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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 02:10

CE N'EST PAS PARCE QUE CES HISTOIRES SONT FAUSSES
En lisant « Malpertuis » de Jean Ray, édition de poche J'ai Lu n°1677.

1.
p.61. Lier le mot « angoisse » et le mot « être » est un lieu commun romanesque. Les romans pullulent d'êtres angoissés.
Y aurait-il des angoisses qui ne trouvent pas leur roman ?

2.
Je pense à l'être angoissé des romans ; le nom de Kafka me vient d'abord à l'esprit,
puis la figure du Chevalier au Lion, Yvain, égaré.

3.
p.88. Où il est question des « lisières du rêve » et du « soliloque » ? Les lisières du rêve sont-elles le lieu d'être du soliloque ? Ne rêvons-nous que pour être en capacité de nous adresser aux autres sans avoir envie de les tuer ?

4.
Pourquoi écrire ? Parce que je ne puis faire autrement. L'écriture m'a appris que le monde m'échappait ; et, depuis lors, je crains que ne plus écrire achèverait totalement ma défaite dans cette maîtrise de chaque jour où vous semblez presque tous si à l'aise.

5.
En composant ces brefs, j'écoute une version radiophonique des « Dix petits nègres » d'Agatha Christie. Si, devenu vieux, ce qui ne saurait tarder, je perds la vue, au moins il me restera les pièces radiophoniques et cette présence singulière des voix du passé.

6.
p.111. Malpertuis est défini par « un vrai et repoussant mystère ». La maison hantée est donc à l'image du tant d'autres où nous
nous débattons, mystérieux – qui connaît qui ? -, vrais – je ne puis nier leur existence -, et, des fois, combien repoussants – eh oui…

7.
« dis-moi donc que nous faisons un bien mauvais rêve. »
(Jean Ray, « Malpertuis », p.101 [le narrateur])

me dis-je à moi-même ce matin dans la glace de la salle de bains.

8.
p.29. Sans leurs « flammes vertes », il y a de certains yeux qui ont l'air d'à peine voir. Les créatures,
sans doute voient-elles autre chose que ce que nous voyons, mais c'est pure convention ; elles ne voient jamais que ce que l'auteur nous fait supposer qu'elles voient.

9.
Que voit le « dieu capturé » ? Un monde dont il n'est étrangement pas maître, des êtres dont il ne peut pas prendre possession.

10.
Le récit fantastique relèverait-il d'une phénoménologie de l'apparition
impossible ?

11.
Y a-t-il des cas de dérèglement mental où l'on se met à nier que l'autre existât ? Il me semble que le délire ne nie pas l'existence de l'autre, tout en
chargeant cette existence d'interprétations irrationnelles.

12.
p.
134. Comme en un rêve, le narrateur « balbutie un nom, mais il ne [lui] répondit pas. » Ce que dit ici la langue, c'est que ce sont les noms qui répondent (ou ne répondent pas) ; ce sont les noms qui parlent au nom des êtres.

13.
p.59. Le narrateur
de Malpertuis est celui qui « veut voir ». Le roman, une paire de lunettes à voir l'autre monde.

14.
Et si écrire, c'était explorer une demeure dont nous ne connaissons ni les hôtes, ni la nature exacte des objets qui la meublent.

15.
« Tout ce qui t'entoure et te tient me semble si sombre et si compliqué ! »
(Jean Ray, « Malpertuis », p.124 [Bets au narrateur])

16.
p.9. Intuition géniale de Hawthorne cité par Jean Ray : « les dieux de l'ancienne Thessalie » réapparaissent grâce aux « chants des poètes » et aux « livres des savants ».
C'est ainsi que les romans fantastiques ouvrent nos portes à l'inconnu.

17.
Ce n'est pas parce que ces histoires sont fausses que leurs créatures
ne pourraient pas jaillir de la nuit et nous supplanter.

18.
Nécessaire prudence du romancier : Ce n'est pas parce
qu'une histoire est fausse qu'elle ne pourrait pas arriver.

19.
« A force d'écrire des choses
horribles, les choses horribles finissent par arriver. »
(L
e personnage d'Irwin Molyneux , dans le film « Drôle de drame », de Marcel Carné, dialogues de Jacques Prévert)

20.
Et puis il y a le générique du feuilleton « Les Maîtres du Mystère », avec ce balancement de la fatale horloge
suivi de son tragique violon...

21.
p.102. « - Des peaux ! Rien que des peaux dans lesquelles on souffle comme dans des conques » dit
Lampernisse. Le réel ne serait-il qu'une baudruche gonflée par quelque dieu de la farce ?

22.
p.110. La pipe, la « fumer longuement », le « silence » et les « yeux perdus dans le vague » : éloge du fumeur placide.
Une pause dans la furie fantastique.

23.
Quels sont ces petits dieux qui m'tapent sur les nerfs ?

24.
p.132. Un appel dans les ténèbres. Faut toujours qu'elles appellent, les ténèbres. Elles prennent des voix bien humaines alors !

