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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 22:01

POUR N'ÊTRE QU'UNE OMBRE

 

1.
Tiré d'Apollinaire: "Sous la lune leurs ombres"; "J'écoutais cette nuit"; "Et le bruit éternel d'un fleuve" (cf "Le Voyageur").

 

2.
Je reluquai sous la lune qu'elles filaient leurs ombres... rapides de plus en plus... à croire qu'les fantômes des choses étaient gênés par mon oeil.

 

3.
J'écoute des fois la nuit crisser le grain d'une crécelle à verse.

 

4.
Ce son continu qui sous-tend le réel, ce son dans lequel nous baignons, quel en est le fleuve ?

 

5.
Tiré d'Apollinaire: "Automne malade et adoré"; "Et que j'aime ô saison"; "Les feuilles qu'on foule" (cf "Automne malade").

 

6.
Môme, j'ai dû tomber chuter dans d'l'automne "malade et adoré", le genre de potage qui rend amoureux et triste.

 

7.
Ce que j'aime me dire "Et que j'aime ô saison"; ce que j'aime m'entendre dire "Et que j'aime ô saison" saison saison.

 

8.
Les feuilles qu'on foule, des fois, on dirait qu'ce sont des filles froissées qui murmurent sèchement sur votre passage.

 

9.
"Les flammes ont poussé sur moi comme des feuilles"
(Apollinaire, "Descendant des hauteurs...")

 

Ce qui arrive quand vot' phénix prend racine.

 

10.
Tiré d'Apollinaire: "nuit et jour dans les sphingeries"; "J'ose à peine regarder"; "dont se nourrit le" (cf "Descendant des hauteurs").

 

11.
Nous passons nos nuits et nos jours dans des sphingeries, dont nous ignorons l'existence, et qui nous dévorent plus ou moins rapidement.

 

12.
Des fois, j'ose à peine regarder ce miroir où je reste sans ombre, sans voix, sans moi.

 

13.
Nos pommes, les trouant l'infini, les gobe-mondes, les boyaux d'absurde, les bouches d'ombre de l'espace, nos pommes, ils  les bouffent.

 

14.
Tiré d'Apollinaire: "au son aigre des cithares"; "Savaient qu'un écho"; "Et l'on n'a plus besoin de personne" (cf "La maison des morts").

 

15.
A la fin des années 60 du XXème siècle, quelques musiciens chevelus entremêlèrent aux hennissements électriques de leurs guitares quelques aigres cigales de cithare.

 

16.
"Savaient qu'un écho"    "Savaient qu'un écho"    de l'espace sur la bande-son    "Savaient qu'un écho" produirait son effet de drolatique UFO.

 

17.
Pour n'être qu'une ombre il lui faut pourtant quelqu'un.

 

18.
C'est peut-être quand l'autre là, on l'aime tant là fantôme, qu'on attrape c't'illusion que l'on n'a plus besoin de personne.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 mars 2014.

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 19:12

PARCE QUE J'EN AVAIS ENVIE

 

1.
Tiré de Antonin Artaud: "qui brûlent à même l'esprit"; "moi-même dans un autre milieu"; "dans le langage écrit". (cf "L'Ombilic des limbes et autres textes", Poésie/Gallimard)

 

2.
Ces femmes qui nous laissent et qui longtemps nous, enfin, bref quoi, des femmes.

 

3.
"moi-même dans un autre milieu": difficile à imaginer tant nous sommes si bien ces éléments que les cercles réduisent à leur fonction circulaire.

 

4.
Un écrivain est quelqu'un qui, disparu, continue de s'exprimer "dans le langage écrit". Il est le seul dans son genre. Les autres ne laissent que des traces, pire parfois, des encombrants.

 

5.
Le mieux qu'ils puissent, c'est se reproduire, et encore, pas toujours.

 

6.
Certains politiques sont des ogres qui nous dévorent gentiment.

 

7.
"Il me suffit d'entendre le bruit de leur pas"
(Apollinaire, "Cortège")

 

Je reconnais alors chacun de mes fantômes.

 

8.
D'ici quelques semaines, cette épée... si le fil ne se rompt pas que j'écrivais... la puissance que j'aurai... macache... je suis refait.

