Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 19:53

DES FOIS QU'ON S'FASCINERAIT

 

1.

« A moi. L'histoire d'une de mes folies. »

(Rimbaud, « Une saison en enfer », « Délires II »)

 

Moi : bah.

L'histoire : fictions, cours, discours, basse et haute cour.

Folies : courent le monde, plus ou moins douces, échevelées.

 

2.

« Ô saisons, ô châteaux !

Quelle âme est sans défauts ? »

(Rimbaud)

 

Saisons : la mémoire les mêle.

Châteaux : on y disperse ses chevaliers.

Âme : et pourtant...

Défauts : ils fourmillent.

 

3.

« Le Bateau ivre » : chef-d’œuvre d'un apprenti poète, qui finira par quitter l'métier.

 

4.

«D'ailleurs, les Stones et les Cubains ont toujours eu un point en commun : ça fait 50 ans qu'ils tirent la langue. »

(Charline Vanhoenacker sur France Inter, le 28/03/2016)

 

5.

« Oh ! des rires tout menus, mais tellement stridents qu'ils semblaient faits de pinces et de lames... »

(Jean Ray, « Malpertuis »)

 

Rires : c'est qu'le réel si terrible est essentiellement grotesque, farcesque, cauchemardesque.

 

« Tellement stridents » : J'aime bien ce rythme binaire cause qu'on peut prononcer tellment, cet appui des dentales, puis l'assonance.

 

« de pinces et de lames » : des rires coupants, tranchants, des rires blessants, des rires qui vous cherchent la gorge.

 

6.

« Ciel douteux, me dis-je, ciel de mars, gris et bleu mêlé, éclairs de soleil et bise aigre ; j'ai ma fourrure et mon parapluie. »

(Alain, « Propos sur le bonheur », « Bienveillance »)

 

« Ciel douteux » : que le ciel puisse douter ne m'étonne guère, me dis-je - ah tout ce qu'on se dit ! Bien des bêtises, j'vous l'dis !

 

« ciel de mars » : attaque bien sûr ! Giboulées, qu'on se languit du printemps et qu'on en a assez d'ce vent agaçant.

 

« gris et bleu mêlé » : qu'ça fait des drôles de têtes, le soir, quand elle persiste, la pluie, dans ces vieilles rues où passent les sans l'sou.

 

« éclairs de soleil et bise aigre » : temps de fantôme mi-figue, mi-raisin, à peine visible, boudeuse un peu.

 

7.

C'est le monde tel qu'il ne va pas qui fait l'Histoire.

 

8.

Maboule tant fada fasciné, qu'des lunes plus tard, son désir très grotesque r'prit feu d'sa cendre.

 

9.

Des années durant, nous promenons nos braises qu'une simple rencontre, un regard, une étincelle rallument.

 

10.

- C'est bien de vous que je parle, et vous n'êtes qu'une ombre, d'ailleurs, vous voulez me tuer, n'est-ce pas ?

 

Je me demande qui peut dire cela – dialogue de roman populaire – un personnage en évoque un autre lequel est présent – il le provoque, lui assigne un rôle secondaire, un rôle d'ombre, un rôle d'assassin.

 

11.

Des fois qu'on serait les personnages dont on cause dans les dialogues des romans populaires, des films, qu'on s'rait des ombres quoi.

 

12.

« Un train passait juste à ce moment et sa fumée s'est élevée dans le ciel en prenant la forme d'une main gigantesque, une grande main blanche se détachant sur le ciel rouge »

(Agatha Christie, « Le Mystérieux Mr Quinn », « Un signe dans le ciel »)

 

Le ciel nous abreuve d'hallucinations – de signes – on dirait une vignette de bande dessinée bon marché, de ces fascicules qu'on trouvait partout jadis, en noir et blanc – de la couleur pourtant, du rouge, le crépuscule et le sang – bien entendu, des férus de psychanalyse y verront quelque sexualité à l’œuvre - pensez ! Un panache blanc s'élevant dans un espace rouge !

 

13.

Le ciel nous abreuve d'hallucinations, et nous en déduisons toutes sortes de temples et de rites étranges.

 

14.

Des fois qu'nos ancêtres i s'raient partis, tout barbares, teigneux, comme ça, dans le crépuscule et le sang.

 

15.

« Le théâtre par exemple, nous occupe et nous détourne avec une violence qui est risible, si l'on fait attention aux pauvres causes »

(Alain, « Propos sur le bonheur », « Consolation »)

 

Représentation – les masques nous parlent, nous occupent l'esprit – les autres, ce théâtre permanent – « le théâtre nous détourne » - de quel autre drame ? - violence de la représentation (à vrai dire, j'entends dire que bien des représentations sont violentes, symboliquement violentes, jouent sur la fascination qu'exercent sur nos esprits la violence, la provocation, l'humanité crue, de quoi vous dégoûter quoi, aussi moi j'y vais pas au théâtre, c'est trop plein d'autres, et à l'opéra non plus, où le plus souvent je m'endors) – la « violence », dans la phrase d'Alain, c'est l'émotion, la catharsis peut-être, « risible » qu'on se laisse prendre ; le cinéma sait y faire – la représentation joue sur la beauté de nos âmes, ou sa bêtise.

 

16.

Les masques nous parlent, nous occupent l'esprit. Au théâtre ou pas, les autres, c'est d'la représentation qui vous prend la tête.

 

17.

« Le théâtre nous occupe et nous détourne » écrit Alain. Nous détourne de quoi ? De quel autre drame ? De quelle urgence ?

 

18.

En matière d'émotion, le cinéma sait y faire : la représentation joue sur la beauté de nos âmes, ou sa bêtise.

 

19.

« C'était une main très grande et très belle, comme sculptée dans du vieil ivoire.

Elle sortait de la nuit et je ne voyais qu'elle. »

(Jean Ray, « Malpertuis »)

 

Fascination – la main si belle, si grande ne semble plus de chair – ne semble plus relever de la diachronie du vivant, mais de la synchronie du passé revenant, de l'objet du passé, le « vieil ivoire » assurant la pérennité du jadis - c'est la main de la nuit – celle qui vous retient – celle qui vous tue peut-être, ou qui vous sauve la peau – Aussi bien, elle pourrait être une divinité, ou un être de cette beauté dite fatale.

 

20.

Des fois qu'on s'fascinerait pour d'la si belle, si grande qu'ça en aurait même plus l'air vivant, mais d'l'étoffe du passé revenant.

 

21.

Des fois qu'une main sortirait de la nuit pour vous retenir de ou vous sauver de une espèce de providentielle paluche ou chaipas.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 28 mars 2016.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article
28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 07:35

CE MONSIEUR NE SAIT CE QU'IL FAIT

 

1.