25.
Les appels des ténèbres, comme dans ces films d'épouvante où la jeune fille est réveillée par une voix qui, du couloir, de l'escalier, du grenier, l'appelle d'un prénom.

26.
p.
152. Il est de ces rires qui ont ce pouvoir de « déchirer la nuit », de contracter le temps et l'espace en un point dont on ne peut se figurer réellement les contours, un nœud au sein d'une infinité de nœuds, une goule avalant le réel.

27.
« Malpertuis » a été publié en 1943. Page 152, on peut lire ces lignes :

« Un rire démoniaque déchira la nuit et j'entendis le bruit frénétique de griffes essayant de labourer le bois épais de la porte. »

Un an plus tard, lors de la contre-offensive allemande dans les Ardennes, le long de la frontière belge, en repassant par certains villages qui s'étaient crus trop tôt libérés, ma mère m'a raconté qu'on entendait dans les rues des ordres secs et les coups de crosse dans les portes que les soldats, furieusement, donnaient.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mars 2015.

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 16:44

« PIERRE DANS LES PIERRES »
En lisant "Malpertuis", de Jean Ray, édition de poche J'ai Lu n°1677.

1.
Les langues porteraient-elles les dieux qui agitent les humains ?

2.
Les racines de Malpertuis : une « étendue inhabituelle de souterrains, aujourd'hui inexplorables »
(p.44). Ainsi, l'origine de la demeure est-elle enfouie dans la nuit trouée des sols.

3.
Le passé, cette toile noire pleine de trous par lesquels on croit voir passer des êtres et leurs yeux.

4.
Et
il se dit que, quelque jour, il vomira un sang aussi noir que le café qu'il boit, que la nuit qu'il passe, ou alors une lune noire.

5.
Des fois on se dit que c'est comme si toute chose était porteuse de mort.

6.
p.77. Le narrateur répète qu'il attend. Il répète sa patience ; il « formule sa certitude » :
« - J'attends… j'attends... » dit-il.
Cette formulation
à haute voix a l'effet d'un charme : p. 78, « Alice Cormélon était venue… Je savais à présent que c'était elle que j'attendais, que ce ne pouvait êtrequ'elle... »

7.
Ne sait-on jamais qu'à présent ? Avoir su est une faille.

8.
p.140. « - Viens à moi… Viens à moi… C'est ainsi que leur cloche parle ».
Les choses nous appellent-elles ? Nous rappellent-elles ? Nous invoquent-elles comme nous invoquons les esprits et évoquons les disparus ?

9.
Malpertuis s'ouvre sur le vol d'un manuscrit ; c'est ce forfait qui va permettre de libérer les « charmes noirs » et leurs dieux.

10.
p.111. « le sourire amical des livres ». Que les livres puissent sourire n'est pas douteux ; leur ironie n'est-elle
pas palpable ?

11.
p.110. « Le soir de l'Epiphanie, noir et déchiré de vent et d'averses », se sanctifie au loin de quelques chansons d'enfants. »

12.
Epiphanie au coeur de Malpertuis ; Epiphanie noire ; Epiphanie au-delà du bien et du mal ; Epiphanie de
s dieux capturés, « enfermés dans de grotesques dépouilles » (p.164); Epiphanie des dieux tombés dans la langue.

13.
p.164. Les hôtes de Malpertuis sont-ils atteints d'un trouble de dédoublement de la personnalité, marqué par « d'imprévisibles alternances de déité et d'humanité ».

14.
Sous ses paupières, il s'est vu : tête grise, à la limite entre le triste et le sinistre.

15.
Malpertuis est un roman où il arrive que les portes retombent « avec un bruit définitif de tonnerre. » Les sons font sens.

16.
Le définitif, ce qui clôt une définition,
laquelle, jusqu'au dernier moment, reste ouverte.

17.
Et puis, à la fin, ce qui fut de nous se résume à ceci : lettre morte et porte close,
cependant que si « l'oncle est mort », ce sont de ses dernières volontés que découle la narration.

18.
p.46. « … car on ne sait jamais quelles sont les entités aux écoutes de nos mots et de nos pensées. » [l'abbé Doucedame]

car on ne sait jamais qui exactement est dans notre caboche à l'écoute de nos mots et de nos pensées.

19.
p.34. « - Ainsi je l'ai voulu !
dit l'oncle Cassave d'une voix forte.
- Ainsi il en sera ! répondit gravement le sombre Eisengott. »

Muss es sein ? Es muss sein !
Dit la voix du dieu en l'humain.

20.
p.35. Les derniers paroles de l'oncle Cassave, et
au cœur de pierre de rester dans les pierres. Ce qui, entre nous, est une dernière injure faite au divin.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mars 2015.

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 00:35

DES OMBRES FANTASTIQUES A LA QUESTION DE L'AUTHENTICITE D'UN PROVERBE
En lisant « Malpertuis » de Jean Ray, édition de poche J'ai Lu n°1677.

