21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 15:58

QU'EST-CE QUI M'A PRIS D'INVITER UN ELEPHANT CHEZ MOI

(Instruments souhaités pour cette chanson : grosse caisse et timbales, et cymbales, et trompette, et clavecin pour le contraste, guitare rythmique pour les riffs bien lourds, et ponctuation de guitare solo pour l'effervescence, basse ronflante et échos de barrissements, et piano là-dedans pour le balancement de la trompe de l'animal et la danse sur les disques des Sparks.)

Qu'est-ce qui m'a pris non mais qu'est-ce qui m'a pris
D'inviter un éléphant chez moi
Il m'a sifflé tout mon whisky
L'éléphant même pas effervescent
L'éléphant que j'ai invité chez moi
La prochaine fois j'inviterai une souris.

Qu'est-ce qui m'a pris non mais qu'est-ce qui m'a pris
D'inviter un éléphant chez moi
Il m'a sifflé tous mes cigares
L'éléphant même pas effervescent
L'éléphant que j'ai invité chez moi
La prochaine fois j'inviterai un chef de gare.

Et puis après avoir sifflé tout mon whisky
Et puis après avoir sifflé tous mes cigares
Il a swingué guinché avec ma Lili
Sur tous mes disques des Sparks
Sur tous mes disques des Sparks
Sur tous mes disques des Sparks
Que j'en ai comme un clavier brisé
Que j'en ai comme une voix cassée
Que ça me gueule dans le citron
Dans le citron
Dans le citron
Que si je ne me trompe
"This town ain't big enough for the both of us".

Qu'est-ce qui m'a pris non mais qu'est-ce qui m'a pris
D'inviter un éléphant chez moi
Il m'a sifflé tout mon vin blanc
L'éléphant même pas effervescent
L'éléphant que j'ai invité chez moi
Que si c'est comme ça
La prochaine fois j'inviterai le rat
De Pierre Mac Orlan.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 octobre 2014.

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 13:30

EN ECOUTANT LES AQUARELLES VENENEUSES

1.
Les amours, c'est comme tout voué à la perte; et s'il n'en reste qu'une, ce ne sera  même pas celle-là; la mort interviendra.

2.
Michel Leiris, dans son Journal, envisage de commenter "une phrase prise au hasard dans un livre choisi au hasard dans [sa] bibliothèque." C'est ça qu'il faut faire; le reste, c'est de l'université.

3.
"T'as vraiment l'air bien collé. Je vais chercher du secours."
(Bertschy, "Nelson")

4.
On se colle au réel façon toutou cocasse qui se colle la langue sur la glace. On accourt pour nous aider, et, par mimétisme de la maladresse, tout le monde finit collé.

5.
Picasso mort n'est plus un grand peintre; ce sont ses oeuvres qui sont à tout jamais Picasso aux grands yeux.

6.
"Et vite comme va la langue d'un crapaud
Se décollaient soudain et collaient les collages"
(Apollinaire, "Rêverie")

7.
A quoi peut se comparer la vitesse de la langue d'un crapaud ? - A un sorcier qui se rassemble après s'être disséminé peut-être ?

8.
"Que faire maintenant, même si je voyais autre chose ?"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")

9.
C'est dans "l'autre chose" que se tient "l'autrement", et donc comment faire autrement ?

10.
La vérité, souple loup du soudain qui vous saute à la figure, jailli du roux où il se confondait avec tout un flot de chevelures.

11.
La vérité, souple loup du soudain qui vous saute aux yeux comme femme atroce sortant d'un beau masque.

12.
Le mal et sa boîte à surprises d'où jaillit le diable à ressorts qui vous plante d'un couteau.

13.
Les miniatures électriques des "Residents", vénéneuses "aquarelles".

14.
La musique des Residents me fait penser au Syd Barrett des deux premiers albums de Pink Floyd : bricolo baroque, goût du bref, du psychédélique, du surréalisme, sans blague, un morceau comme "Blue Rosebuds", ça sonne-t-y pas Barrett, non ?