« N'est-ce pas parce que nous cultivons la brume ! »

(Rimbaud, « Une saison en enfer », « L'impossible »)

 

« cultiver la brume », pour y faire pousser des spectres, je suppose.

 

2.

« Par quel crime, par quelle erreur, ai-je mérité ma faiblesse actuelle ? »

(Rimbaud, « Une saison en enfer », « Matin »)

 

C'qu'on en mérite des fois des gifles de l'invisible ! Heureusement, y a qu'lui qui nous voit, avec, bien sûr, le singe sur notre épaule. 

 

3.

« Je vois que la nature n'est qu'un spectacle de bonté. »

(Rimbaud, « Une saison en enfer », « Mauvais sang » [le narrateur])

 

Et c'est donc avec une infinie bonté que le loup égorge l'agneau.

 

4.

« Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée

Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus »

(Rimbaud, « Soleil et chair », IV)

 

Peinte la légendaire, sirène pâleur dorée vibraphone, illustration pour disque de jazz, lunaire à cheveux bleus, héroïne de bande dessinée.

 

5.

« A quelque fête de nuit dans une cité du Nord j'ai rencontré toutes les femmes des anciens peintres. »

(Rimbaud, « Vies », III)

 

Lampions bleu grotesque des figures paisibles géants dansant comme des ours fifres tambours, les belles se sont évadées des tableaux.

 

6.

« Je répondais en ricanant à ce satanique docteur, et finissais par gagner la fenêtre. »

(Rimbaud, « Vagabonds »)

 

On dirait une phrase d'un roman populaire, les paroles d'un être de brume circulant dans quelque laboratoire à mystères…

 

7.

« L'éclat de ces mains amoureuses

Tourne le crâne des brebis ! »

(Rimbaud, « Les mains de Jeanne-Marie »)

 

Anneau d'or, feu, pierre précieuse, fascinante à aimanter les regards des jeunes filles passant dans la rue, là-bas, dans le passé.

 

8.

« - Vois les images, les fleurs.

Nous rentrons du cimetière. »

(Rimbaud, « Comédie de la soif »)

 

Allons voir nos morts, nous sommes bien beaux, c'est le jour des morts, des images et des fleurs.

 

9.

« Ce monsieur ne sait ce qu'il fait : il est un ange. Cette famille est une nichée de chiens. »

(Rimbaud, « Une saison en enfer » « Délires II »)

 

Plusieurs vies, plusieurs autres, c'est qu'il pleut des pluriels ; nous sommes en crue.

 

10.

Parfois j'ai l'impression qu'il y a quelqu'un. Je me retourne et en effet, il y a quelqu'un, mais je ne le vois pas.

 

11.

« Je devins un opéra fabuleux : je vis que tous les êtres ont une fatalité de bonheur »

(Rimbaud, « Une saison en enfer », « Délires II »)

 

Sans doute qu'en nos caboches fermentent des opéras fabuleux, des drames très-antiques, dont nous ne parviennent jamais que quelques bribes.

 

12.

Les recueils de poésie : des répliques échangées par des invisibles dans une langue que nous croyons comprendre.

 

13.

Avec nos têtes d'à-quoi-bon, nous sommes les passants du si maintenant.

 

14.

« La vieillerie poétique avait une bonne part dans mon alchimie du verbe. »

(Rimbaud, « Une saison en enfer », « Délires II »)

 

Une verrerie livrée aux araignées, aux fantômes sans témoins, aux carreaux sales, au vent dans la cour qui va et vient en maître.

 

15.

« Pour l'enfance d'Hélène frissonnèrent les fourrures et les ombres »

(Rimbaud, « Fairy »)

 

Les grands « f » frémissants poussent tout au long des phrases, soufflent le froid, sèment des frissons dans les ombres et les fourrures.

 

16.

« Chien noir, brun pasteur dont le manteau s'engouffre »

(Rimbaud, « Michel et Christine »)

 

Le monde, quelle gueulerie ! Chenil à dogmes ! Universel ouah-ouah ! Dans le vent, les chiens ! Et Jeanne, et Jean, tous nos déserts !

 

17.

« Des cortèges de Mabs en robes rousses, opalines, montent des ravines. »

(Rimbaud, « Villes », II)

 

Par quel jeu de miroirs, Mab, la reine des fées, se voit-elle ainsi démultipliée ?

 

18.

Nous croyons les choisir, et ce sont pourtant les portes qui nous choisissent, avec leur œil à la serrure.

 

19.

« l'ombrelle

aux doigts ; foulant l'ombelle ; trop fière pour elle ;

des enfants lisant dans la verdure fleurie »

(Rimbaud, « Mémoire », III)

 

Dans la prairie, l'ombrelle, et elle qui court après, dans la verdure toute fleurie, la jeune fille.

 

20.

« Ainsi, toujours, vers l'azur noir

Où tremble la mer des topazes »

(Rimbaud, « Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs »)

 

Azur noir, flot brillant, y neigent en harpes brisures de colliers de perles, qu'ça vire mer des topazes, fête des lys.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 28 mars 2016

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FASCINATIONS RIMBALDIENNES
commenter cet article
26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 06:16

SANS AIR COMMENT CHANTER ?

 

1.

« La moule, un haïku dans mon assiette. »

(Jacques Darras, « Physiologie microcosmique de la moule bruxelloise »)

 

La moule est elle aussi un sujet poétique, comme tout le reste, la

Moule, petite noblesse ouverte à nos gueules ; il y a

Un temps pour les moules la bière et les frites comme pour le

Haïku, les conseils de classe et la mort qui clôt tous les repas

Dans un poème de Darras, il est question de leur lucidité aux moules

« Mon infini », la moule (la bière parfois rend lyrique) dans leur

Assiette, elles ne rient pas et restent indifférentes et béantes.

 

2.

Des fois j'me dis qu'le rock c'est tout bidon bidouillé bête à braire, des fois j'me dis qu'le rock est la musique la plus vivante du monde.

 

3.

« Dans un poème de Darras, il est question de leur lucidité aux moules »

 

Jacques Darras a aussi écrit sur les Gilles de Binche, sur la chicorée, la bière et ces choses-là qui font le plaisir de vivre.

 

A lire : Jacques Darras, «L'indiscipline de l'eau », Poésie/Gallimard n°508.

 

4.

« Mon infini », la moule (expérience de pensée) dans leur

Assiette, elles ne rient pas et restent indifférentes et béantes.

 

« Moule, je vous ai choisie, vous serez pour toujours mon infini.

La moule, plus réaliste, n'en croit rien.

La moule ne croit pas au discours amoureux. »

(Jacques Darras, « Physiologie microcosmique de la moule bruxelloise »)

 

5.
« Si au moins je n'en avais fait qu'à ma tête, je l'aurais peut-être encore sur les épaules », se dit-il dépité décapité pitoyable.

 

6.

