16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 10:31

POUR ME FAIRE DES AMIS

1.
Il est que vacille le taureau
Pleurent le loup le renard et la belette
Et s'ensanglante la blanche hermine.

2.
C'est la plurivocité de l'être qui fait son univocité; l'infini ne peut être qu'une somme infinie d'infinis.

3.
Dans la désormais célèbre anaphore hollandienne ("Moi, président, je...) on n'a pas prêté assez attention, je pense, au sens réel de ce "Moi, je".

4.
J'aime bien l'expression "la mort dans l'âme": petit cimetière de nos pommes, fluide et mélancolique comme un air de violon.

5.
Le manque d'argent est chez moi récurrent, aussi récurrent que honte et orgueil mal placé.

6.
Tant de pauvres et tant d'argent; il y a décidément bien des haches et bien des mains tranchées.

7.
Que l'infini soit une somme infinie d'infinis renvoie l'humain dans sa finitude, à moins que...

8.
La conscience, un complément circonstanciel de manière d'être, un attribut quoi.

9.
La conjugaison du verbe "être" a sans doute fait beaucoup pour l'ontologie, de la même manière que celle des verbes "faire" et "avoir" ont fait beaucoup pour le libéralisme et le capitalisme.

10.
Je me dis, que Moi, pas président, je n'aime vraiment pas les riches.

11.
L'éducation nationale devrait exiger des droits d'inscription; cela donnerait au moins une valeur marchande à certains diplômes.

12.
N'étant pas "fils de", je n'éprouve absolument pas le désir de me reproduire. Rien avant moi, rien après moi, une ombre peut-être.

13.
Quand je regarde comment sont traités certains animaux, il m'arrive de sentir gonfler en moi comme une haine législatrice du genre humain.

14.
Je n'ai guère de respect pour le pervers narcissique qui va, aidé de quelques autres clowns à paillettes, massacrer un taureau. Qu'il aille donc se faire encorner si ça lui chante.

15.
La corrida ? Je m'en fous, mais rien que pour le plaisir de titiller la bête humaine, je serais plutôt contre. Ou pour.

16.
Y en a des fois qui nous jactent assez de cette langue de bois dont on fait les chevaux de Troie.

17.
Des fois, je me demande si pour certains paysans, le bétail, ce serait pas autre chose que de l'argent sur pattes.

18.
Entendu à la radio ce 14 novembre 2014 : "Poutine, c'est la guerre en Europe." De fait.

19.
La modernité tend à générer de l'altérité administrative et son fâcheux penchant à calculer tout de vous.

20.
Comme ils ne pouvaient pas taxer les grands, ils taxèrent les petits.

21.
Petite cruauté : j'ai brûlé tous mes vaisseaux; dommage que tu soies resté dedans.

22.
Passant une bonne partie de mon temps à penser, j'ai souvent l'air d'un ahuri.

23.
Quand je me vois en photo, ma laideur me sautant au visage, je m'en retourne loin, bien loin, dans la bohème de mes pensées.

24.
Si je devais compter le nombre de gens que j'aimerais voir crever avant de moi-même y passer, je vivrais, ma foi, en Mathusalem.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 novembre 2014.

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 00:53

CAMPAGNE PASSEE, RESTE L'HERBE DES SYLLABES.

1.
René Char, campagne passée, reste l'herbe des syllabes.
Reste l'herbe des syllabes et la chanson éparse.

2.
René Char, le "vol déviant" du "corbeau rameur sombre" au-dessus de la casquette du preneur de magies au mot.

3.
René Char, les "surfaces errantes" perdant leurs yeux dans les masques.

4.
René Char, "ce qui n'est plus présent en eux" et qui brûle çà et là au seuil des grands froids.

5.
René Char, faut-il encore se "plaire aux cendres" pour le plaisir d'avoir brûlé au coq incandescent nos nefs et nos fous ?

6.
"Ils chériront le vide de leur cœur jusqu'au désir suivant"
(René Char, "Redonnez-leur...")