15.
J'aimerais bien écrire des brefs "résidentiels".

16.
L'artiste mort finit par être son art ou par n'être plus rien qu'une anecdote dans une conversation.

17.
Lorsque je me pense le verbe pronominal "se dissembler", le complément "des ombres" s'impose aussitôt.

18.
Qui donc soudain se dissemble des ombres qui bougent lentement leurs formes dans l'escalier d'un immeuble qui attendrait le commissaire Maigret.

19.
Un oeil passa
Un visage l'attrapa
Ainsi fut le Cyclope.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 octobre 2014.

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 09:14

MES AMOURS - AH QUELLE IMAGINATION !

1.
Le jour tombe dans les pommes bleues. En écrivant cette phrase - je ne sais quoi de fané, de vaguement pourrissant.

2.
"Il est pourtant visible que cette maison était habitée encore tout récemment."
(Bob de Moor, "Barelli et les agents secrets")

3.
"Il est pourtant visible que cette maison était habitée encore tout récemment" dit le fantôme qui, quelques heures plus tôt, y déjeunait tranquillement.

4.
Oh c'est une statue ! C'est sans doute pour ça qu'elle ne me disait rien.

5.
"Je suis celle en laquelle tu continues à vivre !..."
(Ferry & Pombal, "Les Statues")

6.
- "Je suis celle en laquelle tu continues à vivre !..."
- Ah... Je suis donc bien mort.

7.
Elle me prend pour quelqu'un d'autre, me dis-je en regardant la réalité.

8.
- Qu'est-ce que c'est que cette figure ?
- La statue d'un dieu on dirait.
- Ah c'est pour ça qu'elle ne me dit rien.
- Moi je trouve qu'on dirait qu'il va parler, tout à fait comme le chat empaillé de ma tante Citronnelle, qu'il va nous déblatérer un truc du genre : "Je suis celui en lequel tu continues à vivre."
- Il dit ça, le chat de votre tante Citronnelle ?

9.
Oui, mais maintenant, elle est vide, et voyez comme elle se fissure, se lacère, se dissipe, se disperse, se sidère.

10.
Cellules malignes de la tumeur à Dieu, nous autres, perhaps.

11.
"La chasse, ô soeur, la chasse a corné dans les nuits"
(Apollinaire, "Epithalame")

12.
Qui long complaint aux bois ? C'est le vent, le vent ouinant.

13.
J'aime bien le verbe "ouiner"; la scie musicale, par exemple, oyez comme elle ouine.

14.
Je me souviens avoir entendu Gilles Deleuze expliquer que lorsqu'il était jeune prof de philo, il initiait ses élèves à l'art de la scie musicale; je me souviens avoir entendu Gilles Deleuze expliquer qu'il y avait quelque chose dans les chansons de Claude François, oui, quelque chose; je me souviens avoir entendu Gilles Deleuze affirmer que si les wittgensteiniens l'emportaient, ce serait grave, ça, si les wittgensteiniens l'emportaient. J'en conclus que, des fois, Gilles Deleuze, quand il en avait marre des gens, il leur disait n'importe quoi.

15.
Le ciel est pâle; un christ est mort.

16.
Quand je suis mort d'ennui, je dis Ah je m'ennuie, alors je sors pour ululer sous la lune.

17.
Entre la "chasse" et la "soeur", il y a le cheval immense et son fantôme; il y a les cavaliers masqués et la peur de ce qui vient.

18.
La "chasse", chevaux, tuniques, cors et chiens; la "nuit", millefeuille des cauchemars.

19.
"J'ai perdu mes amours Où sont-elles allées"
(Apollinaire, "Poèmes à Lou", XXIV)

20.
"Mes amours" - Ah ! quelle imagination !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 octobre 2014