« La figurine se détacha du plat. »

(Jean Ray, « Malpertuis »)

 

La petite trogne grotesque au poil roux à pipe et pot de bière

Figurine bariolée à bedaine et gilet

Se mit à trembloter à se tordre à gigoter pis se

Détacha sauta sur la nappe cavala

Du coq à l'âne (que faisait il là, cet âne mort ?), le

Plat d'une main terrible et venue d'on ne sait où ne l'écrabouilla pas car sinon on pourrait dire que j'ai fait un plagiat et ça, j'veux pas pis qu'on en fasse tout un plat.

 

7.

Silence : secret pourrissement, moisissures, un crâne y roule, bondé, profondeurs de puits, molles étoiles dégoulinantes, écœurantes.

 

8.

« Le poème, la cuisine du souvenir. »

(Jacques Darras, « Physiologie microcosmique de la moule bruxelloise »)

 

Rimes dans la cuisine, échalotes et litotes, ragoût, l'passé revenu, fricassée de jours anciens, oignons qu'on pleure.

 

9.

« Mais dans le soir, une voix sombre et lente parla »

(Jean Ray, « Malpertuis »)

 

Voix d'ombre, sombre comme valse l'long du mur au soleil le squelette danse lente d'abord puis tango qu'ça s'fit macabre d'plus en plus.

 

10.

« Et sur quoi jugez-vous que j'en perds la mémoire »

(Racine, « Phèdre », II,5 [Phèdre])

 

Rythme ternaire, on perd la mémoire comme on descend l'escalier si grand, si grand, par paliers, on s'enfonce dans l'aboli sonore.

 

11.

« Ah ! la mer et l'amour ! – On sait – c'est variable... »

(Tristan Corbière, « Le novice en partance et sentimental »)

 

La mer, l'amour, la bière, ça bourre, il est des jours qu'de verre en verre le long d'la mer on court, le cœur amer.

 

12.

« Il faut reconnaître que la poésie est un peu bête. »

(Jacques Darras, « Bilan d'examen préparatoire »)

 

Qu'on pige pas, qu'le réel nous échappe, avec tous ses nombres, toutes ses structures, alors on rime, on danse dans sa tête.

 

13.

« Un chant dans une nuit sans air... »

(Tristan Corbière, « Le crapaud »)

 

Sans air, comment chanter ? Faut qu'il mélope, le crapaud, qu'il module, qu'il rauque ses O, glauque ses A.

 

14.

« la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul. »

(Rimbaud, « Une Saison en enfer », « Adieu »)

 

Seul juge, c'est souvent juge seul. Le nombre fait la pierre.

 

15.

Journée, visages et paroles, avis, jugements, décisions, sourires et ce qu'on devrait pouvoir taire, mains serrées, la montre qu'on regarde.

 

16.

« C'est peu qu'avec son lait une mère amazone

M'ait fait sucer encor cet orgueil qui t'étonne »

(Racine, « Phèdre », I,1 [Hippolyte])

 

Bébé joufflu, il a donc sucé, l'Hippolyte,

Et le lait et l'orgueil au même sein unique.

 

17.

« Puisque j'ai commencé de rompre le silence »

(Racine, « Phèdre », II, 2 [Hippolyte])

 

Rompre le silence, laisser le sens s'échapper par la bouche, des fois on l'vomit même, le sens, puis les syllabes courent le réel.

 

18.

« L'anarchiste même est théologien »

(Alain, « Propos sur le bonheur », « L'égoïste »)

 

Le dieu du désordre est tout éparpillé ; le dieu sans dieu ni maître, celui qui ne croit pas en l'homme et celui qui y partout est-il.

 

19.
Fictions, des personnages étranges nous traversent, déposant en nous un fond de légende.

 

20.

« Incompréhensible que Dieu soit, et incompréhensible qu'il ne soit pas »

(Pascal, « Pensées »)

 

Nous, l'écolier qui ignore par quels calculs on arrive à ce singulier résultat, dont la véracité est pourtant garantie par le professeur.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 26 mars 2016

Repost 0
20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 12:38

SOTTISES ET SYLLOGISME

 

1.
« Des absences, oui, quelque chose de cassé »

(Robert Pinget, « Passacaille »)

 

Des ah tiens c'était quand ça ? Pis c'était où donc ?

Absences Des trous dans l'fromage

 

Oui bon bin oui quoi c'est

Quelque chose tout d'même que cette

Chose là qu'on appelle répondre, pas vrai ?

 

De cassé que du cassé d'l'émietté du brisé

Cassé cassé cassé pis qu'on pense, qu'on pense !

 

2.

J'arrive pas à être sérieux ; le sérieux, ça m'rend vite triste, pis - sérieux ! quand j'suis sérieux, j'ai l'impression d'leur voler, aux autres, leur sérieux, le justificatif de leurs carrières.

 

3.

« J'ai un petit canevas dans la tête » qu'il dit le poète sur France Culture. Moi aussi, même qu'c'est une araignée qu'est à la manœuvre.

 

4.

« La clef-de-Sol n'est pas la clef de l'âme »

(Tristan Corbière, « A une demoiselle »)

 

Du reste, essayez voir d'avaler un piano en salade…

 

5.

« La chair des femmes a toujours occupé, sans doute, une grande place dans mes rêves. »

(Robe-Grillet, « La Maison de rendez-vous »)

 

Ce « sans doute » est délicieux, poli, modulateur, un brin mielleux.

 

6.

« Tu ne veux pas de mon âme

Que je jette à tour de bras »

(Tristan Corbière, « Vendetta »)

 

Ah c'est pour ça qu'la rue est pleine d'un drôle de machin qu'existe pas…

 

7.

« et l'éclair famélique m'assigne ces provinces en Ouest. »

(Saint-John Perse, « Anabase », VIII)

 

Ah le scandale de la malnutrition des foudres ! Entendez comme leurs estomacs grondent !

 

8.

« Seigneur, depuis six mois je l'évite et je l'aime »

(Racine, « Phèdre », IV, 2 [Hippolyte])

 

Apparemment, les noces, c'est pas demain la veille.

 

9.

« Seigneur, depuis six mois je l'évite et je l'aime ;

Je venais, en tremblant, vous le dire à vous-même. »

(Racine, « Phèdre », IV, 2 [Hippolyte]) 

 

Du moment qu'il ne se mette pas à bégayer dans les alexandrins…

 

10.

« Allons de ce cher fils embrasser ce qui reste »

(Racine, « Phèdre », V, 7 [Thésée])

 

Ah ça, va falloir choisir, c'est qu'il est tout en kit maintenant, Hippolyte.

 

11.

En voyant Zut dévorer, je me dis que si l'homme est un loup pour savez quoi, l'adolescente est une louve pour le pâté aux pruneaux. 

 

12.