1.
Des « ombres fantastiques » s'élèvent dans la page 132 ; elles sont ce que nous réveillons. La langue dote les ombres de possibles surnaturels ; comment, dès lors, ne pas en avoir confusément peur ?

2.
p.45, l'abbé Doucedame remarque que l'on « mangeait mal à la table de Minos ». Manière de dire que si l'on mange mal aux Enfers, la bonne cuisine est donc du côté du bien, du beau, du bon.

3.
Pendant ce temps-là que confusément l'ombre irrigue nos caboches.

4.
p.47 : « charmes noirs » Le fantastique mettrait-il en œuvre les « charmes noirs » qui circulent entre les humains et qui, dieux patients, sont tapis dans les demeures.

5.
Malpertuis est un roman où « aux heures obscures », le narrateur entend passer le fantoche gémissant.

6.
On peut se demander aussi si Malpertuis n'est pas une maison du délire, une hallucination du narrateur.

7.
p.77. « J'attendais je ne sais quoi, mais j'avais quitté Malpertuis dans la certitude de cette attente. »

8.
p.108. Des fois qu'on connaîtrait « le latin, le grec et même les langues jeunes du monde », que connaître les langues anciennes, ce serait s'inscrire dans la diachronie, venir de loin, revenir peut-être…

9.
Les dieux se cachent-ils dans les langues et attendent-ils que l'on prononce certaines phrases, certains mots, pour se manifester ?

10.
La musique n'est pas une langue universelle, c'est la langue des dieux de l'ironie et de la beauté.

11.
Chacun d'entre nous a-t-il une « mission fantastique » à remplir ? Une mission qu'il ignore et dont seuls ses petits dieux portatifs ont la clé et le secret.

12.
L'humain réalise-t-il ce qu'aucun dieu ne peut accomplir ?

13.
C'est dans le détail du jadis, dans l'entrevu qui revient, que se trouve un diable plus puissant que le dieu des petites choses auquel nous sacrifions chaque jour.

14.
Une vie réussie est-elle la somme de tous ces jours où l'on n'a pas perdu son temps ?

15.
Un roman, le récit de tous nos insus ; et ils continuent à se moquer de nous, car nous ne comprenons pas tout de ce qu'ils signifient.

16.
Rimbaldien parfois le style de Jean Ray. Ainsi, page 29, ce délire de Lampernisse :
« - (…) Oho, il est là et je ne puis le voir. Lumière et couleurs, il a tout pris. Il me jette dans la nuit. »
Du reste, Malpertuis n'est-ce pas aussi pour le narrateur le récit d'une « saison en enfer » ?

17.
Page 33 : « Je suis venu, dit une voix qui vibrait comme une cloche. »
Ce n'est pas seulement un personnage qui parle, c'est une voix. Une sonorité singulière.

18.
Le monde est un immense tournoi de voix, un infini concile des syllabes, une infinie recension de tout ce qui est.

19.
Pour en revenir à ce proverbe « flamand » qu'en ouverture du chapitre « La nuit de la chandeleur » cite Jean Ray (« A la chandeleur, le démon, ennemi de la lumière, dresse ses plus terribles pièges »), ce qui me fait douter de son authenticité, c'est son caractère par trop littéraire et explicatif. J'admettrais très volontiers un « A la chandeleur, le démon dresse ses pièges », et même « La nuit de la chandeleur, le démon dresse ses pièges », mais l'explicatif « ennemi de la lumière » et le superlatif « ses plus terribles » nuisent au style énigme et devinette qu'en traversant le temps bien des proverbes finissent par acquérir.

A titre d'exemples :
« À la Chandeleur, le froid fait douleur. »
« À la Chandeleur, Rose n'en sentira que l'odeur. »
« A la Chandeleur, la chandelle pleure »
« Celui qui la rapporte [la chandelle, le cierge de la Chandeleur] chez lui allumée,
C'est sûr ne mourra pas dans l'année. »
J'aime beaucoup ce « Si la loutre voit son ombre le jour de la Chandeleur, pendant quarante jours elle rentre dans son trou », qui rappelle le « Jour de la marmotte » du  beau film « Un jour sans fin » (Harold Ramis, 1993).
Et celui-ci encore :
« S'il pleut sur Notre-Dame des chandelles, beaucoup de miel pour la demoiselle », n'est-il pas magnifique de poésie pure ?

Jean Ray aurait été sans doute plus inspiré de couper dans sa phrase ; il savait pourtant y faire, mais l'on sait que le Maître de Gand aimait à être précis dans cette œuvre magique qui, par son goût du détail, s'apparente au travail de la gravure, ou encore à la beauté gothique des poèmes en prose du « Gaspard de la nuit », sous-titrées « Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot » et chef d'œuvre  d'Aloysius Bertrand (1842).

Post-Scriptum.
Il reste bien entendu que si quelque lecteur peut éclairer ma lanterne sur l'origine de ce fameux proverbe, voire me prouver qu'il n'est pas une pure invention de Jean Ray, je ferai, en dépit de l'arrogance que l'on prête si volontiers aux auteurs français, amende honorable.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 mars 2015.

