Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 17:56

DIEU NE CONNAÎT PAS SON SEMBLABLE

 

1.

« Trois mille six cent fois par heure, la Seconde

Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix

D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,

Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde ! »

(Baudelaire, « L'Horloge »)

 

2.

Y a pas, faut écrire en aiguisant ses couteaux dans l'autrefois et ça pendant qu'les artilleurs de maintenant ont la tête ailleurs.

 

3.

« Je dis : Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ? »

(Baudelaire, « Les aveugles »)

 

Peut-être qu'il va finir par leur neiger des yeux, peut-être… et comme ça, au moins, ils verront la tempête qui va les emporter.

 

4.

« Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins »

(Baudelaire, « Les bijoux »)

 

En v'là d'la boucherie fine, d'l'alexandrin découpé ternaire, du monosyllabe de choix.

 

5.

Zut en matière de poésie, elle n'aime que la boucherie fine, le filet vif, le consistant à os, pas végétarienne, pas fleur bleue, la Zut, féroce.

 

6.

« L'arbre qui pense

les pieds dans sa grille

à quoi pense-t-il

oh ça oh mais ça oh mais ça à quoi pense-t-il »

(Raymond Queneau, « L'arbre qui pense »)

 

Au chien qui va venir, répondit Zut avec l'à-propos et l’œil brillant qui la caractérisent.

Du reste, devinez à quelle bestiole est consacrée la deuxième strophe de ce poème de Queneau, hein, devinez ?

 

7.

« Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux »

(Baudelaire, « Spleen »)

 

Ah ça quand vous avez pris votre retraite et que vous n'pouvez plus dévorer personne, on s'en fiche bien d'vos énigmes, allez…

 

8.

Zut, elle a pas le temps d'interroger son âme, saute de bref en bref, piaf de branche en court les phrases ; elle décrit pas, elle fonce, ma fiction.

 

9.

« Bien des nuits, à minuit juste, pendant que le monde entier dormait, il avait jailli de mon propre sein, creusant avec son terrible écho les terreurs qui me travaillaient. »

(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « Le cœur révélateur »)

 

10.

Scherzo, avec les échos de son rire, il creuse, il creuse, il creuse des galeries sous le palais, comme s'il voulait que peu à peu s'enfonce.

 

11.

Miss Foudre, elle jette des sorts, à nous revenir, nous mijoter aux petits spectres, à petit feu d'ombres, frite galette pour la dent du fantôme.

 

12.

Zazie ou comment parler comme une insolente quand on est un grognon mâle.

 

13.

« Il lui semblait qu'une petite bête avide et apeurée, tapie en elle, l'observait sournoisement. »

(Nathalie Sarraute, « Portrait d'un inconnu »)

 

14.

Scherzo considérait aisément que chaque humain abritait en lui quelque avide bête, plus ou moins rusée, et tout de même assez dangereuse.

 

15.

J'aime bien la rentrée littéraire : tant de livres que je ne lirai pas ; tant d'avis que je ne suivrai pas ; mais ça anime, ça rassure même.

 

16.

Sur la toile, je ne dialogue pas souvent avec mes lecteurs, des fois que derrière tel ou tel ordinateur, y aurait des griffes, des cornes, des écailles, des yeux rouges, un groumpf continu et ténèbreux.

 

17.

Le réel est une fiction ; le vrai y a besoin du mensonge pour continuer à nous raconter son histoire.

 

18.

Zut a un bon coup de fourchette, voyez comme elle dissout les viandes ! Vous connaissez sa collection d'yeux crevés ?

 

19.

« Je ne connais pas mon semblable »

(Tristan Corbière, « Paria »)

 

Dieu non plus ne connaît pas son semblable.

 

20.

« Je ne connais pas mon semblable ;

Moi, je suis ce que je me fais. »

(Tristan Corbière, « Paria »)

 

Le pronom sujet s'attribue ici bien du malheur. Il n'agit pas sur le monde ; il n'est pas dans le faire, mais dans la soumission à lui-même.

 

21.