« Ma sœur du fil fatal eût armé votre main »

(Racine, « Phèdre », v.652 [Phèdre à Hippolyte])

 

Comme quoi, les tragédies, comme le reste, ça tient souvent qu'à un fil.

 

13.

« De l'univers entier je voudrais me bannir. »

(Racine, « Phèdre », V, 7 [Thésée])

 

Ce qui soulève la question de l'universalité du néant.

 

14.

« L’œil de l'idiot est resté »

(Tristan Corbière, « La rapsode foraine et le Pardon de Sainte-Anne »)

 

On avait bien pensé le prendre avec nous, mais vous savez ce que c'est, un œil d'idiot, ça pourrait facilement rouler dans des coins où faudrait pas, que ça pourrait créer des tracas…

 

15.

« Bien des trous et bien de la lune »

(Tristan Corbière, « A la mémoire de Zulma »)

 

Vise un peu la scène : des trous d'où sortent des têtes de totors étonnés puis la lune là-dessus qui verse une lumière genre vin blanc.

 

16.

« La beauté parle avec une voix de femme. »

(Jacques Darras, « Pierre Paul Rubens dialoguant avec Helena Fourment, sa femme, nue sous une fourrure noire »)

 

Rien que pour le titre, ça vaut le coup d'aller y jeter un œil.

 

La beauté ça n'se mange pas en salade la

Beauté même que des fois ça en fait des salades, pas vrai ?

Parle donc de la beauté plutôt que des totors poilus

Avec des si on mettrait la beauté dans son lit

Une sirène passe dans le ciel elle est belle elle est blonde elle s'est trompée d'élément sa

Voix mélope pour attirer le pompier d'la grande échelle

De quoi devenir fou cette voix mais comme sa

Femme au pompier elle arrive - que fait-elle là ? On s'en fout ! D'ailleurs, il est

l'heure que j'aille voir si le piano ne s'est pas fait la malle entre-temps que j'vous raconte des sottises.

 

17.

(Il y a du laiteux hollandais dans Matisse nourri aux meilleurs pis.)

(Jacques Darras, « Chimay », III)

 

Il mange de la tarte aux éclairs (effet foudroyant)

Y a aussi du rhinocéros palmé et y

A aussi de l'âme qui plane (et pis qui tousse à cause de la fumée)

Du beurre et la lune qui part en province avec son baluchon (elle retourne chez sa mère)

Laiteux le teint avec des taches de rousseur

Hollandais comme dans les tableaux genre moi j'en sais rien qu'en Hollande j'y ai jamais mis un godillot

Dans mille ans c'est sûr j'aurai plus le même âge

Matisse j'aime bien y a tant de choses qu'on aime bien

Nourri d'images il se fit tout un cinéma (pas Matisse mais ma pomme)

Aux automnes il (ma pomme) jeta des graines d'arbres qui picorent Les

Meilleurs chaussons aux pommes qu'il voulait toujours

Pis un jour il se sentit partir se décaler d'l'aut' côté.

 

18.

« Il mange de la tarte aux éclairs (effet foudroyant) »

 

Et pourquoi pas d'la foudre en papillote tant qu'on y est !

 

19.

« Y a aussi du rhinocéros palmé et y

A aussi de l'âme qui plane (et pis qui tousse à cause de la fumée) »

 

Etonnez-vous après d'avoir l'âme malade et le cœur chaviré !

 

20.

« Du beurre et la lune qui part en province avec son baluchon (elle retourne chez sa mère) »

 

Zavez lu Laforgue vous, pis vous aimez la cuisine au beurre, pas vrai ?

 

21.

« Laiteux le teint avec des taches de rousseur »

 

C'est Poil de Carotte ?

 

22.

« Hollandais comme dans les tableaux genre moi j'en sais rien qu'en Hollande j'y ai jamais mis un godillot »

 

Et quand on sait pas, on scribouille dans l'poétique, c'est ça qu'vous croyez ?

 

23.

« Dans mille ans c'est sûr j'aurai plus le même âge »

 

Et plus beaucoup de souvenirs non plus.

 

24.

« Matisse j'aime bien y a tant de choses qu'on aime bien

Nourri d'images il se fit tout un cinéma (pas Matisse mais ma pomme) »

 

Faites bien de préciser, des fois qu'on croirait qu'Matisse a tourné avec les Marx Brothers.

 

25.

«Aux automnes il (ma pomme) jeta des graines d'arbres qui picorent Les

Meilleurs chaussons aux pommes qu'il voulait toujours » 

 

Et pourquoi des chaussons et pas des mille-feuilles, des éclairs, des babas au rhum ? (euh… j'ai faim moi).

 

26.

« Pis un jour il se sentit partir se décaler d'l'aut' côté. »

 

Faut toujours qu'l'existant finisse par ne plus qu'être.

 

27.

L'être est la condition de l'existant.

La conscience est la condition de l'être.

La conscience est la condition de l'existant.

 

Poil aux dents.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 20 mars 2016.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES
commenter cet article
20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 09:58

OÙ QU'ON RÊVAIT PAS QU'ON ÉTAIT

 

1.
« Fier toujours d'avoir eu, dans le temps, sa légende... »

(Tristan Corbière, « Le poète contumace »)

 

Fier non chu pas fier c'est bien pour ça qu'on m'appelle crapaud quoique… quoique… quoique...

 

Toujours est-il que quoi ? Qu'il est l'heure ? Et alors ? Ah oui... faut vivre, se régler sur le temps, l'horloge, les autres, les fantômes.

 

D'avoir raison tu parles comme ça m'intéresse... pas

Eu la finesse d'avoir les diplômes pour... M'en fiche, voyez.

 

Dans le vent je me promène ? - Non j'reste chez moi

Le truc, c'est d'être pas assez bavard pour qu'on l'apprenne, chez les autres.

 

Temps temps temps bin oui il est temps donc je l'dis quoi que l'temps quand on y pense y nous course burlesque le temps cinéma muet.

 

Sa robe je m'en souviens ou pas d'ailleurs couleur de

Légende sa robe c'est pour ça qu'elle mettait des pantalons.

 

2.
Des fois qu'on dort pis qu'on s'réveille où qu'on rêvait pas qu'on était.

 

Des fois chais pas c'qui m'prend des

Fois j'ai un bouffon dans la tête un excentrique pis solitaire un déraisonneur

 

Qu'on dort dis qu'on dort si bien qu'on

Dort qu'la mémoire nous cinoche la fantaisie

 

Pis il pleut pis il pleut des piques pis il pleut des trilles pis des syncopes, des syncopes, des syncopes

 

Qu'on dort dis qu'on dort si bien que quand on

S'réveille le réel la vache il a même pas l'air vrai

 

Où qu'on va dis où qu'on va chais pas où

Qu'on va chais pas mais on y oh et puis zut on verra bien

 

Croyait-elle croyait-elle

Pas qu'ça allait durer

Qu'on s'rait cor si amis même qu'on

Etait si photogéniques la raison raisonnable et ma pomme.