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 00:28

DANS QUEL ÊTRE
En lisant « Malpertuis » de Jean Ray, édition de poche J'ai Lu n°1677.

1.
Alors l'Ombre me dit : « Partons pour Malpertuis » ; alors j'ai ouvert le livre...

2.
Nous ne parlons pas de nos pièges ; consciemment ou pas, nous les tendons. En parlerait-on qu'on abolirait le sortilège, qu'on trahirait confiance en soi et prince de nous.

3.
Guérit-on de la difficulté d'être ? Peut-on être convalescent de ça, l'être malgré tout en dépit de et dans le quelque part du touci-touça.

4.
Et il faut bien dire que nous sommes dans le touci-touça, c'est-à-dire dans le quasimodo, - quel imbroglio !

5.
Puis la lourde s'ouvrirait et, du quatre-à-quatre fuseraient des joyeusetés, d'l'éclatance rigolade, d'l'épatance, d'la confiance affichée.

6.
Rêve d'oiseau immense, d'aigle dans les étoiles, de l'Amérique qui vous descendrait du ciel.

7.
Les paupières... S'y effondrent des châteaux ; la fée y sourit mélancoliquement.

8.
On croiserait la belle pomme et on trouverait pénible la condescendance du guide qui nous préciserait qu'il s'agit – comme si – d'une princesse égyptienne.

9.
Qu'on utiliserait, comme le fait Jean Ray, le mot « pétun », et aussi le verbe « pétuner », qu'on la pétunerait donc, sa pipe, à en faire kof ! Kof ! Kof !

10.
Qu'il y aurait des « noces étranges », avec de la « main dans la main » et du bénit dans le chapelet d'un autre siècle.

11.
On est surtout cause que cause ; c'est pour ça que c'est jamais si simple.

12.
Il y aurait des pas claquants sur d'la dalle, du très sonore donc, et qui annonceraient l'arrivée des sœurs terribles (les sœurs Cormélon qu'elles se nomment dans le roman).

13.
« - Il ne faut pas sortir, c'est un mort qui frappe ! »
(Jean Ray, « Malpertuis », p.124 [Bets])

Et l'on sait que toujours quelque part il y a un mort qui frappe.

14.
Un visage… On dirait de la pierre… De la pierre... Moi, j'en ferai de la gorgone, de la méduse dans l'air, sifflante, persiflante, crachant d'la tragédie, mieux que le journal du matin.

15.
« A la chandeleur, le démon, ennemi de la lumière, dresse ses plus terribles pièges. »
(proverbe flamand cité par Jean Ray [d'où le sort-il, ce proverbe ? Il me semble bien littéraire], in « Malpertuis », « La nuit de la chandeleur », p.141)

Est-il que Lucifer n'aime pas la lumière des humains ? Y verrait-il un reflet de Dieu ?

16.
Parfois qu'on est « frappé d'une singulière impuissance », comme si le réel avait pour fonction de toujours échapper à notre volonté.

17.
« - N'oubliez pas que vous aussi, cher ami, vous êtes malade » dit un personnage du « Malpertuis » de Jean Ray. Je lis cette phrase et la prends pour moi.

18.
Se souviendrait-on de son imprudence, que l'on se dirait dans quel être me suis-je embarqué ?

19.
A la page 90 du roman, une « chambre merveilleuse » : lexique du conte heureux aussitôt contrecarré par la chanson crapule, par le « brame » de Dideloo.

20.
« Je reconnus l'effroyable masque de la rue. »
(Jean Ray, « Malpertuis », p.90)

Ces masques que sont les gens, on ne peut guère que les reconnaître.

21.
Worth cité par Jean Ray (cf p.37) note que les « dieux menus » sont « absolument » concrets, existants, et donc en interaction avec « la terre où ils vivent ».

22.
Des petits dieux qui courent parmi les petits hommes. Sont-ils nos insus ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 mars 2015.

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 13:08

INSOLENCES PARCE QUE ET PUIS MERDE

1.
Manuel Valls (socialiste paraît-il) a peur que la France « se fracasse sur le Front National». Et la faute à qui, hein, mon petit monsieur, hein, la faute à qui ?

2.
Tant qu'il y avait de l'argent, les gens supportaient les politiques. Evidemment, maintenant…

3.
Les gens - nos pommes - sont d'autant plus exigeants avec les politiques que l'administration - leurs pommes - est exigeante avec eux.

4.
La France, la France, la France, elle n'a plus les moyens de ses épaules, et voilà tout !

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 mars 2015

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 08:22

MÊME S'IL NE PLEUT PAS

1.
J'aime bien dans Michaux ce narrateur qui se gratte avec son royaume. Je me demande s'il l'utilise aussi pour se nettoyer les ongles.

