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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 04:14

SABLES J'Y ZIEUTE
Contrevers d'après quatre vers de Tristan Corbière

 

"Sables de vieux os - Le flot râle
Des glas : crevant bruit sur bruit...
- Palud pâle, où la lune avale
De gros vers, pour passer la nuit."
(Tristan Corbière, Paysage mauvais)

 

Sables j'y zieute des villes déjà
De sables étouffées anacondées de
Vieux humains concassés poussiérés
Os coum si foudre Os
Le soleil l'a rongé Le
Flot peut bien y aller de sa ralance
Râle, râle, puisque tout va à crevasse
Des cadavérés marchent dans de vieux papiers
Glas, glas, que du glas qu'i sonne,
Crevant comme outre au vent, le
Bruit qu'ça fait - une espèce de griffure
Sur un fond de sifflement - le
Bruit, mon Dieu, qu'ça fait, d'la goule aspirante, du
Palud monte de l'âme
Pâle du cheval aussi
Où l'on voit grouiller côtes et chairs
La dolour lente de tout ça que la
Lune celle-là soudain qui louve
Avale La dolour latente
De tout ça qu'on dirait qu'ça va vous jouer du blues
Gros comme un camion qui file
Vers chais pas où la poussière
Pour y livrer des bibles et des fusils pour
Passer la frontière mais moi caboche 
La frontière je m'en fous la
Nuit je dors et je rêve que je rime.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 août 2013

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 03:44

D'UNE CHOUSE A L'OUTRE
Sur deux phrases du poème L'Ether, d'Henri Michaux.

 

D'oune belle l'outre, d'oune
Chouse a mervelle l'outre, d'oune
A oune, de l'outre a
L'outre, sous solel coum a foudre,

L'homme i faille qu'i soye oun piou cassa.
Lui faille ça, l'homme, sinon i arnonche ; i
Doit être cassa pour casser, car lui,
D'être cassa ça lui donne des bras.
Cassa, ça arme sa cassandre, et 
Tous, même sans clocher ni ciel,
Qu'on mourut dieu, tous, qu'on
A à veille oune flamme c'est l'âme,
Oun fétiche comme en poème d'Henri Michaux, oun
Christ doux et triste, fort et jouasse,
Qui de poussière fait bastoun, à
Veille, lou Christ, à veille et
Dedans comme l'ancre à navire.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 août 2013

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 01:37

POURQUOI ARCOCHAI-JE ?

 

1.
Yo, j'avousse arcoché c'est certain
Ma pouvousse-je faire autrement
J'on voyousse qu'oun piou
Voyousse qu'ombres à bougeoute
Oun drôle de bal d'ombres
Piou me plout la chouse
J'on fousse vite à l'arcoche donc
M'étousse assez entraîné pour
Exercé à arcocher vif
A les foudroyour les outres
Dedans ne fousse plus que mort qui tombe
En tas qu'elles croulèrent les ombres en
Armonce de vous savez
I fit brute en moi i
Fit comme si ombres
Noir bal d'ailes dans mon esprit
Coum si elles étoussent déjà là
Dans ma cervelle glissées
Oun sabbat griffes et serres un
Four ma pomme dedans.

 

2.
La lourde bizarre quand j'y songe la
Lourde aurait dû être clouse ma
Etousse pas clouse la lourde ma
Entrouverte comme bouche à parler
J'on filochai lézard coum loup
Fiousse sous les poutres
Piéla vis couic ni cou ni col
L'ouïsse à s'en décoller ma fiole
Tendue à se rompre qu'j'on serousse sourd
Pas noise d'abord silence de mort
Oun piou effroyour fiousse quand le
Bruit bal d'ombres ailes bougea j'arcochai.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 13 août 2013

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 18:38

JE ME DEMANDE DE QUOI

 

1.
Tu t'en vas sans moi, mon ombre. Je me demande de quoi on va encore pouvoir m'accuser.

 

2.
Ne laissez pas votre ombre traîner dans la rue. Elle pourrait partir avec un autre.

 

3.
Que fait donc la vie, quand elle ne roule pas des mécaniques en roulant des cigarettes, avec cet air qu'elle a toujours de vouloir vous rouler dans la farine ?