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 04:05

PORTE-FANTÔMES
1.
Le saviez-vous ? On ne peut parler du silence sans le rompre.
2.
Y en a aussi, les malheureux, qui se rompent le silence et les os.
3.
Son ombre, toute notre existence tourne autour de celle-là, avec laquelle on s'escrime à ne faire plus qu'un, jusqu'à ce que l'on finisse par y glisser.
4.
L'Histoire, cette suite de consciences abolies.
5.
La morale ne peut être contrainte que par le droit. La démocratie est une tension entre l'éthique et la loi.
6.
Aujourd'hui, je n'ai pas dîné avec mon spectre; nous n'avons pas partagé les dépouilles de nos amis respectifs.
7.
20 octobre : il fait beau; le prince flâne, musarde, s'attarde à l'été comme s'il était amoureux de quelque indienne.
8.
Téléphoné ce matin à Picasso, en vain... Rimbaud et Cioran n'ont pas plus répondu... Où sont-ils tous ?
9.
Déjeuné avec A. et F., à la bonne franquette et dans une vraie gentillesse, énergie de leurs filles, talent de Talou, vivacité, peinture.
10.
J'écoute les "Pages arrachées au Journal de Michel Leiris" lues par Jean-Louis Trintignant, imagine que je devrais tenir un journal imaginaire. Du reste, c'est sans doute ce que je fais.
11.
Ce n'est pas aujourd'hui que je relirai mon essai sur Baudelaire. J'en ai perdu le manuscrit. " Peu importe ! Je récidiverai !" dis-je en imitant Fantômas.
12.
Dans les "Pages arrachées du Journal de Michel Leiris", j'aime bien ce qu'il écrit du jeu d'échecs et des "sillons" façon "canaux de Mars", qui, en fonction des pièces jouées, ajustent leurs espaces.
13.
Rien de moins inscrit que moi dans le paysage poétique actuel; je m'en moque, m'en alexandrine le coquillard avec la plume à Villon, et laisse ça aux chasseurs de palmes.
14.
On finit toujours par perdre son duel contre soi; il faut bien dire aussi que l'arbitre est de parti pris.
15.
C'est Céline, je crois, qui disait que la vraie, la seule inspiratrice, c'était la mort; quand je vous disais que l'arbitre était de parti pris.
16.
Reçu la visite de Quidam Néant qui m'a reproché de ne plus écrire que des brefs, forme impubliable et qui n'intéresse quasi personne.
17.
Reçu un appel me demandant mon avis sur l'avenir du métier de facteur.
18.
Me suis souvenu cette nuit que, alors que j'écrivais, j'ai ressenti la présence de Madame x; ai pensé que c'était le vent, ai pensé qu'elle devait être là pourtant.
19.
Le silence est porteur de fantômes; c'est pour ça qu'on a inventé Wagner et toute la robinetterie à tintouin moderne.
20.
En début d'après-midi, j'ai cherché mon Grateful Dad; j'ai fini par le retrouver qui chantait du blues pour les oiseaux des champs. Il avait l'air bien épouvantail.
21.
L'ennui vient de ce que l'on ne pense pas à tout ça qu'on a à faire; y pense-t-on qu'à l'ennui s'ajoute le blues, le spleen, voire la déprime.
22.
Tomber amoureux, c'est se charger d'un tas de choses qu'on est censé faire avec le sourire.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 octobre 2014.

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 11:18

MON DISQUE PREFERE : THE CONCERT PAR GARY BENSON

1.
Mon disque préféré, je l'ai gagné à une fête foraine dans les années 70 à Hénin-Beaumont, j'étos ado et j'rêvos de rock n' roll for ever.

2.
Mon disque préféré commence par des percussions et un tchikitchik à la cymbale, pis après les premiers mots, la guitare électrique, d'entame, sonne fort et griffue.

3.
C'est ça qu'on kiffe dans les soli de guitare électrique, y a du griffu, du déchiré, puis qu'c'est fluide en même temps.

4.
Dans le premier morceau du disque, "plage titulaire de l'album", "The Concert", y a un moment, y a comme des claquements, qu'on dirait d'la foudre, métal cogné.

5.
Dans ce premier morceau, y a aussi d'l'orgue acidulé et sifflant comme on en faisait dans les seventies, et puis la voix de Gary Benson qui fait des woaaaaaaa.

6.
Après, dans le second morceau, ça se calme, des cordes font vibrer le "Let Her In" qu'il chante, le Benson; y a d'la jolie spanish guitar derrière la voix.

7.
Et puis ça s'remue un peu, le piano lance des accords qui envoient la voix de Benson rythmer ses syllabes que j'pige point mais j'm'en fiche.