« et ça prend de la vitesse, et elle ne l'aura jamais sa rose »

(Patrick Cauvin, « E=mc2 mon amour »)

 

Tout est dans le « ça », le monde qui court le réel qui file le temps qui nous paume de plus en plus loin dans le futur.

 

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 26 août 2015.

Repost 0
25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 17:22

FIFRELINS PEUT-ÊTRE MAIS TENACES

1.
« Je t'en ficherai moi du “d'autant plus glaçant qu'il était parfait“ » qu'elle râlait Zut en préparant sa tarte à la crème pour écrivain d'la rentrée littéraire.

2.
Non, Monsieur Houzeau, Lady Gaga n'est pas une académicienne française célèbre pour, je vous cite, « Schmol ou les Chaussettes sauvages, Histoire du rock français ».

3.
« Blancheur au couchant, lueur au levant ;
Ici crépuscule, et là clair de lune. »
(Victor Hugo, « Choses du soir »)

Echo, le u d'la lune illunant lueur et couchant.

4.
Zut des fois elle jacte et agace comme d'une flûte qui n'en finirait plus de fifreler sa même série de notes tenaces.

5.
« Ah ! qu'il s'en aille, lui, la gorge cravatée
De honte, ruminant toujours mon ennui, doux »
(Rimbaud, « L'homme juste »)

6.
Zut des fois a rumine des ennuis, pis qu'elle les crache en longues salives et chiens noirs, et yeux de foudre, et mains dans les poches.

7.
« Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace,
            Grimacer les ombres des soirs »
(Rimbaud, « Rêvé pour l'hiver »)

8.
Pis, rimbaldienne en diable, Zut « par la glace » fait « grimacer les ombres des soirs » qui sont plusieurs depuis qu'elle polychronique, la Zut.

9.
« Âme sentinelle,
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu. »
(Rimbaud, « L'Eternité »)

10.
Scherzo a « l'âme sentinelle » et s'attend toujours à voir sortir d'une « nuit si nulle » quelque « jour en feu ».

11.
En sa capitale de flammes, Satan; du spéculatif, du prince tranché, du massacre des innocents, voilà comme il déjeune et lit son journal.

12.
Le monde est-il la proie des chiffres ? Notre avenir se joue-t-il dans les poches des spéculateurs et le secret des banques ?

13.
De cette forêt de chiffres, quel genre de secte va-t-il finir par en sortir ? Quelle religion d'assassins ?

14.
Scherzo, de ce rire noir dont on fait les bandeaux sur l’œil, les regards et les blasphèmes. Il n'est pourtant qu'un bouffon, un peu d'ombre sur vos pas.

15.
Scherzo parfois bouffonne le Dictateur Ach ! Fantaisie, quand tu nous tiens fait-il, la main sur son flanc droit et contemplant le monde.

16.
« Le doux regard de ma Dame
Me fait espérer sa pitié »
(Adam de la Halle, « Le doux regard de ma Dame... »)

17.
Je t'en ficherai moi du « doux regard de ma Dame » fait Zut en se collant des mirettes du tonnerre à stopper net les pacemakers.

18.
Si ça se trouve la nature est un long processus d'autodestruction, un poison dont l'humain serait l'antidote… Euh, j'suis pas sûr.

19.
« Matin moqueur,
Au-dehors tout est rose.
Mais dans mon cœur
Règne l'ennui morose. »
(Charles Cros, « Romance »)

20.
En bon bouffon, on a beau avoir le « matin moqueur », avec tout c'tout-ci tout-ça du réel, on n'est quand même que l'sujet du morose et du pas drôle.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 26 août 2015.

Repost 0
24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 13:24

Ô TROMPETTES WAH WAH

1.
Le rire est-il l'amusement de la mélancolie, sa plaisanterie, sa bonne blague, sa fine ruse ?

2.
Ce n'est pas l'humanité qui est attachante, c'est juste quelques personnes, et encore, pas longtemps…

3.
«  Je trouve toujours le temps très long entre le thé et le dîner... »
(Agatha Christie traduit par Louis Postif, « Un Cadavre dans la bibliothèque », [Pierre], Club des masques 38, p.109)

« Je trouve toujours le temps très long entre le thé et le dîner » soupira le spectre de la soupière.