 

3.
« Il y a dans son âme

Un mystère couvé par la mélancolie »

(Shakespeare traduit par Yves Bonnefoy, « Hamlet », III,1 [Le Roi])

 

Il y a chais pas quoi dans mon âme il y a

Y a dans mon cœur chais pas quoi il y a y

A bah tu veux mon avis c'est jamais qu'un âne

 

Dans ou pas dans ça dépend de

Son truc là qu'il écrit après vu qu'si c'est dans la tombe, c'est mort.

 

Âme, comme si on en avait une, tiens, qu'on est vide, en fait, qu'os et viande à conscience (même qu'c'est ça qui nous tourmente)

 

- L'âme, ce truc qu'est nulle part pis qu'on sent quand même -

 

Un mystère un beau mystère à faire tout un cinéma un

Mystère à tête de haut d'l'affiche un mystère d'anthologie qu'on connaît pas l'auteur

 

Couvé, le mystère

Par la cour étrange par

La brume qui murmure par la

Mélancolie qu'il pond le Roi un œuf dont on fait les hamlet.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 20 mars 2016.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans CONTREVERS
commenter cet article
19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 22:18

AVEUGLEMENT Ô SINCERITÉ !

1.
« R
oi déchu de ce monde livresque, il lâchait pied devant leur marée montante, dans l'impossibilité de les arrêter car ils ne lui obéissaient plus. »
(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules »)

2.
Les livres sont nos maîtres secrets. Ils savent tout de nous. Ils nous tiennent.

3.
J'aurais aimé être, mais pas aussi mort que lui.

4.
Fut un temps où le rock était la musique de l'énergie et de la jeunesse. Évidemment, avec le temps, ils font un d'ces raffuts, les morts.

5.
Le monde, tortures, tourments, tribulations terribles, terreurs
. Et puis les perles de la civilisation, pour les esthètes.

6.
Un jour, mon cœur me lâchera. Je partirai seul, et tout à fait soluble.

7.
Avec ses deux infinis, il joue une drôle de partie, Dieu, une partie d'un jeu dont dont on n'connaît pas toutes les règles.

8.
« La poésie de Michel Butor, éparpillée en une poussière d'ouvrages organisés en réseaux, en planètes, en satellites, en figures et en cycles »
(Pierre Lepape, « Michel Butor mille et un plis » in « Télérama Hors-série », « Le Parti pris des mots »)

9.
La succession des générations permet sans doute aux masques d'assurer la pérennité de toutes les tragédies.

10.
Quand la nuit descend, j'allume des lumières, des fois qu'dans la nuit j'm'y tomberais en poussière.

11.
Son squelette, faut être agile ; son piano, faut savoir… Pour vous croquer tout cru, des horloges, y en a tant.

12.
Vot' mère n'est pas reine… affliction profonde… zavez pas à vous en faire… les reines se promènent le cou coupé…

13.
D'l'âme prophétique… on court la ruse ensorcelée… cadeaux… pouah ! Voilà la jolie vache joujou qui pisse des diables !…

14.
« A voix plus basse pour les morts, à voix plus basse dans le jour. »
(Saint-John Perse, « Anabase », VII)

A voix basse qu'ils causent et à la dérobée à
Voix basse qu'ils causent et le regardent comme si son âme allait lui sortir de la bouche.

Plus jamais je ne… mais bah c'est à voix
Basse que j'devrais dire ça
Pour que nul n'entende que déjà je

Les morts, i nous traversent, les
Morts, et nous laissent de drôles d'expressions, même qu'on appelle cela des masques, ou des figures

A quoi bon rester là quitter la proie pour l'ombre prendre une
Voix blanches'envoler du clocher floup floup

Plus jamais que j'viendrai ici, qu'il dit plus jamais qu'on m'y r'prendra à chercher mes pas dans des pas.

Basse la lune à me toucher le front Quoi donc qui gronde dans la brume ?

Dans ces patelins d'plus personne j'viendrai plus. Essaimés qu'ils sont éparpillés partis au vent au diable au passé.

Le matin je me lève et le
Jour m'y reprend à être vivant, à boire une bière, à écouter mon vieux blues.

15.
« Il voyait trop – Et voir est un aveuglement. »
(Tristan Corbière, « Décourageux »)

Il voit, n'y croit ; sa foi décroît, il boit.

Voyait trop ! Hallucinée la mirette ! Hantée Zut, fillette, c'est qu'ça devinait juste sous la tresse !

Trop j'vous dis qu'elle voyait trop ! Comprenait tout ! Le réel pour elle, du sanglant babar... du pervers mickey...

Et le monde tourne la cuiller dans sa marmite, au diable néant.

Voir ! bah voir ! Y a qu'à croire ! C'est bien suffisant ! Le réel i vous le fait payer, votre trop plein d'lucidité !

Est-ce que j'hallucine ? Non c'est rien qu'le réel qui agite ses réalités, qui tord ses gueules et nous mouche le nez !

Un jour que j'm'en irai, on finit toujours par partir, même qu'on reste là, qu'on est d'ici que parce qu'on l'dit.

Aveuglement, ô sincérité !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 mars 2016

Repost 0
13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 21:49

SI J'AVAIS UNE LOUPE

1.
« Cri d'os, dur, sec, qui plaque et casse – Plangorer... »
(Tristan Corbière, « A une demoiselle »)

Ce « plangorer »-là sonne comme trois notes liées après une cadence de brèves qui piquent et pointent.

2.
« 
J'ai souvent éprouvé un sentiment d'inquiétude, à des carrefours. »
(Yves Bonnefoy, « L'arrière-Pays »)

3.
Le réel c'est c
'qui s'dit, rumeur, mayonnaise qui prend.

4.
« Pourtant, aujourd'hui une autre lame sera encore plus mortelle. »
(Boll
ée et Martin, « J'ai tué Marat » in « L'Immanquable » n°61 [La narratrice])

Le monde, mesdames, c'est du tranchant, du plein d'lames, de lames et d'autres lames encore.

5.
« Il me semble dans ces moments qu'en ce lieu ou presque »
(Yves Bonnefoy, « L'arrière-Pays »)

J'aime bien « qu'en ce lieu ou presque » façon d'y être sans tout à fait.

6.
« Quelqu'un nous espionnait derrière cette porte ! Il sait peut-être quelque chose. »
(Raule et Landa, « Les Anges de Nostradamus » in « L'Immanquable » n°61 [l'un des anges mais je sais pas lequel])

Des fois que quelqu'un nous espionnerait derrière la porte et qu'on serait plus que pas grand monde, voire personne.