7.
Des fois souvent nous le chérissons, ce vide que nous appelons "mon cœur".

8.
René Char savait, dit-on, "la carte du ciel et le nom des constellations" (un secret de l'Armurier...)

9.
René Char, "la nation écrêtée", coq déclinant sa tête tandis qu'on le mène au marché aux renards.

10.
René Char, "souvenir qui court le languir" d'une "jeune Romaine" que ne ceinture pas le temps.

11.
René Char, thorax des forêts et leurs lèvres trop fières s'émiettant dans le sable des mains.

12.
Les animaux ont-ils plus d'éclairs que d'étés ?

13.
René Char, l'alliance des "yeux" et du "nom", du regard et du signe, du renard qui sait son heure et du sable.

14.
René Char, ce vœu que la "clé" soit la "demeure" aux lèvres fières.

15.
René Char, "la terreur des trèfles" contre, lis-je, "la maléfique dame de Pique". D'invisibles tarots tiennent dans nos mains.

16.
René Char, "l'empuse", comprenez la mante religieuse, observée par les lignes pacifiques.

17.
René Char, ce qui se "noue" dans les "haines enthousiastes" et qu'on finit par quitter comme on quitte la cruauté d'une maîtresse.

18.
Dans le style de René Char, on n'écrit pas que l'on quitte une maîtresse cruelle, mais que l'on quitte la cruauté d'une maîtresse. Ce ne sont pas les êtres que l'on quitte, mais leur pour le mal.

19.
René Char, "le ciel aride" comme s'il ne pouvait jamais donner que de ces apparences que l'on appelle "dieux".

20.
René Char, "l'acheminement aux orages", le soleil qui éclate, fruit mûr se frottant à l'aimable épouvantail des couleurs, aux chanteurs dans les arbres, au bouffon sur la branche (il croit que son destin l'attend en bas).

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 novembre 2014.

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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 19:08

TROIS CHANSONS DECHIREES DONT UNE A LA CHOUETTE

1.
Quand nos dents se planteront dans l'invisible, rien invisiblement rien ne pourra nous en détacher

2.
Quand nos dents seront jouées aux dés par des trafiquants cruels et belliqueux

3.
Quand nos dents claqueront leur dernier blues, leur dernier rag-time, leur dernière saccade, leur ultime cadence

4.
Quand nos dents claqueront leur grand solo de batterie au fond d'un cimetière dans une gravure gothique

5.
Quand nos dents siffleront entre elles l'air des Yeux ou la ritournelle de "La Ruelle Des Morts"

6.
Quand nos dents seront retournées à la mère poussière et à son grouillement de mâchoires microscopiques

7.
Quand nos dents auront ravalé tout not' passé, qu'on saura plus ni qui ni quoi ni qu'est-ce

8.
Sinon la Désireuse, la muette, loin déjà de la morgue des terres

9.
Elle a dents de loup et j'en nourris ma faim

10.
Ce dont ma faim se nourrit, c'est de la neige des ventres et du présage des rousseurs

11.
Le présage des rousseurs abat d'ailleurs ses cartes marquées de pluie sur ma table aux mains tranchées

12.
Mains tranchées attrapent tout de même des mouches; c'est une vérité aussi vraie qu'entre de la viande dans ta bouche

13.
Ce qui sort de ta bouche, c'est ta langue que je tire tire tire dans l'espoir d'une langue nouvelle; ton visage se tord.

14.
"J'observe, je suis bon prophète;
Je vois tout de mon petit mur,
Même tituber la chouette."
(René Char, "Complainte du lézard amoureux")

15.
Je suis l'oeil du petit roi lézard
Et je regarde tituber la chouette

16.
Je regarde tituber la chouette
Et dans ses ailes le tournoi affolé des éperviers

17.
Je regarde tituber la chouette
Et filer les trains sans gare ni voie

18.
Je regarde tituber la chouette
J'attends chaque déchirure de son cri

19.
Je regarde tituber la chouette
Les arbres balancent entre les serres de la foudre leurs vieilles sagesses.

20.
Je regarde tituber la chouette
Et dans ses yeux ronds tournoyer des empires.

21.
Je regarde tituber la chouette
Et s'ouvrir de très anciens yeux dans une nuit aux fenêtres ouvertes sur la mer.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 novembre 2014.