 

4.
Pourquoi le narrateur tutoie-t-il sa vie ?
Parce qu'il la connaît comme s'il l'avait faite.

 

5.
"Alors résolument j'y mis du chameau"
(Henri Michaux, Intervention)

 

Alors résolument j'y mis du chameau
Alors résolument j'y mis du chapeau
Alors résolument j'y mis du lapin sortant du chapeau
Alors résolument le lapin se mit à courir après le chameau
Alors résolument le chapeau se mit à courir après le lapin qui courait après le chameau
Alors résolument ma main, qui était très attachée à ce chapeau qui courait après le lapin qui courait après le chameau, me quitta.

 

6.
Le poisson-fenêtre se pêche au grand soleil. C'est alors qu'il dore le plus facilement à la cuisson. Evidemment, il faut le manier avec précaution, il pourrait se briser et vous blesser.

 

7.
Pourquoi "au-dessus des joies" ?
C'est que des fois, les joies, on pourroit s'y noyer, comme le poisson dissous dans son proverbe.

 

8.
Pourquoi n'avait-il pas encore vu la mer ?
Elle était indisponible, depuis que Raymond Devos l'avait démontée.

 

9.
"Or, s'il est bien probable qu'il rencontre l'amour"
(Henri Michaux, L'Ether)

 

Or et même argent et même cuivre et même
S'il n'est que monnaie de singe il
Est tout de même fatal et
Bien dans l'ordre du
Probable qu'il au détour d'une paire d'yeux
Qu'il au détour d'une paire de jambons qu'il
Rencontre celle-là qui lui ravivra
L'amour qu'il porte en lui depuis qu'il est lardon.

 

10.
La soirée de soie se déchire si facilement qu'il ne vous reste plus alors qu'à aller vous coucher.

 

11.
La pratique du songe creux permet de bien remplir son sommeil d'un tas de rêves superposés, en tas.

 

12.
Le poisson-épée se porte au côté. Si besoin est, vous le tirez de son fourreau d'écailles. Il s'aiguise à l'arête.

 

13.
"Je me mis à hurler"
(Henri Michaux, Crier)

 

Je fus quelque jour devant mon miroir
Me mirai dedans donc en passant me
Mis aussitôt à hurler hurler hurler
A hurler hurler hurler A
Hurler hurler hurler - c'est agaçant, hein ?

 

14.
Certains bouquins sont carnivores. Comme disent les critiques, les sots et les mauvais professeurs, vous n'en sortez pas indemne. Mais plutôt tout dépecé. Aussi, bien fou qui se met à lire un bouquin carnivore. Non, un bouquin carnivore, ça s'offre à des gens, ça. A une tante à héritage par exemple. A quoi les reconnaît-on ? En général, ils ont obtenu le prix du dentier Goncourt, du bridge Médicis, ou de la dent à pivot.

 

15.
Un métier disparu : celui de loueur de cris. Bien pratique pour ceux qui ne pouvaient crier. Cependant, comme il n'existait à l'époque ni téléphone, ni saxophone, ni éléphantophone, ni fantômophone, ni gongophone, ni kobaïaphone, ni frankzappaphone à moustaches, et puisqu'on ne pouvait les appeler en criant - à quoi bon alors louer les services d'un loueur de cris ? - il fallait leur écrire, ce qui supposait une planification des cris, et, à vrai dire, planifier ses cris n'est certes pas une chose à laquelle on pense chaque jour en se levant. Aussi, l'époque des loueurs de cris fut brève.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 août 2013

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 12:03

RIEN DE PLUS CERTAIN QUE LE PEUT-ÊTRE

 

1.
Il vaut mieux avoir un oeil sur la pluie. Elle tombe, c'est entendu. Mais on ne sait jamais.

 

2.
Parfois les fenêtres se volatilisent, s'envolent, se jettent par la fenêtre.

 

3.
Le XXème siècle fut le siècle de la mode et de l'effeuillage.

 

4.
L'alcool fait grincer l'arlequin et désillusionne l'illusionniste.

 

5.
Quand je vous disais qu'il fallait tenir la pluie à l'oeil : regardez cette femme, elle va disparaître.

 

6.
La modernité tend à farcir le réel de liens, de fils, de cables, de connections. La modernité fout de l'oeil partout. A croire que le seul lui fait peur.

 

7.
Espace courbe. Comme un arc. Et puis la flèche du temps. C'est marrant. Si ça se trouve, le temps devance le réel.

 

8.
Une porte entrouverte. Qui vous dit qu'il n'y a pas de serpent derrière, ou qu'il n'y a pas rien. La probabilité qu'il n'y ait pas rien est-elle absolue ? Et si dans l'infini des séquences du probable, soudain, derrière une porte entrouverte...