4.
« Je ne suis que servante : et qu'est-il que valet ?
Si son visage est beau, le mien n'est pas trop laid :
Il se dit riche et noble, et cela me fait rire ;
Si loin de son pays, qui n'en peut autant dire ?
Qu'il le soit : nous verrons ce soir, si je le tiens,
Danser sous le cotret sa noblesse et ses biens. »
(Corneille, « L'illusion comique » II, 9 [Lyse])

Et viva la revolucion

5.
En français classique, « danser sous le cotret » signifie recevoir des coups de bâton. Aujourd'hui, un politique, par exemple, peut recevoir « une volée de bois vert », c'est-à-dire subir un assaut de critiques, ça ne lui fera pas mal au dos, bien que cela puisse lui compliquer l'existence, voire lui pourrir la vie.

6.
Pourquoi le fait que Dieu ait créé la nature impliquerait qu'il puisse la détruire ? Il se peut aussi que la nature soit un long phénomène d'autodestruction. La nature serait-elle la dépression de Dieu ?


7.
« Job répondit à l'Eternel :
Je reconnais que tu peux tout,
Et qu'aucune réflexion n'est inaccessible pour toi. »
(Job 42, 1-2, La Sainte Bible, Société Biblique Française, 1978)

8.
Si ça se trouve, ce qu'il y a entre Dieu et le diable, c'est une interminable querelle de linguistes.

9.
Au début de la Genèse, la Terre est « informe et vide » : Qu'est-ce donc que cet étant qui n'a ni forme, ni contenu ?

10.
Trous noirs : ô trompettes wah-wah d'un New Orleans cosmique !

11.
« Son œil désormais ne me tourmenterait plus. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « Le coeur révélateur »)

« Son œil désormais ne me tourmenterait plus » dit l'aveugle venant d'assassiner le borgne.

12.
« Et tes yeux attirants comme ceux d'un portrait »
(Baudelaire, « L'amour du mensonge »)

13.
L'art est dangereux, il est plein d'yeux attirants qui font écho à l’œil de celui qui les zieute, qui s'en fascine, qui s'en tourmente.

14.
« Nous jurons fidélité éternelle à nos horloges et à nos choux. »
(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « Le diable dans le beffroi », décision du conseil de Vondervotteimittiss)

15.
Alors, Scherzo leva le point d'exclamation de son sceptre, et proclama, citant Edgar Poe et donc Baudelaire :
- « Nous jurons fidélité éternelle à nos horloges et à nos choux. »

16.
Il était tellement ébouriffé qu'on aurait dit qu'il s'était coiffé avec la guitare à Jimi Hendrix.

17.
L'humain, ce joueur dangereux d'une partie dont il ne connaît pas les règles.

18.
Quant au ver Zaza, il fréquente l'univers, en attendant peut-être qu'on le traverse.

19.
Parfois, j'ai envie de vieilles chansons de France, comme on boirait à une fontaine oubliée.

20.
Ecoutant du Offenbach, je m'interroge : Le baron de Calembour mange-t-il des carambars en écoutant des barcarolles ? La marquise du Contrepet suce-t-elle des allitérations en sorbet ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 24 août 2015.

Repost 0
24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 00:01

SANS BORGNE

 

1.

Je me souviens d'avoir écrit qu'il n'y avait pas de « dieu caché ». Bien sûr que si, il y a un dieu caché, un dieu que le verbe manifeste.

 

2.

Par-delà l'arbitraire du signe, il y a un irréductible de la nomination, qui n'a d'existence qu'en se manifestant : Dieu par son nom.

 

3.

Dans mes archives, au lieu de « Si les oreilles... », j'ai écrit « Sir les oreilles avaient des dents »; ça doit être une réminiscence.

 

4.

Zut a sans doute reçu des instructions précises à mon sujet : me persuader coûte que coûte que j'existe, et tout, probablement, est dans ce coûte que coûte.