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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 15:21

MORDRE SUR LE REEL

1.
Couver, monter, souffler, tourner, voilà la machinerie des quatre éléments.

2.
Il constate l'absence des yeux Les yeux les yeux les yeux ont fui la bataille des visages le combat des pensées des lèvres.

3.
Un rat parmi les herbes filant au ras du truc à happer le regard à attraper le regard à le mettre en piano faux guitare sans cordes ni doigts.

4.
Elle habitait une petite maison à l'angle des lunes, quand il y a des lunes, car ces temps-ci, c'est que cailloux qui poussent dans l'espace.

5.
N'accordez pas vos vagues rousses à la rue, elle pourrait bien vous cracher de l'écume au visage.

6.
Bien malin le singe qui va son chemin sans s'occuper des grimaces de son voisin.

7.
Moi dans l'attente de la pluie je bats mes cartes et la campagne dans ma tête aussi.

8.
« ce nouveau qui est le domaine réel de l'enfance et n'est plus que l'imaginaire pour l'homme « dégénéré ».

(Pierre Emmanuel, « Baudelaire la femme et Dieu »)

9.
La diachronie désenchante, fait échapper toute magie de la fée de l'instant présent.

10.
En podcast sur Label Pop (France Musique) l'excellent « My Brightest Diamond » : inventivité, magnificence, et d'la chouette (ou-ouh) dedans.

11.
Dans la session de Label Pop (France Musique) du 10/11/2014, My Brightest Diamond interprète un très beau « Ceci Est Ma Main ».

12.
La porte a claqué et quelqu'un est entré chez moi et il n'y avait personne.

13.
« Comment se fait-il que personne ne m'ait suivi ? » me dis-je en constatant mon absence.

14.
Cou tranché empêche les jambes de s'y prendre.

15.
« le retour du Grand Pan, dont, au temps d'Auguste, la voix des mers avait annoncé la mort. »

(Pierre Emmanuel, « Baudelaire la femme et Dieu »)

16.
Prend-on la mer pour vérifier que «  la voix des mers » annonce toujours la mort du Grand Pan ?

17.
Des fois, il y a des voix qui chantent, on dirait qu'elles portent le monde en elles et qu'elles vont donner de la vie à une autre réalité.

18.
Des fois, je soliloque en ma présence.

19.
Ne serions-nous que des jeux de mots, les petites plaisanteries de dieux philologues ?

20.
La musique a ce pouvoir de concentrer notre imaginaire spatial dans la boîte à tempo d'un nombre limité de morsures sur le réel.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 novembre 2014

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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 11:16

LAISSEZ PASSER LA GIRAFE ENFLAMMEE
Version justifiée

Laissez passer la girafe la grande
Girafe à tête d'effe à couronne de
Flammes aux yeux rouge brûlot Elle
A mangé tous les symboles tous les
Drapeaux laissez-la passer laissez

Laissez passer la girafe enflammée
A mangé tous les symboles tous les
Drapeaux puis vous les r'crache en
Pleine face laissez passer laissez

Laissez passer la girafe enflammée
Le long long long des remparts des
Tours de verre et d'acier gigotent
Les ombres
s'agitent les êtres les
Bras levés les bouches ouvertes le

Long des saxophones bleus la ville
Laissez passer la girafe enflammée
Sur la cavalerie des ponts
je l'ai
Volée cette cavalerie volée j'l'ai
Dans une poignée de vers d'hier ai
Volé cette cavalerie d'Apollinaire

Laissez passer la girafe enflammée
Dans le cercle des
pierres au cœur
Des yeux cercle des regards perdus
Cercle d'ombres qui cherchent leur
Empire perdu dans une guitare dans
Les chansons qui brûlent au vent &
S'oublient dans la nuit à venir le
Long long long des chansons mortes

Laissez passer la girafe enflammée
A travers gares
murs fenêtres jeux
De croix dans la marelle des morts