 

9.
En 2014, Bruce Springsteen a 64 ans. Entendu un titre à la radio: il a l'air de bien vieillir, le Boss, non ?

 

10.
Tiré d'Apollinaire: "au Chef du Signe de l'Automne"; "Partant j'aime"; "je regrette chacun"; "au vent ses douleurs" (cf "Signe").

 

11.
Il faut laisser "au vent ses douleurs", et passer à un autre loup, un autre renard, une autre belette.

 

12.
"au Chef du Signe de l'Automne", je ferai bien un signe; je vous le dis qui ne suis soumis.

 

13.
Cur secessisti ?
Pourquoi as-tu fait sécession ?
Parce que j'en avais envie...
N'est-ce pas une bonne raison ?

 

14.
Je regrette chacune de mes fantômes. Pourquoi ? Pour l'amour des fascinations.

 

15.
Partant, j'aime; c'est en revenant que je doute.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 mars 2014

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 12:36

DES FOIS JE ME SENS DU CHIEN

 

1.
Tiré de Antonin Artaud: "être au niveau des objets et des choses"; "on le voit comme à"; "sur plusieurs plans et à plusieurs faces" (cf "L'Ombilic des limbes et autres textes", Poésie/Gallimard).

 

2.
"être au niveau des objets et des choses": Ce que cherche l'autre... de nous, ses choses... ses autres choses, dont il joue.

 

3.
On le voit comme à rebours; on le voit comme à piano mort; on le voit comme à musique soudaine.

 

4.
Parfois, les pianos ont l'air frappadingues mélancoliques, parfois.

 

5.
Impossible d'inventer une vie sans fantômes; le spectre est la condition du jour.

 

6.
Nous nous répartissons "sur plusieurs plans et à plusieurs faces", dés jetés dont parfois les valeurs coïncident, se complètent, s'oxymorent.

 

7.
La figure de style qui sous-tend le couple relève souvent plus de l'oxymore, voire de l'hyperbole, que de l'harmonie imitative.

 

8.
Raconter sa propre mort, est-ce vraiment un fantasme d'écrivain ? Un pouvoir fantôme ?

 

9.
Tiré de Antonin Artaud: "mange le coeur obscur de la nuit"; "une constante d'angoisses"; "qui trace une règle et des cils" (cf "L'Ombilic des limbes et autres textes", Poésie/Gallimard)

 

10.
Des fois, je me sens du chien en d'dans.

 

11.
Des fois, je me sens du chien en d'dans, de la mâchoire, à le bouffer, le "coeur obscur de la nuit"... pas comme vache, à le ruminer, mais chien, mais loup.

 

12.
Je vis ces jours en compagnie de la passagère d'une "constante d'angoisses" plus remuante qu'une présence.

 

13.
Le songe, sous mes paupières, trace la règle sans mesure de nos actes et l'ouïe fine des cils.

 

14.
Des fois, j'ai envie de vomir mon rêve.

 

15.
Des fois, je me dirais bien "je ne veux plus t'entendre", mais comme je suis sourd.

 

16.
"Vitres de son où virent les astres"
(Antonin Artaud, "Vitres de son")

 

J'entends le complément de matière comme une périphrase qui désignerait la musique, une musique claire comme une vignette de bande dessinée où l'on voit, parmi les astres qui virent, fuser l'astronef de la belle aventurière.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 mars 2014

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 06:12

QU'EN FIN DE COMPTE

 

1.
Tiré de Camus : "la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue"; "une règle rationnelle"; "un exemple n'est pas forcément un exemple" (in "Le Mythe de Sisyphe").

 

2.
Dans Camus, ce "la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue", déjà le mot "peine", il décourage.

 

3.
Les règles n'ont jamais que l'air d'être rationnelles; ce ne sont que des arrangements avec la logique, laquelle, comme on sait, nous tire la langue.

 

4.
Camus a raison : "un exemple n'est pas forcément un exemple"; surtout quand on cultive l'esprit de contradiction.

 

5.
Ce qui est rigolo, c'est le "de telles affaires risquent bien de nourrir le populisme et le "tous pourris" des extrêmes"; eh oui, mais il y a les affaires, encore et toujours...

 

6.
Ce dont les politiques ne se rendent pas toujours compte, c'est que nous faisons souvent comme s'ils étaient honnêtes.

