! D'ailleurs, je ne vous avais pas reconnu.
L'UN: Que vous ne m'ayez pas reconnu prouve que vous ne collez pas vos yeux à la télé, ni vos oreilles à la radio, ni vos doigts sur les journaux ! D'ailleurs, comment le pourriez-vous ? Le Roi vous a fait mettre au secret, n'importe où hors du dehors, sans télé, sans radio, sans journaux. Et que le Roi vous ait mis au secret prouve assez, je crois, que le bouffon secret fou à lier du Roi, c'est vous !
L'AUTRE : Il y a donc bien un prisonnier ; vous aviez raison.
L'UN : Ah !  Vous voyez ! Il y a ici un prisonnier puisque nous sommes dans un château, et que dans ce château, il y a un Roi qui a été trucidé par son bouffon secret…
L'AUTRE : Couic !
L'UN : Et que le Roi, c'est moi !
L'AUTRE : Ah la bonne heure ! Et coupe-coupe la bonne soupe ! Enfin vous avouez !
L'UN : Oui, j'avoue, le Roi, c'est moi ! Et le bouffon secret fou à lier, c'est moi ! Et je me suis cou-coupé, trucidé, décolé, décapité ! Puis je me suis usurpé ! Et me suis constitué prisonnier ! Car enfin, moi-même, nous-même, de par notre royale volonté, nous nous sommes mis au secret !
L'AUTRE : Bon, eh bien, voilà une bonne chose de faite ! (Il sort du tiroir de la petite table une feuille de papier dactylographiée), et puisque nous avons maintenant vos aveux, il ne vous reste, Votre Majesté, qu'à les signer. (Il lui tend une plume d'oie).
L'UN : Et ensuite ?
L'AUTRE: Vous serez présenté devant un juge, lequel vous signifiera votre mise en examen pour tentative de suicide par régicide et abus de bouffonnerie.
L'UN : C'est bouffon.
L'AUTRE : Je ne vous le fais pas dire.
L'UN : Mais puisque c'est dit…
L'AUTRE (tendant la plume d'oie à l'un) : Votre Majesté…
L'UN : Soit. J'abdique. (Il prend la plume et signe).

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 février 2015.

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 01:06

CE QU'ON TROUVE DANS UNE CHANSON D'APRES-MIDI

1.
« Quoique tes sourcils méchants
Te donnent un air étrange
Qui n'est pas celui d'un ange,
Sorcière aux yeux alléchants,»
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

2.
Une jeune fille avec des sourcils méchants, et qui me regarde tandis qu'elle n'existe pas.

3.
Un air étrange joué par une flûte et que l'on entend parfois la nuit quand la lune lâche ses tigres silencieux.

4.
Que voit-on dans les « yeux alléchants » de la sorcière ? - Brûler son cœur – si, si, regardez bien, c'est le vôtre.

5.
« Je t'adore, ô ma frivole,
Ma terrible passion !
Avec la dévotion
Du prêtre pour son idole. »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

6.
Une adore-frivole – pratique pour tomber amoureux, pour souffrir pis s'dire la nuit ouh la la ! ouh lou lou ! pourquoi que j'm'a mis la corde au cou ?

7.
De terribles passions, des passions couteaux, des passions poisons, des passions flamme-coeurs.

8.
« Le désert et la forêt
Embaument tes tresses rudes,
Ta tête a les attitudes
De l'énigme et du secret. »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

9.
Un désert et une forêt traversés de tresses aussi rudes que chevaliers en campagne.

10.
Une « tête », l'air tout secret, toute énigme – de ces têtes que l'on admire que si ça se trouve à l'intérieur c'est qu'de la sauce blanche.

11.
« De l'énigme et du secret » - nous en ferons un manteau pour la nuit, un masque pour le jour, une ombre pour la pluie.

12.
« Sur ta chair le parfum rôde
Comme autour d'un encensoir ;
Tu charmes comme le soir,
Nymphe ténébreuse et chaude. »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

13.
Un « parfum rôde » ; celui de la « Dame en noir », ou de la blonde de jadis ; un « parfum rôde » - Un fantôme vous passe par les narines.