2.
J'aime bien l'idée de Michaux selon laquelle « L'âme adore nager. » Dans les airs, dans les eaux, tranquille dragon.

3.
J'aime bien entendre le bruit de la pluie, même s'il ne pleut pas.

4.
Je trouve pertinente l'idée de Michaux selon laquelle la mise en œuvre d'un être finit par sa disparition, sa disparition « par chute ».

5.
Les dieux chutent. Les mythes sont leurs parachutes. Arrivés sur terre, ils disparaissent, assez mystérieusement.

6.
Chaque fois que j'entends prononcer les mots « centre et périphérie », je pense à un œuf. Et par association d'idée à « crâne d'œuf ».

7.
« cruel » : en voilà un mot, « cruel », qui porte des mains griffues, et du sourire mauvais, et du diable au violon.

8.
Parfois mes mains se couvrent de regards, une fourmilière d'yeux qui me lisent les rides.

9.
J'en ai rencontrés rarement, mais à chaque fois, ils m'ont surpris ; on aurait dit qu'ils me rêvaient ; d'ailleurs, au bout d'un moment, ils se réveillaient et je disparaissais.

10.
Roi désolé, pays couvert de dieux, qui s'cognent, qui s'contrecognent, qui s'décuménisent, se sacrilègent, se démystifient, tombent de haut.

11.
Peut-on refuser et ne pas bâtir ? Peut-on vivre longtemps dans le palais du refus ? Dans la demeure du splendide isolement ?

12.
L'Histoire est ce qui reste quand on nous a oubliés.

13.
J'ai récemment écrit « L'Histoire est ce qui reste quand on nous a oublié ». Je n'avais pas fait l'accord du participe passé. J'ai ressenti cela comme une faute cependant que je me suis avisé que le pronom « nous » désignait chacun de nous. La faute, si je puis dire, individualise.

14.
Les puces ne veulent plus de mes vieux chats ; depuis je me gratte moins la tête.
(Elise Antoine)

15.
Il y en a qui chantent la dame de pique une quarte en dessous. Ça ne me choque pas.
(Elise Antoine)

16.
Mes trois chats sont gris ; mes trois chats sont vieux ; il y a peut-être un rapport.
(Elise Antoine)

17.
La communauté des vivants est aussi constituée de ceux que l'on n'a jamais retrouvés. Êtres, spectres, regrets et combats.

18.
Ce qui dans le réel est réellement intéressant, c'est ce qui vient chercher l'être au fond du bocal.

19.
Les lieux qui portent malheur, nos yeux n'y peuvent s'y promener sans risquer d'être crevés. Ils le savent, et restent dans nos visages, lesquels restent avec nous.

20.
Le passé est lié au présent comme l'ombre au mur, et comme elle, insensiblement, il s'éloigne.

21.
« Le passé est le père du présent. »
(Agatha Christie traduit par Claire Durivaux [Poirot])

Le passé est le père du présent, lequel s'appelle Œdipe.

22.
Des fois, quand à côté de mon réfrigérateur, je contemple les étoiles, j'ai l'impression d'être dans Star Strek.

23.
L'âme, un bruit blanc prolongé et parfaitement silencieux.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 mars 2015.

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13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 11:46

LA LANGUE DE VOTRE LANGUE

1.
Qu'est-ce qui n'est pas d'emblée ? Dieu n'est pas d'emblée. L'être est-il d'emblée ? L'étant est-il d'emblée ? Fantômas est-il d'emblée ? L'intelligence est-elle d'emblée ? L'emblée est-elle d'emblée ? Voilà qui me fait penser, ou à peu près penser, ou parapenser… A quoi ? Aux « données immédiates de la conscience », élément de langage philosophico-qu'est-ce-que-j'cause-bien que je me demande ce que ça signifie au juste.

2.
J'aime bien chez Michaux cette « colère » qui « se met en boule », chat prêt à bondir, l'œil furieux, la gueule ouverte, l'âme griffue.

3.
Des fois, j'ai l'impression de manquer de corps, de coffre, de souffle, qu'une feuille morte passant par là a plus, infiniment plus, radicalement plus d'être que moi.

4.
J'aime bien chez Michaux ces « ennemis sans corps à battre » qui vous pullulent l'esprit et vous empêchent d'agir, de réagir, vous paralysent.

5.
Je n'aime pas attendre. J'ai toujours l'impression que je vais m'arriver en retard.

6.
Peut-on garder sa colère comme on garde son calme ? La colère, un chien qui bondit hors de vous et qui, la plupart du temps, se dissipe dans l'air.

7.
Parfois, j'ai l'impression que des bêtes passent derrière moi, filantes, chercheuses de miettes d'être, me tirant la langue.

8.
Les ironies, petites bêtes filantes et perspicaces. Elles nichent dans la langue et cultivent le paradoxe.

9.
L'Histoire, qu'elle recule ou qu'elle avance, oblige toujours l'humain à la lutte. Elle nous pousse, jouant avec nous comme avec le précipice.

10.
C'est une grande prétention de croire que nous faisons l'Histoire. La grande roue se moque bien de nos bonapartismes.