8.
Moi, ce que j'aime, c'est l'atmosphère des chansons anglo-saxonnes, pas leur sens, j'aime pouvoir rêvasser sur la mélodie et ses paysages.

9.
Le troisième morceau sonne country, avec de la slide, non ? et du banjo, non ? "I Almost Forgot About Losing You", j'ai seulement pigé qu'à un moment, y a du "watching TV".

10.
La 4, je l'adore : "To Kill Another Day", sais pas ce que ça raconte sauf que le narrateur jacte de "clean my shoes", itou de "read the news".

11.
J'ai dans l'idée que cette rythmée au piano évoque comment tuer le temps quand on est un brin tout seul, mais j'en suis pas sûr, et puis peu importe.

12.
Et puis se pointe à la guitare une ballade qui porte à songe, "Quiet Man", avec son bonhomme dans une "empty room" que j'me dis que c'est ma pomme quand j's'rai rendu fantôme.

13.
Quand j's'rai rendu fantôme, je serai dans une pièce vide à regarder par la fenêtre passer les jolies filles du jadis.

14.
Je leur ferai des signes de la main; elles me tireront la langue.

15.
C'est dans "Quiet Man", qu'il y a ce truc à la scie musicale, qui, aussi sûrement que les bidouilleries électriques de Led Zeppelin ou du Floyd, vous fait songer le vent qui tourbillonne dans une chute de feuilles.

16.
C'te scie musicale, c'est peut-être aussi la plainte du fantôme dans son "empty room" qui attend sa promise, qui sait ?

17.
Une chouette intro au piano avec des virgules de guitare acidulée façon Pink Floyd à la campagne vous introduit au chaloupé "A Safe Place To Live".

18.
Le refrain de "A Safe Place To Live", il finit par un orgue qui plane au loin et qui amène des voix perçantes de choristes d'il y a des lustres.

19.
Mine de rien, "The Concert" de Gary Benson a un côté rock progressif soft - variétés de classe point déplaisant.

20.
Sur la galette de vinyle, la face 2 s'ouvre sur un morceau intitulé "Help Me Get Through", très pop, avec des choeurs qui chantent "Help Me, Help Me To" chaipaquoi.

21.
Dans "Help Me Get through", on retrouve de la "pedal steel guitar", et pis des cordes, et pis des choeurs que j'pige qu'il s'agirait quand même d'arriver à "another day" ou quelque chose du genre.

22.
"Sausalito" : On retrouve les percussions latines ("congas, chocallo, quigada, scull", sic); l'orgue swingue et on se dit qu'on est parti faire un tour de l'autre côté de la frontière.

23.
Avec flûte et "wood block", la ballade "The Best Things I Can Do" mélancolise surtout que le narrateur raconte que "Honey, you know, the best things I can do", elles seraient jamais assez bonnes for you.

24.
Vient le moment hard avec des riffs plein les sillons, c'est le pétaradant "The Closing Down of the Old Portland Railway Company" que je m'en imagine des spectres plein les voies.

25.
Le dernier morceau de cet album méconnu et peut-être bien culte est un petit bijou intitulé "No Guarantee" qui commence par l'évocation du temps qui passe et qu'on meurt un peu, tous, là à chaque, tiens, qu'on est.

26.
Cordes, guitare sèche, envolées sur le "I can be sure" de chaipaquoinonplus, et puis dans un style néoclassique très pop entraînant, le disque s'achève sur quelques notes qui se la jouent écho décoché à la guitare.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 octobre 2014