 

5.

« Les uns auront la tête du loup, les autres d'une poule ou d'un cador, mais tous auront les griffes et la queue du goupil ! »

(Cabanes – Forest, « Le Roman de Renart »)

 

6.

Le goupil, quelle contamination ! Il est que sous le noble habit de la culture remue la fine ruse.

 

7.

Serions-nous animés par chacune des phrases que nous prononçons, lesquelles agitent tant de peut-être et d'autres dieux ignorés.

 

8.

Contrairement aux systèmes de communication animale, les langues humaines sont des ensembles ouverts sur l'infini des possibles linguistiques.

 

9.

Peut-on complexifier indéfiniment les règles d'un code ? Autrement dit : Le langage est-il un code dont nous ne pouvons connaître la clé ?

 

10.

Je crois au paradis et à l'enfer : l'intelligence humaine finira bien par y arriver, à moins qu'elle se fasse sauter la boule avant.

 

11.

La culture ne supprime aucunement la violence : elle l'adapte.

 

12.

Que l'humanité puisse inventer tout et son contraire prouve sa puissance poétique, ce qui ne la rend pas plus sympathique pour autant.

 

13.

« L'avidité reste égale, elle est sans bornes. La bouche est entrouverte sur l'avidité sans bornes de la connaissance. »

(Marguerite Duras, « L'Amour »)

 

14.

Ayant opté pour la République, les aveugles, animés par l'avidité sans borgne de la connaissance, se mirent à tâtonner dans tous les sens.

 

15.

Qu'il y ait tant de choses à regarder prouve que nous avons des yeux.

 

16.

« Le mari de La Jalousie tourne en rond dans sa demeure, toujours revenant au même poste, comme il tourne en rond dans le temps de ses obsessions... »

(Annie Arnaudiès, « Le Nouveau Roman 2. Les Formes », Hatier, 1974, p.13)

 

17.

Sans doute tournons-nous en rond « dans le temps de » nos obsessions, et quand ça finit par finir, un autre prend le relais.

 

18.

Et peut-être, de la même manière qu'un tourmenté produit de l'obsession, que c'est en se complexifiant qu'une civilisation produit les barbares qui la menacent.

 

19.

« mière fois dans le livre, ensuite Miquette s'est relevée dans

l'espace qui restait et c'est alors qu'Irénée est entré, perso- »

(Robert Pinget, « Le Libera »)

 

20.

ensuite Zut « s'est relevée dans l'espace qui restait et c'est alors » qu'elle s'est exclamée Ah mais moi j'en ai marre de toutes ces phrases et qu'elle s'est barrée, tout simplement barrée, c'est comme je vous dis, du livre, oui.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 23 août 2015.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
commenter cet article
23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 17:26

SI LES OREILLES AVAIENT DES DENTS

 

1.

L'autrefois maint'nant tout courbé et boiteux s'traîne dans la mémoire a d'plus en plus de mal à nous rejoindre dans l'présent l'autrefois.

 

2.

Je ne lirai probablement jamais « La Paille et le Grain » de François Mitterrand. Je resterai donc dans l'interrogation : s'agit-il d'un livre politique ou d'un traité de basse-cour ?

 

3.

«toutes les craintes sont permises »: en français, on se permet des craintes, et on ne se permet pas la peur à laquelle on cède si on ne la surmonte.

 

4.

« Cadeau. Comme ça, tu pourras me contempler jour et nuit. »

Elle la regarde et me sourit.

« C'est tout à fait toi », dit-elle. »

(Patrick Cauvin, « E=mc2mon amour »)

 

5.

« C'est tout à fait toi », dit-elle.

Depuis, je sais à quoi je ressemble. C'est assez curieux.

 

6.

Il haussa les épaules qu'il n'avait pas.

Il fit son nez qui lui manquait.

Il fronça l'absence de ses sourcils.

En fin de compte, la gestuelle de l'homme invisible est très pauvre.

 

7.