14.
« Tu charmes comme le soir » - plein de la vieille magie du désir, le soir, qui bat comme un soleil noir gorgé de sang.

15.
J'aime bien le mot « nymphe » : au fil de l'eau passe sa liane et les reflets de tout un monde délié.

16.
Les ténèbres palpitent de nymphes… Un éclair ! - C'est leurs yeux ! - Juste avant que - patatrac - la mort vous décarre.

17.
« Ah ! Les philtres les plus forts
Ne valent pas ta paresse,
Et tu connais la caresse
Qui fait revivre les morts ! »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

18.
Des « philtres les plus forts », d'ces trucs qu'on boit qu'dans les bouquins à Cendrars que dans le réel, on s'en met minable tout à fait.

19.
Paresse, hamac, canapé, le tout moelleux du rêve d'amour, du peinard, pendant qu'autour ça s'agite cauchemar vire vinaigre tombe-guignol de décollées cafetières roulant dans la sciure.

20.
Un vire-vinaigre décapite ! Il pleut des têtes ! Il neige du sang ! Comme à gravelotte qu'ça gicle en Syrie qu'on dit.

21.
I virait vision… « la caresse, la caresse des morts » qui disait pis i se sidérait d'la résurrection, à en voir des cercueils dans les étoiles.

22.
« Tes hanches sont amoureuses
De ton dos et de tes seins,
Et tu ravis les coussins
Par tes poses langoureuses. »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

23.
Des hanches amoureuses, qu'on pense à la danse, le bal à nénettes, à la valse des nénés, la secouade-nichons, la balade des petits seins dans la fumée…

24.
Pis un dos, pis des seins, qu'on s'en souvient des fois quand on est pas tout préoccupé des hautes affaires morales, des nécessités financières.

25.
Des coussins qui s'en ravissent que tu t'épandes dessus, que tu en tombes en avalanche de chairs blanches avec des fleurs sombres.

26.
« Quelquefois, pour apaiser
Ta rage mystérieuse,
Tu prodigues, sérieuse,
La morsure et le baiser ; »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

27.
Et du quelquefois, quelquefois qu't'aurais oublié… que le réel c'est plein de rappels au réel, chaque matin, au moment de s'remuer la couenne et d'aller au taf.

28.
Le réel n'est jamais autant lui-même que lorsqu'il nous rappelle à sa nécessité.

29.
De la rage mystérieuse, de la rage genre présence du tigre près du tombeau hindou…

30.
« La morsure et le baiser »… Prends ça dans les dents, prends ça dans les lèvres… c'est pas du catch, c'est d'l'amour, çui-là d'féroce…

31.
« Tu me déchires, ma brune,
Avec un rire moqueur,
Et puis tu mets sur mon cœur
Ton œil doux comme la lune. »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

32.
Une brune qui déchire – ça doit être une gitane blanche, celle noire qui danse sur fond bleu dans la fumée blanche de mon paquet de cigarettes.

33.
Un rire moqueur – c'est que le monde, crois-moi, ma sœur, est à s'en moquer, à s'en moquer de tout son cœur.

34.
Et je promènerai mon cœur et dessus mon cœur – cœur cœur œil et lune – un vers de Baudelaire, une chanson d'après-midi.

35.
« Sous tes souliers de satin,
Sous tes charmants pieds de soie,
Moi, je mets ma grande joie,
Mon génie et mon destin,»
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

36.
Des souliers de satin, pour fuir la nuit au grand bal de la lune, froisser l'herbe des songes et se réveiller dans le mensonge de sa gueule dans le miroir.

37.
Des pieds de soie – c'est la fille qui se déchire toute seule – et qui glisse la nuit comme si les mains de la nuit l'attrapaient.

38.
La joie, le génie et le destin – et puis des trous à ses chaussettes.

39.
« Mon âme par toi guérie,
Par toi, lumière et couleur !
Explosion de chaleur
Dans ma noire Sibérie ! »
(Baudelaire, « Chanson d'après-midi »)

40.
Une « âme par toi guérie » - mystique, religieux, christique on dirait – présence chamanique au cœur du désir, dans la fascination d'un autre être au monde.