 

7.
Tiré de Camus: "Mais toutes les gloires sont éphémères"; "esclave de sa liberté"; "Oui, l'homme est sa propre fin. Et il est sa seule fin". (cf "Le Mythe de Sisyphe").

 

8.
Par définition, toute gloire est éphémère. Les Dieux meurent, et seule l'idée de dieu demeure.

 

9.
Nous ne pouvons jamais qu'être les esclaves de notre liberté; à peine avons-nous décidé quelque chose que les conséquences viennent nous peser sur les épaules.

 

10.
Je suis d'accord avec Camus, je suis "ma propre fin". Et l'on ne peut juger de moi qu'en fin de compte.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 mars 2014

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
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26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 10:49

RECULER EN REMONTANT

 

1.
Tiré de René Char: "La lune du lac"; "le doux feu végétal de l'été"; "un lit de profondes" (cf "Donnerbach Mühle")

 

2.
La lune, je suppose qu'elle va au lac comme le visage au miroir.

 

3.
J'aimerais tant, de nouveau, me laisser engourdir dans mon ancienne maison par "le doux feu végétal de l'été", que, des fois, j'en ai brindilles au coeur.

 

4.
Moi non plus, je n'ai jamais contemplé le lit de la rivière aux profondes serpentes, aux longs yeux de menaces.

 

5.
Tiré de Céline: "peu prou pas croyables"; "presque souvenir l'état qu'il est"; "... je recule en remontant..." (cf "D'un château l'autre").

 

6.
Des fois, les femmes, des chats dans d'la grenouille, ou des crapauds si c'est des hommes.

 

7.
Zavez remarqué comme c'est des fois tout "peu prou pas croyable", d'l'épatant roman, du Simenon, les autres...

 

8.
Simenon, blanche prose, grise prose, tout est dit, réglé comme la pluie.

 

9.
Céline, l'auteur que l'on cite en suspension, dans les pointillés de l'épouvante.

 

10.
Les choses, et autres, avec le temps, ça finit toujours presque souvenirs, l'état qu'elles sont, déjà pleines d'désagrégé, les choses et autres.

 

11.
"reculer en remontant", le genre d'exploit à fantôme, qui recule en glissant vers le haut d'l'escalier, en vous fixant tout pâle, tout droit.

 

12.
Je suppose que les gens de doite ont des fois l'impression, eux aussi, de reculer en remontant. Ils doivent se consoler en se disant que mieux vaut reculer en remontant que progresser en s'abaissant.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 février 2014

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 08:48

LE MOT VERNICHTUNGSLAGER EN 1943

 

1.
J'ai eu tort d'écrire que Robert Faurisson était d'une intelligence médiocre; il est en fait très malin, et opiniâtre dans sa malignité. D'où la persistance de sa néfaste influence.

 

2.
De même, j'ai eu tort d'écrire qu'il écrivait mal. En fait, il écrit plutôt bien. Il paraît même crédible en professeur de lettres.

 

3.
On trouve sur le net un document en date du 6.9.1943 dans lequel figure le mot "vernichtungslager" (camp d'extermination):
http://db.dodis.ch/document/11958 .
Ce document émane des archives fédérales suisses (Berne).
Il est fait mention de sa publication dans le volume 15 (1943-1945) des DDS (Documents Diplomatiques Suisses), pp. 53-54, Berne, Benteli Verlag, 1992.  
Le commentaire de ce document souligne que le signataire, le haut fonctionnaire Heinrich Dortmund, par l'emploi des termes "Vernichtungslager" et "Internierungslager", distinguait donc  camp d'extermination de camp de concentration.
Bien entendu, tout ceci est à vérifier. Mais, apparemment, contrairement à ce que dit Robert Faurisson, le mot "Vernichtungslager" était bel et bien employé pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 février 2014

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans ACTUALITES
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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 01:47

UNE OMBRE AU ROYAUME DU BORGNE

 

1.
Le temps vole, c'est-à-dire qu'il me vole.

 

2.
Et quand, à force d'être tournés et retournés dans la farine des phrases, les mots nous manqueraient, nous jouerions des syllabes comme d'une guitare.