« Sans vous chercher si loin un si grand cimetière,

Je vous vais, de ce pas, vous jeter dans la rivière. »

(Corneille, « L'illusion comique », III,9, v.937-38 [Clindor])

 

8.

Miss Foudre, ayant besoin de matière morte pour ses expérimentations, demanda à Scherzo de lui ramener quelque cimetière.

 

9.

Zut adore les chansons; elle en mangerait, si les oreilles avaient des dents.

 

10.

Si le jour de la Résurrection, on entend : c'est bien beau tout ça, mais quand est-ce qu'on mange, à mon avis, va y avoir un blème.

 

11.

« Alors plus pur plus libre il s'en va vers l'aval

Retrouver loin des ports le trésor des possibles »

(Raymond Queneau, « Où s'en vont les ruisseaux »)

 

12.

Un trésor, c'est la promesse d'une infinité de possibles; sinon, ce n'est qu'une trouvaille, un coup de chance, le bénéfice d'une aubaine.

 

13.

En français, on est « devant Dieu ». C'est tout de même curieux qu'il soit obligé de nous courir après.

 

14.

« mais ils n'ont pas la moindre idée des pièges de la vie mondaine. »

(relevé dans une traduction française d'un texte d'Agatha Christie)

 

15.

« les pièges de la vie mondaine » : c'est vrai qu'on pourrait tomber dans un smoking, ou ne pas se relever d'une robe du soir.

 

16.

L'humain aurait pu se contenter de contempler les arbres, mais non, il a fallu qu'il invente la peinture et les tableaux avec des vaches dessus.

 

17.

Tiens, celle-là, à force de peindre des vaches, elle va finir par faire son autoportrait.

 

18.

En fin de compte, Dieu, on le connaît surtout de réputation.

 

19.

Ça ressemblait tellement à de l'inconnu, que si on lui avait demandé son nom, certainement il aurait pas pu répondre.

 

20.

Puis nous finirons au cabaret d'la camarde, avec l'orchestre des ombres et sa tête de mort qui nous chantera « Willkommen, bienvenue, étranger ».

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 23 août 2015.

Repost 0
23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 01:01

PLAISANTE REUNION

 

MARRE DE CE CRAPAUD-LÀ

 

« Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses »

(Rimbaud, « Les poètes de sept ans »)

 

Pour chanteur solo et piano bref très précis.

 

Dent hein coin (d'la bouche) quoi? Carie bien

Sûr (j'ai une dent contre moi) sur ce bonsoir

 

Son dos ce piano où le laborieux pianiste han

Han han laboure des kilomètres de partoche oh

Ce cou han han han toujours plié toujours han

Han han elle la jolie elle en a marre s'en va

Ses jambes ses bras sa chemise sa lèvre et sa

Tresse filent vers l'ailleurs vu qu'elle en a

 

Très marre de ce crapaud-là oui très marre de

Ce crapaud-là oui très marre de ce crapaud-là

Lalalala lalalala lalalala la lalalala la la.

 

ET VOILÀ LE VER ZAZA

 

« Wer sagt Euch, daß ich scherze ? »

(Exemple de grammaire)

 

Ver Zaza je ne vous l'ai pas encore présenté

Gt Gt Gt fait-il les vers ça cause pas moult

Oïch oïch oïch j'aime comme ça signifie rien

Dasse! Dasse! ah oui je plaisante je scherze

Ich scherze Dasser c'est en parlant d'un ver

 

Dire qu'il danse ce ver qu'il danse nu comme

Un ver évidemment oh i danse sur la terre ce

Ver i se tortille dans la gadoue avant qu'la

Poule picori picorant cor du pain dur sur le

Mur de la chanson vienne l'engloutir i danse

Dasse dans la bouillasse jerke dans le beurk

I dasse et moi je plaisante je m'amuse et je

Ris comme un bouffon glissé dans un scherzo.