41.
« toi, lumière et couleur ! » - c'est plus une femme, c't'un vitrail, un bûcher, une arlequine, une voltigeuse, une virevolte.

42.
Une « explosion de chaleur », un soleil éclatant dans la blancheur de la neige et la noirceur de la nuit… atomisant le froid dans l'âme, c'te Sibérie.

43.
Avec ça que le narrateur se flanque, lui, son orgueil, sa « joie », son « génie » et son « destin » sous des « souliers de satin » et puis des « pieds de soie » - y en a j'vous jure, i trouvent leur plaisir on ne sait où, tout ça pour une tête qu'a « les attitudes de l'énigme et du secret », une tête à tableau, une tête à peindre, que ça vous ferait un chef d’œuvre, messieurs-dames, une pièce du patrimoine, une rente à commentaires, à exégèses, que si ça se trouve dedans cette tête y a rien qu'un âne qui brait.

44.
Et puis j'en écrirai encore des brefs écrits qu'ils furent en écoutant virevolter l'Absolutely Live des Doors à Morrison.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 31 janvier 2015.

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 15:10

MES YEUX MES YEUX CROYEZ-MOI

1.
« Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne »
(Baudelaire, « Parfum exotique »)

Quand je m'ennuie des fois je jette
Les je par mon âme numéro
Deux - qui n'existe pas plus que mon âme numéro un – Mes
Yeux, mes yeux, croyez-moi ! - car j'y crois, moi, en ces cercles
Fermés, ces masques cachés dans les masques, et qui s'expriment
En une langue que vous ne comprenez pas, et qui en
Un tour vous je passe dans le
Soir je ramasse mes je défenestrés au
Chaud que je les remets dans mon sac
D'automne où dans mon corps ils s'entrechoquent avec mes os.

2.
Quand je m'ennuie, des fois, je me jette par mon âme ; ça fait comme une pluie de confettis qui tombe dans la lenteur d'une rue où je suis parfois par hasard.

3.
Mes yeux, mes yeux, croyez-moi !
J'ai vu ce que le diable voit et qu'on appelle l'Homme.

4.
Mes yeux, mes yeux, croyez-moi !
Il y a des masques dans certains qui vous parlent
Il y a des masques d'où sortent des langues qui vous enroulent
Au-dedans d'elles et qui vous encerclent.

5.
Je passe dans le soir, entre les chiens et les étoiles.

6.
« O Lune de ma vie ! Emmitoufle-toi d'ombre »
(Baudelaire, « Le possédé »)

7.
O j'aime bien faire des O dans ma caboche la
Lune ne joue pas de guitare j'aimerais bien des fois que
De la pâle sans mains tombât quelque balade
Ma vie qu'est-ce que j'en fais et la
Vie des autres qu'est-ce que j'en fais ?
Emmitoufle-toi, l'hiver traîne à ta porte
Toi, tu regardes par la fenêtre et tu te rêves
D'ombre et de miracle et puis tu te désaccordes.

8.
O j'aime bien faire des O dans ma caboche ; c'est le bonhomme qui me rit dedans - il fume un peu trop.

9.
La lune ne joue pas de guitare. Quel air, quel blues jouerait-elle s'il lui venait un saxophone, une contrebasse, une voix ? La lune jouerait-elle L'« Eclipse » à Charles Mingus ?

10.
J'aimerais bien des fois que la pâle sans mains chante un vieil air de jadis ; mais il n'y a aucune chanson ni orgue de barbarie sur la lune.

11.
Question essentielle : Ma vie qu'est-ce que j'en fais et la vie des autres qu'est-ce que j'en fais ?

12.
Des fois, je regarde par la fenêtre et je me rêve ; je me vois plus roi que gueux ; je me vois plus jeune que vieux ; et puis il pleut et mon linge est mouillé.