Laissez passer la girafe enflammée
Elle brûle
tous nos hiers dans les
Fourneaux de ses yeux elle brûle &
Passe sans bruit
sans voix sans le
Pas des multitudes bottées sans le
Roulement des camions et des tanks

Sans doute mettra-t-elle cet hiver
Au monde une flopée de phénix
peut
Être un Igor Stravinsky laissez-la

Laissez passer la girafe enflammée
Et ses yeux en b
atterie d'cymbales
Vibrantes en solo d'énigme laissez

Laissez passer la girafe enflammée
Elle court comme le jazz
court les
Rues et finit le jazz en lointaine
Trompette au fond d'un visage seul

Laissez passer la girafe enflammée
Voilà
ma faim qui prend feu feu et
Feu et cause de partout de partout
De partout les visages effacés les
Prénoms brûlés
les arlequins morts
Laissez passer la girafe enflammée
A la robe de trois dames
à la robe
De trois dames les ramassant trois
Dames un soleil blanc un ciel muet

Laissez passer la girafe enflammée
& tant pis si l'on n'y voit que du
Feu
du feu aux ombres torturées du
Feu du feu du feu du feu du feu du

Laissez passer la girafe enflammée
La fée
Mélusine la chevauche bleue
La fée bleue bleus ses cheveux aux
Pointes enflammées de serpents aux
Yeux de sirènes sifflantes qui ont
L'air d'appeler le lointain ô yeux

Où nichent les archipels du regard
Laissez passer la girafe enflammée
Elle coule comme un alcool
dans la
Gorge des rues elle coule comme un
Fleuve d'oubli elle coule comme un
Alcool et
fait à plus d'un fantôme
Pousser d'la ritournelle endiablée
Laissez passer la girafe enflammée
Elle vous l
èprerait de ses flammes
Sa couronne vous dévorerait
& vous
Finiriez cendres dans vos villes.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 novembre 2014

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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 00:44

LAISSEZ PASSER LA GIRAFE ENFLAMMEE

1.
Laissez passer la girafe la grande girafe
A tête d'effe à couronne de flammes

2.
Laissez passer la girafe enflammée
Le long des saxophones bleus la ville

3.
Laissez passer la girafe enflammée
Sur la cavalerie des ponts
Volée cette cavalerie là volée
A ce dont je me souviens d'Apollinaire

4.
Laissez passer la girafe enflammée
Dans le cercle des regards perdus

5.
Laissez passer la girafe enflammée
A travers les gares à travers les murs

6.
Laissez passer la girafe enflammée
Elle brûle notre hier
Sans doute mettra-t-elle cet hiver
Au monde une flopée de phénix

7.
Laissez passer la girafe enflammée
Et ses yeux en batterie

8.
Laissez passer la girafe enflammée
Elle court comme le jazz dans les rues sans fin

9.
Laissez passer la girafe enflammée
Voilà mon festin d'ailleurs qui prend
Feu et cause de partout les flammes
De partout les visages effacés

10.
Laissez passer la girafe enflammée
A la robe de trois dames les ramassant

11.
Laissez passer la girafe enflammée
Et tant pis si l'on n'y voit que du feu

12.
Laissez passer la girafe enflammée
La fée
Mélusine la chevauche
La tête enflammée de serpents
Où nichent les archipels du regard

13
Laissez passer la girafe enflammée
Elle coule comme un alcool
Dans la gorge des rues
Et fait chanter plus d'un fantôme

14.
Laissez passer la girafe enflammée
Elle vous léprerait de ses flammes
Sa couronne vous dévorerait
Et vous finiriez cendres dans vos villes.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 novembre 2014.