11.
Je me demande quel est le rapport entre le passé simple et l'irrémédiable ? Ce que nous conjuguons, c'est le passé d'inéluctabilité, n'est-ce pas ?

12.
Parfois, je me trouve sur une route, un chemin, un sentier, et je me dis que ce sera le dernier peut-être. Et puis je rappelle mon chien, et puis je rentre.

13.
A mon dernier peut-être, aurai-je encore des doutes ?

14.
Ça ire aussi, ça ire ire ire ; ça vous persiste et signe, et saigne et assigne et assène ; ça vous termite.

15.
Cercle incandescent, ça vous troue le temps comme bout d'papier.

16.
Ça glisse, ça lisse, ça hisse. Ça assaillit assaillit assaillit. Ça vous fiche ; ça vous fillle les points sur le i. Et puis ça vous finit.

17.
Apprenez la langue de votre langue avant qu'elle vous coupe la gorge.

18.
« je chuchotais à leur approche, doucement, comme à moi-même »
(Henri Michaux, « Un homme perdu »)

Peut-on chuchoter à l'approche ? Peut-on chuchoter à l'oreille de l'approche ? Peut-on chuchoter à l'approche que si elle tente de vous mettre dans sa poche, vous allez proprement la trouer.

19.
Y en a, vrai ! Ils font une belle carrière, le grand chelem : d'abord p'tit con, puis grand con, et pour finir, vieux con.

20.
Des fois que le vol de l'aigle, à la perception, i s'mettrait à lui ouvrir des portes, ou d'autres psychédélismes de la même peau d'songe.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 mars 2015

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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 21:41

CE PEU DE CHOSES

1.
Biographies. Derrière les grands hommes, parfois, mon dieu, que de petites choses.

2.
- Je vous dis que l'on va droit dans une impasse !
- Que faire alors ? Reculer !
- Ah non, je ne reviens jamais sur le passé !

3.
Par grand vent elles sont emportées dans la nuit
Alexandrin pas plus bête et mélancolique qu'un autre.

4.
L'ailleurs n'existe que par la fiction qui le fonde.

5.
Ceux qui nous voient venir
Ceux que l'on voit venir
Et puis on ne fait que se croiser.

6.
On pense que c'est toujours la même chose. On pense souvent que c'est la même chose. Mais la même chose s'en moque.

7.
J'aime bien le portrait déchiré de Rimbaud par Ernest Pignon-Ernest – plus de bouche, le beau gosse. Beau, tragique.

8.
J'aime bien la moue dépitée de Rimbaud : j'ai l'impression qu'il a toujours l'air de se demander ce qu'il fout là.

9.
Je n'aime pas ce que je deviens. J'ai l'impression de m'oublier comme un morceau de fromage au fond du réfrigérateur.

10.
Je n'aime pas l'idée d'avoir été désiré. Je n'aime pas l'idée de n'avoir pas été désiré.

11.
J'aime bien « La Javanaise » de Gainsbourg ; éblouissante fantaisie en v. Le v, ça me fait penser à la mode des pulls en « v ». Il me semble que dans les années 50, beaucoup de jeunes filles portaient des pulls en « v », noirs de préférence, ou je dis n'importe quoi.

12.
Non, Monsieur Houzeau, les pulls en « v » ne datent pas du Vème siècle et n'ont pas non plus été imaginés par Winston Churchill.

13.
J'aime bien l'idée qu'il faut se battre pour y arriver. Je n'aime pas l'idée que l'on puisse être battu, blessé, laissé pour compte.

14.
J'aime bien les romans d'Orlando de Rudder, vifs, crus, érudits, avec des phrases qui claquent à la coup de vent, gifle, ou verre de genièvre.

15.
En raison d'un appel à la grève déposé par plusieurs de mes esprits, je ne suis pas en mesure d'écrire le chef d’œuvre que je m'étais promis.

16.
J'aime bien l'idée que l'on puisse se réincarner. Dans une prochaine vie, M'sieur Karma, je pourrai être David Bowie ?

17.
Souvent qu'on se lève Bonaparte et qu'on se couche à Sainte-Hélène.

18.
J'avais d'abord écrit « Souvent qu'on se lève Bonaparte et qu'on se couche Sainte-Hélène. » Napoléon transformiste ? Non, on n'y croit pas.

19.
Nous sommes trop; bientôt il ne restera que des miettes.

20.
Et la croix sur ma tombe indiquant ce peu de choses.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 mars 2015.

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 17:46

PROPRIETE PRIVEE

L'UN : Veuillez m'excuser si j'empiète sur une propriété privée.

L'AUTRE : Vous dites ?

L'UN : Je disais veuillez m'excuser si j'empiète sur une propriété privée.

L'AUTRE : Ah…

L'UN : Pardonnez ma pédestre outrecuidance.

L'AUTRE : C'est vrai que vous avez de grands pieds.

L'UN : Aussi ai-je l'air d'empiéter sur une propriété privée.

L'AUTRE : Vous dites ça pour me flatter.