13.
Des fois il y a comme si le jour des fous tombait sans cesse dans ma tête.

14.
J'entends à la radio les lamentables affaires du monde ; et dire qu'il faut bien vivre avec tous ces salauds.

15.
Des fois, on croit qu'ça va être les doigts dans l'nez, et puis c'est dans l'os qu'on l'a – profond.

16.
« Dors en paix, dors en paix, étrange créature,
Dans ton tombeau mystérieux »
(Baudelaire, « Une martyre »)

Un « tombeau mystérieux » où repose une « étrange créature » : vampirique n'est-il pas ? Me fait penser à la nouvelle « Le gardien du cimetière » de Jean Ray.

17.
Dors ; l'éclair au loin poursuit sa route.
En chemin elle en frappera bien d'autres ; la
Paix ! Qu'on me fiche la paix !
Dors ; la foudre ne t'attend pas.
En chemin elle en séduira bien d'autres ; la
Paix, vous autres ! Fichez-moi la paix !
Etrange, je fais un songe étrange,
Créature de mes rêves, étrange créature,
Dans tes yeux, je vois se tordre flammes et écailles ; mais
Ton corps, buveuse de lune, n'est pas ce
Tombeau mangeur de sables et d'égarés, ce
Mystérieux tombeau où le sphinx aiguise ses phrases.

Post-scriptum : Ce truc traduit en anglais, en y flanquant des rimes et une musique à la Iron Maiden, je suis sûr qu'on pourrait en faire un morceau tout à fait épatant dans le genre bizarre sonore. Ah oui, je sais on n'a qu'à faire comme ça :

MES YEUX MES YEUX CROYEZ-MOI (Chanson terrible)

Intro d'abord assez lente, avec du mouton et du badagong dedans, et puis affirmation du rythme sur le mot « Dors » :

Dors ; l'éclair poursuit sa route.
En chemin elle en frappera bien d'autres ; la
Paix ! Qu'on me fiche la paix !
Dors ; la foudre ne t'attend pas.
En chemin elle en séduira bien d'autres ; la
Paix, vous autres ! Fichez-moi la paix !

Un pont façon vieil orgue du pont aux pendus, puis sur le texte accélération rythmique et riffs secs comme coups de hache :

Mes yeux, mes yeux, croyez-moi !
J'ai vu ce que le diable voit et qu'on appelle l'Homme.
Mes yeux, mes yeux, croyez-moi !
Il y a des masques dans certains qui vous parlent
Il y a des masques d'où sortent des langues qui vous enroulent
Au-dedans d'elles et qui vous encerclent.

Retour à la relative lenteur de l'intro, avec du chameau et du rabadagong dedans, puis sur le texte passage plus ou moins « planant » (sans synthés, mais soutenu par les phrases d'une guitare claire et aérienne comme une embellie entre deux pluies d'frites)

Etrange, je fais un songe étrange,
Créature de mes rêves, étrange créature,
Dans tes yeux, je vois se tordre flammes et écailles ; mais
Ton corps, buveuse de lune, n'est pas ce
Tombeau mangeur de sables et d'égarés, ce
Mystérieux tombeau où le sphinx aiguise ses phrases.

Retour à l'accélération rythmique et au bûcheronnage hardant :

Mes yeux, mes yeux, croyez-moi !
J'ai vu ce que le diable voit et qu'on appelle l'Homme.
Mes yeux, mes yeux, croyez-moi !
Il y a des masques dans certains qui vous parlent
Il y a des masques d'où sortent des langues qui vous enroulent
Au-dedans d'elles et qui vous encerclent.

Badaboum final et émoi des jeunes filles.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 janvier 2015.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans CONTREVERS
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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 20:39

VOUS AVEZ DES IDEES BIEN SINGULIERES TONY !

1.
« Vous avez des idées bien singulières, Tony! »
(Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie)

Vous avez une de ces têtes ce matin mon ami en
Avez une de ces bobines une de ces bobines
Des jours étranges, qu'on en a les
Idées lourdes comme papillons de plomb ;
Bien curieuses vos paroles ce matin mon ami
Singulières vraiment et puis Tony puisque vous vous appelez
Tony maintenant qu'est-ce que vous faites donc avec ce couteau ?

2.
Vous avez une de ces têtes ce matin mon ami, une de ces bobines qu'on dirait que vous allez vous défiler.

3.
Des fois qu'on traverse des jours étranges, qu'on en a les idées genre chauve-souris qui se prennent des poutres plein les radars.