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 08:38

FRONDE DU BREF
1.
Ce ne sont pas les animaux qui ont des droits; ce sont les humains qui ont des devoirs.
2.
Aucun droit n'est universel; seule la morale peut l'être.
3.
"Le corps plein d'un rêve : sept vies de Patti Smith", de Claudine Galéa, excellente fiction en podcast sur France Culture.
4.
"What strange fish / Hath made his meal on thee ?"
(Shakespeare, "La Tempête", II,1 [Alonso])
5.
"What strange fish", des gueules inédites profilant dans les eaux sombres ce qui constitue la base de l'existant : la mâchoire.
6.
"I'll swear upon that bottle to be thy true subject, for the liquor is not earthly."
(Shakespeare, "La Tempête", II,2 [Caliban])
7.
Dans "I'll swear upon that bottle", y a du hic ad hoc, ou perhaps - hips ! - pas ad hoc (en tout cas, hic et nunc, ou quasi).
8.
L'univers est une expansion infinie d'un nombre incalculable de mâchoires.
9.
La grande difficulté, c'est que les autres ne sont pas des robots.
10.
L'aspiration à l'être que l'on appelle religion est avant tout un déni de la toute puissance de la dévoration; et pourtant, le christ, le dimanche, à la messe, il est tout de même un peu bouffé, non ?
11.
Les gens refusant de s'avouer le but réel de toute guerre, nous sommes condamnés à périr sous le nombre.
12.
Je ne crois pas à la bonne entente des peuples, à la "fin de l'Histoire", à la "paix universelle" et à toutes ces fadaises; tout ça, c'est de l'illusion soigneusement entretenue par l'humanisme occidental qui, ayant pris le pouvoir, se gave de bonnes paroles et de postes dans la haute administration tandis qu'un peu partout, on continue de crever, à plus ou moins petit feu.
13.
"They always use to laugh at nothing"
(Shakespeare, "La Tempête", II,1 [Gonzalo])
Dans ce "rire à propos de rien", la foule des bouches ouvertes, des dents blanches, des mâchoires toutes prêtes à, des estomacs repus.
14.
"His word is more than the miraculous harp."
(Shakespeare, "La Tempête", II,1 [Antonio])
15.
D'la magique syllabe, tellement magique que la harpe à miracles à l'Antonio peut aller raccrocher son violon.
16.
"Folie votre fureur, que je suscite !"
(Shakespeare traduit par Yves Bonnefoy, "La Tempête", III,3, [Ariel])
17.
Fronde de leurs brefs face aux tartuffes de la fadaise, les grands moralistes.
18.
"sans une tache, sans une maison, sans une herbe, sans un être vivant."
(Simenon, "Le Passager du Polarlys")
V'là comment qu'on plonge dans le vide.
19.
Bien sûr que j'aspire à une jactance plus prodigieuse que harpe à miracles; c'est même pour ça que j'scribe.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 octobre 2014

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 22:39

MES YEUX JE LES AI REMIS

1.
Nous sommes montés sur les épaules des géants et nous leur avons crevé les yeux.

2.
Le miroir ne maîtrise la foudre qu'en rêve; à défaut, il tente d'attraper nos visages.

3.
Nous traversons des architectures écorchées; des chevaux y passent avec des hennissements sanglants.

4.
Ne dites jamais les choses telles qu'elles sont; elles pourraient vous dénoncer.

5.
Entendu cette phrase - est-elle de Patti Smith ? - dans une fiction de Claudine Galéa consacrée à la poétesse : "Le rock est le corps plein d'un rêve."

6.
Les géants mangent, dorment, et comme nous s'émiettent, et comme nous tournent la même girouette.

7.
Déesse que n'escorte pas la musique, tes palais trempent dans une eau plus lourde que chaînes au donjon.

8.
"No wonder, sir, but certainly a maid."
(Shakespeare, "La Tempête", I,2 [Miranda])

9.
L'escargot ne croit pas à la merveille des jours de la jeune fille. Il se contente de baver sur une page de Rimbaud.

10.
A force de miser sur des chevaux assassins, nous finissons par être visités par des jockeys perdus.

11.
Je suis fait de fer de brume; je me dissipe au premier coup et me ranime à la nuit tombée.

12.
A mon avis, leurs tentacules se sont épris du crucifix.

13.
Elles avalent les chemins, hargneuses et mauvaises comme des gnomes de courtoisie, et pleines de crachats, et pleines de vous verrez.

14.
Je m'imagine une sororité de cassandres, leurs cheveux courts et noirs, leurs yeux vifs, brillants de cette fièvre-là qu'on appelle "lucidité", leurs yeux pleins de "vous verrez".