 

3.
Alice, bien sûr, a élu sa hantise dans les pianos de Satie, de Ravel, de Debussy.

 

4.
Il n'y a pas l'être rien, puis l'être vif, puis l'être mort; il y a l'être vif et l'être mort. Nous sommes les chats de la boîte, tant que, bien sûr, les mots "chat" et "boîte" peuvent être prononcés.

 

5.
Nos jeux sont pleins de figures mortes dont la valeur croît à chaque bataille.

 

6.
Franchement, j'ai le don de m'exaspérer de tout... Vous n'espérez quand même pas faire exception ?

 

7.
J'aurai mis trente ans à forger cette foudre, qui s'effacera en un éclair.

 

8.
Tiré de René Char : "Dure, afin de pouvoir"; "ce que tes mains d'autrefois" (cf "Le bouge de l'historien").

 

9.
Chaque matin évalue ma durée, puis me laisse passer la porte des heures; chaque seconde me dit de durer, durer, durer, afin de pouvoir.

 

10.
Ce que tes mains d'autrefois croyaient si fermement tenir hop ! est à la trappe ! Et toi-même, tu...

 

11.
Lavant cette tasse, ma main échappa le chat bleu, brisé au sol.

 

12.
J'écoute baroquer Gentle Giant tandis que l'infini pérore au dehors.

 

13.
"- Tous ces types qui me saluent de la main en passant, tous des faux-culs !" me dit en souriant le patron du bistrot.

 

14.
Pourquoi les écrivains que nous admirons s'imaginent-ils qu'ils nous sont sympathiques ? Quelle illusion ! Quelle naïveté !

 

15.
Dans les bars, des filles avec de l'attrape-couillon plein la tronche.

 

16.
La sphinge, c'est entendu, loge dans un palais bruissant de feuillages. Tiens, je m'y invite... Pour le goût des langues et des roses noires.

 

17.
Je me demande si la sphinge, celle-là qui loge au palais bruissant et qui a des yeux si réels, me passera commande du dictionnaire de sa langue ?

 

18.
Mon prix sera un peu de la puissance de sa foudre.

 

19.
Je pense qu'Alain Soral est fou. Ce n'est pas un jugement de valeur, c'est un examen de conscience.

 

20.
Je pense qu'Alain Soral est fou et que, contrairement à moi, il n'a aucun talent.

 

21.
Robert Faurisson est ridiculement vieux; ce qui l'achève dans le ridicule de sa médiocre intelligence.

 

22.
Si vous voulez vous marrer, lisez donc ce que Robert Faurisson a écrit (et bien mal d'ailleurs) sur Rimbaud. Comment a-t-on pu laisser ce zozo donner des cours de littérature ?

 

23.
Dieudonné n'existe pas. Ce n'est qu'une ombre au royaume du borgne.

 

24.
L'extrême-droite, à mon avis, est pleine de refoulés qui bandent pour Superman.

 

25.
Et dire qu'à Hénin-Beaumont, où j'ai vécu jadis, aux municipales de 2014, y a des gens qui vont voter pour un je ne sais quoi. Vous me direz que cela ne me regarde plus. Vous avez raison, mais tant pis.

 

26.
Ma pomme, c'est sûr, aux prochaines élections, je vote Bibi Fricotin, ou Adèle Blanc-Sec. Qu'ils aillent tous se faire voir...

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 février 2014

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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 16:54

ETRE DU BOND

 

1.
Tiré de René Char: "Etre du bond"; "n'est entièrement défini"; "n'est pas souverain". (cf "Feuillets d'Hypnos" in Fureur et mystère, Poésie/Gallimard).

 

2.
L'humain tend plus à "être du bond" qu'à la grisaille des terrasses.

 

3.
Aucun des masques que le bref emploie n'est entièrement défini. Le bref ne cesse de coudre son métier.

 

4.
Je ne suis mon souverain que par l'autre. Ma liberté se définit dans son attente.

 

5.
Fixer des vertiges... Encore un truc qu'on ne peut faire qu'avec les clous du paradoxe.

 

6.
Dans le paradoxe, ni clou ni clé ne ferment la boîte du chat. Chaque clou est lui-même boîte, chat, mort et vie.

 

7.
Ecrire des brefs... Dans une campagne imaginaire, pister l'ange du paradoxe avec un fusil à clous.

 

8.
Il n'y a d'ange que sous condition humaine.

 

9.
Entendu Pierre Assouline à la radio dire qu'à Sigmaringen, Céline s'était dévoué à soigner les Français fuyants, et que les quelques déclarations qu'il a pu faire alors étaient toutes anti-nazies. A vérifier.