 

PLAISANTE REUNION

 

Plaisante réunion : ma grande copine Zut Miss

Foudre (celle dont du coup je) le ver Zaza et

Le bouffon Scherzo Zaza le grand ver Zaza oui

Souvent je l'invoque Qu'il se divise Qu'il se

Multiplie et leur flanque à tous les sagouins

Quelque bonne colique Quant aux politiques ah

Je leur réserve mon bouffon Scherzo oui qu'il

Leur botte les fesses et leur boute le nez et

Les patafiole Pour Miss Foudre qu'elle révèle

Féerie et mystère et ce sera là belle réunion

Quel recueil d'incongrus j'en pourrais tirer!

 

ON EST UN

 

On un dit-on qu'on dit d'ailleurs beaucoup

Qu'on est à être plein de dictons du genre

On sait qu'on ne sait rien qu'on fait avec

Et d'ailleurs avec des on hein ? Qu'est-ce

Qu'on en mettrait des si en bouteille même

Qu'on s'en soûlerait plus soif de on de si

Et de jamais plus je te le jure mon amour.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 août 2015.

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans VERS JUSTIFIES
commenter cet article
23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 00:12

ZUT RÊVE ET POUR ETRE FRANC MOI AUSSI

1.
L'été, je rêve de phrases impeccables tombant d'un théâtre d'entre les lourds feuillages.

2.
Et la compagnie aux yeux intenses des comédiennes aux lèvres rouges, qu'on les dirait glissées d'un songe.

3.
L'été lourd calme moite
Et puis la pluie vient s'y frétiller
L'orage fait gronder son dogue
Timbale se nomme
Il se peut qu'y crécelle quelque grêle.

4.
Neige des masques tombe des loups
La nuit en fait des visages pour les enfants
des visages lisses comme la vengeance
blancs comme la mort.

5.
Ne m'ôtez pas les mots de la bouche dit Zut, je n'ai plus qu'eux à vous cracher, plus qu'eux pour vos quatre vérités.

6.
Zut rêve de la fanfare à jurons, trompette blasphème, flûte persiflante, clairon moqueur, ô l'assassine dissonante, tambour rotant, ponctuée de grosses caisses.

7.
Des fois que la poésie ne serait pas un partage, mais un couteau à se couper d'un monde à laisser aux chiens.

8.
Zut rêve d'un théâtre de petits sphinx féroces qu'elle déverserait sur le monde avec tout son amour du mensonge.

9.
Zut rêve d'une langue dont les sons auraient l'éclat d'un couteau qu'on ne voit pas.

10.
Zut rêve de rues fiévreuses comme des filles
De serpents glissant le long des rideaux
D'un chœur moqueur de jeunes gens de latin
D'ombres appelant la maîtresse de ce monde.

11.
Et si le lait buvait la chatte ouille ! Ça ferait une drôle d'entorse à l'ordre habituel des mots. Cependant, c'est marrant, bien qu'assez cruel.

12.
Et si l'os rongeait le chien
Et si l'ombre distillait la nuit
Et si les heures pondaient la pendule
Et alors quoi ? Pas content, le réel ?

13.
Des fois qu'on secoue le réel, et qu'il se met à mousser, à répandre de l'énigme sur la nappe.

14.
- « Quel est ce mensonge ?
- Moi-même ! » répondit Zut, non sans fierté.

15.
J'aime ces chansons où les voix imitent l'ironie des spectres.

16.
Zut rêve de chansons où les chœurs imitent les voix de drolatiques suaires flottant dans les yeux effarés des visiteurs du corridor.

17.
« Moi, je sais où est le fantôme » qu'elle dit Zut, « après vous avoir bien épaté l'espace et dilaté la rate, i s'a planqué dans une chanson. »

18.
On le prend quand il est passé, en quatre lettres et une tasse, le café.

19.
On y met les doigts; les pianos ne les rendent pas toujours. C'est un secret bien gardé ; il ne faut pas effrayer les petits enfants.

20.
Electrons: en v'là du virevoltant ! Le réel y tisse ses palais, ses toiles dans le vide, et nous, tubes perspicaces, nous y agitons nos pattes.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 août 2015.

Repost 0
23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 00:06

COMMENT ÇA CHAT BAS DADA ?