 

Note : En tout cas, c'est bien pratique, le Diable a fait rentrer Dieu dans la chambre du philosophe et - shazam ! le Père a disparu.

 

9.
Dans la nuit, l'ombre de Sherlock Holmes dit à l'ombre du Docteur Watson : "J'ai encore beaucoup de mystères à éclaircir."

 

10.
L'oeil appelle la langue.

 

11.
Il y a des gens, cela fait longtemps qu'ils sont tombés dans le peut-être comme dans un puits dont ils ne ressortiront que pour être mis en terre.

 

12.
Le doute est une certitude qui n'abolit pas le réel, mais qui, au contraire, lui confère de l'être.

 

13.
Ne laissez pas trop longtemps votre main traîner dans un flot de paroles, il arrive que les mots emportent les choses.

 

14.
Si j'ai une araignée au plafond, il faut tout de même bien avouer qu'elle est assez marrante. Elle a même de l'esprit, je trouve.

 

Note : Je ne parle pas de moi, mais de mon araignée.

 

15.
Dans l'antiquité, les géants aimaient jouer à cache-cache, à colin-maillard, à géant perché. Cela ruinait littéralement les paysages. Il fallut très vite inventer le tourisme, afin de compenser les écroulements par des droits d'entrée. Il fallut aussi terrasser les géants. On inventa donc la chevalerie.

 

16.
Ce qui est intéressant, c'est le peut-être. Dès que quelque chose est assuré dans son être, il n'est plus que.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 août 2013

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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 09:21

DANS LES LIGNES D'UNE MAIN LIBRE I
En lisant Les Mains libres, de Paul Eluard et Man Ray, Poésie/Gallimard, 2013.
Légendes.

 

1.
La femme rompant l'oeil s'est couchée sur le pont et trempe le fluide pilier de sa chevelure dans la rivière.

 

2.
Quelque part, l'aiguille à tricoter le réel, plantée dans la pelote de terre.

 

3.
Le loup blanc ferme ses yeux. Le voilà - à s'y méprendre - toile blanche.

 

4.
En écartant le réel, on réveille un oeil originaire et très étonné.

 

5.
Lorsque le fantôme lui-même abandonne le château, alors la songeuse allongée s'endort éternellement.

 

6.
Nos mains tissent les flammes du désir, lissent les cheveux des banshees.

 

7.
Parfois les statues la reconnaissent à son bruissant passage. Effrayées, elles se lézardent, les statues, s'effritent, tombent dans l'oeil ouvert du songe.

 

8.
C'est sans doute une glace cassée qui inventa la bande dessinée.

 

9.
Le dessin tend sa fille comme un beau piège.

 

10.
Le temps est un acide qui finit par se dissoudre lui-même.

 

11.
Les signes lisent en nous à livre ouvert. La langue nous interprète. Elle nous joue la comédie.

 

12.
S'affranchissant des frontons, affrontant les taches noires, les statues se jettent le bras devant l'oeil.

 

13.
Mademoiselle, vous avez oublié vos mains au jardin ! Je vais vous les chercher avant que passent les limaces ou qu'un renard les emporte.

 

14.
C'est en contemplant son masque qu'elle perdit la tête.

 

15.
Du haut des murs des ombres sautent et s'évanouissent dans la rue où personne ne passe jamais.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 août 2013.

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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 09:04

DANS LES LIGNES D'UNE MAIN LIBRE II
En lisant Les Mains libres, de Paul Eluard et Man Ray, Poésie/Gallimard, 2013.
Légendes.

 

16.
Elle a beau pencher la tête et vous regarder, il y a longtemps que vous n'existez plus.

 

17.
Le réel vous défile.

 

18.
Dans l'épine, un lancier ; dans la tige, une songeuse.

 

19.
Les visages font écho au passé.

 

20.
Nos mains jouent avec le fil que nous perdons.

 

21.
Au printemps, les filles sortent de la glace brisée. Certaines conservent pourtant ce masque mécontent qui semble dire : "Eh bien quoi ? Qu'est-ce qu'il y a de si fascinant ?"