4.
Alors comme ça, Bernard, maintenant vous vous appelez Tristan, et dites-moi, Bertrand, qu'est-ce que vous faites donc avec ce couteau ?

5.
Je dors avec le fantôme qui a pris mes draps
Je dors avec le petit feu de mon chat.

6.
Vous avez de drôles de yeux ce matin mon ami en
Avez un drôle de regard un de ces regards
Des jours aveugles, qu'on en a les
Idées noires comme bonshommes de suie ;
Bien curieuse la façon dont vous me regardez fixement
Singulières mirettes et puis Tony puisque vous vous appelez
Tony maintenant qu'est-ce que vous faites avec ce couteau ?

7.
Vous avez de drôles de yeux ce matin mon ami, un drôle de regard qu'on dirait que je ne vous vois plus.

8.
Des fois qu'on traverse des jours aussi aveugles que des mannequins qui ne vous regardent pas passer avec les autres luneux, le long des précipices.

9.
Alors comme ça, Roger, maintenant vous vous appelez Carole, et dites-moi, Pamela, qu'est-ce que vous comptez faire de ce couteau ?

10.
Je dors avec la pluie qui gifle la fenêtre
Je dors campagne battante.

11.
Vous avez un drôle d'air ce matin mon ami en
Avez un d'ces airs d'entre deux airs
Des jours perdus, qu'on en a les
Idées grises comme silhouettes de cendre ;
Bien curieuse la façon dont vous tournez de la tête
Singulières narines qui palpitent dans tous les sens et puis
Tony, arrêtez donc de jouer avec ce couteau !

12.
Vous avez un drôle d'air ce matin mon ami, un de ces airs qu'on dirait que vous allez me jacter en anglais que vous allez vous poudrer d'escampette.

13.
Des fois qu'on traverse des jours perdus, qu'on en a des silhouettes de cendre qui vous traversent l'esprit comme on traverse la pluie.

14.
Alors comme ça, Cheval, vous voilà maintenant facteur, et dites-moi, placard, où avez-vous planqué mon cadavre ? Et lâchez donc ce couteau, je vous prie !

15.
Je dors mes paupières sont cousues de fil blanc
Je dors avec des trous noirs en balade sur les océans.

16.
Vous avez un drôle d'assassinat ce matin mon ami en
Avez un d'ces meurtres, un d'ces meurtres
Des jours passés, qu'on en a les
Idées tristes comme jeunes filles sans fiancé et puis
Bien curieuse la façon dont vous voilà mort !
Singulières blessures de lance au côté droit Mais enfin
Tony, arrêtez de me regarder ainsi du haut de votre croix !

17.
Vous avez un drôle d'assassinat ce matin mon ami, un de ces assassinats qu'on dirait que vous allez tomber du ciel avec des anges plein les ailes.

18.
Des fois qu'on traverse des jours passés, qu'on a, qui vous reviennent à la mémoire, comme des arlequins déchirés.

19.
Alors comme ça, Tony, vous êtes mort ! - et depuis longtemps ? Ah oui quand même ! Je me disais bien aussi que ces derniers temps vous n'aviez plus l'air d'avoir les pieds sur terre.

20.
Je dors et j'entends rire quel être
Je dors quel être quel être qui clavecine un ragtime de Scott Joplin.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 janvier 2015

 

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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 02:17

SURTOUT S'ILS SONT MORTS

1.
L'être revient toujours à la table des négociations avec l'étant ; sinon, il compte pour du beurre, il passe pour néant.

2.
« quelque chose de magique. Cela vaut pour le cinéma, le téléphone, et bien d'autres choses. »

(Ernst Jünger, « Les Prochains Titans », trad. M. Bouhazer)

3.
L'être magique et à toute berzingue de la technologie, suivi de son lot de noires féeries.

4.
« des techniques nouvelles et plus sûres « d'éducation » et de propagande affectant

le comportement humain, public et privé. »
(Jürgen Habermas, « La Technique et la Science comme « idéologie »)

Mais c'est la nature même des éducations dites nationales « d'affecter le comportement humain, public et privé. » La démocratie est à ce prix ; les carrières politiques aussi.