 

10.
Chaque jour qui passe rapproche toujours d'une victoire évidente, ou d'une défaite annoncée.

 

11.
Tiré de René Char: "les jours grandissent"; "au fond des os"; "J'ai pesé de tout mon désir". (cf "Gravité" in Fureur et mystère, Poésie/Gallimard).

 

12.
Dans le poème "Gravité", de René Char, cette belle image des "nuages qui se déchirent au fond des os", le ciel entrelacé de squelettes.

 

13.
J'oppose évidemment ce titre: "Fureur et mystère", qui légitime la nécessité poétique, aux grotesques secrets de polichinelle de nos politiques.

 

14.
Les politiques, des fois, même quand ils écrivent de leur main, ils ne font que recopier, sans même toujours comprendre, - ah les clowns !

 

15.
Ce qu'ils cherchent, les beaux scribes, par le biais des belles phrases, c'est qu'ça ait d'la gueule, tout ça de tous ces jours qui les portent.

 

16.
Quoi qui souffle au fond d'nos osses ? Un vent sans souffle, la respiration du vif, avant qu'il n'en soit plus question nulle part.

 

17.
"J'ai pesé de tout mon désir" et, apparemment, je n'ai pas fait le poids.

 

18.
Des fois, aux politiques, il faudrait leur jeter aux yeux un peu de poudre de réalité.

 

19.
Ayant en songe perdu mes chaussures, j'en déduisis que c'est parce que j'avais perdu chaussure à mon pied, avant sans doute de perdre pied.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 février 2014

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR RENE CHAR
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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 14:46

UNE PORTE DE PIERRE SUR UNE NUIT VERTE

 

1.
C'est la souveraine mirette qu'on a, l'oeil royal, impératif, dont l'attention à son empire doit être soutenue; faute de quoi, il risque bien d'être crevé.

 

2.
L'empire regorge de cornes de rhinocéros, que nous créons tout exprès pour les beaux yeux du péril.

 

3.
J'aime bien l'expression "péril en la demeure", qui suppose quelque rhinocéros dans la chambre à coucher, quelque tigre tapi dans le tapis, quelque couteau dans les rideaux.

 

4.
Nous regorgeons d'horloges. C'est en nous soumettant au temps que nous échappons à la tentation de l'abîme synchronique.

 

5.
Le temps, cette bulle au sein de laquelle nous progressons, et dont l'élasticité ne peut que nous résister.

 

6.
Le chien d'Ulysse, si quelque prétendant s'était mis à la colle avec Pénélope, qu'aurait-il fait, - franchement ?

 

7.
Chiens aveugles, nous reconnaissons toujours notre maître, sans comprendre ses mensonges.

 

8.
Pour les chiens, nous sommes quoi ? - Ah bah, de grandes bêtes bruissantes...

 

9.
Entendu dans un documentaire sur la photographie surréaliste (je cite de mémoire) : "Ce procédé était connu au XIXème siècle sous le nom de "ghost photography".

 

10.
Je lis dans mes pensées le livre que je ne n'écris pas.

 

11.
Entendu dans un épisode des enquêtes de l'inspecteur Barnaby, cette question posée par un jeune homme un poil efféminé : "Un petit sombrero, caporal ?"

 

12.
Dans les rues, une longue tourmente de visages; les orages que l'on appelle par leur petit nom.

 

13.
Des esprits tourmentés dans une époque tourmentée, c'est là le sujet de bien des romans composés par des esprits plus ou moins lucides.

 

14.
Tiré de René Char: "qui patiente sans bouche"; "trop précisé leur royaume"; "asile au seul". (cf "Post-scriptum" in Fureur et mystère, Poésie/Gallimard).

 

15.
Je me demande bien qui peut "patienter sans bouche" ? - La pierre... L'ombre... Ou celui qui se fait pierre, ombre, couteau.