7.
J'avais écrit « espionnaerait » : ça fait espion latin, non ? Intrigues à Rom
e.

8.
Des fois, j'agite mon squelette : y en a qui appellent ça jouer aux d
és.

9.
Je suis venu, j'ai vu, j'ai vécu – et j'ai rien piju.

10.
« On est là, comme ça, partagé entre deux personnages. »
(Un critique – profond, mine de rien - de l'émission « Le Masque et la Plume », France Inter, ce dimanche 1
3 mars 2016)

11.
« 
Une veuve en robe de chambre, on ne s'aperçoit plus qu'elle est veuve car il n'existe pas de robe de chambre de veuvage. »
(San-Antonio / Frédéric Dard, « Bravo docteur Béru »)

12.
Dans l'melon, j'ai comme un chapeau. J'dis ça, j'dis rien, mais ça m'travaille.

13.
« 
J'ai faim ! » dit l'Ogre, pis il se bouffit et dispara. Avec moi, les histoires, ça traîne pas…

14.
« 
Fantasmes de la nuit et d'hier et de demain, la mort au moindre défaut de la pensée comme en telle scène d'intérieur une fenêtre ouverte sur le désert »
(Robert Pinget pictural et minimaliste, « Passacaille »)

15.
« Et M
itterrand décrète : « Mais non, ça ne prendra pas l'eau. »
(
Un critique de l'émission « Le Masque et la Plume », France Inter, ce dimanche 13 mars 2016).

16.
« 
C'est une chose horrible de sentir s'écouler tout ce qu'on possède. »
(Pascal, « Pensées »)

17.
Ce que disent les masques n'a de sens que pour d'autres masques, lesquels sont les seuls à comprendre.

18.
Comme je descendais des romans impossibles, dit le critique avec cet air fin de celui qui ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve.

19.
Si j'avais une loupe, le réel me verrait-il mieux ?

20.
« T
u te lèves l'eau se déplie
Tu te couches l'eau s'épanouit »
(Eluard, « Tu te lèves... »)

Eh oui, c'est beau.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 mars 2016.

Repost 0
12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 21:19

VERS LE JAZZ

1.
« 
SOMMEIL – Écoute-moi, je parlerai bien bas :
Crépuscule flottant de l'
Être ou n'Être pas !..»
(Tristan Corbière, « Litanie du sommeil »)

2.
Majuscules, importance du sommeil (surtout quand on ne dort pas, qu'on voudrait dormir, qu'on insomnise, qu'on se retourne le squelette entre les draps, qu'on lucide de trop).

3.
Sommeil, j'écrirai ton nom sur le fluide de la nuit
Sur le sable de la nuit, sur les crabes de la nuit
Sur tout ce que tisse la nuit
aux doigts innombrables

4.
Si l'on veut être écouté, il faut parler bien bas, crier fait fuir et de toute façon celui qui ne veut pas entendre hein bon.

5.
F
lottance du crépuscule, les paupières battent la campagne et c't'onirique batterie, tout le spatio-temporel, ça vous l'relativise bien.

6.
Le raconteur de drôles d'histoires qui veille dans votre tête, le soir, il se met à susurrer, à murmurer, à bidouiller dans la citation.

7.
Tiens du Shakespeare qu'on navigue à vue qu'on flotte entre c'qu'on est et c'qu'on est pas entre le mort et le vif entre la peau et les os.

8.
Du Shakespeare en italiques,
L'Être ou n'Être pas, d'la citation sur ce qu'on est et ce qu'on n'est pas, comprenez : pas encore.

9.
Y en a, i sont comme les moules,
qui n'ouvrent leur gueule que si on les chauffe.

10.
Elle décide de laisser son visiteur en tête à tête avec le perroquet. Elle n'a plus rien à apprendre à cet homme en imperméable tout droit sorti d'un roman policier pour gare humide: l'excentricité de feu son mari, lequel portait la moustache en guidon de vélo, la barbiche en pointe du raz et avait passé presque toute son existence à commenter des étiquettes de boîtes de camembert (avant cela, il était môme et arrachait les ailes des insectes), le lavage délicat des taches de sang – c'est tout de même honteux de plagier la page 95 d'un roman de Robe-Grillet et surtout comme ça, dans l'escalier, à chaque fois que le fantôme du Nouveau Roman apparaît, droit dans ses bottes en cuir de Saint-Germain, et avec tous ses détails, tant de détails, que sans doute il avait planqué (lui ou cet aïeul dont le portrait affiche encore quelque part dans la maison de maître sa tête de ci-devant dépité puis capitaine chouan puis décapité) un cadavre dedans, la multiplication soudaine des gommes dans toute la maison et ce qui en résultait – l'effacement d'une partie de la bibliothèque et le combat qui opposa la collection d'étiquettes de boîtes de camembert (œuvre de toute une vie) aux escadrons de gommes venues volant d'on ne sait où et qui disparurent aussi vite qu'ils étaient apparus, le ratichon baigneur, et sa sœur qui bat l'beurre (quand elle battra la campagne, sans doute on vous préviendra), les absences répétées du professeur de français de sa fille, laquelle pourtant prépare le concours d'entrée à l'école des rédacteurs de questionnaires et documents relatifs à la gestion citoyenne… tout cela, son perroquet l'avait répété plusieurs fois et, même avec beaucoup d'imagination, elle se doute bien que le volatile ne pourra ajouter beaucoup plus de détails qu'il n'en avait ajoutés jusqu'ici. Aussi bien, il est l'heure pour elle de ne pas rater le train qui le conduira chez sa fille, laquelle a un chien appelé Œdipe, et même que le brave toutou (et avec ça intelligent comme l'énigme) devient aussi aveugle que le point de vue d'un universitaire marxiste. Ce n'est pas un temps agréable pour aller là-bas, mais elle sait bien qu'à cause de l'imperméable, il pleuvra aussi bien là-bas qu'ici, que la vie n'est pas une opérette avec Luis Mariano (le commentateur aura soin de préciser aux étudiants soucieux de leurs examens qu'elle était la fonction sociale de Luis Mariano et quelle est ici l'exacte portée de la référence à la culture dite populaire, à laquelle, bien entendu, un texte réellement littéraire se doit d'échapper aussi sûrement qu'Arsène Lupin échappe à tous les pièges), et qu'à force de disserter ainsi avec un imperméable dans lequel un être à tête de rien perspicace se tient debout (maintenant qu'il va fatalement prendre congé, cela va de soi, d'autant que l'heure du bridge approche et qu'il n'est pas question pour le perroquet de déroger à la règle du bridge de tout à l'heure, puisque ce n'est pas maintenant, mais tout de même), elle va la louper, sapristi, l'heure de ne pas rater son train. Maigrot regarde sa montre : elle marque toujours sept heures et demie. C'est comme ça, on n'y peut rien, pense-t-il, à chaque fois que nous arrivons à la page 95, ma montre marque toujours sept heures et demie, et à chaque fois qu'elle marque sept heures et demie, je pense que c'est comme ça, qu'on n'y peut rien rien rien rien rien oui, c'est vraiment rien que j'ai retenu du cours sur Robe-Grillet, ah bah tant pis se dit-il en ouvrant une boîte de sardines et la bouche pour les mettre dedans.