5.
« Tous les chemins mènent à Rome. »

« Même l'Enfer est pavé de bonnes intentions. »
Le rapprochement de ces deux maximes, il ne vous fait pas sourire, vous ?

6.
L'être, comme dit Marcel Conche en parlant d'autre chose, est un « criminel invétéré », un tueur en série de ces éphémères étants que l'on appelle passants ; « enfermé dans sa pensée autistique », l'être ne peut que sacrifier à la fascination qu'il exerce sur l'étant.

7.
Certains philosophes se font les scribes de labyrinthes tout à fait remarquables, dans lesquels, en fin de compte, il s'avère que c'est tout de même l'absurde Minotaure qui tue l'humain héroïque et qu'est-ce-que-je-fiche-là ?

8.
Le temps est prescriptible ; il finira en bouillie de rien, « quand les temps seront venus ».

9.
Il y a des êtres fort médiocres, et veules, et envieux, qui cependant s'y entendent à « faire des phrases » ; tout le reste, ils le font fort médiocrement et du reste, ils s'en foutent.

10.
Il y a des êtres dont on a du mal à s'imaginer à quel point ils manquent d'empathie ; et comme nous les trouvons sympathiques, et intéressants !

11.
« Il faudrait, pour prétendre au pardon, s'avouer coupable »

(Vladimir Jankélévitch, « L'imprescriptible. Pardonner ? Dans l'honneur et la dignité »)

12.
L'être, car il est de toute façon, ne peut s'avouer coupable ; aussi ne se pardonne-t-il pas et punit les étants.

13.
Le suicide ? - Un ultime coup de dés tenté sur un tapis vert qui n'existe pas.

14.
L'être est un coup de génie ; sans lui, nous ne pourrions être capables d'aucune certitude ; c'est parce qu'il est, qu'il est quelque chose.

15.
L'être humain a introduit la culpabilité dans la nature et il a appelé ça culture ; ce qui le tuera aussi sûrement que tigre au bois et fatalité des épidémies.

16.
La nature gère la démographie par l'épidémie ; la culture fait la même chose par la guerre.

17.
Il faut des années pour s'apercevoir qu'on s'est trompé du tout au presque tout ; auparavant, on se répète que c'est la dernière fois.

18.
L'être humain est d'une remarquable adaptabilité ; il supporte vraiment beaucoup, et surtout lui-même.

19.
« Les absents ont toujours tort de revenir »

(Jules Renard, Journal)

« Les absents ont toujours tort de revenir », surtout quand ils sont morts.

20.
J'aime beaucoup les recueils de textes philosophiques - par exemple, le très dense « Antimanuel de philosophie » de Michel Onfray (Editions Bréal) ; ils évitent de se perdre dans des circonvolutions qui tiennent parfois plus du labyrinthe qui ne mène nulle part que de la pensée claire et précise.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 janvier 2015.

 

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 10:56

JE DORS AU LOIN CHEVAUCHE UN ROI

1.
Stupéfaction à l'idée qu'il achète une maison de campagne, lui qui s'ennuie s'il n'a pas le dzim boum tintouin de la ville pour l'énerver.

2.
Des nouvelles qu'on en est tout incrédule ! L'autre monde débarque dans le réel ! L'être autre ! La quatrième dimension en live !

3.
Là-bas d'un bout de l'année à l'autre bout du chemin à chaque bout de semaine qu'on pourra mettre les bouts.

4.
- Et où est-ce ?

- Est-ce que je sais moi, qui ne sais déjà pas où j'ai mis le chapeau que je portais ce matin ? 
- Mais vous ne portiez pas de chapeau ce matin…

- Je ne vous le fais pas dire.

5.
« Le jour se leva, humide et triste »

(Agatha Christie traduit par Michel Le Houbie)

6.
« Le jour se leva, humide et triste » ; d'ailleurs, il avait la crève et comme il se leva du pied gauche, la journée fut grise du gris de l'aube au gris du soir.