1.
Zut rêve et moi je rêve de Zut.

2.
« Wer sagt Euch, daß ich scherze ? » fit le Diable en s'esclaffant de sa grosse tête des jours ouvrables, samedis, dimanches et jours fériés.

3.
Composer comme Satie, ne pas développer, ne pas céder à l'hypnotique blabla, rester dans l'étincelle, comme Satie et les Sparks.

4.
Il lui demande de lui passer le sel. Pourquoi lui répondrait-elle par l'orage aux yeux de loup ?

5.
Mes esprits sont vides. Vite ! Du rock n' roll, que je les remplisse d'ombres électriques.

6.
Un peintre chinois torche un « Montmartre » en une heure. Du chromo à la chaîne, mais quand même croûté à la main.

7.
Mieux ne vaut pas trop faire la souris, si on veut jouer avec le chat.

8.
Occident : marteau forge poussière d'atelier et l'immense foule des visages effarés de n'avoir plus rien à faire.

9.
Quand j'entends cette guitare là, parfois, on dirait qu'un fantôme y a passé, y a laissé du loup, d'la rue, d'la poussière et du soleil.

10.
« Rien qu'en ouvrant la première porte, j'avais forcé le mystère intercalaire. »
(Jean Ray, « La Ruelle ténébreuse »)

11.
Rien : le désert, le souffle dans les rues, plus de verbe ; même les vitres, les miroirs et les verres ne se brisent plus.

12.
Dieu joue son rôle, tient son rang, et puis nos citrons indiscrets se mettent à déballer, un à un, tous ses secrets.

13.
J'aime bien l'idée de « mystère intercalaire », de fantôme qu'on glisse dans la fente et puis v'là l'piano invisible qui s'met à ragtimer.

14.
Est-ce que c'est l'hypermnésie qui pousse les comiques à rire de tout, ou l'insouciance, ou la mélancolie, ou les trois ?

15.
« l'air sobre de cette aigre campagne alimente fort activement mon atroce scepticisme. »
(Rimbaud, « Vies, II »)

16.
Campagne aigre champ froid, où dieu a l'air de guetter le diable dans les haies ; Zut y médita beaucoup en ses enfances pensives.

17.
Comment ça Chat Bas Dada ? Vous vous croyez chez Tristan Tzara ? Da bada bada da bada bada qu'on vous dit.

18.
- « Une pomme chaque matin éloigne le médecin.
- Surtout si l'on vise bien ! » aurait à ce conseil répondu le grand Churchill.

19.
« On ne fait pas une omelette avec des œufs durs. »
(Le général De Gaulle cité par Robert Charlebois)

Je ne sais pas s'il a vraiment dit ça, le grand Charles (on ne prête qu'aux riches), mais c'est marrant.

20.
«Charlebois par-delà Lindberg » : intelligence, lucidité, humour, belle série d'émissions, merci France Inter.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 août 2015.

Repost 0
22 août 2015 6 22 /08 /août /2015 01:30

SUR UN VIEIL AIR DE FRANCE ET UN VERS DE RIMBAUD

 

« En mangeant, j'écoutais l'horloge, - heureux et coi. »

(Rimbaud, « La Maline »)

 

A mettre en musique de chœur accompagné de

Bonnes bidouilleries électro-acousmatiques

Fort propres à étrangéïser tout ça tout en

Veillant à ce que ça ne traîne pas trop en

Longueur car rien de plus ennuyeux que les

Pièces expérimentales qui n'en finissent +

 

Donc :

 

En m'en en m'en en m'en foutant en mentant

En m'en en m'en foutant en mentant itou et

En pensant que le son an évoque le vent en

En m'en foutant vous dis-je j'en j'en j'en

J'entends le loup le renard et la belette

J'entends le loup et le renard chanter.

 

En m'en en m'en en m'en foutant en mentant

En m'en en m'en foutant j'ai coup dans mon

Nez sais-tu j'écoute et l'or loge heure oh

Mon heure quand viendras-tu Jeanne o scour

J'entends le loup le renard et la belette

J'entends le loup et le renard chanter.