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 21:08

JE N'OSE INTERROGER MES PIEDS
1.
"(quel spectacle s'offrirait à eux s'ils pouvaient regarder au fond d'eux-mêmes !)"
(Nietzsche, Le Gai Savoir, 284)
que sans doute leurs yeux leur en tomberaient dans leur dedans.
2.
Trouvé dans une traduction du fragment 284 du "Gai Savoir" de Nietzsche l'expression "aveuglement utile". Verrions-nous toute la vérité, que nous la trouverions bien trop obscène pour notre humanisme si réfléchi.
3.
La vérité est prise de convulsions cependant que des balles en rafales lui trouent le corps.
4.
Hélas, la vérité n'est pas une beauté toute nue qui se dévoilerait à votre regard avant de vous sauter aux yeux, au cou et au reste.
5.
"Are become unsubstantial, reduced by a wind"
(T.S. Eliot, "Marina")
6.
Ce qui n'existe pas finit toujours par renvoyer ce qui existe à ce qui n'existe plus.
7.
J'aime bien ce "and the woodfog song" que je trouve dans le "Marina" de T.S. Eliot. Que la brume puisse échapper des chansons, voilà ce qu'a souvent prouvé la musique.
8.
Les chansons passent parfois par la brume. Exactes comme l'aiguille, elles progressent l'oeil clair et la gorge vive.
9.
"The Brain is just the weight of God -"
(Emily Dickinson)
"Le Cerveau a le poids exact de Dieu -"
(Trad : Claire Malroux)
10.
Il existe un lien entre le cerveau et Dieu : tous deux créent et rêvent de l'humain.
11.
"Les nations n'ont de grands hommes que malgré elles."
(Baudelaire, "Mon coeur mis à nu")
12.
Il y a du christique dans l'opposition entre les nations et leurs grands hommes : des fois, on crucifie; des fois, on porte aux nues.
13.
"The depth is all my thought -
I dare not ask my feet"
(Emily Dickinson)
"La profondeur me hante -
Je n'ose interroger mes pieds "
(Emily Dickinson traduit par: Claire Malroux)
14.
J'aime bien l'idée que "hanté par la profondeur" de l'être qui gigote dans l'être, on finit par se méfier de l'étant le plus assurément étant.
15.
"He who was living is now dead
We who were living are now dying
With a little patience"
(T.S. Eliot, "What the thunder said")
16.
L'opposition entre les vivants et les morts sert avant tout à pointer ce noeud de patience qu'est le temps.
17.
Les maisons traînent dans la brume des fenêtres aux visages blafards.
18.
Si vous laissez vos maisons traîner dans la brume, ne vous étonnez pas ensuite de l'air hagard de leurs habitants.
19.
A force de gaver le réel de théologie, le ciel finit par rendre dieu pour dieu et dent pour dent.
20.
Le ciel vomit ses dieux.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 novembre 2014.

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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 20:33

QUAND JE M'ENNUIE JE FAIS DU BRUIT

1.
L'expression "s'inscrire en faux" révèle assez la nature profonde de nos vérités.

2.
Une multitude de masques ne font pas un moi. Ce ne sont que les pièces d'un puzzle sans sujet.

3.
L'Histoire, ce puits d'où il ne sort que des vertiges, est avant tout l'histoire d'un puzzle qui n'en finit pas.

4.
"Jamais il n'a été moi."
(Simenon à propos de Maigret, entretien avec Bernard Pivot, novembre 1981)

5.
Le christ et le diable se sont disputés l'humain avec un tel acharnement que le coup de la croix, ça, je crois pas qu'il l'avait vu venir, l'autre cornu.

6.
Le salutaire bouffon, en affublant le néant de clochettes, en signale chacune de ses manifestations, et c'est ainsi que nous vivons dans un monde de plus en plus bruyant.

7.
"Jamais il n'a été moi" est une vérité première sur ce que nous refusons d'admettre sur nous-même.

8.
Cette mêlée d'ombres qui nous tisse et dans laquelle nous prenons la mouche.

9.
"Je veux donc faire voir une chose infinie et indivisible."
(Pascal, "Pensées")

10.
"Cette chose infinie et indivisible" où nous mouvons nos os et qui finit pourtant et qui se casse en une infinité de petits fragments d'ombre.

11.
Espérer son salut, c'est se créer des portes qui ne s'ouvrent que par l'opération du Saint-Esprit.

12.
Moi je serai Clyde Moi je serai Bonnie Moi je serai le shérif et Moi toute la police et Moi j'aurai de grandes rafales d'éclairs blancs dans la nuit et Moi j'aurai du sang et de la cervelle partout.