7.
« Rien ne plaît davantage à ce qui existe que le fait qu'exister doit avoir un sens. »
(Adorno, « Minima Moralia » trad. E. Kaufholz)

8.
Parfois, un fleuve de ténèbres coule dans le sens, cherchant, de toute sa force, de toute son absurde force, à s'en emparer.

9.
Quels que soient les péchés de l'humanité, le châtiment est aussi aveugle que la foudre qui frappe l'enfant et épargne l'assassin.

10.
Celui qui est capable de comprendre ce qui s'agite en lui est bien près de comprendre le sens réel du mot « ténèbres ».

11.
« Ces observations, sur ce que l'homme a été, sur ce qu'il est aujourd'hui, conduiront ensuite aux moyens d'assurer et d'accélérer les nouveaux progrès que sa nature lui permet d'espérer d'encore. »

(Condorcet, Esquisse d'un tableau historique du progrès de l'esprit humain)

12.
Connaître une chose ne veut pas dire qu'elle va en soi s'améliorer. On a beau disserter sans fin sur l'humain, on ne l'empêchera pas de courir à sa perte.

13.
Nos organes nous remuent et nous croyons que c'est notre raison.

14.
Ne pas sous-estimer les autres ; ils ont du génie fût-il mauvais.

15.
Belle définition de la singularité entendue dans l'émission « Hors-Champs » de Laure Adler sur France Culture : « C'est encore un autre monde dans un autre monde » (je cite de mémoire une phrase de Pierre-Henry Salfati).

16.
«l'accomplissement de son plan est l'histoire universelle. Saisir ce plan, voilà la tâche de la philosophie de l'histoire ».

(Hegel, « La Raison dans l'histoire » trad. K. Papaioannou)

Évidemment, si on présuppose qu'il y a un sens à cette suite de bruits et de fureurs disputée par des idiots, on finit toujours par y trouver quelque chose qui a l'air de faire sens ; et c'est là que les Athéniens s'atteignirent.

17.
Mea culpa : je croyais que le truc de « l'histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien » était dans Hamlet, alors que c'est dans Macbeth ; mais c'est de Shakespeare quand même.

18.
Entendu sur France Culture, je cite Pierre-Henry Salfati, « Qu'est-ce qu'un dieu ? - C'est celui qui peut dire non. » Autrement dit, c'est celui qui oppose un absolu à un absolu.

19.
Je dors
Je dors avec moi
Je dors au loin chevauche un roi
Je dors avec mon cheval dans la prairie

Je dors avec mon amie partie
Je dors avec la maison qui s'estompe
Je dors avec les visages qui se brouillent
Je dors avec un vieil air de jazz
Je dors avec l'intro de Dazed
And Confused
Je dors avec une cymbale et son stomp stomp stomp

Je dors avec une flûte d'os qui gazouille
Je dors avec mon cœur qui dort
Je dors sous le regard aveugle des morts.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 janvier 2015

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 12:33

LA RUE ASSOURDISSANTE

1.
« La rue assourdissante autour de moi hurlait »
(Baudelaire, « A une passante »)

2.
L'homme seul et le tintouin : le u d'la « rue » et les « our » et les « our » et puis le u de « hurlait ».

3.
Ça chiasme donc ce Baudelaire « rue assourdissante autour hurlait » ça roule ça houle et ça hurlure.

4.
Les hurles de la rue, des passants aux cris muets.

5.
Des insultes même si ça se trouve dans les gens c'est tout blasphèmes anathèmes cris et chuchotements.

6.
Comme j'étais bien dans la bibliothèque, avec deux ou trois vivant(e)s pour animer le paysage, et des livres des livres des livres.

7.
Loin de la baudelaire « rue assourdissante » et de ses invisibles ourdissants.

8.
C'est que dans la bibliothèque, les signes, élégamment, gardent le silence.

9.
Lire garder le silence lire observer le secret lire dans les lignes ce qu'il en est de nos mains.

10.
« Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse »
(Baudelaire, « A une passante »)

11.
La passante à Baudelaire : « longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse ». C'est-y Phèdre ou Andromaque qui passe là ?