15.
Lorsque dans ma tête je me visionne un bois bordé de brouillard, je m'attends à en voir surgir un fantôme de jockey ou des parties du corps de la cavalière au bois.

16.
Je n'éplucherai pas pour toi la banane de la lune; l'agilité du poil noir m'ignore superbement.

17.
Pourquoi "girouette des sens" ? Comme si on s'tourbillonnait tout l'temps, toupies nous autres, versatiles, dérisoires, passagers.

18.
Au premier coup d'oeil, ou d'épée, pour moi, c'est le même cheval. Je me dissipe pour me rassembler sous vos pas.

19.
Quant à mon esprit, il ne peut se libérer de sa seule liberté, cette chair qui ne restera pas.

20.
Mes yeux, je les ai remis. Ils contemplent les passages.

21.
Mes yeux, je les ai remis. C'est mieux pour voir. Pour aiguiser son couteau aussi.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 octobre 2014

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 09:19

EAU TAPIS ET SPHINX

1.
Eau, femme liquide qui cherche son squelette dans la poche des herbes.

2.
Eau, porte d'eau qui ouvre le passage aux petits princes hippocampes.

3.
Eau, gong muet, dont les ondes se confondent et se closent en cercles et bouches.

4.
Eau, masque bleu de la translucide verte.

5.
Eau, tambour effondré, soleil débattu, déchiqueté par d'invisibles mâchoires.

6.
Eau, draps d'Ophélie, bras coupé, squelette à casque, errance du cheval gonflé.

7.
Eau, qui tente sa peau sous le cornet à dés d'où tombent des dieux.

8.
Eau, qui tombe la rive comme on tombe la chemise.

9.
Sur le tapis, on met ses tigres, on roule ses dés, on remet ça, ça qui biscorne et s'étrangle.

10.
Sur le tapis, les motifs se détachent en vifs traits de couleur, redessinent leur théâtre de guerriers, de fauves, de cavalière au bois.

11.
Sur le tapis, on a remis Dieu... et puis après, pour les ravoir, les taches de sang, c'est toute une histoire !

12.
Sur le tapis, une bête molle et hérissée se fraye un chemin parmi les ronces merveilleuses et d'une cruauté.

13.
Sphinx, os clair et tranchant sur lequel a poussé la bête perspicace à gueule de loup.

14.
Sphinx, vibration sèche à la guitare, ville blanche et lépreuse, gardien du mal du devenir.

15.
Sphinx, masque qui jacte, c'est ça l'énigme : Quelle est la bête qui attend en posant des questions idiotes au passant ?

16.
Sphinx, flèche décochée, pierre filant l'air vers le front du voyou qui menaçait Oedipe.

17.
Sphinx, harpe d'os à gueule ouverte.

18.
Sphinx, lynx qui a pris du galon dans la mythologie, du cruel bagout, d'l'énigme.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 octobre 2014

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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 22:54

EN ECOUTANT AOXOMOXOA

1.
Dirait-on pas qu'elle pleure de noirs filets, la "Femme nue étude pour les Demoiselles d'Avignon" de Picasso ?

2.
Et dans ses grands yeux de ténèbres tourne l'énigme grise des couronnes.

3.
Masque blanc et rire hautain des esprits qui n'en reviennent pas que pour de rire, c'est Anjenu qui tourne bras et mamelles dans l'oeil des fleuves.

4.
Dans "Les Grandes Baigneuses" de Cézanne, y en a une, elle est déjà cubiste, dites donc, cubistement nue, avec du vert dedans.

5.
Dans "Le Bain de Diane" de François Clouet, y a un bat l'amble, un singe, un turlupin à flûtiau boulu, et de belles dénudées.

6.
Et le vent ouine "loin... loin... loin", c'est un chevalier qui a du chagrin.

7.
"Je n'ai confié aucun secret sinon une chanson énigmatique"
(Apollinaire, "Fagnes de Wallonie")

8.
C'est certainement par abus d'espérance que la mer est verte et que tes yeux sont gris, le dimanche, à Malo, quand il pleut entre la digue et le casino.