13.
Ce qui restera ? - Ce puzzle d'un nombre de petits fragments d'ombre aussi incalculable que le nom du dieu.

14.
Quand vient le samedi midi
Je mange du saignant et du frit
Puis je mets mes yeux dans la boîte
A fantasmes et je deviens moite moite moite.

15.
J'ai un clavecin
Chuté d'la lune
D'où je compose d'une plume
Lunaire des airs pour tes os pour tes chiens
Lunaire des airs pour ta peau pour tes seins
Lunaire des airs pour tes rots pour tes reins

16.
Puis j'irai sous la lune
Hurlant loup après sa brune

17.
Quand je chante sous la douche
Des fois il pleut des Sparks
Et de la Catherine Ringer qui chante
"Singin' in the shower".

18.
Quand s'ouvre la nuit
voyez-vous j'ai des ennuis
j'ai la peau qui se couvre
de poils et la gueule qui s'allonge
qui s'allonge qui s'allonge
alors je file à quatre pattes
dans mon living-room
où je où je où je
où j'écoute toute
la nuit toutes
les chansons folles des Sparks

19.
Notre vie passe comme au piano le pianiste fait ses gammes fait ses gammes fait ses gammes
Notre vie passe comme au piano se dessèche la peau qui fait ses gammes qui fait ses gammes qui fait ses gammes
Notre vie passe comme au piano poussent des os qui continuent à faire leurs gammes à faire leurs gammes à faire leurs gammes

20.
Quand je m'ennuie, je fais du bruit, puis avec les échos, j'compose des trucs idiots.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 novembre 2014.

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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 19:23

COMME ÇA TOURNE HEIN COMME ÇA TOURNE
1.
Pour l'auteur, le monde i sonne tout faux, désaccordé l'piano du monde, patraque le crapaud, niqué le bastringue.
2.
C't'une chanson ? A qui qu'elle s'adresse ? Aux zoreilles, aux méninges, aux pieds si c'est pour danser.
3.
Répétitions ? Jeux de mots ? C'est qu'il en fourmille du faux, d'la fosse à mensonges, d'la faucille, du cil pas vrai et du fossile.
4.
"Ça va finir, ça va finir
Qu'on sera tous des faussaires"
(Francis Cabrel, "Les faussaires")
5.
A force de répéter que "ça va finir, ça va finir", on s'aperçoit que ça n'en finit pas, la fausseté du truc, là, qu'on appelle réel.
6.
L'étant est radicalement menteur; y a que l'néant d'sincère; c'est pour ça que l'étant raconte que des craques, pour pas chuter dans l'horreur du vrai.
7.
Ça s'répéte qu'ça va finir, ça s'répéte, comme pour dire que c'est toujours la même petite musique fatidique qui sort du réel.
8.
Jolie, la fille du magazine, joli songe de papier glacé, et puis menteuse comme il faut l'être, quand on sait.
9.
Ça discrimine, les mignonnes des magazines en les renvoyant, les filles du réel, à leur condition de boudin ordinaire... et alors ? Suffit de pas être dupe, la pin-up, c'est beau comme le mensonge, et puis c'est tout.
10.
Chansons et photos dénoncent la fausseté machine qu'elles disent... Oh les menteuses ! Oh les raconteuses ! Oh les légendes...
11.
Y a pas plus menteur qu'un artiste engagé; il s'arrange avec le réel comme s'il lui appartenait.
12.
Et puis c'est tout et puis c'est tout quand le réel se fait la valise sous les yeux.
13.
Le réel ment comme on respire.
14.
Faute de vrai, on remplit le sac du ciel d'un dieu multiple, nombreux et bourré d'infini.
15.
Dieu est omnifonction; c'est vous dire qu'il a pas beaucoup de concurrence.
16.
On est pris de remords des fois cause qu'on a qu'on n'aurait pas dû.
17.
Des fois, quand on quitte un ami sans lui serrer la main, c'est qu'il a plus d'mains, l'ami, et nous, une belle hache bien tranchante.
18.
Sans doute produisons-nous du doute comme le cinéaste de la toile.
19.
Nous nous menons nous-mêmes par le bout du nez et nous jetons dans la gueule de nos masques.
20.
"C'est un peu comme quitter un ami sans lui serrer la main."
(Simenon, entretien avec Bernard Pivot, novembre 1981)
21.
Des yeux ! Des yeux ! Des yeux ! Et les ciseaux d'la vive cogite, pour les couper, les liens d'ombre d'entre nous tous nous autres.
22.
Menaçant comme un clown sinistre, des fois, le réel; menaçant comme une farce qui ne manque jamais de mal tourner.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 novembre 2014.