12.
« L'échappée d'la tragédie, la femme pâle qui passe, elle est « longue, mince »parce que naine et sphérique, ça l'aurait pas fait dans le genre tragico-spleenique.

13.
Je me demande à quoi ça peut ressembler une « main fastueuse » ; si l'on en croit la reine Guenièvre du Kaamelott d'Astier, ce serait une main habile à manipuler les animaux marins, non ?

14.
Evidemment, la passante à Baudelaire, c'est une apparition, une fantôme, une âme chasseresse, sinon elle ne passerait pas, elle grouillerait.

15.
Ame chasseresse me fait penser à cœur prédateur qui me fait penser à cerveau reptilien.

16.
Non, Monsieur Houzeau, une « main fastueuse » n'est pas forcément la main d'une tueuse en série ultra-rapide.

17.
« Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet. »
(Baudelaire, « A une passante »)

18.
Cette passante de la « rue assourdissante », cette fugace et son rythme à trois temps, on dirait bien qu'elle danse.

19.
Et puis ce « f » de la « femme » de la « fastueuse » et du « feston », cette froisse de l'étoffe, cet imperceptible sifflement du fantôme passant.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 janvier 2015.

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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 23:28

DAMOCLES A SON EPEE

1.
Soufflé par Elise : « Souvestre et Allain, il fallait bien deux hommes pour un Fantômas. »

2.
Le futur est lié au passé comme Damoclès à son épée.

3.
« Le vertige qui saisit l'homme devant la multitude des possibles est donc fait à la fois d'angoisse et d'ivresse. Encore n'avons-nous parlé jusqu'ici que d'hommes à peu près normaux. »
(Jean Grenier, Entretien sur le bon usage de la liberté)

4.
Quelles magies jaillissent d'entre nos lèvres ? Quelle noire féerie prononçons-nous ?

5.
Ce n'est pas l'humain qui est le jouet des dieux, c'est dieu qui est l'alibi des humains.

6.
« Qu'était l'Homme, avant l'invention des Mots et la connaissance des Langues ? »
(Julien de la Mettrie, L'Homme-machine, 1748)

7.
L'Homme avant les mots ? Une brute déjà, mais au moins était-elle innocente.

8.
« Seule la médiation d'autrui peut constituer un individu comme un Autre. »
(Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe)

9.
C'est la preuve par l'autre qui nous maintient dans cet état de folie raisonnée que nous appelons société.

10.
« Cette règle fut enseignée aux Princes en paroles voilées » (Machiavel, Le Prince)

11.
Les « Princes en paroles voilées » : Scève, Rimbaud, Char – qui nous dépouillent le réel, le retournent comme peau de lapin.

12.
Dieu ne se contente pas de ne pas exister ; il est aussi.

13.
Le Diable en peau d'homme sur la route : ne le tuez pas, il vous tuerait, mais il vous tuera si vous ne le tuez pas.

14.
La différence entre Cabu et ses assassins ?
- La singularité du talent.

15.
Cela fait au moins vingt ans que je dis que cette crise économique amènera les gens à se tuer en pleine rue. Longtemps on a souri. On ne sourit plus.

16.
L'Homme n'a pas plus de raison que s'il n'avait ni queue ni tête.

17.
Les pédagogistes qui prétendent nous fourguer de la citoyenneté et je ne sais quel vivre ensemble en lieu et place de formations réellement qualifiantes se font, en toute bonne foi et fort humainement, les complices des assassins à venir.

18.
« qui n'est science de rien d'autre que de ce beau surnaturel tout seul »
(Platon, Le Banquet, trad. L. Robin)

19.
« travailler sur la lune des fractures sociales » : ai-je bien entendu ceci dans la bouche de Frédéric Mitterrand sur France Culture ? Joli !

20.
« La conscience n'est rien en dehors des sentiments cruels qui la manifestent. »
(Vladimir Jankélévitch, La Mauvaise Conscience)

21.
C'est-à-dire que nous sommes si humainement armés, si sophistiqués dans l'art de phagocyter notre prochain, que nous voilà, pour le moins, docteurs en humanisme.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 janvier 2015.

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