11.
On peut être sûr que s'il se mettait à pleuvoir des gommes, certains en profiteraient pour s'estomper, voire s'effacer.

12.
C'est une photo en noir et blanc de Robert Capa. « Golfe-Juan, août 1948 ». Atmosphère de vacances. Détente (sourires et vêtements d'été). Mise en évidence, en beauté, au premier plan gauche, Françoise Gilot, compagne de Picasso. Second plan centre : Picasso au parasol. Arrière-plan droite : Javier Vilato, neveu du p
eintre. La composition est soignée. Un hommage à la peinture, à la présence de Picasso. En bas : horizontales des lignes de sable et de mer. Au centre : diagonales des têtes et des pieds, lignes de fuite vers un point là-bas, dans l'ailleurs dont on se moque, estompé par la beauté de Françoise Gilot et par le cercle de la tête de Picasso, au centre exactement de la photo. En haut : le parasol déployé, métaphore d'un autre soleil, celui de la joie de vivre.

13.
« Le monde se révélait en temps réel, et les magazines le dévoilaient par toujours plus d'images. »

(Cynthia Young, « Dans les pas de Robert Capa » in Robert Capa, 100 photos pour la liberté de la presse, Reporters sans frontières, spécial n°50, p.51)

Deux propositions. Imparfait de l'indicatif. « Le monde » et « les magazines ». Pourquoi cet imparfait ? N'en est-il plus ainsi ? C'est vrai que la postmodernité trouble les chronologies. On confond tout ; on touille dans les crânes une mémoire toute prête à faillir. Les magazines mirent le monde, détaillent le monde, émiettent le monde en éclairs, en coups d’œil. « en temps réel », la photographie, synchronie, actualité. « révélait », « dévoilait » : synonymie. Le monde mime les magazines. « toujours plus d'images », multiplication des points de vue. Pourvu que le photographe soit honnête.

14.
« 
Mon passé : c'est ce que j'oublie.
La seule chose qui me lie
C'est ma main dans mon autre main. »
(Tristan Corbière, « 
Paria »)

Croire au passé – illusion du passé – le passé défini par l'oubli - « c'est ce que » / « c'est » - articulation syntaxique, oralité, lisibilité – le présent défini par la présence, ce qui reste de ce que l'on a oublié – seul soi (« ma main » / « mon autre main ») voilà à quoi ça aboutit, en fin de compte, tous ces sourires, toutes ces étreintes - et d'où qu'ils sont les autres fantômes ?

15.
On croit au passé comme on croit à la nécessité de l'illusion. On ne peut vivre qu'en trompe-l’œil.

16.
Le passé se définit par l'oubli, le présent par la présence. L'Histoire pêche dans un océan mort.

17.
Le passé souvent chante faux. Nous ne le faisons chanter si juste que par convention.

18.
Nos os, d'autres os viendront les chercher ; notre peau, une autre peau viendra la découdre ; notre ombre, un autre loup viendra la laper.

19.
Mon - - Mon mo
n - - - Mon mon mon - -
Passé - - quel sax aphone alors ! Je tire ce jeu de d'un titre de Bernard Lavilliers que j'ai pas entendu depuis longtemps
C'est - - c'est c'est c'est - - oui c'est - - - comme ça
Ce comme ça c'est comme ça ce comme ça c'est comme ça
Que je vois les choses que je les entends
J'oublie - - j'oublie - - j'oublie - - je passe.

La - - la - - la - - je ne chante pas - - -
Seule - - quel sax aphone alors ! Encore ce jeu de d'un titre de Bernard Lavilliers que j'ai pas entendu depu
is longtemps
Chose - - des fois on se sent tout chose - - c'est comme ça
Qui peut dire comment qu'on se sent - - - qu'on se sent vraiment - - -
Me semble s'appeler personne - - - me
Lie - - - on se lie toujours à quelque chose qui rappelle l'ombre.

C'est - - c'est c'est c'est - - oui c'est - - - comme ça
Ma - - ma je ne sais pas - - c'est quoi ? Ah ! C'est ma
Main - - ma main de maintenant - - au bout un corps
Dans le temps - - - je ne sais pas - - j'oublie

Mon - - Mon mon - - Mon mon mon - - -
Autre là - - - me semble s'appeler personne - - autre
Main celle que viendra chercher mon squelette en même temps que mon ombre à laper.

Patrice Houzeau
Hon
deghem, le 12 mars 2016.

Repost 0
6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 16:04

TIRER VANITE DE LA REPUTATION DE SON FANTÔME

1.
« Il est homme à tirer vanité de la réputation de son fantôme »
(Agatha Christie, « Le Mystérieux Mr Quinn » [Porter])

Présentatif – attribut – l'impersonnel « il est » s'incarne – se qualifie – s'infinitive – vanité et fantômat – expression « tirer vanité de son fantôme – d'une réputation d'un être qui n'existe que par le nom qu'on lui accorde.

Il ah oui il était une fois ou il
Est encore une fois toujours tant de fois tant tant encore.

Homme que voulez-vous qu'on fasse de ce reproducteur
A tout prix Il se multiplie Il se condamne.

« Tirer vanité de la réputation de son fantôme »
Vanité des belles expressions qui peuplent le monde
De rien le verbe fait tout
De
La parole est tombé le monde comme un fruit d'un arbre qui n'existe que par son nom.

Réputation faut la soigner
De toute façon on n'en est pas maître de
Son fantôme son
Fantôme il court les langues.

2.
« J'habiterai mon nom », fut ta réponse aux questionnaires du port. »
(Saint-John Perse, « Exil », VI)

Expression « habiter son nom » - la poésie forge d'expressions – Et si son nom est « Personne », peut-il l'habiter son nom ? - le réel est plein de questions que les préposés à la gestion des vifs et des morts recueillent dans leurs questionnaires – quelle pouvait être la question ? Peut-être : « Où comptez-vous loger durant votre séjour ici ? »

« J'habiterai mon nom »
« Mon nom » ! Y en a qui manquent pas d'air
Nom du nom de l'être !

Fut le temps qui semblait si long et puis
Ta vie a raccourci tout ça en poussière de lointain.

Réponse vu qu'le réel interroge il faut bien
Aux points d'interrogation quelque
s réponses à se mettre sous la langue et les
Questionnaires il faut bien les remplir
Du reste ni le réel ni les réponses n'ont vraiment de sens Le
Port brûle la bibliothèque aussi reste la mer la mer mâchouilleuse de tout un tas de trucs vivants et morts et dont je me fous éperdument.