9.
"Elle est l'illusion elle est toute lumière"
(Apollinaire, "La Ceinture" [Le Poète])

10.
Si les astres sont des bouches, est-ce qu'elles postillonnent des étoiles ?

11.
Le réel, i trempe, i trempe dans une chanson énigmatique où passent "trois dames les ramassant".

12.
Quand la rose berlue se fait toute lumière, pour sûr qu'on relève de la quarantaine des fascinés.

13.
"La dame du miroir est si miraculeuse !"
(Apollinaire, "La force du miroir")

Surtout quand elle s'en va et qu'elle est toujours là.

14.
"Un marin japonais se gratte l'oeil gauche avec l'orteil droit"
(Apollinaire, "Poèmes à Lou", X)

15.
Dans le train, un homme dort, l'Egypte entre les doigts; un autre se demande qui est l'assassin.

16.
La volonté peut-être farouche, indien des plaines que tente son tomahawk.

17.
Cause que j'cause point l'anglais, du coup les chansons énigmatiques du "Aoxomoxoa" du Grateful Dead m'ont l'air encore plus étranges dans le genre énigmatique.

18.
Les bouches s'ouvrent, et les portes aussi, qui ne disent rien et laissent passer la chanson qui file son p'tit blues dans ma caboche.

19.
Et puis il y a toutes ces blessures délicates qui s'ouvrent et se ferment le long de murs invisibles.

20.
Les étoiles, parfois, on dirait qu'elles vont nous envahir.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 octobre 2014

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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 16:47

LE DOUBLE DE L'ETRE SE TROUVE DANS LA BOITE A GENS
1.
Le double de l'être se trouve dans la boîte à gens. Le dialoguiste qui arrivera à placer c'te phrase dans une situation - parole ! je lui vends mon chapeau !
2.
"J'avais dû, sans m'en douter, dire des choses formidables."
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")
3.
Du reste, je ne doute pas que bien des gens disent des choses formidables, mais comme je ne les vois ni ne les entends, peu m'importe !
4.
"Tout est possible devant un pareil mystère."
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune" [Sainclair])
Et ce "Tout", c'est nous !
5.
"Si le cadavre parle, fis-je, cela va devenir intéressant"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune" [Sainclair])
And now, let the Grateful Dead speak !
6.
Je me demande si les matins qui suivent les nuits énigmatiques portent sur leur visage un air de mystère, ou s'ils préfèrent jouer les clairs indifférents.
7.
"le matin même qui suivit cette nuit énigmatique"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")
8.
"Le matin même qui suivit cette nuit énigmatique", elle avait une parfaite tête de Picasso, avec tous ses yeux.
9.
Il faudra que je me procure les Oeuvres Complètes de Gaston Leroux; c'est épatant, le surréalisme de c'te scribure-là !
10.
Il vient un moment où tous les disques qu'on met, ou presque, se révèlent être joués par des fantômes.
11.
Le théâtre révéla le masque, la photographie l'ectoplasme, et le disque prouva l'existence du Grateful Dead.
12.
"Grateful Dead for ever !" lança le squelette au guitariste.
13.
Non, Monsieur Houzeau, Nina Hagen et Frank Zappa n'ont jamais chanté ensemble une version psychédélire de "La Fille du Père Noël", même pas en rêve, et même pas si c'est dommage.
14.
"Elle nous regarde maintenant... mais de loin... comme si nous n'étions pas dans sa chambre... "
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")
15.
Ainsi les fantômes nous voient-ils, comme si nous n'étions pas chez nous.
16.
"C'est au carrefour de ces deux galeries"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")
Voilà un début de phrase qui annonce bien des escaliers.
17.
- "Oui; ce cadavre est tout à fait "croyable", maintenant."
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune" [Rouletabille])
18.
Le cadavre, des fois, on le croit pas, et pis des fois on le croit, surtout quand il donne des précisions, des circonstances...
19.
"et il paraissait fort occupé à compter des minutes"
(Gaston Leroux, "Le Mystère de la chambre jaune")
20.
"et il paraissait fort occupé à compter des minutes", des fois qu'il en perdrait...
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 18 octobre 2014.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans LEROUX ET LEBLANC
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