 

16.
Y en a des qui "patientent sans bouche"... à mon avis, ils ourdissent des complots de sons, aiguisent le glaive des syllabes. Pour plus tard. Quand ils rejailliront.

 

17.
Les ombres qui "ont trop précisé leur royaume", on ne peut les laisser vomir leurs crapauds.

 

18.
La nuit ne donne "asile au seul" que s'il est accompagné de ses songes. Sinon, il meurt étouffé par la patte blanche des fées.

 

19.
Tiré de René Char: "Quelquefois sa réalité"; "n'influencerait pas en secret"; "en secret le récit". (cf "Partage formel", IV in Fureur et mystère, Poésie/Gallimard).

 

20.
Quelquefois, sa réalité, elle s'découd, laissant entrevoir le peuple grouillant des figures indécises.

 

21.
Une porte de pierre sur une nuit verte.

 

22.
Le bref influence en secret; il est du nombre des couteaux qui conseillent.

 

23.
Au fil invisible des brefs se poursuit le récit secret d'une bouche que masquent les syllabes.

 

24.
Les brefs tournent leur épervier, dont les cercles finissent par étrangler le tyran des nuages.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 23 février 2014

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 18:27

OU NE SERA PAS OU LE CONTRAIRE

 

1.
"Le chasseur de soi fuit sa maison fragile"
(René Char, Les trois soeurs, in "Fureur et mystère", Poésie/Gallimard)

 

2.
Etre ce "chasseur de soi"... avec le couteau à dépecer... j'veux dire celui de la langue... et pas un vrai; ça coupe aussi...

 

Note : remarquez que si je coupe après "coupe", que j'enlève "aussi", ça fait moins prétentieux sentencieux, non ?

 

3.
Y en a, des spectres collègues, qui hantent des maisons si fragiles, que leurs ombres finissent par les annihiler.

 

4.
Dans nos syllabes, cette ombre que nous serons distille l'arrêt de sa durée.

 

5.
Nos paroles sont pleines de déjà et de jamais, cependant que, menteurs, nous disons toujours.

 

6.
La poésie, une logique qui n'est belle que parce qu'elle nous échappe.

 

7.
Dans sa belle robe à paradoxes, la poésie, toute nue, en tenue de soirée.

 

8.
La langue, ce rideau qui nous permet de voir par la fenêtre. Du reste, ôtez ce rideau, et il n'y a plus ni fenêtre, ni dehors, ni pluie, ni trottoir, ni attente.

 

9.
Ce que A implique ne peut être sans A. A n'est pas la cause, mais la condition. De même, Dieu n'est pas notre cause, mais notre condition.

 

10.
Les philosophes à systèmes sont des bâtisseurs d'empires effondrés avant même, et depuis des lustres.

 

11.
J'admire que l'on admire ces fournisseurs du pire que sont les penseurs à systèmes, ces assassins de tous les mondes.

 

12.
Entendu dans un documentaire que sans la résistance des Grecs et leurs victoires sur les Perses de Xerxès, une phrase comme "La liberté ou la mort" n'aurait peut-être jamais plus été prononcée.

 

13.
Peut-être ne pouvons-nous exister sans nuit à dissiper; le grand jour nous aveuglerait.

 

14.
Que serions-nous sans la beauté féroce de l'énigme ? - Des fonctions, des agents.

 

15.
"La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas."
(André Breton, "Nadja")

 

16.
Plus encore que "convulsive", la beauté est féroce. Les "bêtes d'une élégance fabuleuse", leur cruauté sans nom, est précisément ce qui nous occupe.

 

17.
A ma manière, je donne raison à Rimbaud : dans nos caboches, il flotte un drôle de "pâtis panique", et "l'élégance des bêtes fabuleuses".

 

18.
Nous nous accordons souvent ce bon plaisir d'avoir de bonnes raisons pour avoir tort.

 

19.
Des fois, je me sens comme un poisson dans une autruche, ou le contraire...

 

20.
La poésie n'est pas moins vraie que le lien qui unit la chair à l'os, la conscience au réel, Frida à Diego. Encore que je puis vivre sans poésie; tant qu'à vivre sans os, ou sans chair, c'est littéralement ne pas vivre; de même, on peut très bien vivre sans Frida et Diego, mais pas sans conscience, ni réel.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 février 2014

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