 

En m'en en m'en en m'en foutant en mentant

M'entendez-vous l'or leurre loge et quoi ?

L'heure Laure d'où qu'elle est et moi suis

Coi et moi suis quoi filou m'entendez-vous

J'entends le loup le renard et la belette

J'entends le loup et le renard chanter.

 

En m'en en m'en en m'en foutant en mentant

L'or loge heureux et coi et ça vous ennuie

Tant qu'ça si j'suis si coi en écoutant le

Temps qui passe aussi de vieilles chansons

J'entends le loup le renard et la belette

J'entends le loup et le renard chanter.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 22 août 2015

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans VERS JUSTIFIES
commenter cet article
21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 16:31

PLEINE D'YEUX A LA SECONDE

 

1.

Dans un de ses tweets, Lucien Suel a écrit :

« Un punk n'a pas une bonne opinion de lui-même »

 

D'où je déduis que

 

Un punk n'a pas une bonne opinion

Un punk n'a pas une bonne

Un punk n'a pas une

Un punk n'a pas

Un punk n'a

Un punk

Un ! Chaud devant !

 

2.

« Et l'espace d'une seconde il lui sembla qu'une myriade d'yeux avides et cruels la regardaient »

(Stephen King traduit par François Lasquin, « Simetierre », J'ai Lu n°2266, p.510)

 

3.

Une seconde pleine d'yeux, bourrée à craquer d'yeux, comme si elle allait s'éventrer.

 

4.

« Jamais il n'aurait pensé qu'une écriture céleste pût être obscène. »

(Philip José Farmer traduit par Iawa Tate, « Le Privé du cosmos », Presses Pocket SF n°5291, p.115)

 

5.

Dieu, en clochard céleste, haranguant les mondes, crachant sur les créatures.

 

6.

« Une intelligence, revenue sur terre, ne serait-elle pas tentée de se faire des idées, à force de nous observer ? »

(Samuel Beckett, « Fin de partie », Les éditions de minuit, p.47 [Hamm])

 

7.

« Une intelligence, revenue sur terre » : en effet, quant à revenir, autant revenir avec un cerveau.

 

8.

Un fantôme est-il ce genre d'être dont nous ne pouvons faire coïncider la position et la vitesse ? Est-il ce genre de discrétion ?

 

9.

Synchroniser un fantôme, le coincer dans une vitesse et une position, l'épingler dans un espace-temps.

 

10.

Sans doute ne peut-on calculer la vitesse et la position d'un existant que s'il est la manifestation d'un inconnaissable autre.

 

11.

Ce que tout existant manifeste, c'est la présence d'un inconnaissable autre que nous ne pouvons qu'appeler « être », faute de dieu valide.

 

12.

Et si dieu se tenait dans les équations comme une folle dans un récit.

 

13.

« Je dus voyager, distraire les enchantements assemblés sur mon cerveau. »

(Rimbaud, « Une saison en enfer »)

 

14.

Agité d'l'essaim des mots ; piqué du coup ; tout à fait, piqué je vous dis... il finira comme tout le monde, il finira mal…

 

15.

Il fallait bien que le temps existât puisqu'on passe son temps à le perdre.

 

16.

Qu'il y ait quelque chose plutôt que rien, c'est déjà quelque chose, mais qu'il y ait quelque chose dans le rien du tout, ah ça, c'est autre chose.

 

17.

« Tu seras assis quelque part, petit plein perdu dans le vide, pour toujours, dans le noir. »

(Samuel Beckett, « Fin de partie » [Hamm])

 

18.

Nous distrayons nos enchantements ; nous appelons cela « l'ennui », nous disons aussi « travailler ».

 

19.

Si Dieu est pure bonté, il ne pense qu'aux autres ; comment voulez-vous alors qu'il ait une existence propre ?

 

20.

Ils s'habillent de noir crucifient décapitent torturent violent assassinent, et ils veulent nous faire croire qu'ils ne sont pas des démons ?

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 21 août 2015.

Repost 0

Recherche