L'UN : Euh… non, pourquoi ?

L'AUTRE : Parce qu'en fait de propriété, seuls les murs d'enceinte sont à moi.

L'UN : Ah !

L'AUTRE : Oui.

L'UN : C'est très étonnant, car partout où je porte mon œil de lynx ailé, je ne vois que forêts et ombres de forêts…

L'AUTRE : Ils sont invisibles.

L'UN :… et forêts, et parfondes forêts, et encore, au loin, d'autres forêts, de plus en plus lointaines, de plus en plus impénétrables.

L'AUTRE : Les murs, ils sont invisibles...

L'UN : Ah tiens, un cavalier ! Cataclop, cataclop.

L'AUTRE : Les murs de cette propriété que vous appelez « privée » sont à moi ; le reste est aux autres.

L'UN : Et qui donc appelez-vous les autres ?

L'AUTRE : Les autres là, ceux qui viennent.

L'UN : Ah oui, je vois.

L'AUTRE : Rien, vous ne voyez rien, vous n'y voyez pas plus que Fabrice del Dongo le jour où il s'est fait voler son portefeuille en cuir de chartreuse de Parme à la gare de Waterloo.

L'UN : J'ai connu un Fabrice del Dongo. Il vivait dans un roman.

L'AUTRE : Là, vous voyez !

L'UN : Il faudrait savoir, j'y vois ou j'y vois-t-y pas ?

L'AUTRE : Vous voyez que l'on peut très bien vivre entouré de murs invisibles, car enfin, qu'est-ce qu'un mur dans un roman ? Une invisibilité, une impossibilité de paraître.

L'UN : Je confirme : rien de plus discret que l'homme invisible ; on ne sait même pas s'il est marié. Ah tiens, un cavalier ! Cataclop, cataclop.

L'AUTRE : Du reste, dans les romans, il n'y a pas que les murs d'invisibles, il y aussi les êtres et leurs choses, les plantes et leurs choses, les forêts et leurs choses…

L'UN : Des choses aussi, j'en ai connues beaucoup, des choses... par exemple, des humains dont je ne me souviens que d'une seule chose, c'est qu'ils étaient humains : quelques-uns avaient de la barbe, d'autres de la moustache, certains de l'allant, du fringant, du prestant, du pestant, de l'empestant, de l'impétueux, de l'in petto, du tutti quanti, du quasimodo, du tagada tsoin tsoin, et même de la tour prends garde toute droite dressée sur ses ergots comme un i.

L'AUTRE : Mazette, zêtes balèze en allitératif !

L'UN : Ah ça ! C'est que vous avez devant vous, cher Monsieur, un Premier Prix au Conservatoire Supérieur d'Harmonie Imitative.

L'AUTRE : Je vois, je vois, ou plutôt j'entends.

L'UN : Ah tiens, un cavalier… cataclop, cataclop.

L'AUTRE : Moi aussi, j'aurais aimé étudier la musique.

L'UN : Qu'est-ce donc qui, qu'est-ce donc que, et quoi, et dont, et où et qui vous en aura empêché ?

L'AUTRE : La paresse des calamars et puis, vous savez ce que c'est, un beau jour, on vous donne des murs à garder, et on garde, on garde, on garde.

L'UN : Zêtes donc le gardien de ces murs invisibles.

L'AUTRE : Je suis donc le gardien de ces murs invisibles.

L'UN : Et cela fait-il longtemps que vous êtes le gardien de ces murs invisibles ?

L'AUTRE : Très longtemps… Très très très… vous n'étiez pas mort.

L'UN : Ah... Ça fait longtemps alors.

L'AUTRE : C'est d'ailleurs ça qui m'épate, que vous vous souveniez encore de tant de mots, qu'il y ait encore tant de syllabes claires et distinctes dans ce que vous prononcez, et tant de sens encore dans ce que remuent vos lèvres.

L'UN : Ah tiens, un cavalier… cataclop, cataclop. Il me semble qu'il se rapproche.

L'AUTRE : Car enfin, quand on est mort, la mémoire, plus jamais qu'elle vient vous hanter ; elle ne revient plus, la mémoire, elle reste de l'autre côté.

L'UN : De l'autre côté ?

L'AUTRE : Oui, de l'autre côté, derrière les murs invisibles. Elle se tapit dans les forêts et attend patiemment le passant pour lui sauter dedans, et le remplir de toute une vie pleine de choses, que le passant croit comprendre, mais en fait il n'y pige que couic.

L'UN : En somme, pour vous, la mémoire serait une sorte de langue étrangère…

L'AUTRE : Une langue étrangère, c'est ça, oui, la langue étrangère des forêts, l'ancienne langue des parfondes forêts.

L'UN : Ah tiens, un cavalier… cataclop, cataclop. Non vraiment, il se rapproche.

L'AUTRE : C'est ça oui, nous croyons nous souvenir, mais en fait nous apprenons sourdement une langue étrangère.

L'UN : Cataclop, cataclop – Eh oui, il se rapproche ; il est immense !