 

22.
Les sirènes sont-elles des femmes empoissonnées ou des poissons à cheveux longs ?

 

23.
Et de la paume de sa main jaillirent des poires.

 

24.
Les mannequins, comédiennes stoppées.

 

25.
L'invisible parfois, pour mieux distinguer les détails les plus croustillants, met ses lunettes.

 

26.
Au tournant, parfois, la main écarte la roche, pour que vous puissiez vous jeter dans le gouffre de l'ogre.

 

27.
Faites attention, Mademoiselle, vous oubliez votre manteau ; on pourrait voir vos ailes.

 

28.
Je me demande si quelqu'un est déjà tombé amoureux de son ombre, ou de l'ombre de quelqu'un d'autre. Ou peut-être n'aimons-nous que des ombres.

 

29.
Des mains invisibles jouent des pièces qui jouent des pièces sur les mains invisibles de dieux auxquels les scribes ne croient pas toujours.

 

30.
Parfois, certaines mains sont prises de visage.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 août 2013.

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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 08:29

DANS LES LIGNES D'UNE MAIN LIBRE III
En lisant Les Mains libres, de Paul Eluard et Man Ray, Poésie/Gallimard, 2013.
Légendes.

 

31.
La liberté est sans pudeur. Aussi lui fait-on la leçon. Elle n'en est que plus impudique.

 

32.
Prenez garde, Mademoiselle, vos mains en veulent à votre cou.

 

33.
Le temps est variable en genre et en nombre. C'est ce qui le rend insaisissable.

 

34.
La plante oiselière a plus d'un bec dans sa tige.

 

35.
Le train a déraillé du ciel, et Dieu en a été éjecté.

 

36.
Le monde a plus d'un tour dans sa roue.

 

37.
Du sable surgissent des créatures qu'aussitôt le vent dissipe, et dont la poussière vient s'agiter dans nos cerveaux.

 

38.
Le blason de certaines villes est pour nous le visage d'une jeune femme, un regard, une poitrine. Le reste, c'est de l'érudition locale.

 

39.
Le monde, une paire de jambes sortant d'un oeuf d'autruche.

 

40.
Lorsque nous rêvons, est-ce que nous espionnons pour le compte du réel ?

 

41.
Sans doute tissons-nous les toiles de nos plafonds, afin d'entamer une chasse aux araignées qui, généralement, nous prend l'essentiel de notre existence.

 

42.
Mademoiselle, comme vous êtes distraite ! Vous avez laissé votre tête dans les nuages et vous revenez les mains pleines de pluie.

 

43.
Nous ne sortons du château que pour tenter d'y revenir, et nous ne rentrons au château que pour nous en évader.

 

44.
Composer des aphorismes, c'est jouer aux fléchettes, c'est faire mine de s'amuser et puis, tchak ! - dans l'oeil.

 

45.
Je tiens à pratiquer l'art du bref, comme certaines filles pratiquent l'art éphémère de la pose.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 août 2013.

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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 08:06

DANS LES LIGNES D'UNE MAIN LIBRE IV
En lisant Les Mains libres, de Paul Eluard et Man Ray, Poésie/Gallimard, 2013.
Légendes.

 

46.
La voilà défilée et qui vous apparaît soudain sous un autre masque.

 

47.
La peur est nue et courbe le dos, et courbe la nuque, pendant que, cherchant quelque morceau de réel à emporter, le long du mur, passe l'ombre.

 

48.
La plante artificière aime qu'on la fête. C'est alors qu'elle fait sauter ses belles bleues, ses belles vertes. Le lendemain du bal, on la jette. Alors, on sème quelques graines de patience, et on s'occupe des soucis.

 

49.
De sa brosse elles sortirent, échevelées, contrariantes, prenant des poses ironiques comme des aphorismes.

 

50.
Ayant rêvé de château, ce fut le château qui resta.

 

51.
Le bal, un hommage rendu au cubisme analytique.

 

52.
L'être file d'une main ce qu'il défile d'une autre.

 

53.
Lorsque l'on sème des ciseaux, il faut en faire la récolte avant qu'ils puissent s'ouvrir. Sinon, ils vous coupent en deux.

 

54.
A la longueur des mines, on pouvait estimer la longueur des crayons qui circulaient sous la terre et sortaient parfois une  langue bifide et l'ondulation de leurs écailles.

 

55.
La production en série favorise l'empire des choses sur les esprits. Elles n'ont même plus besoin de durer ; elles n'ont qu'à se multiplier ; ainsi font-elles de l'humain un outil.