3.
Le réel n'est intéressant que parce qu'on le dit. Si l'on n'en parlait pas, il nous ennuierait profondément… on subirait.

4.
« Et ce serait le diable
Si je ne puis creuser par-dessous leur sape
Et les catapulter jusque dans la lune. »
(Shakespeare traduit par Yves Bonnefoy, « Hamlet », III, 4 [Hamlet])

5.
Hamlet et l'hypothèse du « diable », çui-là qui traficote et infernale dans la langue – théâtre langue de masques et danse des morts.

6.
C
onditionnel le diable, conditionnel genre humaine condition… Ah oui, le diable est aussi conditionnel que l'humain n'est que condition.

7.
On creuse sous ce que creusent d'autres sapeurs (je pense au mot « satrape » et n'en vois pas le rapport).

8.
Hyperbole à catapulte : « catapulter » quelqu'un « jusque dans la lune » -
« catapulte », ça sonne façon ressort s'détendant soudain.

9.
On creuse, ici c'est « saper », trouer le réel, le piéger - but du piège : sortir du réel - « les catapulter jusque dans la lune » - ceux-là qui vous voudraient
dans un trou.

10.
La langue catapulte ses singes dans le réel. Les singes singent et singeant signifient.

11.
La tartine de mon frère est tombée sur le bec de ma sœur. Voilà qui suppose une chute et que ma sœur soit quelque volaille. Mais alors que fait-elle dans la cuisine ? Ou bien pourquoi donc mon frère est-il allé manger sa tartine dans la
basse-cour ? On peut aussi penser que ma sœur est tout à fait humaine et qu'elle a dévoré la tartine de mon frère, ou qu'elle l'a envisagée avec dégoût, car manger une tartine de rillettes à sept heures du matin, n'est-ce pas… Ceci dit, cela n'enlève rien au problème du bec de ma sœur, et c'est bien étonnant, surtout que mon frère n'a point de sœur, et donc moi non plus, et encore moins de sœur munie d'un bec.

12.
« 
Le monde des choses passées n'est que la mémoire de leurs significations. »
(Jean Bloch-Michel, « Le Présent de l'indicatif »)

13.
Un monde-mémoire – la mémoire, un « présent de permanence » - un monde qui n'existe que par le souvenir de ce qu'il a signifier.

14.
L
e rôle de l'Histoire : donner du sens à ce qui n'en a plus – l'Histoire rétablit (ou croit rétablir) des ordres de priorité perdus dans l'anonymat de l'innombrable passé.

15.
L
e passé n'est que par le maintenant – la mémoire comme « présent de maintenance » des significations.

16.
L
a mémoire, cette conscience du passé, cette faiseuse d'historiques, cette rappelante de chiens perdus.

17.
« n'est que la mémoire » : autant dire un fantôme enfermé dans une boîte crânienne.

18.
E
ntre le passé et le présent, cette langue du « je me souviens », un théâtre dont l'unique masque est la langue elle-même.

Patrice Houzeau
Ho
ndeghem, le 6 mars 2016.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article
28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 12:49

PIS RÊVASSEUR  

1.
Route : reprise qu'un jour y en a plus, ni route, ni nous.

2.
Livre : celui du « devoir » (Rimbaud) vu, lu, su, jeté, retrouvé dit-on, bien plus tard, après le passage de la comète.

3.
Lui là, l'homme aux vers nouveaux… les sifflait-elle, son araignée, ces chansons au fil du chemin bizarres assez pour fasciner  ?

4.
Lueurs : paupières, brillances, cristal jeté, ville, couleurs en miettes, place du théâtre, illuminations.

5.
Rêve : mauvais qu'on en a le goût des fois, jument d'la nuit aux lucarnes agitées de silhouettes, noirs filons des songes, sorcellerie, froide prairie, y paissent des vaches, y passent des morts.

6.
« Aveugle irréveillée aux immenses prunelles »
(Rimbaud)

Aveugle on pige rien on l'a
Irréveillée la cervelle
Aux cieux on jette des regards comme quoi i fait de plus en plus chaud

    les cieux i sont
Immenses et plein d'infinis qui se bousculent nous nos
Prunelles sont petites si petites trop petites oui mais ce sont nos prunelles on y  tient. En français, on a l'expression « y tenir comme à la prunelle de ses yeux » ; le reste, c'est que le réel ; il nous regarde, et pas avec les yeux de Chimène.

7.
« Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur »
(Rimbaud, « Le bateau ivre »)

L'immense bouché soudain par un pan de briques rouges.

Moi quel son à la basse alors
Qui qui c'est-y qu'ce moi-là quand j'les
Trouais mes poches mes chaussures mes chemises J'étos tout trous & co alors.

Le temps les a mâchées je zieute le
Ciel il est tout
Rougeoyant plein sa face on dirait un visage

Comme de la neige le visage comme de la neige sur laquelle se fige le sang
Un sang de bête morte par-dessus le
Mur un enfant regarde le capitaine et sa bête décapitée.

8.
« Surtout, vaincu, stupide, il était entêté »
(Rimbaud, « Les poètes de sept ans »)

Surtout, un deux, surtout, trois quatre,
Vaincu, vaincu, vaincu oh quelle marche
Stupide je me marmonne en marchant

Il était entêté qu'il écrit Arthur il
Etait entêté cornu dans l'dedans
Entêté pou puis allitératif en diable, rythmique.

9.
« Les prés remontent aux hameaux sans coqs, sans enclumes. »
(Rimbaud, « Enfance »)

Les chevaliers sans doute ont passé par ces
Prés et bien des morts encore Regardez ils
Remontent aux fantômes de leurs murs

Aux vieux murs croulés des
Hameaux ils traînent leurs âmes les morts
Sans chant du sans gaulois ni tout crus les
Coqs ni cloches ni diable

Sans plus rien dans les hameaux ni
Enclumes ni chasse au perdreau ni pendu le bedeau ils s'ennuient à cent sous l'âme se tournent les morts les pouces des prés.

10.
« Mille Rêves en moi font de douces brûlures »
(Rimbaud, « Oraison du soir »)

Mille et une nuits c'est long non ? Mille et un
Rêves tout un univers virtuel qui finit en têtes coupées.

En moi –  sac d'organes cœur chiqueur narrateur pis rêvasseur -
Moi comme si écrire c'était rêver quand même qu'on est éveillé.

Font quoi ces Mille Rêves font
De la soupe aux visages de
Douces réminiscences (ô amies) aussi des
Brûlures passé, neige, blessures.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 février 2016.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FASCINATIONS RIMBALDIENNES
commenter cet article

Recherche