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 16:09

ET PIS DES PIZZICATI

« aussi bien au pizzicato qu'à l'archet »
(FRS in Jazz Magazine n°667, p.28, à propos de Paul Chambers)
1.
Des fois, on se laisse prendre dans la toile d'un visage, qu'on en est tout fasciné du venin.
2.
"Hallow-e'en" : graphie trouvée dans la 1ère planche de "Songe d'un matin d'hiver" (in Hugo Pratt, "Les Celtiques"), ce qui me donne illico l'envie d'inventer le verbe hallow-e'ener et tous ses temps de hantise.
3.
Interrogation d'une élève : "Monsieur, je suppose qu'il faut synonymer tout ça..."
4.
Des fois, on a le théâtre qui nous fait des siennes et des scènes, et le cinoche qui nous flanque des plans sur des comètes qu'existent même pas.
5.
Y a d'l'empire dans le réel; il grouille de royaumes; il gigote de signes. Les animaux le longent.
6.
La nuit, aussi bien au pizzicato qu'à l'archet qu'elle nous joue sur son violon.
7.
"Amour en cristal de Baccarat
Amour brisé en mille morceaux
Quel verrier miraculeux
Pourrait te raccommoder"
(Apollinaire, "Poèmes à Lou", "De toi depuis longtemps")
8.
La belle allitération du "verrier miraculeux" sans doute compense le Baccarat "brisé" de l'amour "en mille morceaux".
9.
"Le Verrier miraculeux", un bon titre pour un conte, pour une légende agitée d'autrefois.
10.
L'art du politique est de faire croire à toutes sortes de transcendances: c'est ainsi qu'il fait passer la pilule empoisonnée du sacrifice.
11.
Le politique, le prêtre et le philosophe ? Des producteurs de transcendances plus ou moins recyclables.
12.
Foutez la paix aux Suisses, aux Luxembourgeois, aux Monégasques : il y a assez de malheureux comme ça en Europe.
13.
Ça se dit ça, que du temps de Jean-Marie Le Pen, le Front National n'était pas autre chose qu'une petite entreprise familiale dont le but était, comme pour toute entreprise, de dégager des bénéfices, et surtout pas d'accéder au pouvoir.
14.
Origine des "dérapages verbaux" de Jean-Marie Le Pen : rassurer ses adhérents sur l'ancrage du parti à l'extrême-droite et décourager les autres de voter pour le Front National.
15.
Dans "La Société post-industrielle", Alain Touraine dément l'existence d'un Etat qui, "dieu civil", planerait "au-dessus d'un monde de sujets ou de créatures". Quant à moi, je ne peux avoir foi en un tel dieu, que fort heureusement, la conscience, cette emprise de l'humain sur le réel, met sans cesse en échec.
16.
La colère et l'émotion de Laurent Fabius lors de sa visite à Erbil furent salutaires : cela a, je crois, pesé favorablement dans le sens d'un soutien actif de la France aux Peshmergas en lutte contre les jihadistes.
17.
Le pape François a raison : nous sommes dans une troisième guerre mondiale morcelée, décousue, non linéaire, mais aussi réelle que la décapitation d'un chrétien, d'un jazidi ou d'un juif par un jihadiste.
18.
Un temps viendra où nous voudrons fuir et disparaître dans nos ombres.
19.
Le sabre, cet autre soi-même.
20.
Et puis, tout à coup, au bout d'son champ, v'là qu'on voit la faucheuse, même qu'elle traverse les murs, et puis - tchak !- y a plus d'nous.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 novembre 2014

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
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