L'AUTRE : Une langue étrangère pleine de choses auxquelles nous accrochons des noms, pour les reconnaître d'entre les choses.

L'UN : Il se rapproche ! Il est immense ! Il est tout noir, tout ombre, tout découpé. Je me demande même s'il a une tête.

L'AUTRE : Et nous croyons que ces choses sont arrivées ; même qu'il y en a qui écrivent leurs mémoires, qui racontent leur passé, qui s'installent dans les choses comme dans une propriété privée...

L'UN : Tout noir, tout ombre, tout découpé, tout vif, rapide, éclair, volant volant voltigeant, tout proche. Décidément, je crois bien qu'il n'a pas de tête.

L'AUTRE : … une propriété privée aux murs invisibles.

L'UN : Oh ! Il… Il…

(Sur le fond de la scène se détache l'ombre immense d'un cavalier sans tête. Il lève un sabre. On entend un hennissement et un grand tchac de tête coupée).

(Noir.)

Patrice Houzeau
Malo-les-Bains, le 17 février 2015 – Hondeghem, le 11 mars 2015.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans fantaisies
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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 11:31

OU COMME L'HUMAIN

1.
- Et de quoi est-il mort ?
- Strangulation.
- Damnation ! Encore une attaque des mains de l'invisible.

2.
Des fois il se sentait comme enlisé jusque là et qu'on lui tendait la corde pour se pendre.

3.
- Il fait nuit. Il fait tellement nuit qu'on n'entend même pas la pluie tomber.
- Remarquez, la nuit non plus on ne l'entend pas tomber.
- Ça tombe bien, j'allais vous en parler.

4.
- Est-ce que le ciel en tiendra compte ?
- De quoi ?
- De tous nos mécomptes.
- Vous prenez Dieu pour un expert-comptable.

5.
Des fois, les mômes, ils attendent le marchand de sable. Et devenus grands, ils attendent le marchand de canons ; c'est plus rentable.

6.
- Vous savez, le moindre de nos gestes est disséqué, analysé.
- Par qui ?
- Par le propriétaire de ces yeux invisibles que vous voyez là-bas.

7.
- Plus je vis dans ce pays, moins je m'y sens à l'aise.
- Zavez qu'à changer de pays.
- Bah ! il n'est d'autre pays que soi-même.

8.
- A propos, et la Dame en Noir, comment va-t-elle ?
- Elle porte toujours le même parfum.

9.
- Ecoute un peu encore.
- Je ne peux pas, je n'ai plus d'oreilles.
- Comment fais-tu pour m'entendre alors ?
- Je ne sais pas, je n'ai plus de raison.

10.
- Parfois, vous savez je me remonte.
- Ah, et ça donne quoi ?
- Je sonne.

11.
- Avez-vous vu ces drôles de petits serpents aux poignets des gens ? C'est étonnant, on dirait qu'ils donnent l'heure.
- Oui, ça nous change des yeux des chats.

12.
- Nous devions nous revoir jeudi.
- Ça, ça m'étonnerait.
- Pourquoi ?
- Le jeudi, je ne vois que moi-même, et encore…

13.
- Et le presbytère, que devient-il ?
- Il se porte comme un charme, et le jardin, eh, il s'éclate.

14.
- Parfois je me plonge dans mes livres.
- Oui, et alors ?
- Quand j'arrive un choper un paradoxe, je le remonte et je le fais frire.

15.
- Vous aimez la confiture ?
- Franchement, je préfère les salsifis.
- Ça n'a rien à voir.
- Nous sommes d'accord.

16.
- Vous aimez la confiture ?
- La confiture, vous savez, depuis que je n'ai plus de pain.
..

17.
- C'est comme si je vous demandais si vous aimez la trompette, et que me répondiez que vous préférez l'éléphant.
- C'est idiot ce que vous dites.
- Et pourquoi ça ?
- Vous avez déjà essayé de jouer « Hello Dolly » à l'éléphant, vous ?
- Évidemment non, d'ailleurs je ne sais pas jouer de l'animal, ni du bestiau, et même pas de mes relations, alors…

18.
- Le truc normal, je ne sais jamais où il est.
- Et du coup, vous utilisez de l'anormal.
- Ah non, c'est trop dangereux. Non, j'utilise de l'approximatif.

19.
- Le paradoxe, quand on en prend, il faut faire attention aux arêtes.
- Ou alors, ne le prendre qu'en filets.
- Moi, ce que je préfère, c'est le paradoxe sauvage.
- Il est certes bien meilleur que le paradoxe d'élevage qu'on trouve dans les universités.

20.
- Arrêtez de dire que c'est curieux tout de même ; je vous jure, ça en devient étrange.
- Non, ça en devient curieux. D'ailleurs, ça l'est déjà.
- Remarquez que parfois, je me demande si le curieux ne tend pas à l'étrange comme la ligne à l'infini.
- Ou comme le mètre au paramètre.
- Ou comme l'humain à l'andouille.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 mars 2015

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