 

56.
On peut toujours faire de Sade un sphinx. C'est un argument publicitaire comme un autre.

 

57.
Ou un homme-muraille, derrière laquelle il s'en passe des choses.

 

58.
Suivent une femme au, une chevelure dans une autre, un cherchez le Picasso, la tête d'André Breton dans les taches, celle de Paul Eluard dans les lignes, et un autoportrait aux fenêtres en face des trous.

 

59.
Enfin, un oeil, un nez, une bouche, un menton et des cheveux, une mine plantée dans le paysage, verticale, comme si elle attendait patiemment le taille-crayon du ciel.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 août 2013

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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 03:51

CHAQUE JOUR QUE DIEU FAIT

 

"Le venin du serpent est son fidèle compagnon,
Fidèle et il l'estime à sa juste valeur."
(Henri Michaux, Contre ! in "La nuit remue")

 

1.
De nos qualités, de nos défauts, de notre être au monde en ce qu'il est notre "fidèle compagnon". Ces qualités, ces défauts, cet être au monde sont-ils nous tout entier ? Est-ce notre existence qui établit notre essence ? Les propriétés d'un objet constituent-ils l'essence d'un objet ? Si je fais abstraction de toutes les propriétés de x, x s'annihile-t-il ? Autrement dit, le réel est-il essentiellement une somme d'agirs et donc une somme d'interprétations de l'agir ? A cette vision utilitariste, pragmatique du réel, le religieux répond par l'existence d'une âme, qui prendrait la place de ce zéro, de ce néant qui résulte de la soustraction de toutes les propriétés d'un objet. Que signifie l'affirmation de cette âme, sinon qu'il existerait un état de non-néant de la matière, une pureté radicale de l'être en dehors de toute propriété, une feuille de papier blanc sans papier et sur laquelle s'écrirait le livre de nos heures, un état paradoxal de l'être qui ne peut exister et qui pourtant est signifié par le il y a quelque chose et ce n'est pas rien, que nous expérimentons chaque jour que dieu fait.

 

2.
Un oeil passe je tente de l'attraper c'est mon
Etat je suis trompe l'oeil je m'approfondis
De l'oeil qui passe je me trace des perspectives
Non pas que je sois spécialement piège le
Néant n'est pas mon couteau je fais
De vous ce que votre oeil perçoit
La lumière est ma souple complice qui court la
Matière comme danseuse sur un fil.

 

3.
Le corps, cette parenthèse dans l'espace, que l'espace ne cesse d'assiéger, jusqu'à ce que, finalement, il y pénètre et réduise la forteresse en cendres.

 

4.
Le big bang : le craquement d'une allumette, dont la flamme monte et se répand, consumant l'être et qui n'est que par cet être.

 

5.
Le réel, une machine à produire du regard, une pondeuse d'yeux. La langue française le dit bien qui "couve du regard".

 

6.
Le réel promulgue sans cesse de nouvelles lois qui n'existent que dans leur application. C'est un coup d'état permanent fomenté par des dieux qui n'existent pas, et qui, cependant, se jouent de nous.

 

7.
L'autre, une manière de passer l'être.

 

8.
Il se jeta l'être par la fenêtre. Hélas, son corps vint avec.

 

Note : On attribuera, c'est entendu, les brefs 7 et 8 au cynisme que l'on reconnaît chez moi comme le nez au milieu d'un visage défait.

 

9.
Dans les romans à énigmes, ceux d'Agatha Christie en particulier, les meurtriers apparaissent comme des virtuoses dans l'art du n'être plus. Je dis bien, dans les romans et quelques rêveries surréalistes ; dans la vie réelle, les meurtriers sont des crapules, ni plus ni moins, ou des fous, ou des réduits à.

 

10.
Hercule Poirot élucide souvent dans des manoirs, de grandes maisons, de larges espaces. Sinon, certaines de ses enquêtes seraient intitulées "Le Mystère du placard à balais" ou "L'Enigme de la cage d'ascenseur". C'est cependant toujours au même endroit que le crime prend sa source : l'étroitesse d'une cervelle humaine, une poignée de syllabes et quelques connections neuronales, la réduction de l'être à quelques autres, la fascination morbide pour l'autre en n'être plus.

 

11.
L'humain combat son poison comme Saint Georges son dragon.

 

12.
La philosophie telle qu'on la voit : "Vous voyez bien que vous êtes intéressant puisque vous vous intéressez à moi." Quelle blague ! La philosophie, ne voyez-vous pas qu'elle vous tire la langue ?

 

13.
"Chaque jour que dieu fait" est un présent de vérité catastrophique.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 août 2013

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